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vendredi 4 février 2011

Ce blog est fermé.. Allez sur Développement Intégral

Le blog Visions Intégrales  est maintenant fermé... mais tout son contenu se trouve maintenant sur Développement Intégral, un site qui fait la synthèse entre ce blog et Sexualité et Spiritualité l'autre blog dans lequel je publiais des articles..

Il y avait de plus en plus de recouvrement entre ces deux blogs et il était temps de passer à un site plus puissant, permettant de publier des articles à plusieurs et de constituer ainsi une plaque tournante sur l'approche intégrale, intégrant les aspects individuels et collectifs, sa partie conceptuelle et pratique, en prenant en compte les aspects relationnels, sexuels et spirituels.

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A bientôt sur Développement Intégral

Jacques

samedi 8 août 2009

Est ce qu'on a le choix?

Une des questions philosophiques majeures concerne le statut du libre-arbitre. Est ce qu’on a le choix de nos actes? Je voudrais apporter ici quelques éléments qui montrent à la fois l'importance et la limite du libre-arbitre.

En général, quand on discute avec un ami, quand tout va bien, on voudrait croire que l’on a bien cette capacité à pouvoir décider de chacun de nos actes, que tout ce que nous faisons nous le voulons. Puis, si l’on est addict à un produit ou à une activité, on se rend compte rapidement que l’on est dépendant de ce produit ou de cette activité, sauf ceux qui veulent se leurrer sur eux-mêmes. Par exemple, les fumeurs qui vont chercher du tabac en pleine nuit à plus de 20km de leur domicile en disant que c’est pour le plaisir.. Il en est de même du désir sexuel qui nous pousse vers l’autre avec une force incroyable et à laquelle il est bien difficile de résister.

De ce fait, la psychanalyse avec l’inconscient d’une part, et les neurosciences d’autre part, montrent qu’en fait notre libre-arbitre est limité. On peut dire qu’on vit dans un espace de « tendances » de forces intérieures qui nous poussent dans un sens ou dans un autre. Lorsque ces forces ne posent pas de problèmes, c’est à dire qu’elles ne viennent pas en contradiction avec d’autres forces, elles nous mènent à une certaines satisfaction (par exemple manger un bon plat quand on a faim ou faire l’amour avec sa compagne/compagnon).

Au contraire lorsque plusieurs de ces forces sont en contradiction, on se sent écartelé entre plusieurs voix intérieures, dont certaines apparaissent comme angéliques et d’autres comme démoniaques, un peu comme dans les bandes dessinées de Tintin où l’on voit les tendances du devoir et des pulsions s’affronter). Nous somme ainsi le théâtre d’affrontements terribles, où différentes forces, incarnées par des “personnages”, chacun ayant sa voix intérieure, s’affrontent. C’est le démon qui affronte le devoir, l’enfant qui s’oppose au père, le licencieux qui tente de prendre le pas sur le sage.. Toutes ces voix sont alors les manifestations intérieures de toutes ces tendances psychiques, de toutes ces forces. Il est clair qu’il sera possible un jour d’expliquer tout cela sur le plan neuronal. Pour ma part je fais appel à certaines idées de M. Minsky et de D. Dennett: le cerveau est un ordinateur parallèle sur lequel un certain nombre de processus s’exécutent (en parallèle ou en séquentiel comme le mental), et ces processus (point de vue Extérieur dans AQAL de Wilber), nous apparaissent comme des personnages ou des forces qui s’affrontent ou s’allient (point de vue Intérieur dans AQAL).

Dans ce cas, où est le libre-arbitre? Et bien bizarrement, au milieu de tous ces affrontements, de toutes ces forces qui nous cherchent à nous pousser dans un sens ou dans un autre, il y a tout de même un “je” qui choisit. Parfois ce “je” laisse aller la pulsion, parfois il suit le devoir, parfois il suit le chemin du sage, etc.. mais dans tous les cas et dans toutes les situations, si l’on veut bien faire un réel travail de conscience, on se rend compte alors qu’il existe un tout petit endroit où “je” décide, où je laisse aller dans un sens ou l’autre les tendances. Dans ce théâtre homérique qu’est notre psychisme, dans cette mer tumultueuse de notre intériorité, il existe toujours (sauf si l’on est sous neuroleptiques) un endroit où nous décidons d’aller à droite ou à gauche, où nous écoutons certaines voix plutôt que d’autres.

