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Voix publique
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Pour voir juste sur ce qu'il se passe dans les têtes de ceux et celles qui occupent les palais et les parlements du Québec, du Canada et du monde, suivez les analyses politiques percutantes de Josée legault sur son blogue.
28 mai 2010, 3:17
Un vendredi très «conservateur»...

 

       

       @ Autre époque où le «politique» et le «religieux» jouaient aux «vases communicants»

 

Dans les médias québécois et canadiens-anglais - dont Le Devoir qui fait un travail de journalisme admirable sur le sujet -, on se demande de plus en plus si la «droite religieuse» exerce une «influence» sur le gouvernement de Stephen Harper?

Et si la question était tout simplement mal posée?

Et si, dans les faits, la réalité était plutôt que la droite religieuse et le gouvernement sont en quelque sorte des «vases communicants»?

Ou, si vous préférez, des «compagnons de route» aux plans idéologiques et religieux, lesquels se renforcent et s'alimentent l'un l'autre et qui, ce faisant, servent leurs propres intérêts tout en servant ceux de l'autre.

Bref, ce n'est pas tant que la droite religieuse «influence» comme tel le gouvernement Harper, mais plutôt que cette droite religieuse et le gouvernement Harper sont sur la même longueur d'ondes. Et sont par conséquent des alliés objectifs.

C'est du moins l'hypothèse que j'avance et l'analyse que j'en fais dans ma chronique de ce vendredi dans The Gazette:

http://www.montrealgazette.com/opinion/religious+right+Harper/3080786/story.html

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Et, parlant du gouvernement Harper, le député conservateur Maxime Bernier se joignait à nous ce matin, dans le cadre de notre revue de l'actualité hebdomadaire chez Christiane Charette (diffusée aussi en reprise sur la première chaîne de Radio-Canada le vendredi soir à 20h00).

Notre revue incluait, entre autres sujets, un échange intéressant sur le rôle de l'État ainsi que sur la «manie du contrôle» du premier ministre Harper....

http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2009-2010/chronique.asp?idChronique=111843

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Sur ce, un bon & très beau week-end! 

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26 mai 2010, 2:02
Au-delà du financement des partis politiques
Pour des raisons évidentes, la demande généralisée pour une commission d'enquête sur l'industrie de la construction s'est déplacée sur la question plus globale du financement des partis politiques - tous les partis.

La question devient donc celle-ci: le mode actuel de financement des partis favorise-t-il ou non le copinage dans l'octroi de contrats gouvernementaux, les retours d'ascenseur, la collusion ou même la corruption? Vaste programme, en effet.

C'est maintenant connu, la Loi sur le financement des partis politiques - laquelle permet une contribution annuelle maximale de 3000 $ par des individus seulement - est de plus en plus contournée par l'usage de "prête-noms".

Le stratagème est simple: un dirigeant de compagnie ou de firme demande à certains de ses employés, membres de sa famille et/ou amis de contribuer à un parti en leur nom personnel, mais le filou les rembourse en dessous de la table. Ce qui est illégal. L'objectif: faciliter l'obtention d'un contrat gouvernemental, d'une subvention, d'un permis; "remercier" le parti au pouvoir de l'avoir obtenu; ou les deux...

En 2006, le rapport Moisan rapportait que ce système avait été utilisé par la firme Groupaction pour contribuer autour des 95 000 $ au PQ (somme que ce dernier a remboursée depuis). Un certain Benoît Labonté alléguait même en pleine campagne électorale à Montréal que le recours aux "prête-noms" serait monnaie courante, tant au niveau municipal que provincial.

Bref, problème il y a. Dont celui-ci: pourquoi et comment le PLQ engrange-t-il au moins 8 millions de dollars par an depuis 2003 (deux fois plus que lorsqu'il était dans l'opposition), soit l'équivalent des dépenses permises pour un parti pour deux campagnes électorales complètes par année?

Et solutions il existe si l'on prend en compte que le système "parfait" n'est pas de ce monde et que ce qui importe surtout est de créer le maximum d'obstacles aux tentatives de corruption. Surtout que nous vivons, ici comme ailleurs, à une époque, disons, plus "laxiste" au plan de l'éthique. Et où l'attrait de l'argent facile est omniprésent.

Une solution, parmi d'autres, serait donc de passer à un financement couvert en majeure partie par l'État, mais tout en laissant une part aux contributions populaires - aux vraies!

De nouveaux citoyens "antipolitiques"?

Allons maintenant au-delà de cette question - aussi importante soit-elle à régler.

Derrière toutes ces interrogations sur l'"éthique", se pourrait-il qu'il se cache une question de prime abord fort simple: peut-on encore faire confiance à ceux qui gèrent les fonds publics? Traduction: l'argent des contribuables est-il en partie dilapidé ou détourné par favoritisme, collusion ou corruption, incluant même dans les garderies?

Si, à tort ou à raison, l'opinion publique répond "oui" - et elle le fait -, la confiance en l'institution même du Parlement et du gouvernement risque de fondre à vue d'œil et d'éclabousser la classe politique dans son ensemble. Ce qui n'est pas sans conséquence!

En passant, cette perte de confiance envers les élus n'est pas spécifique au Québec. Loin de là. Et elle gagne du terrain. Bien des gouvernements n'ont d'ailleurs qu'eux-mêmes à blâmer de par leur propre laxisme quand vient le temps de gouverner uniquement pour le bien commun. D'autant plus chez ceux dont l'idéologie les amène à toujours chercher à réduire le rôle de l'État et à "déconstruire" plutôt que de "construire". Et on ne parle pas que de "béton"...

La dernière crise économique et la multiplication des "gloutons" de toutes sortes ont également renforcé ce syndrome du "tout est pourri".

Un symptôme majeur de cette érosion de la confiance est la baisse continue des taux de participation aux élections. La question de ceux qui ne votent pas ou ne votent plus est cruelle: pourquoi même voter?

Cette crise de confiance alimente aussi la montée de l'individualisme, d'un certain populisme, voire même celle du religieux. Lorsque de plus en plus de citoyens ne votent plus, ils se "désengagent" de la chose publique. Ils regardent ailleurs et deviennent apolitiques. Ou, pis encore, selon Mark Lilla de l'Université de Chicago, dans une brillante analyse parue dans le New York Review of Books, de plus en plus deviennent même antipolitiques.

Donc, plus individualistes parce que moins confiants envers les élus qui, eux, tendent à provoquer ce même sentiment en gouvernant mal et peu. Par conséquent, plus de citoyens sont moins enclins à s'exprimer entre les élections et à voter pour tenter de "changer" le cours des choses.Ce qui, en bout de piste, aide encore plus les gouvernements de droite à se "désengager" eux-mêmes des citoyens.

