CINETUDES
Mardi 16 Septembre 2008
1:58
Leos CARAX

Leos CARAX

Portrait analytique : un CinéFils émotif…



Leos CARAX
Quatre longs métrages en vingt-trois ans ; autant dire, peu de films. Remarqué au Festival de Cannes en 1984 avec son premier film Boy Meets Girl, Leos Carax n'a depuis cessé de créer polémiques autour de lui. Mauvais Sang a fait de lui un cinéaste culte et Les Amants du Pont-Neuf, un auteur maudit. Trois ans de tournage, abandons des producteurs, blessure de Denis Lavant, reconstitution du Pont-Neuf près de Montpellier, décor détruit, mais surtout… un budget de 150 millions de Francs. Inadmissible pour certains ; la meute se lâche. Mais personne n'est obligé de produire Carax et peu voudront le faire. Il faudra attendre huit longues années pour découvrir son magnifique Pola X qui ne trouvera pourtant pas son public en 1999. Depuis, l'ex-jeune prodige du cinéma français apparaît tel un fantôme dans les Festivals où on lui rend hommage. Il cherche désespérément à financer un nouveau projet, Scars avec Juliette Binoche, son actrice fétiche. Né Alex Dupont en 1960 à Suresnes, on sait peu de choses sur lui. Mais qu'en est-il de son cinéma ?

En 1989 dans La Revue du Cinéma, Raphaël Bassan rédige un dossier intitulé "Trois néobaroques Français" (*1). Il y associe Leos Carax, Luc Besson et Jean-Jacques Beineix, tous trois représentants du cinéma du look. Pour la première fois en France, des cinéastes assumeraient la multiplicité des images et l'utiliseraient dans leurs propres œuvres. En effet, ils intègrent des images illégitimes (bande-dessinée, video clip, publicité…) dans un contexte légitime, celui du cinéma. Mais là où ses "compagnons" recyclent sans véritable réflexion, Carax travaille sur le matériau. Il confronte ces nouvelles images avec celles du Cinéma et leur donne ainsi une nouvelle légitimité. Mais cela ne se réduit pas à un simple exercice de style et va au-delà d'une écriture citationnelle ; ce qui intéresse Carax dans l'image, c'est son pouvoir émotionnel. Ce portrait analytique s'appuie sur quelques exemples clairs et précis afin de donner quelques clés à un univers qui peut parfois sembler hermétique…



Cinéma muet…


Leos Carax comprend très vite la puissance émotionnelle que peut dégager l'image. Il a débuté sa carrière alors qu'il découvrait les films des autres. La mémoire du Cinéma le soutient dans l'élaboration de son univers. C'est en arrivant à Paris qu'il découvre les films muets à la Cinémathèque sous les conseils de son ami Elie Poicard. Cette découverte le frappe à tel point qu'il choisit le noir et blanc pour son premier long-métrage. Mais toute sa filmographie regorge de citations "muettes". En voici quelques unes qui parlent d'elles-mêmes…

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Dans Boy Meets Girl, par exemple, Carax utilise la surimpression pour expliquer l'agression spontanée d'Alex sur Thomas. C'est un procédé typiquement "muet". Il permet de matérialiser la pensée ou le fantasme d'un personnage. On pense à L'Aurore de Murnau où le fermier pense à la femme qu'il aime. Mais plus qu'un hommage, Carax veut raconter son histoire. Florence est à l'origine de cette altercation puisque c'est elle qui a trompé Alex avec son meilleur ami. Son visage apparaît sur l'écran comme dans la tête d'Alex. Son importance dans l'image est disproportionnée, tout comme l'acte commis par Alex. La surimpression étant une "figure liquide par excellence" (*2), le visage est rattaché au fleuve, symbole de l'amour qui s'éloigne.

