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Full text of "Revue archéologique"

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PURCHASED  FOR  THE 

UNIVERSITY  OV  TORONTO  L1BRARY 

FROM  THE 

CANADA  COUNCIL  SPECIAL  GRANT 


FOR 

ART 


REVUE 


ARCHEOLOGIQUE 


OU  RECUEIL 

DE  DOCUMENTS  ET  DE  MÉMOIRES 

RELATIFS 

k  L'ÉTUDE  DES  MONUMENTS,  A  LA  NUMISMATIQUE  ET  A  LA  PHILOLOGIE 

DE   L'ANTIQUITÉ   ET   DU   MOYEN   AGE 

PUBLIÉS  PAR   LES  PRINCIPAUX   ARCHÉOLOGUES 

FRANÇAIS    ET    ÉTRANGERS 

KT    ACCOMPAGNAS 

DK  PLANCHES  GRAVEES  D'APRÈS  LES  MONUMENTS  ORIGINAUX 

VIP   ANNÉE 


PREMIÈRE    PARTIE  _ 

DU  15  AVRIL  AU  15  SEPTEMBRE  1850  -  Df 


PARIS 
A.  LELEUX,  LIBRAIRE-ÉDITEUR 

RUE    PIERRE-SARRA7.1N  ,   9 

1850 


ÉftïOK 


Dff/ 


DE  L'IMPRIMERIE  DE  CRAPELET 

RUE   DE  VAUGIRARD,   9 


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M, 

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TABLE   DES  MATIERES 

CONTENUES  DANS  LA  PREMIÈRE  PARTIE  (Avril  a  Septembre  1850). 


DOCUMENTS   ET    MÉMOIRES. 


PAGES 
ORDONNANCE   DE    l3l5    SUR     LES    MONNAIES 
baronnales  ,  par  M.  V.  Langlois I 

MÉMOIRE  HISTORIQUE  SUR  L'HÔTEL  DU  CHE- 
VALIER DU  Guet,  à  Paris,  aujourd'hui 
mairie  du  quatrième  arrondissement,  par 
M.   Troche l3 

Lettre  de  M.  Chaudruc  de  Crazannes, 

SUR  LE    SCEAU    DE   BÉRANGER   DE  FrEDOL.       l!\ 

Rapport  sur  les  travaux  de  l'Ecole 
française  d'Athènes,  par  M.  Guignirat.     27 

Lettre  de  M.  Champollion-Figeac,  re- 
lative au  papyrus  royal  de  Turin..     34 

Inventaire  des  tableaux, livres,  joyaux, 
meubles,  etc.,  de  marguerite  d'au- 
tkichl,  publié  par  M.  L.  de  Laboide.   36,  80 

La  Jubé  de  Notre-Dame  de  Chartres, 
par  M.  Doublet  de  Boisthibault 58 

De  l'ogive  et  de  l'architecture  dite 
OGIVALE  ,  par  M.  J.  Quicherat 65 

Musée  des  Thermes  et  de  l'hôtel  de 
Cliny 77 

Explication  du  drapeau  dit  de  Jeanne 
Hachette,  conserve'  à  l'hôtel  de  ville  de 
Beauvais  ,  par  M.  Paulin  Paris 92 

Le  Château  de  Corbeil,  par  M.  T.  Pinard.     96 

EXPOSITION  FAITE  A  L'INSTITUT,  PAR  M.  VIN- 
CENT,   DE    SESJJRAVALX    SUR   LA    MUSIQUE 

ancienne, compte  renduparM.  A.  Maury.  1 18 
Lettre  de  M.  Leclerc  ,  sur  les  ruines 

de  Lambesa 1 23 

Etudes    sur5les    anciennes     notations 

musicales  de  l'Europe  ,  par  M.  Nisard.  129 
Notice  sur  la  bibliothèque  de  Jean  duc 

de  Berry  en  1416,  par  M.  Douètd'Arcq. 

144 1  224 

L'Église  de  Saint-Julien  le  Pauvre  , 
à  Paris,  par  M.  T.  Pinard ...    169 

Iconographie  sacrée  enjRussie.  174,  23^,321 

Notice  sur  une  inscription  antique  dé- 
couverte a  EAU7E,par  M.  Chaudruc  de 
Crazannes 178 

Observations  sur  l'inscription  décou- 
verte a   Eauze  ,  par  M.  Le'on  Renier. .  .    182 

Notice  sur  le  tombeau  de  Flavius  Maxi- 
mi  s  ,  en  Algérie ,  par  M.  L.  Renier 186 

Découvertes  et  travaux  archéologi- 
yi< es  a  Nîmes  et  dans  le  Gard,  pen- 
dant les  années  18^8  et  1849,  par  M.  Ger- 
iiK-t   Donna iq3 


PAGES 

Notice  sur  quelques  poids  de  villes  du 
midi  de  la  France,  par  M.  Chaudrur 
de  Crazannes ?o-2 

Observations  sur  le  style  elliptique 
des  inscriptions  dédicatoires  ,  par 
M.  Letronne 207 

Lettre  de  Mohammed-Bey  ,  a  M.  Lan- 
glois, SUR  LA  LÉGENDE  D'UNE  MONNAIE 
bilingue  d'HÉthum,  roi  chrétien  d'Ar- 
ménie      220 

Observations  de  M.  Langlois  ,  sur  la 
lettre  précédente 22» 

Notice  sur  les  découvertes  archéolo- 
giques faites  A  Champlieu  ,  canton  de 
Crépy  (Oise) 24 1 

Nouvelles  remarques  sur  le  temple  ap- 
pelé Sosthénium,  consacré  à  saint  Michel 
par  l'empereur  Constantin,  par  M.  A. 
Maury 25; 

Mosaïque  trouvée  a  Carthage,  dessinée 
par  M.  Rousseau 260 

Lettre  a  M.  Ch.  Lenormant  ,  sur  les 
monnaies  des  rois  arméniens  de  la 
dynastie  de  Roupène  ,  par  M.  Victor 
Langlois 262,  357 

Les  Artistes  au  moyen  âge,  par  M.  Dou- 
blet de  Boisthibault 276 

Essai  sur  l'Iconographie  des  Apôtres  , 
leurs  attributs  ,  leurs  costumes,  etc.,  par 
M.  Guénebault 294 

Inscription  trouvée  dans  la  province 
DE  CoNSTANTiNE,  par  M.  L.  Leclerc...    3ll 

De  la  Cosmogonie  orphique,  par  M.  Alf. 
Maury 34o 

Mosaïques  de  l'église  Saint-Vital  de 
Ravenne 35  c 

Lettre  a  l'Éditeur  de  la  Revue,  sur 
la  bibliothèque  de  Jean,  duc  de  Berry,  par 
M.  Vallet  de  Viriville 354 

Sur  une  inscription  chrétienne  ,  décou- 
verte à  Setif  (  Algérie  )  ,  expliquée  par 
M.  Léon  Renier 369 

Misique  religieuse  au  moyen  AGE,  exa- 
men critique  par  M.  T.  Nisard,  des  chants 
exécutés  a  la  Sainte-Chapelle  de  Paris  en 
1849 *0 

Le  Prieuré  de  f  ongjumeau,  par  M.  Pinard.  385 


TABLE   DES   MATIKRKS. 


