3 décembre 1998




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ROYAUME-UNI. Auto-exclue de la première phase de lancement de la monnaie unique, la Grande-Bretagne assistera à son avènement en spectateur. Paradoxe, la City, première place financière européenne, a déjà commencé le compte à rebours. Enquête

«Euro or not», la City de Londres se prépare malgré tout au grand soir


Serge Enderlin, Londres
«Les quatre jours avant l'euro ressembleront à un exercice militaire grandeur nature, ces grandes manœuvres où l'on tire à blanc avant de passer aux balles réelles.» Pour Ivan Royle, porte-parole de la Corporation of London, le «gouvernement» local de la City de Londres, les 92 heures de la course contre-la-montre qui débutera dans le Square Mile le jeudi 31 décembre à midi pour s'achever au matin du 4 janvier 1999 constituent «l'événement le plus excitant depuis le big-bang de la City en 1986, quand nous sommes passés au tout électronique dans les transactions». La communauté financière de Londres s'apprête à vivre un Nouvel An aussi retentissant que paradoxal.
A l'aube du 4 janvier, 11 nations européennes auront scellé leur destin monétaire commun, mais pas la Grande-Bretagne. Le gouvernement New Labour de Tony Blair avait décidé d'exercer, en octobre 1997, son droit à l'«opting-out», c'est-à-dire qu'il ne participe pas à la mise sur pied de la première phase de l'euro; tout en réitérant son souhait de rejoindre à terme le courant dominant, mais en principe «pas avant 2002», date du début de la prochaine législature. Bref, Albion reste Albion et assistera en Européenne demi-portion au pas historique de ses principaux partenaires continentaux.
Mais dans le même temps, c'est précisément à Londres que le passage à l'euro s'avérera… le plus spectaculaire. La City est en effet la première place mondiale du marché des changes et de négoce des actions étrangères; c'est aussi le leader européen incontesté des «euro-bonds», les euro-obligations, dont la totalité vont disparaître pour être «redénominées» en euros – sauf celles, bien entendu émises dans des monnaies hors de l'eurozone.
Bref, de toutes les places du Vieux Continent, c'est à Londres que les acrobates du cirque financier européen donneront leur plus belle représentation, sans filet de surcroît. Plus de 30 000 employés de la City préparent déjà fébrilement leurs nuits blanches. D'ici au 4 janvier, les 500 banques de la place auront dépensé un milliard de livres sterling (2,5 milliards de francs) pour reprogrammer leurs logiciels de trading. La Banque d'Angleterre et la Corporation of London n'ont cessé, ces dernières semaines, d'envoyer des représentants à l'étranger afin de rassurer les investisseurs sur les mesures prises pour réussir le grand «week-end de la conversion», histoire de prouver que la City n'a rien à craindre de l'euro alors que certains Cassandre n'hésitent pas à prédire une forte montée en puissance de Francfort et Paris, plus proches du nouveau centre de gravité de l'Europe monétaire.
Jusqu'ici, personne n'est vraiment en mesure de savoir si l'opération euro se déroulera comme prévu. De nombreuses banques préparent des plans d'urgence visant à cesser les activités sur certains types de transactions durant la première semaine de janvier pour laisser respirer leurs systèmes informatiques et se concentrer sur les seuls «euro-problèmes» – qui ne manqueront pas de surgir. La nervosité des opérateurs sur le marché va probablement les inciter à une prise de risque minimale; tout le monde s'attend en fait à ce que le Stock Exchange soit complètement atone pendant les premiers jours de l'année. Dès lors, les rares mouvements de la Bourse pourraient occasionner des hausses (ou des baisses) des cours vertigineuses, une confusion qui engendrera des gains (ou des pertes) qui le seront tout autant.
«Potentiel pour un désastre»
«Le potentiel pour un désastre est impressionnant, notait l'autre jour l'Evening Standard. Un million de Londoniens (n.d.l.r., sur 8 millions) travaillent dans les services financiers, une industrie qui reçoit claque sur claque depuis le début de la crise asiatique et la tempête sur les marchés de l'été dernier. Si le passage à l'euro déraille, de nombreux autres emplois pourraient être menacés.» Bien sûr, ce n'est pas encore tout à fait l'apocalypse, «mais il ne faut pas sous-estimer le problème, qui me paraît nettement plus complexe que la préparation des ordinateurs à la date de l'an 2000 douze mois plus tard», explique Mark Pursey, conseiller à la Corporation of London. Pendant que la plupart des Londoniens sableront leur champagne, 30 000 opérateurs travailleront nuit et jour dans le Square Mile. Des heures supp' qui ont contraint les banques à faire une croix sur l'«étiquette» en vigueur à la City. Les employés seront ainsi autorisés à se rendre au travail en jeans et sans cravate. Mieux, la Corporation of London a payé 6000 livres (15 000 francs) au London Underground pour ouvrir le «drain» (le tuyau), la ligne de métro de la gare de Waterloo à la station de Bank. Cette ligne, habituelle navette des brokers, est en principe fermée durant les jours fériés.
Mieux, le gouvernement de la City a également obtenu l'ouverture hors horaires réglementaires de plusieurs dizaines de cafés et de bars à sandwich afin de nourrir les traders affamés. Les banques ne sont pas en reste. Goldman Sachs a promis à ses employés que la nouvelle cantine d'entreprise serait fin prête pour le «conversion week-end», après des réclamations de traders qui refusaient par avance d'avaler des plats surgelés de chez Marks & Spencer. Bankers Trust va nourrir 650 à 700 personnes et a réservé 150 chambres d'hôtel à proximité de ses bureaux. Enfin, chez Merril Lynch, on prépare carrément des «lits de camp à côté de nos écrans», constate un employé. Avec les conservateurs au pouvoir, la Grande-Bretagne était euro-sceptique. Avec les travaillistes, elle est euro-attentiste. A la City, elle sera euro-stakhanoviste. Foi de banquier.


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