A 17 heures (15 heures à Paris), dans la grande salle de presse du G20, plantée dans un parc au bord de la mer de la banlieue de Saint-Pétersbourg, des journalistes se sont amassés devant les grands écrans et ont saisi leurs portables pour photographier l’instant tant attendu : la poignée de la main entre Barack Obama et Vladimir Poutine.

Ce fut bref, évidemment poli et avec tous les sourires de circonstance calibrés pour les caméras du monde entier. C’était moins chaleureux que celle échangée avec Angela Merkel. Mais moins polaire qu’avec Hollande.

Russia’s President Vladimir Putin (L) welcomes US President Barack Obama at the start of the G20 summit on September 5, 2013 in Saint Petersburg. Russia hosts the G20 summit hoping to push forward an agenda to stimulate growth but with world leaders distracted by divisions on the prospect of US-led military action in Syria.        AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Vladimir Poutine et Barack Obama à Saint-Petersbourg ce jeudi. (Photo Eric Feferberg. AFP)

Il y aura donc deux G20 en un. L’officiel, essentiellement économique et qui doit principalement faire avancer la régulation financière et la coopération fiscale entre les pays membres. Et l'informel, consacré lui à la Syrie, qui va monopoliser toutes les discussions. A priori, seul le dîner de ce soir doit aborder la question syrienne. Mais les relations bilatérales entre les chefs d’Etat et de gouvernement auront pour unique sujet la perspective de l’opération militaire franco-américaine contre le régime de Bachar al-Assad.

«Il n’y a pas de solution militaire en Syrie»

François Hollande et Barack Obama étaient venus à Saint-Pétersbourg pour construire leur coalition politique avant le vote du Congrès de la semaine prochaine. Mais avant même le début des festivités, ce G20 commence très mal pour le président français. En début d’après-midi, le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, s’est clairement désolidarisé de l’initiative franco-américaine. «Il n’y a pas de solution militaire en Syrie», a-t-il déclaré. «La solution doit être politique» et s’inscrire dans le cadre de l’ONU, a martelé le représentant de l’UE à Saint-Pétersbourg. Après avoir qualifié de «crime contre l’humanité» les attaques chimiques du régime syrien, Van Rompuy s’est refusé de donner le moindre feu vert politique à des frappes militaires. «Quant à savoir quelle sera la réaction de l’UE, s’il y a une intervention militaire de la France, nous ne savons pas encore, nous y travaillons...», a-t-il ajouté.

Entretien improvisé

François Hollande pouvait espérer un peu mieux que cette déclaration qui sonne comme une prise de distance de l’Union européenne. Un entretien a été improvisé avec Angela Merkel avant même le début du sommet pour faire le point sur la situation syrienne. Juste avant, le président français a tenté de redonner à tout cela un semblant d’unité, en déclarant : «C’est très important que les Européens qui sont présents au G20 soient ensemble sur la même position de condamner l’utilisation des armes chimiques. (…) Nous n’aurons pas forcément la même attitude parce qu’il y a des pays comme la France qui sont en capacité d’intervenir et d'autres qui, par leur propre situation ou par leur propre volonté, ne le veulent pas ou le peuvent pas». Une façon de reconnaître que la France apparaît aujourd’hui bien isolée, y compris au sein de l’Union européenne.

Grégoire BISEAU envoyé spécial à Saint-Pétersbourg