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    Une crise migratoire qui creuse à nouveau le fossé Est-Ouest

    Par Irène Costelian, Politologue, spécialiste des mythologies nationales en Roumanie. (mis à jour à )
    Côté hongrois, Viktor Orbán, a fustigé le projet européen, refusant d'y prendre sa part, à l'image de l'Autriche.
    Côté hongrois, Viktor Orbán, a fustigé le projet européen, refusant d'y prendre sa part, à l'image de l'Autriche. Photo Csaba Segesvari. AFP

    La Hongrie de Viktor Orbán n’est pas la seule à l’Est à marquer une différence de conception avec l’Europe de l’Ouest quant à l’accueil des migrants. Et si cela révélait des dissensions plus profondes ?

    Alors que les Etats fondateurs de l’Union européenne peinent à se mettre d’accord sur la gestion des migrants, la crise révèle de profondes différences dans la compréhension de cette migration de masse, et met en évidence un écart entre l’Est et l’Ouest que l’on pensait estompé. Si la gestion effective des migrants rencontre de nombreux obstacles matériels et conjoncturels partout en Europe, au niveau discursif, de nombreuses voix s’élèvent à l’Est contre l’accueil des réfugiés. Entrés en dernier dans l’espace européen, les pays de l’Est ne se sont pas sentis concernés par les réfugiés, venus majoritairement du Moyen-Orient tout proche, jusqu’aux afflux massifs de cet été.

    Bien que cela puisse révéler un sentiment «d’entre soi», qui montre la réticence des derniers entrants à accepter l’intégration des étrangers à l’Union, connaissant eux-mêmes un phénomène migratoire fort vers l’ouest du continent, la crise des migrants montre à quel point la conception même de l’Union européenne est différente et se pose, plus que jamais, en termes d’héritages historiques et culturels. En effet, le problème des réfugiés a mis en lumière le fossé qui existe entre les pays de l’Est, héritiers d’un socialisme marxiste marqué par le nationalisme et les traditions légalistes de l’Ouest, marquées par les droits de l’homme. Aussi, dès l’arrivée des premiers réfugiés la question des différences s’est posée à l’Est. Tandis que la Slovaquie a clairement annoncé ne vouloir accueillir que des chrétiens, la Hongrie, première frontière de l’espace Schengen, érigeait un mur en espérant contourner le problème. De leur côté, les membres de l’UE qui n’appartiennent pas à l’espace Schengen (comme la Roumanie ou la Bulgarie) n’imaginaient pas que le problème des migrants puisse les concerner, dans la mesure où ces derniers n’obtiendraient pas la possibilité de circuler librement en Europe, une fois leurs frontières franchies. Ces pays, qui souffrent d’un déficit d’image au sein même de l’UE, n’ont pas les économies les plus attractives du continent et ne présentent pas d’intérêt pour les migrants. La Bulgarie a envoyé l’armée à la frontière avec la Macédoine pour contrer les nouveaux venus. La Roumanie, de son côté, contrôle systématiquement tous les véhicules qui passent ses frontières. La possibilité d’un camp de rétention a même été envisagée avec les autorités hongroises afin d’endiguer le problème et dissuader passeurs et futurs candidats.

    La présence de migrants dans des espaces publics des capitales de l’Est a réactivé le mythe du complot. Pour un nombre croissant d’Européens de l’Est, l’afflux des migrants est, en réalité, une colonisation organisée par les puissances américaines et financée par les groupes organisés, parmi lesquels de supposés terroristes. Si ces initiatives apparaissent choquantes en France et en Allemagne, les pays de l’Est, eux, s’étonnent qu’elles ne soient pas généralisées à toute l’Europe. Il faut rappeler que ces pays ont connu une gestion très stricte des frontières jusqu’à la chute du mur de Berlin, réputé infranchissable. Sans aller jusqu’à considérer que la situation actuelle fait ressurgir les instincts enfouis d’un Etat sécuritaire à l’Est, on peut néanmoins constater que la crise des migrants révèle une conscientisation différente du problème. L’histoire des pays de l’Est est marquée par des vagues de migrations successives ainsi que l’invasion et la défaite des empires, qui n’ont pas laissé de bons souvenirs. De l’Empire romain à l’Empire ottoman, ou à l’URSS, la mémoire collective reste empreinte d’une méfiance à l’égard de l’étranger et le désir de maintenir intacte des identités nationales sauvegardées au prix fort. Envisager cette perspective historique permet de mieux comprendre ce qui sépare l’Est de l’Ouest dans la gestion des migrations.

    Irène Costelian Politologue, spécialiste des mythologies nationales en Roumanie.
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