Récit

Zemmour, polémiste délinquant

La condamnation du journaliste pour provocation à la discrimination raciale révolte l’UMP.
par Michel Henry
publié le 19 février 2011 à 0h00

Coupable, Eric Zemmour ? Pour la justice, oui. Mais pas pour le ministre Thierry Mariani et une partie de l’UMP : le polémiste est à leurs yeux un martyr, qui a écopé vendredi de 2 000 euros d’amende avec sursis, et plus de 10 000 euros de dommages et intérêts. Saisi par plusieurs associations (Mrap, SOS Racisme, Licra, Union des étudiants juifs de France et J’accuse), le tribunal correctionnel de Paris l’a, en deux jugements, déclaré coupable de provocation à la discrimination raciale, pour plusieurs faits.

Faciès. D'abord, sa déclaration, le 6 mars 2010, dans Salut les Terriens d'Ardisson, sur Canal +. Zemmour y avait justifié les contrôles de police au faciès : «Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait.» Ardisson avait diffusé ses propos avec un bandeau : «Immigration : Zemmour dérape.» Exact, pour le tribunal : même s'il «avait le droit d'exprimer son point de vue sur les problèmes liés à l'immigration et aux "contrôles au faciès", il ne pouvait pour autant légitimer une pratique illégale des forces de l'ordre». Zemmour a ainsi «dépassé les limites autorisées du droit à la liberté d'expression». Il est coupable de provocation à la discrimination raciale, mais relaxé des poursuites pour diffamation à caractère racial. Car, «malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos», Zemmour «n'affirme ni ne sous-entend l'existence d'un lien de causalité avéré ou possible entre l'origine ou la couleur de peau et une surreprésentativité prétendue parmi les trafiquants».

Une autre déclaration lui vaut condamnation. Sur France O, le même jour, Zemmour était questionné : «Quand, par exemple, certains employeurs s'adressent à des directeurs d'agences d'intérim et leur disent "s'il vous plaît, je ne veux pas d'Arabes et de Noirs", c'est injuste quand même, non ? Reconnaissez-le.» Il avait rétorqué : «Mais ils ont le droit.» Pour les juges, Zemmour «présente comme légitime un comportement qui ne l'est pas». Et «incite clairement à la discrimination».

A l'audience, mi-janvier, le polémiste avait affirmé ne pas être un «provocateur», juste un observateur refusant le «politiquement correct».«Mes propos ne sont pas maladroits, ils sont brutaux, mais la réalité est brutale», avait-il avancé, bénéficiant d'une belle brochette de soutiens : Jean-Pierre Chevènement, Robert Ménard (ex-Reporters sans frontières), Christophe Girard (élu PS parisien), le préfet de l'Allier, Pierre Manzoni, et l'écrivain chiraquien Denis Tillinac. Qui soutenait : «Il a introduit le réel dans le débat public, voilà le corps de son délit.» Mais cela n'a pas suffi à convaincre les magistrats. Vendredi, son avocat, Me Olivier Pardo, réfléchissait à un éventuel appel. Les employeurs de Zemmour (France 2, i-Télé, RTL, le Figaro, qui avait envisagé de le licencier pour cette affaire, avant de se raviser) n'avaient pas encore réagi. Le polémiste non plus, mais d'autres s'en sont chargés.

Méconnaissant le principe de séparation des pouvoirs, Thierry Mariani, secrétaire d'Etat aux Transports, a exprimé par communiqué sa «consternation», apportant «un soutien personnel» à Zemmour qui a son «estime et [sa] confiance dans les combats qu'il mène, avec talent et lucidité». Invoquant «la liberté de parler du réel», Mariani observe que «les professionnels de l'antiracisme préfèrent se constituer partie civile plutôt que d'assumer un débat public à la loyale sur les sujets qui préoccupent nos concitoyens, qu'il s'agisse de la délinquance, du fondamentalisme islamiste, des prières de rue, ou de la gangstérisation de certains quartiers sensibles».

«Rappeurs». Dans la même veine, Lionnel Luca, député (UMP) des Alpes-Maritimes, a dénoncé, dans un communiqué signé par 58 parlementaires UMP, «la dérive judiciaire contre la liberté d'expression dans notre pays qui interdit à un journaliste de parler». Ajoutant : «Dans le même temps, certains rappeurs qui insultent la France et les Français et appellent au meurtre des forces de l'ordre ne sont pas condamnés au nom de la création culturelle. Cherchez l'erreur.» Le PCF s'est lui réjouit : «Le fait que des journalistes ou des hommes politiques fassent de ces propos nauséabonds un fonds de commerce est scandaleux.»