Pour beaucoup, il existe une croyance “qu’on ne peut rien y changer”. Quelque part, c’est confortable. On n’est pas responsable de ce qui nous arrive, on subit ce qui se passe, et donc c’est pas de notre faute ce qu’on vit et ce qu’on fait... Mais cette approche nous coupe de nous mêmes, de cet endroit du ”je” où nous sommes profondément libre. De ce fait, lorsque “on ne peut rien y changer” on se vit comme prisonnier de la vie, comme subissant ce qui nous arrive, cherchant à glaner au dehors de nous un peu de réconfort. On cherche dans la drogue, le sexe, les gadgets, les fringues, etc.. un réconfort pour nous faire oublier notre situation misérable d’esclave. Et c’est juste cela le Samsara: le lieu des conditionnements que nous acceptons en croyant parfois qu’on est libre quand on ne fait que suivre une addiction et parfois qu’on “ne peut rien y faire” en se comportant en victime. Dans les deux cas, on reporte la faute de notre condition sur l’autre ou les autres: c’est le conjoint qui nous empêche de vivre, c’est la société qui nous exploite, ce sont les “grands de ce monde” qui complotent pour nous asservir. Ce qu’on ne veut pas voir c’est que c’est simplement nous qui avons abdiqué, que c’est nous qui avons choisi finalement d’être victime.
En réalité il n’y a qu’une issue qui est très bien développée par l’un des grands principes de la voie de l’éveil d’Andrew Cohen:
Renoncer profondément à être victime. Cela signifie que je suis auteur de tous mes actes et que j’en prend la responsabilité.

La phrase clé c'est: "j’ai le choix de mes actes et je prend la responsabilité de tout ce que je fais dans la vie"..

Tant qu'on ne prend pas la responsabilité de nos actes, en conscience, on reste dépendant et comme prisonnier du monde. Si l’on fait un réel travail sur soi, on se rend compte que depuis notre plus petite enfance, depuis que l’on a pu dire “je”, on a fait des choix: on a choisi d’être un bon garçon ou une bonne fille, on a choisi de se rebeller, etc.. Cela ne signifie pas que nous ayons à nous culpabiliser de nos choix, ce qui reviendrait à remettre une couche de boue supplémentaire sur notre vie (note: au lieu de nous libérer de nos conditionnement, on “adore” rajouter de la merde sur nos blessures en nous jugeant négativement. Mais cela ne fait que nous enchaîner encore un peu plus à des conditionnements sociaux et parentaux). Il s’agit au contraire de sentir la liberté qui existe en nous à chaque instant. Et cela nous invite à faire face à nos peurs profondes et de sentir que nous faisons le choix d’éviter ou non une situation qui nous fait peur. Par exemple, on peut se dire:
A chaque instant je décide par exemple de ne pas dire quelque chose qui va choquer l’autre parce que je préfère vivre ainsi ma relation et que j’ai peur de lui faire du mal.
Mais en fait, cette peur de faire du mal recouvre peut être une autre peur: peur que l’autre réagisse en nous repoussant, peur d’être abandonné, d’être seul, de ne pas pouvoir faire face à la vie si l’autre n’est pas là. Peur aussi pour les conséquences vis à vis des enfants, etc..
Prendre conscience qu’on fait ce choix nous permet d’aller plus profondément dans l’écoute et la compréhension de ces voix intérieures, de ces peurs d’enfants qui nous animent encore à l’état adulte.. Et ainsi être capable d’affronter ces peurs (c’est en cela qu’Andrew Cohen parle d’approche héroïque de l’éveil et de la conscience, car il s’agit d’affronter nos paresses et nos peurs, de dépasser nos conditionnements).

Sauf si l'on est esclave (et encore on a toujours le choix de se rebeller au risque de la mort), on choisit notre vie: on a toujours le choix de quitter son travail, de changer de vie, d'oser gagner moins. Mais si on ne le fait pas, c'est parce qu'on a peur des conséquences, qu'on a peur de ce qui pourrait arriver. Et c'est beaucoup plus confortable de mourir à petit feu en se disant que l'on est victime de notre environnement, du monde, de la société. Le plus grand des courage c'est de faire face à notre vie, à nos choix. C'est très dur à accepter, et je peux en parler, car j'étais vraiment un adepte du "on ne peut rien y faire" ou du "j'ai pas le choix".. Mais c'est le petit enfant qui parle en nous à ce moment là, en voulant fermer les yeux sur la vie et ce qu'elle entraîne.

Mais diront certaines personnes, ce que vous dites est totalement incompatible avec les théories non-duelles et notamment avec l’Advaita Vedanta qui nous dit que finalement nous n’avons pas le choix, que tout ce que nous faisons est déterminé, que nous n’avons que la possibilité de prendre conscience de ce qui se passe à tout instant..

