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Elisabeth Roudinesco, entretien exclusif

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Pierre Cormary - le 25/04/2010 - 22 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 débats et opinions

Après sa réaction au livre de Michel Onfray  publiée dans Le Monde, puis la réponse du déboulonné sur Mediapart, l'historienne Elisabeth Roudinesco nous accorde un entretien exclusif sur l'état de l'historiographie savante sur Freud, sa vie, son œuvre, et nous relate l'histoire inédite de la rumeur américaine concernant la prétendue liaison de Freud avec sa belle-soeur, Minna Bernays.

 Entretien avec Elisabeth Roudinesco sur le livre de Michel Onfray, par Pierre Cormary





Pierre Cormary : Mettons-nous, pour commencer, à la place de Michel Onfray. A-t-on le droit de s’attaquer à la psychanalyse et à son fondateur ? C’est un fait que de L’Anti-Œdipe de Deleuze-Guattari à ce Crépuscule d’une idole, en passant par Le Livre noir de la psychanalyse, dès que l’on touche à la psychanalyse, celle-ci jette l’anathème et a tendance à fasciser ses adversaires.


ER : Ne confondons pas tout. Je suis l’élève de Gilles Deleuze et de Michel de Certeau et j’ai fait l’éloge de L’Anti-Œdipe à la fois dans mon Histoire de la psychanalyse en France. (rééd. Hachette, collection « La Pochothèque », Paris, 2009, avec la biographie de Jacques Lacan) et dans mon livre Philosophes dans la tourmente (Fayard, 2005) dans lequel je mets en perspectives les dialogues critiques qui se sont établis entre six philosophes : Canguilhem, Sartre, Foucault, Althusser, Deleuze, Derrida. J’ai connu fort bien quatre d’entre eux et j’ai annexé leurs critiques du dogmatisme psychanalytique dans mon travail d’historienne : c’est cela mon héritage, et non pas le dogmatisme ou l’hagiographie, ce qui m’a valu la critique de bon nombre de psychanalystes hagiographes. Et d’ailleurs, j’ai publié un dialogue amical avec Jacques Derrida qui s’est toujours défini comme un « ami de la psychanalyse », un ami « critique » (cf. De quoi demain, Fayard/Galilée, 2001).  

       Rien à voir avec Le Livre noir de la psychanalyse qui rassemble des historiens du courant révisionniste américains (les « destructeurs de Freud ») et des adeptes de thérapies cognitivo-comportementales. Un ramassis de sottises, d’erreurs et de ragots, fondés sur la haine et l’inculture et dans lequel sont traités d’hagiographes les véritables historiens. J’ai d’ailleurs publié à ce sujet un livre collectif en 2005 : Pourquoi tant de haine ? (Navarin). Dans le hors-série du Monde, paru en mars 2010, à l’initiative de Laurent Greisalmer et Eric Fotorino et la collaboration de Thomas Wieder (vendu en kiosque, déjà plus de 50.000 ex), intitulé Freud, la révolution de l’intime, nous avons annexé des textes critiques – de Popper à Sartre – et même un texte de Mikkel Borch-Jacobsen qui est au départ un bon historien mais qui ensuite s’est fourvoyé dans l’anti-freudisme radical. Quand on commence à déraper ou à dériver et à sortir de l’éthique de l’historien pour passer du côté du complotisme et de la croyance en des légendes noires, que l’on invente soi-même afin de combattre de vrais historiens que l’on prend pour des hagiographes, on est perdu pour le travail de recherches et c’est ce qui est arrivé à Mikkel  que je connais bien et dont au début je partageais les positions. Il a d’ailleurs été lâché par les élèves de Derrida, il y a bien longtemps (Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe) quand il a commencé à dériver vers la haine de Freud, cessant d’être objectif et critique. Il a été également lâché puis ignoré aux États-Unis par tous les vrais historiens : Yérushalmi, Schorske, Nathan Hale, et cætera, sans parler de Paul Robinson qui a fait un livre au vitriol contre ce courant révisionniste. C’est une vraie dérive.

N’oubliez pas que dans Le Livre noir de la psychanalyse, on, quitte le domaine de l’histoire et du travail historiographique pour entrer dans l’invention de faits qui n’existent pas. Freud est traité d’escroc et de menteur, avide d’argent et incestueux, plagiaire, affabulateur : c’est extravagant et cela empêche toute critique réelle de Freud, de sa doctrine, de son mouvement, telle que je l’ai faite ou que d’autres historiens sérieux, non hagiographes et n’appartenant pas au courant de l’histoire officielle, ont pu la faire : tel Henri Ellenberger dont j’ai réédité en 1994 l’admirable Histoire de la découverte de l’inconscient (Fayard), avec une longue préface qu’il a eu le temps de lire avant sa mort. Je suis d’ailleurs responsable de ses archives, à travers la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP) que je préside et je peux vous dire que son fils, Michel Ellenberger, est horrifié par les brûlots qui prétendent, comme celui de Onfray, annexer l’œuvre de son père.

Dans ce même Livre noir, qu’Onfray prend pour modèle historiographique, les psychanalystes - français notamment - sont accusés de complots et de contaminations divers, les uns parce qu’ils auraient été défavorables à la vente de seringues pour les malades du sida - rumeur inventée de toutes pièces - et les autres parce que, adeptes de Françoise Dolto, morte en 1988, ils auraient favorisé après 2000 l’abaissement de l’autorité à l’école en idéalisant l’ «enfant roi». Quant à Jacques Lacan, il est comparé à un gourou de secte, tandis que l’ensemble des associations psychanalytiques sont brocardées pour avoir été à l’origine d’un véritable goulag freudien : au moins dix-mille morts en France. Aucune source ne vient étayer cette affirmation insensée.