Ce cycle infernal mine la capacité même de sociétés pourtant avancées de se "gouverner" de manière équitable et responsable.

D'où l'urgence pour les citoyens de prendre conscience de l'existence de ce cycle. Question de ne plus laisser leur démocratie leur glisser lentement entre les doigts pour cause de manque de participants!

Mais encore faudra-t-il que les prochains prétendants au pouvoir leur fassent la démonstration de la manière dont ils entendent gouverner une fois rendu là... Concrètement et clairement.


26 mai 2010, 12:59
Jean Chrétien: pas le «quart-arrière du lundi matin» /sic/

En entrevue mardi soir, au Téléjournal, le jour du dévoilement de son portrait officiel au fond «jaune imposant» à la Chambre des communes, Jean Chrétien a justifié ce choix, par rapport à une autre version, en disant qu'il n'était pas un «rêveur».

C'est peu dire dans le cas d'un politicien aussi batailleur et aussi loin des grandes idées et idéaux qu'il le fut, à part peut-être, sa loyauté indéfectible au Canada.

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À la question «êtes-vous surpris par l'ampleur du cynisme qu'on ressent dans la population à l'égard de la classe politique?», l'ancien premier ministre répondait dans un premier temps, et avec raison, qu'il y en «a toujours eu».

Mais là où la dénégation de la réalité actuelle est entrée en jeu fut lorsqu'il enchaîna: «c'est peut-être pire aujourd'hui parce que, c'est la télévision qui fait la différence. La télévision dans la cuisine de tout le monde. Alors, à l'époque, y avait que les journaux qui pouvaient rapporter ce qui se passait. Un peu la radio, la télévision n'était pas là.»

Évidemment, on se demande bien de quelle «époque» parle-t-il où il n'y avait que les journaux et la radio? Parle-t-il d'avant les années 1950? Ou parle-t-il plutôt de l'avènement de l'information continue? Difficile à décoder....

Hormis qu'il semble surtout refuser d'admettre que les gouvernements ont une part importante de responsabilité dans la crise de confiance qui sévit envers ceux-ci, ici et ailleurs en Occident....

Autre question: y a-t-il «une moins grande tolérance dans la population au copinage, au passe-droit»? Réponse de M. Chrétien: «C'est parce qu'on rend ça intolérable». Ah bon?

Et sur le «traitement» réservé à Jean Charest sur les questions d'éthique? «C'est exagéré», de répondre M. Chrétien, «comme ça l'est tout le temps.»

Monsieur Charest appréciera sûrement de faire défendre son honneur par le premier ministre sous lequel s'est déroulé le fameux «scandale des commandites»...

«Et quelles seront les conséquences?» de tout ça, demande M. Chrétien?: «C'est que c'est pas tous des gens qui ont la couenne dure comme moi, là! Il y a des gens qui me disent, moi, ça m'intéresse plus. Et, parce que c'est le cynisme de la chose.»

Bref, sa grande inquiétude est que de plus grandes exigences de la population puissent décourager certaines personnes d'aller en politique? Et non pas que toutes ces allégations troublantes, si elles s'avéraient fondées même en partie, risquent de miner ce qu'il reste de la confiance des citoyens envers leurs propres élus et leurs propres institutions démocratiques?

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Plus tôt dans la journée, il a aussi déclaré ceci: «Lors des soupers de financement pour le Parti libéral, les gens ne donnaient pas d'argent pour être nommés juges ou obtenir un contrat». (...) «Ils venaient pour manger du poulet caoutchouteux et parce qu'ils croyaient en la démocratie».

Eh bien, c'est justement ce genre de réponse qui banalise ce qui se passe quand des associés d'une même firme achètent des tables à 10 000$ ou plus pour un parti, quitte à y manger du poulet caoutchouteux, qui alimente encore plus le désengagement des citoyens...

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Autre question posée au Téléjournal: que faut-il faire, alors?

Réponse: «Ben, les politiciens, je sais pas, ils doivent faire comme moi. Moi, je me défends, moi. Je me suis toujours défendu. Des fois, ils s'écrasent trop vite. Faut se battre!»

Comme «solution» et comme «réflexion», avouons que c'est un peu court et que ça participe de ce même phénomène de dénégation du climat actuel.

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Quant à ce qui se passe aujourd'hui au PLC, même s'il dit, usant d'un anglicisme, qu'il n'est pas le «quart-arrière du lundi matin» /sic/ (*) - ce qui veut dire qu'il ne veut pas faire la «belle-mère» -, il est clair qu'il continue à favoriser l'idée d'une coalition, formelle ou informelle, avec le NDP - la seule manière en effet, dans un avenir rapproché, de défaire le gouvernement Harper et peut-être, ensuite, de le remplacer.

On se souviendra d'ailleurs que sous Stéphane Dion, M. Chrétien avait joué un rôle important dans les coulisses, avec l'ancien chef néo-démocrate Ed Broadbent, pour négocier les détails de la fameuse coalition qui aurait pu remplacer le gouv. Harper en 2008. La même coalition à laquelle Michael Ignatieff a tourné le dos dès qu'il est devenu chef du PLC...

Et tant qu'à se souvenir, on se rappellera aussi qu'à l'époque de la course au leadership libérale, le clan Chrétien faisait partie du mouvement informel «Anybody But Iggy»... 

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(*) L'expression en anglais est «Monday Morning Quaterback».




25 mai 2010, 5:31
Une autre crise parlementaire?

On savait que le directeur des communications de Stephen Harper en menait large, mais de là à provoquer une nouvelle crise parlementaire parce que son patron veut le protéger d'avoir à témoigner devant un comité parlementaire....

Donc:

«Le gouvernement Harper est au coeur d'une nouvelle querelle avec le Parlement, maintenant qu'il a annoncé que le personnel politique des ministres ne témoignera plus devant les comités parlementaires.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jay Hill, a expliqué à la Chambre des communes, mardi, que les comités ne traitent pas ces employés de manière équitable. Dorénavant, a dit M. Hill, ce sont les ministres qui répondront des gestes de leurs collaborateurs. (...)

Ce changement controversé survient au moment où le directeur des communications de M. Harper, Dimitri Soudas, devait témoigner, mardi, devant un comité qui se penche sur des allégations d'ingérence politique dans la publication de documents en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.» Extrait de:  http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201005/25/01-4283658-ottawa-reduit-au-silence-le-personnel-politique-des-ministres.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS1

Voir aussi: http://www.thestar.com/news/canada/article/813987--tories-block-staff-from-testifying-at-parliamentary-committees

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Ce qui témoigne de quelques petites choses, entre autres:

Primo: tant et aussi longtemps que le Parti libéral du Canada sera dans les limbes côté sondages et donc, ne sera pas en mesure de contribuer à faire tomber le gouvernement en Chambre, le premier ministre va tenter de continuer de gouverner comme s'il était majoritaire.

