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Relations Franco-US

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Echanges musicaux

Docteur Jazz
Avide de griserie après quatre terribles années de guerre, la France de 1918 découvre un remède souverain contre la tristesse: la musique noire américaine.
Noble Sissle, plus connu comme chanteur que comme sergent-chef au 369e régiment d’infanterie U.S., témoigne: "Le lieutenant Europe fit jouer ses épaules, comme pour s'assurer que son étroite veste d'uniforme résisterait à l'effort. Les musiciens remuèrent les pieds; les cors essuyèrent la salive de leurs cuivres; les tambours tendirent la peau de leurs instruments; chacun se cala contre le dossier de son siège, et, quand la baguette s'abattit en suscitant un tonnerre enivrant, musiciens et chef d'orchestre semblèrent oublier le cadre pour se perdre dans le souvenir de scènes d'autrefois. Les cornets et les clarinettistes commencèrent alors à manipuler les notes sur ces rythmes typiques qu'aucun artiste n’a jamais pu confier à une partition et, quand les tambours se mirent de la partie, leurs épaules s’agitèrent en marquant la mesure . On eut l'impression que l'auditoire se mettait à onduler; on vit de dignes officiers français battre du pied avec le général américain qui, pour un temps, avait perdu ses manières raffinées. Le lieutenant Europe n’était plus alors un simple officier de l’armée des Etats-Unis, mais le grand Jimmy Europe qui, quelques mois auparavant, tenait New York sous le charme de sa baguette. II se tourna vers les trombones, qui attendaient le moment d'entrer en transe, et, à son signe, ils poussèrent leurs coulisses à bout de course et les ramenèrent avec un claquement inimitable. L'auditoire ne put en supporter davantage: le microbe du jazz s’était emparé de lui; il avait gagné les centres vitaux, affectant tous les muscles. Nous voilà bien ! me dis-je, le colonel Hayward, avec son orchestre, vient d'introduire en France la maladie du ragtime. Quel drôle de cadeau à faire à un pauvre pays déjà si accablé par le malheur. Mais quand les gens se mirent à rire, le visage transfiguré par la joie, je dus me rendre à l'évidence: c’était la le remède dont la France avait le plus besoin en ce moment critique. L’apothéose eut lieu dans le Nord. Dans la foule se trouvait une petite dame de près de 60 ans. A la stupéfaction générale, elle se mit à danser, à bondir, à gambader. C'est alors que mes craintes se dissipèrent et que j'eus la certitude que la musique américaine deviendrait un jour celle du monde entier."

Docteur Jazz (bis)
La France des années 20 avait chassé le blues de la Grande Guerre à coups de ragtime et de charleston. Les "zazous" de 1946 oublient l'Occupation en dansant le be-loop. Le "jass" est devenu le jazz, mais il soigne toujours les bleus à l'âme...
Saint-Germain-des-Près, ce "petit royaume dont trois cafés et une église marquent les frontières", et dont le prince s'appelle Boris Vian -quand il ne se cache pas sous le pseudonyme de Vernon Sullivan pour écrire des livres à scandale qu'il prétend traduits de l'américain- est au Paris de l’après-guerre ce que Montparnasse fut à celui des Années folles: un eldorado pour les artisties du monde entier, particulièrement pour les Américains, surtout s’ils sont musiciens. Et la liste des "guest stars" du Tabou, puis du club Saint-Germain, où toute une jeunesse privée pendant si longtemps de liberté et de plaisirs s’étourdit de rythme et d'alcool, a un petit air de Who's who du jazz: Duke Ellington, Errol Garner, Miles Davis, Charlie Parker, Max Roach... Le spectacle est aussi dans la salle. A l'affiche, le philosophe Jean-Paul Sartre, pape de ce qui ne s'appelle pas encore l'existentialisme- les écrivains Albert Camus ou Richard Wright, la chanteuse Juliette Gréco, bref "tous les soirs, dix célébrités et 30 personnes très connues. Des couturiers, des mannequins, 50 ou 60 photographes, des journalistes, des pisse-copie, des étudiants, des musiciens, des Américains, des Suédois, des Anglais, des Brésiliens, une cour des Miracles ou une tour de Babel au choix..."

Ambassade de France - 30 Janvier 2001


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