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Autre référence directe avec la séquence finale. Carax réussit à créer une tension dramatique grâce à un montage alterné. De peur qu'elle commette l'irréparable, Alex se précipite chez Mireille. On voit une paire de ciseaux qui s'ouvre. Alex court toujours. Une baignoire déborde. Le son artificiel de l'eau rappelle les bruitages qui accompagnaient les projections de films muets. Alex arrivera-t-il à temps pour sauver Mireille ? Filmer la course d'Alex et la baignoire en iris renforce le parti pris de n'utiliser ici ni musique ni parole. Carax s'interroge ainsi sur le cinéma "parlant" : qu'apporte-t-il de plus que le muet ?

Avec Mauvais Sang, le cinéaste passe à la couleur mais regarde toujours vers le muet. Il est surtout présent à travers le personnage d'Anna, interprété par Juliette Binoche ; elle parle peu. Dans ses mouvements, elle rappelle les actrices qui utilisaient le langage du corps pour exprimer des sentiments. Par ailleurs, en se refusant à Alex, Anna rappelle Mimi (sublime Lilian Gish) qui elle non plus n'embrasse jamais son partenaire dans La Bohème de King Vidor. Carax filme le visage de Juliette Binoche en gros plan tel Carl Theodor Dreyer cadrant Renée Falconetti pour sa Passion de Jeanne d'Arc. On se plonge alors dans le regard du personnage, pénétrant ainsi au cœur de ses émotions. En outre, Juliette Binoche n'a-t-elle pas des airs de Louise Brooks, notamment dans la scène de l'anniversaire de Marc, interprété par Michel Piccoli ?

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Avec la fameuse scène du bus, le cinéaste retranscrit à merveille l'idée d'esperanto visuel qui définit le cinéma des années vingt. Alex croise Anna pour la première fois dans un bus (le thème de la première fois est sous-jacent dans ses deux premiers films). Il l'épie, cherche son visage dans le reflet d'une vitre. Il tombe immédiatement amoureux de cette femme qu'il ne connaît pas encore. La musique surgit. Sans un mot, on ressent tout de même l'émotion qui envahit Alex car on voit avec ses yeux.

Mais Carax ne porte pas un regard nostalgique sur l'art muet ou sur une quelconque période du cinéma. Il s'interroge sur le danger de stagnation, voire de régression que peut représenter l'arrivée du parlant dans le Septième Art. A son apogée, dans les années 1920, le muet fut plus innovateur que le cinéma des années 1930. Voilà pourquoi Charlie Chaplin persiste et signe en refusant le parlant avec Les Lumières de la Ville sorti en 1931. Au Motion Picture Magazine, il déplorait que " Maintenant, le geste commence où la parole finit. " (*3). Or le cinéma est avant tout un art du mouvement et du mouvement peut jaillir l'émotion. La comédie s'inscrit parfaitement dans cette lignée.

Carax l'a compris… Pour Les Amants du Pont-Neuf, il s'appuie d'ailleurs sur le même thème que Les Lumières de la Ville de Charlie Chaplin ; un vagabond tombe amoureux d'une jeune et jolie femme. Très vite, il s'aperçoit qu'elle a de graves problèmes de vue. Charlot met tout en œuvre pour que son amour puisse être guérie. Mais chez Carax, Alex ne veut pas que Michèle l'abandonne, quitte à brûler les avis de recherche concernant sa compagne. Il risque ainsi de condamner Michèle à une cécité complète… Malgré cet aspect plus noir, Les Amants du Pont-Neuf reste quand même son film le plus ouvert, le seul avec une fin heureuse. Outre le thème qui le rapproche de Chaplin, le troisième long-métrage de Carax se réfère ouvertement au burlesque, et ce, à deux reprises notamment.

