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Olivier BOULNOIS
Duns Scot, la rigueur de la charité

Olivier BOULNOIS, Duns Scot, la rigueur de la charité, Paris, Éditions du Cerf, “Initiations au Moyen-Age”, 1998, 166 p.

Le grand spécialiste de la pensée de Duns Scot qu'est Olivier Boulnois donne dans ce livre d'initiation une grande leçon de métaphysique. Les premières pages présentent rapidement la vie et l'œuvre de Duns Scot, puis disent “l'état de la question” avec un exposé des interprétations de cette pensée dont on sait qu'elle est subtile. L'auteur n'entreprend pas de faire une analyse approfondie de la théologie scotiste, “il s'agit uniquement de présenter la doctrine scotiste de la théologie, non point dans son contenu, mais dans sa forme, ses articulations et ses enjeux” (p. 23). Pour ce faire, il suit l'œuvre de Scot lui-même dans le prologue de l'Ordinatio.
L'auteur aborde donc successivement : 1. Le besoin de révélation, 2. La suffisance de l'Écriture, 3. L'objet de la théologie, 4. Le statut de la théologie comme science, 5. La théologie comme discipline éthique. L'exposé ne se limite nullement à un résumé d'ouvrage, mais il rencontre les interrogations actuelles. C'est pourquoi le premier point est le plus important : la question du désir de Dieu et du besoin de révélation qui introduit à un débat entre le philosophe et le théologien.
Le chapitre premier (“Philosophes et théologiens. La controverse”) pose la question du surnaturel à partir des données de la psychologie (le désir du bonheur) et de la métaphysique (la nature ne fait rien en vain). L'auteur résume le débat en deux propositions : “Les philosophes soutiennent la perfection de la nature et nient la perfection surnaturelle”
(p. 29) et “Les théologiens connaissent le défaut de la nature et la perfection surnaturelle”
(p. 39), ce qui mène à une articulation de la philosophie et de la théologie (p. 57), l'une et l'autre soucieuse du bonheur. L'auteur conclut ce premier chapitre : “Tout le programme de la théologie scotiste consiste précisément à reconnaître la possibilité d'une félicité naturelle, mais à montrer la supériorité de la béatitude théologale pour la perfection de l'homme” (p. 72). La révélation apparaît donc comme nécessaire, fondée sur les Écritures (ch. II : “Révélation”).
Le chapitre troisième explicite le contenu de la révélation et l'objet de la foi, qui a Dieu pour objet, donnant ainsi naissance à la théologie qui explicite le contenu de l'objet de foi. Le chapitre est intitulé “Théologies” : au pluriel car pour Duns Scot l'unité de la théologie supposerait que l'on connaisse pleinement Dieu, alors qu'un esprit fini comme celui du croyant ne peut en saisir que des éléments. Il y a donc plusieurs théologies (ch. III) comme il y a plusieurs sciences (ch. IV). L'unité n'est pas perdue, elle est donnée par la charité qui préside à l'éthique (ch. V : “Ethique”), mais aussi soutient et informe la démarche de l'esprit vers la possession de la sagesse. La théologie est donc une science pratique, elle indique comment la volonté peut conformer les actes humains à l'amour divin, et comment elle prépare à recevoir la béatitude. L'auteur conclut : “C'est paradoxalement en distinguant davantage que ses prédécesseurs la métaphysique et la théologie qu'il leur permet d'être unies plus profondément : chacune s'appuie sur l'autre pour exister, mais toutes deux n'ont besoin que d'un intellect aux pouvoirs transcendantaux pour être des sciences. En posant la question en terme de compatibilité et de complémentarité, Duns Scot distingue davantage les deux sciences, mais en même temps il les articule plus étroitement sur un concept pivot, celui de Dieu, étant infini, et leur donne un même modèle épistémologique, celui de la science déductive. Leur différenciation accentue leur correspondance structurelle. Paradoxalement, la rigueur de la charité achève la métaphysique parce qu'elle la transcende” (p. 150).
Une bibliographie abondante fait de cet ouvrage une excellente introduction en demandant au lecteur un effort de lecture soutenu.

J.-M. MALDAMÉ




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