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RENCONTRES AVEC LE PRINCE NGUYễN PHÚC BẢO NGỌC, ALIAS GUY GEORGES VINH SAN.

©MathildeTuyetTran, France 2008
 avec l'aimable autorisation de Monsieur Guy Georges Vinh San

 

Dans ma campagne, les champs de colza en fleurs s'exposent sous la pluie de printemps comme des tapis jaunes éclatants, lumineux. Tout le monde se hâte à planter et à semer. J'ai encore quelques centaines de plants de pomme de terre à planter aussi. Mais à un jour de pluie comme aujourd'hui, la terre argileuse colle par kilos autour des pieds et on glisse dans le jardin comme sur les pistes de neige... il est temps que je parte à la première rencontre avec le prince Nguyễn Phúc Bảo Ngọc: Monsieur Georges Vinh San.

Jusqu‘à présent l'histoire était pour moi: l'école, les livres, les archives, les films, les photos...vieux, usés, lointains, jaunis par la poussière du temps. Pendant mon temps au lycée, j'ai appris, comme tous les autres adolescentes de mon âge, la partie de l‘histoire contemporaine de la dynastie des Nguyễn, sans avoir compris, pourquoi nous devions apprendre, pas cœur, ces choses là? Les dates de naissances, les dates de décès, les dates d'intronisation.... ouf, cela ne me disait rien.

Quarante ans plus tard, je revois l‘histoire de mon pays avec d'autres yeux. Certains se moquent de mes recherches historiques et de mes articles, me déclarent „royaliste“. Non, l‘histoire de la dynastie Nguyễn est une part de l‘histoire du Việt Nam et de son peuple, qui partage avec eux le même destin, même pire, car ils sont royaux, ils ont des moyens et le peuple est...le peuple, pauvre et illettré. L'époque de la monarchie vietnamienne s'est terminée en 1945, avec l‘abdication de Bảo Đại. Nous sommes dans l‘esprit républicain avec les valeurs d'Indépendance, Liberté, Égalité et Fraternité.

 
Trois empereurs des Nguyễn ont été déportés et bannis par le gouvernement colonial de la troisième république française: Hàm Nghi à Alger (Algérie), Thành Thái et Duy Tân à l‘ile de la Réunion dans l‘océan indien.

À leurs déportations, Hàm Nghi avait 18 ans, Thành Thái 37 ans (déjà depuis 9 ans sous arrêt) et Duy Tân 16 ans. Ils étaient jeunes, mais ils avaient le courage de se révolter contre la domination du gouvernement colonial.

Le courage de ces trois rois leurs a amené le respect et l‘admiration du peuple. Malheureusement ils ont été trahit et leur résistance ne durait pas longtemps.

À ce jour, la mémoire consacrée à ces trois rois, ne devrait pas être interprétée comme un manœuvre de diversion, car dans le même esprit que Duy Tân, on distingue justement ceux qui sont les amis du peuple vietnamien - et les autres (les hommes libres et les colonialistes qui suivaient Pétain). Decoux fut un des rares à refuser de rejoindre la France Libre, favorisant ainsi l'implantation des Japonnais avec tous les drames qui s'en sont suivit.

Persone ne peut re-écrire l'histoire, et chaque jour est une page d'histoire qui s'ajoute.

Mais, si on remue officiellement l‘histoire des Nguyen, subtilement par les projets culturels, et utilise les méthodes des profiteurs malhonnêtes dans l'objectif de réveiller un sentiment anti-français (colonial) et orienter ainsi les discussions "patriotiques" actuelles vers l‘Ouest, on veut cacher d'autres choses.

 
Quoi que la colonisation fut une période historique du développement de la monarchie totalitaire en capitalisme, les colonisateurs français étaient les dominants et exploiteurs; un pays et son peuple, comme le Viet Nam, y perdait son indépendance et sa liberté, dominé, volé, exploité, mais il faut dire une chose en clair: les amis français (médecins, ingénieurs, enseignants...) n‘ont pas fait que „du mal“ pour le Viet Nam.

Actuellement, la colonisation n'est plus faite sous occupation militaire et administrative, mais avec l'asservissement par l'argent, qui occupe le sol par les acquisitions intitulées "investissements directs".

A la fin du 19 ème siècle, l‘influence chinoise était plus que dominante au Viet Nam. Les empereurs Nguyen rétablissaient et cultivaient le Confucianisme, reconstruisaient les temples confucianistes, ordonnaient la langue mandarin chinoise comme langue écrite officielle, organisaient les concours d‘états - interdits aux femmes - (thi Hương, thi Hội, thi Đình – trois stades de connaissance pour former et "produire" les nouveaux mandarins administratifs de la cour) basés sur la culture chinoise (histoire, littérature et éducation civique à la mode Confucius), maintenaient l‘inégalité des femmes (les femmes n‘ont pas le droit ni à l‘éducation ni à la formation, ni l'accès à la fonction publique, les époux ont le droit de rejeter, expulser, punir, battre et même juger, exécuter leurs femmes...).

Jusqu‘à présent, aucun historien – même vietnamien – n'a révélé l‘exploitation des femmes au Viet Nam, peut-être, n'y aurait-il que des hommes historiens ? 

Cette époque est caractérisée par la confrontation de deux cultures opposées, notamment chinoise et française, et l‘influence des mandarins de l‘école chinoise était encore très forte.
Quelques savants vietnamiens ont eu le courage de proposer une ouverture à la culture de l‘Ouest, mais ils n'étaient pas entendu. Une grande partie de la cour des Nguyen se contentaient de la base „depuis toujours“ et refusaient toutes modernisations.
 
L'esprit français dans les domaines culturels et scientifiques était le vent frais qui traversait le peuple vietnamien.

Le fait est qu'en 1920, début du 20ème siècle, l‘empereur Khai Dinh a supprimé finalement et définitivement les concours d'états en langue mandarin chinois, ouvrant la voie à la langue „Quốc Ngữ“, la langue vietnamienne écrite en alphabet latin, que les missionnaires Portugais, puis Alexandre de Rhodes, Pigneau de Béhaine et autres ont transcrite et développée depuis le début de 17 ème siècle.

