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Joël BIARD
Guillaume d'Ockham et la théologie

Joël BIARD, Guillaume d'Ockham et la théologie, Paris, Éditions du Cerf, ''Initiations au Moyen-Âge'', 1999, 140 p.

La réputation de Guillaume d'Ockham est contrastée. Certains font de lui un novateur, introducteur du nominalisme et donc de la problématique qui mène à la Réforme et à la pensée moderne. J. Biard préfère ne pas entrer d'emblée dans cette question, mais plutôt comprendre l'œuvre de Guillaume d'Ockham par son mouvement intérieur, de manière à ne pas être prisonnier des conséquences. Il centre son intérêt sur la méthode et sur la conception même de la théologie. L'auteur présente le statut de la scientificité de la théologie chez saint Thomas, puis chez Duns Scot pour situer la position de Guillaume d'Ockham qui s'oppose résolument à saint Thomas et se sépare de son maître.

J. Biard divise son étude en deux parties. La première présente la théologie, au sens strict du terme, c'est-à-dire la conception du divin de Guillaume d'Ockham ; la seconde expose la conception des relations entre Dieu et les créatures. L'analyse s'appuie sur le Commentaire des Sentences dont l'auteur souligne la nouveauté de la démarche. L'exposé est très technique et suppose que le lecteur soit déjà introduit dans les rigueurs du langage scolastique.

La première partie, ''Penser le divin'', montre l'importance de l'option sémiologique de Guillaume d'Ockham dans le rapport entre raison et foi pour déterminer le statut de science de la théologie. En effet l'analyse des termes est à la base de l'exposé des attributs divins, autour du primat de la simplicité divine. La deuxième partie, ''Dieu et les créatures'', met en évidence la manière originale qu'adopte Guillaume d'Ockham pour présenter la connaissance que Dieu a des créatures, ce qui mène aux difficiles questions de la providence et de la prédestination et introduit aux débats sur la grâce.

Une longue conclusion s'interroge sur l'influence de Guillaume d'Ockham,
en particulier dans les débats sur la ''puissance absolue'' et la naissance de la Réforme. Il conclut : ''Les débats sur la nature et la grâce, tels qu'ils ont été formulés par Guillaume d'Ockham, ont donc bien marqué la théologie pendant deux siècles. Par là, c'est aussi toute la démarche nouvelle en théologie, celle qui d'une part use, voire à partir d'un certain moment abuse, de la démarche d'analyse logico-linguistique en théologie et qui d'autre part utilise la puissance absolue comme principe méthodologique pour éprouver ce qui est nécessaire ou non dans la structure du monde créé, qui s'est transmise jusqu'à la fin du Moyen Âge'' (p. 120). Mais au-delà c'est la nature même de la théologie qui est mise en relief : ''Restituée à son intention primordiale, la théologie ockhamiste fait éclater tout projet de théologie spéculative. Redéfinissant les critères de rationalité sur la base de la sémiologie, de la logique et de sa théorie de la connaissance, récusant à la fois la théorie thomiste de la subalternation et le modèle scotiste de la théologie en soi, il nie que l'ensemble des vérités utiles au savoir constitue une science. Non pas pour récuser tout usage de l'intellect et toute démonstrativité en la matière, mais en appliquant de manière diversifiée les critères de certitude et de scientificité, selon la nature des prémisses. En un sens, Ockham participe bien au mouvement général qui, après Scot, redéfinit le statut de l'argumentation théologique en l'écartant de la rationalité philosophique [...]. Mais Guillaume d'Ockham ne suit pas Scot lorsque celui-ci fait de la théologie une science pratique et non-spéculative'' (p 121).

J.-M. MALDAMÉ
(Exemplaire du BLE Tome CI n° 3 Août - Septembre 2000)




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