En fait, pendant longtemps je pensais qu’il y avait une contradiction entre ces termes, mais bizarrement il n’y en a pas. Comme le dit Ramana Maharshi, il faut faire un grand effort, notamment sur le mental, qui suppose donc un certain libre-arbitre pour finalement se rendre compte que nous ne sommes qu’une excroissance de la Vie qui joue à l’intérieur de nous, du Divin qui fait l’expérience de la limitation à l’intérieur de nous.
Mais bizarrement, il n’y a pas de contradiction, car c’est juste à l’endroit du “je” intérieur, à l’endroit du libre-arbitre absolu que le Divin s’exprime. En fait, c’est en allant totalement dans la voie du libre-arbitre, en quittant la victime pour de bon et en prenant la responsabilité de nos actes (à condition de ne pas revenir à une notion de devoir qui serait en fait un retour en arrière) que nous atteignons l’endroit de ce que certains appellent notre “mission sur terre” ou ce qu’on pourrait appeler le lieu où la voix de Dieu s’exprime en nous (l’important n’est pas le nom mais l’expérience intérieure de ce lieu).

Etre libre de ses choix, ce n’est pas “faire ce que je veux quand je veux” mais prendre conscience de notre liberté de choisir telle ou telle action, en tenant compte totalement des autres et en étant entièrement responsable de nos actes. Et à cet endroit, si l’on s’ouvre à ce qui est plus grand que nous, on peut ressentir que ce choix qui nous anime profondément vient d’un au-delà du “je”, d’une plus grande profondeur à laquelle on peut donner le nom de Dieu, ou le Soi ou la Vie ou toute appellation en fonction de nos croyances.
En d’autre termes, aller vers le libre-arbitre total en tenant compte de la responsabilité de nos actes, c’est la “première et dernière liberté” comme le précise le livre éponyme de Krishnamurti, c’est être libre d’être ce que l’on est totalement, ce qui, d’un point de vue plus grand dépasse entièrement ce “je”. C’est paradoxal, mais quand on arrive au sens premier de toute chose, on tombe nécessairement dans le paradoxal.

Je veux préciser que je ne suis pas toujours juste dans tous mes choix, qu’il ne viennent pas toujours de ce “je” ou plus exactement que je m’illusionne que je dois faire cela pour telle ou telle raison, qui ne sont en fait que des illusions pour cacher mes peurs. Mais simplement, je sens et sais que en faisant cela, il n’y a que moi que je trompe, que moi que je veux bien illusionner. Il n’y a que des peurs derrière tout cela, et ces peurs doivent être affrontées.. Il n’y a rien d’autres que cela si l’on veut être profondément libre et entrer dans ce que le christianisme appelle “le royaume de Dieu”.

Et pour finir je voudrais donner une image qui résume ce qui vient d’être dit. C’est un peu comme si nous étions le barreur d’un voilier. Parfois, la mer, qui représente les événements de la vie, est tumultueuse, parfois elle est calme. Dans tous les cas, c’est nous qui choisissons notre route, mais la direction que nous avons à prendre, c’est notre étoile qui nous en donne le chemin. Nous avons juste à suivre l’étoile, pour trouver notre propre être, notre propre individuation. Nous sommes donc à la fois libre en tant que barreur – et il convient effectivement de se rendre compte que c’est nous qui donnons un coup de barre à gauche ou à droite, que c’est nous qui décidons de garder le cap ou de se laisser aller au gré du vent – mais pas libre en ce sens que le cap est donné par une étoile qui nous guide et qu’elle nous est propre. Andrew Cohen met plus l’accent sur le barreur, les visions non duelles sur l’étoile, certaines religions sur les moyens habiles à mettre en oeuvre pour arriver à barrer en toutes circonstances, mais il ne s’agit que d’aspects d’une même réalité...

vendredi 16 mai 2008

Sarcelle ou jaune?


Je viens de recevoir le livre de K. Wilber intitulé "livre de la vision intégrale" de Ken Wilber. C’est la traduction en français de son livre Integral Vision. Mise à part la couverture laide à pleurer, avec une photo de Wilber qui date de plus de 10 ans, il est très bien traduit. C'est donc une très bonne introduction à la pensée intégrale, même cela donne peut être une vision relativement superficielle de la pensée intégrale. J'ai peur que ceux qui s'y intéressent prennent le livre croient que la vision intégrale se résume pas à AQAL, et qu'ils ne voient pas toutes les conséquences de cette forme de pensée..

Mais j'attendais surtout ce livre pour savoir comment ils traduiraient la couleur « teal » en anglais, sorte de vert canard avec un peu de bleu.. Ils ont trouvé la solution. Les traducteurs, Maurice Brasher et Myriam Mara, ont trouvé: il s’agit de la couleur « bleu sarcelle » (que l’on peut aussi appeler « sarcelle » tout court). J’ai regardé dans des nuanciers et effectivement cette couleur existe.


