LA LIBERTE D'EXPRESSION SUR LE NET MENACEE PAR UNE STARLETTE !

Sale temps pour l'internet français ! L'hébergeur gratuit Altern.org a été condamné en appel, le 10 février 99, à verser la somme faramineuse de 400.000 francs à la starlette Estelle Hallyday pour avoir hébergé un site de "célébrités nues" diffusant des images dénudées de la miss. Une fois de plus, la France fait oeuvre liberticide en tentant d'imposer une réglementation de l'internet évidemment vouée à l'échec. Voltaire, au secours, la liberté d'expression sur le Net est en danger !

par Old Nick

Le 10 février 99, les magistrats de la 14ème chambre de la Cour d'Appel de Paris ordonnaient la fermeture du site de l'hébergeur gratuit Altern.org et condamnaient son administrateur, Valentin Lacambre, à verser à mademoiselle Estelle Leffebure-Hallyday la somme de 400.000 francs au titre de "l'atteinte au droit qu'elle détient sur son image et à l'intimité de sa vie privée" ! Pour un site "hors-la-loi" hébergé par Altern.org (http://www.Altern.org/silversurfer, qui diffusait 19 insignifiantes images dénudées de miss H..), ce sont des milliers de sites aux contenus de toutes natures qui se retrouvent du même coup privés d'hébergement. Un cas de censure unique en France, d'autant plus scandaleux dans notre vieux pays où il est toujours de très bon ton de se gargariser des doux mots de Droits de L'Homme et de Liberté d'expression, et de donner des leçons sur ces thèmes à la terre entière.

L'affaire Altern.org - miss H. balaye les généreux idéaux et rappelle la triste réalité: notre république n'est plus que de façade puisque l'un de ses fondements essentiels, la liberté d'expression, peut y être bridé selon le bon vouloir discrétionnaire de petits juges volant au secours des puissants et nantis du microcosme médiatique. Des magistrats dont la décision trahit de surcroît une grave méconnaissance des réalités de l'internet...

UN JUGEMENT ARBITRAIRE, CAR MISS H. EST PRESENTE SUR DES MILLIERS DE SITES DE "CELEBRITES NUES" !

L'affaire Altern-org - miss H. a en effet l'avantage de démontrer avec la clarté de l'évidence, au delà de l'arbitraire scandaleux de cette décision, l'ignorance crasse des juges français en matière d'internet. Car enfin, pourquoi miss H. et les juges sont-ils tombés à bras raccourcis sur CE SEUL SITE hébergé par Altern.org ? La réalité objective de l'internet, le plus mal informé des surfeurs débutants la connaît: le réseau trimballe des DIZAINES DE MILLIERS DE SITES DE CELEBRITES NUES de par le monde (voir notre petite liste non exhaustive), sans parler des NEWSGROUPS SPECIALISES. Il se crée de nouveaux sites de ce genre chaque jour, tandis que chaque jour sont postées de nouvelles images de stars à poil sur les "alt.nude.celebrities" de Usenet. Dans ces conditions, il est bien certain que, Altern.org ou non, LES MEMES PHOTOS de miss H. continuent de se balader en toute impunité sur des dizaines, des centaines (des milliers ?) d'autres sites de toutes nationalités. Quand des jugent choisissent de ne s'abattre que sur UN SEUL ET UNIQUE de ces sites, c'est donc bien d'ARBITRAIRE qu'il s'agit.

L'autre "mérite" de cette affaire est que cette décision de justice pose également la question - complexe et pas loin d'être insoluble ! - des "droits d'auteur" et "droits à l'image" sur Internet. Car lorsqu'une photo est scannée et reproduite hors du consentement de son auteur, et qu'elle est copiée, reproduite et diffusée à l'insu de ses auteurs et modèle(s) sur des milliers de sites de toutes nationalités, l'auteur - et a fortiori le modèle - peut-il encore prétendre, REALISTEMENT, récupérer des quelconques "droits d'auteur" ou "droits à l'image" ?

