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vendredi 4 février 2011

Ce blog est fermé.. Allez sur Développement Intégral

Le blog Visions Intégrales  est maintenant fermé... mais tout son contenu se trouve maintenant sur Développement Intégral, un site qui fait la synthèse entre ce blog et Sexualité et Spiritualité l'autre blog dans lequel je publiais des articles..

Il y avait de plus en plus de recouvrement entre ces deux blogs et il était temps de passer à un site plus puissant, permettant de publier des articles à plusieurs et de constituer ainsi une plaque tournante sur l'approche intégrale, intégrant les aspects individuels et collectifs, sa partie conceptuelle et pratique, en prenant en compte les aspects relationnels, sexuels et spirituels.

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Jacques

lundi 12 octobre 2009

Richard Moss et le deuxième miracle

Je suis en train de lire le 2ème miracle de R. Moss. Prodigieux.. Un livre que je n’avais pas bien compris quand je l’avais parcouru il y a deux ou trois ans et qui devient maintenant lumineux. Il s’adresse essentiellement à ceux qui sont en train de s’éveiller, à ceux qui ont déjà aperçu la lumière de l’autre côté, ceux qui ont goûté à “cela”, cette unité avec toute chose et tout être et qui sont en cours d’approfondissement de leur démarche. Il peut aussi aider à dépassionner le débat de l’éveil spirituel, sa difficulté, voire son incapacité à l’appréhender quand on est du côté du moi, ou pour reprendre les termes de R. Moss, quand on regarde depuis la perspective du Premier Miracle.

Un livre très bien écrit, très simple. On sent l’auteur juste à côté de nous, très proche. En même temps distinct et relié.. A la lecture, on peut mieux comprendre pourquoi il y a tant d'éveils qui se passent en ce moment... Permet aussi de comprendre qu'il ne s’agit en aucun cas de "tuer" l'ego (cela le renforce), mais de l'intégrer à quelque chose de plus grand, ce quelque chose que l'on ne peut pas atteindre, mais qui s'ouvre à nous lors d'une conversion du regard, d’un changement de perspective. Certains ont eu des éveils fracassants, d’autre des éveils plus progressifs, ce qui fait dire à ces derniers qu’il s’est agit d’un “non événements”. En général, j’ai constaté que les éveils brusques se situent au début du voyage spirituel et que les éveils progressifs sont le résultat d’une pratique qui permet au divin, le jour où IL le veut, de venir nous réveiller de notre sommeil profond, de notre nombrilisme.

Une phrase me paraît en particulier intéressante, car elle renvoie à l’idée du projet Atman de Wilber dont j’ai déjà parlé dans ce blog. R. Moss écrit à propos de la célèbre phrase de Jésus "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" :
“Le paradoxe fondamental de tout enseignement mystique: ce qui est une simple affirmation pour l'être dans l'infini [celui qui a goûté au 2ème miracle] peut devenir un dogme qui nie la vie dans l'infini plus petit [du dévôt qui vit à partir du moi] (les encadrés sont de moi).”
Cette phrase peut sembler incompréhensible sortie de son contexte mais cela semble dire que les religions récupèrent au niveau du moi ce qui a été vécu par les mystiques au niveau du Soi, et ce faisant elles en font un dogme qui en constitue un profond contre-sens. Alors que le mystique perçoit la Vie et le Divin dans son bouillonnement à la fois infini, atemporel et en mouvement, le dévôt va essayer de les réduire à des choses (la réification de Dieu, ou le divin réduit à une chose. Note: à cet effet, écouter J.-Y. Leloup sur son CD, avec M. de Smedt, Qui est “Je suis”?), à les contraindre dans ses capacités cognitives.. Les églises sont ainsi pleines de pharisiens.. ☺

Et toute l’évolution de l’humanité, du point de vue spirituel, peut être vue comme une méprise totale entre les mystiques et les dévôts, les adeptes qui tentent de comprendre les visions des mystiques, c’est à dire en fait leur vécu, leur perception des choses telles qu’elles sont, en concepts du moi.
Cette évolution spirituelle passe par une évolution cognitive et une ouverture de plus en plus vaste à ce que nous sommes par un élargissement de conscience. Cette évolution peut être vue en parcourant les niveaux de la Spirale Dynamique:
  1. Violet: La première des visions spirituelles, c’est la magie. La Magie c’est la réinterprétation de ce qui se passe dans le monde en termes animistes, comme si nous projetions sur toutes choses notre mode de fonctionnement. L’intuition profonde, c’est que tout est vivant et organique. L’erreur c’est de croire que le monde fonctionne sur des bases humaines: le Soleil “veut” se lever le matin et il est marié à la Lune. Il est aussi fondé sur l’idée que “si je conçois X alors X existe ou X est vrai”. Si dans un rêve j’ai vu des êtres venant d’une autre planète, c’est que, réellement, il y a des êtres venant d’une autre planète qui sont venus me visiter.
  2. Rouge: La seconde des visions spirituelles, ce sont les Dieux de pouvoir, qui sont en fait des archétypes psychiques que nous projetons sur le monde: Il y a le dieu du commerce, de l’amour, des moissons, etc.. et ces dieux sont des intercesseurs vis à vis du monde phénoménal. L’intuition profonde, c’est l’existence de ces forces qui sont à l’oeuvre en nous et qui fondent notre rapport au monde. L’erreur c’est de croire qu’ils ont une existence objective et que, par nos dévotions et nos sacrifices, ils nous écoutent et agissent pour notre bien. Bouddha, a rejeté cette vision des choses, en considérant d’ailleurs que les divinités elles aussi étaient liées à la grande roue de la Vie..
  3. Bleu: La troisième est celle des religions dogmatiques. C’est celle qu’explique R. Moss dans son livre: la réinterprétation des visions des mystiques en termes de devoir: “tu dois aimer ton prochain!!” et si tu ne le fais pas, tu seras puni! Pauvre Dieu qui est ainsi transformé de Dieu d’amour en Dieu de punition, comme un vulgaire archétype du courant précédent..
  4. Orange: La quatrième c’est d’abord de projeter les lois sociales dans le monde (les lois physiques) comme s’il y avait un créateur qui avait produit ces lois, puis ensuite c’est de supprimer tout créateur.. En gros, il n’y a plus que les lois physiques qui tiennent comme cela en l’air, une sorte de super-machinerie dont on peut expliquer les rouages mais dont on n’arrive pas à comprendre ce qui fait qu’elle soit là. Comme le disent la métaphysique: “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?”. ça c’est un miracle, mais cette question est éliminée au quatrième niveau, car on a peur, à ce niveau là, que l’on revienne au dogmatisme précédent.
  5. Vert: Au cinquième niveau, l’intuition profonde c’est l’harmonie, le fait que toutes choses soient liées les unes aux autres, et en cela, ce niveau réintroduit souvent la magie (c’est ce qu’on appelle la vision “new age”), que toute vie doive être considérée comme importante. Mais en même temps, à ce niveau, on pense encore en termes de “moi”. De ce fait, on est facilement blessé par des paroles ou des actes, on est révolté par des comportements d’exploitation, des harcèlements, des comportements asociaux ou des individus profitent de leur statut de dominant pour imposer leur volonté à d’autres. De ce fait, le monde est encore vu en termes de bien ou de mal, sans prendre en compte la globalité du monde.
Le passage au deuxième cycle de la Spirale constitue le passage au 2ème miracle dont parle R. Moss. Pour C. Graves, celui qui créé les bases de la Spirale Dynamique. Dans le premier niveau, Jaune, cognitivement on s’ouvre au fait que nous sommes avant tout nos croyances sur le monde et qu’il y en a d’autres et que ces croyances peuvent être vues dans une perspective d’évolution.. Si on pense encore à partir de notre ego, on a de plus en plus “d’insights” d’une autre manière de voir les choses. Cela arrive sous la forme d’instants fugaces, de visions très éphèmères où l’on a l’impression d’avoir tout compris en une seconde, mais sans arriver à se souvenir de ce que l’on a vu.. Dans cette phase, on voit de plus en plus tout l’aspect systémique du monde. Et dans les niveaux suivants, la Vision s’approfondit, l’ego se mettant de plus en plus au service de ce second miracle qui intègre le collectif et le vivant dans son ensemble comme faisant partie de lui.

C. Graves écrivait dans un article “ Human Nature Prepares For a Momentous Leap” (j’ai juste remplacé les lettres qu'utilisait Graves pour parler des niveaux par les couleurs de la SD):
“The psychological keynote of a society organised according to Yellow thinking will be freedom from inner compulsiveness and rigidifying anxiety. Yellow man, who exists today in ever increasing numbers, does not fear death, nor God, nor his fellow man. Magic and superstition hold no sway over him. He is not mystically minded, though he lives in the most mysterious of "mystic" universes. The Yellow individual lives in a world of paradoxes. He knows that his personal life is absolutely unimportant, but because it is part of life there is nothing more important in the world.
Yellow man enjoys a good meal or good company when it is there, but does not miss it when it is not. He requires little, compared to his Orange ancestor, and gets more pleasure from simple things than Green man thinks he (Green man) gets. Yellow man knows how to get what is necessary to his existence and does not want to waste time getting what is superfluous. More than Orange man before him, he knows what power is, how to create and use it, but he also knows how limited is its usefulness.
That which alone commands his unswerving loyalty, and in whose cause he is ruthless, is the continuance of life on this earth.”
Et C. Graves écrivait cela dans les années soixante début soixante-dix, en essayant, intuitivement de comprendre le mode de pensée qui allait constituer le prochain niveau pionnier dans le développement humain. C’est à partir de cette humilité et de ce détachement de Jaune, qui ne s’intéresse qu’à la préservation de la Vie, que peut se produire le Deuxième Miracle que j’aurais plutôt tendance à associer directement à Turquoise dans SD (mais bon, c’est juste mon impression. Il faudrait la corroborer avec d’autres chercheurs qui à la fois connaissent la Spirale et ont eu ces insights profonds d’éveil, et il n’y en a pas tant que ça. Dès que j’ai du nouveau, je vous le signale sur ce blog).

