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mercredi 27 février 2008

Les idées comme des Virus


Cela faisait longtemps que je voulais poster quelques productions personnelles sur les mèmes et la Spirale Dynamique, c’est-à-dire augmenter la quantité de support de meta-mèmes (les mèmes sur les mèmes..) présents dans le monde..
C’est chose faite.. Dans le cadre d’un enseignement sur “Cognition individuelle et collective”, dans un Master de Montpellier II, j’ai présenté les théories de la mémétique, ainsi que celles de la Spirale Dynamique. J’en ai profité pour mettre quelques uns des transparents que j’ai utilisé en ligne. Je suis très preneur et friand de toutes les remarques, critiques, annotations, etc.. que vous pourriez faire sur ces textes...

Même si dans ces domaines il reste beaucoup de choses à faire, pour expliciter le mode de fonctionnement des mèmes d’une part, et de la relation entre les vmèmes et les structures socio-économiques des sociétés d’autre part, je pense que ces théories seront amenées à beaucoup se développer car elles prennent un point de vue décentré sur l’être humain. Dans la mémétique, comme dans la Spirale Dynamique, ce n’est pas l’individu qui est important, mais le mème. C’est l’élément culturel, instancié, qui agit sur l’individu. Mais cet élément culturel instancié, lui-même spécialisation locale d’une forme plus profonde, plus abstraite (c’est d’ailleurs en cela qu’on peut différencier les vmèmes, qui portent sur des valeurs profondes, des mèmes qui sont juste les idées particulières qui sont portées d’individu à individu.
Or dans l’histoire des sciences, ce sont toujours les théories décentrées qui ont permis de mieux comprendre le monde, alors que les théories “humano-centrées” n’ont pas résisté à l’épreuve de l’expérience. Des chercheurs tels que Galilée, Bohr, Einstein, Freud, Darwin, ont apporté une vision nouvelle en nous “mettant à notre place”, c’est-à-dire en enlevant un peu d’egocentrisme à l’humanité: nous nous croyons au centre de tout, et nous nous apercevons au fur et à mesure que nous sommes des éléments de quelque chose de plus grand qui nous dépasse... ce que j’appellerai la Vie à défaut d’un terme plus approprié..

En ce qui concerne la mémétique, je voudrais dire aussi ici que j’ai eu la chance de faire connaissance avec les mèmes dès les années quatre-vingt dix, grâce l’un de mes étudiants Stephane Bura, qui a écrit, entre autres choses, le premier article sur une simulation mémétique: “Minimeme: of life and death in the noosphere” publiée en 1994 et qui fait toujours référence dans le domaine... Stéphane était un étudiant extrêmement brillant, qui était en thèse avec moi dans l’équipe Miriad de Paris 6 (équipe que j’avais créée et qui était l’une des toutes premières en France à travailler sur les systèmes multi-agents). Stéphane était très en avance sur son temps, car c’est seulement maintenant que la mémétique commence à exploser..

jeudi 27 septembre 2007

Le principe de Lucifer


Je viens de lire le Principe de Lucifer de Howard Bloom, qui est effectivement un livre profond et troublant (A propos, je ne sais pas quel est le ringard qui affublé ce livre d’une couverture aussi nulle et aussi peu en rapport avec le livre.. Je préfère, et de loin, les couvertures américaines, da'illeurs, j'ai mis ici la couverture américaine... D'autre part, ne vous faites pas avoir par la maison d'édition un peu tournée vers les "mystères des anges", car le livre de Bloom est très scientifique dans sa démarche).

Sa thèse est extrêmement novatrice.. Il va d’ailleurs encore plus loin que Richard Dawkins. Son idée principale c’est que la violence résulte simplement du processus de la Nature qui a lieu avec l’apparition de réplicateurs tels que les gènes. Ces gènes, comme les ressources sont limitées, entrent en collision, et les individus qui portent ces gènes luttent pour augmenter la reproduction de leurs gènes. En termes « gèno-centrés », cela revient à dire que les gènes produisant les êtres les plus violents, ont augmentés leur chance de se reproduire. Mais cette sélection ne s’effectue pas au niveau individuel mais au niveau du groupe. Ce sont les groupes qui sont en compétition entre eux pour survivre et surtout pour reproduire leur pool génétique. En gros, la Nature nous a donné des capacités de coopération collective pour que nous puissions mieux survivre individuellement. Ceux qui vivent de manière isolés qui ont le moins d’amis sont d’ailleurs ceux qui ont moins de chance de survivre. Ce sont aussi ceux qui sont le plus déprimés et qui se suicident le plus volontiers.