Secundo: la «difficulté» de M. Harper à transiger avec le Parlement et ses institutions, dont les commissions parlementaires, ne se dément pas.

Tertio: comme quoi la démocratie parlementaire se porte encore plus mal à Ottawa qu'à Québec par les temps qui courent. Ce qui n'est pas peu dire..

Et ce qui explique des regroupements comme celui-ci:

http://www.unseatharper.ca/

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Et pendant ce temps-là, du côté du PLC, du moins si on en croit ce reportage, le naturel revient au galop:  http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201005/25/01-4283578-nouveaux-remous-a-laile-quebecoise-du-plc.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS1  


 


 



25 mai 2010, 11:18
Un témoignage coup-de-poing-sur-la-table

 

 

Dans la foulée des déclarations du cardinal Marc Ouellet contre le droit à l'avortement et ce, même en cas de viol, ce témoignage coup-de-poing-sur-la-table paru dans La Presse de ce matin est à lire. Rien à ajouter:

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201005/24/01-4283352-lui-il-etait-cure-tandis-que-moi-jetais-juste-une-batarde.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_BO2_quebec_canada_178_accueil_POS1

Si ce n'est que ce reportage éclairant sur la question:

http://www.radio-canada.ca/emissions/dimanche_magazine/2009-2010/chronique.asp?idChronique=111499




20 mai 2010, 12:55
Le 20 mai 1980...

@ Photo: Radio-Canada

 

Vous le savez déjà. Aujourd'hui marque le 30e anniversaire du référendum tenu sous René Lévesque.

Les analyses ne manqueront donc pas.

Mais pour ceux et celles qui l'ont «vécu», du côté du NON et du côté du OUI, ce fut un moment marquant. Le résultat, 40,4% pour le OUI et 59,6% pour le NON, fut très douloureux pour les souverainistes et euphorique pour les fédéralistes.

85% des Québécois inscrits sur la liste électorale ont voté et ont ressenti ce vote comme un moment solennel et privilégié. Car rares sont les peuples appelés à décider de leur destin par un simple «X» sur un bulletin de vote. On tend à oublier cela par les temps qui courent...

Et combien de Québécois, qu'ils aient apposé leur «X» à côté du OUI ou du NON, ont tremblé de nervosité en votant et ont retourné chez-eux en se demandant pendant des heures s'ils avaient bel et bien fait leur «X» au bon endroit...

C'était un moment exceptionnel dans une époque d'une effervescence politique, culturelle et sociale tout aussi exceptionnelle.

Une époque qui participait de l'élan donné par la Révolution tranquille en 1960. Un élan qui aura amené des Québécois à devenir indépendantistes, d'autres à demeurer fédéralistes, et d'autres encore à préférer une vision autonomiste basée sur un espoir de renouveler le fédéralisme dans le sens du renforcement des pouvoirs du Québec à l'intérieur du Canada.

Bref, le contraste avec l'époque actuelle est énorme... Voir: http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2010/05/18/30-ans-plus-tard-l-impasse.aspx

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Et vous?

Et vous - si vous l'avez vécu et que le coeur vous en dit - quels sont vos souvenirs de mai 1980, de ce moment charnière?

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Et l'avenir?

Nul ne connaît l'avenir. C'est connu. Donc, nul ne saurait considérer à terme l'indépendance du Québec comme un «inéluctable».

À ce chapitre, il est néanmoins intéressant d'entendre ce qu'en disait ce midi, à la radio de Radio-Canada, le sénateur Jean-Claude Rivest, ex-proche conseiller de Robert Bourassa et fédéraliste convaincu.

À la question portant sur le «plafonnement» de l'option du Oui, M. Rivest répondait ceci: «Oui, ça pourrait changer. Moi, je pense que ça pourrait changer si vraiment il devient évident que l'appartenance à l'espace politique canadien menace l'identité québécoise. Je pense par exemple au problème de l'immigration. Vous savez, c'est un phénomène qu'on peut pas contrer, qui va se développer constamment où il y a une espèce d'ambiguité, là. Les immigrants viennent au Québec, bon, c'est en français. Ils viennent aussi au Canada, c'est en anglais. Alors, le choix que les nouveaux Québécois vont faire: est-ce qu'ils vont adhérer avec la même force, avec la même intensité, la même loyauté au Québec que nous avons connu depuis toujours. Nous, qui sommes ici depuis toujours. C'est la grande question. Et si vraiment, il y avait un phénomène où les gens, les Québécois traditionnels, si vous voulez, se percevaient un peu comme étrangers dans leur propre Cité, à ce moment-là, c'est sûr que la question de la souveraineté pourrait reprendre de l'élan.»

Comme quoi, si la souveraineté est loin d'être inéluctable, son impossibilité absolue ne l'est peut-être pas non plus. Seul l'avenir le dira, comme le dit le cliché.

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Le devoir de mémoire:

Mais avant toute chose, le devoir de mémoire étant ce qu'il est, il importe aussi aujourd'hui de ne pas verser dans un genre de révisionnisme historique où on se «souvient» de ce vote comme ayant porté sur l'indépendance alors qu'il portait plutôt sur un «mandat de négocier» une «nouvelle entente» d'égal à égal avec le Canada.

Ou, si vous préférez, ce que M. Lévesque appelait la «souveraineté-association» - les deux étant présentées et considérées à l'époque comme indissociables.

Comme en témoignait d'ailleurs le discours de René Lévesque, prononcé à l'Assemblée nationale le 4 mars 1980, lequel ouvrait le débat référendaire au parlement, dont cet extrait: 

«Encore une fois - il faut le répéter -, c'est une promesse qui est également féconde, qui peut être décontractante et décomplexante pour les deux parties. Le oui au référendum - je ne devrais pas avoir le besoin de le dire - n'a pas pour effet ni pour but d'abolir le Canada. On ne devrait pas avoir besoin de le dire, mais je crois pourtant qu'il faut le dire puisque, dans la présentation d'une motion de blâme de son parti, ici même, le 11 octobre dernier, le chef de l'Opposition of­ficielle et futur président du comité du non faisait étalage de ses sombres certitudes quant à la fin du Canada, rien de moins.»

La question référendaire dite «étapiste» (*) sera d'ailleurs adoptée le 20 mars 1980:

«Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l'utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada?»

(*) «Étapiste» parce qu'encore une fois, le référendum du 20 mai 1980 ne portait pas sur l'indépendance mais sur un «mandat de négocier» une nouvelle entente avec le Canada. Et même si le OUI avait gagné le 20 mai 1980 et que Pierre Trudeau avait accepté de «négocier» (ce qu'il n'aurait probablement pas fait d'ailleurs), un deuxième référendum aurait été nécessaire pour approuver les résultats hypothétiques de cette même négociation. Mais ce 2e référendum aurait aussi pu être perdu....