Dans les niveaux du premier cycle, du Premier Miracle, comme l’écrit R. Moss
“Pour notre conscience du Premier Miracle, la souffrance est une chose finie avec des causes finies, et nous nous imaginons que le Salut pourra nous venir de la religion, ou de la méditation, de la science, la médecine, la pensée positive... toute panaéce bonne à pallier la misère et l’angoisse de notre moi du Premier Miracle à jamais fragilisé.. Ce n’est pas que toutes ces choses ne puissent, provioirement, alléger la souffrance: c’est qu’elles ne peuvent pas nous sauver. Il existe une dimension lus profonde à la souffrance, et elle est acausale: elle est part et partie de notre incarnation en évolution. Notre ego ne peut guérir cette souffrance à sa source.”
Il me semble que c’est certainement quelque chose comme ça qu’a voulu nous transmettre Bouddha avec les Quatre Nobles Vérités (le monde est souffrance, etc..) et qu’ensuite, il a essayé de trouver les moyens nous permettant de faire le chemin, sans passer par toutes les étapes qu’il avait vécu. Le problème n’est pas la douleur, mais la manière dont nous vivons notre rapport au monde qui transforme les événements de Vie en souffrance. La maladie et la mort, par exemple, sont des événements de Vie. Quoi que l’on fasse, ils font partie de la Vie depuis que le monde est monde. Mais pour le moi, c’est insupportable! Tout mais pas la mort pourrait être le credo du moi.. Il faut la nier, la supprimer de son regard. Et si par hasard, on ouvre son esprit à partir de la perspective du moi, c’est l’horreur du monde que l’on prend en plein dans le visage... Meutres, viols, trahisons, blessures et meurtrissures que l’on inflige aux autres mais que l’on s’inflige aussi à soi-même sous la forme de honte et de culpabilité, quête de plaisirs dérisoires qui amènent d’autres souffrances, recherches d’honneurs éphémères et vains, désirs de contrôles et de domination pour mieux masquer nos peurs, et notamment par dessus-tout, la peur de la maladie et de la mort.. C’est le visage du Samsara, du monde ici-bas tel qu’on peut le contempler depuis la perspective du moi, lorsqu’on ose regarder autour de soi..

Quelques grands philosophes, et notamment Schopenhauer, ont vu cette atrocité du monde.. Il y a quelques années, un ami m’avait dit avoir vu le monde ainsi, comme un “rouleau compresseur” terrible de la Vie. C’est Kali... Cela l’avait refroidi, et il a eu peur, ensuite, de reprendre contact avec cet absolu, qu’il a pris comme étant la Réalité..
(Note: on peut lire “Le principe de Lucifer” à cet effet, pour bien comprendre en quoi la Vie est effectivement terrible de ce point de vue. Pendant un ou deux ans, chaque fois que je m’ouvrais à l’humanité, je voyais le monde depuis ce point de vue, ce qu'exprime très bien Jacques Brel avec ses chansons, “Les Vieux”, “ces gens là”, “ne me quitte pas” ou “Mathilde” notamment, où il a su retraduire ce regard, cette sensibilité à l’humanité. Je remercie ici Sudheer de m’avoir ouvert le coeur avec J. Brel qui avait pourtant bercé toute mon enfance).

Cette première ouverture du coeur, cette vision de l’enfer sur terre, ouvre à la compassion. C’est terrible de vivre la souffrance de l’humanité.. Cela m’est arrivé, le coeur en larme, de maudire Dieu, de lui demander pourquoi il m’avait placé ici dans ce monde pour vivre ce cauchemar sans issue. Comme la vie de Schopenhauer a dû être triste!!

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Car au milieu de cette horreur, il y a le feu de l’amour qui peut poindre.. Cela peut commencer comme un simple rougeoiement, une lueur minuscule qui se trouve juste au milieu de cette désolation, de ce Samsara.. Cela s’exprime comme une sorte de nostalgie, une chaleur intérieure et puis cela enfle pour emplir l’être et le monde de sa chaleur (Ecouter “la quête” de J. Brel ou “Quand on n’a que l’amour”).. et parfois quand cet amour s’ouvre pour tous nos frères et soeurs humains, ou tout simplement parce que le mental s’arrête et qu’une intuition nous fait sentir que nous sommes partie intégrante de cette vie, que nous avons la chance de pouvoir expérimenter l’existence, alors nous entrons dans un autre espace, différent du premier, où la vision d’horreur s’arrête. C’est la perspective du Deuxième Miracle, où l’on perçoit que tout cela c’est seulement la Vie qui se cherche dans son chemin collectif vers la conscience, seulement la Vie qui nous réunit tous en elle avec amour, car nous sommes juste une partie d’elle. Quand le lion mange la gazelle, c’est la Vie qui se mange elle-même, qui vit dans cet acte.. Et les atrocités de l’histoire, à ce niveau absolu font partie aussi de cette marche d’évolution.. Alors, il n’y a plus que l’amour envers tous et toutes qui sont en fait d’autres moi, puisque à ce niveau “moi” n’existe plus, il n’y a plus que “cela” dont mon corps et mon âme sont une partie.. A ce niveau, pour moi, c’est Elohim qui me vient à l’esprit: le nom de Dieu qui est à la fois pluriel (Elohim est le pluriel de El, l’un des noms de Dieu dans la Torah) et singulier (il est utilisé dans la Torah comme s’il s’agissait d’un singulier). C’est le paradoxe absolu, au-delà de toute compréhension logique, mais plus vrai que la réalité du Premier Miracle.. A ce niveau là, dans cet espace là devrais je dire, l’amour envers l’autre n’est plus un problème, car il n’y a plus que de l’amour puisqu’il n’y a plus de différence.. Simplement deux bourgeons sur le même arbre de la Vie... et l’Amour emplit tout.. Vacuité, union, shunyata, hors temps et amour inconditionnel.. (pour se mettre dans cet état, écouter notamment la musique de Levon Minassian “Songs from a world apart”)

Mais comme le dit R. Moss:
“La causalité s’arrête dès que nous prenons l’infini pour référence: il n’y a plus ni victime, ni bourreau. Que nous le reconnaissions ou pas, chaque instant est une nouvelle naissance et ce qui naît n’est pas seulement le produit du passé, pas seulement l’effet de quelque cause antérieure, mais plutôt une part d’un cosmos en révélation permanente. L’univers et les êtres humains sont une révélation en train de se produire. [...] Certes nous souffrons, mais nous ne sommes pas seulement des victimes. Nous sommes ce qui se transforme dans la souffrance. Rien n’est figé: tout est en devenir, en évoluiton. [...] Le Présent est toujours prêt nous surprendre par un mouvement et une possibilité que nous n’aurions jamais vraiment imaginés et ne pourrons jamais pleinement contrôler. C’est précisément ce qui nous terrifie – et toute la bonne nouvelle. [...] Nous ne sommes pas seulement “cet aspect de la Nature qui prend conscience d’elle-même”. Nous sommes cet aspect de la Nature qui est en train d’apprendre à adorer le mystère de l’existence, en train d’apprendre à S’aimer [avec un ‘S’ majuscule]”.
Bon, tout cela fait un grand billet avec beaucoup de choses mises en vrac.. et certaines parties n’ont pas été faciles à écrire, car elles m’ont replongé dans l’horreur de cette vision du Samsara..

Jacques Ferber

samedi 8 août 2009

Est ce qu'on a le choix?

Une des questions philosophiques majeures concerne le statut du libre-arbitre. Est ce qu’on a le choix de nos actes? Je voudrais apporter ici quelques éléments qui montrent à la fois l'importance et la limite du libre-arbitre.

En général, quand on discute avec un ami, quand tout va bien, on voudrait croire que l’on a bien cette capacité à pouvoir décider de chacun de nos actes, que tout ce que nous faisons nous le voulons. Puis, si l’on est addict à un produit ou à une activité, on se rend compte rapidement que l’on est dépendant de ce produit ou de cette activité, sauf ceux qui veulent se leurrer sur eux-mêmes. Par exemple, les fumeurs qui vont chercher du tabac en pleine nuit à plus de 20km de leur domicile en disant que c’est pour le plaisir.. Il en est de même du désir sexuel qui nous pousse vers l’autre avec une force incroyable et à laquelle il est bien difficile de résister.

De ce fait, la psychanalyse avec l’inconscient d’une part, et les neurosciences d’autre part, montrent qu’en fait notre libre-arbitre est limité. On peut dire qu’on vit dans un espace de « tendances » de forces intérieures qui nous poussent dans un sens ou dans un autre. Lorsque ces forces ne posent pas de problèmes, c’est à dire qu’elles ne viennent pas en contradiction avec d’autres forces, elles nous mènent à une certaines satisfaction (par exemple manger un bon plat quand on a faim ou faire l’amour avec sa compagne/compagnon).