Les gouvernements français établissaient les écoles, les lycées et les universités en deux langues: francaise et vietnamienne moderne (chữ Quốc Ngữ) écrite en caractère latin. Un miracle est arrivé: les filles pouvaient désormais aller à l‘école !

On accusait les gouvernements coloniaux français de vouloir seulement former une couche de collaborateurs vietnamiens privilégiés, issus des familles d'anciens mandarins et de la nouvelle bourgeoisie.

Surement. Mais, le petit peuple profitait un peu aussi de cette éducation, et puisqu'on (et une femme) peut lire, parler, écrire en français et en vietnamien moderne, on (et une femme) ne s'arrête pas au seuil de l‘esprit de la colonisation et tout le monde ne devient pas des collaborateurs coloniaux. La connaissance des langues ouvre toutes les barrières culturelles. Curieusement on apprenait et comprenait l‘esprit républicain français et les trois vertus La Liberté, L'Egalité et la Fraternité.

Vers 1936, à 18 ans, ma mère commençait à apprendre à lire et à écrire ! tandis qu'à la même époque, le monde marchait tout droit vers la deuxième guerre mondiale.

Le fait que sa fille a terminé ses études en sciences économiques en Allemagne (une des premières étudiantes vietnamiennes en Allemagne) et travaille en quatre langues: vietnamienne, francaise, allemande et anglaise, est une bonne continuation de ce changement historique, qui ne date pas encore.

La position des femmes au sein de la société vietnamienne a beaucoup changée mais la lutte contre l‘inégalité homme-femme continue, car les modes d'exercices de l‘inégalité deviennent plus subtils, plus discrets.

Récemment, je suis amusée de lire une toute petite histoire d'un paysan dans le sud Viet Nam. Monsieur Đoàn Văn Chấn, agé de 114 ans, né en 1894 (?), vit sur l‘ile Ông Chưởng (Nhơn Mỹ, Long Xuyên), qui raconte, au sujet d'une plante au nom scientifique „Eichhornia Crassipes“ (cây lục bình, hay cây bèo):

„ Avant, les français obligeaient chaque famille de construire une caisse (en bois) et à la mettre devant la maison. Tous les matins, il fallait remplir la caisse avec les lục bình frais, ramassés sur les étangs et rivières (une plante aquatique, à expansion rapide qui recouvre toutes les surfaces d'eau, très facile à ramasser, qui entrave le trafic fluvial). Chaque jour la même chose. Quand les lục bình sont fanés, il faut les transférer dans une fosse creusée dans la terre et ramasser les lục bình frais, remplir la caisse et ainsi suite. Quand la fosse est remplie de lục bình fanés, on la couvre avec une couche de terre et attend que les lục bình se décomposent en terreau. Au début, on était en colère d'être astreint à cette corvée. Mais quand on a compris que les français nous apprenaient à produire de l'engrais biologique à partir de cette plante réputée „inutile“, la colère est passée. Cette terre composée de lục bình est un engrais vert, qui nous donne des arbres saints et des fruits délicieux.“ (Journal SGTT.com.vn du 10.06.2008)

Cụ Đoàn Văn Chấn, sinh năm 1894, được xem là bậc tiên hiền ở cù lao Ông Chưởng (Nhơn Mỹ, Long Xuyên) kể: “Hồi xưa, Tây bắt mỗi nhà đóng cái thùng để trước cửa. Mỗi sáng vớt lục bình để đầy một thùng. Ngày nào cũng vậy. Lớp héo thì đào đất chôn, mỗi lớp lục bình phủ một lớp đất. Cứ làm như vậy tới lúc có một hầm, trét đất kín hết cho nó hoai thành phân. Lúc đầu giận trong bụng, tại sao bắt làm hoài, nhưng sau này biết họ chỉ cách cho mình làm phân nên không giận nữa. Trồng cây mà phủ phân xanh từ lục bình, trái ngon, cây lành”.

 

Les captures de Hàm Nghi et Duy Tân furent dramatiques car ces deux rois avaient déjà quittés le palais et la cité impériale pour entrer en résistance. Afin d'atténuer les responsabilités de Duy Tân au sein du mouvement de résistance et de le sauver de la peine de mort, le grand mandarin Hồ Đắc Trung déclara qu'il suivait les consignes des quatre „complices“ de Duy Tan, qui ont été capturés et mis en prison, en mettant toutes accusations sur leurs têtes. C'est ainsi que les mandarins Trần Cao Vân, Thái Phiên, Tôn Thất Ðề et Nguyễn Văn Siêu, du mouvement „ Việt Nam Quang Phục Hội „ ont été exécutés, décapités, Duy Tân devait être seulement détrôné et banni du pays.

Les traces historiques des rois des Nguyễn, après Tự Đức, se trouvent ainsi sur le sol français, en Algérie et sur l‘ile de la Réunion. Les rencontres avec les personnages, disons, de l‘histoire, et les recherches sur place me rapprochent de l‘histoire lointaine de mon pays, devenant alors plus vivante, plus près, plus moderne.

 
Monsieur Guy Georges Vinh San et son épouse, Madame Monique Vinh San, m'accueillent très aimablement à leur domicile privé. Dès que j'ai vu Monsieur Georges Vinh San, en chair et en os, je trouve qu'il a vraiment une stature royale, digne mais humble et surtout ses oreilles à la Boudha, signe de bonté et générosité. Sa voix, grave et modérée, et ses expressions simples, sincères accentuent sa sérénité.

Guy Georges Vinh San est le fils ainé du prince Vinh San et madame Fernande Antier, né le 31 janvier 1933 à Saint-Denis de l‘ile de la Réunion. Avec son épouse, madame Monique Vinh San, il a quatre enfants, trois filles et un fils. Après un séjour administratif à l'Ile de la Réunion, sa femme Monique et lui, rentrent définitivement en France métropolitaine pour jouir de sa retraite.

