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Cessons de parler du « terrorisme islamique »
               Pour réagir à cet article, cliquez ici 14 septembre 2004    
Plus que de religion, c’est de lutte pour le pouvoir politique et économique qu’il s’agit.

Par Semih VANER, Libération

Le terrorisme « islamique » n’existe pas. Existe un terrorisme (des terrorismes) pour la résistance (pas toujours au sens noble du terme, hélas, mais les difficultés commencent déjà, comment déterminer la noblesse et la légitimité de la résistance), mais surtout pour la lutte pour le pouvoir politique et économique. La religion est une façade. Il s’agit de regarder ce qu’elle cache. On oublie la fameuse lapalissade : « tout est politique », ou presque. Lorsque tout ne l’est pas, lorsqu’il ne s’agit pas du commerce crapuleux du rapt, c’est de la domination qu’il est question, d’insoumission et d’indépendantisme, de vengeance, de dynamiques sociales et psychologiques imprévisibles, de vendetta, d’argent, de pétrole, de territoires, de commerce des armes, de logiques tribales d’allégeance et de solidarité, etc. Pour les religions on peut dire tout et le contraire. Il ne s’agit nullement de sous-estimer la réalité d’un phénomène terroriste, mais il n’est pas réductible à sa dimension « islamique » qu’instrumentalise une idéologie politique se voulant « islamiste » aux fins de justifier son action violente.

En cette rentrée, abondent malheureusement les nouvelles sur le sujet : l’angoisse sur le risque d’exécution de deux otages journalistes français par l’armée qui se veut « islamique » quelque part en Irak, l’enlèvement de deux humanitaires italiennes, le double attentat meurtrier à Beersheva, les attaques-suicides à Moscou, les attentats des talibans à Kaboul et les douze pauvres Népalais dont l’assassinat par Ansar al-Sounna a entraîné des émeutes antimusulmanes à Katmandou. La sauvagerie de ces actions est à la mesure de celle exercée depuis des mois par la coalition anglo-américaine tuant sans ménagement à Bagdad, Kerbela et Najaf, souvent des civils, femmes et enfants, parfois lors des cérémonies de mariage, incidents que l’on nous présente comme « dommages collatéraux » ou « bavures ». Comme si cette liste d’horreurs pour une seule et unique journée ne suffisait pas, on apprend la prise en otages de 200 enfants en Ossétie du Nord, par un commando réclamant la libération de combattants tchétchènes détenus.

Figurent aussi parmi ces nouvelles des incidents qui échappent à l’étiquette « islamique » : huit villageois sont tués et un bénévole travaillant pour une organisation humanitaire danoise blessé par un bombardement de la coalition sous commandement américain dans le nord-est de l’Afghanistan, la poursuite des recherches de huit humanitaires au Darfour, la fusillade qu’essuie Renaud Muselier à Port-au-Prince, les batailles rangées dans la ville pétrolière de Port-Harcourt au Nigeria, les onze rebelles kurdes et deux soldats turcs tués lors d’affrontements dans la province turque de Sirnak. Et même, cas où criminalité crapuleuse se mêle au terrorisme : un magistrat anticorruption est la cible d’une attaque à la bombe dans le nord-est de la Chine.

Mais revenons à l’islam, car il est le plus « spectaculaire », le plus réconfortant pour nos préjugés. C’est surtout le cas des otages français qui nous touche le plus, se déroulant dans un pays musulman où l’acte est revendiqué par un certain djich Ansar al-Sounna, qui se veut « islamique ». La récente exécution du journaliste italien Enzo Baldoni et cette prise en otages de deux Français risquent d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui raisonnent avec des préjugés contre tous les musulmans. Or une lecture attentive et politique de ces événements dramatiques montre que l’islam est réfractaire à une telle instrumentalisation, et que de tels actes criminels sont davantage liés à la recherche du pouvoir dans un rapport de forces essentiellement politique, entre divers groupes, confessions, communautés ethniques voire tribus.

Dans le calcul (politique) et la bataille (avant tout politique) qui font rage aussi bien dans la communauté chiite (divisée en tendances politiques et idéologiques, pro-iranienne, nationaliste irakienne, radicale, etc.) que chez les sunnites (tout aussi divisés, wahhabites, Frères musulmans, salafistes, baasistes, mouvance Al-Qaeda, etc.), la conviction souvent fausse est que plus l’on affirmera son orthodoxie de l’« islam », plus on aura de chances d’emporter des adhésions (politiques). Ces militants ne s’en prennent pas qu’aux chrétiens ou juifs (si c’était le cas, ce serait encore plus grave, encore plus impardonnable), ils n’hésitent pas à assassiner des musulmans turcs (plan établi par les tribus de la région afin d’écarter les entreprises turques au profit d’entreprises jordaniennes, d’après la presse d’Istanbul) ou pakistanais, ou à prendre en otages Jordaniens et Iraniens.

L’attentat de Beersheva est clair, si l’on peut dire : il est revendiqué par la branche armée du Hamas, destiné à venger l’assassinat au printemps dernier du guide spirituel cheikh Ahmed Yassine et de son successeur, Abdelaziz al-Rantissi. Le pessimisme devant ce conflit fossilisé est peut-être de mise, mais en l’occurrence on sort de la logique d’explication religieuse pour parler en termes de « feuille de route », du plan de retrait de Gaza, de quartette international sur le Proche-Orient, ce qui est malgré tout la seule chose positive.

La peur et la haine de l’islam occupent de plus en plus l’espace en Europe et singulièrement en France. Il faudrait s’interroger sur les motifs qui sous-tendent ces ressentiments, souvent fruit de méconnaissance ou d’ignorance. En attendant que les responsables européens et français se chargent, dans une certaine urgence, de l’éducation en matière de la religion, singulièrement de l’islam, il s’agit avant tout d’abandonner une fois pour toutes la vision culturaliste selon laquelle l’islam serait intrinsèquement incompatible avec les droits de l’homme et de la femme, la démocratie, la sécularisation, etc., qu’il serait naturellement porté à la violence ; et comprendre et interpréter le monde musulman et les problèmes qui se posent pour lui, dans leur diversité, dans leur complexité. Les sociétés musulmanes sont soumises dans leur grande majorité à la domination des intérêts occidentaux, et leurs régimes autoritaires bornés continuent à les maintenir dans une situation subalterne. Il faut cesser de parler d’« islamo-terrorisme », de « terrorisme islamique ».

Quelles bêtises ne fait-on pas au nom de la religion ? L’assassin d’Yitzhak Rabin, qui aurait agi pour la Torah, protestait sans doute contre le nationalisme trop modéré du Premier ministre. Le cardinal Ratzinger, qui vient de conseiller aux Turcs de se tourner vers le Moyen-Orient et de faire cause commune avec les Arabes « musulmans », vise probablement à maintenir le pouvoir (pas seulement spirituel mais aussi politique et financier) du Vatican dans une Europe chrétienne. On ne saurait pour autant conclure à un « terrorisme juif » ou à un « terrorisme chrétien » !

Par Semih VANER, directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) et professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris.


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