Marini et Desberg
Un D’Artagnan au Vatican

Après leur fructueuse collaboration pour «L’étoile du désert», Enrico Marini et Stephen Desberg se retrouvent pour «Le scorpion», dont le premier volume vient de paraître. Rencontre à Lausanne, avec deux «mousquetaires» nostalgiques des films de cape et d’épée.

Le scorpion, c’est Les trois mousquetaires qui remplacent Marlon Brando et Robert de Niro dans le Parrain. Fans de toujours du style cape et épée, Stephan Desberg, le Belge, et Enrico Marini, l’Italo-Suisse, ont uni leurs talents pour cette nouvelle série d’aventures. IR$ et Rapace contre Alain Delon, Jean Marais et le deuxième Jean-Paul… Divertissant, sans vraiment être original, Le scorpion annonce la naissance d’un super héros, qui meurt à la fin de l’épisode… Mais, vu que la série est prévue sur une quinzaine de tomes, et que le clonage n’existait pas à l’époque, le scorpion devrait revenir! De passage à Lausanne, pour vernir l’exposition de Marini, à la galerie Raspoutine, la plume et le crayon du «mousquetaire» s’expliquent.

– Comment est venue l’idée de cette série?
Desberg:
Après L’étoile du désert, on s’était dit qu’on remettrait ça, mais Enrico était déjà engagé pour Rapace. Une BD de cape et d’épée, c’est un rêve d’enfant. On a visionné des films comme Scaramouche. Au départ, Enrico pensait adapter Les trois mousquetaires. Mais, on préférait quelque chose de plus novateur. Le scénario a été écrit un an et demi avant que les premières planches arrivent.
Marini: J’ai dessiné les premiers croquis du Scorpion en 1997. Certains personnages ont évolué depuis, mais nous sommes restés très fidèles aux idées de base. On connaît l’histoire à fond. On s’inspire mutuellement.

– Comment vous êtes-vous documentés pour le scénario, pour le dessin?
Desberg:
Je connais bien cette époque. J’ai lu des récits sur l’histoire des papes, sur l’organisation du Vatican. Ce n’était pas évident, car on trouve souvent des éléments très sibyllins. On ne voulait pas d’une BD purement historique. C’est avant tout de l’aventure, qui aurait certes pu se passer à cette époque-là, mais qui a surtout des résonances actuelles. Le conservatisme pur et dur.
Marini: Je me documente d’après des gravures de l’époque – Michel-Ange pour les unifor-mes des Gardes suisses –, des tableaux, mais également des films. On a rencontré un vieux maître d’arme français, qui a doublé Jean Marais ou Alain Delon dans La Tulipe noire. Il nous a renseignés non seulement sur l’escrime, mais aussi sur les codes d’honneur. Il nous a donné certains points de repère. Mais, dans le fond, notre but est de divertir les gens. Ne pas les abreuver d’histoire, mais leur donner du rêve.

– La bande dessinée divertissante occupe une énorme place dans le marché. Que reste-t-il pour la BD d’auteur?
Desberg:
J’ai plutôt tendance à faire de la bande dessinée tout public. Mais je chercherais toujours à introduire dans mes histoires des valeurs différentes. Par le passé, j’ai eu l’occasion de réaliser quelques tomes plus artistiques. Il faut être conscient que les éditeurs cherchent à développer des locomotives, qu’ils vont beaucoup promouvoir. Pour avoir la liberté de réaliser des «one shots», il faut passer par là. Ce n’est pas si négatif. Avoir des contraintes ne veut pas dire qu’il n’y a pas de créativité. Le cinéma peut se permettre d’entretenir un côté artistique. Par contre, je suis très sceptique quant à l’avenir de la BD d’auteur, car elle est complètement marginalisée. C’est souvent des catastrophes commerciales.

– A travers les visages du «Rapace» et du «Scorpion», on sent un lien de parenté. Petit-fils ou grand-père… Marini: Il y a une ressemblance. J’ai dessiné le Scorpion avant le Rapace. J’ai tout essayé. Une autre barbichette, des moustaches, mais ça faisait trop Zorro. Je ne voulais pas qu’il soit blond. Sans rien non plus. Mais il a une petite barbe. Souvent les personnages de BD sont rasés… et blonds!

Marini et Desberg, Le Scorpion, tome 1 - La marque du diable, Dargaud

Christophe Dutoit
26 octobre 2000

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