Notre Opinion

Faire tomber les murs

Des États-Unis sont venues tant de mauvaises nouvelles depuis deux ans que nous ne boudons pas notre plaisir à l’annonce de la sortie de crise de la plus grande économie du monde :+0,9 % au troisième trimestre,+3,5% en rythme annuel, le produit intérieur brut a retrouvé un rythme de croissance enviable après un an de récession. Peut-être ne s’agit-il que d’une embellie due au déstockage et à la prime à la casse, comme le redoutent les économistes les plus pessimistes. Il n’empêche : un plan de relance de 787 milliards de dollars, des taux d’intérêt quasiment nuls pour les banques et un dollar au plus bas ont fait redémarrer l’industrie automobile, réveillé les exportations et ressuscité le secteur immobilier.Preuve qu’un peu de volontarisme gouvernemental, même dans la patrie de l’initiative privée, finit par donner des résultats.

Un seul regret, la croissance européenne qui a repris au deuxième trimestre, un peu plus tôt qu’outre- Atlantique, est trois fois plus molle : + 0,3 % seulement en France et en Allemagne,alors même que la chute de la production dans la zone euro aura été plus sévère. Lire la suite

Cohérence

Dénonçant une réforme confuse de la taxe professionnelle, le sénateur Jean Arthuis expliquait joliment la semaine dernière qu’« on n’achète pas un lapin dans un sac opaque ».

Les électeurs de droite, à en croire notre sondage de cette semaine, déplorent eux aussi un manque de clarté dans la politique de Nicolas Sarkozy. Aux affaires qui se succèdent, aux annonces contradictoires, ils répondent par une dispersion inédite de leurs  intentions de vote.

Dominique de Villepin  en profite, comme le Front national, qui récupère une partie des électeurs perdus en 2007. L’avertissement est sérieuxmais pas vraiment surprenant ; à trop vouloir séduire le camp d’en face, le pouvoir a fini par désorienter le sien.  Lire la suite

Héros du 11 Novembre

 

Ils avaient 15 ou 16 ans.Ils étaient lycéens à Jansonde- Sailly,Henri-IV,Voltaire… Ils en avaient 18 et ils étaient étudiants en fac de médecine ou de droit, et à la Sorbonne où les Allemands organisaient des conférences antisémites. Le 11 novembre 1940, 3 000 d’entre eux,spontanément comme le futur auteur dramatique Jean-Claude Brisville, où s’étant passé la consigne, remontent les Champs-Élysées jusqu’à l’Arc de triomphe pour célébrer le Soldat inconnu et chanter la Marseillaise – cela, au nez des Allemands qui ont interdit « toute évocation d’un souvenir insultant pour le Reich ».C’est la première manifestation patriotique depuis l’armistice de juin. Elle a des conséquences terribles.Près d’un millier de garçons et filles sont arrêtés par les soldats allemands et par les policiers parisiens qui font la chasse à « toute expression de l’identité nationale » comme la croix de Lorraine. Tous n’ont pas la chance de tomber sur cet étudiant de Heidelberg qui pourrait être le frère du jeune officier du Silence de la mer et qui, lorsqu’un jeune Français lui demande:«Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place si votre pays était occupé ? », répond, songeur : « Comme vous, sans doute… »  Lire la suite

Le clivage par l’ouverture

Quand Éric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, a lancé tout à trac un grand débat sur l’identité nationale, plus d’un en est resté perplexe. Pourquoi cette hâte? Où est le feu? Mais pourquoi pas aussi…

Tous les républicains sont invités à venir débattre, via Internet, et sous l’égide des préfets, que le pouvoir met décidément à toutes les sauces: après les forums sur la sécurité intérieure, les assises du monde rural, les voilà en route pour l’identité nationale.

