Célébration orthodoxe de Noël et du Nouvel An

Histoire

Alors que vous pensez pouvoir souffler et vous détendre en ce début d’année, c’est l’heure du deuxième round en Serbie !

Le 6 janvier est la veille du jour de Noël pour les orthodoxes qui suivent le calendrier grégorien. Comme dans tous les pays où il est célébré, Noël a des coutumes variables mais ce qui va suivre retrace Noël dans les villes. Depuis que Noël est un jour strictement familial, il est rare d’être invité, bien que les Serbes soient généralement très accueillants.

Quelques jours avant le Noël serbe, vous verrez, mis en vente sur les marchés, des branches de chêne aux feuilles desséchées et de la paille. Celà s’appelle badnjak et il s’agit de la version citadine de la traditionnelle bûche de Noël, badnje vece, qui est brûlée, à la campagne, dans les cheminées, la veille de Noël. Si vous voyagez dans le pays le 6 janvier, vous croiserez des paysans traînant de lourdes branches de chêne à travers les champs, en direction de leur maison. Le badnjak citadin est lui, placé sous la table de salle à manger, et la paille est répandue par terre pour représenter l’étable dans laquelle Jésus est né. Parfois, en fin d’après-midi ou en début de soirée, la famille se rassemble pour partager un repas maigre. Dans notre maison, nous faisons une pita sa kupusom (un feuilleté de pâte et de choucroute) dans lequel nous cachons une pièce en or. Joie et prospérité sont promises à celui ou celle qui la trouve. Mais, chez nous, la prospérité ne commence pas avec cette pièce d’or, nous la gardons pour l’année suivante ! Des haricots blancs cuisinés à la mode végétarienne font parfois partie du repas et il y a fréquemment une assiette d’abricots secs, de figues, de pruneaux et de noix décortiquées, avec un petit bol de miel et des gousses d’ail à côté. L’ail symbolise la santé et doit être goûté. Pour ceux qui sont peu enthousiastes, tremper l’ail dans le miel le fait mieux passer !

Le jour de Noël, chaque famille attend l’arrivée du polozajnik. Il s’agit de la première personne à arriver sans forcement avoir été invitee à venir. Un cadeau spécial lui est réservé. Dans certains villages, il s’agit d’une paire de chaussettes ou d’une écharpe, mais en ville, on donne de l’argent. L’origine du terme polzajnik est très discutée mais pourrait venir de polza qui signifie bien ou meilleurs vœux. Parce que la Serbie est un monde d’hommes, la plupart des familles que je connais, exige que le premier visiteur soit un homme. Mais le polzajnik est toute personne arrivant en premier chez vous, pas nécessairement de religion orthodoxe et parfois même pas quelqu’un d’inconnu. Cette coutume a une signification importante : elle rappelle que nous sommes de passage sur cette terre. Comme les voyageurs, loin de leur patrie, nous pouvons aussi devenir indigents et avoir besoin d’aide. C’est une superbe coutume, pratiquée par les Serbes depuis des siècles. Lorsque le polozajnik arrive, il /elle est chaleureusement accueilli/e. On lui sert de la boisson et de la nourriture. Son rôle est alors de brûler le badnjak. Nous n’avons pas de cheminée, alors nous portons le badnjak sous le porche où le polozajnik le brûle sur notre barbecue ! Le but est de faire le maximum d’étincelles et de crépitements avec les branches de chêne et de dire « Toliko zara, toliko para » (le plus d’étincelles, le plus d’argent). Après, il/elle reçoit un cadeau, et il/elle peut partir, peut-être même frapper à d’autres portes pour être encore le premier visiteur. Tard ce jour-là, la famille déguste un repas de fête (non maigre ou végétarien cette fois-ci !) et envisage ce qu’elle fera pour le Nouvel An serbe.

Si vous avez choisi de rester à Belgrade le 31 décembre, vous étiez sans doute parmi les milliers de personnes entassés Place de la République, tournoyant au son de la musique rock, sirotant des bières, portant des chapeaux scintillants et essayant vainement d’éviter les pétards. Si vous aimez les fêtes, voici une bonne nouvelle pour vous : vous n’avez qu’un court répit avant de recevoir de façon débridée le 13 janvier, à minuit, pour le Nouvel An serbe, bien qu’avec moins de fanfare que sur la Place de la République.

Lorsque je suis arrivée en 1977, la Serbie était encore une des 6 républiques (et des 2 régions autonomes de Vojvodine et de Kosovo) formant la Yougoslavie. On était yougoslave avant tout, puis croate, serbe, slovène...Pour cette raison, célébrer le Nouvel An serbe, se faisait discrètement, au moins dans les lieux publics. Les cafés n’étant pas autorisés à faire de la publicité sur la soirée du Nouvel An serbe, ils maintenaient volontairement leur décoration de Noël un peu plus longtemps. Les tables, pour le 13, étaient réservées longtemps à l’avance et à minuit, les lumières, curieusement, s’éteignaient quelques secondes, afin de permettre aux fêtards de s’embrasser et de se souhaiter meilleurs vœux pour « Srecna Nova Godina ». La discrétion n’est plus de mise et la fête est à l’honneur, que ce soit à la maison ou dans les restaurants. Ceux-ci se livrent une lutte acharnée à travers les publicités dans les journaux, les posters ou les prospectus, pour attirer la clientèle. Si vous n’avez pas encore réservé à l’heure où vous me lisez, il serait temps de la faire.

par P. Andjelkovic - http://www.expat.org.yu


» Histoire
» Langue
» Republika Srpska
» Tourisme
» Célébrités
» Recettes de cuisine
» En France

© 2006 Orlovi.com - Tous droits réservés - Association Orlovi (loi 1901)