Bref, l'étapisme, lequel avait remplacé l'«élection référendaire» en 1974 comme engagement électoral du PQ, ouvrait la porte à des scénarios potentiellement très inquiétants pour le camp du OUI. Tandis qu'au référendum de 1995, la question portait sur la souveraineté et une «offre» de partenariat sans obligation de résultat, ni deuxième référendum.

Quoique, comme le confirmait le journaliste Pierre Duchesne dans le troisième tome de sa trilogie sur Jacques Parizeau, Lucien Bouchard a quant à lui tenté pendant la préparation du référendum de 1995 de convaincre M. Parizeau de retourner à l'approche étapiste en optant comme en 1980 non pas pour un référendum, mais deux....

La réponse de Jacques Parizeau fut un refus total.

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Lucien Bouchard a d'ailleurs confirmé cette version des faits le 16 février dernier lors d'une conférence à Québec: «J'ai dit: Monsieur Parizeau, on va faire deux référendums. On va en faire un pour aller chercher un mandat de négocier. Mais on va s'engager durant le référendum à revenir devant la population pour lui soumettre les résultats des négociations pour qu'elle puisse dire bon, c'est correct, je suis pas d'accord, oui ou non

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19 mai 2010, 3:04
Une photo à encadrer....

@ En avant plan: Amir Khadir, Pauline Marois, Éric Caire, Marc Picard

 

Ce matin, une coalition du PQ, Québec solidaire et des deux députés indépendants et ex-adéquistes, Éric Caire et Marc Picard, s'est présentée en point de presse devant l'Assemblée nationale pour continuer à demander au premier ministre de créer une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction et le financement des partis politiques.

Un événement peu commun dans la vie parlementaire.

Surtout lorsqu'un Amir Khadir et un Éric Caire se tiennent côte à côte pour une cause commune!

Certes une photo à encadrer...

Et un indice clair de la détermination des partis d'opposition à ne pas «passer à autre chose».

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Pour la nouvelle:  «Une enquête publique sur le financement de l'ensemble des partis politiques ainsi que sur l'industrie de la construction devrait être déclenchée, ont soutenu d'une même voix ce matin, la péquiste Pauline Marois et Amir Khadir, le représentant de Québec Solidaire à l'Assemblée nationale. Les députés indépendants issus de l'ADQ, Eric Caire et Marc Picard se sont joints mercredi matin à un point de presse hors du commun devant le Parlement.

L'ADQ, absente, était la première à réclamer une commission d'enquête sur la construction, a relevé Mme Marois. Le parti de Gérard Deltell sera sûrement d'accord avec la résolution que la coalition entend faire débattre la semaine prochaine à l'Assemblée nationale. (...)

Lors du point de presse de la coalition, tous les élus arboraient un foulard blanc, «signe de transparence, de pureté», a expliqué Mme Marois. Elle souhaite que les citoyens qui appuient cette démarche fassent la même chose. La décision des élus de porter ce signe distinctif à l'Assemblée nationale a soulevé une controverse. Pour le libéral Jacques Dupuis, c'est signe de la dérive de l'institution au cours des derniers mois. Pour le péquiste Stéphane Bédard, ce geste n'est pas différent que d'arborer un macaron ou une fleur pour des oeuvres de bienfaisance.

À contrecoeur, les députés ont rangé leurs foulards après quelques minutes d'argumentation.»

Extrait de: http://www.cyberpresse.ca/dossiers/crise-dans-la-construction/201005/19/01-4281937-lopposition-sunit-pour-reclamer-une-enquete-publique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS4

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@ Photo: Presse canadienne




19 mai 2010, 10:58
Conforter ses ouailles
En science politique, on aime bien poser une question essentielle: à qui profite le crime? Ou, si vous préférez, quels intérêts sont servis par telle déclaration, telle loi, tel geste ou telle stratégie?

Pour ce qui est du cardinal Marc Ouellet, il a frappé le gros lot avec sa sortie-choc qualifiant l'avortement de "crime". 1) Des ambitions papales renforcées. 2) Des jours entiers de couverture médiatique gratos. 3) L'ouverture de plusieurs tribunes à d'obscurs "porte-paroles" anti-choix. 4) Un appel, presque sans qu'on ne s'en rende compte, à faire un "débat" sur l'avortement, alors que ce dernier est clos. 5) Les ouailles catholiques les plus conservatrices en sortent confortées - une des rares catégories à ne pas avoir encore déserté les églises.

Ce n'est pas un hasard non plus si Marc Ouellet s'en permet autant. Tenez, parlant d'"intérêts", quittons maintenant Rome pour Ottawa...

De Rome à Ottawa

Marc Ouellet s'en permet beaucoup parce que l'air du temps à Ottawa s'y prête drôlement bien avec la grande proximité existant entre les lobbys religieux et le gouvernement Harper. Qu'ils soient catholiques, protestants, juifs, musulmans, sikhs, évangéliques, etc. Et surtout, mais pas uniquement, dans leurs franges plus orthodoxes.

Cette proximité s'explique par certaines croyances partagées par les conservateurs. Mais aussi parce que ça profite électoralement et financièrement au Parti conservateur.

Si des députés conservateurs multiplient les projets de loi privés cherchant à limiter le droit à l'avortement et que M. Harper, dans le cadre de son initiative sur la santé maternelle au G8, refuse de financer les avortements dans certains des pays les plus pauvres, c'est également pour conforter ses propres ouailles. Question aussi de les encourager à se montrer généreuses envers la caisse électorale du seul parti capable, croient-elles, de "livrer" un jour leur vision ultraconservatrice du monde.

M. Harper a beau envoyer au front sa ministre Josée Verner jurer dur comme fer qu'il n'entend pas "ouvrir ce débat", ses gestes indiquent plutôt que si, en étant minoritaire, il ne PEUT recriminaliser l'avortement, il peut tout au moins contribuer à redonner une "légitimité" et des tribunes aux lobbys religieux de droite en posant des gestes aptes à remettre périodiquement cette question sur la sellette.

À chacun ses clientèles

Vous l'avez sûrement remarqué. Plusieurs communautés et leaders ont quitté leur foyer libéral traditionnel pour appuyer un PC nettement plus "sympathique" à leurs croyances et prêt à le leur montrer. Une très belle prise pour le PC puisqu'il peut profiter de leurs réseaux étendus et de la tendance de ces clientèles à voter et donner aux caisses électorales.