 

Avant même que je lui pose une question au sujet de son nom, il me parle déjà de cette ineptie administrative. Un grand regret sonne dans ses mots...“vous savez, je transmets ce nom (Vinh San) à mes enfants et à mes petits enfants, mais dans cinquante ans, cent ans, cela va se perdre...“

Lors de sa déportation à l'Ile de la Réunion, l'ex empereur DUY TÂN redevenu le prince Vinh San, fut enregistré tout simplement avec son titre princier et son prénom Vinh San par l'administration coloniale, ignorant totalement son état-civil vietnamien, dont on ne cherche pas à savoir son nom.

Un ami français se plaint aussi de la complexité des noms et m'a demandé une explication.

 
Guy Georges Vinh San devrait en fait s'appeler prince Nguyễn Phúc Bảo Ngọc Guy Georges.
Nguyễn Phúc est son nom de famille, issu de la dynastie Nguyễn.
Bảo Ngọc est son prénom vietnamien, Guy Georges sont les prénoms français.

Qui était le père de Georges Vinh San ?

 

Depuis Minh Mạng, le 2 ème empereur, fils de Gia Long, qui a ordonné que les prénoms princiers de ses descendants (ligne principale) doivent suivre les ordres d'un poème qu'il a lui même écrit, le peuple lettré peut suivre facilement la légitimation des héritiers. Minh Mạng a fait aussi, pour chacun des autres fils de Gia Long, un poème et a crée ainsi des „chambres“ (Phòng) des princes de la dynastie Nguyễn.

Le poème de la ligne Minh Mạng avec le titre „Đế Hệ Thi“ est le suivant:

Miên Hồng Ưng Bửu Vĩnh
Bảo Quý Định Long Trường
Hiền Năng Kham Kế Thuật
Thế Thoại Quốc Gia Xương.

 
Exemples: Les prénoms princiers sont composés de deux mots, dont le premier mot, issu de cet poème, indique la génération des princes: 
Empereur Thành Thái s'appelle Nguyễn Phúc Bửu Lộc
Empereur Duy Tan s'appelle Nguyễn Phúc Vĩnh San
Monsieur Guy Georges Vinh San s'appelle Nguyễn Phúc Bảo Ngọc

 

La ligne généalogique des Nguyễn remonte jusqu‘à Nguyễn Bặc en 970.
Nguyễn Bặc était prince (Đinh Quốc Công) à la cour de la dynastie Đinh.

Au début du 16 ème siècle, sous la dynastie des Lê, à l‘époque du roi Lê Trang Tông, Nguyễn Kim, fuyant les querelles à la cour des Lê et le pouvoir du seigneur Trịnh, demanda au roi Lê, la permission d'aller vers le sud.
Nguyễn Kim créa ainsi la lignée des seigneurs Nguyễn en 1533. Pendant presque trois siècles, les guerres entre les seigneurs Trịnh et les seigneurs Nguyễn ont provoqués beaucoup de malheur pour le peuple, et en même temps, affaibli le pouvoir de la dynastie des Lê.

 
Le nom de famille Nguyễn Phúc apparaitra avec la naissance d'un fils du 2 ème seigneur des Nguyễn, Nguyễn Hoàng, le 16.08.1563. Une épouse du seigneur a rêvé d'avoir reçu le mot „Phúc“ (Bonheur, Bénédiction) d'une divinité; le nouveau né (6 ème prince) recevra dont le nom Nguyễn Phúc Nguyên.
Devenu le 3 ème seigneur des Nguyễn, Nguyễn Phúc Nguyên ordonna, que „Nguyễn Phúc“ serait désormais le nom de famille de tous ses descendants, afin de se distinguer des autres familles Nguyễn.

Il existe aussi deux modes d'écriture: au Nord on écrit „Nguyễn Phúc“ comme nom de famille des empereurs Nguyễn. Mais dans le centre et au sud, on écrit „Nguyễn Phước“.
L'usage régional de la langue vietnamienne et la coutume de respect et de superstition (on ne prononce pas exactement le nom du seigneur, cela va lui porter de malheur) sont les deux explications pour cette différence.

Ensuite, pour ce qui concerne les noms, il faut bien savoir qu'un empereur vietnamien a cinq noms. (Pour les étrangers ce n‘est pas forcément facile à comprendre.)

Voici un exemple:
Nom personnel: Nguyễn Phúc Chiêu
Nom de prince: Nguyễn Phúc Bửu Lân
Nom de règne: Thành Thái
Nom de l‘autel: Hoài Trạch
Nom de l‘empereur: Công Hoàng Đế

 

Les historiens et le peuple désignent les empereurs de la dynastie des Nguyễn par leurs noms de règne:

 
Nom de règne  Nom personnel         Nom de prince           Temps de règne 
Gia Long          Nguyễn Phúc Noãn    Nguyễn Phúc Ánh              1802-1820
Minh Mạng       Nguyễn Phúc Kiểu     Nguyễn Phúc Đảm             1820-1840
Thiệu Trị           Nguyễn Phúc Tuyền  Nguyễn Phúc Miên Tông    1841-1847
Tự Đức              Nguyễn Phúc Thì       Nguyễn Phúc Hồng Nhậm 1847-1883
Dục Đức            Nguyễn Phúc Ưng Ái  Nguyễn Phúc Ưng Chân             1883
Hiệp Hòa          Nguyễn Phúc Thăng  Nguyễn Phúc Hồng Dật              1883
Kiến Phúc         Nguyễn Phúc Hạo      Nguyễn Phúc Ưng Đăng    1883-1884
Hàm Nghi         Nguyễn Phúc Minh     Nguyễn Phúc Ưng Lịch      1884-1885
Đồng Khánh     Nguyễn Phúc Biện      Nguyễn Phúc Ưng Kỷ        1886-1888
Thành Thái       Nguyễn Phúc Chiêu    Nguyễn Phúc Bửu Lân      1889-1907
Duy Tân           Nguyễn Phúc Hoảng   Nguyễn Phúc Vĩnh San     1907-1916
Khải Định         Nguyễn Phúc Tuấn      Nguyễn Phúc Bửu Đảo     1916-1925
Bảo Đại            Nguyễn Phúc Thiển     Nguyễn Phúc Vĩnh Thụy   1926-1945

 

Guy Georges Vinh San, en huitième génération depuis Gia Long, issu d'une ligne impériale directe et de trois empereurs de la Dynastie Nguyễn. Son père était l‘empereur Duy Tân, son grand-père était l‘empereur Thành Thái, son arrière-grand père était l‘empereur Dục Đức.