Pierre Cormary : Le problème avec le fascisme, si j’ose dire, c’est que chacun se renvoie le bébé. Vous reprochez à Onfray d’établir sa critique anti-freudienne en partie par le biais de penseurs proches de la Nouvelle Droite, Jacques Bénesteau, Pierre Debray-Ritzen pour ne pas les citer, et lui ressort à qui mieux mieux la fameuse dédicace de Freud à Mussolini, sa complaisance vis-à-vis de Dollfuss, et même sa collaboration avec l’institut Göring…. Alors, le fascisme balance plus fort de quel côté ?

 
ER : Hélas, je n’y peux rien : Onfray réhabilite sans aucun doute les thèses de l’extrême-droite française. C’est écrit en toutes lettres dans son livre (p.593-597).  Et là est un aspect essentiel de cette affaire. Ce n’est pas en m’insultant et en se clamant freudo-marxiste (ce qu’il n’est pas) qu’il réglera ce problème. Il est d’abord un adepte de Proudhon et pas un marxiste, il l’a dit lui-même. Et comment serait-il freudo-marxiste après ce qu’il a écrit sur Freud ? Les freudo-marxistes, que j’aime beaucoup et dont j’ai toujours fait l’éloge (cf. Dictionnaire de la psychanalyse, en collaboration avec Michel Plon, rééd. 2006 que Onfray ne cite pas) étaient et freudiens et marxistes et non pas antifreudiens et proudhoniens. La nuance est de taille : les freudo-marxistes ont été détestés par les freudiens et les marxistes, ce qui montre au passage d’ailleurs que l’histoire de la psychanalyse est une vaste saga faite de passions, d’exclusions, de conflits et de rivalités et non pas une imposture où dominerait l’axe du bien et du mal.  Et non pas un fascisme fabriqué par des milices et inventé par un pervers sexuel qui battait sa gouvernante, sodomisait ses animaux ou torturait psychiquement ses filles après avoir abusé de sa belle-sœur.  
                  
         Je n’insulte pas Onfray que je connais. Mais j’ai mis en évidence ce qui est écrit dans ce livre et que tout le monde peut lire : Freud y est assimilé à un fasciste, ami de Mussolini et sa théorie est décrite comme une affabulation perverse servant les régimes autoritaires. Manière d’accuser Freud de ce que sont les fascistes et les nazis. Et cette technique accusatoire, en miroir inversé, est typique du discours pamphlétaire de l’extrême-droite qui sévit encore aujourd’hui : on traite de nazi et de fasciste la victime du nazisme et du fascisme et l’on invente, contre l’historiographie savante que l’on dénie,  un axe du bien et du mal : Freud est une ordure et les antifreudiens des anges libérant l’humanité des légendes roses inventées par des fascistes. Rien à voir avec une démarche critique et savante. Notons d’ailleurs qu’Onfray n’a aucune compétence universitaire en matière de recherche historiographique.  Son livre est dénué de notes en bas de page et donc de sources précises, la note bibliographique finale est truffée d’erreurs et insuffisante. Elle ne correspond pas à ce qui est écrit dans le livre. Quant à l’index, il est fantaisiste puisqu’il ne renvoie ni à des noms ni à des concepts mais à des thèmes idéologiquement orientés, ce qui le rend inutilisable.  Je n’ai rien contre ce genre d’essai, il y en a d’excellents mais pourquoi Onfray dit-il qu’il est un vrai historien s’appuyant sur les meilleures sources ?

         Sans doute est-il en partie inconscient de ce qu’il écrit, ce qui rend son livre comique et naïf par moments, puisqu’il croit à la préfiguration, c’est-à-dire à quelque chose comme une destinée occulte : le judaïsme préfigure le fascisme, Jésus Hiroshima, Kant Eichmann, et cætera. Le plus drôle c’est qu’il accuse Freud d’occultisme, c’est-à-dire de ce qu’il fait lui-même. Quant à la réhabilitation de Bénesteau, auteur défendu par le Front National et le Club de l’horloge qui m’a intenté avec ses amis un procès qu’ils ont perdu, à la suite d’un article que j’avais publié en 2004 («Le club de l’horloge et la psychanalyse : chronique d’un antisémitisme masqué», Les Temps modernes, 627, avril-mai-juin 2004), je me demande ce qu’en pense Mikkel Borch Jacobsen qui soutient aujourd’hui Onfray, lequel soutient Bénesteau, en souscrivant à la thèse selon laquelle il n’y avait pas d’antisémitisme à Vienne durant l’entre-deux-guerres puisque les Juifs occupaient des postes importants dans tous les secteurs de la société. Voilà ce qu’il écrivait à Bénesteau dans une lettre datée du 24 décembre 2003 (et dont il m’a adressé un double pour que je m’en serve) :

            “Je vous saurais gré de cesser de me faire parvenir la littérature du Club de l’horloge, officine bien connue de l’extrême-droite française. En ce qui concerne mes rapports avec Elisabeth Roudinesco, il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord complet avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’horloge et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation”
 
