Je suis allé acheter des aspirines avec Gustave Kervern

28/01/2012 | 15H00

Crédits photo:  Gustave Kervern

"On va aller à la pharmacie en bas de chez moi, j'ai l'habitude d'y aller les lendemains difficiles et en plus le mec me connaît", explique Gustave Kervern dans une rue près de la Bastille. On le suit. Et c'est vrai que le mec le connaît.

A peine entrés, le patron vient vers nous, serre une louche, et montre la direction des comprimés after murge. Tous les grands classiques sont là, du citrate de bétaïne à l'aspirine (en comprimé ou effervescente). "Je vais me mettre un peu derrière la caisse pour la photo", plaisante Gus le Grolandais, qui vient de publier, avec sa femme Stéphanie Pillonca, un chouette livre d'entretiens ébouriffés intitulé Petits moments d'ivresse.

L'idée est simple : la porte d'entrée, c'est l'alcool (c'est toujours une bonne porte d'entrée) et ensuite l'interview est libre. Le casting est essentiellement fait de copains - le grand Benoît Poelvoorde (qui s'auto-interviewe, assez mythique), le gros Depardieu (grosse interview), Miossec, Jean-Michel Ribes, Fred Beigbeder (la gueule de bois, elle dure trois ans ? ah ah) ou encore Yvan Le Bolloc'h (camarade de Gus époque Le Plein de super, cette émission laboratoire qui a injustement foiré). Des copines aussi, belges pour la plupart : Yolande Moreau, Amélie Nothomb, Lio, Virginie Efira - qui avoue dans le livre s'être réveillée un jour sur son palier, on like des deux pouces.

"C'est con de dire ça, mais les Belges, elles sont sympas, c'est comme ça. Et puis elles parlent de l'alcool de manière beaucoup plus libre que les Françaises", note Gus.

Les clients le voient derrière le pupitre de pharmacien. Ils se marrent, le patron aussi : il amène une espèce de bouteille jaunasse. "Ça, c'est le top pour le lendemain, radical, je vous conseille ça. On peut même en prendre avant mais c'est un peu pervers", dit-il. Gus enchaîne : "Ah oui, j'ai déjà testé, c'est super, ça." Il demande s'il existe des médicaments spéciaux anti-gueule de bois ? On lui explique que c'est interdit par la loi, sinon ça deviendrait n'importe quoi, la société. Puis on remballe les petites boîtes de médicaments qu'on a déplacées pour la photo. Gus Kervern salue le patron et l'invite au pot de lancement de son livre, qui aura lieu dans quelques jours.

"Je voulais parler de l'alcool au sens large, de tout ce qui va avec"

Pour ça, il doit aller acheter quelques bouteilles. On lui conseille un caviste proche des Inrocks, et il nous accompagne. L'occasion de revenir sur ce livre drôle et touchant dont il est plutôt fier. "Je ne voulais pas simplement faire un truc comique. Je voulais aller un peu plus loin, et parler de l'alcool au sens large, de tout ce qui va avec. Des alcooliques, il y en a un dans toutes les familles, s'il n'y en a pas, ça n'est pas normal, dit-il. Moi, j'aime bien écouter les gens, alors j'ai laissé tourner, ça partait souvent hors-alcool mais ça permettait de partir sur des trucs qu'ils n'avaient peut-être jamais dit. Et puis je ne voulais pas qu'il y ait que des pochetrons reconnus. J'ai été voir des gens que je ne connais pas et qui se sont livrés de manière assez chouette, comme Benjamin Biolay."

On dit à Gus que les filles ont souvent les témoignages les plus marrants, et on parle du fameux carnet de Yolande Moreau qui compte les "jours de cuite" et les "jours de pas cuite". On arrive dans la rue qui jouxte la fameuse cave à vin. "Bon, ben venez à mon apéro de lancement aussi vendredi, vous reverrez le pharmacien, comme ça", lance Gus Kervern avant de nous laisser. On aurait dû prendre des aspirines préventives, tiens.

Pierre Siankowski

Petits moments d'ivresse de Gustave Kervern et Stéphanie Pillonca (Editions du Cherche-Midi), 262 pages, 22 euros

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