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ON EN PARLE

Nutrition

PĂ©diatrie

‱ FĂ©vrier 2010 ‱ vol. 2 ‱ numĂ©ro 7

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Boissons Ă©nergĂ©tiques, 
boissons Ă©nergisantes

Quelles diffĂ©rences ? 

Quelles rĂšgles de prudence ?

La consommation de produits pouvant induire des effets stimulants est en trĂšs nette augmentation.

Les motivations sont diverses, essentiellement sous-tendues par deux recherches : celle de la per-

formance, par exemple pour un sportif qui pratique en compĂ©tition, ou celle d’un effet stimulant

extrĂȘme pour les jeunes, adolescents, voire adultes. Si les boissons "Ă©nergĂ©tiques" sont encadrĂ©es

par une lĂ©gislation stricte, il n’en pas de mĂȘme pour les boissons "Ă©nergisantes". La mise en garde

des jeunes consommateurs et des parents est essentielle. Ces produits sont actuellement sous

haute surveillance.

Dr Paule Nathan 

(Endocrinologue, Nutritionniste, Paris) 

Dr Charles Agenet 

(Médecin du CROS Provence-Alpes, Président

dĂ©lĂ©guĂ© de la Commission nationale de la FĂ©dĂ©ration sportive et culturelle de France, Marseille) 

DÉFINITION, LÉGISLATION

‱ 

Les boissons énergétiques,

bois-

sons de l’effort, sont soumises à
la législation des compléments ali-
mentaires (directive 2002/46/CE
du Parlement européen, décret du
20 mars 2006). Â« On entend par
complĂ©ments alimentaires les den-
rées alimentaires dont le but est de
compléter le régime alimentaire
normal et qui constituent une
source concentrée de nutriments ou
d’autres substances ayant un effet
nutritionnel ou physiologique seul
ou combiné  Â»
. La réglementation
établit une liste des ingrédients
pouvant entrer dans leur compo-
sition, actuellement ciblée sur les
vitamines et minéraux au niveau
européen, élargie au niveau natio-
nal par des doses journaliĂšres maxi-
males et des recommandations
concernant diverses substances,
telles que les plantes. Les boissons
Ă©nergĂ©tiques ne sont en aucun cas

des médicaments et ne doivent pas
dépasser les apports journaliers re-
commandés. Elles sont élaborées
pour répondre aux besoins spéci-
fiques du sportif qui fournit un ef-
fort musculaire intense. Certaines
sont orientées vers la récupération
aprĂšs l’effort. 
‱ 

Une boisson â€œĂ©nergĂ©tisante”

est

un terme marketing : elles sont sen-
sĂ©es â€œmobiliser l’énergie” en stimu-
lant le systĂšme nerveux. Ces produits
ne répondent ni aux critÚres, ni à la
réglementation imposés aux bois-
sons énergétiques ; certaines sont ce-
pendant sous surveillance en raison
de la présence de taurine et de ca-
fĂ©ine. 

QUELLE COMPOSITION ?

Les boissons énergétiques

‱ 

Boissons glucidiques complé-

mentaires de l’effort,

spécifiques

aux sportifs, leur composition ne
doit ĂȘtre ni acide, ni gazeuse, ni
trop sucrée, avec une osmolarité
aux alentours de 390 mmol/l, pour
une meilleure assimilation. Les ap-
ports glucidiques (en général dex-
trose, fructose, maltodextrines)
sont de 6 % Ă  8 %/l, avec apport de
potassium, calcium, sodium,
phosphore, magnĂ©sium Ă  des taux
trĂšs faibles. 

Les vitamines

sont

celles du groupe B essentielle-
ment. 
‱ 

Les boissons de récupération

assurent, aprùs l’exercice, la res-
tauration des pertes liĂ©es Ă  l’ef-
fort : eaux bicarbonatées riches
en sels minéraux pour compen-
ser les pertes et lutter contre l’aci-
dose par accumulation d’acide
lactique. Elles peuvent permettre
aussi de lutter contre les crampes.

