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Discours de Jean-François Copé sur l'intervention au Mali

 

Seul le prononcé fait foi.


Mercredi 16 janvier 2013

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Chers Collègues,

Voilà 6 jours maintenant que nos forces armées sont engagées au Mali contre les forces terroristes islamistes. Par la décision du Président de la République, la France, chacun l'a compris maintenant, est engagée dans un conflit difficile. François Hollande a parlé de jours, puis de semaines. La vérité est que personne ne peut en préjuger. Il ne sert à rien de se masquer la vérité. Ce conflit sera probablement de longue durée. Il vous appartiendra, Monsieur le Premier ministre, de nous en rendre compte régulièrement.
Ce conflit, disons-nous les choses, il rappelle pour beaucoup de Français l'engagement de la France en Afghanistan. Il est d'une intensité réelle puisqu'à terme, nous avez-vous dit, au moins 2 500 soldats seront déployés. Il s'agit d'une action militaire majeure qui ne se limite pas à des raids aériens puisque nous savons maintenant qu'il comprend le déploiement de troupes au sol. Conformément à la Constitution, le Parlement doit pouvoir s'exprimer sur cette décision grave. Je vous remercie, Monsieur le Premier ministre, d'avoir permis ce débat.

Et cet après-midi, je veux à nouveau apporter le soutien de l'UMP à cette intervention. Oui, en cette circonstance exceptionnelle, la principale force d'opposition républicaine de notre pays soutient la décision du Président de la République de venir en aide au gouvernement malien dans sa lutte contre le terrorisme. Nous souhaitons, je vous le dis ici, ardemment le succès de l'opération en cours.
Comme je l'ai toujours dit, Monsieur le Premier ministre, vous le savez, vous avez face à vous une opposition tonique, implacable à chaque fois que cela est nécessaire. Mais toujours constructive et responsable.
Une opposition qui n'a qu'un seul guide, une seule boussole : l'intérêt supérieur de la Nation.

Alors que nos soldats sont engagés, que nos ressortissants sont exposés, que des otages sont menacés, l'esprit d'union nationale doit s'imposer à tous et prévaloir sur les querelles subalternes.
Ce qui m'amène d'ailleurs, Monsieur le Premier ministre, à vous confier mon étonnement de voir remise en cause cette union nationale au sein de votre majorité.
Je le dis simplement ici, nous sommes troublés après les propos déplacés de certains de vos alliés électoraux Verts qui ont utilisé des termes qui, pour notre part, nous ont choqués.
Et je vous le dis avec courtoisie et sincérité, Monsieur le Premier ministre, vous commettriez à nos yeux une faute politique en laissant passer sans réagir les propos qui ont été tenus par vos alliés électoraux du groupe des Verts.
Je veux dire cet après-midi notre soutien sans faille aux soldats engagés sur les théâtres d'opérations extérieures, particulièrement au Mali.
Je veux leur dire la reconnaissance des Françaises et des Français. Notre peuple est fier de ces femmes et de ces hommes qui se battent au péril de leur vie pour défendre nos valeurs et nos intérêts. Leurs familles doivent savoir notre admiration et notre soutien. Hier, lors de l'hommage national qui a été rendu au chef de bataillon Damien Boiteux, c'est le peuple tout entier qui a exprimé son respect et sa reconnaissance envers ce soldat exemplaire.
Au nom de l'UMP, je veux également dire que nos pensées vont vers les otages détenus par ces mêmes terroristes que nous combattons et vers leurs familles si durement éprouvées. Cette opération au Mali dont l'issue fut si malheureuse renforce encore davantage leurs inquiétudes. Qu'ils soient assurés de notre pleine solidarité.

Monsieur le Premier ministre, nous soutenons cette intervention au Mali car elle est juste et nécessaire : c'est la sécurité de la France qui est en jeu. C'est la sécurité de l'ensemble des Français sur le territoire national comme dans le monde entier qui est directement concernée.
Comment d'ailleurs pourrions-nous laisser un Etat narcoterroriste s'établir par la force dans la zone sahélienne, c'est-à-dire à nos portes ?
A quoi aurait servi le combat en Afghanistan, contre les Talibans, si nous acceptions qu'un régime menace la paix et la sécurité internationales au Mali avec un risque évident de contagion pour la région ?
Dans les deux cas, ce sont les mêmes forces qui sont à l'œuvre, tout aussi rétrogrades et aussi menaçantes. Voilà pourquoi nous devons les combattre sans états d'âmes.

Nous soutenons cette intervention militaire car la France a agi, nous avez-vous dit, dans le plein respect de la légalité internationale. Je vous en donne acte.

Nous soutenons cette intervention, à ce jour et dans l'état actuel de nos informations, mais il est légitime qu'au nom du Peuple français, le Parlement puisse poser des questions au Chef de l'Etat et au Gouvernement sur ses modalités et ses objectifs.

Des questions que la majorité, pour des raisons que l'on comprendra aisément, n'est peut-être pas à l'aise pour formuler dans les mêmes termes et que l'opposition se doit de porter, comme l'ont fait par exemple, à plusieurs reprises, mes amis Christian Jacob, Pierre Lellouche ou Bruno Le Maire dans l'intérêt de la Nation.
Des questions, disons-les choses, que des millions de Français se posent aujourd'hui.

