Un enfer pavé de bonnes intentions.

Le vrai bilan de la Halde

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Qui accepterait qu’un enfant soit refusé à l’école pour être en fauteuil roulant ? Qui est favorable à un refus d’embauche pour la seule raison de la “couleur de peau” ?

Qui pense qu’une femme enceinte doit être licenciée ? Personne. Et donc, tout le monde est contre les “discriminations” et pour un organisme qui lutte “contre les discriminations et pour l’égalité”. Telle fut l’idée (ô combien généreuse !) de Jacques Chirac quand il ins­taura la Halde par la loi du 30 décembre 2004. Il fallait s’en prendre « aux pratiques discriminatoires » qui sont « contraires aux principes d’égalité des droits ».

Depuis lors, cette autorité administrative indépendante s’est mise en place et les réclamations se sont multipliées : 1 410 en 2005, 4 058 en 2006, 6 222 en 2007, 10 545 en 2009. Louis Schweitzer, son président depuis le début et désormais en fin de mandat, sou­haite que l’action de l’institution « se renforce et se développe ». Tout est donc parfait dans le meil­leur des mondes !

Et pourtant, osons quelques objections. Ne faut-il pas considérer le fâcheux tro­pisme d’une démocratie égalitaire, trop égalitaire, qui peut se retourner contre elle-même – comme le souligne Marcel Gauchet ? Avec les meilleures intentions du monde, la république (“la chose commune”) risque de tourner au vinaigre des diversités obligatoires et des in­jonctions inquisitoriales pour y parvenir.

Les “discriminations”, comment les définir ? “Elles sont évidentes.” Méfions-nous des évidences trop évidentes. La Halde énumère les discriminations prohibées : celles liées au sexe, au patronyme, au handicap, aux orientations sexuelles, à l’appartenance, « vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». La loi (27 mai 2008) définit dix-huit critères de discriminations. Mais si des injustices sont commises, des exclusions constatées, comment prouver qu’elles l’ont été pour ces raisons-là ? Comment sonder les reins et les cœurs ? Jusqu’où aller pour pourchasser les raisons secrètes ?

Deuxième objection : pourquoi faut-il ouvrir un guichet de réclamations contre les seules discriminations ? Quand elles existent, elles sont condamnables. La loi déjà s’en charge. La justice déjà les condamne. Alors, pourquoi un guichet particulier – comme s’il y avait, en filigrane, une défiance vis-à-vis de la justice de droit commun ? Cette insistance haldienne sur les discriminations ne peut que générer d’immenses frustrations de la part des plaignants : 75 % des dossiers déposés en 2009 auprès de la Halde ont été rejetés et seules 3,6 % des plaintes ont fait l’objet d’une délibération. (Ce qui coûte cher, pour 12 millions d’euros de budget annuel.) Mais il y a là un immense appel d’air. Et si toutes les injustices sociales (et Dieu sait qu’il y en a !) avaient pour cause princi­pale ces discriminations honnies ? Tel est le mes­sage subliminal de la Halde qui tend à légitimer une extrême vigilance antidiscrimina­toire et d’infinies suspicions in­duites. N’est-ce pas une manière, comme le dit Malika Sorel, du Haut Conseil à l’intégration, de monter les Français les uns contre les autres ?

Troisième objection : cette lutte, préventive, ne conduit-elle pas, avant tout, à “purifier” la langue ? Ainsi en est-il du développement des “CV anonymes”. Mais l’absence de photo et l’effacement des “indications” (comme l’âge, la nationalité, l’adresse) n’introduisent-ils pas une sorte de “novlangue” orwellienne du nouveau politiquement correct ? Remplacer “les gens du 9-3” par “les gens de la diversité”, n’est-ce pas se donner bonne conscience à peu de frais et introduire de la confusion ?

Quatrième objection : cette vigilance tra­que les “préjugés discriminatoires” jus­ques et y compris dans les manuels d’his­toire ou de littérature. La Halde considérant même, par exemple, qu’un poème de Ronsard (Mi­gnonne, allons voir si la rose…) recélait des « préjugés antivieux ». Si cette éradication des préjugés s’étendait, nous ne pourrions plus avoir un accès direct à la plupart des œuvres antérieures. À quand une censure antidiscriminatoire, un “Lagarde et Michard” expurgé ?

Cinquième objection : la Halde est la tour de contrôle d’un vaste projet, vider la nation de sa substance et aller vers une « décolonisation des identités » – selon l’ambition d’Alain Renaut. La “discrimination positive”, autre versant de ce projet, instaure d’autres discriminations contre l’anonyme méritocratie républicaine.