Les boissons Ă©nergisantes

Elles sont composées le plus sou-

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vent de taurine, remplacĂ©e par l’ar-
ginine dans certaines préparations,
de caféine, guarana, glucuronolac-
tone, ginseng, vitamines (surtout du
groupe B).  

QUELS SONT
LES RISQUES POTENTIELS ?

Un excĂšs de glucides

‱ La mauvaise utilisation des bois-
sons Ă©nergĂ©tiques peut ĂȘtre Ă  l’ori-
gine d’excùs en apports glucidiques,
responsables 

d’hypoglycĂ©mie

réactionnelle

, avec coup de barre,

contre-performance et risque de

compulsion vers les aliments
sucrés.

Ce sont aussi des leurres pour

optimiser la performance sportive, au
dĂ©triment d’une alimentation Ă©quili-
brĂ©e. 
‱ L’apport en glucides des boissons
Ă©nergisantes est trĂšs important (su-
périeur aux boissons énergétiques),
avec risque d’hypoglycĂ©mie rĂ©ac-
tionnelle lors d’une consommation
avant l’effort.

Un excÚs de caféine

Dans une canette de boisson Ă©ner-
gisante de 250 ml, sa teneur est de
l’ordre de 80 mg (Ă  titre indicatif, une
tasse de cafĂ© = 60 Ă  150 mg). Il est
conseillĂ© de ne pas dĂ©passer l’équi-
valent de 3 à 4 tasses/j de café, soit
environ 400 mg/j chez l’adulte (200
mg /j chez la femme enceinte). Mais
la sensibilité à la caféine est variable
d’un sujet Ă  l’autre, et peut apparaĂźtre
dĂšs 100 mg pour certains. 

La ca-

féine est présente dans de nom-
breux produits consommés en
parallĂšle,

avec un risque de surdo-

sage. Il faut donc tenir compte des
autres sources - colas, thé glacé ou
non, cacao, noix de kola, guarana,
yerba maté (bien lire les étiquettes).
La caféine est un stimulant intellec-
tuel

a un effet ergogĂšne et retarde le

seuil d’épuisement lors de l’exercice
anaérobie. Mais sa consommation

en excĂšs peut entraĂźner une excita-
bilitĂ© cardiovasculaire, un risque ac-
cru de lésion musculaire, des effets
digestifs (troubles de la motricité,
douleurs), une augmentation du
stress et de l’anxiĂ©tĂ©. Le  risque lĂ©tal
(10 g en 1 prise) est difficile Ă  at-
teindre : Ă©quivalent Ă  120 canettes !
Certaines boissons peuvent conte-
nir par ailleurs des substances dont
les effets sont proches de la caféine,
comme la théobromine.

Les risques de la taurine

C’est un acide aminĂ© soufrĂ©, en
forte concentration dans la bile du
taureau, d’oĂč son nom. Sa concen-
tration sanguine est directement
liĂ©e Ă  l’apport alimentaire. Elle a un
effet sur l’excitabilitĂ© neuronale et
des effets cardiovasculaires (ren-
force la contractilité cardiaque).
Aucun dĂ©ficit n’a Ă©tĂ© notĂ© chez
l’homme et son action sur la per-
formance n’est pas dĂ©montrĂ©e. 

Mal

connue,

elle serait 

thyréotoxique

et neurotoxique.

Deux canettes

de 250 ml/j apportent des doses dix
fois plus élevées que les doses jour-

naliùres alimentaires ! C’est une
substance 

déconseillée aux en-

fants et aux femmes enceintes.

Arginine : prudence 

Aucun effet n’est dĂ©montrĂ© au cours
de l’exercice physique, lors d’une
supplémentation avec cet acide
aminĂ©. 

Elle est dĂ©conseillĂ©e aux

femmes enceintes et allaitantes,

aux personnes 

cardiaques,

souf-

frant d’

allergies 

ou d’asthme, ayant

ou ayant eu une cirrhose du foie, un
herpÚs ou une insuffisance rénale.