Au contraire lorsque plusieurs de ces forces sont en contradiction, on se sent écartelé entre plusieurs voix intérieures, dont certaines apparaissent comme angéliques et d’autres comme démoniaques, un peu comme dans les bandes dessinées de Tintin où l’on voit les tendances du devoir et des pulsions s’affronter). Nous somme ainsi le théâtre d’affrontements terribles, où différentes forces, incarnées par des “personnages”, chacun ayant sa voix intérieure, s’affrontent. C’est le démon qui affronte le devoir, l’enfant qui s’oppose au père, le licencieux qui tente de prendre le pas sur le sage.. Toutes ces voix sont alors les manifestations intérieures de toutes ces tendances psychiques, de toutes ces forces. Il est clair qu’il sera possible un jour d’expliquer tout cela sur le plan neuronal. Pour ma part je fais appel à certaines idées de M. Minsky et de D. Dennett: le cerveau est un ordinateur parallèle sur lequel un certain nombre de processus s’exécutent (en parallèle ou en séquentiel comme le mental), et ces processus (point de vue Extérieur dans AQAL de Wilber), nous apparaissent comme des personnages ou des forces qui s’affrontent ou s’allient (point de vue Intérieur dans AQAL).

Dans ce cas, où est le libre-arbitre? Et bien bizarrement, au milieu de tous ces affrontements, de toutes ces forces qui nous cherchent à nous pousser dans un sens ou dans un autre, il y a tout de même un “je” qui choisit. Parfois ce “je” laisse aller la pulsion, parfois il suit le devoir, parfois il suit le chemin du sage, etc.. mais dans tous les cas et dans toutes les situations, si l’on veut bien faire un réel travail de conscience, on se rend compte alors qu’il existe un tout petit endroit où “je” décide, où je laisse aller dans un sens ou l’autre les tendances. Dans ce théâtre homérique qu’est notre psychisme, dans cette mer tumultueuse de notre intériorité, il existe toujours (sauf si l’on est sous neuroleptiques) un endroit où nous décidons d’aller à droite ou à gauche, où nous écoutons certaines voix plutôt que d’autres.

Pour beaucoup, il existe une croyance “qu’on ne peut rien y changer”. Quelque part, c’est confortable. On n’est pas responsable de ce qui nous arrive, on subit ce qui se passe, et donc c’est pas de notre faute ce qu’on vit et ce qu’on fait... Mais cette approche nous coupe de nous mêmes, de cet endroit du ”je” où nous sommes profondément libre. De ce fait, lorsque “on ne peut rien y changer” on se vit comme prisonnier de la vie, comme subissant ce qui nous arrive, cherchant à glaner au dehors de nous un peu de réconfort. On cherche dans la drogue, le sexe, les gadgets, les fringues, etc.. un réconfort pour nous faire oublier notre situation misérable d’esclave. Et c’est juste cela le Samsara: le lieu des conditionnements que nous acceptons en croyant parfois qu’on est libre quand on ne fait que suivre une addiction et parfois qu’on “ne peut rien y faire” en se comportant en victime. Dans les deux cas, on reporte la faute de notre condition sur l’autre ou les autres: c’est le conjoint qui nous empêche de vivre, c’est la société qui nous exploite, ce sont les “grands de ce monde” qui complotent pour nous asservir. Ce qu’on ne veut pas voir c’est que c’est simplement nous qui avons abdiqué, que c’est nous qui avons choisi finalement d’être victime.
En réalité il n’y a qu’une issue qui est très bien développée par l’un des grands principes de la voie de l’éveil d’Andrew Cohen:
Renoncer profondément à être victime. Cela signifie que je suis auteur de tous mes actes et que j’en prend la responsabilité.

La phrase clé c'est: "j’ai le choix de mes actes et je prend la responsabilité de tout ce que je fais dans la vie"..

Tant qu'on ne prend pas la responsabilité de nos actes, en conscience, on reste dépendant et comme prisonnier du monde. Si l’on fait un réel travail sur soi, on se rend compte que depuis notre plus petite enfance, depuis que l’on a pu dire “je”, on a fait des choix: on a choisi d’être un bon garçon ou une bonne fille, on a choisi de se rebeller, etc.. Cela ne signifie pas que nous ayons à nous culpabiliser de nos choix, ce qui reviendrait à remettre une couche de boue supplémentaire sur notre vie (note: au lieu de nous libérer de nos conditionnement, on “adore” rajouter de la merde sur nos blessures en nous jugeant négativement. Mais cela ne fait que nous enchaîner encore un peu plus à des conditionnements sociaux et parentaux). Il s’agit au contraire de sentir la liberté qui existe en nous à chaque instant. Et cela nous invite à faire face à nos peurs profondes et de sentir que nous faisons le choix d’éviter ou non une situation qui nous fait peur. Par exemple, on peut se dire:
A chaque instant je décide par exemple de ne pas dire quelque chose qui va choquer l’autre parce que je préfère vivre ainsi ma relation et que j’ai peur de lui faire du mal.
Mais en fait, cette peur de faire du mal recouvre peut être une autre peur: peur que l’autre réagisse en nous repoussant, peur d’être abandonné, d’être seul, de ne pas pouvoir faire face à la vie si l’autre n’est pas là. Peur aussi pour les conséquences vis à vis des enfants, etc..
Prendre conscience qu’on fait ce choix nous permet d’aller plus profondément dans l’écoute et la compréhension de ces voix intérieures, de ces peurs d’enfants qui nous animent encore à l’état adulte.. Et ainsi être capable d’affronter ces peurs (c’est en cela qu’Andrew Cohen parle d’approche héroïque de l’éveil et de la conscience, car il s’agit d’affronter nos paresses et nos peurs, de dépasser nos conditionnements).

Sauf si l'on est esclave (et encore on a toujours le choix de se rebeller au risque de la mort), on choisit notre vie: on a toujours le choix de quitter son travail, de changer de vie, d'oser gagner moins. Mais si on ne le fait pas, c'est parce qu'on a peur des conséquences, qu'on a peur de ce qui pourrait arriver. Et c'est beaucoup plus confortable de mourir à petit feu en se disant que l'on est victime de notre environnement, du monde, de la société. Le plus grand des courage c'est de faire face à notre vie, à nos choix. C'est très dur à accepter, et je peux en parler, car j'étais vraiment un adepte du "on ne peut rien y faire" ou du "j'ai pas le choix".. Mais c'est le petit enfant qui parle en nous à ce moment là, en voulant fermer les yeux sur la vie et ce qu'elle entraîne.

Mais diront certaines personnes, ce que vous dites est totalement incompatible avec les théories non-duelles et notamment avec l’Advaita Vedanta qui nous dit que finalement nous n’avons pas le choix, que tout ce que nous faisons est déterminé, que nous n’avons que la possibilité de prendre conscience de ce qui se passe à tout instant..

En fait, pendant longtemps je pensais qu’il y avait une contradiction entre ces termes, mais bizarrement il n’y en a pas. Comme le dit Ramana Maharshi, il faut faire un grand effort, notamment sur le mental, qui suppose donc un certain libre-arbitre pour finalement se rendre compte que nous ne sommes qu’une excroissance de la Vie qui joue à l’intérieur de nous, du Divin qui fait l’expérience de la limitation à l’intérieur de nous.
Mais bizarrement, il n’y a pas de contradiction, car c’est juste à l’endroit du “je” intérieur, à l’endroit du libre-arbitre absolu que le Divin s’exprime. En fait, c’est en allant totalement dans la voie du libre-arbitre, en quittant la victime pour de bon et en prenant la responsabilité de nos actes (à condition de ne pas revenir à une notion de devoir qui serait en fait un retour en arrière) que nous atteignons l’endroit de ce que certains appellent notre “mission sur terre” ou ce qu’on pourrait appeler le lieu où la voix de Dieu s’exprime en nous (l’important n’est pas le nom mais l’expérience intérieure de ce lieu).

Etre libre de ses choix, ce n’est pas “faire ce que je veux quand je veux” mais prendre conscience de notre liberté de choisir telle ou telle action, en tenant compte totalement des autres et en étant entièrement responsable de nos actes. Et à cet endroit, si l’on s’ouvre à ce qui est plus grand que nous, on peut ressentir que ce choix qui nous anime profondément vient d’un au-delà du “je”, d’une plus grande profondeur à laquelle on peut donner le nom de Dieu, ou le Soi ou la Vie ou toute appellation en fonction de nos croyances.
En d’autre termes, aller vers le libre-arbitre total en tenant compte de la responsabilité de nos actes, c’est la “première et dernière liberté” comme le précise le livre éponyme de Krishnamurti, c’est être libre d’être ce que l’on est totalement, ce qui, d’un point de vue plus grand dépasse entièrement ce “je”. C’est paradoxal, mais quand on arrive au sens premier de toute chose, on tombe nécessairement dans le paradoxal.

Je veux préciser que je ne suis pas toujours juste dans tous mes choix, qu’il ne viennent pas toujours de ce “je” ou plus exactement que je m’illusionne que je dois faire cela pour telle ou telle raison, qui ne sont en fait que des illusions pour cacher mes peurs. Mais simplement, je sens et sais que en faisant cela, il n’y a que moi que je trompe, que moi que je veux bien illusionner. Il n’y a que des peurs derrière tout cela, et ces peurs doivent être affrontées.. Il n’y a rien d’autres que cela si l’on veut être profondément libre et entrer dans ce que le christianisme appelle “le royaume de Dieu”.

