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Près de 400 morts et des milliers de déplacés dans les régions voisines du Darfour.
L'est du Tchad ravagé par la politique de la terre brûlée
Par Sonia ROLLEY
QUOTIDIEN : lundi 13 novembre 2006
Goz-Beïda (est du Tchad) envoyée spéciale
Au milieu des cendres encore fumantes de leurs cases, deux vieillards errent sans but. «Ça a commencé mercredi dernier vers 10 heures du matin, ils sont venus attaquer le village voisin, explique l'un d'entre eux. Nous nous sommes cachés, ils ont tiré et détruit nos cases.» Leur regard parcourt les décombres. «Il ne nous reste plus rien.» Depuis dix jours, tribus arabes et non arabes s'affrontent dans deux régions de l'est du Tchad, le Salamat et l'Ouaddaï. Le bilan provisoire fait état de près de 400 morts, des centaines de blessés et des milliers de déplacés. Dans cette partie du pays, ces conflits entre tribus ont toujours existé, notamment autour de l'accès aux pâturages et aux points d'eau. Mais sur place, aucun humanitaire n'est capable d'expliquer l'origine de cette explosion de violence, ni l'origine des équipements utilisés par les assaillants. Le gouvernement tchadien, lui, a accusé le Soudan d'exporter la crise du Darfour (lire ci-contre) à l'intérieur de ses frontières.
Kalachnikovs.  «Ces scènes nous rappellent la crise du Darfour, explique Hélène Caux, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Tous les témoignages recueillis portent à croire qu'il s'agit d'attaques organisées et préméditées.» Celles-ci ont commencé à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Goz-Beïda et se sont déplacées de localités en localités vers le sud-est de la ville. Les villages sont parfois entièrement détruits par les flammes. Dans d'autres localités, seuls les greniers et les champs ont été visés. «Cela ressemble à une véritable politique de la terre brûlée», ajoute Hélène Caux.
Les survivants, essentiellement d'ethnies mouro et dadjo, ­ tribus non arabes de cette partie du pays ­ racontent les mêmes scènes. Des centaines d'Arabes, à cheval, en tenue militaire, armés de kalachnikovs, tirent sur les habitants et brûlent les villages. «Ce sont nos voisins qui nous agressent, des Arabes qui vivent avec nous. On les connaît. Mais ils ont reçu des renforts d'autres tribus arabes des alentours», précise l'un des survivants. Les déplacés continuent d'affluer vers les deux principales bases des humanitaires, à Goz-Beïda et dans le village de Koukou, à proximité des camps de réfugiés soudanais du Darfour.
Assis sous les arbres, sur des nattes ou à même le sol, des femmes et des enfants rassemblent les biens qu'ils ont pu emporter. «Nous n'avons rien pour nous protéger des intempéries, rien à manger, rien pour nos enfants», déclare le chef d'un des villages attaqués mercredi, Moussa Mahagir. Les hommes patrouillent autour avec des arcs, des flèches et des lances. Mahamat, un jeune d'une vingtaine d'années, membre d'un collectif d'autodéfense, affirme ne jamais se séparer de son arc et de ses flèches. «Une flèche traditionnelle ne peut pas faire face à des armes, reconnaît-il . Eux, ils peuvent être sur la montagne et nous atteindre.» Dans les villes, les collectifs de défense ne disposent que de quelques fusils et kalachnikovs.
«Ces assaillants ne sont pas une population ordinaire, note le chef des cantons de Goz-Beïda, Moursal Bauche Mahamat. Ils sont ravitaillés par des véhicules, ils ont des chevaux et ne se battent pas à l'arme blanche. Ils ont des mitraillettes et des bazookas. Si les autorités veulent le bien de ses populations, elles doivent intervenir.» Or, dans cette région, l'Etat est absent. Jusqu'à l'arrivée de renforts, vendredi, six jours après le début des attaques, seule une vingtaine de militaires étaient présents. La majeure partie des troupes dont dispose l'armée tchadienne sert à contenir les rebelles, actifs depuis la fin de la saison sèche, il y a quelques semaines. A la fin du mois d'octobre, ils ont effectué des incursions dans le Salamat et l'Ouaddaï. Les chefs traditionnels incitent les habitants des villages épargnés par les attaques à ne pas céder à la panique et à rester chez eux. En vain. «Nous approchons de la période de récolte, s'inquiète Moursal Bauche Mahamat. Si ces populations ne peuvent pas rentrer en possession de leurs cultures, ce sera la disette.» Les blessés sont dispersés dans les centres de santé, tandis que les humanitaires essaient d'évacuer les cas les plus graves sur l'hôpital de Goz-Beïda. «Nous avons surtout des blessures par balle, note le chirurgien de l'ONG italienne Coopi, qui soutient l'hôpital de Goz-Beïda, Ambrogio Sangalli. Mais il y a aussi ceux qui souffrent de brûlures. L'hôpital est débordé : nous avons reçu plus de 80 victimes d'exactions sur les quinze derniers jours.» 