            Laissons-les à leurs affaires, moi je ne m’en mêle pas. Notons tout de même que Michel Onfray se dit le « goy » victime de l’intelligentsia et de l’université, ce qui est étrange, et qu’il me désigne comme hystérique, stalinienne, et cætera. Et comme défenseur des pédophiles parce que j’ai dit que c’était ridicule d’accuser Cohn-Bendit comme il le fait, et qu’il a ajouté ceci : « Madame Roudinesco  coupe l'humanité en deux : les juifs et les antisémites. Comme je n'ai pas l'honneur d'être juif, il faut bien que je sois antisémite. »  C’est étrange cette obsession de se désigner soi-même en victime d’un propos que le prétendu accusateur n’a pas tenu. Est-ce vraiment un honneur d’être juif ? Ce qui laisserait entendre que les non-Juifs ne sont pas honorables. J’ai publié en 2009 Retour sur la question juive, (Albin Michel, 2009),  et je puis vous dire que le terme « goy » pour désigner les non-Juifs est aussi insultant que celui par lequel les antisémites traitent les Juifs de « sales Juifs ». « Goy » est un terme que je n’emploie jamais et pour cause. Il est injurieux sauf quand il est utilisé avec humour et dérision dans les fameuses « histoires juives ».  L’humour, c’est ce qui manque le plus à Michel Onfray qui voit des complots partout, qui d’ailleurs méconnaît complètement le grand texte de Freud sur le Witz (mot d’esprit). Si seulement Michel Onfray avait un peu d’humour ! On pourrait transformer toute cette affaire de Freud nazi et pervers sexuel en histoire juive !

         Je crois que son éditeur devrait lui conseiller de cesser de déraper sur tous les médias comme il le fait en sidérant ses interlocuteurs. Cela pose d’ailleurs le problème du rôle des médias dans de telles circonstances.  Doit-on laisser ainsi quelqu’un dire n’importe quoi, au nom de la totale liberté d’expression ? En principe oui, et je laisse Onfray inventer des faits qui n’existent pas, accuser tout le monde de tout et de n’importe quoi, et m’insulter partout sans intervenir. Mais les journalistes qui ne cessent d’épingler les hommes politiques au moindre dérapage verbal, devraient peut-être faire de même avec d’autres. J’aime beaucoup les médias, j’ai beaucoup d’amis journalistes, je le suis moi-même dans la presse littéraire, je fais partie d’une génération qui aime la télévision et la radio passionnément et je pense qu’on devrait, à cette occasion, réfléchir aux conditions dans lesquelles sont menées les débats intellectuels. Jusqu’à présent, c’était bien mais là,  ça commence à déraper sérieusement. Il y a véritablement une réflexion à mener.

Pierre Cormary  : Quand on fait le compte des reproches qu'adresse  Onfray à l’homme Freud, on se rend compte assez vite que ce sont des reproches de bout de chandelle mais totalement hystérisés par Onfray lui-même : Freud « cocaïnomane » (certes, l’époque découvrait la coca et l’on pensait bien innocemment que celle-ci avait des vertus curatives), « adultère » (passons sur le fait que l’histoire avec sa belle-sœur soit vraie ou fausse – ce qui est remarquable, c’est que le philosophe hédoniste et anticlérical fasse appel à une critique aussi puritaine et digne des curés qui l’auraient traumatisé dans son enfance ), sans doute « pater familias » comme on l’était à l’époque, certainement très ambitieux, et bien décidé à réussir sa carrière (ce qu’Onfray appelle de manière assez nauséeuse son « obsession de l’argent »), et parfois, avouons-le, « fanfaron » (quand Freud se compare à Copernic et à Darwin), mais quoi ? Tout cela, c’est de « l’intendance à charge », rien de plus…


ER : Écoutez, tout cela n’est pas sérieux. L’histoire de la liaison avec la belle-sœur (Minna Bernays) est très connue. Je vous la raconte à la fin de cet entretien : elle est à mourir de rire. Je vous en donne la primeur à la fin de cet entretien (un extrait), telle que je l’ai énoncée dans mon séminaire de 2007 sur la vie privée de Freud. J’ai ensuite passé mes notes à Michèle Perrot, ma directrice de thèse, pour sa magnifique Histoire de chambres ( Seuil, 2009) .  Aux États-Unis, l’antifreudisme radical a pour épicentre la thèse de la perversion sexuelle de Freud, de son adultère, et caetera, thèse typiquement puritaine, alors qu’en France,  l’antifreudisme radical ne porte pas sur la vie privée  mais sur la doctrine assimilée à une théorie parasitaire, dépravée... Onfray lie les deux thèses, celle des puritains et celle des dénonciateurs de la doctrine parasitaire, étrangère au terroir français, d’où l’opposition qu’il propose entre le bon terroir régional (le marché d’Argentan) et la vie intellectuelle parisienne dépravée et donc freudienne. En outre, quand on sait que Onfray croit que Freud a fait un enfant à sa belle-sœur puis l’a obligée à avorter en 1923 quand elle avait 58 ans, on se demande si ce livre a été lu par l’éditeur et si l’auteur a bénéficié de correcteurs sérieux (p.246).

Pierre Cormary  : Le comique de cette affaire est, pour un philosophe comme lui qui a toujours clamé qu’il était à gauche, et même à l’extrême gauche (et je pense qu’il est sincère quand il le dit), de s’être toujours retrouvé, et sans doute inconsciemment, du côté du pire. Ainsi de sa fascination pour les « érotiques » dites solaires, païennes, aryennes, ou relevant d’un tantrisme de pacotille, mais qui sont en effet l’apanage de l’extrême-droite athée, celtique, vaguement attirée par l’Inde et ses Svastikas. En ce sens, Onfray rejoindrait les occultistes moqués par Philippe Muray dans Le XIX ème siècle à travers les âges, et qui se distinguaient tous par leur antisémitisme essentialiste. Sans oublier sa récupération par Raël après la publication du Traité d’athéologie

 
ER : Vous avez raison, je l’ai dit autrement dans le texte que j’ai diffusé à tous les médias sans me référer du tout à Philippe Muray dont je ne partage pas les opinions.  J’ai dit ce que je pense de ce Traité d’athéologie dont le brûlot contre Freud est la suite et dont voici la thèse : le monothéisme, religion de la pulsion de mort, préfigure le fascisme et le nazisme. Comme Freud est l’héritier du judaïsme, il est fasciste et habité par la pulsion de mort puisqu’il l’a théorisée et il persécute le peuple dont il est l’héritier. Tout cela ne tient guère debout.