Et pour finir je voudrais donner une image qui résume ce qui vient d’être dit. C’est un peu comme si nous étions le barreur d’un voilier. Parfois, la mer, qui représente les événements de la vie, est tumultueuse, parfois elle est calme. Dans tous les cas, c’est nous qui choisissons notre route, mais la direction que nous avons à prendre, c’est notre étoile qui nous en donne le chemin. Nous avons juste à suivre l’étoile, pour trouver notre propre être, notre propre individuation. Nous sommes donc à la fois libre en tant que barreur – et il convient effectivement de se rendre compte que c’est nous qui donnons un coup de barre à gauche ou à droite, que c’est nous qui décidons de garder le cap ou de se laisser aller au gré du vent – mais pas libre en ce sens que le cap est donné par une étoile qui nous guide et qu’elle nous est propre. Andrew Cohen met plus l’accent sur le barreur, les visions non duelles sur l’étoile, certaines religions sur les moyens habiles à mettre en oeuvre pour arriver à barrer en toutes circonstances, mais il ne s’agit que d’aspects d’une même réalité...

vendredi 8 mai 2009

Notre Père... Que ta volonté soit faite

Il y a des oeuvres peu connues qui mériteraient une audience beaucoup plus large.. C’est particulièrement le cas de celle de Pierre Trigano, Kabbaliste, philosophe, interprète des rêves et analyste Jungien, qui, avec l’aide d’Agnès Vincent, elle aussi interprète de rêves et analyste Jungienne, propose un enseignement et une vision nouvelle et profonde de la Bible et des grands mythes. L’une des particularité de l’hébreu biblique, c’est de ne comprendre ni voyelles, ni espace entre les mots, ni ponctuation, hormis les points à la fin des phrases. De ce fait, les phrases du texte de la bible hébraïque sont initialement des suites de consonnes, que l’on lit en ajoutant des voyelles. Et comme me l’a enseigné Pierre, la Kabbale dit que Dieu a donné les consonnes, mais que c’est nous, les humains qui ajoutons les voyelles. Le texte sacré se doit d’être toujours et encore interprété et compris en fonction de notre niveau de conscience, en fonction de nos capacités, nécessairement limitées, à comprendre le message divin dans sa plénitude sans limite.. En d’autres termes, la vie est une co-création du divin et de l’humain (nous reviendrons sur ce point dans un prochain billet).

Afin d’entrer dans la pensée de Pierre Trigano, je vous conseille tout particulièrement ce livre “Notre Père” qui porte sur l’interprétation de la célèbre prière chrétienne. Les évangiles ont été écrites en grecques, mais Jésus (Ieshoua) parlait en araméen et pensait dans les termes de l’hébreu biblique. De ce fait, il y a une pensée hébraïque sous-jacente dans le texte de l’évangile que l’on peut ainsi comprendre et contempler comme s’il s’agissait d’un écrit en Hébreu.
De ce fait, ce livre nous plonge dans une vision très profonde et très éloignée de l’aspect dogmatique que l’on rencontre dans les interprétation chrétiennes traditionnelles. Pierre Trigano nous entraîne vers les profondeurs de notre être, vers l’essence de ce que nous sommes, en lien avec le divin, la Vie qui nous dépasse.

Je suis particulièrement attaché à cette phrase “que ta volonté soit faite... ” qu’après analyse on peut, sans rien changer au texte lire “Ta Volonté, ta joie, sera faite..” car suivre la voie du divin n’est difficile qu’au début, au moment de dire “oui je te suis, oui je viens avec toi”, au moment où l’ego renonce à ses jeux de domination, de comparaison, de jugements, et d’envies sans plaisir profond. Ensuite, suivre sa Volonté devient une joie de tous les instants.. N’avez vous pas vu le regard de ceux qui se sont éveillés? De ceux qui ont aperçu le divin au sein de chaque chose et de chaque être? La lumière et la joie qui se lit dans leur visage! C’est tout simplement ça suivre la voie du divin, voie à laquelle Pierre Trigano nous invite, en relisant ces textes avec un oeil nouveau, sans dogmatisme, et avec une jubilation de l’esprit et de l’être qui enchantera tous ceux qui, ayant été élevés dans la tradition chrétienne ou juive, veulent retrouver un sens nouveau dans leur racines..
En cela, Pierre Trigano se situe dans ce groupe de ces prophètes de notre temps que sont Annick de Souzenelle, Jean-Yves Leloup, Marc-Alain Ouaknie et quelques autres, qui nous montrent que la voie christique ou judaïque, et même les deux en même temps, prennent tous les deux leur source dans la pensée hébraïque et conduisent au même endroit, celui de l’ineffable, que les textes, aussi sacré soient-ils ne peuvent qu’approcher..

Dans d’autres billets je vous reparlerai de l’importance de l’enseignement de Pierre Trigano et Agnès Vincent, de leur démarche à la fois humble et proche, complexe pour l’ego et si simple pour le coeur, qui permet de donner une fondation solide et profonde à ce renouveau spirituel où le féminin sacré prend une place essentielle. Retrouver au coeur des textes bibliques les racines de ce féminin qui a été tant ignoré, tant abandonné, pendant tous ces siècles...

Et en lisant ce texte du notre père, écoutez la chanson “may it be your will” de Leonard Cohen, juif pratiquant et moine bouddhiste qui nous parle, à sa manière, de la même chose...

Livre: Pierre Trigano. Notre Père, manifeste révolutionnaire de Jésus l’Hébreu. Réel Editions. Février 2008.

jeudi 16 octobre 2008

Andrew Cohen à 50%


J’aime beaucoup les enseignements d’Andrew Cohen, mais à 50%. Andrew Cohen est un enseignement spirituel, fondateur de la revue “what is enlightment” (appelée maintenant “Enlightment Next” qui propose une voie spirituelle qu’il appelle l’éveil évolutif. Pour simplifier l’éveil évolutif c’est l’idée que nous sommes responsable du monde futur, car le monde futur se crée maintenant.
Si nous contemplons l’évolution du monde dans une perspective cosmique, on ne peut que sentir appelé à se réveiller, à vivre pour une raison qui nous dépasse totalement, pour devenir un véhicule puissant d’une potentialité humaine qui nous dépasse. On découvre qu’il est effectivement possible d’être l’expression de cette potentialité illimitée et alors on s’aperçoit que la seule voie pour impacter notre futur collectif c’est de s’éveiller – et devenir – le Soi authentique, cette part de nous même qui désire que nous soyons plus conscient, et qui c’est le cosmos lui-même qui évolue. [Texte tiré de l’un de ses enseignements].

Globalement, je suis assez d’accord: nous ne somme qu’un véhicule de la Vie qui se cherche au travers de notre évolution de conscience.. C’est d’ailleurs très exactement la perception que l’on a du point de vue Turquoise, ou “holonique” dans la Spirale Dynamique ou AQAL de Wilber. Cela revient à ressentir profondément que nous faisons partie de quelque chose qui, à la fois nous constitue, et a besoin de notre conscience la plus haute pour progresser dans son évolution. En d’autres termes, nous sommes au service de la Vie, cadre indépassable de notre existence, qui nous a créé, qui fait partie de nous et qui, au plus profond de nous même, nous pousse à grandir à devenir de plus en plus conscient de ce que nous sommes, mais qui se heurte à la part luciférienne de chacun, l’ego qui, en nous faisant vivre dans la dualité, nous donne l’impression que nous sommes séparés les uns des autres, que nous n’avons de compte à rendre à personne, et surtout pas à la Vie, et qui se trouve à la source de notre orgueil et de notre vision centrée sur nous-mêmes.

Mais dans cette approche, à laquelle je souscrit totalement dans ses grandes lignes, je trouve qu’il y a un certain dogmatisme (j’ai raison et les autres ont tort) qui peut donner l’impression d’une part qu’il n’existe qu’une seule voie (une valeur très Bleue dans la Spirale) et que d’autre part cette voie est radicalement différente des autres (distinction très Orange) alors qu’en fait, bon nombre d'éléments dont il parle font en fait partie de la plupart des voies spirituelles plus “classiques” pourrait-on dire. Quelques exemples:
  1. Il s’extasie de l’apparition d’une conscience collective auprès de ses étudiants qui dépasse chacun des individus et qu’il appelle “nous collectif”. Or cette conscience collective rappelle beaucoup ce qu’on appelle souvent “Egregor” et qui correspond effectivement au sentiment de vivre comme faisant partie d’une seule conscience collective. On la rencontre dans les écrits des premiers chrétiens comme dans ceux de la franc-maçonnerie, et cela fait partie de l’expérience commune de toutes les communautés spirituelles, lorsque chacun commence à se mettre au service de ce tout..
  2. Sa vision du Soi authentique correspond totalement à l’équation Brahman (ou Soi collectif, Dieu âme du monde, totalité, Vie, etc..) = Atman (ou Soi vécu du point de vue individuel). En gros cette idée du Soi qui se trouve être en même temps ce qui se situe à la racine de toutes choses, et l’être qui nous guide intérieurement, se retrouve dans les écrits Hindous comme dans les écrits les plus profonds de Carl Jung.
J'ai parfois l’impression qu’Andrew Cohen a créé une sorte de synthèse de l’hindouisme (l’ego est ce qui fait obstacle pour accéder à la transcendance, importance de la méditation, Atman=Brahman, etc.) et du protestantisme. Pour cette dernière, cela peut paraître bizarre car Andrew Cohen est juif d’origine, mais sa vision de l’individu qui se sacrifie au profit d’une oeuvre plus grande qu’elle et, que par sa pratique, il accomplisse les desseins de Dieu en travaillant à sa gloire (et ce faisant à son propre salut) sont caractéristiques du protestantisme (j’utilise d’ailleurs ici les termes du protestantisme plutôt que ceux d’Andrew). De plus, cet engagement individuel profond que chacun se doit d’avoir envers l’Eveil Evolutif (s’il ne le fait pas, c’est qu’il est encore dans les pièges de l’ego), est vécu comme un acte héroïque. Comme il l’écrit:
Ce monde plein de détresse ne pourra réellement changer que si l’individu accepte d’aller au-delà de l’aspect personnel d’une manière rien moins qu’héroïque. Une attitude moins radicale nous permettra de demeurer dans un état où nous voulons toujours quelque chose pour nous-mêmes –comme un mendiant qui mène une existence torturée, dans un état de manque perpétuel. C’est de cette manière que la plupart d’entre nous sont prêts à vivre leur vie.
Cet engagement est donc un acte héroique, et l’on entre dans cette voie comme un moine-soldat! Pourtant il existe d’autres voies pour à la fois dépasser les conditionnements de son ego et participer à l’oeuvre divine, voies que l’on rencontre dans toutes les grandes religions, Bouddhisme, Judaïsme, Christianisme, Islam et Hindouisme, certaines mettant plus l’accent sur des pratiques individuelles, d’autres sur l’importance d’agir dans le monde, même si ces religions opèrent traditionnellement à partir d’un niveau normatif Bleu.