DÉCOUVERTES   ET   NOUVELLES. 


PAGES 

Inscriptions  latines  trouvées  dans  i.a 
nu.E  le  Léon  ,  en  Espagne 6*2 

Musique  religieuse 6'3 

Nouveau  procédé  le  moulage Ib. 

Nouvelles  découvertes  faites  par 
M.   Layard,  à  Nimroud 64 

Mort  de  M.  Ed.  Biot Ib. 

Exploration  des  antiquités  de  la  Basse 
Ch  ai.dée  ,  par  M.  Loft  us 126 

Peinture  italienne  du  XIIIe  siècle  , 
trouvée  à  Pescia 127 

note  sur  la  grammaire  comparée  dés 
LANGUES  indo-germaniques  de  M.  Bopp.    Ib. 

M.  A.  J.  H.  Vincent,  élu  membre  de 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Bel- 
les-Lettres et  du  Comité'  des  Arts  et 
Monuments Ib. 

Construction  d'un  mangonneau  dans  le 
Polygone  de   Vincennes 188 

Musée  mexicain  au  Louvre Ib. 

Retour  de  M.  Lottin  de  Laval,  d'une 
mission  scientifique  en  Egypte  et  en  Arabie.  2^5 

Démolition  d'une  maison  du  XIVe  siè- 
cle ,  à  Paris 2^6 

Fouilles  entreprises  a  Studfall  ,  An- 
gleterre     Ib. 

Musée  américain,  au  Louvre 247 


PU'.ES 

ExrosiTiov  DES  bas-reliefs  du  temple 
de  magnésie,  au   Louvre Ib. 

Erreur  commise  au   congrès  scientifi 
que   d'Auxerre,    a    propos   de  vases 

GAULOIS 3  l3 

Cimetière  mérovingien,  découvert  à  En- 
vermeu Ib. 

Observations  sur  le  projet  d'une  nou- 
velle classification  du  cabinet  des 
estampes  ,  de  Paris îlq 

M.  A.  J.  H.  Vincent  nommé  membre  de 
la  Société'  archéologique  d'Athènes Ib. 

Note  de  l'éditeur  de  la  Revue, sur  la  di- 
rection de  ce  recueil 387 

Séance  annuelle  de  l'Académie  des  In- 
scriptions et  Belles-Lettres lb. 

Jugement  des  Concours 388 

Nouveau  sujet  de  prix .H92 

Notice  sur  M.  Letronne 393 

Ecole  française  d'Athènes 3gq 

Démolition  de  l'ancienne  prison  de  la 
Force  ,  à  Paris 395 

Monnaies  anciennes  trouvées  à  Limoges. .  396 

Restauration  de  N.  D.  deFourvière, 
à    Lyon Ib. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Publications  nouvelles 320  ,  396 

Ouvrages  dont  il  a  été  rendu  compte  dans 
ce  volume. 

Mémoires  de  la  Société  d'Archéologie 
et  de  Numismatique  de  Saint-Péters- 

BOUMG 128 

Deutsches  Kunstblatt,  Zeitung  fur 
bildende  KUNST  UND  baukunst  ,  revue 
des  Arts,  publiée  par  M.  M.  Weigel 189 

Annuaire  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  France,   i85o 192 

Histoire  de  la  cathédrale  de  Poitiebs, 
par  M.  l'abbé  Auber 248 


Die  Antiken  Cameen  des  K.  K.  Mùnz 
und  Antiken  Cabinetteb  in  Wien. 
Bescbreiben  von  Josepb  Arnetb 2.r»2 

Monument  de  Ninive  ,  découvert  et  dé- 
crit par  MM.  Botta  et  Flandin 255 

Lettres  du  baron  Marchant  ,  sur  la  nu- 
mismatique et  l'histoire 256' 

Notice  des  monuments  exposés  dans  la 
salle  des  antiquités  américaines 
(Mexique  et  Pérou)  AU  Musée  DtLou- 
VRE,  par  M.  Ad.  de  Longpérier 3i5 

La  cathédrale  de  Bourges  ,  description 
historique  et  archéologique  par  MM.  A.  de 
Girardot  et  Hyp.  Durand. ..  .    320 


DE  L'IMPRIMERIE  DR  CRAPELET,   RUE  DE  VAUGIRÀRD  ,   9. 


REVUE 


ARCHÉOLOGIQUE 

OU  RECUEIL 
DE  DOCUMENTS  ET  DE  MÉMOIRES 

RELATIFS 

A  L'ÉTUDE  DES  MONUMENTS,  A  LA  NUMISMATIQUE  ET  A  LA  PHILOLOGIE 

DE   LANTIQUITÉ   ET   DU   MOYEN   AGE 

PUBLIÉS   PAR   LES   PRINCIPAUX   ARCHÉOLOGUES 

FRANÇAIS    ET    ÉTRANGERS 

ET    ACCOMPACNλ 

DE  PLANCHES  GRAVEES  D'APRÈS  LES  MONUMENTS  ORIGINAUX 

VO-   AIVNÉE 


DEUXIÈME    PARTIE 

DU  15  OCTOBRE  1850  AU  15  MARS  1851 


PARIS 
A.  LELEUX,  LIBRAIRE-ÉDITEUR 

RUE    P1ERRE-SARRAZIN  ,   9 

1851 


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WTTéCIIXIï 


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DE  L'IMPRIMERIE  DE  CRAPELET 

RUE  DE  VAUGIRARD,  9 


• 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LA  DEUXIÈME  PARTIE  (Octobre  1850  A  Mars  1851). 


DOCUMENTS  ET   MÉMOIRES. 