Néanmons, je persiste à penser qu’il y a eu une grave erreur dans le système de Wilber lorsqu’il a utilisé la couleur teal pour parler du niveau jaune de la spirale (niveau appelé aussi early vision logic dans les écrits plus anciens de Wilber). Puisque même en anglais, teal, ce n’est pas une couleur très parlante, il a centré le niveau Integral quelque part entre teal (ou Jaune pour la Spirale) et turquoise.

De ce fait on peut se poser une question: qu’est ce qu’un stade? Le nombre de stades est il fixe ou non? Finalement pour Wilber ce n’est pas très important qu’il y ait 4, 6, 8 ou 12 niveaux dans le développement. Pour lui le développement est continu et les phases se suivent les unes aux autres sans rupture.. En même temps, il est bien conscient que certains développements, par exemple de Bleu à Orange ou d’Orange à Vert, ne se passent pas si facilement que ça.. De ce fait, ces stades peuvent être considérés comme relativement stables. D’autre part, et là je le porte au crédit de la Spirale Dynamique, les stades de développement correspondent aussi à une perspective plus individuelle ou plus collective. Il y a un balancier entre valeurs centrées sur l’individu ou sur le collectif (ce que la Spirale appelle le sacrifice de soi). Dans le cadre de la Spirale Dynamique, le nombre de niveaux est donc bien défini, et c’est pourquoi on peut parler de balancier lors d’un passage d’un niveau à l’autre.

Inversement, on pourrait dire que la Spirale a dû mettre en avant des niveaux intermédiaires (par exemple BLEU, BLEU-orange, bleu-ORANGE, ORANGE) pour caractériser des transitions du passage de Bleu à Orange. Mais ces transitions sont plus le résultats d’intuitions que d’études très sérieuses (Note: si de nombreuses études ont été faites sur le développement individuel et collectif, toutes les études portant sur la Spirale Dynamique elle-même datent de Clare Graves et maintenant de C. Cowan.. On ne peut pas dire que les critères de scientificité soient réellemet satisfaits (pas d’études réalisées par d’autres auteurs, pas de publications dans des revues ou conférences scientifiques évaluées par des pairs, etc... C’est pourquoi la Spirale a en fait, du point de vue scientifique, la valeur des modèles de Management, c’est à dire une valeur assez faible dans le champ scientifique. Ce qui n’enlève d’après moi aucune valeur à la Spirale, mais réduit un peu les affirmations tapageuses de certains évangélistes de la Spirale, et de Cowan en particulier).

De ce fait, la question demeure: au delà des appellations (Jaune ou Sarcelle/Teal) le nombre de stades est il fixe, ou bien les développements s’effectuent ils de manière continue?

jeudi 15 novembre 2007

Le mythe de l'intériorité


Je voudrais ici développer un point important concernant la notion d’intériorité, à la base de la distinction «intérieur-extérieur» de AQAL, et surtout sur l'idée du «mythe de l'intériorité» qui conteste l'existence de cette intériorité.

Wilber, et avant lui pratiquement tous les philosophes «idéalistes» depuis Descartes, ont distingué la perspective de l’intériorité et celle de l’extériorité. La première est relative aux états mentaux vécus, et la seconde aux objets tels qu’ils nous apparaissent. En fait cette distinction, qui paraît assez naturelle, ne l’est pas pour tous les philosophes. Lorsque j’avais présenté, dans une conférence, cette différence entre intériorité et extériorité, des philosophes m’ont tombé dessus «Vous présentez une vision naïve. La distinction entre intériorité et extériorité a été depuis longtemps rangée aux oubliettes de l’histoire. L’intériorité est un mythe». Cela m’a laissé un peu coi.. d’une part j’imaginais bien qu’il y avait un grand nombres d’auteurs qui avaient remis en cause la notion d’intériorité, et d’autre part je sentais aussi que ce déni d’intériorité ne correspondait pas à la notion développementale proposée par Wilber.

Pour ce dernier, le quadrant «individuel-intérieur» (I-I) correspond essentiellement à la dimension subjective de la vie psychique, par opposition à la dimension objective («individuel-extérieur» ou I-E) telle que peut l’appréhender les neurosciences. Cette dimension subjective comprend non seulement les pensées conscientes, le moi, mais aussi tout ce qui est inconscient et que les différentes psychanalyses ont étudiées (Freud, Jung, Adler, Klein, Fritz, etc..), ainsi que ce qui est au delà du moi, c’est à la dire le « supra-mental » ou Soi, quel que soit le nom qu’on lui donne. Autrement dit, le quadrant I-I correspond en une perspective à la première personne de soi, étudiées par des disciplines telles que la psychologie, la religion et le mysticisme, c’est-à-dire le «spectre de conscience» allant du non-vivant jusqu’à la conscience non-duale, en passant par les sensations, les émotions, les concepts, et ce qui est au-delà du concept, ce que Wilber appelle «Vision-Logic». Il est important de noter que les créatures simples et même les entités non vivantes disposent d’une certaine intériorité, même si celle ci est extrêmement frustre.