Travailler à l'évolution positive du monde, c'est bien: il est clair que nous avons besoin de toutes les forces de conscience et d'âme sur cette planète si nous voulons que le monde prenne une autre direction que celle dans laquelle elle se trouve. Cela n'est pas nouveau, pratiquement tous les “créatifs culturels” (essentiellement des personnes de niveau empathique-pluraliste Vert) pensent, et agissent, selon cette perspective. Mais il veut aller plus loin. Sans vraiment nous dire comment, il nous dit: “Nous avons une responsibilité envers l'évolution de la race humaine”. En le lisant, nous ressentons au fond de nous une vague d'énergie: levons nous pour construire un monde meilleur, pensons nous. Et ça c'est justement un des pièges de l'ego: croire que sans nous le monde va à la dérive et que nous serons les sauveurs du monde. Quelques prophètes ont pu dire cela de manère authentique, et leur vie n'a pas été de tout repos.. Pour les autres, c'est juste entrer dans la pathologie du “messie”. Mais l'ego ne se situe pas que dans les individus, il loge aussi dans les groupes, les communautés qui pensent qu'elles ont la vérité et que les autres sont dans l'erreur. C'est l'ego collectifqui prétend ainsi, avec une certaine dose de conformisme (Bleu) qu'il est possible pour un groupe de sauver le monde, autre manière de prétendre être les élus.

Le monde aujourd'hui n'a pas besoin de sauveurs mais de guides bienveillants qui aide le monde à avancer, en l'interpellant avec fermeté soit, mais aussi en se penchant sur lui avec amour, avec compassion. Or c'est justement sur ce point que je pense que l’approche d’Andrew Cohen pêche le plus. Il manque à son système de développement spirituel la moitié de l’histoire, à savoir le féminin dans toutes ses dimensions d’extase, d’amour, et de compassion, féminin qui apparaît comme totalement absent de son enseignement, voire explicitement rejeté.

En effet, il ne se réfère jamais (mais alors jamais!) à des notions telles que l’amour, la compassion, et encore moins la sensualité, le plaisir et l’extase. Andrew Cohen est un guerrier: il suffit de le voir taper sur sa batterie (c’est effectivement un très bon batteur de Jazz-fusion) pour sentir l’énergie acérée qu’il déploie. Je n’ai rien contre le fait qu’il existe une voie qui mette en avant l’héroïsme, le sacrifice et la conscience (au passage, on notera que l’héroïsme au service d’une cause et le sacrifice sont des notions Bleues et non Turquoise. Au niveau Turquoise on ne sacrifie pas l’ego au profit d’une cause ou d’un collectif, on se perçoit dans le flux de la Vie, et il n’y a aucun effort à faire!) mais je récuse le fait qu'il n'y ait que cette voie, et qu'elle passe par l'effort et l'héroïsme!! Je comprend la réticence qu’il puisse avoir à parler d’amour, de compassion et d’ouverture du coeur, car ce sont des termes qui ont été énormément repris par le monde post-moderne (niveau Empathique-Pluraliste, Vert de la Spirale). Sauf que Vert fait l’expérience de l’amour et de la compassion à partir du moi (de l’ego) et non du Soi. Si Vert est le premier niveau de l’empathie (“je me mets à ta place” en conscience) il vit parfois l’amour comme une sorte de grande tendresse à prodiguer à tout un chacun: “amour et lumière, je te fais un hug et je suis bien dans tes bras”, voire avec une tendance assez narcissique de l’amour (“Je suis quelqu’un de bien parce que je fais preuve d’amour et de compassion”).

L’amour, aux niveaux supérieurs (l'Agapé christique dont parlent J.-Y. Leloup et C. Bensaïd dans leur livre Qui aime quand je t'aime?), c’est simplement le ressenti d’un élan total, vécu comme une sorte de courant ou de flux qui envahit le coeur et déborde au dehors, emplissant le monde d’un amour total envers tout ce qui vit, un amour qui est une sorte de grand amour maternel ou paternel envers les autres (même les ennemis dans ce cas) et l’ensemble de ce qui constitue la Vie.. Comme le disent les mystiques, on ne sent plus dans ce cas que c'est nous qui aimons, mais que c'est l'amour qui nous traverse et nous fait aimer les autres en nous rendant humble devant tout ce qui est. On ne ressent plus l'amour comme venant de nous, mais comme s'il venait de la Vie elle-même. C’est pourquoi les grands maître spirituels parlent d’amour et de compassion, voire d’amour inconditionnel, sentiment vécu au delà de l’ego.

Le manque de féminin dans l'Eveil Evolutif se fait particulièrement sentir dans le rapport à la sexualité, aux plaisirs, et d'une manière générale au manque de corps et de sensualité dans sa méthode.. car, comme un vrai protestant (ou un vrai brahmane d'ailleurs), il pense que tout cela est un obstacle vers l'éveil.

Ainsi, en éliminant les qualités féminines du rapport au corps, de l’amour et de la compassion, du plaisir et de la sexualité sacrée, Andrew Cohen se prive, d’après moi, d’aspects fondamentaux des niveaux supérieurs et d’accès à des dimensions allant au delà de l’ego pour l’intégralité de l’être. En même temps, comme je souscrit totalement d'une part à l’idée de l'évolution et d'autre part à celle de l'action individuelle et collective pour agir dans le sens d’une plus grande conscience, j’aime vraiment Andrew Cohen... mais à 50%... et c’est toujours avec plaisir que je lis sa revue ou que je rencontre des adeptes de l'Eveil Evolutif, car j'apprend toujours beaucoup de choses à leur contact.

lundi 21 janvier 2008

La vie se déroule inéluctablement


J'aime beaucoup cette video de YouTube qui montre des Britanniques depuis 1an à 100ans, chacun frappant la batterie.. Merveilleux hymne à la pluralité des êtres, et aux étapes de la vie..

L'une de nos plus grandes illusions, c'est de nous croire immortel... Qui peut penser quand il a 20 ans, qu'il aura 80 ans? Même si on peut le penser intellectuellement, c'est comme si quelque chose de profond en nous refusait la vie, car accepter la vie, c'est aussi accepter la dégradation, la mort, le fait de n'être qu'un petit maillon dans la chaîne de la vie... Notre illusion c'est de nous croire en dehors du monde, le monde étant notre "environnement", ce qui nous environne, ce qui est extérieur à nous.. En fait nous sommes une partie de cet environnement.. Prendre ce que j'appelle (avec d'autres) la vision de Dieu, c'est justement voir avec ses yeux, voir le côté "petit brin d'herber dans une prairie" de chacun, et de soi en particulier.. Accepter d'être juste un élément de vie, une cellule du Grand Tout..

Et accepter cela, c'est remettre les choses à leur place: la vieillesse comme la jeunesse sont des étapes dans un fil d'existence. Et ces étapes sont nécessaires, car elles permettent à la vie de se constituer, d'être ce flux en marche, ce devenir permanent, dans lequel il n'y a rien à atteindre...

Sentir cela, voir cela, ce que les bouddhistes appellent justement "être dans la vue", c'est entrer dans le nirvana: dans cet espace de conscience infini qui voit la vie se dérouler sans être affecté par elle.. Car à tous les moments de l'existence, c'est toujours la même Conscience-Témoin qui est ce "je" qui prend conscience.. A partir du moment où l'on commence à prendre conscience jusqu'à sa mort, le "je suis" inaltérable contemple.. Et il contemple l'évolution vers la mort et la vie en même temps.. Pour certains, voir cela, la première fois, peut être un grand choc, surtout s'ils n'ont pas le coeur ouvert, pour voir la merveille et l'amour qui réside dans cette évolution.. dans cette vie-mort qui est Vie et extase... quand Dieu se dédouble en Conscience(Shiva) et Shakti(énergie-matière) pour faire l'amour avec lui-même et vivre un orgasme infini...

samedi 3 novembre 2007

Développement spirituel Intégral


Voici une réflexion personnelle qui date du 4 Juillet 2007 et que j’ai ensuite remanié..

Cette présentation synthétique du développement spirituel vient de lectures (Wilber, sciences cognitives, etc..), des enseignements que j’ai reçu (tantra, bouddhisme, yoga, christianisme, kabbale, etc..) des réflexions, des prises de consciences, et des intuitions...

Le schéma est en fait assez simple :


  1. Le développement spirituel est fondé sur deux piliers : conscience et amour (ou compassion ou relation)

  2. Au niveau le plus haut, au niveau absolu, la conscience correspond à une vision non duale, dans laquelle on constate :
    1. Que l’on appartient à une évolution qui nous dépasse : on est seulement une petite « cellule » dans le grand tout.
    2. Cette évolution est liée à deux mécanismes : différenciation et intégration.
    3. L’amour est la partie qui relie (eros et agape) les êtres à différents niveaux.
    4. Chacun est porteur de lumière (conscience et amour), avec pour « mission » d’avancer dans cette voie et de participer à cette évolution Kosmique (L’Esprit qui se reconnaît lui-même), que l’on pourrait appeler le projet Kosmique, sauf qu’il ne s’agit pas d’un projet. cf. le projet Atman de Wilber.
    5. Au niveau le plus haut, il y a donc à la fois totalement perte de la notion de l’individu comme être séparé, et en même temps union de Soi à Dieu dans un sentiment de liberté fondamental : la vraie liberté c’est d’être le porteur conscient, et engagé du projet de la Vie.

