4 décembre 1998




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Les entreprises suisses sous-estiment le défi de l'euro
 
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ENQUETE. Un sondage révèle le manque de préparation des PME, qui considèrent en majorité l'arrivée de la monnaie unique comme un problème technique et réalisent mal les transformations stratégiques qu'elle va entraîner

Les entreprises suisses sous-estiment le défi de l'euro


Grégoire Baillod
Le passage à la monnaie unique au 4 janvier prochain pose aux entreprises bien plus qu'un simple problème technique de conversion de monnaies. C'est d'une transformation de l'espace économique au niveau d'un continent qu'il s'agit, à laquelle la Suisse n'échappera pas.
Pour les entreprises, l'entrée en vigueur de l'euro représente un défi technique et stratégique, touchant de façon aussi profonde les fonctions de marketing que celles liées à la finance, à l'informatique et à la comptabilité. Et cela quelle que soit leur implication dans le nouvel «Euroland».
A un mois de l'échéance, comment les entreprises suisses ont-elles pris conscience de ce défi et comment s'y sont-elles préparées?
Prise de conscience récente
«La prise de conscience est récente», déclare Emmanuelle Piaget, responsable du siège romand de l'Euro Info Centre Suisse (EICS) à Lausanne. Au printemps dernier, Emmanuelle Piaget s'alarmait du manque de préparation des PME suisses. Aujourd'hui, «les entreprises qui font un gros chiffre d'affaires en Europe sont prêtes, ou sur le point de l'être, déclare-t-elle. Mais pour les autres, et notamment les PME, le doute subsiste.»
Une enquête récente, menée conjointement par l'EICS et la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie, a sondé les réactions des entreprises vaudoises face à l'euro. Sur près de 700 sociétés interrogées, toutes catégories confondues, 48% estiment que leur entreprise est touchée par la création de l'euro.
Pour les firmes de plus de 100 employés, la cote s'élève à 66%. Parmi les parties concernées, 70% affirment avoir pris des mesures préparatoires (90% pour les plus de 100 collaborateurs). «La plupart des entreprises se trompent cependant quant à la portée de l'introduction de l'euro, estime Emmanuelle Piaget. Les effets de la transparence des prix et de l'augmentation de la concurrence sur les affaires ont été la plupart du temps mal évalués.» Problème majeur, car les PME n'ont souvent pas les moyens d'entreprendre des travaux stratégiques.
Maigre consolation: comme le note Emmanuelle Piaget, «de l'autre côté de la frontière, ils ne sont pas plus prêts que nous».



L'industrie des machines est optimiste

Le secteur est largement concerné: plus de la moitié des exportations sont allées vers l'UE en 1997.
L'industrie suisse des machines attend plus d'avantages que d'inconvénients de l'introduction de l'euro. Les entreprises du secteur des machines, de la métallurgie et de l'électronique se sentent bien préparées. L'industrie des machines se sent profondément concernée par l'introduction en 1999 de la monnaie unique dans l'Union européenne (UE), relève un sondage réalisé par ses associations faîtières. L'enjeu est de taille: plus de la moitié des exportations de la branche sont allées l'an dernier vers les pays de l'UE, pour un total de 48 milliards de francs, indiquent jeudi l'Association patronale suisse de l'industrie des machines (ASM) et la Société suisse des constructeurs de machines (VSM).
Une marge de manœuvre existe encore dans la vente et le marketing, ainsi que dans la fixation des prix et le trafic des paiements. Le secteur estime que la part du chiffre d'affaires encore réalisé en francs suisses va chuter l'an prochain de 55% à 48%. Par contre, plus d'un quart des affaires (26%) sera réalisé en euros.
L'industrie des machines pense qu'elle tirera profit de l'union monétaire. A court terme, 58% des entreprises en attendent d'ailleurs plus d'avantages que d'inconvénients. Dans une perspective à long terme, ce taux monte à 90%. Toutefois, il ne faudrait pas que le cours du franc suisse monte trop haut.
L'influence de l'introduction de la monnaie unique sur les salaires devrait être minime. L'ASM et la VSM relèvent dans leur communiqué commun que le franc est le moyen de paiement légal en Suisse et qu'un employeur ne peut forcer ses employés à accepter un salaire en euros. Et même dans les régions où une telle mesure se justifierait, par exemple près de la frontière, de nombreuses questions restent ouvertes. Notamment, les charges sociales devraient toujours être calculées en francs suisses.
L'introduction en Suisse du paiement des salaires en euros demande en outre que les employeurs et les salariés en discutent suffisamment tôt. Il n'est pas possible de se contenter de faire porter les risques de change aux salariés.
ATS