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La première est la scène avec le pompier, scène burlesque par excellence. Le soir du 14 juillet, Paris baigne dans le son de l'accordéon. Un pompier est assis au bord de la Seine et bat le rythme avec son pied en gros plan. Carax illustre la notion de "l'art de deviner", typique du cinéma muet. Par ce gros plan sur le pied, le spectateur comprend que la musique qu'il entend est aussi entendue par les personnages. Alex et Michèle décident de voler son bateau pour faire du ski nautique sur le fleuve. A l'arrière-plan de la future victime, on voit Michèle expliquer à Alex comment l'assommer en mimant l'action par des gestes grandiloquents. Au moment de s'exécuter, un gag vient compliquer leur plan…

Mais cet humour n'est pas nouveau dans la filmographie de Leos Carax. Que ce soit dans Boy Meets Girl ou Mauvais Sang, il y a toujours cette touche humoristique apportant un peu de légèreté. Les retrouvailles entre Michèle et Alex sont édifiantes… La circulation a repris sur le Pont-Neuf. C'est la nuit. La neige ajoute une touche féerique à cette scène de bonheur retrouvé. Le son n'est plus. Seul un klaxon interrompt le silence de manière artificiel. Alex glisse et finit fesses au sol. Les deux amants rient.

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Carax cherche l'image originelle. Il puise donc jusqu'aux prémisses du Septième Art. Il comprend alors que l'émotion peut se passer de mots. Il veut créer de nouvelles images pour retrouver un regard innocent face au cinéma, un regard qui brise les conventions pour s'aventurer et s'émerveiller comme un nouveau-né.

On comprend donc l'image du nourrisson présente dans ses deux premiers longs-métrages et cette recherche constante de la première fois. Il se réfère non seulement au cinéma muet mais en assimile aussi la puissance émotionnelle.



La Nouvelle Vague et Jean-Luc Godard…


Cette réflexion sur le cinéma rapproche le réalisateur de Pola X à la Nouvelle Vague. En effet, plusieurs éléments le lient à ce mouvement qui secoua grandement le cinéma français puis mondial à la fin des années 50.

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Carax a gardé l'esprit Nouvelle Vague. Ses personnages sont jeunes et lui ressemble. Dans ses trois premiers films, les personnages qu'interprète Denis Lavant portent le vrai prénom de Carax, Alex. D'après l'interview fleuve accordée aux Inrockuptibles (*4) en 1991, il semblerait que beaucoup d'éléments autobiographiques se retrouveraient dans ses films. Cela expliquerait certaines récurrences comme cette mystérieuse Florence ou la présence du Pont-Neuf qui devient presque le personnage principal dans Les Amants du Pont-Neuf. Les personnages caraxiens prennent le métro, jouent au flipper dans des cafés, écoutent la radio ou déambulent dans la nuit parisienne. Ils roulent aussi à moto, cherchant à s'alléger de la lourdeur de la vie.

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Tous ces accessoires et rituels quotidiens rappèlent la Nouvelle Vague. Il suffit de revoir A Bout de Souffle pour s'en apercevoir. Ses aînées parlaient de la libéralisation sexuelle, il évoque le SIDA à travers le STBO et le préservatif dans Mauvais Sang. Ce que la Nouvelle Vague a fait dans les années soixante, Carax l'a adapté aux années quatre-vingt.

Mais surtout, au cœur de son cinéma se trouve la notion d'auteur, instaurée par François Truffaut et la bande des Cahiers du Cinéma. En cela, Carax se détache diamétralement de Jean-Jacques Beineix et encore plus de Luc Besson puisque ces derniers rejettent cet héritage qu'ils trouvent encombrant. Car si Carax s'avère fin technicien, il met sa technique au service de son art et se veut auteur avant tout. Même si Mauvais Sang s'inspire de Sa Dernière Course de Raoul Walsh, le film de Carax s'apparente d'avantage à Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard et sa période policier poétique par son aspect film-collage et ses aplats de couleurs vives. Se mélangent ainsi littérature, bande-dessinée, philosophie, publicité et cinéma.