En particulier, Wilber reprend le concept de Whitehead de la notion de «prehension» dont le sens normal correspond à celui de préhension en français, mais ici avec un sens différent. La «préhension» c’est la sensation (feeling) du contact d’un objet par un sujet. La capacité de ressentir le contact. Dans le domaine du non vivant, c’est comme si il existait une capacité intérieure à chaque chose à ressentir les influences physiques, champs électromagnétiques, grativationnels et autres, issues d’autres objets, ou plus exactement à percevoir les interactions qui existent entre les objets et le sujet et la transformation d’état qui en résulte. Dans le domaine du vivant, cela correspond à la vision de la cognition telle qu’elle a pu être appréhendée par Maturana et Varela : les capacités cognitives d’un organisme démarrent dès qu’il est possible de constituer une différence entre intérieur et extérieur et que l’organisme tend à maintenir son organisation (autopoïèse) et donc à se distinguer de son environnement en distinguant ce qui est soi du non-soi. Par exemple, les molécules des membranes des cellules sont orientées de telles manières qu’elles ne laissent passer certaines molécules que dans un sens. Cela signifie, et là je dépasse peut être la pensée de Wilber, que les robots ont une intériorité. Travaillant depuis des années sur des robots et des programmes intelligents, je considère qu’effectivement il existe une « intériorité » de ces programmes, surtout lorsqu’il existe un réel « grounding » de cette intériorité en relation avec l’espace, c’est-à-dire si l’entité est réellement capable d’agir et de percevoir son environnement, et si ses états intérieurs sont en relation avec cet environnement. En d’autre termes, un réseau de neurones formels attachés à des capteurs et des actionneurs, dispose d’une intériorité en termes de sensations et de raisonnement. Même si cela est difficile de savoir « comment vit le robot », on se trouve dans une situations où tout se passe comme si effectivement le robot disposait d’une intériorité, comme le monde de la tique analysée par Uexküll

En d’autres termes, tout être vivant dispose d’un monde vécu, d’une Umwelt, c’est-à-dire d’une vision d’une vision du monde (worlview) même si elle est très simpliste, qui est relative à la subjectivité de l’organisme, quel qu’il soit.
Mais en fait la notion même d’intériorité n’a pas toujours été considérée ainsi dans la pensée philosophie, et elle s’est confondue souvent avec introspection. Comme le signale Didier Moulinier sur son site :
Le problème de l'intériorité a longtemps été confondu avec celui de la connaissance du soi intérieur, par exemple sur le mode de l'introspection. D'après la doctrine classique, ce qu'on peut dire de l'intériorité suppose : 1° le caractère essentiellement conscient des phénomènes psychologiques et la transparence de la conscience au regard d'elle-même ; 2° l'indépendance de ces phénomènes vécus au regard du physiologique et du corporel, ce qui les caractérise en général comme "spirituels" ; 3° la nature individuelle et non partageable de ces vécus : raison pour laquelle l'introspection prévaut sur toute objectivation scientifique.

Le reste du texte, malheureusement, est écrit dans le style de l’école phénoménologique française, qui a un facheux penchant pour exprimer de manière compliquée ce qui est très simple à ceux qui ont pratiqué la méditation. Mais l’essentiel est là : lorsqu’on parle d’intériorité et de mythe de l’intériorité, notamment par Jacques Bouveresse (ref. livre), c’est à cette conception de l’intériorité qu’on se réfère, à cette équivalence entre intériorité et introspection, entre subjectivité et conception réflexive du sujet, entre vécu et description du vécu, et non à la simple perspective à la première personne, au «monde vécu» (Umwelt) de von Uexküll.