 

Tous les empereurs des Nguyễn ont en fait la même racine Gia Long - Minh Mạng – Thiệu Trị. Pendant 143 ans (1802 – 1945) treize empereurs Nguyễn ont tracé le destin du peuple vietnamien.

Une petite notion est à signaler ici, l‘époque des seigneurs Nguyễn (Chúa Nguyễn) a duré près de 250 ans (1533-1777); avec la proclamation de Gia Long en 1802, qui se désignait „Empereur“ (Hoàng Đế), les descendants de Gia Long n‘étaient pas que des „rois“. Comme Napoléon qui était empereur, mais pas roi. Les seigneurs des Nguyễn ont conquit les territoires de Chàm et Chân Lạp (la partie du Sud Việt Nam, de Binh Thuan jusqu‘à Cà Mau ) et Gia Long a réussit à réunir tout le territoire vietnamien (Đàng Ngoài et Đàng Trong), créant ainsi un empire.
Dans le langage courant du peuple, on les appelle simplement „roi“ (vua), par exemple: vua Duy Tân, vua Hàm Nghi....

 

Mais après le décès de Thiệu Trị, la faiblesse de Tự Đức (quatrième empereur de 1847-1883), fut une des causes principales qui amena la colonisation française totale en 1884 (un article séparé sur ce sujet est en cours) et tous les autres changements dramatiques à la cour des Nguyễn. Malheureusement, l‘exemple de Gia Long – le guerrier le plus tenace, le plus intelligent et le plus fort - n‘ a pas été suivit par ses successeurs.

Il est bien entendu que les rois, les seigneurs, ont besoin d'héritiers mâles et ils ont tous leurs droits. Ils ont beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants. Je me trompe peut être dans les chiffres, mais par exemples Gia Long a eu 31 enfants (13 fils et 18 filles), Minh Mạng 142 enfants (78 fils et 64 filles), Thiệu Trị 64 enfants (29 fils et 35 filles)...

Le choix du prince héritier du roi subissait souvent les influences, les intrigues des nombreuses épouses du roi et des grands mandarins. Les épouses du roi, avec titres et sans titres, étaient les filles des grands mandarins de la cour, en général. Une belle et intelligente paysanne, qui rencontre un roi, fort et courageux, est une histoire romantique et exceptionnelle.

 

Tự Đức, qui avait une réputation d'être méchant et „bouillant“, n‘ayant pas d'enfant, adoptait trois neveux: Dục Đức, Chánh Mông, Dưỡng Thiện.

Dục Đức (arrière-grand père de Georges Vinh San) était le petit-fils de Thiệu Trị. Son père était un fils de Thiệu Trị, qui s'appelait Hồng Y, frère de Tự Đức.

Sous prétexte que Dưỡng Thiện, son enfant préféré, était encore jeune, Tự Đức désignait Dục Đức comme successeur, mais en même temps, lui reprochait de caractère „immoral“, et disposait trois grand-mandarins, Trần Tiễn Thành, Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết, comment co-régents du roi.

Le testament de Tự Đức était synonyme de peine de mort pour son fils adoptif ainé Dục Đức. Trois jours après le décès de Tự Đức en 1883, les deux mandarins Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết, qui tenaient tout le pouvoir dans leurs mains, changeait le testament, détrônaient Dục Đức, et mettaient à sa place, Nguyễn Phúc Hồng (Hường) Dật, un frère de Tự Đức, oncle de Dục Đức. Hồng Dật, devenu le 6 ème empereur, prend le nom de règne Hiệp Hòa.

Dục Đức, 5 ème empereur, emprisonné dans son palais d'enseignement, emmuré, mourait de faim et de soif en peu de temps. Le peuple l‘appelle „Roi de trois jours“.

 

Dans cette année, la cour de Huế, sous l‘emprise de Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết, signait le traité Quý Mùi 23.07.1883, par Harmand, De Champeaux, Trần Đình Túc et Nguyễn Trọng Hợp.

Le roi Hiệp Hòa voulait accepter le protectorat français et éliminer les deux grand-mandarins trop puissants. Mais, Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết avaient fait le premier pas. Avec l‘accord de la reine-mère (mère de Tự Đức, la reine Từ Dũ), ils ont contraint le roi Hiệp Hòa de prendre un bol de poisson, et intronisaient Dưỡng Thiện comme successeur.

Le troisième co-régent Trần Tiễn Thành, n‘ étant pas en consentement avec Tường et Thuyết, a été tué en même temps.

Dưỡng Thiện, né Nguyễn Phúc Ưng Đăng, 3 ème fils adoptif de Tự Đức, avait 15 ans, prenait son nom de règne Kiến Phúc, au cours de la même année 1883, n‘avait en réalité, aucun pouvoir .

Le roi Kiến Phúc, après six mois de règne, a été empoisonné, lui aussi au début 1884 (nom d'empereur: Giản Tông). Il avait tout juste 16 ans.

Les trois empereurs malheureux, Dục Đức, Hiệp Hòa, Kiến Phúc laissaient une période mouvementée que le peuple nommait „ chín tháng ba vua“ (neuf mois trois rois).

 

Les deux mandarins Nguyễn Văn Tường et Tôn Thất Thuyết choisissaient encore une fois, un jeune prince, facile à manipuler, comme successeur: Ưng Lịch, 12 ans. 

