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Le Patershol de Gand

Dans le coeur historique de la ville de Gand, le Patershol raconte l’histoire d’un quartier devenu, au fil des siècles, le territoire des patriciens, du prolétariat, des prostituées, des nécessiteux et des artistes, avant d’être finalement livré au bon plaisir des patrons de bistro et maîtres des fourneaux.

patershol1La chapelle abandonnée des norbertins, au centre du Patershol, symbolise à merveille le quartier. Un quartier où le silence n’a jamais régné et où l’on n’était que rarement seul mais où chacun a connu la solitude et l’errance. 

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour apercevoir, en traînant dans ce décor, les personnages typiques qui peuplaient autrefois les lieux. Des figures hautes en couleur telles que Loele-de-Vuilbak, Schele et Tsjeef Tiens, Tiete Boree ou Menier Bastien, qui pendant de longues années ont animé les rues du Patershol. 

A la tombée du soir, les ombres s’allongent et les récits semblent s’ancrer encore plus loin dans le temps. Errant dans les rues étroites à peine éclairées, vous faites revivre en imagination les esprits des pères fondateurs, les pères carmélites chaussés, fantômes d’un ordre mendiant né au Moyen-Orient. 

Tandis que le Château des Comtes prend de l’importance, vous voyez les pères s’effacer devant les riches commerçants, les procureurs, les huissiers et les artisans qui font de l’endroit un quartier cossu. Avec les panaches de fumée de l’industrialisation s’installent petit à petit les immigrants et s’amorce un délitement spectaculaire du tissu urbain. 

Les riches plient bagage l’un après l’autre et sous les fumées toxiques des usines implantées dans le Château des Comtes s’assemble un prolétariat qui remplit les tavernes, meublés, pauvres ruelles et bordels. Mie Nekkenbijter a la manie de planter ses dents dans le cou de ses clients, si bien que les braves épouses comprennent à cette marque distinctive où leur cher mari passe son temps. 

Et les gosiers asséchés salivent devant les grandes bouteilles. Dans le dédale et l’obscurité du Patershol éclairé par quelques rares lumières, vous traversez un réseau dense d’impasses, de ruelles, de petits ponts et de canaux. 

Il y a les bruyantes Corduwaniersstraat, Zeugsteeg, Vrouwebroersstraat et Klaversteeg qui racontent l’histoire des ploters ou corroyeurs, une guilde qui a abandonné les canaux et les dizaines de bâtiments protégés et restaurés pour laisser la place à l’ordre des restaurateurs. 

La marginalité est devenue couleur locale artistique ou se décline en magie culinaire de sorte que ce quartier voué à périr jusque dans les années septante du siècle passé possède aujourd’hui une vie et un attrait plus forts que jamais. Le labyrinthe de Gand est un chef-d’oeuvre où il fait bon se perdre en s’imaginant à une autre époque.