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Libye : faut-il intervenir au sol contre Kadhafi ?

Guy Sitbon - Marianne | Jeudi 24 Mars 2011 à 15:01 | Lu 11306 fois

L'intervention aérienne en Libye tant attendue qui devait permettre aux insurgés de prendre l'avantage sur Kadhafi est pour l'instant un échec. Guy Sitbon défend l'idée qu'il n'est cependant plus question de reculer face au Guide libyen, qui tient ses troupes par le nerf de la guerre : l'argent. Il faut donc pour lui envisager une intervention au sol.



Tant espérée, la bienveillante intervention alliée contre Kadhafi se solde, à ce jour, par un fiasco. Les bombardements ont évité de justesse la chute de Benghazi, rien de plus. Ailleurs, si les lignes de front ont bougé, ce serait plutôt à l’avantage de l’ennemi. Si les résidus d’armée libyenne tiennent en échec la rébellion, plus les États-Unis, plus le Royaume Uni, plus la France, plus les Nations Unies, c’est qu’il y a quelque part une erreur.

La résilience de Kadhafi ne tient ni aux soutiens politiques, ni à l’amour de son peuple qui ferait tout pour se débarrasser de lui. Une seule raison à sa survie et à sa capacité de résistance : l’argent. Il paie très cher ses soldats, tant qu’ils recevront leur solde quotidienne ils combattront. S’ils survivent, leurs familles seront riches. Avec des réserves financières sans fond et un gisement de recrues tout aussi inépuisable, la guerre pourrait durer indéfiniment.

La résolution du Conseil de Sécurité appelle à porter secours aux populations civiles. Des civils sont tués chaque jour, le travail auquel on s’est engagé n’est pas exécuté. Chasseurs-bombardiers et Tomahawks font de leur mieux, ils ne font pas taire les armes kadhafiennes. De toute évidence, l’action aérienne est insuffisante. Tant qu’on s’interdira l’intervention terrestre, on s’enlisera.
 
Les Nations Unies ont autorisé l’usage de tous les moyens à l’exclusion de « l’occupation ». Les opérations ponctuelles au sol ne signifient pas occupation, elles ne sont pas prohibées. Avec le feu vert des autorités de Benghazi, quelques centaines de parachutistes largués sur Misurata, sur Ajdabiya et quelques autres villes mettraient les mercenaires en déroute, sans trop de casse. Il ne resterait plus à Kadhafi que son réduit tripolitain où il ne s’éterniserait pas.
 
Les aléas politiques et militaires de cette inflexion stratégique ne seraient pas insignifiants. Pertes humaines, troubles diplomatiques et autres. Ils pèsent beaucoup moins lourd que les bénéfices prévisibles.

Il eût été de loin préférable que le peuple se débarrasse tout seul de son tyran mais les dollars et l’obstination de Kadhafi ont conduit au point où nous trouvons. Qu’on le veuille ou non, nous sommes désormais engagés militairement dans le camp du combat des peuples arabes (ici libyen) contre la dictature et c’est la juste cause. Toute voie de retour en arrière nous est fermée. Débattre sur le sexe des anges c’est faire le jeu de Kadhafi. Le temps presse. Il faut gagner cette bataille et vite. Atermoiements et tergiversations nous mènent droit à l’impasse, autrement dit, la défaite. Une guerre sans fin, une Libye ingouvernable, un triomphe islamiste, l’aveu d’impuissance face à nos alliés d’aujourd’hui et de demain.

Les lendemains ne souriront pas.





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