Glucuronolactone : 
l’inconnue

Il est produit Ă  partir du glucose,
via la voie des pentose phosphate,
et participe ainsi Ă  de nombreuses
voies métaboliques. Son apport ali-
mentaire est de 1 Ă  2 mg/j et son
seuil de toxicité inconnu. Aucune
action sur la performance sportive
n’a Ă©tĂ© mise en Ă©vidence. 

Une hypervitaminose

En trÚs grande quantité dans les
boissons Ă©nergisantes, il existe un

Les boissons énergétiques

d

Réservées aux activités intenses et prolongées (comme des tournois, randonnées...), si le

sportif est sujet aux crampes pendant l’effort, en cas de sueurs importantes (perte hy-

drique et de la perte en minéraux). Elles permettent aussi de stabiliser la glycémie avant et

au cours de l’effort, si nĂ©cessaire.

d

Les consommateurs : des sportifs informés et demandeurs de conseils. L'achat se fait sur-

tout en magasin spĂ©cialisĂ©. 

d

Mais on assiste de plus en plus au développement des achats via Internet !

Les boissons Ă©nergisantes

d

UtilisĂ©es pour leurs propriĂ©tĂ©s stimulantes de l’effort physique et intellectuel, tout en cor-

rigeant les besoins de rĂ©hydratation. 

d

Certains s’en servent pour des efforts sportifs, d’autres pour tenir le coup, par exemple en

vue d’une soirĂ©e qui va se prolonger dans la nuit ou pour Ă©viter la fatigue d’un long voyage.

Les consommateurs : des adultes jeunes, des ados, et mĂȘme des enfants.

d

Leur vente est en croissance exponentielle.

d

Vendues sans conseil, souvent banalisées dans une grande majorité de magasins, elles sont

souvent consommĂ©es dĂšs l’achat.

DANS QUEL BUT CES BOISSONS SONT-ELLES
CONSOMMÉES ?

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Boissons énergétiques, boissons énergisantes

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risque de dépassement du seuil de
toxicité pour les vit. B6 et B12.

Un pH trop acide

Le pH des boissons Ă©nergisantes
est trùs acide (de l’ordre de 3.5),
ce qui peut provoquer, en cas d’in-
gestion réguliÚre et répétée, une
Ă©rosion dentaire ou de la mu-
queuse gastrique. Cela a été ob-
servé chez des sportifs de longue
durée (coureur de fond, cyclistes,
triathlĂštes). La consommation de
boissons Ă©nergisantes trop acides
est dĂ©conseillĂ©e lors de l’effort spor-
tif (avant, pendant, aprĂšs) car elles
peuvent aussi nuire pour cette rai-
son à la récupération et favoriser
les blessures musculotendineuses. 

Une osmolaritĂ© importante 

Avec une osmolaritĂ© de l’ordre de
630 mmol/l, les boissons Ă©nergi-
santes ne respectent pas le critĂšre
d’iso-osmolaritĂ©. Pour cette raison,
elles  peuvent perturber la vidange
gastrique, l’absorption intestinale,
les Ă©changes transmembranaires
et une assimilation optimale.

QUE DISENT LES AUTORITÉS
ET SOCIÉTÉ SAVANTES ?

La SociĂ©tĂ© Française 
de Nutrition du Sport 

Un texte rĂ©fĂ©rentiel a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© en
juin 2008 par les membres du
Comité scientifique (consultable
sur le site

: www.nutrition

dusport.fr). La position de la SFNS
vis-Ă -vis des boissons Ă©nergisantes
chez le sportif est claire. La littĂ©ra-
ture ne permet pas d’attribuer à ces
boissons un effet positif sur l’amĂ©-
lioration des performances phy-
siques ou psychiques, ni d’amĂ©lio-
ration des défenses anti-oxydantes.
L’impact sur la santĂ© et la toxicitĂ©
restent à préciser. Elles ne présen-
tent pas d’intĂ©rĂȘt nutritionnel dĂ©-

