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L'enquête sur la rue des Rosiers relancée

9 août 1982, sur les coups de 13 heures, un commando lourdement armé sème la terreur rue des Rosiers, au cœur du quartier juif de Paris dans le Marais. On relève six morts et 22 blessés. C’est le plus grave attentat antisémite de l’après-guerre. Mais quelque 25 ans plus tard, les terroristes n’ont toujours pas été identifiés avec certitude et a fiortiori arrêtés. Le dossier est toujours à l’instruction au pôle anti-terroriste de Paris.

À l’époque, les enquêteurs avaient rapidement estimés qu’une telle attaque antisémite ne pouvait avoir été menée que par les Palestiniens du groupe Abou Nidal. Drôle de certitude en l’occurrence. Le groupe Abou Nidal avait l’habitude de revendiquer toutes ses actions. Mais personne n’a jamais revendiqué l’attentat de la rue des Rosiers.

Dans un film diffusé ce vendredi 3 octobre dans le magazine « Lundi Investigation » sur Canal Plus, le journaliste Thierry Vincent reprend l’enquête inachevée. Et bouscule les certitudes des familiers de ce dossier. Et si l’attaque avait été menée non pas par des Palestiniens mais par des néo-nazis allemands ?

En 1982, les flics avaient écarté cette piste, très vite. Trop vite ?
Juste après l’attentat, en effet, les témoins avaient décrit des assaillants de type européen. Les portraits robots diffusés dans la presse montre d’ailleurs quatre hommes dépourvus de traits moyen-orientaux. Plus troublant encore, l’un des portraits ressemble comme deux gouttes d’eau à un militant néo-nazi allemand surveillé par les autorités de l’époque, un certain Walter Kexel.

Ce Kexel était en France au moment de l’attentat. Deux jours avant, des écoutes téléphoniques exercées à Metz où il séjourne avec un camarade, apprennent aux RG locaux qu’il compte se rendre à Paris. En voyant les portraits-robots le lendemain de l’attentat, les RG de Metz adressent alors un rapport à leur hiérarchie à Paris pour faire état de cette piste Kexel. Il ne sera jamais exploité. Plus étrange encore, cet épisode du voyage de Kexel et son acolyte Odfried Hepp de Metz à Paris le 7 août 1982, ne figure plus dans les archives des RG aujourd’hui ! Arrêté en Angleterre quelques semaines plus tard, Kexel sera néanmoins interrogé par le juge Bruguière chargé de l’attentat de la rue des Rosiers. Mais sans résultat. Même aujourd’hui, le juge Bruguière ne se souvient plus très bien de cette entrevue de pure forme.

Kexel se suicidera quelques temps plus tard dans sa cellule. Il n’y a plus de témoins ? Si, reste Odfried Hepp. Vingt-cinq ans après les faits, le journaliste Thierry Vincent a recueilli son témoignage. Troublant encore. Hepp nie toute participation à l’attentat. Mais charge son ancien camarade. « Il aurait très bien pu faire ce type de chose », explique-t-il aujourd’hui. D’autant qu’il était bien entraîné : il avait fréquenté les camps d’entraînement terroristes palestiniens au Liban.

Reste un dernier mystère : parfaitement cohérente mais jamais véritablement exploitée, cette nouvelle piste ne semble guère intéresser les victimes de l’attentat. Représentée par le célèbre Me Szpiner, connu pour sa propension à négocier des indemnisations plutôt qu’à chercher à confondre les coupables, aucune partie civile ne réclame la réouverture de l’enquête !

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