Comme c’est étrange ce débat à quelques semaines des régionales. La ficelle ressemble à une corde à noeuds. Interrogeons Éric Besson dont on doit saluer la dialectique incomparable.«C’est une lame », dit de lui Nicolas Sarkozy. Lire la suite

1989 : le peuple

La célébration du vingtième anniversaire de la chute du Mur a commencé samedi dernier à Berlin. S’y sont retrouvés les trois dirigeants les plus concernés de l’époque, Helmut Kohl, George H.W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev. Chacun des trois aurait pu mettre en valeur son propre rôle. Bush, lors de son voyage en Allemagne à la fin mai, n’avait-il pas incité le leader soviétique à déchirer le rideau de fer? Ce dernier n’a-t-il pas joué un rôle décisif en annonçant par avance que l’URSS n’interviendrait pas et en déclarant à Berlin-Est, le 6 novembre, que « la vie sanctionne ceux qui arrivent trop tard » ? Et Kohl n’at- il pas manifesté lors de la chute du Mur une sage prudence, avant d’accélérer avec l’Histoire ?

Ils ont pesé. Rien ne se serait cependant produit sans le soulèvement pacifique des peuples. Du peuple polonais, qui ouvrit la voie. Du peuple hongrois, qui fit ouvrir les frontières. Lire la suite

La taxe de la discorde

L’idée paraissait lumineuse. Le 5 février dernier, Nicolas Sarkozy s’est engagé à supprimer d’un coup, dès 2010, la part de la taxe professionnelle assise sur les investissements des entreprises. Objectif de la réforme : restaurer la capacité de nos entreprises à in­vestir, à embaucher, à conquérir de nouveaux marchés pour que notre économie puisse renouer avec une croissance riche en emplois. Qui pourrait être contre après un an de crise économique et des investissements au point mort dans l’industrie ?

Mais quand on supprime 22,6 milliards d’euros de recettes, comment compenser cette perte pour les finances locales ? Là encore, le gouvernement est très clair dans l’exposé de ses motifs : « L’objectif final [de la réforme] n’est pas de choisir entre l’investissement public des collectivités et l’investissement privé des entreprises, mais au contraire d’en finir avec un système absurde qui aboutissait à financer l’un au détriment de l’autre. » C’est d’autant plus nécessaire que le gouvernement compte beaucoup sur les dé­penses d’équipement des communes, des départements et des régions pour soutenir l’économie. Lire la suite

Jeu à risque

En réunissant son fan-club pour le régaler de tirades anti-Sarko,Villepin exerce sur la justice une pression astucieuse, dans le droit fil de sa défense depuis le début de son procès. D’une certaine façon, il l’a déjà gagné : blanchi ou condamné, il sera la victime ; d’ores et déjà, Clearstream lui vaut une popularité dont il n’avait joui qu’au lendemain de son discours anti-yankee à l’Onu. Pour autant, a-t-il un avenir politique ? Le désire-t-il vraiment ? Les rares députés de la majorité hostiles par principe à Sarkozy et qui l’incitaient à concourir à la dernière présidentielle en furent pour leurs frais.Les mêmes l’encouragent à se hasarder pour de bon dans l’arène ; ils risquent d’être déçus.Villepin n’est pas un homme politique, il ne le sera sans doute jamais.

Je l’ai quelque peu fréquenté, dans une vie antérieure qui me paraît lointaine. Une certaine connivence nous rapprochait : comme moi, il portait sur le théâtre politique un regard distancié,d’ordre littéraire. Lire la suite

Obama, un an après

Pour son premier anniversaire à la Maison-Blanche,Barack Obama avait sans doute rêvé d’un bilan plus flatteur, malgré son prix Nobel de la Paix,venu en réalité souligner la mise en échec de celui qui voulait « changer le monde ». Piégé en Afghanistan, paralysé au Proche-Orient,baladé en Iran,secoué par la crise économique, le président américain peine aussi à faire accepter sa grande réforme du système de santé.Les coups pleuvent. Ses discours lassent. On le dit pusillanime. Certains évoquent même son manque de leadership.

L’annonce, ce 2 novembre, de l’annulation du second tour de l’élection présidentielle afghane, prévu ce samedi 7, est une mauvaise nouvelle de plus.Arrivé deuxième lors du premier tour, le 20 août,Abdullah Abdullah s’est finalement retiré de la course pour dénoncer les fraudes massives. Malgré une légitimité largement entamée, le sortant Hamid Karzaï reste à la présidence pour cinq ans de plus. Lire la suite