Bobst est prête mais se croise les doigts

L'entreprise vaudoise anticipe l'événement depuis deux ans.
A Prilly, l'entreprise Bobst SA met la dernière touche à ses préparatifs. Leader mondial des machines et services pour l'industrie d'emballage, le groupe lausannois a rapidement pris conscience de l'importance de l'euro pour ses affaires. «Bobst SA exporte plus de 95% de sa production, dont près de 50% dans l'Union européenne», explique Joseph Santoro, responsable de la trésorerie et «Monsieur Euro» du groupe. Le 4 janvier 1999, tout devra être prêt. Bobst y travaille depuis 1996. «A cette époque, une grande incertitude régnait encore, rappelle Joseph Santoro. Nous nous sommes préoccupés de l'euro sans même savoir s'il allait réellement se faire. Mais il valait mieux être préparé pour rien que de subir une mauvaise surprise.» Du fait de ses nombreuses filiales en Europe, Bobst est doublement concernée par l'euro: «Nous avons à la fois les problèmes d'un Citroën et ceux d'un ABB», résume Joseph Santoro. Le groupe emploie en effet 1300 personnes dans la zone euro, et 2500 en Suisse, sur un total de 4800 dans le monde. Comment cette entreprise à vécu son «aventure euro»?
Tout a commencé avec des questions fondamentales, explique Joseph Santoro: que produisons-nous, qui sont nos clients et nos fournisseurs et comment l'euro peut-il nous affecter? Il s'agit là de considérations stratégiques, qui doivent précéder les applications concrètes. Or ce point est trop souvent négligé par les entreprises suisses, qui considèrent souvent l'euro comme un problème technique (lire ci-dessus).
Les conséquences sur la politique commerciale sont en effet la partie cachée de l'iceberg: énormes et mal visibles. «C'est au niveau de la vente et du marketing que nous avons eu les plus gros soucis», confirme Joseph Santoro. Bobst a ainsi réévalué toute sa politique à la lumière de l'euro. «Avec la monnaie unique et le grand marché qu'elle établit, nos concurrents jouissent d'un avantage concurrentiel de 2 à 3%, qui correspond simplement à la couverture de risque de change, explique Joseph Santoro. Cela peut constituer des montants importants. Pour nous qui faisons la moitié de notre chiffre d'affaires dans la zone euro, le surcoût s'élève à 10 millions de francs, soit 12% de notre bénéfice net.»
La firme lausannoise proposera dès le premier janvier 1999 sa liste de prix en euro exclusivement. «Nous avons parié sur le fait qu'il s'imposera rapidement et que nos clients voudront travailler avec cette monnaie de référence», dit Joseph Santoro. Et l'influence de celle-ci s'étendra au-delà de l'Euroland: les pays de l'Est et de la CEI ont déjà fait entendre qu'ils voudront commercer en euro. Bobst compte ainsi jouer la transparence du marché.
Cela contient cependant un risque de change non négligeable, «mais nous n'avons pas vraiment le choix, déclare Joseph Santoro. Une certaine stabilité de l'euro est attendue vis-à-vis du franc suisse. Mais si celui-ci s'appréciait rapidement de 10%, à cause de son rôle de valeur refuge, cela entraînerait pour nous une perte de bénéfice de l'ordre de 35 millions de francs.»
A 31 jours de l'échéance, le «Monsieur Euro» de Bobst ne peut retenir une certaine anxiété: «Malgré toutes les préparations que nous avons faites, on ne peut s'empêcher de se demander ce que l'on a bien pu oublier». G. B.


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