Touring

Torgny

«La Gaume, c’est le Sud, c’est un mythe» a écrit Frédéric Kiesel. Si vous avez déjà goûté à la Gaume luxembourgeoise sans arpenter les rues de son village le plus méridional, Torgny, il ne vous reste qu’une seule route possible, celle du retour, voire de l’éternel retour.

torgny

La Provence à un jet de pierre

Un village caché au fin fond méridional de la Belgique, blotti dans les replis de la Gaume, ce coin le plus typique et certainement le plus provençal du Luxembourg. «Le climat, la douceur des paysages, le caractère à la fois ouvert et insoumis des habitants… Tout y rappelle l’atmosphère du Midi.» C’est comme ça que Frédéric Kiesel nous raconte Torgny. «La Gaume, c’est le mythe du Sud, des cigales, des vignobles, de la Provence. 

Mais c’est aussi un mythe dans le sens originel du terme, celui qui fonde une communauté, un récit tellement mythique qu’il en devient finalement réalité. Séjourner en Gaume, c’est déjà se méridionaliser, faire siennes les caractéristiques des habitants du Midi...» 

Quand je lis Kiesel, c’est à peine si je peux me retenir de faire mes bagages et de filer là-bas. Cela dit, savoir que tout ce qui fait la Provence se trouve à un jet de pierre m’enthousiasme aussi.

Vignes et tuiles

Les Romains déjà connaissaient le doux climat de la Gaume. Eux aussi ont dû avoir l’impression de se sentir un peu chez eux lorsqu’ils ont découvert, entre ces lignes de crêtes irrégulières et asymétriques (cuestas), si loin de Rome, les promesses d’un pays inexploité. 

Bien vite, ils ont fait de Torgny et de ses environs un vignoble florissant, et ils ont appris à la population locale l’art de la tuile creuse, aussi appelée la tuile canal. 

Chaque fois que je retourne à Torgny, je me surprends à observer pendant des heures ces toitures typiques qui ont survécu aux siècles et à toutes les tempêtes, et qui se marient si bien avec la nature généreuse. 

Ces tuiles coiffent fièrement les attrayantes maisons, construites à une échelle humaine, et au charme exclusivement campagnard. Un corps de logis à trois pièces, une façade dominée par un lambris jaune ocre et des portes et fenêtres encadrées de pierre de taille. 

L’unité est touchante et nous la devons à une ordonnance heureuse de 1847 qui interdisait de camper toute maison à plus de cinq cents mètres du centre du village.

Une révélation

J’aime faire des crochets par le centre de Torgny, des détours qu’un fervent promeneur m’a décrit dans le détail pendant que le paysage se déroulait sur plus de 140 kilomètres. Quel que soit le point cardinal par lequel on arrive, la rencontre avec le village est une révélation. 

L’église, le lavoir public, les petits hôtels enchanteurs (dont la magnifique Auberge de la Grappe d’Or), qui cadrent parfaitement dans la beauté des lieux, les courettes devant les maisons, les fleurs exubérantes... Torgny est peut-être un petit village mais il est grand par la beauté. C’est l’un de ces villages où l’on aime revenir, encore et toujours.