  Je voudrais maintenant changer de terrain : Michel Onfray m’insulte, mais il y a un an il m’a invitée à Argentan pour présenter le film qu’Elisabeth Kapnist a réalisé avec ma collaboration pour France 3 et ARTE en 1997 : Sigmund Freud. L’invention de la psychanalyse. Il m’a présentée alors comme la plus éminente historienne de la psychanalyse et nous avons donc débattu à propos du film, puisqu’Elisabeth Kapnist est amie avec lui. Pourquoi aujourd’hui refuse-t-il de débattre alors que de toutes parts on le lui propose : à la radio, dans un théâtre parisien et même à l’auditorium du Monde  (journal auquel je collabore depuis 14 ans) et qui lui a accordé un droit de réponse, virulent, contre ma personne, après un article dans lequel je  critiquais son livre et non pas sa personne. J’ai bien dit qu’une fois le livre publié, ma critique parue et la réponse aussi, j’acceptais ce débat et je l’ai fait savoir au directeur du journal Eric Fotorino et à ceux qui ont travaillé avec moi pour le hors-série. Pourquoi Michel Onfray refuse-t-il le débat à armes égales qui lui est proposé par tout le monde et pourquoi choisit-il, avec l’accord de certains journalistes et autres producteurs, les personnes avec lesquelles il entend débattre ? Il faudrait savoir : pourquoi Onfray recourt à l’insulte après m’avoir lui-même invitée ? J’avais déjà répondu alors à certaines de ses attaques, devant son propre public, puisque déjà à cette époque il commençait à dire sur Freud ce qui figure dans son livre.  De quoi Michel Onfray a-t-il peur ?
 

  • Elisabeth Roudinesco est historienne, directrice de recherches à l’Université de ParisVII-Diderot (UFR-GHSS), habilitée à diriger des recherches (HDR). Elle tient depuis 1992 un séminaire sur l’histoire de la psychanalyse qui s’est tenu d’abord à l’EHESS, puis à l’EPHE et enfin à l’ENS. Ses ouvrages sont traduits en 30 langues.

Inédit : l'Histoire de la rumeur de la liaison de Freud avec Minna Bernays :


                  La maisonnée Freud comptait donc environ 11 personnes : Freud, Minna Bernays, sa belle-soeur, Martha sa femme, six enfants et deux domestiques. Freud avait ainsi reconstitué l’univers familial auquel il était attaché. Et c’est au moment où Minna vit avec lui et où il n’a plus de relations sexuelles avec Martha que s’élaborent ses principales théories : l’Œdipe, la théorie nouvelle de la famille, l’abandon de la théorie de la séduction, toutes choses où sont traités les relations internes à la famille : séduction des enfants par les parents et par les pères, abandon de cette thèse, fantasmes, interdit de l’inceste, etc. C’est à partir de cette date aussi que Freud décide chaque été de céder à sa passion des voyages après en avoir eu la phobie et surtout il divise ses vacances : Martha a horreur des voyages. Freud passe donc en famille une partie des vacances d’été et voyage pendant l’autre partie et Minna est l’un de ses compagnons de voyage. Je dis “compagnon” car vraiment c’est le terme qui convient et non pas “compagne”, comme on le voit dans sa correspondance de voyage (Notre cœur tend vers le sud, Fayard,  2005, que j’ai préfacée). Durant l’été 1898, ils voyagent ensemble dans l’Engadine pour la première fois. Ils sont tout excités et écrivent des lettres à Martha. Ils décrivent les difficultés du tourisme à l’époque, comment ils trouvent ou ne trouvent pas de chambre : parfois une chambre pour deux mais le plus souvent deux chambres.

      Le 10 août 1898, ils trouvent deux chambres et Minna écrit : “Je peux enfin parader dans ma robe de flanelle et avec tous mes bijoux et bien sûr Sigi me trouve toujours d’une élégance extrême mais je ne sais pas si les autres partagent cet avis” (Notre coeur, p. 115). Le 13, Freud écrit à Martha de Maloja qu’ils ont tous deux très bonne mine et qu’ils sont descendus dans un modeste établissement suisse face à une forteresse hôtelière (p. 117). Ils y resteront jusqu’au 15.
                  Lors d’un voyage à Riva, près du lac de Garde, où ils retiennent deux chambres, Freud écrit qu’il est gêné par la présence de clients autrichiens qui peuvent le reconnaître et ce d’autant plus qu’il est accompagné d’une femme qui n’est pas la sienne. (p.134). Il se sent coupable à l’évidence, mais Minna pas du tout : pas trace de cela dans sa correspondance. A partir de 1922, trois femmes seront présentes au foyer de Freud : Minna, Martha et enfin Anna sa dernière fille qui, en quelque sorte, jouera auprès de lui un rôle similaire à celui de Minna. Sauf qu’analysée par lui elle deviendra chef d’école et qu’il en sera aussi jaloux qu’il l’avait été de Martha quand elle était courtisée par un jeune homme.

       Il n’en fallait pas tant pour que Freud fût accusé d’être bigame et d’entretenir une relation sous son propre toit avec sa belle-sœur, avec le consentement tacite de Martha. A mesure que la psychanalyse obtenait du succès et que s’amplifiait la haine envers un Freud regardé comme un obsédé sexuel, l’idée s’amplifiait aussi qu’il n’était qu’un hypocrite et  un menteur qui, tout en préconisant les interdits, les transgressait.