La réponse est non, car cette ambition relève à l'évidence de l'utopie: une image reproduite à des milliers d'exemplaires dans les méandres de l'internet devient, DE FAIT, libre de droits. Ou alors, si la justice persiste à considérer que ce n'est pas le cas, l'institution judiciaire doit se donner les moyens d'être vraiment juste, c'est-à-dire pourchasser tous les hébergeurs de ce type d'images, ABSOLUMENT TOUS, sans exception et où qu'ils soient situés dans le monde, et ne pas s'acharner sur un seul site pris au hasard entre mille. Ce qui est naturellement impossible... et rend donc, dans les faits, la question des "droits d'auteur" et "droits à l'image" non avenue sur Internet !

ON NE REGLEMENTE PAS UNILATERALEMENT UN SUPPORT DE DIFFUSION MONDIAL !

Sans doute aussi - vieille habitude franco-française, ah "l'exception française" ! - notre pays veut-il en cette occasion et une nouvelle fois "montrer l'exemple" aux autres nations, en tentant de poser les jalons d'une stricte réglementation juridique de l'internet. Cela rappelle une affaire pas très ancienne, où la France s'était passablement ridiculisée en s'entêtant longtemps à demeurer la seule et unique grande démocratie à ne pas autoriser à ses concitoyens l'emploi de logiciels de cryptographie. Dans leur désarmante naïveté, nos dirigeants espéraient benoîtement que les autres pays (toutes les autres démocraties du monde entier !) finiraient par s'aligner sur l'intelligentissime position française. Résultat: après deux ans d'immobilisme, la France a bien évidemment fini par coucher les oreilles et est discrètement et piteusement rentrée dans le rang, bien obligée comme tout le monde de légaliser une cryptographie désormais entrée dans les moeurs de l'internet !

Il semble donc que, après cette risible affaire, la France soit bien partie pour jouer une fois de plus l'idiot du village planétaire quand, d'ici un an ou deux, ses hauts responsables si calés en internet (!) se rangeront à l'évidence, constatant, inévitablement, qu'on ne peut décidément pas réglementer UNILATERALEMENT un support de diffusion de l'information qui a pour caractéristique première d'être MONDIAL et, quasiment, supranational. Car pour parvenir à réglementer efficacement les us et coutumes de l'internet, il faut que TOUS LES PAYS DU MONDE ENTIER SANS AUCUNE EXCEPTION se mettent d'accord pour adopter EXACTEMENT LA MEME réglementation - bonne chance, mesdames et messieurs les juges et politiciens ! Sinon, qu'est-ce qui empêche tel éditeur de site ayant des soucis dans son pays d'aller faire héberger son site dans un pays où la réglementation est moins tatillonne, moins mesquine, moins injuste ?

UNE GRAVISSIME ATTEINTE A LA LIBERTE D'EXPRESSION

Pour en revenir à l'affaire Altern.org - miss H., c'est donc bien d'une gravissime atteinte à la liberté d'expression sur le Net français qu'il est question, et l'on aurait tort de n'y voir qu'une simple péripétie interneto-judiciaire. Que des magistrats aient donné raison à une starlette pleurnicheuse est inquiétant, non seulement pour l'internet français, mais aussi pour la république. Car en condamnant à verser 400.000 francs - somme faramineuse pour une association à but non lucratif comme Altern.org - à une petite vedette des médias qui n'a assurément nul besoin d'une telle manne supplémentaire, la justice condamne cet hébergeur à fermer boutique, et fait donc taire des milliers de webmasters indépendants. Il est profondément injuste que toute une communauté soit ainsi prise en otage, condamnée à payer le prix fort pour la faute (?) de l'un seul de ses membres.

