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Conseils de Matthias Vincenot (Président du Jury 2009)

La poésie est, d’abord et avant tout, un rythme. D’autres diraient un souffle. Certains poètes écrivent en marchant, ce n’est pas étonnant. Leur pas contient leur rythme.

Le rythme, ce n’est pas nécessairement la régularité. Quand on triture le langage, on se positionne par rapport à lui. Il faut avoir conscience du rythme pour le briser, et ainsi en créer un nouveau.

La poésie, c’est aussi la suggestion. Ne pas tout dire. Laisser imaginer. Se laisser prendre par la chair des mots.

En effet, en poésie, ce qui compte, ce n’est pas ce qui est dit, c’est la façon dont on le dit.

Avoir des choses à dire, ce n’est pas être poète. Etre poète, c’est avoir l’art de les dire.

Les mots ont leur sens, mais ils ont aussi ce qu’ils provoquent comme sensations. C’est cela,  la chair des mots. Il faut y être attentif quand on écrit un poème. Ne pas rester au ras des pâquerettes. Que les vers ne soient pas plats.

Surtout, refuser la facilité, l’inutile, le déjà vu, déjà lu. Il ne faut pas avoir peur de la paire de ciseaux (virtuelle), qui est la meilleure amie des poètes.

La poésie, ce ne sont ni des vers, ni des rimes. Comme le disait Léo Ferré, « les poètes qui comptent sur leurs doigts pour avoir leur nombre de syllabes, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ».

Alors ne comptez pas sur vos doigts. Mais battez la mesure. Pas pour écrire des chansons. Pas pour écrire en rythme. Mais pour vous positionner par rapport à lui. Pour avoir conscience que c’est cela, notamment, qui vous permettra de ne pas écrire « de la prose coupée en petits morceaux », selon l’expression du poète Pierre Béarn.

L’important, ce n’est pas de raconter, mais de capter des instants, des sensations, de « fixer des vertiges », comme l’écrivait Rimbaud. Et si vous racontez, car la poésie le peut aussi, faites frissonner votre lecteur (de plaisir, d’émotion, de stupeur ou même de dégoût, pourquoi pas. La poésie n’est pas forcément belle). Donnez-lui de l’émotion. Faites qu’il se dise, en vous lisant : si c’est ça la poésie, alors ça me plaît.

Matthias Vincenot

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