  3. Il est possible de percevoir le Kosmos à son niveau le plus haut (Conscience et amour au niveau non dual).

  4. La prise de conscience de cela est relativement simple à faire intellectuellement. Finalement on a pratiquement tout ce qu’il faut dans le domaine scientifique (physique, biologie, anthropologie, histoire, sociologie, psychologie, philosophie) pour comprendre cela. Mais il ne s’agit pas de le comrpendre intellectuellement, mais de l'appréhender directement.

  5. La notion de soi séparé est liée, entre autre, à un mécanisme neuronal qui tend en permanence à nous faire croire que nous sommes séparés du monde. Que nous sommes distinct des autres choses et êtres. Notre langage aussi, par sa propension à tout voir en termes d’objets, nous y incite.

  6. Au niveau subtile : l’amour divin est vécu comme une gratitude, gratitude envers la Vie, gratitude envers tout ce qui nous entoure..

  7. La mort fait partie du Plan, fait partie de la Vie.. Pour la Vie, la mort n’est rien, qu’un élément du Processus général.. et plus exactement, la mort fait partie de l’aspect regénération et dissolution de la Vie. (La vie comporte deux aspects : un aspect Eros qui est croissance, foisonnement, exubérance,..) et un aspect Thanatos qui est dissolution, régénération par mort et recombinaison. Mais pour le « moi », c’est la peur totale. Comme l’exprime Wilber, une grande partie de notre culture consiste à vouloir jouir de la partie Eros en refusant Thanatos.. Mais en refusant Thanatos, on refuse l’accès aux niveaux transcendants (et en particulier les niveaux subtils et causals).

  8. L’importance de « tout se passe comme si ». Différenciation entre intérieur et extérieur. Analyse des choses de l’extérieur et de l’intérieur.. (pour comprendre cette entrée, lire les autres entrées du blog..)

  9. La voie de la Conscience passe par la décentration, la prise de conscience (awareness), la réalisation (au sens cognitif, « je réalise que ») et donc la méditation et la compréhension ; la voie de l’Amour et de l'énergie passe par l’absorption, la relation, le contact, l’immersion, l’intégration, et donc le mouvement, le corps, les sensations, le vécu immédiat, le rapport à l’autre (empathie, etc..). Les deux sont effectivement reliés à un certain niveau : il y a conscience de l’amour, et réalisation que l’amour entraîne la conscience. L’amour de l’autre est lié à l’empathie qui suppose une certaine appréhension de l’autre (même si au début cette appréhension est inconsciente, comme dans la fusion émotionnelle) et la conscience entraîne la compassion..


La prise de conscience perceptive (conscience) s’effectue par un ensemble de strates de mise à distance, de décentrations, qui nous font réaliser de plus en plus ce que nous sommes. Réaliser correspond en fait à une sorte de perception, une façon de voir les choses qui ne se résume pas à un simple modèle mental.. La spiritualité est un mouvement de développement en général (différences entre étapes et états). Voici quelques étapes importantes dans la vie spirituelle :
  1. Il existe un « autre monde » constitué d’énergies, que l’on peut percevoir éventuellement sous forme d’êtres, d’esprits (entités, divinités, anges, etc..)-Typiquement Violet, mais aussi le niveau Psychique de Wilber, les deux étant relativement liés (le niveau psychique étant le sommet des peak-expérience des Shamans issus d’une culture Violette).

  2. Prise de conscience que nous ne sommes pas le tout : existence d’une transcendence qui nous dépasse et qu’on vit comme un tout autre (Dieu, la Déesse) (niveau Bleu pour la partie dogmatique, et “subtile” pour la partie expériencielle)

  3. Dépassement de l’ego et prise de conscience de l’aspect divin qui existe à l’intérieur de nous.. Malheureusement très facilement repris par l’ego, ce niveau est très « dangereux » s’il n’a pas été nourri par le niveau précédent, s’il n’y a pas une prise de conscience fondamentale que Dieu est aussi totalement le « tout autre » (niveau “subtile”). Débouche sur le vide (et non pas sur « l’autre monde » énérgétique du niveau a, sinon c’est qu’on a récupéré tout cela par l’ego qui est très, très fort..), c’est à dire sur le niveau Causal.. Eventuellement entrée dans le non-dual (mais là je ne crois pas en avoir fait réellement l’expérience... quoique...)

Up from Eden et Atman Project


Up from Eden et Atman Project sont des livres prodigieux, car ils contiennent réellement les pensées originales de K. Wilber. Ce qui permet de mieux comprendre le développement de sa pensée. Surtout que ce livre développe les aspects de base, et les données qui lui ont permis d’étayer son travail.

Il dit une chose très intéressante, sur le rapport entre la culture, le « moi » et la mort. Ce qu’il dit c’est que l’être humain cherche la transcendance, et l’union avec Dieu (sous quelque forme que ce soit), car cela fait partie du processus de développement, du « projet Atman ». L’évolution vers une plus grande conscience est au cœur du processus de croissance. Non pas qu’il y ait une direction précise qui soit donnée, non pas qu’il y ait quelqu’un qui développe chaque barreau de l’échelle de développement d’une manière linéaire, mais simplement que l’accroissement de complexité et la capacité à un certain moment d’apparition de la conscience fait partie directement du processus même d’évolution.

Donc, d’une part, nous avons pratiquement câblé au fond de nous même, sous la forme d’un engramme qui nous pousse à grandir, comme les enfants qui cherchent à être plus grand, mais d’autre part, le développement a justement produit quelque chose de très complexe qui s’appelle le « moi ». Ce moi est fondamental dans le développement de l’évolution, car il permet un certain nombre de choses et de réalisations que les états « pré-ego », ne permettent pas. Mais ce faisant, ce moi constitue à la fois la merveille et l’obstacle du développement. Car ce moi se vit comme séparé des autres moi. Alors que l’animal et le bébé vit dans une sorte d’indifférenciation, l’être humain adulte se vit comme séparé du monde, comme distinct de tout ce qui l’entoure. En fait, c’est cette distinction qui est le produit du développement cognitif (lequel est fondé en premier lieu sur les opérations de distinctions, de classification et de hiérarchisation des classifications, et ensuite sur les opérations d’enchaînement causales (abductives et déductives)).

Mais cette distinction entre soi et le monde a une conséquence importante : le moi ne veut plus mourir, il ne veut plus se laisser aller dans le flux même de la vie. De ce fait, il existe une contradiction et une tension entre d’une part le désir profond de l’individu de s’unir à la Vie, et d’autre part sa résistance due à la peur du moi de mourir. De ce fait, le moi se transforme en ego et il construit un ensemble de substituts symboliques (argent, pouvoir, sexe, biens en tous genres) pour se faire croire à lui-même qu’il est immortel, pour se faire croire à lui-même qu’il est devenu tout puissant, qu’il dirige sa vie, que son corps lui appartient, que ses biens sont « à lui » et qu’il ne peut pas en être déposséder, qu’il est au dessus de la maladie et la mort (qui n’arrivent qu’aux autres).

Ces substituts symboliques sont à la base de ce qu’on appelle la culture, qui prend donc sa source en grande partie dans la constitution d’éléments symboliques permettant au moi de se faire croire qu’il est l’Atman, le Soi.. Comme le dit Wilber (p16 en bas) : « [l’être humain] vit son moi séparé comme étant immortel, central, fondamental, d’une importance totale. De ce fait, il substitue l’ego pour l’Atman. Au lieu de se sentir comme étant la totalité et hors du temps, il substitue le désir de vivre pour toujours, au lieu d’être un avec le cosmos, il substitue le désir le désir de posséder le cosmos, au lieu d’être un avec Dieu, il cherche à jouer à Dieu . De ce fait le projet Atman c’est donc une tentative pour retrouver l’Atman, le Soi, mais une tentative qui en même temps prend le chemin pour empêcher cette reconnaissance du Soi. C’est le désir impossible pour le soi individuel de devenir immortel au centre du cosmos et essentiel au reste du monde (all-important), mais un désir fondé sur une intuition correcte que la proche Nature de chacun est effectivement hors-temps et éternelle. L’Atman project ce n’est malheureusement pas la prise de conscience par l’individu que sa nature la plus profonde est déjà Dieu, infini et éternelle, mais la croyance de l’ego qu’il devrait être Dieu, immortel, niant la mort et tout puissant. En d’autres termes, il y a l’Atman, la nature profonde de chacun, et le Projet Atman, dans lequel le moi voudrait devenir le Soi à lui tout seul.