On retrouve d'ailleurs une bonne partie de cette clientèle "religieuse" dans les communautés culturelles. Pas exclusivement, bien sûr, mais de plus en plus.

Au point où l'ancien conseiller de M. Harper, le politologue Tom Flanagan, écrivait en 2008 que les communautés culturelles ont maintenant remplacé le Québec comme une des clientèles susceptibles un jour de donner au PC un gouvernement majoritaire. Selon Flanagan, "les électeurs ethniques n'appuient pas les causes à la mode de la gauche", dont, tenez-vous bien, le "mariage gai". Et auquel il aurait pu facilement ajouter l'avortement...

Quoiqu'une telle généralisation sur les communautés culturelles soit outrancière, il reste que la brochette de groupes religieux opposés à l'avortement, la contraception et l'homosexualité semble vouloir s'allonger au Canada.

Le problème étant ceci: en les courtisant autant, Harper renforce en retour leur pouvoir - une force montante qui participe aussi du retour inquiétant du religieux en Occident. En prenant du poids électoral et financier, ces lobbys font aussi sentir leur influence en politique provinciale. Incluant sur les questions touchant à la sexualité des femmes et des hommes que la plupart des religions organisées tentent de contrôler à des degrés divers.

Ex.: le mois dernier, en Ontario, une coalition arc-en-ciel de lobbys religieux a réussi à faire reculer le premier ministre sur un cours d'éducation sexuelle novateur qui était prévu pour l'automne prochain - un cours dont le contenu portait entre autres choses sur le mariage gai, l'identité sexuelle, la contraception, l'avortement et les relations sexuelles de manière plus explicite.

Ah oui, j'oubliais, ce premier ministre ontarien est LIBÉRAL, mais néanmoins vulnérable électoralement. Ce que les lobbys religieux ont bien compris.

Bref, au Canada, la montée de la droite, dont les lobbys religieux, n'est pas une vue de l'esprit. Même pas du Saint-Esprit! Surtout du moment où ces mêmes lobbys et le gouvernement fédéral deviennent presque des vases communicants.

Et cela, les ouailles, autant religieuses que politiques, le savent fort bien. Parlez-en à Marc Ouellet...


19 mai 2010, 1:30
Une commission Clouseau, peut-être?

 

 

La commission Bastarache a perdu son procureur en chef, Me Pierre Cimon.

La raison principale et officielle: il a contribué au PLQ depuis 20 ans et à aucun autre parti. Et donc, il était devenu impossible de tout au moins préserver l«'apparence» d'impartialité dans un cas où cette commission doit enquêter sur les allégations de Me Marc Bellemare à l'effet qu'il y aurait eu «trafic d'influence» de donateurs du PLQ dans le processus de nomination des juges au Québec.  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/289258/cimon-demissionne-bastarache-secoue

Ce dernier coup de théâtre fait suite à l'attaque en règle de Me Belllemare du 15 mai dernier, à l'effet qu'il disait même craindre que cette commission soit une «affaire de clique»:  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/289074/commission-bastarache-bellemare-craint-avoir-affaire-a-une-clique

Et auquel ont suivi les critiques plus ciblées du bâtonnier du Québec et d'un ancien sous-ministre de la Justice.

Bref, après un début plutôt boiteux avec la nomination même de Me Michel Bastarache, un ancien juge de la Cour suprême proche des libéraux fédéraux du temps de Jean Chrétien, et l'absence de femmes procureures sur la commission, c'est la crédibilité même de cette dernière qui se joue en ce moment.

Une commission qui, comme je l'avais écrit à sa création, fut en fait mise sur pied en réaction aux allégations de Me Bellemare un peu à la va comme je te pousse; avec un président choisi par Jacques Dupuis suite à un coup de téléphone; et avec un échéancier complètement impossible à rencontrer (octobre 2010)...

Si les maladresses continuent, il faudra quasiment renommer la commission Bastarache, la commission Clouseau... 

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Qui plus est, ce matin, Le Devoir rapporte aussi que «croisé dans le couloir, le premier ministre Jean Charest a ajouté que le gouvernement n'avait «rien à voir avec l'organisation de la commission Bastarache». Il a dressé un parallèle avec la commission Bouchard-Taylor».

Pas nécessairement une bonne analogie à faire dans les circonstances...Justement, l'exemple du choix de messieurs Bouchard & Taylor est particulièrement parlant à ce chapitre.

Il montre à quel point un premier ministre «sait» qui il nomme et donc, ce à quoi il peut s'attendre. Car hormis leurs qualités respectives, ils étaient néanmoins connus comme étant tous deux partisans de la laïcité dite ouverte. Entre autres choses. Ce qui, en toute logique, a eu une influence marquée sur le déroulement et les conclusions de leur propre commission.

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Alors, que faire maintenant?

Bien sûr, Me Bastarache pourrait toujours tenter de trouver la réincarnation de Perry Mason comme successeur à Me Cimon. Sans peur, sans reproche, ni dons faits au PLQ et/ou au PQ et/ou à l'ADQ.

 

 

Mais, pour reprendre l'expression du Devoir, il est fort probable que Me Bastarache soit surtout «secoué» et «sonné» dans les circonstances.

Ce qui, au niveau du premier ministre, nous ramène, encore une fois, à une seule chose: la nécessité d'une commission d'enquête élarge, publique et indépendante sur le portrait global qui se dégage depuis maintenant plus d'un an au Québec.

Mais comme le PM refuse et refusera de le faire, il est condamné à voguer de crises en crisettes, dont celle-ci.

Et encore, s'il est minimalement chanceux, Me Bastarache ne finira pas lui-même par quitter le bâteau, lui aussi. Peu probable, sûrement, mais toujours possible dans une telle atmosphère.

Mais au-delà de toutes ces considérations, une chose est claire: autant le premier ministre que Me Bastarache, sur cette question, ont à faire à Marc Bellemare, un homme extrêmement déterminé et qui ne semble absolument pas prêt à cesser d'intervenir publiquement.

Un adversaire invisible mais particulièrement audible.

Et surtout, un adversaire qui, selon les sondages, est perçu par une majorité de Québécois comme plus crédible que le premier ministre lui-même.

À terme, c'est peut-être là, le véritable talon d'Achille de la commission Bastarache...


 




18 mai 2010, 6:41
30 ans plus tard: l'impasse

 

 

Selon un sondage CROP commandé par un regroupement de leaders d'opinion fédéralistes nommé «L'Idée fédérale» (*) pour marquer le 30e anniversaire ce 20 mai du premier référendum, 58% des répondants pensent que le débat sur la souveraineté du Québec est «dépassé».

47% des répondants jugent qu'il y aurait moins de raisons aujourd'hui justifiant l'indépendance du Québec pendant que 41% jugent qu'il y aurait autant, ou plus de raisons de la faire.

