St Martin de ré - Depart pour le bagne

le Bagne





Henri Charrière quitte la citadelle de Saint-Martin de Ré pour le bagne de Guyane le 29 septembre 1933.

Après une traversée épouvantable à bord du « La Martinière », il débarque avec le statut de «transporté» à Saint-Laurent du Maroni quelques semaines plus tard, le 14 octobre exactement.

La Martinière

Après quelques jours au camp de la transportation, il est affecté comme aide infirmier à l’hôpital colonial André Bouron.
Ce n’est ni la meilleure, ni la pire des places.

Il évite en tout cas les chantiers forestiers ou agricoles dont la durée de survie n’excède pas quelques semaines ou quelques mois.


Le camp de la transportation - St Laurent du Maroni Le camp de la transportation
St Laurent du Maroni
Il découvre très vite ce qu’est le bagne, son fonctionnement, ses règlements, mais aussi toute sa vie parallèle, tout ce qui n’est pas écrit ou dit officiellement, mais qui fait pourtant la vie et le quotidien des bagnards.

La « débrouille », ensemble de petites combines qui permet souvent d’améliorer l’ordinaire.

La corruption, installée à tous les niveaux de la hiérarchie, qui régit et pervertit la plupart des relations entre bagnards et surveillants, mais aussi entre bagnards eux-mêmes.

L’homosexualité, officiellement interdite, mais en réalité non seulement tolérée, mais souvent encouragée par les surveillants de l’Administration Pénitentiaire afin de mieux contrôler les hommes.


Henri Charrière, qui continue de clamer son innocence et qui estime être là par erreur, se fait la promesse de s’évader rapidement.
Il lui faudra un peu moins d’un an pour organiser sa première cavale.

Les évasions étaient assez nombreuses dans ces années-là, presque toujours par l’océan puisqu’il était quasiment impossible de s’évader par la forêt tropicale, impénétrable et beaucoup trop dangereuse.


Le camp de la transportation - St Laurent du Maroni Un Chantier à Cayenne
Mais peu d’évasions étaient réussies.
La plupart des forçats mouraient en mer.
Ceux qui arrivaient sur d’autres terres étaient souvent rendus par les autorités de ces pays à la France.

Le 5 septembre 1934, il s’évade de l’hôpital avec un compagnon connu à Saint-Martin de Ré.

Après un périple extraordinaire et très risqué de plusieurs mois sur l’océan et sur les îles de Trinidad et Curaçao, il s’échoue malheureusement sur les côtes colombiennes.

Après quelques mois de détention dans ce pays, et puisque la Colombie rend les bagnards évadés à la France, il retrouve Saint-Laurent du Maroni le 30 mai 1935.



Afin d’éviter de sombrer dans le désespoir, il se dit que s’il n’a pas réussi sa cavale, il a malgré tout volé à sa perpétuité 268 jours d’absence, dont trois mois et huit jours de liberté.

Mais il va la payer cher, puisqu’il est condamné pour évasion par le Tribunal Maritime Spécial à deux ans d’emprisonnement dans les cellules de la Réclusion de l’île Saint-Joseph.

Réclusion qui était la terreur des bagnards, réclusion appelée à juste titre :
« La mangeuse d’homme ».


« Voici plus de deux mois, en effet, que je suis là.
Cette réclusion est la seule, à mon avis, où il n’y a rien à apprendre. Parce qu’il n’y a aucune combine.

Je me suis bien entraîné à me dédoubler.
J’ai une tactique infaillible. Pour vagabonder dans les étoiles avec intensité, pour voir sans peine apparaître différentes étapes passées de ma vie d’aventurier ou de mon enfance, ou pour bâtir des châteaux en Espagne avec une réalité surprenante, il faut d’abord que je me fatigue beaucoup.
Il faut que je marche sans m’asseoir pendant des heures, sans arrêt, en pensant normalement à n’importe quoi.
Puis, lorsque littéralement rendu je m’étends sur mon bat-flanc, je pose la tête sur la moitié de ma couverture et, l’autre moitié, je la replie sur mon visage.
Alors, l’air déjà raréfié de la cellule arrive à ma bouche et à mon nez avec difficulté, filtré qu’il est par la couverture.

Cela doit provoquer dans mes poumons un genre d’asphyxie, ma tête commence à me brûler. J’étouffe de chaleur et de manque d’air et alors, d’un seul coup, je m’envole.

Ah ! ces chevauchées de l’âme, quelles sensations indescriptibles elles m’ont données.
J’ai eu des nuits d’amour, vraiment plus intenses que lorsque j’étais libre, plus troublantes, avec plus de sensations encore que les authentiques, que celles que j’ai vraiment passées.
Oui, cette faculté de voyager dans l’espace me permet de m’asseoir avec ma maman morte il y a dix-sept ans. Je joue avec sa robe et elle me caresse les boucles de mes cheveux qu’elle me laissait très longues, comme si j’étais une petite fille, à cinq ans.
Je caresse ses longs doigts si fins, à la peau douce comme de la soie.
Elle rit avec moi de mon intrépide désir de vouloir plonger dans la rivière comme je l’ai vu faire aux grands garçons, un jour de promenade.
Les moindres détails de sa coiffure, la lumineuse tendresse de ses yeux clairs et pétillants, ses douces et ineffables paroles :