Le projet Atman est alors à la fois une compensation pour l’apparente (mais en fait illusoire) manque d’Atman, et une pulsion pour essayer consciemment de le recapturer. Il faut donc comprendre deux choses : le projet Atman est un subtitut de l’Atman, mais il contient en même temps une direction pour recapturer l’Atman. Et comme je (KW) vais essayer de le montrer, c’est finalement le projet Atman qui fait avancer l’histoire, fait avancer l’évolution des êtres et des peuples, et fait avancer la psyché individuelle. Et c’est seulement quand le projet Atman arrive à son terme, que le véritable Atman apparaît. C’est aussi la fin de l’histoire, la fin de l’aliénation et la résurrection du super-conscient Tous. »

La mort est alors au centre de ce développement : c’est parce qu’il refuse la mort, que le moi construit tout cet échafaudage qui constitue le projet Atman. Et cet échafaudage, lorsqu’il est partagé par un ensemble de personnes s’appelle la culture. Elle est composée de tout un ensemble de substituts symbolique du Soi (Atman). La Totalité du Soi, qui n’est ni subjective ni objective, mais seulement tout, ne pouvant être réalisée (à cause de la mort de l’ego qui lui est liée), le moi compense par une visée symbolique et subjective visant à faire croire qu’il est le Soi. De ce fait, le moi séparé, est mû par deux forces distinctes et complémentaires : d’une part tenter de perpétuer sa propre existence (Eros) et d’autre part essayer d’éviter tout ce qui peut lui faire craindre la dissolution (Thanatos). Le moi se défend ainsi de toutes ses forces contre sa propre dissolution, sa disparition et son intégration dans quelque chose de plus grand que lui, tout en cherchant à affirmer sa prétention à être au centre du monde, omnipotent et immortel (Eros). Le combat d’Eros contre Thanatos, de la vie contre la mort, c’est le combat de l’affirmation contre la dissolution. Mais du point du vue du moi, l’affirmation du moi, la lutte contre la dissolution devient la Vie (puisqu’il s’identifie à la divinité éternelle), le Bien et la mort devient ce qu’il faut combattre, la Non-Vie, le Mal. Mais cela est une illusion du moi, qui sépare et qui « dualise » les deux principes d’Eros et de Thanatos, Vishnu et Shiva (ou Parvati et Kali) deux forces essentielles et complémentaires du développement humain. Cette lutte d’Eros et de Thanatos constitue la dynamique et la peur fondamentale du moi, lequel s’identifie à Eros (l’affirmation, le rayonnement, la puissance, ..) pour lutter contre Thanatos (l’ombre qui veut dissoudre le moi dans quelque chose de plus grand. C’est ce qu’on appelle parfois la peur « métaphysique » de l’être (qui suis je moi qui vais mourir un jour ?) peur qui ne peut disparaître que lorsque l’individu se dissout dans le grand tout, c’est-à-dire lorsque le moi séparé, l’ego, meurt et se dissout dans le Soi, ce qui est justement sa plus grande peur !!

Le problème c’est que le moi n’arrive pas à se faire passer totalement pour le Soi : lorsque l’individu est malade ou blessé, lorsqu’il perd des biens à cause du « destin », lorsqu’il voit disparaître ses amis, lorsque des êtres chers le quittent, ou qu’il voit effectivement poindre le visage de la mort, alors le masque de l’immortalité et de la toute puissance tombe et il se retrouve seul devant sa propre disparition. C’est la réelle angoisse devant la mort, la peur qui se transforme en effroi : « tu vas mourir !! »

Pour compenser cette peur, le moi, qui est un substitut subjectif du Soi, construit un ensemble de substitut objectifs qui vont lui faire croire pendant un temps qu’il est effectivement immortel et tout puissant : réalisation d’objectifs, possessions, gains, victoires sur les autres, domination, accumulation de richesses qui constituent comme autant de victoires contre la mort. [note : c’est d’ailleurs un des grands thèmes du romantisme que de mettre en jeu des personnages qui luttent contre la mort, lutte bien évidemment vouée à l’échec. Cf. le Septième Sceau où l’on voit un homme qui joue aux échecs contre la mort]. Mais tout cela ne sont effectivement que des substituts, des objets de substitution pour l’ego, pour qu’il croie à sa propre divinité, sa propre immortalité et toute puissance.

Cette manière de penser de Wilber est très parlante d’après moi, car elle permet de relier les aspects culturels aux aspects du développement de conscience individuelle et collective.

jeudi 1 novembre 2007

Michel Onfray, l'athéisme et les églises

Je viens d’écouter Michel Onfray sur France Inter. C’est un philosophe intelligent, qui n’a pas peur de ne pas vivre dans la conformité des philosophes universitaires que je connais et qui passent leur vie à découper des confettis en quatre pour analyser tel philosophe par rapport à tel autre. Au moins M. Onfray a du courage : le courage d’affronter la différence, de transmettre la philosophie et de vivre ce qu’il enseigne, ce qui est vraiment rare. En cela, il reprend réellement la traditions des cyniques et des épicuriens grecs.

Comme le dit la quatrième de couverture de sa contre-histoire de la philosophie : « Le point commun de tous ces individus ? Leur goût d'une sagesse praticable, d'un vocabulaire clair, d'un exposé limpide, d'une théorie à même de produire une vie philosophique. A la manière des sages antiques, tous tournent le dos au langage obscur, à la philosophie pour philosophes, aux discussions de spécialistes, aux sujets professionnels pour faire de la philosophie un art de vivre de bien vivre, de mieux vivre. » En cela, Michel Onfray est bien dans la lignée de tous ces philosophes qui essayent de vivre leur philosophie au jour le jour.
En même temps, et tout à fait logiquement, M. Onfray est un grand athée. Il a vécu certainement le pire du christianisme, en passant son début de l’adolescence dans un pensionnat tenu par des prêtres salésiens. On peut comprendre que finalement toute son œuvre soit l’expression d’une révolte contre le platonisme et donc l’idéalisme, et le christianisme en tant que dogme.

De ce fait, à l’en croire, il n’y a que deux voies possibles : soit celle du Dieu extérieur des grands monothéismes, tels qu’ils ont été traduits par les grandes églises, soit celle de la mort de Dieu, au sens Nietzschéen. L’être humain étant seul devant son propre destin, qu’il doit alors prendre en charge à bras le corps. Michel Onfray a très peur d’un retour du religieux. Il le clame sur tous les tons. Comme l’indique la quatrième de couverture de son Traité d’athéologie :
« Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place et de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme e l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré? »

Il n’a pas tort, les religions monothéistes patriarcales ont réellement été tout cela. Elles ont professé la haine de la vie au nom de Dieu, elles ont opprimé des peuples, soutenu les colonisations, soutenu l’esclavage. L’Islam a été un modèle d’impérialisme, le Prophète ayant été, entre autre choses, un grand chef de guerre. Le christianisme a soutenu les croisades, permis toutes les atrocités « Dieu reconnaîtra les siens », l’inquisition, et j’en passe. Le Judaïsme a pour lui le fait que les juifs ont surtout été dominé. Mais dès qu’ils ont la possibilité de dominer, comme par exemple dans le cas de la guerre en Palestine, toute la frange traditionnaliste et intégriste du Judaïsme s’est toujours rangée du côté du rejet des non-juifs (mais il faut bien reconnaître que le judaïsme n’a pas eu la même capacité à détruire que l’Islam et le christianisme).

Mais à côté de ces atrocités, il y a aussi tous ces mystiques qui ont rencontré le Divin, et qui ont tenté d’apporter le message de paix et d’amour qui règne au plus profond de cette démarche. Ce sont François d’Assise, Thérèse d’Avila et Maitre Eckhart notamment dans le christianisme, la voie Soufie dans l’Islam, et la kabbale dans le judaïsme. On notera que dans le christianisme, à l’encontre de deux autres monothéisme, il n’y eut pas de voie mystique bien reconnue. Ce ne sont que des individus séparés, qui n’ont pas eu la possibilité, essentiellement à cause des ennuis que leur hiérarchie leur a causé.

Mais malheureusement, Michel Onfray n’a pas une vision réellement historique et développementale des sociétés et des formes religieuses en particulier. Sinon, il aurait noté que le christianisme notamment a introduit une limite au pouvoir individuel. Bien sûr l’église a combattu la liberté et la vie, mais elle a aussi introduit une notion de lois applicable à tous (la loi divine), et lutté contre le pouvoir du plus fort qui était le mode de fonctionnement des sociétés. N’oublions pas que le père était alors tout puissant : le « pater familias » décidait de tout et avait pratiquement pouvoir de vie et de mort sur toute sa famille, que c’est l’église qui a obligé que les époux donnent leur consentement, un avantage par rapport aux pratiques précédentes ou la femme n’avait jamais voix au chapitre. Le christianisme a lutté et interdit l’esclavage. Malheureusement, comme nous le savons, il l’a autorisé contre les noirs africains, qui n’étaient pas considérés comme des êtres humains à part entière, à la différence des indiens d’amérique du sud. (cf. la controverse de Valladolid).

Avant les grandes religions monothéistes, la notion de culpabilité morale n’existe pas : les comportements étaient directs et brutaux. Quand on voulait quelque chose, on le prenait si on avait la possibilité de le faire. Comme si les individus n’avaient pas encore de surmoi : les pulsions du moi égotiques pouvaient s’exprimer sans aucune contrainte morale. Les philosophes grecs et romains sont en fait les arbres qui cachent les forêts de la condition particulièrement brutale de l’humanité dans l’antiquité. Mais l’antiquité, comme tout ce qui a trait au mode de vie d’avant les religions monothéistes a tendance à être idéalisé. On souvent tendance, en particulier dans les cours de philosophie, à prendre les auteurs grecs comme le mode de vie standard des individus, et à croire que la morale Aristotélicienne était partagée par l’ensemble des personnes. Mais ce n’était pas le cas.

N’oublions pas que même à Athène, l’esclavage, le viol et l’ostracisme envers les femmes (qui avaient surtout le droit de se taire) régnaient en maître, et que seuls un petit nombre de mâles (les citoyens) avaient le droit d’influer sur le destin de la cité. Et on ne parle pas des autres cités !! En termes de Spirale Dynamique, l’humanité était alors au stade égocentrique (rouge), celui des dieux de pouvoir et de la puissance pratiquement illimitée des pulsions égotiques.