57% des répondants pensent que la survie du français est moins bien assurée ajourd'hui qu'il y a 30 ans.

Quant à l'«auto-étiquetage», selon CROP, 22% des répondants se disent «surtout fédéralistes», 24% «surtout souverainistes», 22% «entre les deux» et 25% «ni l'un, ni l'autre».

Bref, pour peu que ce genre de sondages disent quoi que ce soit en dehors des campagnes référendaires comme tel, celui-ci confirme, une fois de plus, ce que la plupart des sondages disent en dehors des périodes d'effervescence politique sur la question nationale.

Soit que les deux options, souverainiste & fédéraliste, demeurent réparties entre deux blocs de taille plus ou moins similaire, avec au milieu, un troisième bloc «flottant» - fait d'indécis et de discrets -, lequel, encore une fois, ne se décompose et ne se répartit entre les deux options que lors d'évenements marquants comme l'échec de Meech ou, bien entendu, lors de la tenue de référendums.

Pas tout à fait une grande découverte scientifique.

Mais un rappel, par contre, que 15 ans après la défaite serrée du OUI en 1995, 20 ans après l'échec de Meech et 30 ans après le premier référendum perdu par le OUI avec 40% des voix, le PLQ ne s'engage toujours pas à renouveler le fédéralisme pendant que le PQ ne s'engage plus à tenir un référendum s'il est élu.

Traumatisé par les échecs de Meech & Charlottetown et conscient du refus total qu'il essuierait à Ottawa et dans le ROC, le PLQ n'avance plus la moindre revendication de nature constitutionnelle allant dans le sens du renforcememt des pouvoirs du Québec à l'intérieur du Canada.

Quant au PQ, à tort ou à raison, c'est selon le point de vue, il a également mis de côté tout engagement électoral à tenir un référendum. Il prévoit donc parler du «projet de pays» tout en s'engageant à revendiquer certains pouvoirs pour le Québec à l'intérieur de la fédération canadienne.

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Et après, constatant tout ça, on voudrait que dans les sondages, les Québécois se précipitent pour penser que la souveraineté va se faire d'ici les prochaines années? Ou pour croire que la constitution canadienne sera renouvelée d'ici peu pour renforcer les pouvoirs du Québec?...

De fait, depuis le dernier référendum, plusieurs politologues au Canada et au Québec concluent tout simplement à l'«impasse» sur la question constitutionnelle.

Les Québécois semblent donc l'avoir remarqué, eux aussi...

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(*) Communiqué de presse: http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/May2010/18/c4736.html

Le site internet de l'Idée fédérale: http://www.ideefederale.ca/

Dans la section «Soutenez l'Idée fédérale», on indique qu'il en coûte 100$ par année pour être membre du regroupement, qu'il a un statut d'organisme de bienfaisance l'habilitant à remettre des reçus d'impôts et que sa liste de donateurs demeure privée.




17 mai 2010, 4:42
Rien de trop beau pour la classe ouvrière...

 


@ Karlheinz Schreiber

CBC rapporte que «le gouvernement fédéral aurait remboursé les avocats de Brian Mulroney plus de 1,8 millions de dollars pour couvrir ses frais légaux en regard de la commission d'enquête (Oliphant) sur la relation financière de l'ancien premier ministre avec Karlheinz Schreiber.» Extrait traduit de: http://www.cbc.ca/politics/story/2010/05/17/mulroney-inquiry-legal-fees.html?ref=rss (*)

(Le Conseil privé négocie ces frais puisque les anciens premiers ministres canadiens sont éligibles à une «aide financière» de ce type.)

Oh, et, en passant, le «gouvernement fédéral» qui rembourse, c'est en fait les contribuables canadiens...

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Le rapport de la Commission Oliphant est dû à la fin de mai & CBC rapporte aussi que son coût total pourrait dépasser les 12 millions de dollars en fonds publics.

On se souviendra que M. Mulroney a admis après plusieurs années avoir accepté au moins 225 000$ en argent comptant de K. Schreiber - un lobbyiste germano-canadien ayant «oeuvré» entre autres pour Airbus.

K. Schreiber, lui, affirme que c'était plutôt 300,000$. (Cette année, il fut condamné à 8 ans de prison en Allemagne pour évasion fiscale.)

Et le 6 mai dernier, le Globe and Mail rappelait justement à quel point, nonobstant tous les frais encourus par les contribuables canadiens sur l'«affaire Mulroney-Schreiber», ils ne sauront probablement jamais ce qui s'est vraiment passé dans toute cette histoire.

Surtout en ce qui concerne les liens allégués entre d'un côté, le lobbyiste Schreiber et les millions de dollars qu'il a affirmé avoir distribués au Canada en pots-de-vin pour son client Airbus, et de l'autre, l'ancien premier ministre et quelques conservateurs influents de l'époque quant à la décision finale du gouvernement fédéral à l'époque d'octroyer à Airbus un des plus gros contrats de l'histoire canadienne:

«In some ways, this is the end of the road," said Harvey Cashore, a journalist who has just released a book on his 15-year investigation of the Airbus affair. "Schreiber is 76 and an eight-year sentence is long for anybody."

Still, Mr. Cashore said, "there are a lot of secrets out there about this scandal. We still know there are millions in shmiergelder [grease money] unaccounted for, but it is looking more and more like German and Canadian institutions don't want to find out any more about it."

Mr. Schreiber's rise to notoriety in Canada began in 1995, when he was named in a letter sent by Ottawa to Swiss authorities. The Justice department and the RCMP said they needed help looking at bank accounts because of suspicions Mr. Schreiber had been paid secret commissions on the sale of Airbus aircraft to Air Canada, then a Crown corporation. The letter alleged that some of that money was channelled to former prime minister Brian Mulroney and former lobbyist Frank Moores to ensure Airbus got the contract.

Mr. Mulroney sued for libel, and won a settlement from the government that included an apology and the payment of his legal fees.

Over the following years, Mr. Schreiber made several allegations. In 2007, he said he had given Mr. Mulroney $300,000 in cash in 1993 and 1994, and that the former prime minister waited six years to declare the income to tax authorities. Mr. Mulroney acknowledged $225,000 in payments, and said they were for legitimate work.»