                  Cette rumeur existait à Vienne du vivant de Freud, mais elle commença à prendre de l’ampleur et surtout à devenir l’enjeu d’un grand débat historiographique à partir des années 50, c’est à dire à l’époque où le mouvement psychanalytique construisait son histoire officielle et au moment où Jones devenait le biographe de Freud. Plusieurs personnes s’en firent l’écho : Bruno Bettelheim, Carl Gustav Jung, Max Graf. Le premier n’avait jamais été un proche de Freud mais était lui-même un personnage transgressif et le deuxième avait été le plus proche disciple non juif avant la rupture avec lui. Jung était connu pour ses liaisons extra-conjugales y compris avec des patientes. Il était friand d’anecdotes et connu pour savoir les inventer plus vraies que nature.

                  Le 29 août 1953, interrogé par Kurt Eissler pour les archives Freud, il dit “la plus jeune sœur faisait un gros transfert sur Freud et lui n'y était pas insensible” et Eissler : “Vous voulez dire qu’ils ont eu une liaison” et Jung “Oh une liaison, je ne sais pas jusqu’à quel point mais mon dieu, on sait bien comment c’est n’est-ce pas? ”. En 1957, Jung revient à la charge et confie à son ami John Billinsky un témoignage que celui-ci ne rendra public qu’après la mort de Jung en 1969 : Jung évoque sa première visite à Vienne en 1907 : “Rapidement, je fis la connaissance de la plus jeune soeur de l’épouse de Freud. Elle était très jolie, et non seulement elle savait pas mal de choses sur la psychanalyse mais elle connaissait presque tout des activités de Freud. Quand plus tard je visitai le laboratoire de Freud, sa belle-soeur me demanda si elle pouvait me parler. Elle était très troublée par ses relations avec Freud et se sentait coupable. Elle m’apprit que Freud était amoureux d’elle et que leurs rapports étaient très intimes. Cette révélation me choqua et encore aujourd’hui je me souviens très bien de l’angoisse que je ressentis alors.  Deux ans plus tard, Freud et moi fûmes invités à la Clark University de Boston. Pendant 7 semaines nous sommes restés ensemble chaque jour. Dés le début de notre voyage nous avons commencé à faire l’analyse de nos rêves réciproques. Freud fit quelques rêves qui le troublaient beaucoup et qui évoquaient toujours le même triangle : lui, sa femme, sa belle-soeur. Il n’imaginait pas que je puisse savoir quelque chose au sujet de cette relation”. Et quand Jung lui demande de faire des associations, Freud réplique : “Je pourrais vous en dire plus mais je ne peux me permettre de risquer ma réputation”. Examinons ce témoignage. D’abord il est publié par Billinsky après la mort de Jung. Ensuite Jung se contredit par rapport à ce qu’il a affirmé à Eissler. Enfin plusieurs choses sont frappantes : Minna n’était pas jolie, au contraire de sa soeur, et bien qu’au fil des années elles aient fini par se ressembler. Freud n’avait pas de laboratoire mais un bureau. Enfin, on ne voit pas comment Minna aurait pu donner un tel témoignage à un homme qu’elle venait de rencontrer. Enfin, s’il est vrai que pendant la traversée sur le Washington, les trois hommes se racontent leurs rêves et boivent beaucoup au point que Freud a une syncope, s’il est vrai que Freud refuse l’aide de Jung sur l’interprétation de ses rêves, rien ne permet de dire que ceux-ci portaient sur Minna. (Peter Gay, biographie de Freud, p.844)
         A partir des années 1970, avec l’émergence du courant révisionniste et le nouveau regain de haine de la psychanalyse, la conception d’un Freud pervers, père d’une fille perverse qu’il avait analysée pour la transformer en une perverse à son service fut alors employée à démontrer que toutes les théories du mouvement psychanalytiques n’étaient que la traduction d’une monstruosité familiale.  Et que si l’on parvenait à démontrer l’existence d’une liaison avec Minna, tout l’édifice freudien s’écroulerait. Mais comment prouver l’improuvable ? Rien dans la vie ni dans les correspondances de Freud ne permettait de conclure à l’existence d’une telle liaison et rien d’ailleurs ne permettait de dire qu’Anna avait été homosexuelle, si ce n’est sa cohabitation avec Dorothy (les deux femmes ne dormaient pas dans la même chambre, mais cela ne veut rien dire)
                  En 1982, Peter Swales, le plus fou des révisionnistes  américains, appuyé par Adolf Grunbaum qui était en quelque sorte sa caution “scientifique” (physicien et savant, adepte d’un anti-freudisme virulent mais très écouté aux USA) fit circuler deux articles dactylographiés dont l’un seulement fut publié : “Freud, Minna Bernays and the Conquest of the Rome : New Light on the origins of Psychoanalysis” (New American review), et “Freud, Minna Bernays and The Imitation of The Christ”.
                  Swales prenait appui sur un passage de Psychopathologie de la vie quotidienne, dans lequel Freud raconte l’histoire d’un jeune homme, Juif viennois, qu’il rencontre lors d’un de ses voyages et qui fait un oubli d’un nom en citant un vers de Virgile, celui de Didon qui attend son vengeur : “Exoriare aliquis nostri ex ossibus ultor” ce qui veut dire “Et toi quiconque (aliquis) né de mes ossements, mon vengeur”. Le jeune homme a omis le mot aliquis et Freud lui demande d’associer sur ce nom. Il pense alors à “liquis” puis au sang qui s’écoule du fameux Saint Janvier (San Gennaro) chaque année dans l’église napolitaine qu’il avait visitée. Et à partir de là il extrapole et finit par dire à Freud que ce qu’il redoute c’est que sa maîtresse lui annonce une fâcheuse nouvelle, un retard de règles, qui signifierait qu’elle est enceinte.
                  S’appuyant donc sur la méthode freudienne d’interprétation, dont il prétend pourtant récuser la scientificité, Swales entend démontrer que cet exemple est une autobiographie masquée - comme d’ailleurs toute l’œuvre de Freud - et qu’elle signifie que Freud a eu une liaison avec sa belle-sœur, qu’il l’a engrossée puis faite avorter. Cette interprétation ne repose, bien entendu, sur aucun fondement.

