Descriptif général            

Quelques dimensions :

Longueur : 120 m., largeur totale : 41 m., largeur de la nef (dans le chœur) : 14,96 m., largeur de la façade occidentale avec le pilier butant : 73,45 m., hauteur totale : 47,60 m., hauteur de la voûte : 37,15 m., hauteur du collatéral intérieur (voûte) : 21,30 m., hauteur du collatéral extérieur (voûte) : 9 m., superficie : 5900 m2.

Il n’y a plus de tribunes comme à Notre-Dame de Paris. Si le collatéral extérieur est relativement modeste (9m sous la voûte), le collatéral intérieur est très haut : 21m30 sous la voûte et les piliers qui bordent la nef s’élèvent à 17m d’un seul jet. La voûte de la nef est à plus de 37m.

La grande différence de hauteurs entre  les collatéraux intérieurs et extérieurs crée une perspective oblique, en pyramide, qui contribue à unifier l'espace dans le sens de la largeur et de la hauteur. L'absence de transept joue le même rôle dans le sens de la longueur. La finesse des lignes  (retombées, arcs, lignes horizontales) évite le morcellement, adoucit les passages entre les différentes parties.

Malgré ses dimensions qui sont comparables à celles des plus grandes cathédrales, on n'est pas écrasé par l'architecture de Bourges, comme c'est le cas ailleurs, même dans des cathédrales plus petites. On peut essayer d'expliquer pourquoi. Tout est progressif. La voûte du premier collatéral est encore proche, comme dans une petite église. Le second collatéral est encore à taille humaine, le triforium et les fenêtres semblent encore relativement proches. Les éléments du décor sont de petite taille, très discrets. Les chapiteaux, par exemple, sont à l'échelle des colonnettes engagées sur lesquelles ils sont placés. Ils ont la même taille et sont pratiquement semblables à tous les niveaux. Ce qui est pour ainsi dire à portée de main au collatéral extérieur réapparaît plus haut, identique. Le plus modeste des fidèles n'a pas le sentiment d'être exclu du royaume symbolisé par cette architecture. Il est environné du même décor que les prophètes et que les apôtres représentés sur les grandes verrières du chœur. La montée vers la voûte de la grande nef est progressive, on a un peu le sentiment d'être pris par la main ...

  D'autres caractéristiques sont au moins aussi importantes : La légèreté de la construction, la simplicité du plan et du décor (on a parlé de l'influence cistercienne), le souci d'unifier l'espace, la recherche d'un équilibre entre les différents éléments de la cellule de base : fenêtres, triforiums, piliers, le refus paradoxal de donner à cet ensemble aux dimensions impressionnantes un caractère trop monumental.

 Le 15 décembre 1466 le chanoine Jean de Breuil, membre du chapitre de la cathédrale “vint exprimer à ses confrères  ... son intention de faire construire une chapelle dans la cathédrale, en leur demandant de lui désigner un emplacement convenable ...” Les travaux terminés (juin 1468), J. de Breuil annonce qu’il veut fonder une messe quotidienne dans sa chapelle. Mais il meurt à la fin de l’année. Son frère Martin, également chanoine de Bourges, désigné comme exécuteur testamentaire, sera chargé de mener les négociations concernant l’établissement de cette fondation et en particulier son financement. Car il s’agit ni plus ni moins de “célébrer quotidiennement et à perpétuité dans la chapelle une messe pour le salut des âmes du fondateur et de ses parents et amis ...”

C’est probablement de cette façon que la plupart des chapelles latérales de la cathédrale ont été fondées. L’ “emplacement convenable” était facile à trouver, d’autres chapelles existaient déjà (la plus ancienne date de 1404 env.) : il suffisait d’ouvrir la fenêtre et le mur latéral existants (a), de fermer par une autre fenêtre l’espace disponible entre les contreforts et de voûter (b).

Les frères De Breuil, les donateurs, se sont fait représenter sur le vitrail qui ferme la chapelle et, fait exceptionnel dans la cathédrale, sur une des deux fresques qui ornent cette chapelle. (Fresques redécouvertes il y a quelques années : une grande crucifixion au bord de la mer, une apparition du Christ à Marie Madeleine le matin de Pâques) Sur un autre vitrail la famille Tullier, agenouillée, est présentée à la Vierge par St Pierre, St Jean et St Jacques. Mais la présence du ou des donateurs n’est pas systématique. Un vitrail du début du XVIème siècle raconte la vie de St Denis comme le ferait aujourd’hui un bande dessinée. Les vitraux les plus remarquables sont une Annonciation du XVème siècle et le vitrail de 1518, de J. Lescuyer représentant la vie de St Étienne et de St Laurent. Nous avons donc grâce à ces chapelles un précieux témoignage de l’évolution de l’art du vitrail à partir du début du XVème siècle.