Les mèmes, pour H. Bloom, sont avant tout des systèmes pour constituer et marquer des groupes. Il montre ainsi que certains mèmes s’échappent du groupe initial, dans lesquels les membres sont relativement liés sur le plan génétique, pour constituer de plus grand groupes.
Mais la sélection naturelle introduit aussi un autre élément extrêmement important, une hiérarchie de dominance entre les individus (hiérarchie de dominance, exprimé sous la forme de Pecking Order en anglais, est malheureusement traduit comme principe de préséance, des mots qu’on n’emploie jamais en éthologie, mais bon, mis à part ça, la traduction est excellente). Cette hiérarchie de dominance est à l’origine d’une grande partie de nos comportements (ça il est pas le premier à l’avoir vu), et cette dominance permet effectivement de sélectionner les meilleurs gènes. Plus exactement les gènes qui poussent à la dominance, en augmentant le niveau de testostérone par exemple, a tendance à mieux se reproduire, car il aura accès à plus de femmelles. D’autre part, les femelles choisissent plutôt les hommes à forte dominance. La rivalité féminine pour les mâles dominant concourrant elle aussi à renforcer la puissance de ce système de dominance.

L’autre point important de Bloom, c’est le fait que ce sont les super-organismes qui agissent les humains au travers des mèmes qui constituent et solidifient les groupes. Il utilise beaucoup la métaphore des réseaux neuronaux pour les groupes. D’ailleurs dans les quelques pages du tome 2 du principe de Lucifer (le cerveau global), il défend la thèse que les êtres humains sont augmentés ou diminués (en termes d’énergie et de prestige social) en fonction des besoins du super-organisme. Nous sommes des cellules d’un super-organisme qui se soucie comme d’une guigne de nous en tant qu’individu, mais qui cherche à se développer en augmentant lui aussi sa position dans l’échelle de dominance vis à vis des super-organismes qui l’entourent. Ici aussi, il faudrait reprendre cette formulation : ce n’est pas le super-organisme qui a une intention, mais simplement le fait que les gènes qui poussent les individus à se sacrifier pour le groupe, ont globalement plus tendance à dupliquer que ceux qui ne disposent pas d’une part d’altruisme social. Bon, je ne suis pas sûr que Bloom aurait reformulé sa thèse de cette manière... D'autre part, plus un individu tend à monter dans la hiérarchie, plus il tend à s'opposer à tous ceux qui sont en place.. Pas de pitié dans le principe de Lucifer, la Vie (et donc le Divin) a besoin de ce mécanisme pour augmenter son niveau de conscience. C'est par cette lutte incessante et par cette recherche de dominance pour participer à la reproduction de ses propres gènes que les organismes ont pu se développer. C'est ainsi la nécessité, d'après Bloom, qui pousse les individus à entrer en compétition au sein d'un groupe, et à lutter entre groupes pour obtenir un meilleur niveau dans le "Pecking Order"..
On retrouve certaines idées du holisme méthodologique de Durkheim, mais en utilisant les théories nouvelles des mèmes, avec une vision très Nietzschéenne de la Vie.

Le seul reproche que l'on puisse faire à Bloom c'est de n'utiliser que les arguments qui l'arrangent.. Mais bon, il semblerait que ce soit assez classique dans la littérature scientifique anglo-saxonne. Charge aux autres de démonter le mécanisme. Ce n'est pas à l'auteur de la thèse de démonter sa propre thèse. En France, on aime bien ceux qui pensent "à charge et à décharge", c'est à dire qui pèsent le pour et le contre.. mais cela est certainement très culturel. D'autre part, ce livre doit être lu comme la face obscure de la vie. La sélection, le meurtre, le désir de domination et le déni de l'autre est l'un des phénomènes fondamentaux pour expliquer l'évolution de la vie.. Mais il y aussi la coopération, l'entre-aide, l'amour, l'altruisme qui constitue l'autre face, plus lumineuse, de l'évolution. Et il faudrait aussi parler de cet aspect.. Mais bon, Bloom a décidé d'en rester à la partie obscure dans ce livre..

Inutile de dire que j'ai adoré ce livre.. Je l'ai dévoré avec ardeur et plaisir.. Comme quoi Lucifer est toujours attirant finalement :-)

Une petite remarque: on peut aller sur le site de Howard Bloom pour connaître un peu mieux sa vie qui est totalement exceptionnelle à tous égards...