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La Larme à l’œil

LeBlogPoesieA l’exemple d’Ulysse sillonnant les mers, le lecteur parcourt les poèmes, sensible aux signes qui le guideront vers de nouvelles aventures ou le ramèneront vers un monde connu. En effet, « Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage […] Et puis est retourné […] ». Ainsi, quelle chance quand on entre dans un texte comme on entre chez soi, sans ressentir l’ennui des lieux devenus communs à force d’habitude !

Lorsqu’on juge de la qualité d’un poème, notamment dans le cadre d’un jury de concours, on s’intéresse à sa forme et à son fond. On est sceptique, on aimerait bien être ému pour les bonnes raisons. Idéalement, le poème ne laisse pas indifférent. C’est un tout bienheureux qui esquisse un chemin vers de nouvelles réflexions, suscite des relectures, fait échos et ricochets. Emporter à la fois le bon sens et les sentiments, voilà qui peut sembler ardu pour le poète en herbe, voire paradoxal. Pourtant, la poésie est affaire de partages. Un joli texte sans réel contenu n’est-il pas un bijou sans valeur ? De même, et là touche-t-on peut-être un point sensible, un sujet important ou émouvant en soi peut-il susciter une réaction du lecteur s’il n’est pas mis en valeur par une forme appropriée ?

En poésie comme dans tous les arts, certains éléments se travaillent. On remarque généralement l’attention portée à la langue. C’est une corne d’abondance pour les uns tandis que pour d’autres, c’est un filet réduit à son minimum. La vie s’en exprime selon l’état choisi par le poète. Or, un poème se donne aussi à voir et à lire (à haute voix). Il exerce à la fois l’œil et la langue. C’est un sonnet, un poème en prose ou encore un texte dont la disposition typographique est plus difficilement identifiable. Sa forme invite à une lecture particulière, fluide ou heurtée, rapide ou lente, linéaire ou dynamique.

Ne nous contentons donc pas de belles idées. Le poème accroche le regard tel qu’il se présente sur la page. Et pour qu’il accroche bien, tirant peut-être quelques larmes de joie d’un juré méfiant, rien de telle qu’une forme qui incarne les idées, les soutient, les révèle.

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