Sicile

Matteo Denaro, le dernier parrain

Par notre envoyé spécial Henri Haget, publié le 06/08/2008

 

Matteo Denaro, insaisissable depuis 1995, est le n° 1 de Cosa Nostra. Son ombre immense plane sur les fructueuses affaires de l'organisation criminelle. Et la traque des services anti-Mafia reste, pour l'instant, vaine. Portrait.

 

Les occasions de chanter sont rares dans le quartier de haute sécurité de la prison de Trapani. Mais, ce matin du 5 novembre 2007, quand survient la nouvelle de l'arrestation de Salvatore Lo Piccolo, chef suprême de Cosa Nostra, un refrain plein de ferveur monte vers l'azur grillagé. Sur l'air des tifosi clamant leur amour pour les vedettes du calcio, 200 taulards scandent le nom de Matteo Messina Denaro, 46 ans, boss de Trapani et dorénavant de toute la Sicile. « Il a été élu par acclamations, comme les papes de l'an mil... », soupire le journaliste Rino Giacalone, qui se bat chaque jour pour écrire quelques lignes sur la Mafia, sa pompe et ses oeuvres, en pages intérieures de La Sicilia. A sa façon, oui, Denaro est un pape. Du racket, de la came et du calibre. En 1993, quand Cosa Nostra choisissait de faire la guerre à l'Etat et à l'Eglise, sa participation aux attentats de Rome, de Milan et de Florence (10 morts) lui vaudra la prison à vie. Par contumace. Car, depuis quinze ans, Denaro est dans la nature. Sa dernière photo, en play-boy de discothèque, chemise ouverte, lunettes d'aviateur, date de 1995. Les policiers l'ont trouvée, par hasard, dans le portefeuille d'un de ses comparses, sertie comme une relique, ornée de ce simple évangile : « Notre devoir, c'est l'adorer. »

Le portrait-robot de Matteo Messina Denaro, 46 ans, pape du racket, de la drogue et du calibre, en fuite depuis quinze ans.

REUTERS

Le portrait-robot de Matteo Messina Denaro, 46 ans, pape du racket, de la drogue et du calibre, en fuite depuis quinze ans.

Il n'y a plus que dans les livres que Palerme ou Corleone passent encore pour des capitales de Cosa Nostra. Le sanctuaire de l'Organisation se niche sur la côte ouest de l'île, dans cette région de Trapani où même les montagnes sont aiguisées comme des couteaux. C'est ici, au pays des muets, que les chefs clandestins Toto Riina et Bernardo Provenzano vinrent abriter leurs cavales et leurs existences de fantômes. C'est ici que le nouveau capo dei capi a fait ses premières humanités, en digne fils de son père, Don Francesco, ouvrier agricole passé à la postérité sous le sobriquet « il giardiniere con il bisturi » (le jardinier au bistouri), car ses avertissements avaient coutume de laisser des traces. A temps perdu, le vieux retournait la terre dans les vignes de la famille D'Ali, une dynastie de banquiers dont l'un des rejetons, Antonio, est, aujourd'hui, sénateur (Forza Italia) et proche de Silvio Berlusconi. Gamin, le futur parrain de Cosa Nostra déjeunait tous les dimanches à la table de celui qui deviendra, en 2005, sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur. En Sicile, le monde finit toujours par être trop petit pour les amis des amis.

L'escalade de Denaro sur le toit du crime ressemble à la carrière de n'importe quel jeune loup dans une multinationale : une marche forcée vers l'excellence mafieuse. A 20 ans, « U Siccu » (le maigre) équipe les pare-chocs de son Alfa Romeo 164 de deux mitraillettes, comme son héros de BD favori, Diabolik. A 30, il se vante d'avoir tué assez d'hommes pour remplir un cimetière, mais ce n'est pas de la vantardise. A 40, il est fiché par le FBI comme l'un des cinq principaux trafiquants de drogue de la planète. Et, avec ça, il vit. Son catalogue de fiancées est encore plus impressionnant que sa collection d'armes à feu. L'une d'elles lui a donné une fillette que le parrain, en sentimental, a prénommée Lorenza. Comme sa vieille mère, une sainte femme.

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Commentaires (1)

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rungu

rungu - 07/08/2008 08:31:45

Peut être qu'il bénéficie d'une protection d'état ?

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