La crise renforce la droite

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La victoire sans appel d’Angela Merkel se lit moins dans les pourcentages du scrutin que dans la composition du Bundestag. En 2005, le parti de la chancelière comptait un seul député de plus que ses concurrents sociaux-démocrates du SPD (222 contre 221). Il en a désormais 93 de plus, sans l’apport des libéraux. En tenant compte de ce qu’il y a onze députés supplémentaires dans la nouvelle Chambre, tous les partis gagnent des sièges par rapport au scrutin précédent, aussi bien les Verts (+ 17) que la gauche radicale (+ 23) ou les libéraux (+ 32). Tous, à l’exception des sociaux-démocrates, qui perdent le tiers de leurs élus (– 75). Leur pire score depuis la guerre.

Ce phénomène n’est pas seulement allemand, il est européen. Il était ins­crit dans le sondage en vraie grandeur des élections européennes du mois de juin dernier. Dominique Reynié, Corinne Deloy et Pascal Perrineau viennent d’en rassembler tous les résultats dans une étude publiée par la Fondation pour l’innovation politique.

Loin d’être un commentaire sur le passé, c’est au contraire un éclai­rage très utile de l’actualité. Ainsi, aux européennes, le parti de la chancelière devançait déjà son rival social-démocrate de 10 points et les libéraux progressaient de près de 5 points par rapport aux élections de 2004. Ces tendances se sont confirmées ou amplifiées dimanche dernier.

L’effondrement de la gauche en Allemagne est en fait général dans l’ensemble des pays de l’Union européenne ; les partis socialistes et sociaux-démocrates ne totalisaient que 29,2 % des suffrages exprimés – « de loin, notent nos experts, son plus faible résultat depuis la première élection du Parlement européen en 1979 ». L’écart entre le total des gauches (sans les écologistes) et le total des droites était jusqu’à cette année « en moyenne de 11 points, au profit des droites ; c’est en 2009 que cet écart a atteint son plus haut niveau (19 points).

On a bien lu : « sans les écologistes ». La “vague verte” ferait-elle donc basculer ce rapport de force ? En réalité, celle-ci ne s’est produite qu’en France, en Belgique et au Luxembourg. En Alle­magne, dimanche dernier, les Verts ont obtenu 10,7 % des voix. Cela est resté sans effet sur le succès de la droite.

Comment expliquer ce recul général de la gauche en Europe (les socialistes portugais – qui ont gagné les élections – ont tout de même perdu leur majorité absolue) ? La réponse tient en un mot : la crise. La gauche n’est pas faite pour ces temps-là : il n’y a plus rien à dépenser. Les électeurs préfèrent la ­droite pour la “régulation” économique et sociale, et les économies. La chancelière allemande est gentiment surnommée la “ménagère souabe” : bûcheuse, économe, prudente. Les électeurs font d’autant plus confiance à la droite qu’elle a pris à la gauche ses idées d’amortisseur social et qu’elle en applique les recettes mieux que les socialistes ne sauraient le faire. Joschka Fischer, l’ancien ministre Vert des Affaires étrangères du gouvernement Schröder, disait, le 27 septembre, à nos confrères du Monde : « Vous avez les socialistes, les gaullistes, mais sur les questions fondamentales, tous ont un programme social-démocrate, tous sont pour l’État-providence. Sarkozy, Merkel, Steinmeier sont sociaux-dé­mocrates. À l’exception peut-être du Royaume-Uni, tous les pays le sont en Europe. » Autrement dit, la gauche sociale-démocrate est atteinte d’asphyxie, la droite lui ayant pris son oxygène.

Si les Verts, aux exceptions déjà signalées, ne profitent pas vraiment de l’effacement de la gauche en Europe, c’est pour la même raison : leurs préoccupations écologiques ont été partout absorbées par les partis de gouvernement. En France, où le transfert de voix entre les socialistes et les Verts est le plus notable (voir la législative partielle des Yvelines, où la candidate écologiste est passée devant la socialiste), on voit tous les efforts assumés par le président de la République, depuis le Grenelle de l’environnement jusqu’à la taxe carbone, pour accréditer l’idée qu’il est aussi convaincu que Nicolas Hulot par le “syndrome du Titanic”.

Cela décrit bien sa stratégie de long terme. Au baromètre des européennes, les droites françaises totalisaient 41,5 % des voix, soit 3,5 points de plus qu’en 2004. On a vu Nicolas Sarkozy rassembler le plus largement possible son camp, de Jean-Marie Bockel jusqu’à Philippe de Villiers. Ainsi l’UMP représente maintenant plus de 80 % du capital électoral de toutes les droites. En Allemagne, où les élections se déroulent en un seul tour, cela suffirait à assurer le succès. Ici, où il y en a deux, il faut, pour l’emporter au tour décisif, mobiliser d’au­tres voix que les siennes et entretenir la discorde dans l’autre camp.

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