PAGES 
DE   IA    TABLE   MANUELLE   DES    BOIS    ET  DES 

dynasties  d'Egyptç  ou  papyrus  de  Tu- 
rin ,  de    ses  fragments  originaux  ,  de  ses 
copies     et     d«    ses     interprétations  ,     par 
M.  Gliaoipollu>u-Fig«ao. ,  397,  461,  589,  653 
Notice  historique  et  archéologique  sur 

LA      COMMUNE     DE    ChATILLON-SOUS«Ba- 

gneux  (Seine)  ,  par  M.  Troche /jo8 

Lettre   de   M.    V.  LangLois   a   M.  Ch. 
LenormaNt,    sur   les   monnaies   des    rois 
arméniens  de  la  dynastie  de  Roupène. ...  ^16 
Antiquités  Assyriennes,  par  M.  Adrien 

de  Lougpe'rier 427 

Lettre  de  M.  F.  Troyon  a  M.  Alfred 
Maury,  sur  des  découvertes  archéologiques 
faites  en  Suisse 453 

L'Inscription  cunéiforme  de  Tarkou  , 
par  M.  J.  Lowenstcrn l\55 

Sur  l'origine  des  monuments  en  pierres 
brutes  désignés  sous  le  nom  de  monu- 
ments celtiques  ou  druidiques  ,  par 
M.   Henri 473 

Lettre  de  M.  Alf.  Maury  a  M.  Raoul 
Rochette  sur  l'étymologie  du  nom  de 
Véronique^  donné  à  la  femme  qui  porte 
la  sainte  face  et  sur  l'origine  de  son  culte.  4&4 

Inventaire  du  roi- Charles  V  (21  jan- 
vier i38o),  mr  M.  Léon  de  Laborde,  406, 
6o3 '.'" 73i 

Lettre  de  M.  P.  Mébimée  a  M.  le  Mi- 
nistre de  l'Intérieur  sur  une  peinture 
murale  découverte  dans  la  cathédrale  du 
Puy 5io 

Bains  et  mosaïques,  antiques  de  Pont- 
d'Oli  ,  par  M.  H.  Durand 5l5 

Lettre  de  M.  Sartiges  a  M.  Adr.  de 
LoNGPÉRlER  sur  un  bas-relief  de  Bayazid.   520 

Villas  romaines  et  cimetières  méro- 
vingiens de  la  Seine-Inférieure,  par  M .  J  . 
Courtet 525 

Fouilles  du  Transtevère,  statue  d'Ath- 
lète, par  M.  E.   Vinet 535 

Congrès  scientifique  de  France  ,  tenu 
à    Nancy 544 

Lettre  de  M.  Leclerc,  sur  les  ruines  de 
Tefaced  (Algérie) 353 


PAGES 

Lettre  de  M.  E.  de  Rougé  à  propos  de 
l'article  de  M.  Cliampollion-Figeac  sur  le 
papyrus  de  Turin 559 

Lettre  de  M.  F.  Clément  au  sujet  de 
l'examen  critique  des  chants  de  la  Sainte- 
Chapelle,  par  M.  Nisard , 667 

Lettre  de  M.  Chaudruc  de  Crazannes  a 
M.  P.  Mérimée  bur  une  inscription  sépul- 
crale du  musée  de  Saintes 56g 

Sceau  de  Jean  Troussevache,  par  M.  Gil- 
bert    573 

Programme  d'un  ouvrage  intitulé  :  Docu- 
ments numismatique*  pour  servir  à  l'his- 
toire des  Arabes  d'Espagne  ,  par  M.  A 
de  Longpérier , 575 

Sur  un  pied  en  marbre  rxanc,  découvert 
à  Alexandrie  ,  par  M.  A.  Maury 600 

Plaque  de  marbre  gravée  du  musée  de 
Narbonne,  par  M.  P.  Mérimée 618 

Llttre  de  M.  Ch.  Lenorm.nnt  sur  un 
passage  de  Pline  relatif  à  Lysippe 621 

DÉCOUVERTE  DE  LA  VILLE  DÉ  LANDUNUM 
(Côte-d'Or) 63o 

Un  monument  de  l'église  de  Sens,  par 
M.  T.  Pinard 634 

Église  DE  Sainte-Clotilde  sur  le  terrain 
de  Belle-Chasse,  à  Paris,  par  M.  Gilbert.  637 

Église  de  Mattaincourt   (Vosges) 642 

Note  sur  les  monnaies  au  type  char- 
train,  par  M.  Doublet  de  Boisthibault.  .  666 

Note  sur  une  stèle  égyptienne 670 

mémoire  sur  les  dinars  a  légendes  la- 
TINES frappé»  en  Espagne  l'au  CXI  de 
l'hégire,  par  M.  H.  Lavoix 671 

Margerie  et  son  église,  par  M.  Girardin .  680 

Lettre  de  M.  E.  Vinet,  en  réponse  aux 
observations  de  M.  Lenormant  sur  un  pas- 
sage de  Pline 684 

De  la  chronologie  des  dynasties  égyp- 
tiennes ,  d'après  les  travaux  les  plus  ré- 
cents, par  M.  A.  Maury 691 

Lettre  de  M.  Roulez  ,  sur  une  inscrip- 
tion latine  trouvée  dans  la  ville  de  Léon 
(Espagne) 7<>5 

Église  d'Arcueil,  par  M.  Pinard 708 


7 


TABLE   DES   MATIÈRES. 

PAGES 
PAGES 

...  Tfttre  de  M.   Rousseau  ,   sur   deux,    în- 

SociÉTÉ  DE  Sphragistique 7»  lj  scriptions  latines  trouvées  dans  la  régence 

Souvenirs    historiques    et   a rcheologi-  ^  ^^     7^rJ 

ques   de    l'abbaye   de    Maubuisson  ,    par  À— ,»-■■    n'Xmi» 

M    Guenebault? 7X7  Sub  u  médaille  des  Sjotlates   d  Aqui- 

m.   uueneuauii...                            An.„r<!    »  TA1NE      par  M.  Chaudruc  de  Crazannes. .   761 

Observations   sur  les  dinars  arabes  a  taine  ,  par 

légendes  latines   et   les    dinars   bi-  Tapisseries  de  l'époque  de  Louis  XII, 

lingues,  par  M.  A.  de  Longpérier. . ?23  eXp0Sées  au   musée  de  Cluny  et  décrites 

Lettre  de   M.    W.    Brunet   a  M.  Alf.  par  M.  V.  Langlois 75&* 

Maury  ,   relative  à  son  mémoire  sur  les 
dynasties  égyptiennes lio 

DÉCOUVERTES   ET   NOUVELLES. 