Le résident général Rheinart, n‘étant pas content du choix, exigeait de la cour une demande de permission. Le maréchal Millot envoyait le colonel Guerrier avec 600 soldats et une unité d'artillerie lourde à Huế pour menacer la cour de Huế. Finalement, la cour de Huế a du rédiger une demande officielle en langue chinoise et accepter, pour la première fois, que le colonel Guerrier et Rheinart rentrent par le portail principal du palais impérial, réservé uniquement au roi, à l‘intronisation de Ưng Lịch (nom de règne: Hàm Nghi). Un acte d'humiliation grave que la cour des Nguyễn avait du mal à accepter.

 

Pendant ce temps, le chargé d'affaires Harmand et les forces militaires françaises sous les commandants de Bouet, Bichot, Courbet, Millot, Brière de l'Isle, De Négrier, Coronnat, Duchesne continuaient à attaquer le Nord. Les provinces Ninh Bình, Sơn Tây, Bắc Ninh, Yên Thế, Thái Nguyên, Hưng Hóa, Tuyên Quang tombaient sous occupation française.

 

Dans le même temps la France utilisait sa force diplomatique pour isoler le Việt Nam. Avec l‘aide et par intermédiaire de Détring, un allemand en Chine, la France a réussi à signer avec la Chine un accord de non-belligérance. Le 18.04.1884 un traité a été signé entre le commandant Fournier (France) et Lý Hồng Chương (Chine), spécifiant que la Chine retirait tous les aides militaires pour le Việt Nam et reconnaissait le protectorat de la France sur l‘Annam et le Tonkin.

 

La cour des Nguyễn, isolée, sous les nouvelles pressions du gouvernement colonial, a été contrainte de signer le traité Patenôtre, le 06.06.1884, par Patenôtre, Nguyễn Văn Tường, Phạm Thuận Duật et Tôn Thất Phan. C'est le traité qui a emmené la totale colonisation du Việt Nam par la France. Le Việt Nam a été divisé en trois Kỳ (Bắc Kỳ, Trung Kỳ, Nam Kỳ) gouvernés par trois administrations françaises différentes, dans lesquels la circulation et les transports sont contrôlés strictement, les citoyens des Kỳ devaient demander un laissé-passer pour se déplacer.

 

Pour effacer symboliquement la dynastie des Nguyễn et le lien entre la Chine et le Việt Nam, Patenôtre et Courbet, se vengeant du fait qu'ils ne pouvaient pas confisquer cet objet précieux pour l‘emmener en France comme trophée de victoire, exigeaient que la cour des Nguyễn détruise le sceau impérial „Việt Nam Quốc Vương Chi Ấn“, que la Chine a offert en 1804 à Gia Long en reconnaissance de son royaume réuni du Nord au Sud. Les mandarins Nguyễn văn Tường et Phạm Thuận Duật ordonnaient de fondre ce sceau, de 10 à 12 cm de côté, en argent pur enrobé d'or, pesant 5 kilos 900 grammes, devant Patenôtre et Courbet le 30 aout 1884.
Encore une fois, un acte d'humiliation très grave de Patenôtre et l‘ amiral Courbet, que le peuple vietnamien n‘oubliera jamais.

 

Le temps passait, les combats continuaient.

Après avoir capturé l'empereur Hàm Nghi en septembre 1888, grâce à la dénonciation des deux traitres, Nguyễn Đình Tình et Trương Quang Ngọc, de Courcy a obtenu la reddition du grand mandarin Nguyễn Văn Tường. Hàm Nghi a été déporté à Alger fin 1888, mais il resta le symbole du mouvement de la résistance „Cần Vương“ (Aide au Roi) dans l‘histoire.

Nguyễn Văn Tường et sa famille ont été déportés à Tahiti. Il mourut lors de son voyage de déportation et son corps a été jeté à la mer. Tôn Thất Thuyết s'enfuyait en Chine et finissait la fin de sa vie en exil.
(Voir mon article: Thonac et un secret de Ham Nghi, publié en 2007)
Hàm Nghi décédait à 73 ans à El Biar, Algérie, en 1943. Il reçoit le nom d'empereur „Hiến Tổ Chương Hoàng Đế“.

 
Le 19.09.1885 les français intronisaient le prince Nguyễn Phúc Ưng Kỷ comme 9 ème empereur, qui prenait le nom de règne Đồng Khánh. À cause de sa volonté de coopération avec le gouvernement colonial, Đồng Khánh était méprisé par le peuple. Atteint de folie, Đồng Khánh décédait à 25 ans le 28.01.1889, après seulement trois ans de règne (nom d'empereur: Cảnh Tông Thuần Hoàng Đế). Plus tard, ses descendants, les empereurs Khải Định et Bảo Đại furent coopératifs avec le gouvernement colonial français.

Ensuite, le résident général Rheinard désignait comme successeur, le prince Bửu Lân, 10 ans, fils de Dục Đức, qui était encore en prison avec sa mère, et les deux mandarins Nguyễn trọng Hợp et Trương quang Đản, co-régents.

Nguyễn Phúc Bửu Lân, devenait le 10 ème empereur des Nguyễn le 02.02.1889, prenait le nom de règne Thành Thái. Il est le grand-père de Georges Vinh San.

Huit ans plus tard, en 1907, le gouvernement colonial remarquait l‘attitude "bizarre" de Thành Thái, l‘accusait de „folie“ et le mettait aux arrêt à Vũng Tàu (Cap Saint Jacques).

Thành Thái eut 45 enfants (19 princes et 26 princesses). Le jour de l‘appel les héritiers de Thành Thái, le résident supérieur Lévecque s'est aperçu qu'il manquait la présence d'un fils. Le petit prince Nguyễn Phúc Hoảng, (nom à la naissance), 7 ans, a été recherché et amené, sale et trempé de sueur, par les garde-corps devant Lévecque. L'enfant-roi était en train de jouer à chercher les grillons. Vu l‘apparence simple et craintive de cet enfant, les français pensèrent, qu'il serait un roi docile.

 

L'enfant Nguyễn Phúc Hoảng prenait son nom princier Nguyễn Phúc Vĩnh San, et devenait l‘empereur Duy Tân, le père de Georges Vinh San.