Oxymores

L’action politique relève de la rhétorique, en ce qu’elle est une manipulation du langage; à défaut de pouvoir changer les choses, on change les mots qui les désignent, qui, eux, ont l’incomparable avantage d’être ployables en tous sens. C’est ainsi qu’il y a une trentaine d’années, on inventa la “qualité de la vie”, dont on fit même un ministère. Alfred Sauvy, qui avait un grand souci de la langue, fut sans doute le seul à noter que cette expression si avenante servait en fait à escamoter le problème qui, tôt ou tard, devait se poser à nos sociétés de gaspillage: cette “qualité” sous-entendait en effet que le règne de la quantité n’était pas remis en question,qu’on y ajoutait au contraire une sorte de supplément d’âme pour le faire mieux passer. Alfred Sauvy raillait alors ce qu’il appelait les « intérêts mignons » – comme les péchés du même genre – qui liaient par exemple les écologistes à leur automobile. Être moderne, c’est ne pas voir le rapport: et les mots sont là pour nous empêcher de le voir.  Lire la suite

Aux marches du palais

Si l’un de vos neveux avait idée de conquérir Paris, mon cousin, n’oubliez pas de lui montrer, dans la constellation des puissances et de l’influence, une planète placée plus haut que toutes les autres : celle des juges et des magistrats. Comme ces animaux marins qui se confondent avec le sable avant de s’étendre largement dans l’eau, leurs robes rouges ne sont rien pour celui qui vole de succès en ministères, jusqu’au jour où elles arrêtent subitement sa course pour le traîner, embarrassé, à l’ombre des boiseries des salles du Palais de justice.

Il fallait voir, l’autre mardi, après que César Faron, le redoutable financier, ambassadeur des tribus d’Afrique, eut été condamné à la prison et emmené avec les policiers comme un simple criminel, la liesse, aussi certaine que discrète, des magistrats qui tenaient dans ce nouveau captif le témoignage éclatant de leur puissance. Lire la suite

Trois Afghans et la burqa

Nous sommes dans l’ordre du symbole. Trois Afghans n’allaient pas reconstruire la “jungle”de Calais ; trois cents porteuses de burqa ne vont pas abattre nos clochers. Mais justement, c’est le symbole qui compte : ces trois Afghans en disent autant que trois mille ; ces trois cents burqas autant que trois cent mille.Alors parlons-en.

Les trois hommes et la burqa nous viennent du même pays : l’Afghanistan. Il y a huit ans, ceux qui gouvernaient ce pays, les talibans barbus au turban noir,ont décidé de porter la guerre en Occident à coup de bombes. « Aux croyants, le pays du sacrifice souhaite un accueil chaleureux. » (Olivier Weber, le Faucon afghan.) L’Occident y a envoyé ses soldats pour mettre fin à la guerre civile à laquelle se livraient les tribus depuis si longtemps. Lire la suite

Vingt ans après

Vingt ans après la chute du Mur, nous sommes retournés à Berlin sur les traces de la toute puissante Stasi, la Sécurité d’État est-allemande. Il y a vingt ans seulement, ce monstre tentaculaire de la guerre froide surveillait encore 6 millions de personnes, infiltrait l’extrême gauche européenne, s’entraînait à envahir Berlin-Ouest.

Depuis, la “menace communiste” s’est peu à peu effacée de nos mémoires et c’est heureux. Mais, en se replongeant dans ces années sombres, on se souvient combien elles furent aussi une période de vitalité pour les valeurs occidentales, contrastant fortement avec la vacuité du débat politique actuel. Comme l’explique très bien l’essayiste Jean-Claude Guillebaud, « l’effondrement du communisme a entraîné à sa suite et a (provisoirement) disqualifié le volontarisme démocratique * » Lire la suite

Une France rose et noire

Embouteillage de mois d’août à la gare Montparnasse. Partie avec vingt minutes d’avance pour aller passer un dimanche en Charente, j’ai failli rater mon train : les quais étaient bondés. C’est donc vrai,ce que répète Christine Lagarde: la consommation reprend, notre pays supporte mieux la crise que ses voisins ? Sous le soleil d’automne défilent les bois flamboyants, les prairies si vertes et les petites villes roses et blanches d’une douce France.

