Quand la droite s’affole et veut changer de roi.

Allez, Yuste?

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Et maintenant, que va-t-il se passer? La gauche a gagné les élections, mais elle n’a pas de chef.
– C’est sa chance. Elle ne la mesure pas encore.

Elle va irrésistiblement vers un système de coalition.Un truc à l’allemande, qui permet d’être en désaccord jusqu’aux élections générales mais de gérer ce désaccord en se partageant le pouvoir. On le comprend très bien en suivant les propositions de Daniel Cohn-Bendit.

– Et ça peut marcher? –Pour remporter la présidentielle, oui. Il leur faudra quand même accepter d’être représentés par le même candidat au second tour. J’ai dit un candidat, pas un chef.

– Je vous y attendais. La droite, elle, en a un.

– C’est bien pour cela qu’elle songe aujourd’hui à s’en débarrasser.

– On ne se débarrasse pas du président de la République!

– Voilà tout le problème. Nous sommes sous Charles X. Le régime court au désastre. Les Orléans s’inquiètent, s’impatientent, désespèrent d’une occasion. Ils voudraient récupérer le manche avant qu’il ne soit trop tard.Et toute la droite, aujourd’hui, est orléaniste. Elle reste monarchiste mais elle voudrait changer de roi.

– C’est irrémédiable?

– À moins que le roi ne change, c’est très compromis. Voyez-vous, perdre d’avance est une idée difficile à supporter.Vous ne pouvez pas demander à une majorité d’assister sans rien faire à sa fin prochaine comme une bande de lemmings se précipitant vers la Baltique. Et n’oubliez pas que la droite a toujours considéré Nicolas Sarkozy comme l’un des siens, celui qui simplement défendait le mieux le programme auquel elle avait si durement, si amoureusement travaillé, et rien de plus. Elle n’en a jamais fait un surhomme.

– Mais il peut changer de style.

– La gauche y restera indifférente et la droite n’y croirait pas. Le style compte, mais au début. Ensuite, il faut de la confiance. La droite n’a plus confiance.

– Allons, la situation peut se redresser. La crise, d’abord, explique le mauvais score du gouvernement.

– Si les choses vont mieux, elles pousseront à l’idée d’une succession. Le balai neuf qui balaie mieux, mais de la même maison, si vous voyez ce que je veux dire.

– Bah! il peut se passer n’importe quoi.

– Vous avez raison. Cet inconnu est la meilleure, j’allais dire la seule carte de Nicolas Sarkozy, mais il faut songer que l’inconnu s’adresse à tout le monde et que tout le monde est capable d’en profiter.

– De bonnes voix s’élèvent et s’adressent au président pour le supplier de se tourner vers ses électeurs, de leur faire des signes.

– La politique n’a pas grand-chose à voir avec le télégraphe. Et puis, quand l’amour est fini, il n’y a pas plus rasoir que les nouvelles preuves d’amour.

– Mais pour que la droite se dise qu’après tout mieux vaut Sarkozy qu’Aubry…

– …il faudrait qu’Aubry soit le candidat dont nous parlions tout à l’heure.Un réflexe ne suffit pas à faire une majorité. D’ailleurs, la gauche se chargera toute seule de sa victoire, même si une part de la droite y contribue.

– Elle peut se charger aussi toute seule de sa défaite.

– C’est certain. Mais elle a une grande force, et on se trompe en croyant qu’il s’agit d’une faiblesse : pour le moment, elle n’a pas de programme.

– C’est un atout?

– Considérable. Quand on en reste aux généralités, on évite les précisions qui fâchent. Si, pendant les deux ans qui viennent, elle s’en tient à une sévère condamnation des injustices du gouvernement, elle parviendra sur les genoux,épuisée mais toujours généreuse, au premier tour de la présidentielle. Ensuite, le mouvement fera le reste. On voit ça un peu partout.

– Que voulez-vous dire?

– Les rythmes électoraux se sont accélérés. On assiste à de rapides et continuels retournements d’opinion.

– Ça devrait aider Sarkozy. Il peut changer de ministres.

– Qu’est-ce qu’un ministre, de nos jours ?

– Ou de premier ministre.

– On change de premier ministre quand on change de politique. Et puis, il n’y a plus de premier ministre. Il faudrait que Nicolas Sarkozy en nomme un, et qu’il se retire dans un monastère comme Charles Quint, à Yuste. Ça me semble très exagéré, et ça n’est pas son genre.

– Ainsi n’a-t-il de choix que de persévérer.

– Eh oui! Ça va l’arranger, notez.

Stéphane Denis est journaliste, écrivain

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