 
Georges Vinh San:

„Mon père est né en 1898. Il avait donc 9 ans à son intronisation en 1907. Mais dans l‘idée de marquer une nouvelle époque, on a "corrigé" sa date de naissance pour qu'elle coïncide, symboliquement avec le siècle, 1900 et il a été déclaré agé de 7 ans.“

 

Georges Vinh San:

„ Comme mes frères et sœurs, j‘ai porté le nom de ma mère, Mme ANTIER, jusqu'au décès de mon père, le 26.12.1945. Une décision de justice en date du 22.07.1946 nous reconnait comme enfants légitimes du Prince Vinh San; là encore ignorante de la tradition et coutume de la cour d'Annam. Il faut souligner que de son vivant mon père était officiellement marié avec Mlle Mai Thi Vang, titrée première épouse du roi, fille du mandarin Mai Khac Don, un de ses précepteurs, et il le resta jusqu'à sa mort, malgré ses demandes réitérées de divorce, que le conseil de la famille royal lui a toujours refusé. „
 

Pourtant, à la déportation des deux empereurs détrônés Thành Thái et Duy Tân, le père et le fils ensemble, sur l‘ile de la Réunion en 1916, trois femmes de la famille royale les suivaient: sa mère, Nguyễn Thị Định, sa femme Mai thị Vàng et sa sœur la princesse Lương Nam. Quelques mois après, en 1917, les trois femmes retournaient au Việt Nam, laissant Duy Tân seul avec son sort.
 

Georges Vinh San:

„ En 1916 mon père était un jeune de 18 ans (son vrai âge) et Mai thị Vàng avait 17 ans (elle était née en 1899) ! Ils restèrent ensembles très peu de temps. Mais Mai thị Vàng ne pouvait pas avoir d'enfant. En plus, la vie sur l‘ile de la Réunion était très dure à l‘époque. Mon père a été mal accueilli et mal logé. Son logement n‘avait même pas une douche. Maintenant, la maison a été aménagée, modernisée, embellie à plusieurs reprises. Mais mon père n‘a pas vécu dans ce cadre actuel.

En plus, il ne s'entendait pas du tout avec son père (Thành Thái) et il voulait voler de ses propres ailes, il se séparait de son père, louait une autre maison. Quand il a fait la connaissance de ma mère, elle était très jeune aussi, elle avait 14 ans à l‘époque. Il n‘a pas eu son enfance, ni son adolescence. Il ne pouvait pas sortir jouer aux billes, jouer dans les caniveaux, rencontrer et bavarder avec les copains...comme les autres jeunes. Sur l‘ile, dans l‘exil et le manque de tous les moyens, il n‘avait plus les contraintes familiales et trouvait sa liberté... surveillé. A plusieurs reprises, il a été rappelé à l‘ordre par le gouverneur: ne pas sortir très tard dans la nuit, pour sa sécurité. „

 

Dans les expressions de Georges Vinh San, je sens une compréhension profonde posthume d'un fils à son père. Avec l‘âge, les expériences et le recul des actualités procurent souvent une autre vue sur le passé.
 

Georges Vinh San:

„ Mon père, il joue aussi la musique sur son violon, mais il est un passionné de radio. Il a installé son équipement de radio dans un autre local, a l'extérieur de la maison et il restait planté jusqu‘au petit matin devant son poste. Souvent il rentrait vers 1 ou 2 heures du matin et demandait à ma mère d'aller chercher une soupe chinoise. Les chinois vendaient la soupe, nuit et jour, sans interruption. Il était doué manuellement. Étant spécialiste radio-électricien, il réparait toutes sortes de postes de radio et même des appareils de projections de cinéma.
En 1940 mon père a capté l‘appel du 18 juin de de Gaulle. Il a appelé tous ses copains. Il disait: „Je ne le connait pas, de Gaulle, mais il faut le suivre, il est dans la bonne voie.„ Mon père est très attaché à la France, mais pas à la France de Pétain.“

 

 
Prince Vinh San a été mis en prison, au Lazaret, là ou on mettait les fous à l‘époque, pendant 40 jours par les Vichistes sur l‘ile. 
Plusieurs historiens ont écrit les suites de l‘engagement du prince Vinh San dans la résistance de la France Libre. Prince Vinh San a été décoré de la médaille de la résistance française.

 

L'entretien historique avec le général de Gaulle eut lieu le 14 décembre 1945 à Paris, pendant une heure, mais le contenu de cette entre-vue n‘ avait pas fait l‘acte d'une publication. Il y eut aucune transmission de de Gaulle à son état-major.

 

Très heureux de son retour au Việt Nam, ensemble avec le général de Gaulle, prévu pour le mois de mars 1946, prince Vinh San a annoncé cette bonne nouvelle à ses proches. L'ex-empereur Duy Tân, avec son esprit moderne, digne de son nom, Duy Tân qui peut se traduire par " L'ère de renouvèlement“, espérait continuer l‘héritage des Nguyễn avec les réformes d'un temps moderne.

 

L'accident de l'avion qui le ramenait pour se préparer sur l'ile de la Réunion, retrouvé sur la colline La Lobaye à 35 kilomètres de M'Baiki le 25.12.1945, a enterré avec le prince Vinh San tous les rêves et l‘espoir de la dynastie des Nguyễn. Duy Tân avait 47 ans, qui maitrisait deux langues, le français comme le chinois mandarin, qui avait absorbé les deux cultures différentes, a laissé ses testaments politiques, publiés en 1947. Après l‘accident, les restes mortels de Duy Tan ont été enterré le 26.12.1945 à la mission catholique de M'Baiki en République Centrafricaine.

 

Georges Vinh San:

„ En 1993, à San José en Californie lors de la présentation du livre de Mr HOANG TRONG THUOC " Ho So VUA DUY TAN " et la cérémonie qui suivit ,j'ai remarqué des larmes dans les yeux des personnes participantes, mon émotion à ce moment la fut égale à la leur, je n'ai pu la cacher.“

 
De Gaulle a quitté le pouvoir le 20 janvier 1946, même pas un mois après le décès de Duy Tân. Du côté français, le dossier Duy Tan est fermé.