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Comme son aîné, Carax est marqué par la littérature. On retrouve beaucoup de citations ou références à des poètes dans sa filmographie. Parmi eux : Charles-Ferdinand Ramuz, Jean Cocteau, Louis Ferdinand Céline ou Arthur Rimbaud. De ce dernier, Carax reprendra même le titre d'un de ses poèmes, Mauvais Sang. Il s'inscrit dans la "rupture godardienne" (*5) en alternant montage serré et plans séquences, en utilisant des ellipses, des faux raccords ou des sautes d'images. De très gros plans d'images ou de mots surgissent et soulignent les thèmes des films.

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Autant d'éléments qui exhortent le spectateur à briser sa passivité habituelle. Mais ces transgressions ne se révèlent pas gratuites. Les deux cinéastes réfléchissent sur le cinéma en même temps qu'ils l'inventent. Il faut sans cesse se renouveler pour ne pas tomber dans la lourdeur des conventions. Ils réactualisent des techniques disparues avec l'avènement du parlant. Le spectateur doit être surpris par ce qu'il voit et par ce qu'il ressent face à ces transgressions. Car l'émotion est au cœur du cinéma de Godard et de celui de Carax. Cette émotion passe également par une utilisation intéressante de la musique via des thèmes récurrents, se rapportant aux émotions ressenties par les personnages. Ils parlent ainsi d'amour, de mort et de vitesse. Dans Pierrot le Fou, Marianne répète qu'il " faut partir en vitesse ". Les personnages caraxiens courent, roulent à moto : ils cherchent sans cesse à prendre de l'élan comme s'ils voulaient à s'envoler.

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Cependant, plusieurs points différencient l'élève de son maître… La première est l'apolitisme cinématographique de Carax. Bien entendu, ce dernier filme les clochards dans Les Amants du Pont-Neuf ou montre le monde aveugle dans lequel vit la bourgeoisie avec Pola X, mais Carax n'est en rien un cinéaste militant politique. De plus, contrairement à A Bout de Souffle par exemple, les films de Carax n'ont jamais eu de budgets confidentiels. Quant au studio, l'auteur de Mauvais Sang ne le refuse pas même si pour Les Amants du Pont-Neuf, le choix du décor fut imposé par la tournure des évènements. Ainsi, la filiation entre la Nouvelle Vague en général et Jean-Luc Godard en particulier n'est en aucun cas dogmatique, ce qui prouve que le cinéma de Carax n'est pas purement citationnel.



Vers un masochisme généreux…


Les Amants du Pont-Neuf clôt la "trilogie des Alex" et marque aussi un changement dans le cinéma de Carax. En effet, ce troisième long-métrage semble déjà moins référentiel que ces prédécesseurs. Certes, le film s'appuie sur Les Lumières de la Ville et navigue vers L'Atalante de Jean Vigo, mais Carax semble se tourner plus vers son propre univers et délaisse quelque peu sa cinéphilie… Il s'en explique dans les pages de Libération à la sortie de Pola X : " J'ai commencé à faire des films en même temps que je découvrais le cinéma. Puis, après Mauvais Sang, l'amour du cinéma des autres ne m'a plus été un tel secours. " (*6)

Pola X enfonce le clou. Seule la présence du cinéaste lituanien Sharunas Bartas à qui Carax prend Katerina Golubeva pour le rôle d'Isabelle rattache le film à un univers extérieur à l'auteur de Boy Meets Girl. Le réalisateur de Trois Jours y interprète une sorte de gourou muet, à l'image de son film Freedom où les personnages ne parlent pas…

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Ce détachement s'accompagne d'une transformation stylistique. A partir des Amants du Pont-Neuf, l'image caraxienne devient moins "tape à l'œil" (pour reprendre un terme des détracteurs du cinéaste). La maîtrise technique semble moins l'obséder qu'à ses débuts. Il déclare lui-même que " la maîtrise, c'est crétin, on en revient vite... On se cramponne à la falaise, on est tétanisé, on peut plus grimper, atteindre les hauteurs... Il faut la ténacité, pas la maîtrise. " (*7)

