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Santé des Premières nations, des Inuits et des Autochtones

La tuberculose dans les communautés des Premières nations


Historique

Pendant les premières décennies du 20e siècle, une terrible épidémie de tuberculose a sévi dans la population des Premières nations canadiennes. Il est probable que les membres des Premières nations avaient moins d'immunité contre les souches européennes de tuberculose et l'on ne disposait pas encore de médicaments pour guérir la tuberculose. La malnutrition augmentait le risque de la maladie et l'isolement dans des réserves surpeuplées a permis à la maladie de se répandre rapidement. Les taux de mortalité dépassaient 700 pour 100 000, parmi les plus élevés jamais signalés dans une population humaine. Les taux de mortalité attribuable à la méningite tuberculeuse chez les enfants âgés de 0 à 4 ans étaient compris entre 500 et 2 000 pour 100 000 et, les taux globaux de mortalité due à la tuberculose ont même atteint 8 000 pour 100 000 chez les enfants vivant dans des pensionnats au cours des années 30 et 40.

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Tuberculose-infection

Dans de nombreuses collectivités des Premières nations, les aînés ont vécu pendant des périodes où les taux de tuberculose - et le risque d'être infecté - étaient extrêmement élevés. On suppose généralement qu'une fois qu'une personne est infectée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis, elle demeure infectée pour la vie. Le tableau 1 montre les résultats d'enquêtes communautaires visant à détecter la tuberculose-infection parmi les membres des Premières nations âgés de 30 ans et plus.

Tableau 1. Prévalence estimée de la tuberculose-infection parmi les membres des Premières nations âgés de 30 ans et plus, dans les réserves de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan (1995-1998). Note : Les intervalles de confiance à 95  % sont présentés entre parenthèses.

Année Colombie-Britannique Saskatchewan
1995 18.4 (14.8, 22.0) 61.3 (52.6, 70.1)
1996 21.5 (18.2, 24.8) 55.0 (45.7, 64.2)
1997 17.8 (14.1, 21.5) 47.3 (39.3, 55.3)
1998 22.0 (19.2, 24.8) 55.2 (47.6, 62.7)

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Tuberculose-maladie

Les taux nationaux de tuberculose-maladie entre 1990 et 2000 sont présentés dans le tableau 2. Les taux de tuberculose parmi les Premières nations demeurent de 8 à 10 fois plus élevés que les taux canadiens globaux et de 20 à 30 fois plus élevés que les taux observés chez les non-Autochtones nés au Canada. En dépit de cette situation, le nombre de cas de tuberculose à l'échelle nationale en l'an 2000, soit 86, est le plus faible jamais signalé dans la population des Premières nations vivant dans les réserves. Le taux de notification en 1999 était très élevé parce qu'il s'est produit plusieurs éclosions importantes. Parmi les régions où la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (DGSPNI) du Santé Canada fournit des programmes de lutte antituberculeuse, c'est dans les quatre provinces de l'Ouest (C.-B., Alberta, Saskatchewan et Manitoba) et dans le Nord-Ouest de l'Ontario (les collectivités de la Zone de Sioux Lookout) que les taux de tuberculose sont les plus élevés.

Tableau 2. Taux nationaux de notification des cas de tuberculose-maladie par âge dans la population des Premières nations vivant dans les réserves* et dans l'ensemble de la population canadienne, et ratios de morbidité standardisés (RMS) (1990-2000). Les données comprennent les cas de tuberculose déclarés dans les populations des Premières nations vivant dans les réserves de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Le chiffre RMS représente le taux chez les Premières nations divisé par le taux canadien global, exprimé en pourcentage.

Année Premières nations Canada RMS (%)+
1990 69.4 7.2 960
1991 59.5 7.2 830
1992 74.8 7.4 1010
1993 54.3 7.0 780
1994 56.3 7.1 790
1995 53.4 6.5 820
1996 49.0 6.3 780
1997 53.3 6.6 810
1998 41.6 5.9 710
1999 61.5 5.9 1040
2000 34.0 n/d n/d

La figure 1 montre les taux de tuberculose pour quatre catégories d'âge différentes, dans les populations des Premières nations vivant dans les réserves des quatre provinces de l'Ouest. Les taux de tuberculose chez les enfants (de 0 à 14 ans) ont diminué, passant de 187,1 pour 100 000 à 25 pour 100 000 entre 1990 et 2000. La majorité des cas de tuberculose chez les enfants (79,2 %) observés pendant cette période ont été signalés en Saskatchewan. La baisse qui s'est produite entre 1990 et 2000 est encourageante, bien que le taux observé en 1999 (72 pour 100 000) soit 29 fois plus élevé que le taux canadien global pour cette année. En 2000, c'est parmi les personnes âgées de 55 ans et plus que l'on a observé le taux le plus élevé parmi les quatre groupes d'âge, soit 123 pour 100 000.