Voici les maisons charentaises trapues, aux volets fraîchement repeints. Alentour, dans les champs labourés au cordeau, vont des chasseurs tranquilles, heureux avec leur chien. Et voici La Rochefoucauld. Surplombant la ville, se dresse le splendide château aux remparts du XIIe siècle.Dans la cour, des enfants déguisés en chevaliers ou en mousquetaires (200 costumes sont à leur disposition!) jouent à se battre en duel, tandis que les parents filment les galeries Renaissance et l’escalier, encore plus beau que celui de Blois. Lire la suite

Je fus agent du KGB

Novembre-décembre 1989 : alors jeune envoyé spécial de Valeurs actuelles sur les décombres du Mur, j’ai la joie de vivre des moments historiques ; je suis surpris aussi devant ceux qui doutent.Certains ne veulent pas croire à ce qui se passe – la disparition du “rideau de fer”et de la RDA, que je rapporte –,“parce que cela ne devrait pas se passer ainsi”. Des années de certitudes justes se figèrent soudain en habitudes aveuglantes. On me traita même d’« agent du KGB » !

Cette soudaine ouverture dans le Mur fut une surprise,pour tous.Arrivé à Berlin dans les heuresqui suivirent le percement de la première brèche, je pus constater le vertige des Allemands de l’Est, incrédules au seuil de leur liberté nouvelle. Je mesurais aussi la joie mêlée d’inquiétude de ceux de l’Ouest. Lire la suite

Stratégies à risque

Après cinq semaines d’audiences, le procès Clearstream s’est achevé dans le brouillard… Dix-huit mois avec sursis ont été requis contre Dominique de Villepin.Le jugement sera rendu le 28 janvier, jour de l’anniversaire de Nicolas Sarkozy. L’opinion peine à se faire une idée sur cette affaire. Quand, en janvier 2004, Gergorin, ses listings trafiqués sous le bras, rend visite à Dominique de Villepin au Quai d’Orsay, il sait qu’il va le prendre à l’hameçon parce qu’il s’y trouve de quoi tuer politiquement Nicolas Sarkozy devenu le cauchemar de l’Élysée. Deux mois plus tôt, il a annoncé sa candidature pour 2007, il occupe le terrain nuit et jour, la presse n’a d’yeux que pour lui.

Dominique de Villepin a-t-il cru, ou voulu croire, à la véracité des listings ? Le mystère n’est pas dissipé. Ce grand admirateur de Fouché a le goût des coups tordus. Lire la suite

Vidéocratie

L’ainsi nommée “affaire Jean Sarkozy” s’est terminée, avec le retrait, fort bien télévisé, de l’intéressé. Son déroulement révèle des aspects essentiels du jeu politique. Les nouveaux acteurs et les nouveaux vecteurs de la vie politique ne fonctionnent pas toujours au profit du pouvoir en place. On vient de le constater sur deux points décisifs.

La démocratie d’opinion, tout d’abord, ou, pour mieux dire, la monocratie d’opinion – trait caractéristique de la Ve République. Monocratique, elle le fut d’emblée. Le professeur et sénateur Marcel Prélot, tout gaulliste qu’il fut, parlait d’une « monocratie plébiscitaire ». Lire la suite

Le retour de Malthus

Avec la crise, les idées du Club de Rome sur la croissance zéro retrouvent de la vigueur. Pour combattre la cupidité capitaliste, responsable de la bulle spéculative à l’origine de tous nos maux, quoi de mieux que de contester la notion même de création de richesses ? La croissance ne fait pas le bonheur, nous explique-t-on. Elle ne fait qu’accroître les inégalités, dont les bonus et les parachutes dorés seraient les signes caricaturaux. Elle suscite l’insatisfaction permanente. Elle transforme les citoyens en consommateurs d’objets futiles et les conduit à un stress permanent, destructeur du lien social.

La croissance crée un tel lien de dépendance que son ralentissement plonge les consommateurs endettés dans l’anxiété. Que signifie d’ailleurs le taux de croissance d’un PIB qui additionne des nuisances avec des bienfaits? Lire la suite

Après l’ouverture

En politique, il faut quelquefois plus de courage pour refuser l’obstacle que pour le franchir inconsidérément. Les Sarkozy, père et fils, ont eu ce courage,on se réjouit de les en créditer.

