Déficit de crise

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Après avoir dénoncé les “paradis fiscaux”, les chasseurs de sorcières ont trouvé de nouvelles cibles : le déficit et la dette. Ceux-là mêmes qui,quand ils étaient aux commandes, dilapidaient les dividendes de la croissance pour gonfler les effectifs de fonctionnaires et financer les 35heures,reprochent aujourd’hui à la droite son “déficit de crise”.Certes,les chiffres sont impressionnants : le déficit budgétaire va dépasser les 140 milliards d’euros cette année,soit 8,2 % de PIB,cinq points de plus qu’en 2008. L’an prochain, nous devrions revenir à 116 milliards d’euros,soit 5,8%.Ce sera encore deux fois plus que ce qui était prévu par le traité de Maastricht.La dette publique,qui était de 67 % du PIB l’an dernier, atteindra 84 % l’an prochain. Est-il vrai,comme le prétendent la gauche et François Bayrou, que ce dérapage soit dû à une gestion catastrophique de l’État et à des largesses injustifiées à l’égard des grandes fortunes ?

Que la situation soit grave est incontestable. Jamais aucun gouvernement depuis la Libération n’a dû faire face à une crise économique de cette ampleur. Quand les usines s’arrêtent,que le chômage augmente,que la consommation faiblit,que les patrimoines fondent,que les transactions immobilières s’effondrent, les recettes fiscales chutent et les cotisations sociales s’évanouissent.Entre 2008 et 2009, l’État a perdu 53 milliards d’euros de recettes du seul fait de la récession,dont 30 milliards,presque l’équivalent du déficit budgétaire de 2007, dus à la baisse des bénéfices des sociétés.

Le phénomène est mondial et la France fait plutôt moins mal que la moyenne de ses partenaires de l’OCDE.Le budget de l’Espagne,en excédent en 2007, affiche cette année un déficit de 9,5 % du PIB.Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la barre des 10 % est franchie. Que pouvait-on faire ? Cesser de payer les fonctionnaires,arrêter de rembourser les frais médicaux, diminuer les retraites, ne plus indemniser les chômeurs ? On voit bien que, au-delà du caractère irréaliste et injuste de telles mesures, l’effet eût été inverse de celui espéré : un effondrement de la consommation qui aurait entraîné un chômage encore plus important pour déboucher sur une crise politique et sociale à l’issue imprévisible.

Pour éviter la déflation, le gouvernement a décidé de soutenir le pouvoir d’achat,d’aider les entreprises et de relancer l’économie,autant de dépenses supplémentaires qui sont venues s’ajouter au manque de recettes et ont gonflé le déficit.La baisse des rentrées fiscales et le plan de relance représentent 100 % du déficit supplémentaire, a expliqué le ministre du Budget Éric Woerth.L’État a poursuivi une gestion à l’économie : l’augmentation des dépenses de fonctionnement est contenue au niveau de l’inflation. Il a encore réduit ses effectifs,notamment dans l’Éducation nationale, ce que la gauche n’a cessé de condamner.

Il aurait fallu, disent les socialistes,abolir le bouclier fiscal et augmenter les impôts sur “les riches”, supprimer les niches fiscales,ces exonérations accordées pour compenser un excès de pression fiscale, diminuer les aides aux entreprises et augmenter leurs cotisations sociales. On voit bien que les remèdes de ces “pères la rigueur”ne sont pas à la hauteur du problème.Ce ne sont pas les 578 millions reversés au titre du bouclier fiscal qui auraient permis de combler le trou des finances publiques, ni même la confiscation des 14 milliards de bénéfices réalisés par Total en 2008. L’effet produit par ces mesures aurait en revanche été catastrophique dans un pays qui occupe déjà le cinquième rang dans le monde pour le montant des prélèvements obligatoires : fuite accélérée de l’épargne et délocalisation des grands groupes, anéantissement de l’esprit d’entreprise… Bref,un approfondissement de la crise dans l’immédiat et un marasme garanti pour des années.

Le gouvernement a donc choisi de préparer la sortie de crise en évitant d’étouffer les Français sous les impôts nouveaux. Cela dit, il faudra bien trouver de nouveaux capitaux pour redynamiser l’économie. La chasse au trésor doit prendre le pas sur la chasse aux sorcières. Ce trésor, c’est la capacité d’entreprendre des Français pourvu qu’ils aient confiance. Beaucoup d’entre eux, las d’être suspectés simplement parce qu’ils prétendaient faire fructifier et protéger leur patrimoine,se sont expatriés et créent ailleurs les emplois dont nous aurions tant besoin.Aidonsles à revenir avec leurs capitaux pour créer chez nous les entreprises de demain.

Cessons aussi de faire peur par excès de vertu en refusant de voter ce que nos voisins ont fait : une véritable amnistie fiscale liée au financement d’investissements productifs dans notre pays.Ce serait sûrement plus efficace pour la croissance que la taxe carbone.

® VA

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