Tout le début des Amants du Pont-Neuf illustre ce changement esthétique. Alex titube dans un Paris de nuit. Il s'effondre sur le bitume puis se fait rouler dessus par une voiture. Michèle, une jeune femme tout aussi perdue, passe par là et regarde ce corps écrasé contre la route (on est loin de la fameuse scène du bus de Mauvais Sang et de sa photographie séductrice). Alex se fait ramasser puis embarquer dans un bus qui le mène à Nanterre. La séquence est d'un réalisme sans précédent chez Leos Carax et d'une incroyable crudité. Tout le trajet dans le bus et l'arrivée au centre à Nanterre sont filmés de manière quasi-documentaire.

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Dans Pola X, une autre scène "prise sur le vif" attire l'attention. Pierre bouscule un chauffeur de taxi qui, selon lui, manque de respect envers la petite fille qui la suit avec Isabelle. L'homme riposte et utilise une bombe lacrymogène contre Pierre. La police intervient pour comprendre ce qui se passe… Pierre a alors peur de perdre sa demi-sœur qui n'a pas de papiers. La séquence est certes fictive mais garde un côté "vérité".

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Carax va encore plus loin en s'attaquant de front aux éléments fondateurs de son cinéma. Pourtant, à première vue, ce quatrième long-métrage ne semble pas si personnel puisqu'il s'agit d'une adaptation de Pierre ou les ambiguïtés de Hermann Melville, l'auteur de Moby Dick. Mais ce serait mal connaître Leos Carax que de croire qu'il ne livre là qu'une fidèle transposition à l'écran du roman de Melville. En effet, à travers la trajectoire de Pierre, le cinéaste prend le contre-pied de ses précédents films.

Tout d'abord, par sa structure, Pola X se veut plus classique, mais d'un " classicisme que j'espère inventé " selon Carax lui-même. Le film suit une trame assez claire. Pierre (Guillaume Depardieu) est un écrivain à succès et vit dans un château avec sa mère (Catherine Deneuve). Il va bientôt se marier avec Julie. Mais l'apparition d'Isabelle bouscule ses certitudes. Pierre décide alors de tout plaquer pour suivre cette demi-sœur venue de l'Est. A première vue, Pierre est le premier protagoniste qui ne ressemble pas à Leos Carax. Physiquement, Guillaume Depardieu et différent de Denis Lavant, alter ego du cinéaste dans les trois premiers films, et pour la première fois, Carax et son personnage n'ont pas le même âge. Mais il se sert du roman de Melville pour imploser son propre cinéma.

Ensuite, l'évolution de Pierre s'oppose à celle d'Alex, le clochard du Pont-Neuf. L'écrivain passe d'une vie de bourgeois à celle de paria. Cette chute sociale s'accompagne d'une dégradation physique. Ces cheveux deviennent longs et sales, il devient barbu et boîte de plus en plus, comme si la lourdeur de son propre corps l'accablait. Hier, symbole de liberté et d'envole, la moto devient dangereuse. Alors qu'il cherche la mystérieuse femme qui l'épie depuis quelques temps, Pierre chute de sa moto. C'est avec cette dernière que sa mère, Marie, mourra au cours d'une fuite désespérée dans une nuit fantomatique.

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Dans Mauvais Sang, Alex passe un dernier moment avec Lise (Julie Delpy). Le couple traverse une forêt calme et verdâtre. Alex est jeune mais dois déjà refaire sa vie. C'est pour cela qu'il doit quitter Lise. Pourtant, il n'ose pas lui dire. Avec Pola X, Leos Carax retourne filmer la forêt mais dans une séquence antithèse de la précédente. Isabelle révèle à Pierre qu'elle est sa demi-sœur. Les deux personnages sont plongés dans une telle obscurité que le spectateur devine à peine le visage des personnages. De plus, la première séquence annonce une rupture tandis que la seconde marque la naissance d'un couple.