Mais ajoutées à des époques différentes, ayant des formes variées, ces chapelles alourdissent la silhouette extérieure de la cathédrale. A l’intérieur elles trahissent l’esprit de l’édifice : lieu d’une piété individuelle, elles détournent de la grande architecture de la nef et du chœur et de la communauté qu’elle contribue à créer.     

 Pour accorder l'espace nécessaire aux portails romans nord et sud entre les contreforts, il fallut entailler ces contreforts obliquement, ce qui les fragilisait dangereusement. On construisit donc, vers 1230,  les porches qui répartissent les charges et solutionnent le problème. Au porche sud, la statue de St Étienne, représenté comme témoin de la parole (symbolisée par le livre) daterait de la fin du XIIIe siècle.

Ce portail, comme le portail nord, avait été destiné à l'ancienne cathédrale romane et daterait de 1160 env. On décida ensuite de détruire cette cathédrale et non de la remettre en état et de l'agrandir, mais de conserver ces portails. L'iconographie est proche de celle du portail royal de Chartres : sur le tympan le Christ en gloire, apparaissant dans une mandorle et tenant le Livre de la Parole, entouré des représentations symboliques des quatre évangélistes. Sur le linteau, les apôtres se font face deux à deux. L'arc comporte quatre rangs de voussures : deux ornés de palmettes, deux représentant des anges, des rois et des prophètes de l'Ancien Testament. Sur les côtés, des statues colonnes de prophètes, surmontées de dais d'architecture et de chapiteaux.

La voûte sexpartite s'inscrit dans un carré et repose sur six piliers. La charge supportée par les piliers d'angle est plus importante que celle supportée par les piliers intermédiaires. Ceci est matérialisé par les arcs qui transmettent les charges vers les piliers et par les colonnettes engagées qui prolongent ces arcs. Il y a alternance de piliers dits "forts" et de piliers dits "faibles". Cette alternance peut être soulignée, comme à Sens où les piliers ont des formes nettement différentes, ou, au contraire, gommée totalement comme à Laon (sauf dans deux travées). A Bourges les piliers forts reçoivent cinq colonnettes engagées, les piliers faibles seulement trois. Mais l'architecte a supprimé deux colonnettes sur cinq à partir des chapiteaux des piliers forts, si bien que tous les piliers comportent le même nombre de colonnettes. La seule différence entre piliers forts et piliers faibles est une différence de diamètre. Il faut noter que les piliers de la partie la plus ancienne, qui correspond au chœur actuel, sont plus minces que ceux de la nef et que la différence de diamètre entre piliers forts et faibles y est plus grande : (32 cm dans le chœur, 26 cm dans la nef). On pourrait comparer cette alternance suggérée, à peine perceptible, à une légère ondulation.  La plus grande finesse des piliers du chœur, surtout des piliers faibles, rend cette ondulation plus marquée. L'unité de l'ensemble est ainsi moins rigide.

Au pilier circulaire de Laon et de Paris, l'architecte de Bourges ajoute huit colonnettes engagées disposées régulièrement tout autour. Les colonnettes sont très fines et rejoignent au delà des chapiteaux, eux mêmes de très petite taille, les nervures issues de la voûte. On a davantage l'impression (surtout dans la nef où les piliers s'élèvent à 17m) d'un pilier qui s'élance vers le haut et se perd dans les voûtes que d'un support. L'esprit est plus proche du pilier fasciculé de Saint-Denis que des piliers cantonnés des cathédrales classiques. (cf. article de J. Michler).

Les grandes verrières du XIIIème siècle se trouvent dans le chœur et les premières travées droites, correspondant au premiers stades de la construction. Elles répondent à une logique architecturale et spirituelle.

A l’étage supérieur, dans la fenêtre  axiale, la Vierge Marie et l’Enfant, St Étienne portant la maquette de la cathédrale. De chaque coté, une succession de grands personnages : au nord les prophètes : St Jean-Baptiste d’abord, puis, en remontant le temps, David, Isaïe, Moïse etc. ... Au sud, côté de la lumière , les apôtres et quelques disciples : St Pierre, St Paul, St Jean etc. ... Évocation du Ciel.