« Mon petit Riri, sois sage, bien sage, pour que ta maman puisse t’aimer beaucoup. Plus tard, toi aussi tu plongeras de très, très haut dans la rivière, lorsque tu seras un peu plus grand. Pour le moment, tu es encore trop petit, mon trésor.
Va, il viendra bien vite, trop vite même, le jour où tu seras grandet. »

Et, la main dans la main, longeant la rivière, nous rentrons chez nous.
C’est que je suis véritablement dans la maison de mon enfance.
J’y suis tellement que j’appuie mes deux mains sur les yeux de maman pour qu’elle ne puisse pas lire la musique et continue pourtant de me jouer du piano.
J’y suis, c’est vrai, ce n’est pas de l’imagination.
Je suis là avec elle, monté sur une chaise, derrière le tabouret tournant où elle est assise, et j’appuie bien fort me petites mains pour clore ses grands yeux.
Ses doigts agiles continuent d’effleurer les notes du piano pour que j’écoute « La veuve joyeuse » jusqu’au bout.
Ni toi, procureur inhumain, ni vous, policiers à l’honnêteté douteuse, ni Polein, misérable qui a marchandé sa liberté au prix d’un faux témoignage, ni les douze fromages assez crétins pour avoir suivi la thèse de l’accusation et sa façon d’interpréter les choses, ni les gaffes de la Réclusion, dignes associés de la « mangeuse d’hommes », personne, absolument personne, pas même les mûrs épais ni la distance de cette île perdue dans l’Atlantique, rien, absolument rien de moral ou de matériel n’empêchera mes voyages délicieusement teintés du rose de la félicité quand je m’envole dans les étoiles.

Henri Charrière, Papillon.


La rade de l'ile Royale La rade de l'ile Royale
C’est donc en « s’envolant dans les étoiles », c'est-à-dire en enfance et plus particulièrement auprès de sa mère, mais aussi en savourant chaque jour le projet de sa future vengeance, qu’Henri Charrière ira malgré tout au bout de sa peine.
Et c’est deux ans après jour pour jour, soit le 18 septembre 1937, qu’il quittera la Réclusion.

Il est alors affecté sur l’île principale des Iles du salut, l’île Royale.

Il sera tour à tour vidangeur puis jardinier pour l’hôpital.

Il fera notamment la connaissance d’un jeune médecin de la coloniale, le Docteur Alex Guibert-Germain, avec qui il entretiendra petit à petit de véritables liens amicaux.


Pendant un peu plus de cinq ans, il va vivre sur cette île la vie d’un forçat ordinaire, passant notamment de nombreuses heures à pêcher et à jouer aux cartes.

Il aura aussi de nouveaux épisodes malheureux, dont un nouveau séjour en prison suite à une bagarre, et un séjour « volontaire » à l’hôpital « des fous », pour « tester » cette structure qu’il ne connaissait pas.

Les années passent, et Papillon se remet à rêver de liberté.

Mais il s’aperçoit qu’il est en réalité impossible de s’évader des Iles du Salut.



Ile du Diable Ile du Diable
Très déprimé par l’ambiance détestable de l’île Royale, il arrive, grâce à l’intervention de son ami le Docteur Guibert-Germain, à se faire transférer sur l’île du Diable à la fin de l’année 1942.

Responsable de la porcherie, il ne restera sur cette île que quelques mois, avant d’être à nouveau affecté le 29 avril 1943 sur le continent, au camp forestier des Cascades.

Même si l’on parle de plus en plus souvent de la fermeture prochaine du bagne, Henri Charrière n’y croit plus.


Il profite de la relative liberté dont il jouit en tant qu’infirmier-chef dans ce camp d’Indochinois, pour, dans la nuit du 18 au 19 mars 1944 et avec quatre autres compagnons, tenter à nouveau la belle !


Henri Charrière entreprend donc sa deuxième et dernière cavale qui sera toute aussi impressionnante que la première tentée dix ans auparavant.
S’il a « payé » sa première évasion par deux ans de cellule sur l’île Saint-Joseph, il va « payer » celle-là par de nouvelles épreuves aussi dures qu’insensées.


Une corvée à l'ile St Joseph Une corvée à l'ile St Joseph

Après une escale de plusieurs mois en tant que citoyen de « seconde zone » à Georgetown, capitale de la Guyane anglaise, d’autres mois terrifiants au bagne vénézuelien d’ El Dorado, une dernière épreuve de liberté surveillée au petit village minier d’El Callao, Henri Charrière a réussi son évasion, et arrive à Caracas en 1946.


A 40 ans, très affaibli par ses années de détention et par cette dernière évasion, sans un sou en poche, sans aucune relation, et avec un passé aussi lourd qu’un boulet de bagnard, Henri Charrière est enfin libre.


Il veut maintenant gagner un nouveau pari :

Celui de s’intégrer à son nouveau pays, celui de vivre dorénavant en citoyen libre et responsable.



Essai d'inventaire des cartes postales du bagne Certaines de ces photos sont la propriété et ont été publiées avec l'accord de Mr Jean Antolini, Fils d'un surveillant du bagne de Guyanne.

Jean ANTOLINI a publié un essai d'inventaire des cartes postales du bagne des années 1900 à 1930.

Vous pouvez retrouver l'essentiel de ses cartes postales dans la galerie Antolini.

Merci Mr Antolini
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