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Liberté d'expression - « Mourir pour des idées »

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  • En décembre 1997, l'enseignant gabonais Esmat Didace Siété, 27 ans, écrit le poème ci-dessous à la mémoire d'une martyre syndicale abattue dans son pays.

    À Martine Oulabou

    Je me souviens de cette journée funèbre pleine de clarté
    Martyre des premiers faux pas vers la liberté
    L'étincelle de la fierté du redressement inespéré
    Modèle toujours vénéré

    Quand la liberté pousse à la fuite
    Tu as défié les balles de la dictature injuste
    Chaque jour que Dieu fait, la fierté
    De ton visage inonde le monde de félicité

    Je me souviens de Martine Oulabou, héritage rebelle
    Combattante intrépide à la recherche d'une vie plus belle
    Tu as été comme la rose
    Tu es morte, fraîche et close

    Tu nous a quitté un beau matin
    La boule de feu courait vers le zénith lointain
    Aujourd'hui enfin, ton bourreau affronte ton visage d'ébène
    Dans l'Au-delà, pour une justice divine

    En juin 1999, Siété lit ce poème à ses élèves du cours élémentaire 2e année, à titre d'exemple de rédaction engagée. Deux semaine plus tard, il est arrêté en pleine classe par des gardes de la milice présidentielle, puis enfermé pendant près d'un mois dans une minuscule cellule sans fenêtre ni équipement sanitaire.

    Ce ne sont pas là ses premiers démêlés avec les autorités. Son père ayant été abattu peu de temps après avoir annoncé la fondation d'un parti politique d'opposition, Siété a été arrêté en 1997 pour avoir osé demander une enquête sur cet assassinat -- une arrestation doublée d'une séance de torture au cours de laquelle il s'est vu infliger des brûlures, casser un doigt, arracher une dent et rouer de coups jusqu'à ce qu'il perde connaissance. Deux mois plus tard, il a à nouveau été détenu pendant plusieurs heures à la suite d'un sit-in pacifique en faveur des réfugié-es que le Gabon renvoyait au Rwanda. Un scénario semblable s'est répété à deux reprises en 1998.

    L'arrestation due au poème reste néanmoins la plus longue du lot. Et lorsque Siété est ensuite placé en résidence surveillée de façon permanente, il se met à craindre pour sa vie. Déjouant l'attention des gardes, il finit par s'enfuir du pays et se présente en 2000 à la frontière canadienne pour réclamer le statut de réfugié.

    Siété n'est cependant pas hors de danger. À la suite du décès inopiné de la présidente du comité chargé d'évaluer son cas, l'étude de son dossier s'étale sur plus d'un an, et les événements du 11 septembre 2001 accroissent la sévèreté avec laquelle les demandes sont analysées. Sa requête est rejetée en novembre, faute de preuves de persécution jugées suffisantes par la branche québécoise (la plus sévère) de la Commission de l'Immigration.

    De peine et de misère, Siété réussit cependant à obtenir des lettres d'appui de la part de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, du Centre international de la solidarité ouvrière, de la Fédération des syndicats de l'enseignement (Centrale des syndicats du Québec), du Conseil des livres et des périodiques et de PEN Canada — mais au moment où nous allons sous presse, il est encore loin d'avoir amassé les fonds qui lui permettront de placer une demande de grâce pour motif humanitaire auprès du gouvernement fédéral.

    Bien que ce cas ne relève pas d'une censure au sens traditionnel du terme, il n'en a pas moins des effets similaires, c'est-à-dire le bâillonnement d'un auteur qui exprime une idée ayant déplu à une faction opposée. Et même si la répression s'est produite dans un autre pays que le nôtre, peut-on vraiment s'en laver les mains lorsque l'affaire atterrit dans notre cour et que la survie de la victime dépend du prochain geste que nous poserons ?

    [Pour contribuer à la défense d'Esmat Didace Siété contacter l'Union des écrivaines et des écrivains québécois au 3492, avenue Laval, Montréal (Québec) H2X 3C8 - (514)-849-8540]