De ce fait, les critiques de l’intériorité, critiquent en fait l’existence d’un sujet transcendental, d’un sujet qui serait là avant d’exister dans un environnement culturel et matériel. Elles prennent le point de vue existentialiste de Sartre qui considère que du fait que l’existence précède l’essence, la vie psychique est un champ de bataille où s’affrontent un certain nombre de forces (que j’avais appelé «tendances» dans mon livre «Les systèmes multi-agents. Vers une Intelligence Collective») qui, selon lui restent extérieures à nous, même nos pulsions.. Tout cela montre que même Sartre aurait bien eu besoin d’une vision intégrale c’est-à-dire à la fois multi-persectivistes, intégratrices et développementales pour comprendre le rapport entre le moi d’une part et les forces biologiques, culturelles et sociales d’autre part. Effectivement il n’y a pas de moi sans culture et sans environnement. Il n’y a pas d’esprit sans corps, de réflexion sans des possibilités langagières qui ont développées au cours de l’évolution des espèces et de nos cultures humaines. Mais en même temps, nous ne sommes pas des corps vides uniquement mûs par des systèmes mécaniques, définis de l’extérieur, car notre système psychique a été élaboré en contact permanent avec notre environnement. Nous sommes donc à la fois une partie du cosmos, sur le plan neuronal, et en même temps un espace vécu émergent de cette complexité neuronale d’une part et de nos interactions avec le monde et les autres d’autre part.

C’est cette double identité de l’être à la fois comme corps (corps anatomique, corps physiologique, mais aussi corps neuronal) et comme esprit qui fonde profondément non seulement les êtres humains, mais aussi le Kosmos dans son intégralité, comme l’avait déjà très bien vu Spinoza.

samedi 3 novembre 2007

Développement spirituel Intégral


Voici une réflexion personnelle qui date du 4 Juillet 2007 et que j’ai ensuite remanié..

Cette présentation synthétique du développement spirituel vient de lectures (Wilber, sciences cognitives, etc..), des enseignements que j’ai reçu (tantra, bouddhisme, yoga, christianisme, kabbale, etc..) des réflexions, des prises de consciences, et des intuitions...

Le schéma est en fait assez simple :


  1. Le développement spirituel est fondé sur deux piliers : conscience et amour (ou compassion ou relation)

  2. Au niveau le plus haut, au niveau absolu, la conscience correspond à une vision non duale, dans laquelle on constate :
    1. Que l’on appartient à une évolution qui nous dépasse : on est seulement une petite « cellule » dans le grand tout.
    2. Cette évolution est liée à deux mécanismes : différenciation et intégration.
    3. L’amour est la partie qui relie (eros et agape) les êtres à différents niveaux.
    4. Chacun est porteur de lumière (conscience et amour), avec pour « mission » d’avancer dans cette voie et de participer à cette évolution Kosmique (L’Esprit qui se reconnaît lui-même), que l’on pourrait appeler le projet Kosmique, sauf qu’il ne s’agit pas d’un projet. cf. le projet Atman de Wilber.
    5. Au niveau le plus haut, il y a donc à la fois totalement perte de la notion de l’individu comme être séparé, et en même temps union de Soi à Dieu dans un sentiment de liberté fondamental : la vraie liberté c’est d’être le porteur conscient, et engagé du projet de la Vie.

  3. Il est possible de percevoir le Kosmos à son niveau le plus haut (Conscience et amour au niveau non dual).

  4. La prise de conscience de cela est relativement simple à faire intellectuellement. Finalement on a pratiquement tout ce qu’il faut dans le domaine scientifique (physique, biologie, anthropologie, histoire, sociologie, psychologie, philosophie) pour comprendre cela. Mais il ne s’agit pas de le comrpendre intellectuellement, mais de l'appréhender directement.

  5. La notion de soi séparé est liée, entre autre, à un mécanisme neuronal qui tend en permanence à nous faire croire que nous sommes séparés du monde. Que nous sommes distinct des autres choses et êtres. Notre langage aussi, par sa propension à tout voir en termes d’objets, nous y incite.

  6. Au niveau subtile : l’amour divin est vécu comme une gratitude, gratitude envers la Vie, gratitude envers tout ce qui nous entoure..

  7. La mort fait partie du Plan, fait partie de la Vie.. Pour la Vie, la mort n’est rien, qu’un élément du Processus général.. et plus exactement, la mort fait partie de l’aspect regénération et dissolution de la Vie. (La vie comporte deux aspects : un aspect Eros qui est croissance, foisonnement, exubérance,..) et un aspect Thanatos qui est dissolution, régénération par mort et recombinaison. Mais pour le « moi », c’est la peur totale. Comme l’exprime Wilber, une grande partie de notre culture consiste à vouloir jouir de la partie Eros en refusant Thanatos.. Mais en refusant Thanatos, on refuse l’accès aux niveaux transcendants (et en particulier les niveaux subtils et causals).

  8. L’importance de « tout se passe comme si ». Différenciation entre intérieur et extérieur. Analyse des choses de l’extérieur et de l’intérieur.. (pour comprendre cette entrée, lire les autres entrées du blog..)

