OGM, le débat empoisonné

  • Par
  • Juliette Demey
Paru dans leJDD

Les aliments contenant des OGM sont-ils cancérigènes? Après la publication d’une étude controversée, chaque camp avance ses arguments.

OGM, le débat empoisonné
Une manifestation anti-OGM. (Reuters)
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Une traînée de poudre… L’étude du Pr Gilles-Éric Séralini, de l’université de Caen, publiée mercredi, a rallumé le débat sur la toxicité des OGM. Elle montre qu’à long terme, des rats nourris avec du NK603, une variété de maïs OGM de Monsanto, développeraient plus de tumeurs cancéreuses et mourraient plus jeunes que les autres. Bruxelles et Paris ont saisi leurs agences sanitaires pour avis avant fin 2012. Depuis, l’étude est la cible de critiques : conditions scientifiques douteuses, financement par deux groupes (Carrefour et Auchan) ayant leur filière "Garanti sans OGM"… Selon un sondage Ifop/Dimanche Ouest- France, 79% des Français s’inquiètent de la présence d’OGM dans l’alimentation.

D'où viennent les OGM?

Le soja, le maïs, le colza et le coton sont les principales plantes transgéniques cultivées. En France, aucune culture commerciale d’OGM n’est autorisée. Seule une expérimentation a été autorisée en 2011. En Europe, deux OGM peuvent être cultivés: le maïs Monsanto 810 (sur lequel la France a adopté un moratoire) et la pomme de terre Amflora. Quarante-quatre autres variétés ont le droit d’y être importées , dont 26 de maïs et 7 de soja. Quatre pays concentrent l’essentiel de la production : les États-Unis, l’Argentine, le Canada et le Brésil.

A quoi sont-ils destinés?

En France, la quasi-totalité des importations d’OGM concernent l’élevage: porcs, volailles, vaches… Leur alimentation "doit comporter une part de protéines. Or la France et l’Europe sont largement déficitaires en aliments riches en protéines, le soja étant le meilleur d’entre eux", explique Benoît Malpaux, du département Physiologie animale et Systèmes d’élevage à l’Inra. Chaque année, la France importe 4millions de tonnes de soja transgénique, à 80% cultivé au Brésil. "Nous l’assemblons avec du blé, de l’orge ou du maïs dans des formules adaptées à chaque animal", explique Sylvie Bris, la directrice de Coop de France Nutrition animale, leader du marché hexagonal. "Pour le soja, seuls 20% de nos approvisionnements sont issus de filières non OGM." Ainsi, 80% des animaux ingèrent des OGM. Chez l’homme, le maïs doux est le seul OGM autorisé à la consommation "directe". Mais des dérivés du maïs, du soja, du colza ou de la betterave (farines, semoules, huiles...) peuvent être commercialisés ou intégrés dans la fabrication d’aliments en tant qu’ingrédients ou additifs.

En trouve-t-on dans nos assiettes?

Oui. Des ingrédients issus de cultures OGM sont présents dans des céréales de petit déjeuner, des chips, des plats cuisinés… Depuis 2004, si leur teneur dépasse 0,9%, une étiquette le mentionne. Mais aucun lien avec un danger potentiel : "Ce taux représente la limite tolérée. C’est un seuil juridique et de faisabilité technique", détaille Charles Pernin, à la CLCV-Association nationale de consommateurs et usagers. Les produits atteignant ce seuil seraient marginaux : quelques sauces, cornflakes ou sirops importés. Dans tous les cas, rassure Jean- Christophe Pagès, qui dirige le comité scientifique du Haut Conseil aux biotechnologies (HCB), "ces aliments ont été autorisés, sans toxicité révélée, et étiquetés". Pour les produits fabriqués avec le lait, les oeufs ou la viande issus d’animaux nourris aux OGM, aucune obligation, en revanche. Depuis le 1er juillet, les producteurs "vertueux" peuvent apposer un étiquetage facultatif comme "Nourri sans OGM" pour le lait, la viande, le poisson ou les oeufs.

Comment sont-ils digérés par l'organisme?

"En l’état de nos connaissances, il n’y a aucun impact connu des aliments OGM sur les animaux, aucune donnée épidémiologique", martèle Jean-Christophe Pagès. Sur le plan nutritionnel, il n’y aurait donc aucune différence entre une plante transgénique et une autre. "Avec la digestion, vous n’absorbez que les éléments simples : sucre, acides aminés… L’ADN, lui, est 'coupé en petits morceaux' et ne passe pas la barrière de la circulation. On ne retrouve jamais du transgénique dans la viande, le lait ou les oeufs issus d’animaux nourris aux OGM." L’étude du Pr Séralini pose néanmoins la question de la toxicité à long terme. "Si jamais celle-ci existait, elle ne viendrait pas de l’ADN transgénique mais de molécules qui seraient synthétisées par la plante transgénique, du fait de la perturbation de sa physiologie. Jusqu’à présent, on n’a jamais identifié de telles molécules", assure Jean-Christophe Pagès. Sur les vaches d’élevage, qui vivent six à huit ans et sont nourries depuis des années avec des OGM, "j’aurais observé des tumeurs s’il y en avait eu", lance Yves Millemann, enseignant en pathologies bovines à l’École vétérinaire de Maisons- Alfort. « Or je n’ai rien vu. » De nouvelles études en perspective.

Source: JDD papier

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