Les églises monothéistes ont introduit quelque chose de fondamental : la loi morale. Il existe une loi qui est au dessus des humains et qui guide leur comportement. Cette loi est collective et définit un ordre cosmique a priori dans lequel chacun, à condition qu’il suive cette loi, possède sa place. Les pouvoirs individuels ont été limités et les pulsions de possession sexuelle (viol) et des biens (pillages) ont été limités à l’intérieur de la communauté des fidèles. Malheureusement, cette vision n’allait pas jusqu’à prendre en compte ceux qui ne croyaient pas dans le même dieu. Dans ce cas, les pulsions de meurtre, de viol et de pillage étaient autorisées. C’est ce qui s’est passé dans les croisades et c’est ce qui a permis le commerce des esclaves africains. Donc les églises monothéistes ont diminué la violence à l’intérieur de la communauté des fidèles, ou ont essayé de lui donner un visage rituélique (les combats « chevaleresques »), mais on laissé la violence s’exprimer à l’extérieur de cette communauté, auprès des athées, des infidèles, des païens et des gentils. En d’autres termes, on est passé d’une vision égocentrique à une conception dogmatique, ordonnée et culpabilisante du monde (Bleu en termes de SD). Bien entendu, cette vision dogmatique est datée : les freins posés aux pulsions agressives ont aussi tué les penchants hédonistes, les aspirations naturelles à désirer et être désiré dans le respect de l’autre. De ce fait, toutes les appétits à la jouissance corporelle, sexuelle notamment, ont été combattu par les églises qui ont vu dans la sexualité et surtout dans le plaisir la marque de Satan.

Mais cette vision dogmatique a déjà été déboulonnée de son piedestal par le développement de la raison, par l’Esprit des Lumières, et par le développement du corps roi au cours du 20ème siècle. L’hédonisme est déjà présent dans la société. Il suffit de lire les magazines pour constater que la jouissance individuelle règne en maître. Michel Onfray n’a plus besoin vraiment de faire l’apologie de l’athéisme et de l’hédonisme : il domine déjà la société. Il ne fait ainsi que de défoncer des portes grandes ouvertes dans les sociétés développées.
La science, la philosophie, et d’une certaine manière la raison ont déjà eu raison du christianisme dans la plupart des pays occidentaux (avec l’exception notable des Etats Unis, mais j’y reviendrais dans un autre post).

Effectivement, l’Islam en France pose un problème, car son développement, surtout dans sa frange intégriste, nous fait revenir au dogmatisme. De ce fait, l’Islam pose réellement un problème, et il faudrait que les islamistes modérés fassent encore plus entendre leur voie, pour qu’il y ait réellement un dépassement de la vision dogmatique classique, pour éviter que cet Islam qui se développe dans les pays avancés ne cause une régression. En même temps, il est important que cette évolution soit effectuée de l’intérieur, c’est-à-dire par des musulmans modérés, car lorsque l’Islam est critiqué par un non-musulman, cela est vécu comme une attaque de l’extérieur, ce qui tend à renforcer encore plus la crispation traditionaliste et intégriste. Juste une appartée : il est clair que ce ne sont ni le Christ, ni Mohammed qui sont la cause du dogmatisme, bien au contraire.. Ils ont apporté un message d’ouverture, d’amour et de développement de soi. Mais les églises chrétiennes comme l’Islam ont (sauf à la marge) interprété ce message avec rigidité, sans comprendre réellement le sens des paroles des ces grands initiés. Malheureusement, il faut avoir soi même déjà suffisamment avancé dans la voie spirituelle pour comprendre ces messages avec toute l’élévation qui s’y trouve, et qui est généralement en désaccord complet avec les traditions religieuses des églises institutionnelles.

Donc Michel Onfray se trompe d’ennemis et sa position aurait été utile au début du XXème siècle. Il frappe un agonisant, le christianisme, alors que la critique actuelle devrait au contraire porter sur l’hédonisme, sur l’individualisme et sur le matérialisme. Non pas pour revenir à une vision dogmatique, mais au contraire pour faire évoluer l’individu vers une conception qui intègre l’individu et le collectif, et qui ré-intègre la spiritualité comme contemplation et vécu de ce qui nous dépasse

dimanche 30 septembre 2007

Papa, qu'est ce que la spiritualité?

Cette question de ma fille Héloïse (11ans) me touche et me laisse assez démuni alors que je pense être, sinon un expert, tout du moins quelqu’un dont cet aspect constitue une part importante de sa vie. Et pourtant j’ai eu du mal à lui répondre. Comment expliquer ce qu’est la spiritualité à un enfant ? Comment lui faire comprendre ce terme, sans entrer dans trop de détails ? Donc je vais ici me lancer dans une tentative de définition de ce terme, sans bien entendu avoir la prétention d'y répondre totalement..

D’abord, la spiritualité est liée à un « sens intérieur », une conscience de l’existence de quelque chose de plus grand que soi. La reconnaissance que notre existence est liée à quelque chose qui dépasse nos sens et notre quotidienneté.

Bon, si vous êtes totalement athée et matérialiste, cela ne va vous faire ni chaud ni froid. Mais plutôt que de le voir comme un vécu, on peut aussi le voir comme un processus de recherche.
La spiritualité est profondément liée à une quête de sens, de signification. Il commence avec le « pourquoi » de l’enfant auquel le parent ne plus donner de réponse et qui répond avec un « c’est parce que c’est comme ça ». La spiritualité, c’est d’abord l’espace où cette réponse, « parce que c’est comme ça » est mis en doute, est observée et contemplée. Il y a une sorte de prescience qu’il y a quelque chose derrière le « parce que c’est comme ça », et que l’on peut essayer d’appréhender et de toucher du doigt cette Réalité Ultime qui se cache derrière cette réponse toute faite. En même temps, commencer à s’interroger sur la nature de cette réalité, c’est entrer dans le domaine de la philosophie et plus particulièrement de la métaphysique. Bien que j’adore personnellement cette voie, ce n’est pas celle qu’emprunte la spiritualité. La démarche spirituelle en effet récuse cette approche, trop mentale à son goût. Pour la spiritualité, la réponse à cette question se situe au delà du mental, au delà des réponses logiques, au delà des mots et des discours.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a une réponse et que cette réponse est à la fois Lumière et Amour, Conscience et Compassion. Je mets volontairement des majuscules à la première lettre de ces mots, car cela signifie qu’ils doivent être pris dans un sens plus profond que celui que l’on utilise généralement. Cette bonne nouvelle a été annoncée par une quantité de mystiques, de Bouddha à Rumi, de Jésus à Padmasambhava, de Tilopa à Ste Thérèse, etc.. qui ont non seulement découvert la voie, mais aussi transmis cet enseignement à d’autres.

La mauvaise nouvelle, c’est que cette réponse est liée à une qualité de perception (une aperception devrait-on dire, mais bon on va garder le terme « perception intérieure » qui est plus parlant), et que nous n’avons pas dans notre état ordinaire ces qualités. Par des pratiques spirituelles (méditation, ascèses, prière, dévotions, rituels, etc..) il est possible d’avoir des prises de conscience de cette Réalité. Ces prises de consciences sont vécus comme des «états mystiques», des «expériences spirituelles». Au début, ces états sont éphémères, mais en continuant les pratiques, il est possible de vivre de plus en plus longtemps dans ces états «modifiés» de conscience et donc de percevoir avec une acuité nouvelle ce qui nous entoure. On a alors l'impression de s'éveiller, d'être conscience de choses qui n'étaient encore qu'inconscience et confusion peu de temps auparavant. L'activité scientifique et la connaissance rationnelle permet déjà d'avoir un aperçu de cette conscience, mais cette approche spirituelle, en se situant au delà de la rationalité, permet d'accéder à une conscience plus grande encore.

Globalement pratiquement toutes les expériences spirituelles rapportent que l'individu a l’impression de voir les choses comme elles sont, avec une plus grande acuité que d'habitude, mais aussi comme une union avec quelque chose qui nous dépasse : union avec la nature, union avec Dieu.. Enfin, pour certains elle peut être vécue comme un vide délicieux, comme un dépassement de la dualité sujet-objet. Dans tous les cas, ces états modifiés de conscience s’expriment comme un dépassement de l’individu dans une globalité plus vaste, dans un tout de plus en plus grand et comme une dissolution de cette individualité, caractérisée par l’ego.

Alors qu’est ce que c’est la spiritualité ? C’est tout à la fois la quête de cette Connaissance (qui est aussi Amour), l'ensemble des pratiques permettant d'atteindre ces états mystiques et les états obtenus généralement par des pratiques.

Une question que l'on me pose souvent, c'est "mais pourquoi vouloir aller chercher quelque chose", pourquoi ne pas vivre sa vie simplement.. Tout simplement parce que celui qui a entrevu ce qu'il y avait derrière le voile de la quotidienneté, ne peut pas vivre en faisant semblant qu'il n'a rien vu. C'est pourquoi, nombre d'individus se sont mis en route à la suite d'une expérience spirituelle éphèmère qui les a transformé. Une fois qu'on a entrevu quelques bribes de la Réalité, une fois qu'on a entendu l'appel du divin, la vision standard que nous pouvons avec des choses et du monde est un peu fade..

Bon, je ne suis pas sûr que cette tentative de définition soit réellement éclairante pour Héloïse, et je pense que c'est encore un peu compliqué pour elle.. C'est normal, elle est encore en plein développement du moi et donc lui parler de ce qui se trouve "au-delà" du moi ne doit pas être très éclairant.. Bon, faudra que je trouve une autre solution.. J'aimerais tellement être capable d'écrire comme G. Bateson dans ses dialogues avec sa fille dans Vers une écologie de l'Esprit..