Quarante deux ans plus tard, les restes mortels de Duy Tan, exhumés de M'Baiki (République Centrafricaine), ont été accueilli solennellement par des obsèques nationaux à Huế le 06 avril 1987. Georges Vinh San et ses frères suivaient la cérémonie solennelle dans la cité impériale à Huế. Duy Tân trouve définitivement sa place au mausolée AN LĂNG, à côté de son père Thành Thái et son grand-père Dục Đức.

Duy Tân, destitué par les français, mais n'ayant jamais abdiqué, restait l‘empereur, un fait qu'il avait évoqué lui-même.

 

Le Dr Didier FAGNEN écrit sous le titre « L'empereur Duy Tan. Un grand espoir pour l’Indochine » Général de Gaulle „ sur le site de l‘association des médecins du Viet Nam le 10 octobre 2006:

„Le Général De Gaulle lui portait une grande estime, et décida dés la fin de la guerre, en 1945, de faire venir en France le Prince qui se trouvait alors à La Réunion.

« Au fins qui pourraient être utiles, je nourris un dessein secret. Il s’agit de donner à l’ancien empereur DUY TAN les moyens de reparaitre si son successeur et parent BAO DAI se montre, en définitive, dépassé par les évènements. C’est une personnalité forte. Quelques trente ans d’exil n’ont pas affecté dans l’âme du peuple annamite le souvenir de ce souverain » a écrit le Général de Gaulle.

Celui-ci expliqua au Général de Boissieu qu’il attachait une grande importance au Prince VINH SAN car il pensait devoir contrebalancer les monarchies laotienne et cambodgienne en rétablissant le trône de Hué. Il était par ailleurs très légitimiste et pensait que BAO DAI était trop compromis et impopulaire.

Le 25 septembre 1945, le Prince fut nommé chef de bataillon. En même temps, il réfléchissait à l’avenir de son pays. Il avait trois idées fortes:

- réunion des trois Ky (Tonkin- Annam- Cochinchine)
- indépendance absolue à terme, mais après une période intermédiaire
- alliance très étroite avec la France dans le cadre d’une Fédération Indochinoise (avec Laos et Cambodge) où la France aurait la responsabilité de la défense et de la diplomatie.

Le Général admettait ce texte « à terme », en insistant sur la période intermédiaire. Il reçut le Prince Vinh San le 14 décembre 1945 et ils semblent être tombés d’accord sur l’essentiel.

Le Prince écrit après l’entrevue « c’est fait, c’est décidé, le gouvernement français me replace sur le trône d’Annam. De Gaulle m’accompagnera quand je retournerai là bas, probablement dans les premiers jours de mars 1946. D’ici là, on va préparer l’opinion française et indochinoise ; demain, à Hué, à Hanoï, à Saïgon, deux drapeaux flotteront côte à côte : celui de la France avec ses trois couleurs, et celui du Vietnam avec ses trois barres symbolisant les trois Ky ».

Le Prince était fier de « rentrer chez lui, comme de Gaulle est rentré chez lui à Bayeux »

 

Je me souviens d'une anecdote sur le président Hồ Chí Minh, racontée par plusieurs auteurs, par exemple Messmer, Bùi Trọng Liễu... Apparemment, le président Hồ Chí Minh a exprimé en français:

"Plutôt flairer la crotte des Français pendant cinq ans, que flairer celle des Chinois pendant mille ans",

donnant sa priorité, à l'époque de la signature du Modus Vivendi en 1946 avec Marius Moutet (ministre de la France d'outre-mer 1946-1947, ministre des Colonies 1936-1938) à Paris.

Le passé lourd du Viet Nam, avec mille ans de domination chinoise et cent ans de domination française, a quand même divisé le peuple, sans parler des soi-disant intellectuels, des politiciens professionnels et des militaires, en deux opinions à l'époque: les pro-chinois et les pro-français.

 

Pourquoi cinq ans ? Un des points en discussion de la conférence Fontainebleau du 06 juillet 1946 ( Le chef de la délégation vietnamienne est Phạm văn Đồng) était la présence de l'armée française pendant cinq ans.

On pouvait crier, cela serait une Ré-occupation française. Les autres pouvait argumenter, cela serait une aide temporaire pour que le Viet Nam, une nouvelle république, ait le temps de s'organiser et surtout d'organiser le Référendum. Dans son expression le président Hồ Chí Minh était sûr que le peuple vietnamien aurait fait son bon choix: mettre fin à une colonisation et domination française et créer un Viet Nam réuni, indépendant et libre, tout en restant en bon terme avec les français, qui assureraient sa défense pendant une période transitoire.

 

Pourquoi mille ans ? La Chine a dominé le Viet Nam à plusieurs reprises pendant mille ans et appliqué les méthodes d'assimilation durant des siècles, que les résultats d'endoctrinement chinois et le sentiment de rattachement avec le "grand frère" sont énormes et durables. Dans ce contexte plusieurs auteurs ont cité aussi une expression connue expliquant la relation souhaitable entre la Chine et le Viet Nam "être frères comme les lèvres et les dents, quand les lèvres s'ouvrent les dents ont froids" (anh em môi hở răng lạnh - Bùi Trọng Liễu).

 

Juste après la deuxième guerre mondiale le Viet Nam se trouvait dans la situation suivante: les vainqueurs, notamment les USA (Truman), l‘Angleterre (Churchill) et l‘UDSSR (Staline), sans la France (de Gaulle), ont décidé à la conférence de Postdam (17.07. - 02.08.1945) que la Chine et l'Angleterre assuraient la rédition de la force japonaise et les substituaient au Viet Nam.

L'intention était claire, ils n'ont pas voulu que la France reprenne "son" Indochine, et en envoyant l'armée de Tưởng Giới Thạch au Nord du 16 ème parallèle, les Anglais au Sud, les trois super-puissances ont crées une nouvelle crise au Viet Nam: sur le sol vietnamien il y avait la présence de quatre armées étrangères: les français, les japonais, les anglais et les chinois.