Restauration  de  l'église  N.-D.  de  Paris.  458 

Départ  de  MM.  Léon  Renier  et  de  La 
MARE  pour  une  exploration  archéologique 
de  l'Algérie lb' 

Note  de  M.  A.  de  Longpérier  relative  à 
son  mémoire  sur  les  antiquités  assy- 
riennes  ^ 

Association  archéologique  de  la 
Grande-Bretagne,  congrès  tenu  à  Man- 
chester      Ib- 

Monnaies  trouvées  dans  la  forêt  de 
Breteuil 524 

Construction  et  restauration  de  trois 
édifices  religieux  ,  à  Tours 687 

Fouilles  archéologiques  à  Spalatro  ...    Ib. 

Mission  scientifique  donnée   a  M.  Ni- 

SARD 588 

Élection  de  l'Académie  des  Inscrip- 
tions et  Belles-Lettres 588,  649 

Élections  de  la  Société  nationale  des 
antiquaires  de  France 588 


Deniers  d'argent  mérovingiens,  trouves 
dans  le  département  de  la  Gironde 6->0 

Antiquités  romaines,  à  Uriage  (Isère)..  65i 

Doutes  sur  une  monnaie   gauloise  iné- 
dite  65t 

Restauration  de  la  mosquée  de  Sainte- 
Sophie,  à  Constantinople 7i3 

Autographe  de  Nersès  de  Lampron.  .  ,  .  714 

Lettre  de  M.  JS  isard  sur  la  musique  du 
XIII'  siècle Ib. 

Lettre  de  M.  de  La  Mare,  sur  les  ruines 
de  Tagumadi 7"2 

Renseignements  demandés  sur  une  mé- 
daille d'or  carthaginoise Ib. 

Musée  de  sculpture  de  M.  de  Clarac.  76$ 

The    jNumismatist  ,   nouvelle    publication 

anglaise Ib. 

Mort  de  lord  Northampton 764 

Lettre  de  M.  de  Saulcy,  sur  ses  explo- 
rations dans  la  Judée •  •    Ib. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Publications  nouvelles 460  ,  652,  763  Lettre  du  baron  Marchant  ,  sur  la  nn- 

mismatique  et  1  histoire 703 

Ouvrages  dont  il  a  été  rendu  compte  dans  Extraits  historiques  sur  la  fabrication  et 

ce  volume.  je  com,s  des  monnaies  dans  le  Barrois  et 

antiquités    of    Richboroug    Reculver,  la  Lorraine  ,  par  M.  V.  Servais 766 

and  Lymne 4^9  Notice  sur  l'ancienne  nécropole  de  la 

Monographie  de  la  cathédrale  d'Albi,  cité  de  Bayeux  ,  par  M.  E.  Lambert..    Ib. 

par  M-  Crozes 716  Mémoire  de  la  Société  impériale  d'ar- 

The  Muséum  of  Classical  antiquities.  76s  chéologie  de  Saint-Pétersbourg.  ...  767 


OKDONNANCE  DE  151; 


SUK 


LES    MONNAIES    BÀRONNALES, 


Le  document  que  nous  allons  publier  est  connu  depuis  long- 
temps; il  en  est  fait  mention  d'une  manière  spéciale  dans  le  premier 
volume  du  recueil  des  Ordonnances  des  rois  de  France,  où  pour  la 
première  fois  il  a  été  l'objet  d'un  examen  approfondi  et  fort  exact 
En  effet,  avant  cette  époque,  les  historiens  en  avaient  mal  interpréta 
la  provenance  et  voulaient  à  toute  force  que  l'ordonnance  de  1315 
fût  l'œuvre  du  roi  Louis  le  Hutin,  tandis  qu'au  contraire,  et  nous  le 
savons  de  source  certaine,  la  pièce  dont  il  est  question,  est  tout  sim- 
plement une  ordonnance  des  généraux  des  monnaies ,  faite  d'après 
j'aviâ  du  roi,  pour  empêcher  les  exactions  que  les  barons  de  France 
commettaient  sans  cesse  dans  la  fabrication  de  leurs  monnaies.  L'or- 
donnance de  1315,  détournée  par  quelques  auteurs  de  son  sens  pri- 
mitif^ besoin  d'être  précédée  de  quelques  données  critiques,  avant  de 
passer  sous  les  yeux  des  lecteurs.  Nous  allons  donc  faire  l'historique 
abrégé  des  causes  qui  la  provoquèrent,  et  qui  occupèrent  en  grande 
partie  le  règne  déjà  si  court  du  roi  Louis  X. 

A  l'avènement  de  Louis  le  Hutin,  les  barons  de  France,  forts  de 
leur  puissance  et  confiants  dans  leurs  forces  réunies,  renouvelèrent 
contre  l'autorité  royale,  la  ligue  qu'ils  avaient  déjà  formée  contre 
Philippe  le  Bel,  et  obtinrent  du  nouveau  roi  une  foule  de  conces- 
sions qui  affaiblirent  la  royauté,  et  doublèrent  leur  puissance.  Ils 
profitèrent  du  désordre  des  affaires ,  de  la  pénurie  du  trésor  et  de  la 
faiblesse  du  roi,  pour  battre  monnaie,  «  ce  qui  causa  un  grand  trou- 
ble dont  tout  le  monde  souffroit  beaucoup  (1).  » 

«  En  ce  temps-là,  un  particulier  donna  un  avis  au  roy,  dans 
<(  lequel  il  luy  marquoit,  qu'il  ne  pourroit  rien  faire  de  plus  utile 
«  pour  son  peuple ,  que  d'obliger  ceux  qui  avoient  droit  de  battre 

i    Leblanc,  Traité  des  monn.  roy.  de  France ,  p. 