Ce cirque médiatique autour d’un jeune homme pressé,mais somme toute avisé,aura éclipsé l’affaire Polanski-Mitterrand,bien plus fâcheuse sur le fond,car illustrant le fait que pour sauver les meubles d’un minimum de moralité, on ne peut pas trop compter sur notre classe politique, à de rares exceptions près.Par lâcheté, par snobisme, par activisme, par suivisme, les consciences en berne de nos “élites” ont feint de confondre avec de l’homophobie le sentiment de malaise que nous sommes nombreux à avoir éprouvé. Y compris parmi les homos, consternés par un amalgame dont ils risquent de faire les frais. Lire la suite

Latin

C’est à vrai dire du latin des profondeurs: une lectrice de La Rochelle découvre dans l’édition Hetzel de Vingt mille lieues sous les mers la devise du Nautilus, sous la forme “Mobilis in mobile”, qui la surprend: « Ne devrait-on pas écrire “mobili”? »

Bien sûr que si, chère Madame, et c’est ainsi qu’on peut le lire à la fin de l’Île mystérieuse, et dans les éditions ultérieures du roman dont vous parlez. Dans la première, en revanche, il est vrai que le capitaine Nemo (qui pourtant avait trouvé son propre nom de guerre dans une grammaire latine) annonçait:“Mobilis in mobile”, au risque de faire commettre un solécisme à toute une postérité de films ou de chansonnettes.

On imagine que des lecteurs pointilleux (on pointillait beaucoup en ce temps-là) avaient bondi, car Jules Verne a corrigé aussitôt après que son éditeur eut consulté Quicherat, lequel est à la lexicographie latine ce que Littré est à la française, et qui avait été formel. Lire la suite

Caprices de Reine

Les passions sont coûteuses, mon cousin, on leur sacrifie tant de choses qu’il faut parfois des années pour payer le prix de ce qui n’était qu’une irrésistible fantaisie. Souvent,les lois du coeur ressemblent à celles qui régissent l’art de la politique, et nous vîmes tant de nos gouvernants couvrir d’étoffes et de décorations de simples conseillers qui n’attendirent même pas une année pour les défier publiquement qu’il est permis d’affirmer que l’ingratitude soutient les plus grandes ambitions comme le bois pourri des pilotis les plus beaux palais de Venise.Voyez la charmante Reine Idamore : elle n’était hier qu’une des innombrables jeunes unionistes qui, trépignant dans le vestibule de la puissance et de la renommée,attendaient que s’ouvre la porte;elle montre aujourd’hui un malicieux sourire et ne craint pas de s’opposer à chaque nouvelle saison à celui qui en fit un ministre.  Lire la suite

A mi-mandat

C’est le passage périlleux. Nicolas Sarkozy le sait et le dit : « Je suis aujourd’hui à mi-mandat. » C’est même ainsi qu’il commence son entretien avec nos confrères du Figaro, publié le 16 octobre. Il se livre alors à une analyse de ce qui s’est produit pour ses prédécesseurs, deux ans après leur arrivée à l’Élysée. Réélu au suffrage universel en 1965, le général de Gaulle affronte les élections législatives en 1967 et ne les gagne que d’un seul siège.

« L’année suivante, ce sont les événements de Mai 68, dit Nicolas Sarkozy qui poursuit : Deux ans après son élection, Valéry Giscard d’Estaing rompt, en 1976,avec son premier ministre Jacques Chirac ; son septennat ne s’en remettra pas. En 1983, deux ans après l’élection de François Mitterrand, c’est le tournant de la rigueur, qui se solde par l’échec de la majorité socialiste, trois ans plus tard.Deux ans après l’élection de Jacques Chirac en 1995, c’est la désastreuse dissolution… » Lire la suite

Piégés ?

Les enjeux de la bioéthique, voilà un sujet autrement plus ambitieux que les pitoyables affaires dans lesquelles la majorité s’envase depuis quelques semaines.

C’est le thème que nous avions choisi pour notre premier forum des valeurs, annoncé ici même la semaine dernière, et qui nous a valu en quelques jours près de deux cents contributions de lecteurs. Vous trouverez dans Valeurs Actuelles un aperçu de ce courrier,souvent passionnant, toujours passionné.