En définitive, il revient à miss H. de prendre ses responsabilités. Cette jeune personne au physique avenant veut-elle vraiment assumer le risque d'apparaître désormais comme l'une des figures emblématiques de la censure sur internet, LE média moderne par excellence ? Car où est son problème, en réalité, à la miss ? Elle se retrouve à poil sur internet, et cela ne lui plaît pas ? Ma biche, tu parles d'un "préjudice" pour quelqu'un qui, mannequin, fait profession de vendre son corps ! Et qui est de surcroît assez mal placée pour arguer de "l'atteinte à la vie privée" alors même qu'elle est l'une des habituées number one des magazines "people" auxquels elle confie volontiers des extraits choisis de sa vie privée quand ça l'arrange. Et puis, même ! Elle ne subit là que le lot de toutes les "stars" et starlettes contemporaines d'internet, les conséquences - peut-être fâcheuses car non souhaitées, non maîtrisées - mais inévitables, d'une notoriété qu'elle a évidemment recherché et activement construite. Qu'elle se console en constatant qu'elle se retrouve en tenue d'Eve sur le Net en bonne compagnie, puisqu'aux côtés de Jodie Foster, Sophia Loren, Brigitte Bardot, Isabelle Adjani et autres pointures internationales... qui, elles, n'ont pas (encore ?!) jugé bon d'intenter des procédures - sans doute parce que, pour les raisons citées plus haut, elles les savent vaines !

Alors, est-elle naïve, miss Hallyday, ou ignore-t-elle, comme les juges de la 14ème Chambre, tout du fonctionnement d'internet au point de s'imaginer que, une fois les photos retirées du site hébergé par Altern.org, plus aucune photo d'elle ne sera disponible sur le réseau ? On a du mal à le croire. Veut-elle donc "faire un exemple" en s'attaquant à cet hébergeur, le seul qu'elle ait semble-t-il identifié?

UN NOUVEAU ET FABULEUX FILON MIS AU JOUR PAR LES JUGES FRANÇAIS !

Et si sa motivation était somme toute plus prosaïque, moins avouable ? Gagner du fric, tout simplement. Pourquoi pas après tout, puisque c'est devenu la spécialité de certaines "stars", surtout les plus insipides d'ailleurs, qui ont depuis longtemps compris les avantages financiers qu'elles peuvent retirer de l'attaque en justice de ceux des organes de presse qui ont l'outrecuidance de ne pas les caresser systématiquement dans le sens du poil.

Miss H. va donc empocher ses 400.000 francs, tant mieux pour elle, qu'elle en fasse bon usage ! Mais pourquoi ne pas s'en prendre dans la foulée aux dizaines (centaines ? milliers ?) d'autres sites, français, francophones et étrangers qui continuent en toute impunité de diffuser des images interdites de son anatomie ? Voilà certes un nouveau et fabuleux filon que les juges français ont mis au jour ! Les "stars" françaises en mal de ressources nouvelles (il faut bien bien payer ses impôts, sa nouvelle bagnole ou son jet-ski dernier modèle !) peuvent leur dire merci.

Heureusement, il existe dans nos contrées des juges qui imposent encore le respect: ceux de la Cour Européenne. En plus, ça tombe bien, leur autorité est supérieure à celle des juges français. Souvenons-nous, les juges européens ont ces derniers temps, et à plusieurs reprises, condamné sévèrement la France: atteinte à la liberté de la presse (affaire Canard Enchaîné/feuille d'impôt de Jacques Calvet), manquement aux droits de l'homme (écoutes téléphoniques; interrogatoires "musclés" dans les commissariats de police; "rafles" arbitraires de suspects dans des affaires de terrorisme...).

En matière de Droits de l'Homme et de Liberté d'expression, c'est sûr, l'espoir est aujourd'hui européen. Vivement l'Europe, qu'on en finisse avec l'archaïsme français !

Voltaire, au secours, tu ne reconnaîtrais plus ton pays !

Lire le jugement de la Cour d'Appel

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Notre petite liste non exhaustive des sites diffusant en toute illégalité des photos d'Estelle Halliday

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