montré et ne répondent pas aux cri-
tÚres spécifiques des boissons éner-
gétiques définis au plan réglemen-
taire. Elles sont inadaptĂ©es et
déconseillées pour la réhydrata-
tion ; le risque de dĂ©shydratation
accentuĂ©e liĂ© Ă  l’hyperosmolaritĂ©
et la présence de certaines molé-
cules peut mĂȘme augmenter le
risque de blessure. La fuite poten-
tielle de calcium, magnésium et po-
tassium est un facteur de risque de
trouble du rythme cardiaque. La ca-
féine augmente le risque de
troubles du rythme cardiaque à l’ef-
fort. L’apport glucidique est in-
adaptĂ© Ă  l’effort ; la concentration
en sucres est trop élevée et fait cou-
rir le risque de troubles digestifs.
L’aciditĂ© est un facteur prĂ©dispo-
sant aux blessures sportives.

L’Afssa 

Saisie Ă  plusieurs reprises depuis
2001 pour 

Ă©valuer l’innocuitĂ© et

l’intĂ©rĂȘt nutritionnel d’une
“boisson dite Ă©nergĂ©tique”

par

la DGCCRF, l’Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Aliments a
rendu plusieurs avis (mars 2001,
mai 2003, janv. et nov. 2006, consul-
tables sur : www.afssa.fr).

d

Compte tenu des niveaux de

concentration de substances
comme la taurine et le D-glucuro-
nolactone dans une canette (5 et
500 fois les doses journaliĂšres ap-
portĂ©es par l’alimentation), il est
considĂ©rĂ© que la sĂ©curitĂ© d’emploi
n’est pas assurĂ©e. L’intĂ©rĂȘt nutrition-
nel n’a pas pu ĂȘtre dĂ©montrĂ©. 

d

L’Afssa a attirĂ© l’attention sur

certains points nécessitant une vi-
gilance particuliĂšre, notamment
les possibles fortes concentrations
en cafĂ©ine. 

d

Sur la base des avis de l’Agence,

le ministÚre de la Santé a demandé
un suivi et une information précise
à l’attention du grand public sur les
effets indésirables.

d

L’Agence travaille actuellement

au dĂ©veloppement d’un 

disposi-

tif de suivi des forts consomma-
teurs de boissons Ă©nergisantes,

s’appuyant sur des enquĂȘtes de
consommation et ce, en lien avec
l’Institut de veille sanitaire (InVS).

L’Education nationale

Elle interdit la vente de boisson
Ă©nergisante dans les Ă©tablisse-
ments (excitants du systĂšme ner-
veux, elles masquent la fatigue et
peuvent inciter Ă  diminuer le
temps de sommeil) et souhaite que
cela s’accompagne d’une informa-
tion des Ă©lĂšves et personnels sur
leurs dangers, et sur la promotion
de modes de vie sains (Circulaire
N° 2008-090 du 11 juillet 2008 ; site :
www.education.gouv.fr). Le minis-
tÚre de la Santé diffuse aussi une
plaquette d’information (dispo-
nible sur : www.sante.gouv.fr,
rubrique Boissons Ă©nergisantes). 

CONCLUSION

Il est utile de rappeler Ă  nos pa-
tients, en particulier jeunes et ado-
lescents, et à leurs parents, l’im-
portance de lire les Ă©tiquettes ; cela
doit devenir un réflexe ! Ceci est
d’autant plus important que les
ingrĂ©dients varient d’un produit Ă 
l’autre : la teneur en cafĂ©ine peut
aller de 23 Ă  125 mg/250 ml ; le mot
“cafĂ©ine” n’est pas clairement
Ă©crit (peut se cacher sous ces
termes : guarana, yerba matĂ©, noix
de cola
). Il est relativement fa-
cile de dépasser les limites, surtout
chez les enfants et adolescents, ou
les sportifs non informés qui cu-
mulent consommation de boissons
Ă©nergisantes et produits toniques,
mĂ©dicamenteux ou non. Ce com-
portement est souvent associé à
l’ingestion d’alcool, le danger mĂ©-
rite d’ĂȘtre soulignĂ©. Notre rĂŽle de
médecin est ici essentiel.