Évidemment, en n’en publiant que sept extraits, nous nous sommes livrés à une sélection forcément arbitraire, et nous devrons malheureusement récidiver pour les trois prochains forums*. Lire la suite

Sisyphe et son fils

Thé avec Christine Lagarde dans son vaste bureau du cinquième étage de Bercy, avec vue époustouflante sur la Seine. En tailleur-pantalon marine avec pour seule note de fantaisie un fin collier 1920, la ministre de l’Économie dégage une autorité souriante. Rien d’étonnant si, dans le “casting”gouvernemental, les Français ont repéré sa figure de grande fille sportive, loyale, très compétente mais sans arrogance – le contraire d’une intrigante –, enlevée à la présidence d’un cabinet d’avocats de Chicago en 2005 par Dominique de Villepin pour entrer dans son gouvernement. Ce matin même,un sondage révèle qu’elle serait leur favorite, loin devant Dominique Strauss-Kahn et très loin devant Brice Hortefeux, si la succession de François Fillon venait à s’ouvrir. Cette annonce paraît sincèrement l’ennuyer : « Je ne regarde pas de l’autre côté du parapet. » Elle voudrait me convaincre que j’ai tort d’être obnubilée par les déficits et la dette. Lire la suite

Faute de goût

Jean Sarkozy… Comment éviter le sujet ? C’est le buzz politique de ces derniers jours.La gauche dénonce le népotisme sarkozien. L’UMP est mal à l’aise… Le villepiniste Georges Tron suggérait qu’il soit auditionné par une commission de l’Assemblée nationale, en se référant à Nicolas Sarkozy qui, dans le cadre de la révision constitutionnelle, souhaitait que les nominations au sommet de l’État soient soumises à l’avis du Parlement. La suggestion tombe à l’eau, Jean Sarkozy n’est pas nommé, il y a élection. Désigné à l’unanimité par le groupe UMP des Hautsde- Seine,il affrontera vendredi le maire communiste de Nanterre devant le conseil général. L’UMP y détenant la majorité, il n’y a pas de suspense. Et le 4 décembre, il se présentera devant le conseil d’administration de l’Epad.Les neuf représentants de l’État (sur dixhuit) pourraient ne pas participer au vote.Une suggestion du député PS, Gaëtan Gorce, reprise à son compte par le ministre Luc Chatel.

Pour beaucoup de commentateurs, Nicolas Sarkozy n’aurait pas dû encourager son fils. La vérité est qu’il ne l’a pas découragé, nuance! Comme il avait tenté de le faire lorsque Jean Sarkozy s’était lancé dans la campagne municipale de Neuilly (perdue par l’UMP) . Lire la suite

Afghanistan

Le débat sur l’Afghanistan se déroule de façon très intense aux États-Unis. Il oppose globalement la droite et la gauche, les républicains et les démocrates. Les premiers soutiennent massivement le général Stanley McChrystal et sa demande de renforts massifs. Les seconds, surtout au Congrès, objectent, et soutiennent que le véritable “surge”, les vrais renforts, doivent être afghans. Obama n’a pas encore tranché et attend qu’une solution politique soit trouvée entre Karzaï et son rival Abdullah. Les Américains hésitent eux aussi, puisque 51 % d’entre eux sont contre l’envoi de troupes supplémentaires, mais 61 % pour que l’on suive l’avis – inverse– des militaires.

Partout, les opinions publiques sont en majorité hostiles à la poursuite de la guerre en Afghanistan. À gauche, évidemment, mais audelà, manifestement. En France, le débat public n’a quasiment pas lieu. Lire la suite

Fret et gréviculture

Mardi dernier, les voyageurs ont dû, de nouveau, subir les caprices des cheminots. Pas moins de dix-sept motifs étaient invoqués pour appeler à cesser le travail par la CGT, Sud et CFDT-Fgaac.Mais le principal point de tension reste la réforme du fret.Cette activité,lourdement déficitaire, ruine la SNCF et menace à terme sa capacité d’investissement.

