Diplômé d’Harvard, MORROW s’est découvert une affection particulière pour les fictions philosophiques et satiriques pendant les cours de Littérature étrangère, à la lecture de VOLTAIRE ou de CAMUS. Humaniste, insolent, James MORROW mettra son érudition scientifique et philosophique au service d’un questionnement souvent drôle et toujours pertinent des thèmes religieux et métaphysiques.

(JPG)Ses premières œuvres, remarquées par la critique, ne suffisent pas à le faire connaître au grand public : il s’agit de textes courts sur des thèmes religieux, comme « The Deluge », Prix Nebula. Ces textes ont été rassemblés plus tard dans le recueil « Bible Stories for Adults » [1988].

En France, on le découvre grâce à des romans comme « Ainsi finit le monde », finaliste au Prix Nebula, ou « Notre Mère qui êtes au cieux », primé au World Fantasy Award, qui imagine comment un jeune Juif, Murray Katz, se retrouve père célibataire par l’opération du Saint-Esprit de l’alter-ego féminin de Jésus, Julie, une petite fille qui marche sur l’eau et accomplit des miracles...

Mais son œuvre majeure, celle qui le fera connaître et apprécié, sera la Trilogie de Jéhova [The Godhead Trilogy] publiée dans les années 90. La Trilogie s’ouvre sur la découverte, en plein océan, du corps de Dieu lui-même, tombé du ciel après son décès et flottant comme une épave... Le Vatican va s’attacher à garder la chose secrète et faire remorquer l’immense corps [3 kilomètres de long, tout de même] dans les glaces de l’Arctique, dans des conditions rocambolesques - des activistes athées cherchant à Le détruire - pour des funérailles finales pathétiques et grandioses.

Dans le deuxième volume, le juge Candle, qui officie dans une petite ville, poursuit Dieu - dont le Corps est devenu une sorte de parc d’attraction - devant la Cour Internationale de La Haye. Il faut dire que le petit juge n’a pas eu de chance dans la vie... Motif de l’accusation contre le Créateur ? Crime contre l’Humanité ! Devant la barre défilent Satan, Jésus et autres personnages bibliques, pour une procès qui parodie les grands romans « judiciaires » américains.

Dans le troisième volume enfin, le divin Crâne se retrouve en orbite géosynchrone après l’explosion de son Corps - et sa face de mort contemple la planète provoquant une épidémie de préoccupations métaphysiques galopante dans l’Humanité renvoyée à ses pires craintes : si Dieu est mort, qui Être, que Faire ?

En 2003 est parue une œuvre radicalement différente, « Le dernier Chasseur de Sorcière » : MORROW y raconte l’histoire de Jennet Stearne qui, à la fin du XVIIème siècle, tente de défendre les droits de sa tante, Isobel, accusée de sorcellerie parce qu’elle a réussi à expliquer scientifiquement des phénomènes naturels jusque là considérés comme divins. Jennet se lance dans un combat contre les procès en sorcellerie qui la mène à la rencontre de Benjamin Franklin et à l’encontre de l’obscurantisme... Sur un fond historique extrêmement documenté, MORROW - sans parodie ni farce cette fois - traite des superstitions humaines et de la naissance de l’esprit scientifique.

Volontiers provocateur, MORROW n’est donc pas un rigolo façon Terry PRATCHETT qui s’amuse avec les thèmes de la religion ou de la mort : il maîtrise ses sujets et fait de ses contes iconoclastes l’outil d’une réflexion amusée mais profonde sur la croyance et l’athéisme, l’absurdité de l’existence et le sens de la vie.

MORROW vit actuellement en Pennsylvanie et travaille sur un projet de roman baptisé « Prometheus Wept » qu’il décrit lui-même comme une mélange de « Frankenstein » et de « Lolita »...


BIBLIOGRAPHIE CHOISIE

- « Ainsi finit le monde » [« This Is the Way the World Ends », 1986] paru en Présence du Futur, 1988

- « Notre Mère qui êtes au cieux » [« Only Begotten Daughter », 1990],

- La Trilogie de Jehova [« Godhead Trilogy »]

  • « En remorquant Jéhovah » [« Towing Jehovah », 1994]
  • « Le jugement de Jéhovah » [« Blameless in Abaddon », 1996]
  • « La Grande Faucheuse » [« The Eternal Footman », 1999]


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"Le dernier chasseur de sorcières" de James MORROW

["The Last Witchfinder", 2003]

On a peine à imaginer qu’une des pages les plus noires de la chasse aux sorcières s’est écrite à l’époque où naissaient les sciences naturalistes et la rationalité. C’est pourtant à la charnière du XVIIème et XVIIIème siècle, de la Glorieuse révolution anglaise [1688] à l’avénement des « Lumières », que l’on a instruit une quantité ahurissante de procès en sorcellerie et exécuté en masse ses présumés ensorcelleuses. Ce n’est ni le premier, ni le dernier des paradoxes de l’esprit humain.


Mr.C

 
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