Fig. 1 : Taux de tuberculose selon l'âge dans les populations des Premières nations vivant dans les réserves de laC.-B., de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs peuvent accroître le risque de développer la tuberculose-maladie suit l'infection, tels que le VIH, le diabète, la toxicomanie, et d'autres facteurs qui affaiblissent le système immunitaire. Ces facteurs peuvent être présents au sein de plusieurs communautés endémiques ce qui accroît le risque de développer et de propager la maladie :

  • la proportion des cas de VIH et de SIDA attribue aux Autochtones par rapport au nombre total de cas au Canada a augmente lors des années 1990.
  • Les cas de diabète sont a trois a cinq fois plus nombreux dans les populations des Premières nations.
  • En l'an 2000, la toxicomanie était un facteur de risque déclare dans 47,6 pour cent des cas de tuberculose dans les réserves en Colombie-Britannique et en Alberta.

Mortalité

Entre 1990 et 2000, la tuberculose a causé un décès ou a contribué à un décès dans 4,1  % des cas de tuberculose relevés chez les Premières nations du Canada. Le risque de décès dépend fortement de l'âge et il augmente avec l'âge (figure 2). Parmi les 803 cas de tuberculose observés chez les enfants (âgés de 0 à 14 ans), il n'y a eu qu'un décès attribuable à la tuberculose, alors que 19,8 % des cas observés chez les personnes de 75 ans ou plus ont entraîné un décès.

Fig. 2 : Risques de décès selon l'âge parmi les cas de tuberculose observés chez les Premières nations (1990-2000)

Tuberculose-maladie contagieux

Si une personne souffre de tuberculose pulmonaire ou de tuberculose laryngée et que la bactérie qui cause la tuberculose a été trouvée dans un prélèvement d'expectoration ayant fait l'objet d'un examen microscopique ou d'une culture, on considère que cette personne est contagieuse et qu'elle peut propager la tuberculose à d'autres personnes. La figure 3 montre la proportion de l'ensemble des cas de tuberculose-maladie, selon le groupe d'âge, qui étaient contagieux dans la population des Premières nations entre 1990 et 2000. La répartition du nombre total de cas de tuberculose-maladie contagieux selon le groupe d'âge est présentée à la figure 4. Ces données montrent qu'une proportion élevée de cas contagieux est observée parmi les jeunes adultes, âgés de 15 à 34 ans.

Fig. 3 : Proportion de l'ensemble des cas de tuberculose qui étaient contagieux, selon l'âge dans la population des Premières nations canadiennes (1990-2000)

Fig. 4 : Répartition de l'ensemble des cas de tuberculose-maladie contagieux, selon l'âge, dans la population des Premières nations canadiennes (1990-2000)

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Logement et tuberculose

Le fait de vivre dans des logements surpeuplés augmente le taux de contact entre les personnes et le risque de transmission interpersonnelle de la tuberculose. La densité d'occupation des logements dans l'ensemble de la population canadienne est de 0,4 personne par pièce (0,4 ppp). La statistique correspondante chez les membres des Premières nations vivant dans les réserves est de 0,7 ppp. Les communautés des Premières nations avec des densités d'occupation des logements moyennes plus élevées ont des taux plus élevés de tuberculose (figure 5). Les dix collectivités avec le nombre le plus élevé de cas de tuberculose déclarés entre 1997 et 2000 avaient toutes des densités d'occupation des logements de 0,8 ou plus, et, pour 8 d'entre elles, les densités étaient de 1,0 ppp ou plus. Huit de ces collectivités étaient aussi situées dans des régions éloignées, sans accès routier.

Fig. 5 : Population totale et taux de notification de la tuberculose selon la densité d'occupation des logements de la collectivité (1997-1999)

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Établissement d'un lien entre les données et la Stratégie d'élimination de la tuberculose

Ces données montrent que le fardeau de la tuberculose est beaucoup plus élevé parmi la population des Premières nations que parmi les autres non-Autochtones au Canada. Les programmes visant à contrôler et à prévenir la tuberculose dans cette population doivent donc être conservés et renforcés. Plusieurs éléments de la Stratégie nationale d'élimination de la tuberculose sont mis en oeuvre de façon efficace. Les taux de fidélité pour le traitement de la maladie sont très élevés et les taux de tuberculose observés chez les enfants diminuent d'année en année. Le traitement sous observation directe des patients tuberculeux et la recherche rapide des contacts à haut risque sont des tâches difficiles et qui posent de multiples problèmes, particulièrement dans les collectivités éloignées où des éclosions de tuberculose se produisent souvent.

Des éclosions importantes, des taux élevés de tuberculose chez les enfants et le risque élevé de tuberculose-maladie contagieux chez les jeunes adultes sont autant de facteurs qui confirment qu'il existe encore un cycle de transmission dans de nombreuses communautés des Premières nations. Un bon nombre des personnes faisant partie de cette population sont infectées par la bactérie à l'origine de la tuberculose, et des problèmes comme l'alcoolisme et les toxicomanies, le diabète et le VIH peuvent augmenter le risque de maladie suite à une infection. Les jeunes adultes à risque élevé de contracter la tuberculose-maladie contagieux sont souvent très mobiles, se déplaçant d'une communauté à l'autre, entre les réserves et les régions hors réserve. Les logements surpeuplés augmentent alors la probabilité que les cas contagieux transmettent la tuberculose à d'autres personnes. Il faut mettre fin à ce cycle de transmission, de sorte que les générations plus jeunes puissent croître sans être infectées et que la tuberculose soit éliminée.