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Histoire(s) : l'incroyable saga du "Bataillon nègre égyptien" de l'expédition du Mexique



Histoire(s) : l'incroyable saga du "Bataillon nègre égyptien" de l'expédition du Mexique
L'histoire militaire est remplie d'aventures extraordinaires et souvent très peu connues. Ainsi celle du "bataillon nègre égyptien" qui combattit dans les rangs de l'armée française durant l'expédition du Mexique (1862-1867). Son histoire est relatée par Alain Gouttman dans son livre "La guerre du Mexique", paru en 2008, chez Perrin.

Dès le début de l'expédition, le contingent français est touché de plein fouet par les maladies tropicales, le "vomito" notamment, et la hiérarchie militaire constate que les "hommes de couleur semblaient mieux supporter" les rigueurs du climat. Napoléon III se tourne vers le vice-roi d'Egypte pour lui demander  lui "céder un régiment de Noirs de 1200 à 1500 hommes". Le 1er décembre, l'Egyptien accepte, mais ne propose que 500 hommes présents dans le nord du pays. Finalement, le 8 janvier 1863, 447 hommes, dont 4 officiers, embarquent à bord de La Seine pour Vera-Cruz, qu'ils atteignent le 24 février. Les hommes, issus du sud de l'Egypte et du Soudan, ignorent où ils vont... Et ils sont eux aussi victimes des maladies !

Le 1er mars, le bataillon est à pied d'oeuvre, avec ses quatres compagnies : il va être chargé d'assurer la sécurité de ligne de communication, et de participer à la contre-guérilla. Comme l'écrit Alain Gouttman, "les Egyptiens manifestèrent des qualités militaires propres à impressionner tous ceux qui les observent ou coopèrent avec eux sur le terrain".  Ils participent à de nombreux combats, aux côtés des troupes métropolitaines, de la Légion étrangère ou des tirailleurs algériens.

Les tentatives de renfort et de relève échouent les unes après les autres, provoquant même la révolite d'un contingent en Egypte. Finalement, le Bataillon réembarque le 12 mars 1867, quatre ans après son arrivée ! Le contrat initial était en principe de deux ans...
En mai, ils débarquent à Toulon, d'où ils gagnent Paris où ils sont décorés et passés en revue par l'Empereur. Ils rentrent finalement au pays le 26 mai 1867 : sur les 447 partis cinquante-deux mois plus tôt, ils sont 310 survivants !  Leur mémoire sombrera dans l'oubli.

Ce post est ouvert aux commentaires, soumis à modération.

Dimanche 26 Décembre 2010
Jean-Dominique Merchet



1.Posté par laurent Epailly le 26/12/2010 18:02
Sombré dans l'oubli, certes, mais du moins auront-ils été honorés et décorés immédiatement après les faits d'armes et avant démobilisation.

Pas comme d'anciens combattants de 14, décorés à la veille de leur décès (cela dit, si on ne l'avait pas fait à l'époque... mais bon, leur longévité, finalement, valait bien un "César" d'honneur, qu'ils portaient au nom de tous les leurs sans compter que quelques oublis ont pu être réparés à l'occasion) ou des anciens harkis accueillis comme des chiens en 62.
http://avocats.fr/space/laurent.epailly

2.Posté par coatcoz29 le 26/12/2010 20:15
Comme quoi l'histoire militaire de notre pays est pleine de faits méconnus et beaucoup d'autres restent à sortir de l'oubli. Belle année 2011 à votre blog. Un blindé colo fidèle lecteur.

3.Posté par Grosminet le 26/12/2010 21:43

A Hesdin ( Pas-de-Calais) un monument aux enfants du canton morts pour la France érigé en 1912 ( conflits du troisième empire et expéditions coloniales de la troisième république antérieurs à 1914 ) . Crimée, Mexique, Sébastopol, Italie, Chine, Indochine, Algérie, ...


http://memoiresdepierre.pagesperso-orange.fr/alphabetnew/h/hesdinmtcanton.html

Au pied de ce monument vous êtes à 15 km du site d'Azincourt.



4.Posté par Lionel le 27/12/2010 12:35
Je savais qu'un bataillon belge avait participé à cette expédition. Mais je n'avais jamais entendu parler d'un régiment égyptien ! Merci à l'auteur de le sortir de l'oubli, et merci à vous de vous en faire l'écho.

5.Posté par un autre le 27/12/2010 12:35
Ce type d'unités que nous pourrons qualifier d'exotique a toujours existé dans toutes les armées du monde.
Nous avons ici un blogueur qui a pour pseudo "allobroges" .C'est aussi le nom d'une unité de l'armée révolutionnaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gion_des_Allobroges

6.Posté par marsouin le 27/12/2010 13:08
Dans la même veine, nous avons le bataillon des chasseurs africains créé par le consulat.
Originellement, ce bataillon était constitué de Noirs de Saint Domingue qui ne s'étaient pas trop compromis avec Toussaint L'ouverture.
Ce bataillon était à l'origine une unité de pionniers. Par la suite, il évoluera en unité combattante au service du roi de Naples. Cette unité se distinguera dans plusieures campagnes de l'Empereur. Il restea dans l'histoire sous le nom de Royal Africain avec ses officiers Noirs et hommes de troupes également.
L'affaire des Aigles est aussi restée attachée à cette unité. En effet, au moment de la remise des aigles au sommet de la hampe des drapeaux de régiments, le bataillon Noir avait été "oublié". Une protestation avait été formulée par son chef de corps. Finalement le Royal Africain aura droit à son aigle.

7.Posté par jacquet le 27/12/2010 19:29
Pacha,

Voilà un acticle comme je les aime. De plus il ne prête pas à polémiques,tous les acteurs et leurs descendants étant décédés depuis logtemps.

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Jean-Dominique Merchet, journaliste à Marianne, je m'occupe des questions militaires depuis une vingtaine d'années. C'est une passion dans laquelle je suis tombé tout petit... Né en 1959, franc-comtois et versaillais, je suis un auditeur de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN 49). J'ai créé ce blog en 2007.

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