Extrait de : http://www.theglobeandmail.com/news/national/questions-left-unanswered-as-schreiber-jailed-for-8-years/article1558501/&usg=AFQjCNHI8u-JHQjfphNQR0irYVXmvxRqSQ/

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17 mai 2010, 12:52
Majorité fragile (suite)

 

Si vous le permettez, je reviendrai sur mon billet précédent (1), lequel faisait état, entre autres, de ma chronique de vendredi, dans The Gazette, portant sur la fragilité de la majorité du gouvernement Charest et sur ses implications, dont la possibilité éventuelle d'une élection anticipée

http://www.montrealgazette.com/opinion/Could+Liberals+majority+danger/3025392/story.html

Voici un extrait de ce que j'écrivais vendredi dans The Gazette:

«So politically speaking, this government, even with its majority, is highly vulnerable. Liberals can hope that their fortunes could still turn around since no election is in sight before 2012 or 2013. But the government majority is somewhat fragile. With Tomassi sitting as an independent, the Liberal Party has 66 seats out of 125. The PQ has 50, the ADQ has four, Québec solidaire has one. There are two other independent MNAs, and one riding, Vachon, is vacant. Since it takes 63 seats to have a bare majority, if the Liberals lose four MNAs over the next two to three years, their majority would ne gone. (...) Should the dissatisfaction rate remain high and troubling allegations continue to pile up, there is a risk that other Liberal MNAs or ministers might get in trouble, cross the floor, sit as independents for whatever reason, or simple be temptes to bail out before the next election. Losing more than three seats over the remainder of this mandate is something this government could not afford to do. Because if it ever comes to that, chances are an election would be called before the end of this term, which would likely be provoked by a non-confidence motion with the Liberals obvioulsy in deep trouble

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Et voici maintenant ce que rapporte Cyberpresse ce dimanche du colloque spécial du PQ et des déclarations de Pauline Marois sur le sujet:

«Le scénario demeure très hypothétique, compte tenu que le gouvernement est majoritaire, mais il reste que sa majorité est fragile, ce qui n'est pas passé inaperçu dans le camp péquiste. «S'il se met dans une telle situation de fragilité, je ne vais pas hésiter une seconde», a-t-elle dit, dimanche, en point de presse, en marge d'un colloque de deux jours du Parti québécois portant sur les politiques sociales. (...) Selon ce scénario, il faudrait que l'opposition officielle s'associe aux autres députés d'opposition et profite d'une situation où le gouvernement n'aurait pas le nombre nécessaire de députés en Chambre, au moment de votes cruciaux.

Avec l'éviction récente de Tony Tomassi du cabinet et du caucus libéral, les libéraux ont désormais 66 sièges, contre 50 aux péquistes, quatre à l'ADQ et un à Québec solidaire. Trois députés sont indépendants et un siège est vacant, celui de Vachon, acquis au PQ et qui doit être comblé d'ici l'été».  Voir: http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201005/16/01-4280917-marois-pourrait-defaire-le-gouvernement-si-loccasion-se-presente.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B42_acc-manchettes-dimanche_369233_accueil_POS5

Et Pauline Marois d'ajouter aussi cette possibilité d'une élection anticipée: «Quant à un éventuel scrutin général anticipé, la chef péquiste y voit un scénario possible: «Il y a un risque que cela lui arrive.»  Extrait de: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/289131/charest-doit-ceder-sa-place-dit-marois

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Ces propos confirment que, dorénavant, cette «fragilité» objective de la majorité libérale en termes de sièges, fait en effet partie de la dynamique politique à Québec.

Une dynamique qui ne cesse d'ailleurs de se complexifier...

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(1) http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2010/05/14/une-majorit-233-fragile.aspx






14 mai 2010, 3:16
Une majorité fragile?

 

 

Comme promis dans mon billet d'hier, voici ma chronique d'aujourd'hui de la Gazette où j'analyse une enième raison faisant que le gouvernement Charest s'inquiète. Soit, dans ce cas-ci, le fait que sa majorité à l'Assemblée nationale est plutôt fragile avec 66 sièges sur 125...  

http://www.montrealgazette.com/opinion/Could+Liberals+majority+danger/3025392/story.html

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REVUE DE L'ACTUALITÉ:

Dans le cadre de la revue de l'actualité à laquelle je participe tous les vendredi matins avec ma collègue Nathalie Petrowski, dans le cadre de l'émission de Christiane Charette, j'ai également discuté avec Mario Dumont  des problèmes actuels du gouvernement Charest. Dont l'inévitable question de l'«éthique».

Nous avons aussi discuté de la fameuse entrevue qu'il a donnée à La Presse le 8 mai dernier avec Lucien Bouchard.

Une entrevue dans laquelle M. Bouchard disait que les Québecois n'ont «pas le droit» d'être cyniques. Et où M. Dumont dénonçait ce qu'il appelle le «délire de l'éthique» actuel... Mon point de vue: on ne peut pas placer «délire» et «éthique» dans la même phrase. Surtout pas en ce qui concerne les gouvernements. Et surtout pas avec ce qui se passe au Québec où l'«éthique» semble être plutôt en déficit...

Le Commissaire fédéral aux langues officielles a également parlé du bilinguisme des juges de la Cour suprême: nécessaire ou pas?...

http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2009-2010/chronique.asp?idChronique=110862

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UN «SPORT EXTRÊME»:

Petite auto-plogue:

Ce vendredi soir, 19h00, à la Première chaîne de Radio-Canada (rediffusion dimanche 23h00), je serai à l'émisson Le Sportnographe avec une chronique portant sur le politique comme «sport extrême».

Et avec, en extra, quelques «perronnismes», certains authentiques et certains de ma propre plume pour les circonstances....   http://sportnographe.radio-canada.ca/

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@ Photo de M. Dumont & Lucien Bouchard: Ivanoh Demers, La Presse

 

 




13 mai 2010, 4:25
Jean Charest est inquiet...

 

 

Le fait est plutôt que Jean Charest et ses ministres sont de plus en plus inquiets.

Et ils ne manquent certainement pas de raisons pour l'être.

Les derniers indices en date d'aujourd'hui:

Primo: le premier ministre recule, ou du moins semble tenter de donner l'impression de le faire, sur la proposition hautement inéquitable et impopulaire d'imposer une «taxe santé» de 200$/année & un ticket modérateur de 25$ par visite médicale:

Quelques raisons parmi d'autres:

1) un sondage Léger Marketing/Le Devoir montrant que 72% des répondants s'y opposent et 62% invoquent l'intervention du fédéral pour l'empêcher;

2) la sortie de la présidente du Conseil du statut de la femme qualifiant ces mesures d'«odieuses» et de «discriminatoires»;

3) le rapport du Commissaire à la santé les condamnant également:  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/288890/le-commissaire-a-la-sante-condamne-le-projet-de-franchise-sante


Secundo: Jean Charest promettait ajourd'hui un code d'éthique pour les élus d'ici l'été. Pour «maintenir la confiance des citoyens», a-t-il dit. «Maintenir»?

Il me semble plutôt que commencer par tenter de la «rétablir» serait plus près de la réalité...