 

La France, sortant épuisée et désorganisée après l‘occupation allemande durant la deuxième guerre mondiale 1939-1945, se trouvait donc, entres autres, devant deux solutions majeures: soit reprendre l'Indochine par force militaire, soit établir une autre forme de liaison: l'Alliance Française, sur un modèle proche du Commonwealth britannique.

Il faut dire, qu'on souhaitait une solution pacifique au sujet de l'Indochine. La France, qui a connu quatre ans d'occupation allemande, l'humiliation, la honte, les pertes et les douleurs, et le général de Gaulle, qui se rendait en résistance, devaient comprendre que le peuple vietnamien voulait son indépendance et sa liberté.

Alors que De Gaulle, Sainteny et Leclerc cherchaient et trouvaient une solution pacifique au sujet d'un Việt Nam indépendant et libre au sein de "l'Alliance Française", la proclamation inutile et maladroite de la république de Cochinchine par l‘amiral Thierry d'Argenlieu le premier juin 1946, moins de 6 mois après la démission de De Gaulle, rallumait le feu qui allait se terminer 8 ans plus tard.

 

L'armée chinoise était rentrée au Nord le 9 septembre 1945 avec environs 20.000 soldats. Le 12 septembre 1945 l'armée britannique-indienne est rentrée à Saïgon, et a offert le retour pour général Leclerc.

 

Mais, le même jour, le 02 septembre 1945, alors que le général Leclerc signait pour la France, l'acte de capitulation du gouvernement japonais; la cérémonie a eut lieu sur le pont de l'USS Missouri dans la baie de Tokyo, à Ha Noi, le président Hồ Chí Minh du Gouvernement Provisoire Viet Minh déclarait l'indépendance du Viet Nam. Son gouvernement engageait les dialogues diplomatiques avec les français, qui mèneront, par la suite, à l'organisation de la conférence de Fontainebleau en juillet 1946.

 

L'idée de de Gaulle en 1945, d'organiser le retour de l'empereur Duy Tân au Viet Nam prévu en mars 1946, a été considérée "trop tard", pourtant on croyait que, si le retour de Duy Tan eut été possible, les communistes vietnamiens auraient perdu leur influence.

 

Il faut rappeler ici la famine durant l‘hiver 1944 jusqu‘en mai 1945 dans le Nord et le Centre Viet Nam où deux millions vietnamiens moururent de faim comme les feuilles mortes à ramasser à la pelle dans les rues.

Mon père racontait souvent de cette famine incroyable pour nous dire de ne pas jeter et gaspiller la nourriture. Ma mère gardait une bonne habitude, en se souvenant de cette époque. Ma mère mettait toujours proprement les restes de notre repas dans un sac en plastic et l‘accrochait sur l‘arbre devant la maison pour les mendiants. Le chien mangeait les os qui tombaient de la table. Si il avait encore faim, il courrait chercher à manger chez les voisins ou dans le quartier. Ce qui n‘est pas consommable pour les êtres humains, elle le mettait dans un saloir, mis à la porte derrière la maison, réservé pour nourrir les cochons. Les gens pauvres vidaient les saloirs deux fois par semaine. Les miettes étaient pour les oiseaux, rien n'était perdu.

 

Les historiens discutent toujours sur les causes de la famine Ất Dậu 1945, mais pour un citoyen lambda comme mon père, les causes sont claires: l‘armée japonaise consommait, stockait et transportait trop de riz et de nourriture au Japon, les rizières devaient être détruites sur ordre des japonais pour y planter du chanvre et du lin, utilisés pour la guerre, les voies de transport, les ponts, les voies ferrées ont été bombardés, coupés, les français augmentaient les impôts pour financer les japonais, dévalorisaient l‘argent, produisaient une inflation énorme...C'est l‘exploitation des deux pouvoirs français Petainistes et japonais qui a causé la famine de 1945 au Viet Nam.

 

L'empereur Bảo Đại abdiquait à Huế le 24.8.1945, qu'a fait la cour des Nguyen pour sauver les pauvres gens ? Le retour de l‘empereur Duy Tan aurait mis le rétablissement de la monarchie en question.

 

Une discussion historique est désormais commencée et n‘en finit pas, sur le fait que d'Argenlieu aurait suivit et exécuté seulement tous les ordres de de Gaulle, ou, d'Argenlieu aurait décidé, seul, sous sa propre responsabilité, après la démission de de Gaulle en 1946. Les (vrais) Gaullistes argumentent, que de Gaulle, une fois quitté le pouvoir, a cessé de prendre toutes décisions concernant la politique en cours ou à venir, comme il le fit aussi en 1969.
Deux autres détails historiques accentuent le regret, qu'une solution pacifique n‘ait pu réaliser: Sainteny portait beaucoup de sentiment d'amitié pour le président Hồ Chí Minh. Le général Leclerc, un génie militaire, pour une fois, favorisait de préférence, une solution diplomatique et politique !

La bataille de Điện Biên Phủ a commencée le 13 mars 1954 et la victoire porte, entre autres, le nom du général Võ Nguyên Giáp. Le 15 mai 1955 les dernières troupes françaises quittaient définitivement le sol vietnamien. Depuis l‘attaque de Rigault de Genouilly à Tourane (Đà Nẵng) en 1847, l‘intervention coloniale française au Việt Nam a duré donc 108 ans. 

Vinh San est un nom lourd à porter, mais n‘est pas à oublier !

MathildeTuyetTran, France le 01.05.2008
(suite)

 

 

L'enfant-roi DUY TAN en 1907

Monsieur Guy Georges Vinh San

Une ancienne carte de la Réunion

Boulevard du prince Vinh San et

le pont Vinh San sur l'ile de la Réunion, 256m, construit en 1992 par architecte Charles Lavigne

Cụ Đoàn Văn Chấn, photo:SGTT.com.vn

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07.09.2008