Juliette: «Je me trouve assez réussie comme garçon!»

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En pleine promo de son dernier album, «No Parano», sorti en début d’année, Juliette revient pour TÊTUE sur son coming out, son désir pour les femmes, son dernier clip, mais aussi sa passion pour les questions de genre et la culture garçonne. Et en plus, elle est amoureuse…

TÊTUE: Depuis une dizaine de jours, on peut voir le clip du single de votre dernier disque, sorti en début d’année. Vous investissez un domaine où on ne vous attendait pas: la «Star Academy» et autres «Nouvelle Star».
Juliette: Oui, voilà, j’ai fait ma propre Star Ac… Et c’était très rigolo! Le clip est un peu potache, un peu pétomane, un peu gamin… J’adore. Et puis j’y apparais en drag king, j’avais une barbe qui grattait… C’est toujours amusant de faire des chansons «de société». Comme je suis chanteuse, les journalistes me demandent souvent ce que je pense de ce phénomène qui veut que les gens soient fascinés par la célébrité. C’est amusant et en même temps assez vain, mais c’est pas grave, c’est l’époque qui veut ça.

Regardez le clip de The Single:

Le titre de votre album annonce «No parano». Vous avez peur d’être paranoïaque?
Ce disque est plutôt personnel et dès que l’on fait un album un peu plus intime, cela peut prêter le flanc à des attaques qui vont vous toucher plus facilement. Donc on se demande si on va le faire ou pas. Là, je me suis dit: allez je me lance, no parano. Les autres ne sont pas nos ennemis. Et puis c’est un titre qui sonne plutôt bien, non?

Les thèmes que vous abordez sont plutôt variés. Qu’est ce qui vous inspire?
La nourriture, l’érotisme, la littérature… Et je rajouterais aussi la mort et l’enfance. Mais tout peut être source d’inspiration. Vous pouvez écrire une chanson sur une boîte d’allumette. Il suffit juste de trouver un bon angle. Si je me concentre bien, je peux écrire une chanson sur la radiateur électrique qui est en face de nous!

Vous n’avez jamais fait mystère de votre homosexualité. Quand avez-vous fait votre coming out?
Tout d’abord, je l’ai fait à ma famille quand j’avais 13 ans. Et médiatiquement, c’est venu le jour où un journaliste m’a demandé «et il y a un Roméo?». Je lui ai répondu que mon Roméo s’appelait Juliette.
De toute façon, je ne suis pas dans la norme. Au niveau de ma musique mais aussi de mes textes qui sont plutôt compliqués, et c’est pas très à la mode, au niveau de mon poids je suis plutôt surnuméraire et je ne fais rien contre, j’ai un nom arabe (Noureddine, ndlr)… Alors je n’allais pas cacher, qu’en plus, je suis lesbienne!
Je pense que le dire et l’assumer peut faire avancer les choses. Je ne me fais aucune illusion: certains doivent penser «oh, la grosse gouine». Mais d’autres peuvent aussi se dire «j’aime bien sa musique et ah, tiens, elle est lesbienne. C’est pas si grave que ça finalement».

Vous avez aussi abordé l’homosexualité féminine dans vos chansons…
Dans Monocle et col dur, sur l’album Irrésistible, je l’ai fait plutôt sous l’angle historique, sur les garçonnes. C’est toute une culture qui a été oublié. Les femmes sont toujours les oubliées de l’histoire, alors les femmes qui aiment les femmes… L’homosexualité féminine est souvent vue comme un fantasme pour les hommes hétéros. C’est pour montrer que c’était autre chose que j’ai fait cette chanson.

Vous abordez aussi à la question du genre dans Monsieur Vénus (2002).
Ah oui, Monsieur Vénus! Alors là c’est compliqué. C’est l’histoire d’une femme qui est un homme et qui tombe amoureuse d’un homme qu’elle visualise comme une femme. Donc au final, c’est tordu et assez amusant. La chanson est inspirée d’un roman, écrit en 1884 par Rachilde. On parlait pas de genre à l’époque mais c’est déjà ça que ça évoque.

Quand j’écris une chanson d’amour, je l’écris toujours de la manière la plus neutre possible. C’est mon côté «je veux être universelle», comme ça tout le monde peut s’y retrouver. Le titre La lueur dans l’oeil s’adresse clairement à une femme, mais cela pourrait être chanté par un homme, parce que c’est une façon de désirer les femmes qui est assez masculine, il me semble. C’est ma manière à moi de désirer les femmes. Dans ce domaine, je suis assez garçonne. Je précise que, quand je parle du «féminin» et du «masculin», je fais référence au «genre». Je sais que je suis une femme, je n’ai pas de doute là-dessus.

Un certains nombre de vos chanson tournent autour des femmes masculines. Il y a Monsieur Vénus, les garçonnes de Monocle et col dur, Garçon manqué… C’est quelque chose qui vous inspire?
Qu’est-ce qu’une femme? Ou un homme? Ce sont des questions qui me taraudent et qui sont très choquantes pour la plupart des gens. Ce que moi je trouve gênant, c’est les représentations binaires, la norme… Je suis une femme et je n’ai pourtant pas un genre féminin tel qu’on l’entend habituellement. Les attributs «féminins», c’est pas mon truc. Je parle comme un garçon, je me comporte comme un garçon. J’ai un côté garçon manqué, et je me trouve assez réussie comme garçon!

Vous avez lu Judith Butler, l’auteure la plus connue des études sur le genre?
Oui, un peu. Mais son Trouble dans le genre, c’est un pavé! (Rires) J’ai bouquiné pas mal d’ouvrages de sociologie, j’ai assisté à des conférences… La question du genre m’intéresse vraiment beaucoup.

Vous avez récemment dit dans une interview que vous aviez été une coureuse…
Oui! Mais j’ai rencontré quelqu’un qui me convient absolument et qui fait que ce n’est plus la peine de courir partout. Je sais que, si ça ne tient qu’à moi, cette relation durera. C’est bête, mais je suis amoureuse…

No Parano, de Juliette
Polydor.

Juliette sera en concert aux Folies Bergère à Paris le 5 et 6 mai.

 

 

 


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