VU.  * 


2  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

«  monnoie,  dans  le  royaume,  à  la  fabriquer  sur  un  certain  pied 
«  qu'il  leur  prescriroit  et  qu'il  ne  leur  fût  pas  permis  ensuite  d'en 
«  affaiblir  le  poids  ni  la  loy  (2).  »  Le  roi  prévoyant  qu'il  serait  diffi- 
cile dans  un  tel  état  de  choses ,  quelque  règlement  que  l'on  pût  faire, 
d'empêcher  les  malversations  que  les  prélats  et  les  barons  commet- 
taient sans  cesse  dans  leurs  monnaies,  se  résolut  à  les  priver  entière- 
ment de  ce  droit  pour  rétablir  le  calme  et  l'ordre  dans  les  affaires  du 
royaume  et  soulager  autant  que  possible  les  misères  de  son  commun 
peuple.  Alors  Louis  X  s'attribua  à  lui  seul  le  droit  de  battre  mon- 
naie (3).  Les  historiens  en  ce  point  sont  d'accord  entre  eux,  seule- 
ment les  ordonnances  du  roi  ne  paraissent  pas  aussi  positives  à  ce 
sujet  que  le  semblent  dire  les  chroniqueurs  Deux  chartes  ayant  trait 
à  la  fabrication  des  monnaies  baronnales,  et  émanées  du  roi  Louis  X, 
nous  apprennent  seulement  «  que  les  monnoies  noires  ou  blanches 
forgées  dans  les  pays  étrangers,  n'auront  plus  cours  dans  le  royaume; 
que  celles  des  barons  n'auront  cours  que  dans  leurs  terres  (4);  que 
nul  ne  pourra  faire  monnaie  ressemblant  à  celle  du  roi ,  et  qu'il  y 
aura  toujours  des  différences  à  pile  et  à  croix,  suivant  les  ordonnances 
de  saint  Louis  \  enfin  que  les  monnaies  des  barons  seront  différentes 
les  unes  des  autres  à  croix  et  à  pile  (5).»  Ces  chartes  ne  retiraient  pas 
aux  barons  tous  leurs  privilèges,  seulement  elles  les  restreignaient; 
c'était  assez  pour  leur  inspirer  des  craintes,  aussi  opposèrent-ils  une 
grande  résistance,  «  car  lors  ils  étoient  forts  et  peu  soumis  (6),  »  et 
l'ordonnance  demeura  sans  effet. 

Réduit  ainsi  à  l'impuissance,  «  le  roy  dut  seulement  se  contenter  de 
leur  prescrire  la  loy,  le  poids  et  la  marque  de  leur  monnoie  (7).  » 
C'est  sur  cette  dernière  phrase  que  roule  la  difficulté.  Comme  nous 
le  disions  plus  haut,  les  historiens  des  derniers  siècles  semblent  dire 
qu'une  ordonnance  spéciale  de  Louis  le  Hutin  régla  la  monnaie  des 

(2)  Leblanc,  p.  228.  -^Boizard,  Traité  des  Monnoies,  ire  part.,  p.  65  (Paris, 
1692,  in-12.)  —  D'Hérouval,  cité  par  Leblanc. 

(3)  René  Choppin,  Comment,  sur  la  coutume  d'Anjou  (trad.  du  latin),  p.  80 , 
Hv.  I,  1. 1 ,  art.  3.  (Paris,  1662,  f°.)  —  Leblanc  ,  p.  228.  —  Jean  Boivin,  moine  de 
Saint-Victor  (  Manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  n°  4949)  :  Memoriale  hist. 
Joann.  Parisiens.  Can.  SU.  Victoris,  ab  orbe  condito,  usque  ad  annum  1322. 

(4)  Charte  du  19  nov.  1315.  Cf.  Ord.  de  rois  des  Fr.,  t.  I,  p.  609. 

(5)  ld.  du  15  janv.  1315.  Cf.  Ord.  des  rois  de  Fr.,  t.  I,  p.  613. 

(6)  Actes  des  ligues  et  assoc.  de  la  noblesse  des  diverses  prov.  de  Fr.,  etc., 
contre  Louis  le  Hutin,  pour  s'opposer  à  plusieurs  exactions  et  tailles  mises  sur 
eux  en  1314-1315.  (Bibl.  nat.,  fonds  Dupuy,  manuscrit  n°  758.) 

(7)  Leblanc,  p.  198.  —  Boizard ,  p.  55.  D'Hérouyal,  cité  pat  Leblanc. —  Ord. 
des  rois  de  Fr.,  t.  I,  p.  623-624. 


NON  IN  LIES   B  \i;n;\\  \  I  B 

grands  feudataires;  en  effet  la  phrase  dont  il  s'agit  périma  l'équivo- 
que; quais  cette  ordonnance,  bien  que  provoquée  par  le  roi,  ne  fut 
cependant  pas  signée  de  lui;  aQSsi  dans  le  recueil  des  Ordonnances  des 
rois  de  fronce j  menlionne-t-on  d'une  manière  positive  que  la  pré 
tendue  ordonnance  signée   par  le   roi,  à  Lagny-sur  Marne,   \n 
Noël  1315,  est  de  pure  invention.  Une  preuve  suffira  pour  ne  plus 
croire  â  l'existence  de  l'ordonnance  royale  de  Lagny  :  en  ell'et,  dans  un 
manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  connu  sous  le  nom  de  regis- 
tre <ic  ÏAHhier  (h),  nous  trouvons  le  compte  rendu  abrège  de  ce  qui 
fut  arrêté  entre  le  roi  et  les  généraux  des  monnaies,  sur  les  monnaies 
baron nales  :  «  Le  XXVIIIe  jour  de  novembre  Van  nul  trois  cent  XV, 

«  le  dict  sieur  roy  (Louis  X)  soy  voullant  reformer  les  monnoyes 

«manda....    les  generaulx  des  monnoics et  Vavallaalion  des 

«monnaies  des  prélatz,  duez,  comtes,  barons,  s™  et  dames  aiant 
«  droiet  de  forger  monnoye  au  royaume  de  France,  fut  faicle  au  mois 
«  de  décembre  Van  mil  IIP  XV.  »  On  voit  par  ce  passage  que  le 
roi  manda  les  maîtres  des  monnaies  et  qu'on  arrêta  dans  le  conseil  les 
mesures  à  prendre  pour  fixer,  à  un  taux  déterminé,  la  monnaie  des 
barons.  Voilà  pour  le  premier  point  ;  maintenant  passons  à  l'ordon- 
nance en  elle-même  et  voyons  quels  en  furent  les  auteurs;  nous  trou- 
vons la  solution  de  cette  question  au  commencement  même  du  registre 
entre  deux  aiz,  c'est-à  dire  en  tête  de  l'ordonnance  de  1315;  il  n'y 
est  point  fait  mention  du  conseil  tenu  par  le  roi,  on  constate  seule- 
ment que  l'ordonnance  émane  des  maîtres  des  monnaies  :  «  Ce  sonf 

«  les  monnoies  des  barons  et  des  prelas fait  et  ordéné  par  Jehan 

«  le  Paumier,  Nicolas  des  Moulins  et  Jehan  de  Nuesport,  maistres  des 
«  monnoies  notre  sire  le  roy,  etc.  »  Ici  plus  de  doutes,  l'ordonnance 
de  1315  n'est  point  un  décret  royal,  mais  bien  un  règlement  sur  les 
monnaies  dont  la  rédaction  fut  confiée  par  le  roi  aux  maîtres  des 
monnaies. 