«Sur le dos». Dans une case à l'extérieur de l'hôpital, gît Djidé, une femme d'une soixante d'années. Couchée sur le ventre, elle souffre de multiples brûlures au dos, au bras et aux jambes. «Les Arabes sont venus attaquer mon village. Ils ont brûlé ma maison. J'étais à l'intérieur quand le toit m'est tombé sur le dos.» Ousmane, 21 ans, a été atteint de plusieurs balles aux jambes et aux bras. «Ils ont beaucoup tué, murmure-t-il. Ils nous ont surpris quand on allait aux champs. Ils nous ont insultés. Ils disaient : "Nouba, Nouba"», peine-t-il à ajouter. «Nouba», un terme péjoratif synonyme de «Nègre».
lurieciqCrimes
Arrêtez d'opposer des morts à d'autres morts. Ce n'est pas parce qu'un crime est plus horrible qu'un autre qu'il le fait oublier ! Ce n'est pas parce que le Tchad ou le Darfour souffrent que les Pal... Mardi 14 Novembre 2006 - 14:14
Bakoyepertinence
Tchang a tout dit. En élargissant, on peut ajouter que les chefs d'Etat africains en refusant l'alternance, se créent des ennemis intérieurs, nomment aux postes essentiels sur base de copinage pl... Lundi 13 Novembre 2006 - 22:20
CensuredA "le Juste"
Que cela vous plaise ou non, Mr le Juste, le silence des Libénautes à propos de cette boucherie 20 fois supérieure à Beit Hanoun est éloquente (50 réactions au bas mot sur la bavure israelienne.... Lundi 13 Novembre 2006 - 17:55
Le JusteTchad et ailleurs
Je voulais dire qu'un mort est un mort et un meurtre est un meurtre et il faut le condamner, point c'est tout en sachant que je suis arabe.... Lundi 13 Novembre 2006 - 17:17
Le JusteTchad et ailleurs
Arrêtez de parler des poids et des mesures et un mort qu'il soit arabe, noir ou autre. D'ailleurs la communauté internationale n'a pas condamné la boucherie de Beït Hanoun vu le véto américain.... Lundi 13 Novembre 2006 - 16:39
Tchang2, 3, 10 poids / mesures
Il y a autant de mesures différentes des morts que d'idéologie sous-jacente. Un "noir" tué par un "arabe" aux confins d'un semi-desert ne pèse pas grand chose car il ne rentre dans nos schémas pr... Lundi 13 Novembre 2006 - 14:49
Jimerreur
Ce n'est pas la fin de la saison seche mais bien la fin de la saison des pluies.... Lundi 13 Novembre 2006 - 12:21
Jacko"18 pas 17" on rêve...
Je réalise en lisant les réactions à quel point nos educateurs sont déconnéctés des réalités de la société. Ils sont nombreux à corriger "18 pas 17", sans se rendre compte de ce que cela a ... Lundi 13 Novembre 2006 - 12:21
JackoDeux poids deux mesures
Tout à fait d'accord avec les commentaires precedents. On decrie bien rapidement la situation en Palestine, mais curieusement, on ne fait peu état de crime contre l'humanité et genocide perpétué ... Lundi 13 Novembre 2006 - 12:21
CensuredLes morts ont-ils tous la même valeur ?
Après le "massacre" de Beit Hanoun (19 morts), le "génocide" tchadien (400 +) ? Moi qui suit de près l'équité des réactions de l'opinion publique de toutes les boucheries inter-ethniques, nous v... Lundi 13 Novembre 2006 - 10:26
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