  9. La voie de la Conscience passe par la décentration, la prise de conscience (awareness), la réalisation (au sens cognitif, « je réalise que ») et donc la méditation et la compréhension ; la voie de l’Amour et de l'énergie passe par l’absorption, la relation, le contact, l’immersion, l’intégration, et donc le mouvement, le corps, les sensations, le vécu immédiat, le rapport à l’autre (empathie, etc..). Les deux sont effectivement reliés à un certain niveau : il y a conscience de l’amour, et réalisation que l’amour entraîne la conscience. L’amour de l’autre est lié à l’empathie qui suppose une certaine appréhension de l’autre (même si au début cette appréhension est inconsciente, comme dans la fusion émotionnelle) et la conscience entraîne la compassion..


La prise de conscience perceptive (conscience) s’effectue par un ensemble de strates de mise à distance, de décentrations, qui nous font réaliser de plus en plus ce que nous sommes. Réaliser correspond en fait à une sorte de perception, une façon de voir les choses qui ne se résume pas à un simple modèle mental.. La spiritualité est un mouvement de développement en général (différences entre étapes et états). Voici quelques étapes importantes dans la vie spirituelle :
  1. Il existe un « autre monde » constitué d’énergies, que l’on peut percevoir éventuellement sous forme d’êtres, d’esprits (entités, divinités, anges, etc..)-Typiquement Violet, mais aussi le niveau Psychique de Wilber, les deux étant relativement liés (le niveau psychique étant le sommet des peak-expérience des Shamans issus d’une culture Violette).

  2. Prise de conscience que nous ne sommes pas le tout : existence d’une transcendence qui nous dépasse et qu’on vit comme un tout autre (Dieu, la Déesse) (niveau Bleu pour la partie dogmatique, et “subtile” pour la partie expériencielle)

  3. Dépassement de l’ego et prise de conscience de l’aspect divin qui existe à l’intérieur de nous.. Malheureusement très facilement repris par l’ego, ce niveau est très « dangereux » s’il n’a pas été nourri par le niveau précédent, s’il n’y a pas une prise de conscience fondamentale que Dieu est aussi totalement le « tout autre » (niveau “subtile”). Débouche sur le vide (et non pas sur « l’autre monde » énérgétique du niveau a, sinon c’est qu’on a récupéré tout cela par l’ego qui est très, très fort..), c’est à dire sur le niveau Causal.. Eventuellement entrée dans le non-dual (mais là je ne crois pas en avoir fait réellement l’expérience... quoique...)

jeudi 5 avril 2007

Site avec carte sur la vision intégrale

Voici un excellent lien en anglais sur la vision intégrale.. AQAL et SDI (Spiral Dynamics Integral): http://www.formlessmountain.com/
Et en plus c'est très beau..

On peut en particulier télécharger une superbe carte (en anglais) reprenant les principaux éléments de AQAL (la théorie de Wilber) et de la Spirale Dynamique (dans sa version intégrale, c'est à dire en intégrant les quadrants).

mercredi 21 mars 2007

Quelques liens sur la pensée intégrale de Wilber


Voici quelques liens sur la pensée intégrale de Ken Wilber.. Ces liens sont en anglais, sauf si cela est expressément mentionné..
Les sites de Ken Wilber
Le site de Integral Institute point de départ de l'ensemble des sites que gère l'institut créé par Ken Wilber.
Et en particulier Integral Naked qui comprend une quantité impressionnante de ressources video et sonores (nécessite un bon niveau d'anglais pour bien comprendre les fichiers sons). Intéressant pour voir et entendre K. Wilber (et pas seulement le lire). On peut aller aussi sur le site perso (en fait pas tant que ça) de K. Wilber. Contient en particulier un blog avec pas mal de réflexions au jour le jour..
Le site initial de Ken Wilber sur Shambala.com.. C'est sur ce site que j'ai découvert le bonhomme... Ce site contient un grand nombre d'information sur Wilber (la plupart écrites par KW lui-même) jusqu'en 2004 ce qui fait déjà beaucoup.. Parle déjà de AQAL et des holons..
En français quelques petits (tout petits) liens:
un interview de KW: http://www.human-side.com/wilber/InterviewShamb1.htm


Les critiques
Ken Wilber, comme tous les grands auteurs, suscite beaucoup de critiques.. Certaines me semblent fondées, d'autre pas tellement.. Le problème c'est qu'il semble y avoir un dialogue de sourds entre les deux camps. KW considère que les critiques ne critiquent pas son travail mais une représentation mal comprise de son travail.. Et les autres sont outrés.. C'est marrant lol.. surtout qu'il y a un côté "amoureux éconduit" dans leur démarche..
Donc pour avoir une vision "critique" de KW, aller sur le site de Frank Visser, (IntegralWorld.net) qui a écrit un livre sur KW qui s'appelle "Thought as passion" qui est très intéressant. De plus, il y a une section française permettant de prendre contact avec le travail de KW..