L«s  registres  entre  deux  aiz  de  la  cour  des  monnaies  et  de  Lothier  ne 
sont  pas  les  seuls  qui  renferment  l'ordonnance  de  1315;  il  en  existe 


(8)  Le  registre  de  Lothier  (Biblioth.  nat.,  fonds  Dupuy,  n°  353,  f°),  m'a  été  com- 
muniqué par  mon  savant  professeur,  M.  Léon  Lacabane;  je  saisis  l'occasion  qui 
m'est  offerte  aujourd'hui,  pour  le  remercier  des  précieuses  leçons  qu'il  m'a  don- 
I  des  renseignements  bienveillants  qu'il  m'a  fournis.  Le  registre  de  Lothier, 
disons-le  en  passant,  contient:  1°  «  L'avaluation  des  monnoyes  d'or  et  d'argent 
-•  rca  selon  le  poi*  et  essay  qui  ont  été  laietz  par  Jehan  l'Huilier,  sT  de  Bou- 
lancourt,  »  etc.  .  :  et 2^  L'évaluation  des  nnmnaies  des  barons  et  prélats,  faite  en 
etc. 


4  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

d'autres  encore  qu'a  cités  le  père  Lelong  (9).  Le  premier  des  deux 
manuscrits  rapportés  dans  l'ouvrage  du  savant  abbé,  est  intitulé: 
«  Les  cours,  loys,  poids  et  coings  des  monnaies  des  barons  et  prélats  de 
«  France  qai  avoient  pouvoir  anciennement  de  faire  battre  monnoie  dans 
«  le  royaume  (10).  »  Le  second  commence  ainsi  :  «  Registre  conte- 
«  nant  quels  princes ,  barons  et  prélats  se  disent  avoir  droict  de  faire 
«  battre  monnoie,  de  quel  poid  et  loy  elles  doivent  estre  avec  leurs 
«  empreintes...,  etc.  (11).  »  Ces  deux  derniers  manuscrits  ainsi  que 
le  registre  de  Lothier  ne  sont  que  des  copies  mutilées  du  registre 
entre  deux  aiz;  aussi  avons-nous  cru  utile  de  donner  aux  lecteurs  de 
la  Revue,  une  édition  d'après  le  registre  des  archives  nationales  (1 2), 
qui  renferme  l'ordonnance  complète  telle  que  les  officiers  des  mon- 
naies l'arrêtèrent,  sur  l'ordre  du  roi. 
Voici  le  texte  de  cette  pièce  : 

CE  SONT  LES  MONNOIES  DES  BARONS  ET  DES  PRELAS 

Du  royaume  de  France  qui  se  dient  avoir  droit  de  faire  monnoie 
telle  comme  il  la  doivent  faire  de  pois  de  loy  et  de  coing  qu'il  ont 
faites  anciennement.  Fait  et  ordené  par  Jehan  lePaumier,  Nicolas  des 
Moulins  et  Jehan  deNuesport,  raaistres  des  mon  noies  nostre  sire  le 
roy,  l'an  de  grâce  mille  cccxv  environ  Noël,  et  fu  ceste  copie  bailliee 
par  maistre  Regnaut  clerc  des  monnoies,  lundi  xvne  jours  de  may 
lan  mil  cccxvi. 

Premièrement.  La  monnoie  le  conte  de  Neucrs.  Les  deniers  doivent 
estre  a  iijd.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy  est  de  xix  s.  vj  d.  de  pois 
au  marc  de  Paris.  Item,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre 
a  iij  d.  de  loy  et  de  xvj  s.  ix  d.  oboles  doubles  de  pois  au  marc  de 
Paris,  et  ne  porront  faire  que  le  disième  des  maailes,  c'est  à  dire  ixc  1. 
de  deniers  et  c.  l.de  maailes  doubles  et  aussi  vaudront  les  deniers  et 
les  maailles  dessus  dictes  aualuelun  parmi  l'autre  a  petiz  tournois  et 
a  maailles  tournois  xx.  d.  mains  la  liure  que  petiz  tournois,  c'est  assa- 
uoir  que  les  xiij  d.  de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij 
petiz  tournois. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Neuers  le  coing  de  sa  monnoie  deviers  croiz 
etdeviers  pille  telle. 

(9)  Bibl.  Hist.  de  France ,  liv.  III,  50,  nos  i4433  et  14434. 

(10)  Ce  manuscrit  appartenait  autrefois  au  colonel  baron  d'Hoendorf. 

(11)  Manuscrit  appart.  jadis  à  d'Aguesseau. 

(12)  C'est  M.  Douët  d'Arcq,  achiviste-paléographe,  qui  m'a  signalé  l'existence 
dans  un  registre  des  archives,  de  l'ordonnance  de  1 31 5,  aussi  je  proGtedc  cette 
occasion  pour  lui  en  témoigner  toute  ma  reconnaissance. 


MONN  mis   BARONM  U  r.s.  5 

Item,  la  monnoie  le  duc  de  Qretaigne.  Les  deniers  doivent  astre 

à  iij  d.  xvj  grains  de  loj  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au 
marc  de  Paris.  Item,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  a 
iij  d.  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvj  s.  ix  d.  oboles  doubles  au  mnre  de 
Paris  et  ne  porront  faire  que  le  disieme  de  maailes,  c'est  à  dire  ixc  1. 
de  deniers  et  c.  I.  de  oboles  doubles  et  aussi  vaudront  les  deniers  et 
les  aboies  (sic)  dessus  dictes  avalue  lun  parmi  lautre  a  petiz  t.  et  a 
obole  t.  xx  d.  maiz  la  livre  que  petiz  t.  Cest  assavoir  que  les  xiij  d. 
de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  le  duc  de  Bretagne  le  coing  de  sa  monnoie  deviers 
eroiz  et  deviers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  1 .) 

Item,  la  monnoie  de  Sauvigny  qui  est  monseigneur  Loys  de  Cler- 
mont  etau  prieur  de  Savigny,  les  deniers  doivent  estre  a  iij  d.  xvj  grains 
de  loy  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au  marc  de  Paris. 
Item,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  eslre  a  iij  d.  loy  argent 
le  roy  et  de  xvj  s.  ix  d.  maailes  doubles  de  pois  au  marc  de  Paris,  et 
ne  porront  faire  que  le  disieme  de  maailes,  c'est  à  dire  ixc  livres  de 
deniers,  et  c  livres  de  mailes  doubles  et  aussi  vaudront  les  deniers 
et  les  mailles  dessus  dictes  avalué  lun  parmi  lautre  a  petit  t.  et  a  obole 
t.  xx  d.  mains  la  livre  que  petiz  t.  Cest  assavoir  que  les  xij  d.  de  la 
monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  mons.  Loys  de  Clermont  et  le  prieur  de  Sauvigny  le 
coing  de  leur  monnoie  devers  croiz  et  devers  pille  telle. 