                  Voilà donc comment l’historiographie freudienne nord-américaine a sombré dans le délire. Car cette position ahurissante de Swales a obtenu un franc succès aux USA - comme d’ailleurs celles de Jeffrey Moussaïeff  Masson - dont je vous ai parlées - et c’est ainsi que s’est développée une campagne de terreur orchestrée par Swales et Grunbaum, lesquels, le plus sérieusement du monde, voulaient redresser les torts des historiens dits “pro-freudiens” pour les obliger à réécrire leur textes en fonction de la nouvelle preuve archivistique. Après avoir été longtemps en contact avec Swales qui me transmettait des documents de la Loc, j’ai donc été “menacée” et insultée dans la presse américaine et brésilienne (désignée comme “hystérique et putain”). Ilse Grubrich-Simitis a reçu des laxatifs par la poste et a été terrorisée.
                  Sous le nom d’Aliquis, les deux compères ont donc commencé à menacer les autres historiens, leur intimant l’ordre de faire l’autocritique, puis ils ont arrosé la presse pour expliquer que Freud n’était qu’un faux savant ayant appliqué à ses patients ses propres fantasmes. Toutes ses théories n’étaient donc, selon eux, que les récits autobiographiques d’un pervers abusant de sa belle-sœur et inventant pour ses patientes des abus qu’il leur faisait avouer, tels les inquisiteurs d’autrefois.
                  Mais, de même que les négationnistes ont obligé les historiens non pas à accepter leurs thèses mais à les invalider avec des arguments rationnels, de même les révisionnistes anti-freudiens ont obligé les historiens à prendre au sérieux l’affaire Minna et à en faire un enjeu historiographique. C’est dans cette perspective que Peter Gay le dernier biographe de Freud a publié un article en 1990 intitulé “Le chien qui n’aboyait pas la nuit” (repris au PUF dans En lisant Freud, explorations et divertissements).

                  Expliquant que ce sont les dénégations de Jones puis les affirmations des autres qui l’on conduit à examiner le problème, Gay comme d’ailleurs l’historien Albrecht Hirschmüller qui l’établit, a examiné la correspondance entière de Freud et de Minna non encore publiée. Il s’aperçoit alors que certaines lettres manquent mais qu’aucune numérotation ne permet de dire qu’elles auraient été dissimulées. Et il ajoute que les lettres manquantes sont comme le chien de Sherlock Holmes qui n’aboie pas la nuit. Dans sa biographie il s’était engagé, sous la  menace, à faire son autocritique au cas où une nouvelle archive serait découverte.         
                  C’est bien évidemment ce débat qui a de nouveau émergé récemment, faisant la une de toute la presse américaine et allemande et confortant les thèses d’Aliquis.
                  Un sociologue allemand, Franz Maciejewski, a trouvé une nouvelle archive. Il s’agit de la signature de Freud sur le registre de l’hôtel Schweizerhaus daté du 13 août 1898 et désigné dans la lettre de Freud (Notre coeur) comme la forteresse hôtelière en face de laquelle il s’est installé avec Minna (dans une modeste auberge). Le registre indique de la main de Freud : “Doctor Freud u Frau”.

                  Il n’en fallait pas tant pour relancer le débat et les menaces ont recommencé, tendant à prouver que cette fois-ci et ce jour-là Freud aurait passé la nuit dans ce luxueux hôtel (et non pas en face) et qu’il aurait fait passer sa belle-sœur pour sa femme. Le plus étonnant, c’est qu’au titre de “preuve” du délit, le New York Times (24 décembre 2006) a publié la photographie de la chambre 11 telle qu’elle est aménagée aujourd’hui avec un poste de télévision et deux lits jumeaux.
                  Cette thèse a été reprise par Ursula Gauthier (responsable du fameux numéro sur Le Livre noir de la psychanalyse) dans Le Nouvel Observateur ( “Sexe, mensonges et libido”). Je suis sommée en tant qu’historienne de “réviser” mon Dictionnaire et d’adopter la nouvelle vérité enfin révélée sur les escroqueries et les transgressions de Freud (11-17 janvier). Et j’ai répondu (NO, 15 janvier) en m’interrogeant sur la signification de la publication d’une telle photo (la chambre d’aujourd’hui) comme prétendue “preuve archivistique”).

                  Et du coup toute la presse mondiale, pressée d’ailleurs par Swales, qui écrit ses menaces à la main, en a déduit que cette fois-ci la liaison est attestée et que du coup Freud, étant un menteur, toute sa théorie s’écroule (Sunday Times, 7 janvier 2007, Frankfurter Rundschau, 28 septembre, 2006, etc)
                  Que cette thèse soit irrecevable, c’est évident, mais que l’on puisse tirer de cette archive la moindre preuve fait problème. D’une part, Freud a pu signer ce registre et changer d’hôtel puisqu’il est resté trois nuits à Maloja, et, d’autre part, il a pu parfaitement dormir avec Minna dans cette chambre dont on ne connaît pas l’aménagement ancien, puisque de toute manière, ils dormaient parfois dans la même chambre quand ils ne parvenaient pas à en trouver deux (comme c’est indiqué dans Notre coeur).