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/288889/jean-charest-promet-aux-elus-quebecois-un-code-d-ethique-d-ici-l-ete

Mais même cela risque de passer pour trop peu, trop tard, et donc, de mourir au feuilleton.  

 (*) Demain, dans The Gazette, je ferai état dans ma chronique d'une autre raison faisant que le gouvernement Charest doit s'inquiéter...

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Maintenant, sur un tout autre sujet, soit celui du manque flagrant, à la période de questions, de la courtoisie la plus élémentaitre:

Ce matin, la ministre des Transports, Julie Boulet, a demandé à l'Opposition de poser des questions «plus respectueuses» alors que son propre premier ministre, pendant la même période de questions, déclarait ceci de peu respectueux pour les élus et l'institution parlementaire:

«Il faut regretter les tactiques choisies par la chef de l'opposition officielle, le ton qu'elle a donné aux débats à l'Assemblée nationale du Québec, l'abus de l'immunité parlementaire, la construction sur des allégations et des insinuations. C'est facile à faire, ça, M. le Président. N'importe qui peut se lever... Ça ne prend pas un génie pour se lever à l'Assemblée nationale du Québec, ça ne prend pas beaucoup de talent pour se lever, avec l'immunité parlementaire, pour dire n'importe...»

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@ Caricature: Garnotte, Le Devoir

 




12 mai 2010, 2:07
Le pouvoir, c'est "payant"
Les Québécois sont en urgent besoin d'une méga-dose collective de Prozac politique. Du moins, si on en croit La Presse, laquelle les qualifiait récemment de "découragés", "rebutés", "désabusés", "cyniques" et noyés dans le "sarcasme" le plus total.

N'en jetez plus, la cour est pleine. Il faut dire que les médias et les périodes de questions à l'Assemblée nationale ne suffisent même plus à couvrir les allégations de favoritisme, de financement illégal du PLQ, de trafic d'influence, etc... Même le peuple le plus jovialiste en perdrait le sommeil.

Mais si vous le permettez, je persiste et signe ce que j'avance depuis des mois: les Québécois sont plus en colère qu'ils ne sont désabusés. Même nous, les journalistes, ne passons pas une journée sans que des citoyens nous le disent. Que ce soit par courriel, à l'épicerie, au resto, au cinéma, sur la rue ou dans le métro!

Ce qu'ils disent, c'est que leur colère, à trois ans d'une élection, n'a pas d'exutoire. Et que c'est lourd à porter. Très lourd. Et que sans cette commission d'enquête élargie que Jean Charest refuse de créer, ils n'ont aucun moyen de distinguer la vérité de la fiction.

Résultat: tous les politiciens sont renvoyés au trente-sixième dessous dans la perception populaire. Injuste, pour plusieurs. Mais c'est le prix à payer lorsqu'un premier ministre laisse perdurer une telle crise de confiance.

En fait, la colère populaire monte depuis plus longtemps. En partie parce que les élus "gouvernent" moins qu'avant. Un problème en soi. Ici et ailleurs. Mais aussi parce que lorsqu'ils le font, ils répondent trop souvent à des intérêts particuliers et trop peu à l'intérêt commun. Ce que les citoyens constatent.

Alors, imaginez l'impact lorsque s'ajoutent à cette tendance des allégations de favoritisme et de retours d'ascenseur dans l'octroi de contrats, de subventions ou de permis gouvernementaux payés à même l'argent des contribuables. Même pour des garderies!

Ou lorsque trois ministres, avant de crier au "lapsus", déclarent en toute candeur, même si c'est illégal, que les compagnies peuvent donner aux partis politiques. Ou lorsqu'un ancien ministre de la Justice traite le premier ministre de menteur. Du jamais vu.

Eh bien, ce qui arrive, c'est que la grande majorité, à tort ou à raison, choisit de croire l'ancien ministre...

Gouvernement Inc.

Cette colère est aussi nourrie par une simple constatation de fait: le PLQ est devenu une redoutable machine à collecte de fonds. Pendant que le PQ, au pouvoir ou non, amasse de 4 à 5 millions de dollars par année, le PLQ, lui, double ses avoirs lorsqu'il est au pouvoir. Dans l'opposition, le Parti libéral engrangeait plus ou moins 4 millions de dollars par année. Mais depuis 2003, cette moyenne est passée à 8,37 millions. Et en 2008, avec une pointe, sans précédent, dépassant les 9 millions!

Le pouvoir est donc deux fois plus "payant" pour le PLQ. Même les ministres doivent lui rapporter au moins 100 000 $ par année pendant que M. Charest affirme que les entrepreneurs, eux aussi, ont le droit de s'intéresser à la "démocratie" en donnant!

Comme si "argent" et "démocratie" étaient devenus les nouvelles mamelles de l'État québécois. Une recette pourtant faite sur mesure pour que les fonctions gouvernementales et partisanes se confondent de plus en plus.

Faites le calcul: ce 8,37 millions, c'est aussi l'équivalent pour le PLQ des dépenses permises pour deux élections générales par année! C'est vraiment beaucoup d'argent pour un parti. Trop d'argent. Il faut en donner des contrats et des subventions pour être l'objet aussi choyé de "reconnaissance" exprimée sous forme d'autant de contributions.

Autant d'argent pour un seul parti crée aussi le risque qu'une telle générosité venant de grands donateurs et d'organisateurs puisse parfois acheter un accès privilégié à un ministre. Ou permette d'exercer une influence sur les politiques ou sur certaines nominations prestigieuses.

Le tout expliquant pourquoi la demande pour une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction porte maintenant essentiellement sur la question du financement des partis. Une autre excellente idée, qui ne verra jamais le jour...

Le "délire" de l'éthique?

Aussi dans La Presse, Lucien Bouchard déclarait ceci: "on n'a pas le droit d'être cynique"! Sagement à ses côtés, Mario Dumont dénonçait quant à lui ce qu'il appelle le "délire de l'éthique" /sic/. Comme si ces deux "ex" particulièrement visibles et audibles voyaient du cynisme là où la colère domine.

La distinction est pourtant essentielle. Le cynisme mène au découragement et donc, à l'inaction. Tandis que la colère, canalisée avec intelligence, peut déboucher sur l'action et l'expression ouverte de ses doléances. Même entre les élections!

Mais les notables, eux, qu'ils soient au pouvoir ou qu'ils ponctifient dans les coulisses, n'aiment pas vraiment ça, la "colère" des citoyens. C'est trop imprévisible.

Car rien n'ébranle mieux les certitudes tranquilles des notables qu'une colère qui porte à aller voter! Ce que les Québécois font de moins en moins. Et qu'ils devront pourtant réapprendreà faire.

Du moins, justement, s'ils ne veulent pas s'enliser dans un cynisme démobilisateur par définition...


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