En somme, de correctrice, cette lutte antidiscrimina­toire peut devenir obsessionnelle et à son tour discriminante. Vers quel enfer allons-nous avec les meilleures intentions du monde ?

Dernier ouvrage paru : le Couvre-Tête de Dieu (Le Cerf, 2007)

Damien Le Guay est philosophe et essayiste

Commentaires

Destruction de la France

J'en ai marre de toutes ces associations gauchistes, touche pas à mon pote, sos raciste, la Halde, mrap etc. qu'ils nous foutent la paix et, il y aura moins de raciste. Je pense, en effet que toutes ces associations profitent de la misère de beaucoup de pauvres gens pour vivre à leurs crochets et gagner beaucoup d'argent, je parle de l'argent des contribuables, qu'ils reçoivent de l'état ou des régions.

Et, le plus grave foutent en l’air la Nation Français que nos Rois en mis 1000 ans à construire. Nos politiciens actuels mettent à peine 35 ans pour la détruire.

Article à "halder" au plus vite...

Oh que oui!
On y ressent bien, outre la volonté de dénigrer, la volonté de ... discriminer les discriminations.

La Halde ayant eu l'immense sagesse de prévoir les cas de "préjugé discriminatoires", c'est bon, on tient l'auteur! On le tiens par ses discriminations...
Et le journal avec, tiens (ça faisait longtemps qu'on l'avait à l'oeil, celui-là!).

Haldés!!

PS: Euh, monsieur le président des consciences, vous pas halder les lecteurs, s'il vous plaît...

CV HALDIEN

Monsieur le Directeur,
J'ai l'honneur de solliciter un emploi bien rémunéré dans votre entreprise.
Mon âge, mon sexe et mes diplomes ne vous regardent pas !!!!
La couleur de ma peau ne saurait vous intéresser non plus, encore que je doive avouer que je suis plutôt vert (de rage) devant l'évolution du monde dans lequel je vis.
Je concluerai en disant Halde au feu, comme je l'ai appris lors de mon service militaire .....zut, vous allez savoir que je suis un homme.
En espérant que vous voudrez bien ...etc....etc.....

La halde nouvelle inquisition

En s'immisçant dans tous les secteurs de la vie, entreprise, loisirs ,education la Halde devient inquisitoriale. Attention de ne pas tout ramener a une question de discrimination. Un mauvais employe est licencie aura beau jeu de dire que c'est en raison de sa difference.

Une précision la loi interdit le licenciement d'une femme durant sa maternité. Pas besoin de la Halde pour cela

Sur la deuxième objection

Si la Halde existe, c'est parce qu'il est extrêmement difficile de faire reconnaitre une discrimination rencontrée, surtout lorsqu'elle elle est pratiquée par une grande entreprise qui connait les ficelles. La Halde instruit les dossiers, aide à trouver les éléments de la discrimination, apporte une écoute, un soutien.

De plus, votre deuxième objection est contradictoire : si la Halde ne traite pas toutes les demandes c'est parce qu'elle fait la part des choses entre une discrimination réelle et les rancœurs, l'instrumentalisation de l'autorité, des comportements sans doute injustes mais non discriminants, etc.

Si la Halde traitait 80% des demandes, on serait là dans le cas de figure que vous dénoncez.

Enfin, la mission de prévention de la Halde contribue à faire évoluer les mentalités en dénonçant les pratiques discriminatoires. Regardons ce qui se passe dans les pays anglosaxons : moins que la couleur, le nom ou les diplômes, c'est la personne, son parcours, son originalité, qui va être évaluée.

Je vous rejoins sur un point, et un seul : la Halde doit réduire ses coûts de fonctionnement. D'un autre côté, elle travaille avec une équipe de bénévoles, je ne vois pas bien comment elle peut faire.

Sur un dernier argument également : je pense aussi qu'il ne faut pas tomber d'un travers à un autre et qu'il y ait une super police de la pensée. Le rôle de la Halde c'est avant tout de faire évoluer les mentalités et de dénoncer les injustices les plus criantes, les plus flagrantes.

Comme tout organisme, association, institution, il faut contrôler son activité, évaluer ses résultats, mais de là à prendre aussi peur que vous le faites dans votre article, il y a un pas que je suis loin de franchir.

Idées généreuses.

Les idées généreuses de M. Chirac nous aurons coûté
bien cher. Cette petite police politique qu'est en réalité
la HALDE n'est qu'un des nombreux résidus nocifs de
ce cher ex-président.

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