                  Le chercheur s’est donc contenté de cette signature pour accréditer la thèse d’un Freud amant de sa belle-sœur et dissimulateur, alors que le minimum eut été de regarder le registre de l’hôtel d’en face - si toutefois il existe encore - et de se renseigner sur la disposition des chambres à l’époque. Plutôt que d’une intentionnalité dissimulatrice, on peut aussi bien interpréter le “u Frau” comme quelque chose de banal : Freud se sentait coupable qu’on le voie avec sa belle-sœur, ce qui veut dire qu’il pouvait parfaitement la désigner comme sa femme dans les hôtels pour avoir la paix. La dissimulation ne porte pas forcément sur un acte réel dont on ne saura jamais s’il a eu lieu. On peut aussi interpréter le “u Frau” autrement. Dans le monde germanique de cette époque, et notamment en Suisse alémanique, ce syntagme signifie, dans la tradition hôtelière, que l’on choisit une chambre double, quelle que soit la personne avec laquelle on voyage. Comme c’est le cas aujourd’hui encore en Italie quand on réserve une chambre “matrimoniale” : cela veut dire “deux personnes” (une chambre double) et pas forcément pour un couple marié. Il est donc possible que Freud ait utilisé ce terme avec cette signification.

                  Mais ce qui est certain, c’est que si liaison il y a eu, elle ne peut qu’être brève - seulement lors de ce premier voyage, où apparaît une excitation particulière et là il y a un doute - et que toutes les thèses accusatrices ont le défaut de n’être pas des preuves mais des interprétations de faits visant à détruire Freud et la psychanalyse.
                  Le plus étonnant, c’est qu’un psychanalyste suisse, Ferruccio Bianchi, habitué de cet hôtel où il passe ses vacances d’hiver, alerté par toute cette affaire, semble avoir résolu le “problème de la chambre” : “J’ai souvent séjourné dans la chambre 23, écrit-il, et je la connais donc bien. La chambre 11 où a séjourné Freud, est aujourd’hui la chambre 23. Et cette chambre 23 est une chambre double, une sorte de petit appartement, avec une grande pièce et une petite pièce qui communique avec l’autre. Je la connais bien, car nous étions en famille et nos enfants étaient dans la petite chambre. Le gérant me confirme qu’à l’époque, il y avait la même conformation des lieux” (Le Carnet psy, avril 2007).

                  Il est donc évident désormais que la thèse de Swales et Maciejewski est entièrement fausse, ce qui n’empêche pas ce dernier d’écrire aujourd’hui un livre entier sur le sujet. Mais j’ai bien l’intention de me rendre sur les lieux un jour...

Elisabeth Roudinesco



Toutes les réactions (22)

1. 23/04/2010 21:06 - La femme concept

La femme conceptMerci...

2. 23/04/2010 21:19 - Alexandre

AlexandreEnfin une vraie spécialiste de Freud.

3. 23/04/2010 21:31 - Thibault

Thibault Cette Roudinesco, c'est de la BOMBE !!!

4. 23/04/2010 21:33 - Salomé

SaloméJe ne connaissais pas la vérité sur la prétendue liaison avec sa nièce. Merci Mme Roudinesco.

5. 23/04/2010 21:36 - Julien

JulienCormary+Roudinesco, ça va commencer à faire beaucoup pour Onfray, je sais qu'il passe sur Ring régulièrement, il y a été interviewé il y a quelques mois, à mon avis, le service marketing de flammarion doit se réjouir, tout ça fait vendre, les amis, merci pour lui !

6. 23/04/2010 22:26 - Maxime Zjelinski

Maxime ZjelinskiJ'aimerais savoir ce que Mme Roudinesco pense de la critique de Ludwig Wittgenstein.

7. 24/04/2010 03:27 - Smith&Wesson;

Smith&WessonSuperbe entretien. Ring n'est plus un média conservateur à proprement parler, et devient enfin véritablement moderne, il s'est enfin renouvellé de l'époque 2006/2009.

8. 24/04/2010 17:57 - alain jugnon

alain jugnonje suis personnellement et en tant que philosophe très content de ce débat déclenché par le travail dans la pensée de Michel Onfray
les lignes de démarcation se posent, la philosophie moderne contre la légende Freud va y gagner philosophiquement : Madame Roudinesco n'est pas philosophe, le problème demeure grâce à la philosophie qui vient et en dehors de toute cette réactivité première au livre deMichel Onfray. Le problème est enfin et pour quelques temps maintenant de savoir ce qui peut un corps ? Grâce au travail d'Onfray la philosophie se fait prométhéenne à nouveau, contre Freud, c'est-à-dire d'abord contre le nihilisme et pour de nouvelles lumières c'est-à-dire pour une philosophie du XXIème siècle qui a du travail de déconstruction, déchristianisation, dénéantisation, démolition parfois à faire. C'est bien parti avec ce livre là de Michel Onfray. Les réactions sont tout à fait bienvenues car elles vont vivre la pensée qui vient. La fin du XIXème siècle, c'est maintenant et c'est tant mieux.

