Notre Opinion  

Que va faire le patron ?

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L’expression médiatique à la mode ces jours-ci, c’est “troisième tour social”. Après la défaite électorale, la rue ! On sait ce que valent ces métaphores tournantes.

Il y a là néanmoins quelque chose de vrai : les syndicats sont toujours les premiers à saisir la faiblesse d’un pouvoir pour tenter d’en profiter. Les syndicats de la SNCF et de l’Éducation nationale se sont mis en grève très exactement quarante-huit heures après l’annonce de la défaite de la droite. La question est donc maintenant celle-ci : comment le président de la République va-t-il réagir ? Ce ne sont pas les quatre nominations ministérielles du 22 mars qui vont nous renseigner.

En revanche, entre les deux tours des élections, alors que les résultats du premier ne pouvaient laisser de doute sur l’issue du second, le chef de l’État décorait onze personnalités à l’Élysée (Denis Ranque, ex-Thales, Christiane Vulvert, directrice du nouveau France Soir, le dominicain Philippe Verdin, etc.). Parmi ces personnalités se trouvaient, côte à côte, Philippe de Ladoucette et André Sainjon. Ce voisinage ne devait rien au hasard. Le président rappela le parcours du premier, ingénieur des Ponts, haut fonctionnaire, directeur adjoint du cabinet de Madelin, président de Charbonnages de France – l’élite républicaine issue des grandes écoles ; puis celui du second : ouvrier tourneur à 17 ans, militant cégétiste, formé à l’école du Parti communiste, patron de la fédération des métaux, avant de rompre avec le PCF, d’être élu député européen radical de gauche et de devenir chef d’entreprise – parcours exemplaire de l’ascenseur social de la République. C’est alors que Nicolas Sarkozy ajouta un commentaire spontané, non seulement contre le sectarisme sous toutes ses formes, sur la nécessité de la responsabilité syndicale, mais en insistant sur ces mots : « Nous sommes un pays vif ; j’estime que nous ne discuterons jamais assez…» Prononcé devant un public venu de tous horizons, le propos prenait tout son sens en ces temps d’affrontements politiques, de crise économique et d’incertitude sociale. Quand Nicolas Sarkozy parle de pays “vif”, il pense “révolutionnaire”, toujours prêt à s’enflammer avec brutalité. Il a vécu,comme ministre, les nuits d’émeutes des banlieues de 2005.Il regarde avec appréhension les événements de Grèce, pays dont les finances sont en faillite.

Que peut-il se passer chez nous ? Jusqu’à présent, les plans de relance se sont ajoutés aux assurances chômage pour jouer le rôle d’amortisseurs sociaux. La France ne s’en sort pas si mal, à condition que la reprise arrête les destructions d’emplois. Mais le président de la République sait qu’il est condamné à poursuivre la réduction des dépenses publiques, donc celle des effectifs des fonctionnaires, s’il veut contenir ses déficits et ne pas se trouver un jour dans une situation où la note internationale de la France serait dégradée. Il a effectivement besoin de partenaires sociaux responsables avec qui pouvoir discuter.

La négociation majeure à venir est celle de l’avenir des retraites. Politiquement elle est essentielle, parce qu’elle concerne tout le monde,qu’elle peut être source de défiance ou, au contraire, de sécurité matérielle et morale, donc de confiance. Si celle-ci revient, la droite a une chance de refaire ses forces d’ici à 2012 ; sinon elle est perdue.

Cette négociation, Xavier Darcos devait la conduire comme ministre du Travail. Il s’y préparait depuis six mois. Mais en même temps, il a été envoyé au sacrifice en Aquitaine. La région était imprenable, on le savait, surtout en triangulaire ; il y est allé et, malgré dix-huit mois de campagne intense, il a été battu. Le président de la République lui avait promis qu’en cas d’échec, il le garderait au gouvernement. Lui-même pouvait estimer qu’il ne disposait plus d’assez d’autorité politique pour conduire une négociation sociale capitale ; il pouvait changer de poste. Tous les ministres têtes de liste ont été battus, lui seul a été évincé.

Pourquoi ? Ce ne sont ni son travail au ministère ni la qualité de ses relations avec l’Élysée et Matignon qui sont en cause. Alors ? De quoi est-il donc la victime expiatoire ? Peut-être bien de sa résistance aux syndicats de l’Éducation nationale quand il en était le ministre, de son obstination à mettre en place le service minimum à l’école en cas de grève, de sa décision de fermer ces instituts de formation d’enseignants gauchistes, etc. Était-ce trop pour sa réputation ?

Si c’est ce symbole-là qui a été sanctionné, il ne faudrait pas persévérer dans l’erreur : les syndicats ne détestent rien tant que de négocier avec un pouvoir affaibli et hésitant. En face d’eux, ils veulent avoir un patron.

François d Orcival est membre de l’Institut

Photo © Patrick Iafrate       
 

Commentaires

Victime expiatoire.

Le gaspillage puis le sacrifice expiatoire de M. Darcos constituent une erreur politique bien plus grave qu'il n'y paraît de prime abord. C'est un message de faiblesse qui risque d'entraîner des conséquences lourdes. Et d'abord, comme vous le soulignez, dans les négociations relatives au financement des retraites lesquelles promettaient déja bien des difficultés et des chances de succès assez minces. Tout cela est bien regrettable et augure mal de la suite des évènements.

allons francois ! vous voyez

allons francois ! vous voyez des gauchistes partout n'oubliez pas qu'ils ont sauve monsieur dassault

xavier darcos etait l un des

xavier darcos etait l un des plus fin ministre de ce gouvernement dote d une rare intelligence c est une perte enorme ,mr debre a raison...on va droit dans le mur c est un 1983 a l envers...il faut parfois savoir se blamer mon cher françois...

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