Par deux fois, le président de l’entreprise nationale, Guillaume Pepy, a tenté l’an dernier de la réformer. En mai 2008, il a voulu allonger la durée du travail en échange d’une augmentation de salaire. Il s’est heurté au refus des organisations syndicales.Plutôt que d’affronter une grève, le président de la SNCF retirera son projet.Ne pouvant modifier le statut, il fera appel quelques mois plus tard à des volontaires: un peu plus de 900 conducteurs de fret sur 4000 manifesteront leur intérêt pour travailler plus afin de gagner davantage. Mais face à l’hostilité de leurs collègues et à la menace d’une grève, la direction a préféré renoncer, laissant tomber les volontaires. Lire la suite

Malaises

Chacun ses goûts et ses couleurs, ses pulsions, ses fictions,éventuellement ses dégoûts de soi. Ayant dirigé pendant dix-huit ans une maison d’édition sur la rive gauche de la Seine, j’ai fréquenté pas mal d’êtres à la marge, voire franchement irréguliers,en m’abstenant de juger leur moralité.Mais je sais jusqu’où un certain snobisme prétendument libertin, ou libertaire,peut légitimer par fausse bravade la transgression la plus nauséeuse. Je ne connais pas le neveu de Mitterrand, j’ai lu le chapitre “exotique” du récit autobiographique dont il est question ici et là.La prose vaut ce qu’elle vaut sur le plan littéraire ;en l’occurrence, elle ébauche les contours d’une personnalité peu compatible avec la dignité d’une fonction ministérielle. Peu m’importe que les passages les plus glauques (euphémisme) aient suscité l’indignation de tels responsables du FN ou du PS : le ton de sincérité que l’on perçoit dans l’évocation fiévreuse des bordels thaïlandais suffit à me convaincre que cette nomination aura été une bévue. Lire la suite

Un attentat opportun

Le terrible attentat qui a ensanglanté l’Iran le 18 octobre (41 morts) intervient à un moment crucial de la grande négociation sur le nucléaire iranien.Un nouveau cycle de négociations, dit “de la dernière chance”,devait reprendre ce lundi 19 à Vienne.L’AIEA,la Russie, les États-Unis et la France devaient discuter des modalités de l’accord conclu le 1er octobre à Genève : les Iraniens avaient laissé entendre qu’ils envisageaient de livrer 80 % de leur uranium enrichi à moins de 5% à un pays tiers. Cette “petite ouverture” avait fait croire que l’Iran pouvait renoncer à ses propres activités d’enrichissement, en dépit de déclarations contradictoires venant de Téhéran.

Le carnage du 18 remet tout en question.Il conduit le régime des mollahs à se poser,une nouvelle fois, en victime du complot américano-sioniste visant à le déstabiliser et à l’empêcher d’exercer sa pleine souveraineté stratégique. Lire la suite

Second

L’autorité correctrice de céans, aussi charmante qu’implacable, nous a disputé (victorieusement) naguère un “deuxième” dont elle a fait un “second”. Il s’agissait des OEuvres complètes de Jean Paulhan, dont le deuxième volume venait d’apparaître (il y en aura d’autres).

Ce que nous avons dit pour notre justification ; on nous a reparti que ces volumes ultérieurs étaient encore virtuels et que, jusqu’à nouvel ordre, deux seulement étaient publiés, dont le dernier était par conséquent le second.

L’indicatif s’impose absolument devant le subjonctif – et nous tenons trop au respect de cette règle d’or de la grammaire, c’est-àdire de la réalité, pour ne pas devoir nous incliner –, certes en n’en pensant pas moins. Lire la suite

Hussards et jacobins

Ils n’ont pas le jeune âge du fils du chef de l’État,mon cousin, mais ils montrent comme lui une fiévreuse impatience. S’ils sont jacobins, ils ne prennent jamais les précautions de François de La Haye, ne prononcent pas les tristes sentences de Marion Haudry,ne sourient plus aux subtils détours d’Annibal Salviati.

Dans l’affaire de M. de Montauran – comme les marins tournent la voile pour que le vent s’y engouffre –, ils n’ont pas hésité à faire écho aux accusations des frontistes.Ils sont pour l’ordre, les vertus de la République; ils refusent d’autoriser les jeunes gens à s’acheter de l’opium comme on se rend chez le barbier. Idéalistes comme Jean-Jacques Rousseau, intransigeants comme Robespierre, ce sont des modernes qui ne supportent plus les maximes des anciens: ces formules vertueuses du temps où Job Douay et ses amis des barricades assuraient être aussi désintéressés que les moines franciscains des Pouilles. Lire la suite

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