9. 24/04/2010 18:24 - Maxime Zjelinski

Maxime ZjelinskiJe suis le premier à dire que la psychanalyse n'est pas une science. Mais la pensée de monsieur Onfray ne fait pas avancer le schmilblick. On retrouve sous sa plume les problématiques habituelles sur la scientificité de la psychanalyse et la conformité de Freud au mythe qui l'entoure. Mais le moins que puisse faire un philosophe, c'est de porter son regard un peu plus loin que la moyenne des gens, pour qui il ne s'agit que de démontrer la scientificité ou la non-scientificité des théories freudiennes. Force est de constater que son regard, Onfray ne le porte pas bien loin. Parce qu'il dit que Freud n'est pas celui qu'on croit, il croit avoir tout dit. Ce faisant, Onfray perpétue un faux débat, une fausse polémique.
J'attends avec impatience de lire le livre d'un détracteur convaincu à la fois que la psychanalyse est une science et que les raisons de son succès sont suspectes. Car ce qui dans le succès de la psychanalyse devrait le plus nous interpeller, ce n'est pas le fait qu'autant de gens se fient à une pseudo-science, mais le fait qu'à un moment donnée, l'opinion dans l'ensemble ait accepté des explications censées être repoussantes et offensantes.

10. 24/04/2010 18:52 - Blue velvet

Blue velvet@Jugnon
Non Onfray c'est "retour vers le passé ":au XIX siécle.
Son livre est une compilation de ragots.
Il est la" milice" philosophique.
C'est son fond de commerce.
Je remarque qu'il sait faire les comptes.
Une tête au carré comme ses lunettes.
Psycho-rigide.



11. 24/04/2010 19:08 - Maxime Zjelinski

Maxime ZjelinskiC'est bien ce que je disais, on tourne en rond. Les imposteurs répondent aux psychorigides.

12. 24/04/2010 19:13 - alain jugnon

alain jugnonce dont vous me parlez, selon moi, chez Onfray, c'est la philosophie moderne à l'oeuvre, plutôt combattante en effet : mais c'est très bon pour la philosphie moderne que vous soyez en guerre contre elle

13. 24/04/2010 19:37 - blue velvet

blue velvet@Jugnon
Ah oui c'est vous l'admirateur de Badiou ,Negri'(brigades rouges) etc..
La philosophie moderne=marxisme!
Nouveau.

14. 24/04/2010 19:59 - Luc

LucAlain Jugnon est le bienvenu sur Ring, son message est courtois cette fois-ci, blue velvet, tu respires parfois ?

15. 24/04/2010 20:30 - Maxime Zjelinski

Maxime ZjelinskiM. Jugnon, votre argumentation ressemble étrangement à celle d'un freudien : si on est d'accord avec Onfray, c'est le signe qu'il a raison, et si on n'est pas d'accord avec Onfray, c'est encore le signe qu'il a raison et que ça nous dérange.

16. 24/04/2010 21:27 - Erig Le Brun de La Bouëxière

Erig Le Brun de La BouëxièrePasser les plats à Madame-je-vois-des-antisémites-révisionnistes-partout, sous prétexte de détestation d'Onfray ; pour une fois que celui-ci n'écrit pas (trop) de conneries, ça me déçoit de vous, les gars...

17. 24/04/2010 22:11 - Olivier99

Olivier99Madame-je-vois-des-antisémites-révisionnistes-partout lol...elle qui est devenue une des meilleurs spé de l'antisémitisme et de l'histoire du judaisme et du sionisme en montrant justement que parfais bcp hallucinait l'antisémitisme et qu'il n'était pas dénoncé la ou il était vraiment... D'ailleurs il faut aller sur des sites comme le projet juif pour se rendre compte à quel point elle tape toujours juste la Roudinesco...

18. 25/04/2010 12:50 - Bardamu

BardamuPour moi, Michel Onfray avait toujours été le Beigbeider de la philosophie et son oeuvre un ramassis de lieux communs anticléricaux et gôchisants. Depuis cette polémique, il remonte dans mon estime. Dommage que son analyse se base autant sur la diffamation et le démontage en règle. La haine est souvent contre-productive...

19. 25/04/2010 14:06 - Agent Smith

Agent Smith@Olivier : savez vous qui dirige ce site neo nazi du Projet Juif ?

20. 25/04/2010 16:17 - Bardamu

Bardamu@Agent Smith
Moi, je sais : http://fr.wikipedia.org/wiki/Herv%C3%A9_Ryssen

21. 25/04/2010 18:35 - alain jugnon

alain jugnongrâce à un livre comme celui d'Onfray la philosophie reprend enfin ses marques et quitte en 2010 les années 70 (Deleuze, Derrida, Foucault) : ce sont des marques d'abord politiques et anthropologiques d'où la guerre terminale avec la religion
le livre d'Onfray est en fait d'abord un livre pour Nietzsche, pour un nietzschéisme conséquent et en phase de réalisme : l'attaque de Freud est un nietzschéisme appliqué pour faire venir une politique nietzschéenne, ce qui est le vrai de la philosophie du XXIème siècle (Nancy, Stieger, Negri séparément reviennent à Nietzsche eux-mêmes, de manière moins visible qu'Onfray, mais Onfray est depuis vingt ans leur avant-garde)
il s'agit donc d'un mouvmeet de fond et d'une refondation du philosophique hors les sciences humaines mais dans la modernité littéraire en effet
l'écrivain Onfray se met clairement en avant lui-même sur un front qui cherche son autr mais qui tristement ne voit rien venir du côté des écrivains de droite : je pense très sérieusement que Dantec devrait par exemple écrire un traité de théologie politique en abandonnant complètement la science-fiction mais en revenant à la philosophie... le geste d'Onfray appelle cela : il est bien question d'une politique humaine ou d'une politique de civilisation

22. 26/04/2010 10:42 - Evan Ard

Evan ArdAlain Jugnon, je n'ai rien contre vous en particulier, mais s'il vous plait, arrêtez. Avec des commentaires comme les vôtres, j'ai peur que les adeptes de Lise-Marie Jaillant se mettent à croire qu'ils peuvent aussi se lancer dans le wannabisme philosophique.

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La femme concept23/04/2010 21:06 La femme concept
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