Premièrement, nous devons vous interroger sur le délai de réaction de cette opération. Je vous ai écouté attentivement mais je crois que les choses doivent être précisées.
Pourquoi avoir tant tardé à agir ? Pourquoi cette opération survient ces jours-ci après tant d'attente ? Nous avons simplement besoin de comprendre sans esprit de polémique.
La crise malienne a débuté au mois de mars 2012. Depuis cette date, les groupes islamistes ont largement eu le temps de s'organiser et de se renforcer. Je veux croire que cette période, Monsieur le Premier ministre, a été mise à profit pour planifier cette opération, pour évaluer correctement les moyens nécessaires. Monsieur le Premier ministre, je veux croire que nous n'aurons pas de mauvaises surprises.

Deuxième question, Monsieur le Premier ministre : nous nous interrogeons sur les objectifs précis de cette opération. Le Président de la République en a évoqué plusieurs, sans vraiment les hiérarchiser.

S'agit-il prioritairement de prévenir une menace terroriste directe contre notre territoire ? S'agit-il de lutter contre le terrorisme international ?
S'agit-il d'aider à la reconstitution de l'Etat malien ?
Nous ne pouvons pas nous disperser et devons tirer, là encore, les leçons de l'Afghanistan.

Oui, une action militaire permet de déstructurer des organisations terroristes et de désanctuariser un territoire sur lequel elles ont trouvé refuge. Mais une action armée ne saurait se substituer à l'indispensable dialogue politique entre les autorités de transition maliennes, les groupes rebelles qui rejettent le terrorisme, et les représentants de la population locale.
Parallèlement à l'intervention militaire, ce dialogue doit s'intensifier et aboutir pour préserver l'unité et l'intégrité du Mali.

Enfin, la troisième question est dans tous les esprits et elle est sans doute la plus importante. Elle concerne l'action diplomatique du président de la République sur la scène internationale : disons-le clairement, Monsieur le Premier ministre, en dépit de vos dénégations, nous sommes extrêmement préoccupés de voir que la France est aussi isolée. Comme si le monde entier avait donné un feu vert à la France mais préférait la regarder agir toute seule.

Au niveau international, pourquoi n'êtes-vous pas parvenus à ce jour à mettre en place une véritable coalition comme cela avait été le cas pour l'opération en Libye ?

Pourquoi François Hollande n'a-t-il pas été personnellement convaincre les autres grandes puissances à travers une tournée internationale ou un sommet à Paris ?
La France a certes contribué à sensibiliser ses partenaires au danger terroriste et à faire adopter des résolutions par le Conseil de Sécurité. Mais en dépit de quelques soutiens logistiques respectables mais ponctuels, notre pays est pour l'instant seul au front. Le soutien diplomatique est important évidemment, mais c'est l'engagement opérationnel qui est déterminant en matière de lutte antiterroriste.

Même inquiétude au niveau européen. Quel constat devons-nous tirer de l'isolement préoccupant de la France ?
Alors que l'élargissement se poursuit sans véritable débat avec l'entrée de la Croatie dans l'Union européenne le 1er juillet, la politique européenne de sécurité semble au point mort. Je me désole de voir que nous ne sommes accompagnés ni par l'Allemagne, ni par le Royaume-Uni, ni par l'Italie, ni par l'Espagne.
Cette situation ne peut nous satisfaire. Avez-vous obtenu des assurances d'engagement militaire de nos partenaires européens ? Ou bien allons-nous continuer de tout faire, tout seul. En prenant tous les risques. Et en assumant seuls les conséquences politiques, militaires, budgétaires de cette intervention.

Qu'en est-il de l'entrée en action des troupes africaines des Etats-membres de la CEDEAO ? Celle-ci doit intervenir au plus vite pour renforcer la légitimité de cette opération et surtout faire taire les critiques mal intentionnées de ceux qui, tels vos alliés électoraux Verts, présentent cette action comme une simple résurgence de la Françafrique.

Comprenez, Monsieur le Premier ministre, que ces interrogations n'enlèvent rien au soutien que nous apportons à cette intervention mais qu'elles doivent permettre aux Français de mieux en cerner les contours.

Il me faut enfin vous dire notre très vive préoccupation au sujet de la sécurité de nos ressortissants non seulement au Mali mais dans l'ensemble de la zone sahélienne, en Afrique de l'Ouest et au Maghreb. La protection de nos intérêts immédiats doit être prioritaire. La communauté nationale a été suffisamment éprouvée ces derniers jours.

Je veux pour conclure, tirer la sonnette d'alarme. Que cette actualité soit une nouvelle mise en garde, Monsieur le Premier ministre, pour celles et ceux qui, dans votre camp, veulent faire du budget de la défense nationale une variable d'ajustement budgétaire à la baisse : la France ne doit pas baisser la garde !
De grâce, Monsieur le Premier ministre, puisque les campagnes électorales sont derrière nous, ne cédez pas à cette tentation qui se manifeste dans vos choix budgétaires et dans le cadre de la préparation du Livre Blanc sur la Défense.
Regardez comme l'idéologie est contredite par l'exigence de lucidité sur les dangers du monde d'aujourd'hui.

Si je devais, Monsieur le Premier ministre, résumer d'un mot l'esprit qui nous anime, j'utiliserais ces mots : « soutien mais vigilance » , « union nationale mais questionnement ».
Et il me semble que la gauche de cet hémicycle pourrait être un peu plus respectueuse de ce qui convient aujourd'hui d'appeler la position d'union nationale qui est celle que nous vous proposons, Monsieur le Premier ministre, parce que c'est l'intérêt supérieur de notre pays qui est en jeu et que la nation se mobilise contre le terrorisme, le djihadisme, la haine.

Ce sont les valeurs de la République. C'est pour cela que nous sommes aux côtés du président de la République et du Gouvernement.

Je vous remercie.

 

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