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Les Amants du Pont-Neuf marque un tournant dans la filmographie de Leos Carax. Son cinéma devient moins référentiel et annonce un changement dans l'esthétisme caraxien. Avec une générosité absolue, il démantèle tout ce qui a fait son cinéma avec Pola X. Le cinéaste se reconnaît en Pierre, personnage pathétique qui n'arrive pas à se détacher de ce sentiment d'imposture…

Certes Carax multiplie les clins d'œil dans ses premiers films, mais en aucun cas, il ne s'agit d'un simple cinéma de citations. Il se les réapproprie de telle sorte qu'elles deviennent siennes. Elles ne sont qu'un support pour construire une œuvre très personnelle à travers laquelle il recherche constamment l'émotion. Car, comme Jean-Luc Godard avant lui, le réalisateur a compris que le cinéma et l'émotion vont de paire. Le mot "émotion" est d'ailleurs tiré de l'ancien Français "motion" qui signifie "mouvement". Le cinéma n'est-il pas l'art du mouvement ? A travers sa carrière même, Carax n'est jamais resté statique. Il est toujours allé là où on ne l'attendait pas, abordant un véritable virage esthétique à partir des Amants du Pont-Neuf : après la maîtrise technique de ses deux premiers films, Carax cherche l'équilibre entre la maîtrise et la perdition. Avec Pola X, il va jusqu'à détruire son cinéma avec générosité. Tout cela fait de Leos Carax un cinéaste unique qui aurait mérité de réaliser plus de films… Il l'avoue lui-même en 2004, à l'occasion d'une rétrospective à la Cinémathèque Française :

" J'aurais tout de même pu, je pense, faire deux ou trois films de plus. Mais mes rapports avec la finance n'ont pas été bons. Je n'ai pas été rentable à courts termes, et dans ce cas, mieux vaut savoir se faire discret (pas trop cher, humble), et je n'ai pas su. Je ne suis pas le premier cinéaste cher non rentable. Mais il se pourrait que j'ai été un des derniers. " (*8)






Filmographie:

  • Longs métrages
1999 : Pola X
1991 : Les Amants du Pont-Neuf
1986 : Mauvais Sang
1983 : Boy Meets Girl

  • Série
2000 : Pierre ou Les Ambiguïtés

  • Courts-métrages
2006 : My Last Minute
1997 : Sans Titre
1980 : Strangulation Blues
1977 : La Fille Rêvée (inachevé)

  • Clips Video
2006 : Crystal, New Order
2004 : Tout le Monde, Carla Bruni




(*1) La Revue du Cinéma n° 449, mai 1989, Paris, p.45-53, "Trois néobaroques français" de Raphaël Bassan

(*2) Les Cahiers du Cinéma n° 608, janvier 2006, Paris, p.82-84, "Cinéma retrouvé : L'Aurore de F.W. Murnau" de Hervé Aubron

(*3) Charles Chaplin in Motion Picture Magazine, 1930, USA

(*4) Les Inrockuptibles n° 32, décembre 1991, Paris, "A l'impossible on est tenu" de Christian Fevret et Serge Kaganski

(*5) A Bout de Souffle, Nathan - Collection Synopsis, 1999, Paris, p. 52, Michel Marie

(*6) Libération 14 mai 1999, Paris, propos recueillis par Laurent Rigoulet et Olivier Séguret

(*7) Les Inrockuptibles n° 32, décembre 1991, Paris, "A l'impossible on est tenu" de Christian Fevret et Serge Kaganski

(*8) Texte de la rétrospective à la Cinémathèque Française, 2004





BOYS MEET GIRLS, MAUVAIS SANG et POLA X sont disponibles en DVD chez Pathé.

LES AMANTS DU PONT NEUF est quant à lui disponible chez Opening Distribution.

Et n'oubliez pas d'aller consulter le My Space consacré à Leos Carax !!


Leos CARAX
Un débat sur le cinéaste est ouvert sur notre ESPACE DE DISCUSSION

Samedi 03 Février 2007
Lionel Grenier (Garbonzia)


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