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Abolir la peine de mort au Rwanda permettrait l'extradition des génocidaires présumés.
Ne tuons pas nos bourreaux
Par Yvonne MUTIMURA
QUOTIDIEN : mardi 14 novembre 2006
Par Yvonne Mutimura rescapée du génocide des Tutsis au Rwanda.
Le 27 mai 2004, dix ans après le génocide des Tutsis, je sortais de terre, à Cyuga, les ossements de ma mère, Adèle, de ma grand-mère qu'on appelait Bibi, de Lydia, ma petite cousine de 8 ans, de Séraphine, une adolescente de 17 ans, et de Drocelle, une amie de ma mère. Hormis le corps de ma mère, qui était enseveli près de sa maison, j'ai extrait tous les autres des latrines, où leurs bourreaux les avaient jetés, le 8 avril 1994. Ces bourreaux étaient leurs voisins hutus, persuadés, par la propagande antitutsie, d'accomplir un acte politique. A quelques kilomètres de là, à Kigali, ma petite soeur Providence, mon frère adoptif Jean de Dieu et son épouse Christine, mon père Jean-Baptiste, mes demi-frères et soeurs et une centaine d'autres membres de ma famille ont subi le même sort.
Ils ont été tués parce qu'ils étaient tutsis et que tous les Tutsis du Rwanda devaient mourir. Certains de leurs assassins sont en prison, certains vivent encore librement au Rwanda ou ailleurs, d'autres enfin sont morts. Les crimes qu'ils ont commis sont inexcusables, dépassent l'entendement. Personne n'a le droit de m'imposer une réconciliation avec ces tueurs, capables de jeter vivantes ma petite Lydia, ma vieille Bibi, dans des latrines ! Lorsque ma famille me manque trop, lorsque les cauchemars m'assaillent, lorsque ma peine est trop vive, je leur souhaite le pire. Mais je ne veux pas qu'ils soient condamnés à mort par une décision de justice rendue au nom du peuple, au nom des hommes. Les tuer comme ils ont tué, c'est se rabaisser à leur niveau : celui de la barbarie. C'est pourquoi je suis fondamentalement opposée à la peine de mort.
«Certains des auteurs du génocide au Rwanda ne comparaîtront jamais devant le Tribunal international, ni devant les cours rwandaises. Sauf si les parquets d'autres pays poursuivent en justice les accusés qui arrivent sur leur territoire, des personnes coupables des crimes les plus atroces pourraient s'échapper sans punition» (Alison Des Forges, historienne, consultante pour l'ONG américaine Human Rights Watch). Les Etats européens n'extradent pas un suspect vers un Etat où la peine de mort est en vigueur. Malgré cela, après le génocide, le nouveau gouvernement rwandais a choisi de maintenir la peine capitale, regrettant même qu'elle ne soit pas appliquée par le Tribunal international pour le Rwanda lors de sa création, arguant que son abolition était prématurée et serait difficilement comprise par la population et par les survivants du génocide.
Aujourd'hui, des génocidaires qui ne sont pas poursuivis par le Tribunal pénal international pour le Rwanda ­ parce que ce ne sont pas les plus hauts responsables ­ vivent librement en Europe. Certains Etats arrêtent les plus en vue. Une poignée a été jugée. Mais pour les autres l'Europe est un havre de paix et de quiétude. Pourquoi ? Les Etats européens n'ont aucune intention d'arrêter ces hommes, car ils savent qu'ils devraient les juger. Le procès d'un Rwandais, c'est long, compliqué et très cher. La Belgique en a organisé deux, ce qui est exemplaire et exceptionnel. Cependant, des Belges disent aujourd'hui qu'il ne leur revient pas de juger des Rwandais accusés d'avoir commis un génocide contre des Rwandais au Rwanda. Même si de nombreuses personnes, soupçonnées d'avoir activement participé au génocide au Rwanda, vivent en Belgique, aucun autre procès n'a eu lieu et n'aura vraisemblablement lieu.
Le 8 juin 2004, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, pour n'avoir pas jugé dans un délai raisonnable ma plainte avec constitution de partie civile, portée dès 1995, contre un prêtre rwandais, pour des faits de génocide. Douze ans plus tard, l'instruction ouverte à l'encontre de l'intéressé est toujours en cours. Ce prêtre continue d'officier, tandis que d'autres Rwandais également soupçonnés d'avoir participé au génocide, vivent en France sans crainte.
La peine de mort n'est plus appliquée au Rwanda depuis 1998. Comme partout dans le monde, mais peut-être plus encore au Rwanda, la peine de mort est populaire et de nombreuses voix s'élèvent pour qu'elle soit maintenue. Un projet de loi visant à l'abolir va être prochainement examiné au Parlement.
Abolissons la peine de mort, pour que notre peuple puisse enfin rapatrier et juger ses criminels en présence de leurs victimes, pour qu'enfin justice soit rendue à nos familles au terme de procès équitables, au Rwanda, par des juges rwandais. Et pour que la barbarie reste l'apanage des barbares.
Yvonne Mutimura est employée par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Les opinions exprimées ci-dessus n'engagent que l'auteure et ne reflètent pas nécessairement les opinions du Tribunal international ou des Nations unies en général.
MichelLe fascisme n'est pas mort
Tout se passe comme si l'histoire devait à jamais se répéter: Il y a plus de 75 ans, au moment où le nazisme faisait rage en Europe, des Belges sont allé au Rwanda imposer la théorie de l'inég... Jeudi 16 Novembre 2006 - 00:19
ImanziUrakoze cyane Yvonne
Je viens d'un pays qui a perdu au Rwanda son honneur et sa légitimité à se proclamer terre des droits de l'homme. Cette tragédie si peu connue en Europe, c'est par des rencontres qu'elle a fait ir... Mercredi 15 Novembre 2006 - 12:35
Boneza lecteur
Je ne suis pas coutumier des commentaires postés en fin d'article sur le net car ils ne permettent pas à son auteur de réagir mais cet acharnement négationniste me choque et m'oblige à vous répo... Mardi 14 Novembre 2006 - 22:43
lbellulle100/100 d,accord avec yvonne
Comment pouvez-vous dire que le thème de bouraux est fabriqués?Je comprend le chagrin inéxipliquable et innefaçable à jamais d, Yvonne et d'autres milliers de rwandais...C'est plus que inhumain q... Mardi 14 Novembre 2006 - 22:43
IshemaQuelle est la vérité?
Merci à Libération qui permet à chacun de dire ce qu'il pense de cet article. Il est vrai que Yvonne souffre pour les siens qui ont été tué. Il est vrai aussi que des milliers de familles hutu q... Mardi 14 Novembre 2006 - 20:34
VéritéJe connais la chanson
Vous présentez l'emballage, nous on connait bien le cadeau. Vous affichez toujours ce que le monde souhaite entendre, mais ce que vous faites en réalité n'a rien à voir. Mensonge manipulation tric... Mardi 14 Novembre 2006 - 20:33
PhilippeAbolir la peine de mort
Votre souffrance mérite compassion. Et pour ma part je la mets au même pied d'égalité avec celle dont des proches ont été tuées dans l'avion du président J. Habyarimana, un attentat qui reste... Mardi 14 Novembre 2006 - 14:29
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