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L'organisation des divisions japonaises 1941-1945
par Vincent BERNARD, professeur d'histoire-géographie

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La guerre du Pacifique fut avant tout un immense affrontement aéronaval. Pearl Harbor, la mer de Corail, Midway, Leyte, autant de batailles passées à la postérité. Connus ou moins connus, tous ces affrontements à dominante aéronavale restent des étapes fondamentales de ce gigantesque mouvement de flux et de reflux japonais s'opérant entre 1941 et 1945. Mais pour fondamental qu'il fut, cet aspect de la guerre n'eu néanmoins pour objet que la maîtrise des accès à de meilleures positions stratégiques et surtout à des ressources vitales, particulièrement pour les Japonais. Ici comme ailleurs, le fantassin ne pouvait que rester au centre de la problématique comme seul capable d'assurer in fine la conquête ou la reconquête.

Le théâtre d'opération du Pacifique, caractérisé par son immensité, sa diversité climatique et son caractère largement insulaire, a ainsi nécessité des opérations militaires très spécifiques et différenciées en fonction des secteurs. La primauté gagnée sans contredit par l'arme aéronavale à cette époque n'a pas été, loin s'en faut, le seul particularisme de cette guerre.

Moins fréquemment évoquée que celle de la Marine impériale, l'organisation de l'armée de terre japonaise est fondée sur des impératifs propres assez différents de celle de ses rivales occidentales à la même époque.

Bref retour aux sources

Sans remonter trop loin dans l'histoire mouvementée de l'Empire du Soleil Levant, son organisation militaire moderne calquée sur les modèles européens est directement issue de l'Ere Meiji [1]. Sous le règne de l'empereur Mutsuhito, à partir de 1868, s'ouvre une période de profondes réformes. L'abolition du " shogunat " et de tout le système féodal permit un développement économique extraordinaire, dont le modèle fut largement inspiré par les puissances occidentales. En quelques décennies, le Japon se transforma en une puissance de premier plan. Si la victoire sur la Chine et la conquête de la Corée en 1894 - 95 fut un coup de semonce mal mesuré en Europe, la victoire de 1904 - 1905 sur la Russie fit office d'électrochoc pour les puissances " blanches ". La domination japonaise dans ce conflit, sur le plan terrestre (bataille de Mukden) et surtout naval (Tsushima), fut un révélateur de ce que l'Europe avait en face d'elle une nouvelle puissance majeure rivale, qu'elle avait d'ailleurs largement contribué à fabriquer.

Structures générales de l'armée japonaise

Les structures générales de l'armée japonaise lui sont très particulières. Dans la constitution héritée de l'ère Meiji, l'armée est responsable exclusivement devant l'empereur. Les forces armées sont placées sous la direction du ministre de la guerre, lequel est à partir de 1936 obligatoirement un militaire. Dans le courant de l'année 1941, la fraction de l'armée la plus expansionniste et violemment anti - occidentale dirigée par Hideki Tojo assume le pouvoir effectif. Le ministre de la marine, bien que disposant traditionnellement d'une d'influence moindre, joue néanmoins après Tsushima un rôle de premier plan. L'influence politique issue de cette bicéphalie militaire est une des caractéristiques majeures du Japon moderne jusqu'en 1945. La rivalité permanente entre l'armée et la marine, disposant chacune de ses propres troupes et de ses propres forces aériennes, est une constante de la guerre du Pacifique. Pendant toute la durée du conflit, deux conceptions militaires le plus souvent antagonistes s'affrontent pour déterminer la conduite de la guerre et se disputer la disposition des ressources.
On ne s'intéressera ici qu'aux troupes de l'armée de terre japonaise.

A la veille de la guerre, le Japon proprement dit est une véritable puissance démographique de 73 millions d'habitants, près de 100 millions en comptant les possessions du Pacifique dont Formose et l'île d'Hainan. A cette date, l'Empire du Soleil Levant domine également en Chine, en Corée ou en Mandchourie une population de plus de 200 millions d'individus. Ce réservoir de soldats et de main d'œuvre fait du Japon en 1941, on l'oublie parfois, une puissance d'un poids démographique certain. De fait, l'effort relatif de mobilisation du Japon est supérieur à celui des Etats-Unis pour une population "nationale" moitié moindre. Le pays parvient à mettre sur pied durant la guerre un corps de bataille d'une centaine de fortes divisions, les Etats-Unis n'en déployant en 1945 que 95 en Europe et dans le Pacifique.

Malgré ce potentiel, l'armée japonaise engagée massivement en Chine depuis 1937 ne compte que 51 divisions sur le pied de guerre en décembre 1941 ainsi qu'une vingtaine de brigades autonomes. Au début de 1942, l'armée ne mobilise encore que 1.700.000 hommes. Malgré la situation de guerre et l'occupation d'une proportion importante de la Chine et la tutelle sur le Mandchoukouo dès 1932, cette mobilisation paraît proportionnellement aux ressources du pays et à bien des égards en deçà de ses capacités. Même si la marine impériale absorbe une part importante des moyens humains et matériels, le Japon du début de la guerre dispose ainsi encore d'un potentiel mobilisable très important.
Sur les 51 divisions japonaises opérationnelles au 7 décembre 1941, 23 sont stationnées en Chine, 13 observent la frontière soviétique en Mongolie en Mandchourie et en Corée dans le cadre de l'armée du Kwantung, 4 enfin défendent la métropole.

Le reliquat, soit 11 divisions seulement ainsi que quelques brigades et régiments autonomes est affecté aux opérations d'invasion des Indes néerlandaises, de Malaisie, de Birmanie, des Philippines et du Pacifique Sud. Compte tenu de l'immensité du théâtre Pacifique et des objectifs affichés par le haut commandement japonais, ces moyens, bien que représentant l'élite des troupes nippones, peuvent apparaître au premier abord singulièrement limités pour venir à bout des 400.000 soldats appuyés par 650 avions de combat que comptent ensemble les possessions britanniques, américaines et néerlandaises.

Pourtant, grâce à des opérations audacieuses, minutieusement préparées et coordonnées, souvent brillamment exécutées, les différentes composantes du groupe d'armées du sud viennent à bout de tous les obstacles en quatre mois. Les lacunes de l'équipement, de l'entraînement et du moral d'une large part des forces alliées initialement déployées se révèlent être, il faut en convenir, un facteur déterminant dans ces victoires rapides. En mars 1942, les troupes japonaises occupent la totalité de la Malaisie, des Indes orientales, la majeure partie de la Nouvelle Guinée. Elles sont entrées en Birmanie, ont chassé les Britanniques de Rangoon, menacent Mandalay et voient déjà l'Australie comme la prochaine étape de l'expansion. Aux Philippines, seul le réduit de Baatan jusqu'au 9 avril puis l'île de Corregidor jusqu'au 6 mai, complètement isolés, continuent encore pour un temps à leur résister.

Ce déferlement tous azimuts, cette course contre la montre pour la disposition des ressources du Sud-est asiatique sont ainsi l'œuvre non seulement d'une marine dominatrice et d'une aviation terrestre et navale de toute première qualité, mais surtout d'une poignée de divisions d'infanterie dont l'équipement souvent lacunaire est compensé par de remarquables qualités d'entraînement et de moral.

 

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