Item  ,  la  monnoie  au  conte  de  la  Marche,  les  deniers  doivent  estre 
a  iij  d.  vj  grainz  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xx  s.  de  pois  au  marc  de 
Paris,  et  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  a  ij  d.  xvj  grainz 
de  loy  argent  le  roy  et  de  xvij  s.  ij  d.  oboles  doubles  de  pois  au  marc  de 
Paris ,  et  ne  porront  faire  que  le  disieme  partie  de  maailes,  c'est  à  dire 
ixc  livres  de  deniers  et  c  livres  de  maailes  doubles,  et  ainsi  vaudront 
les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  avalué  lun  parmi  lautre  a  petiz 
toumoiz  et  a  maailes  tournoiz  v  s.  mains  la  livre.  Cest  assavoir  que 
les  xv  d.  ne  vaudront  que  xij  petiz  tournois. 

Et  doit  faire  le  conte  de  la  Marche  le  coing  de  sa  monnoie  deviers 
croiz  et  deviers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie  messire  André  de  Sauvegny,  viconte  de  Bursse, 
les  deniers  doivent  estre  a  iij  d.  vj  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xx 
s.  de  pois  au  marc  de  Paris  etlesmaaillesde  la  dicte  monnoie  doivent 
estre  a  ij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvij  s.  ij  d.  de  maailes 
doubles  de  pois  au  mare  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que  le  disieme 


G  REVUE    ARCHEOLOGIQUE. 

partie  de  maailes,  c'est  à  dire  ixc  1.  de  deniers  et  c.  I.  de  maailles 
doubles  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  mailles  dessus  dictes  ava- 
Iu6  lun  parmi  lautre  a  petiz  tournoiz  et  a  maailles  tournoiz  v  s. 
mains  la  livre  que  petiz  t.  Cest  assavoir  que  les  xv  d.  ne  vaudront  que 
xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  le  viconte  de  Bursse  le  coing  de  sa  monnoie  deviers 
croiz  et  deviers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie  monsigneur  Pierre  de  Brisse ,  sire  de  Hiret  et 
de  Sainte-Sévère,  les  deniers  doivent  estre  à  iij  d.  vj  grains  de  loy 
argent  le  roy  et  de  xx  s.  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  les  mailles  de  la 
dicte  monnoie  doivent  estre  a  ij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy,  et 
de  xvij  s.  ij  d.  ob.  doubles  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront 
faire  que  le  disieme  partie  de  maailes,  c'est  à  dire  ixc  I.  de  deniers  et 
c.  1.  de  mailles  doubles,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  maailles 
dessus  dictes  avalué  lun  parmi  lautre  a  petiz  tournois  et  a  maailles 
tournois  v  s.  mains  la  livre.  Cest  assavoir  que  les  xv  d.  ne  vaudront 
que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  le  seigneur  de  Hyret  et  de  Se  Sévère  le  coing  de  sa 
monnoie  deviers  croiz  et  deviers  pile  tele. 

Item,  lamonoiede  l'archevesquedeKains,  les  deniers  doivent  estre 
a  iiij  d.  xij  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvij  s.  viij  d.  pois  au  marc 
de  Paris,  et  les  maailes  de  la  dicte  monoie  doivent  estre  a  ij  d. 
xviij  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xv  s.  v  d.  ob.  doubles  de  pois 
au  marc  de  Paris,  et  ne  porra  faire  que  le  disieme  partie  de  maailes 
doubles,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  mailes  dessus  dictes, 
autant  plus  ne  mains  comme  les  parisis  petiz  et  les  maailes  parisies. 

Et  doit  faire  l'archevesque  de  Rainsle  coing  de  sa  monnoie  deviers 
croiz  et  deviers  pile  telle.  (PI.  136,  n°  2.) 

Item,  la  monnoie  au  conte  de  Soissons  que  on  appelle  noires  doi- 
vent estre  a  iij  d.  xij  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  xxiij  s.  de  pois 
au  marc  de  Paris,  et  vaudront  le  deniers  dessus  diz  avaluez  a  parisis 
petiz  et  a  maailes  parisies  les  xx  noires  xij  parisis  petiz. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Soissons  le  coing  de  sa  monnoie  deviers 
croiz  et  deviers  pille  telle.  (PI.  136,  n°  3.) 

(Ici  une  lacune  dans  le  ms.) 

Et  doit  faire  le  conte  de  Saint  Pol  le  coing  de  sa  monnoie  deviers 
croiz  et  deviens  pille  tele. 

Ilem,  la  monnoie  ma  dame  de  Chastiau  Villain  more  au  seigneur 


MONNWKS   i*.\no\N\T,i  s  7 

de  Biilly,  les  deniers  boitent  estre  I  iij  d.  vj  gftiina  de  loy  argent  le 

rm  et  do  xx  s.  de  pois  au  marc  de  Paris  et  les  maailes  dé  la  diète 
mounoic doit eut estte  à  ij.  d.  xvj.  crains  de  loy  ar^<;nt  le  roy,  et  de 
\\\\  s.  ij  d.  mailes  doubles  de  pois  au  marc,  de  Paris,  et  né  porront 
faire  que  le  disieme  de  maailes ,  c'est  à  dire  ixf  I.  de  deniers  et  c.  I. 
de  maailes  doubles,  et  aiussi  vaudront  les  deniers  et  les  maailes  des- 
sus dictes  aval  ne  l'un  parmi  l'autre  aus  petiz  tournoiz  et  aus  ob.  tour- 
nois v  s.  mains  la  livre  que  petiz  tournoiz,  c'est  à  dire  que"  les  xv  d. 
ne  vaudront  que  xij  petiz  tournoiz. 

Et  doit  faire  la  damme  de  Chastiau  Villain  mère  au  seigneur  de 
Sully  le  coing  de  sa  monnoie,  deviers  croiz  et  deviers  pile  tele. 