Dans l’axe de l’étage intermédiaire, une Vierge à l’enfant couronnée (cf. portail nord), en bas du vitrail : l’Annonciation. A sa gauche, un Christ dans une mandorle montrant ses plaies, une évocation du Jugement Dernier. Ces deux vitraux, placés dans l’axe de la cathédrale, résument l’histoire du salut : l’Incarnation et le le retour du Christ, représenté, comme au portail occidental, comme celui qui a souffert sa passion. Ils sont entourés des deux grands diacres, St Étienne et St Laurent, représentés non avec la palme du martyr mais avec le Livre de la Parole dont ils ont été les témoins, et du cortège des évêques de Bourges dont trois peuvent être identifiés avec certitude : d’un côté St Guillaume, archevêque de Bourges de 1200 à 1209, de l’autre, St Ursin, le premier évangélisateur de Bourges et du Berry, et St Sulpice Sévère. L’Église est ainsi symbolisée, les deux martyrs étant les premiers témoins du Christ incarné, les évêques leurs successeurs. Malheureusement presque toutes les verrières du côté sud ont été enlevées au XVIIIème siècle, les chanoines trouvant le chœur trop sombre ...

Les grandes verrières du déambulatoire sont très différentes. Destinées à être vues de près et à transmettre un enseignement, elles sont composées de nombreux médaillons de formes variées peuplés de multiples personnages. Si la lecture de chaque vitrail est relativement aisée, l’interprétation de l’ensemble, de sa logique interne, est plus difficile, d’autant plus que la chapelle axiale a perdu ses vitraux du XIIIème, la chapelle ayant été “privatisée” et transformée au XVIème siècle. H. Benoît propose un “parcours” qui nous fait cheminer deux fois vers la chapelle axiale en partant d’abord du côté nord puis du côté sud. On découvre ainsi, côté nord : 1. Le mauvais Riche, 2. L’invention des reliques de St Étienne, 3. Le bon Samaritain, 4. L’Enfant prodigue, 5. La Nouvelle Alliance. Côté sud : 1. l’histoire du patriarche Joseph, 2. La légende de St Thomas, 3. L’Apocalypse, 4. la Passion, 5. Le Jugement dernier. Tous ces vitraux se lisent de bas en haut et de gauche à droite, sauf le vitrail du Bon Samaritain qui se lit de haut en bas. (cf. bibliographie)

Le jubé était en place entre le chœur et la nef dès 1237. Cette grande tribune de 6,80 m de haut traversait toute la largeur du vaisseau central (14,80 m). Il se trouvait à la limite entre la première campagne de travaux et la poursuite de la construction vers 1224 (cf. plan). Il délimitait un vaste espace liturgique dans lequel le chapitre célébrait l’office divin hors de la présence des fidèles.

Il subit des mutilations considérables à l’époque des guerres de religion et fut démonté au XVIIIème siècle. Les éléments principaux sont désormais exposés dans la crypte.  

Le dispositif, rare, est une des réussites de Bourges. Vus de loin, ils semblent écrasés par la hauteur de la façace. Vus de près ils sont en parfait équilibre avec l’ensemble : la façade n’a pas été conçue en fonction d’un parvis, elle est dans les rues et les maisons qui se serrent autour d’elle. Les portails et leur décor, comme le décor intérieur, n’ont aucun caractère de monumentalité. Ils sont là pour accueillir et s’adressent à la foule des fidèles.

Le centre de ce dispositif est le tympan du Jugement Dernier, présidé par le Christ. C’est le Christ, assis comme sur un trône, mais dépouillé d’une partie de ses vêtements - car il s’est incarné et a souffert sa passion - qui, les bras levés, montre ses plaies et semble accueillir les fidèles. (Une frise architecturale en arrière-plan évoque les cinq portails de la cathédrale). De chaques côtés, des anges tiennent dans des linges les instruments de la passion. Agenouillés de part et d’autre, la Vierge et Saint Jean. Au-dessus, deux anges semblent présenter le soleil et la lune, symboles de la nouvelle création inaugurée par la rédemption (Ap. 21, 1). On dit aussi qu’ils emportent le soleil et la lune devenus inutiles (Ap. 21, 23).

La partie inférieure est divisée en deux : tout en bas, la résurrection des morts. Soulevant la pierre tombale, ils sont représentés nus (sauf un évêque) et dans la fleur de l’âge. Au dessus, le Jugement proprement dit : Saint Michel pèse les âmes symbolisées par des petits enfants. Les élus sont à sa droite. Le Paradis est figuré par une petite construction carrée dans laquelle est assis un vieillard : Abraham tenant dans un linge les âmes des élus qui sont ainsi “dans le sein d’Abraham”. A l’entrée, Saint Pierre qui accueille les nouveaux arrivants. Le premier d’entre eux est un moine cordelier. On a sans doute voulu représenter saint François d’Assise, mort en 1226. derrière lui, un roi, mais lequel? Louis IX était encore bien vivant à l’époque.

A gauche au contraire les damnés sont poussés par une cohorte de diablotins plus grimaçants les uns que les autres (et très restaurés au XIXème siècle) dans un chaudron chauffé par les flammes qui s’échappent de la gueule d’un dragon .

Les autres portails sont consacrés, de droite à gauche, à St Ursin, St Étienne, à la Vierge Marie et à St Guillaume.