vendredi 16 mars 2007

Introduction à la pensée de K. Wilber (1)

Ken Wilber est très peu connu en France. Pour des raisons difficiles à comprendre, il a été très peu traduits en français, et le seul livre qui rend compte de ses positions actuelles « Une brève théorie du tout », a été publié par des éditions québecquoise.
De ce fait, bien qu’auteur prolixe (il a écrit au moins une vingtaine de livres et la plupart comprennent plusieurs centaines de pages), sa pensée est très peu connue en France (Wilber est autant traduit en français qu'en polonais.. et dans les deux cas, très peu traduit).

Wilber part d’une constatation : aujourd’hui, pratiquement tous les contenus de toutes les cultures nous sont disponibles. Il y a encore moins d’un siècle, lorsqu’on était né dans une culture, on n’avait à sa disposition que sa culture de naissance formée de concepts scientifiques, d’idées et croyances religieuses, de représentations culturelles, etc. Aujourd’hui nous avons accès aux contenus de toutes les cultures (chinoise, russe, aborigène, juive, européenne, américaine, etc. ) car le monde est devenu, par l’intermédiaire des techniques de communication et des possibilités de voyage, un village. On part faire un voyage d’une semaine en Mongolie, dans le Sahara ou même sur la banquise avec une très grande facilité, totalement inconcevable encore pour nos grands-parents (ou nos arrières grands parents pour les plus jeunes). Cela a eu comme conséquence de rendre la connaissance globale, disponible à tous : les réflexions, concepts, savoirs, théories, expériences et philosophies de toutes les civilisations (prémodernes, modernes ou postmodernes) nous sont maintenant totalement accessibles.
A partir de cette considération, que se passe-t-il si l’on cherche à comprendre ce que toutes ces civilisations peuvent nous dire sur le potentiel humain ? Que trouve-t-on si l’on se met en quête des points essentiels du développement humain, fondé sur l’ensemble des cultures disponibles, des grandes traditions ? Qu’obtient-on si l’on tente de créer une carte aussi complète que possible, une carte intégrale qui inclue les systèmes de pensée les plus avancés, les sagesses les plus profonds, les expériences les plus pertinentes de toutes ces cultures ?
C’est ce qu’a fait Ken Wilber, en s’appuyant lui-même sur d’autres auteurs qui avaient commencé le travail avant lui : A. Maslow, J. Piaget, L. Kohlberg, C. Graves et D. Beck, Jean Gebser, Sri Aurobindo, Teilhard de Chardin, Plotin, Shankara, N. Elias, C. G. Jung et bien d’autres.
Le principe consiste à assembler et à mettre en corrélation toutes les vérités que chaque culture prétend détenir. En mettant ensemble ces "vérités", on les considère comme partiellement vraies, c’est-à-dire vrais dans leur domaine de référence. Un peu comme la physique Newtonienne qui est vraie tant qu’on ne va pas trop vite ou qu’on ne va pas dans l’infiniment grand ou l’infiniment petit. Ensuite on essaye d’assembler toutes ces vérités partielles en un système intégré en se posant toujours la question : quel est le cadre, le système général qui permette d’intégrer le plus grand nombre de ces idées en un tout cohérent? Comment articuler au mieux les pièces de ce puzzle gigantesque ? Comment définir un "framework", un cadre conceptuel, une vision du monde qui incorporerait l'ensemble de ces vérités partielles et constituerait ainsi une compréhension générale et globale du monde?
Le résultat de cette quête résulte en un système, le « système intégral » que Wilber élabore, améliore et peaufine au travers de ses nombreux livres qui traitent aussi bien de psychologie, de spiritualité, de sociologie, d’histoire des idées que de théories de l’art, d’éthique ou de philosophie. De plus, il ne s’agit pas seulement d’une grande fresque théorique, mais aussi, et surtout depuis trois quatre ans, d’une base pratique pour le développement individuel et collectif, d’une plate-forme pour aider l’humanité dans son évolution.
Ce système intégral, bien qu’apparemment très complexe, apparaît finalement comme étant à la fois relativement simple et très élégant. Il s’agit d’ailleurs peut être de la qualité essentielle de K. Wilber : savoir intégrer tout un ensemble de pensées en un cadre cohérent, pratique et relativement facile à appréhender, même s’il révèle, une fois qu’on le connaît mieux, des richesses fabuleuses, des profondeurs insoupçonnables. Tout le système intégral tient en cinq facteurs : les niveaux, les états, les quadrants, les lignes, états et les types, et surtout dans leur interconnexion, dans leur relation les uns aux autres.