Item,  la  monnoie  monseigneur  Robert  d'Artois,  sire  de  Meun  sur 
Yèvre,  les  deniers  doivent  estre  à  iij  d.  vj  grains  de  loy  argent  le  roy 
est  de  xx  s.  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  les  maailes  de  la  dicte  mon- 
noie doivent  estre  à  ij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvij 
s.  ij  d.  ob.  doubles  de  poids  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que 
le  disième  des  maailes,  c'est  à  dire  ixc  1.  de  deniers  et  c.  1.  de  maailes 
doubles,  et  aussi  vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  ava- 
lue  l'un  parmi  l'autre  aus  petiz  t.  et  ausob.  t.  v  s.  mains  la  livre  que 
petiz  tournoiz,  c'est  à  dire  que  les  xv  d.  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  monseigneur  Robert  d'Artois  sires  de  Meun  sur 
Yèvre  le  coing  de  sa  monnoie,  deviers  croiz  et  deviers  pile  tele. 

Item,  la  monoie  à  l'evesque  de  Maguelone,  les  deniers  doivent 
estre  à  iij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois 
au  marc  de  Paris.  Item ,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre 
à  iij  d.  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvj  s.  ix  d.  de  maailes  doubles  de 
pois  au  marc  de  Paris  et  ne  porront  faire  que  le  disième  de  maailes, 
c'est  à  dire  ixe  livres  de  deniers  et  c.  I.  de  mailles  doubles,  etainssi 
vaudront  les  deniers  et  les  mailles  dessus  dictes  avalue  l'un  parmi 
l'autre  à  petiz  t.  et  à  maaile  tournoiz.  xx  d.  moins  la  livre  que  petiz 
tournoiz.  Cest  assavoir  que  les  xiij  d.  de  la  monnoie  desssus  dicte  ne 
vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  l'evesque  de  Maguelone  le  coing  de  sa  monnoie  de- 
\iers  croiz  et  deviers  pile  telle. 

Item,  la  monnoie  à  l'evesque  et  au  chapitre  de  Clermont,  les  deniers 
doivent  estre  à  iij  d.  xvi  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  \x  s.  vj  d. 
de  puis  au  marc  de  Paris.  Item,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  dot 
vent  estre  à  iij  d.  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvj  s.  ix  d.  ob.  doubles 
de  pois  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que  le  \''  de  mnaik*. 


8  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

c'est  à  dire  ixe  I.  de  deniers  et  c.  I.  de  maailes  doubles,  et  aussi 
vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes,  avalue  l'un  parmi 
l'aulre  a  petiz  tournoiz  et  a  maailes  tournois  xx  d.  moins  la  livre  que 
peliz  t.  C'est  assavoir  que  les  xiij  d.  de  la  monnoie  dessus  dicte  ne 
vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  l'evesque  de  Clermont  le  coing  de  sa  monoie  deviers 
croiz  et  deviers  pille  tele.  (Voy.  pi.  136,  n°  4.) 

Item,  la  monnoie  du  Mans,  les  Mansois  d[oiv]ent  estre  à  vj  d.  de 
lov  ar°ent  le  roy  et  de  xvj  s.  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  ainssi  vau- 
dront les  Mansois  dessus  diz  xx  d.  mains  la  livre  que  tournoiz  petiz, 
c'est  à  dire  que  les  xiij  Mansois  ne  vaudront  que  ij  s.  de  petiz  tour- 
noiz. 

Et  doit  être  faite  la  monnaie  du  Mans  devers  croiz  et  devers  pille 
telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  5.) 

Item,  la  monnoie  au  vicomte  de  Lymoges,  les  deniers  doivent  estre 
à  iij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au 
marc  de  Paris.  Item,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  à 
iij  d.  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvj  s.  ix  d.  maailes  doubles  de  pois 
au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que  le  xe  de  maailes ,  c'est  à 
dire  ixe  1.  de  deniers  et  c  1.  de  maailes  doubles,  et  ainssi  vaudront 
les  deniers  et  les  oboles  dessus  dictes  avalue  l'un  parmi  l'autre  a 
petiz  tournoiz  et  a  oboles  tournoiz  xx  d.  mains  la  livre  que  petiz 
tournoiz.  C'est  assavoir  que  les  xiij  d.  de  la  monnoie  dessus  dicte, 
ne  vaudront  que  xij  petiz  tournoiz. 

Et  doit  faire  le  viconte  de  Lymoges  le  coing  de  sa  monoie  devers 
croiz  et  devers  pille  tele. 

Item ,  la  monnoie  l'evesque  de  Laon  que  len  appelle  maailes  lovi- 
sienes  doivent  estre  à  iij  d.  xviij.  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de 
xv  s.  maailes  doubles  de  pois  au  marc  de  Paris. 

Et  doit  faire  l'evesque  de  Laon  le  coing  de  sa  monnoie  devers 
croiz  et  devers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  6.) 

Item,  la  monnoie  au  conte  de  Rethel,  les  deniers  doivent  estre  à 
iij  d.  xvj.  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au 
marc  de  Paris.  Item  ,  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  à 
iij  d.  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvj  s.  ix  d.  maailes  doubles,  et  ainssi 
vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  avalue  lun  parmi 
lautre  a  petiz  tournoiz  et  a  maailes  tournoises,  xx  d.  mains  la  livre 
que  petiz  tournoiz,  c'est  à  dire  que  les  xiij  d.  delà  monnoie  dessus 
dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  tournoiz. 


MONNAIES    BA.RONNAU.S.  9 

Et  doit  faire  le  conte  de  Rethej  le  qoing  do  sa  monnoie  deven 
i  roii  et  devers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie (TAngtert,  lea déniera  doivent  estre  a  iij  d.  i  crains 
de  loj  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au  marc  de  Paris  et  les 
maailes  doivent  estre  de  ij  d.  xxj  grainz  de  loy  argent  le  roy,.  et  xvij 
s.  iiij  d.  maailes  doubles  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que 
le  x"  partie  de  maailes,  c'est  assavoir  ixe  I.  de  deniers  et  c.  I.  de 
inailles  doubles,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  ob.  dessus  dictes 
avalue  lun  parmi  lautre  a  petiz  tournoiz  et  a  mailles  tournois  iij.  s. 
iiij  d.  mains  la  livre  que  petiz  tournoiz,  c'est  à  dire  que  les  xiiij  d. 
de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  tournoiz. 

Et  doit  faire  le  conte  d'Anjou  le  coing  de  sa  monnoie  devers  croiz 
et  devers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  7.) 

Ilem,  la  monnoie  au  conte  de  Vendôme,  les  deniers  doivent  estre 
à  iij  d.  x  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vij  d.  de  pois  au  marc 
de  Paris,  et  les  maailles  doivent  estre  à  ij  d.  xxj  grains  de  loy  argent 
le  roy,  et  de  xvij  s.  iiij  d.  mailles  doubles  au  marc  de  Paris,  et  ne 
porront  faire  que  le  xe  partie  de  maailes,  c'est  à  dire  ixfl  I.  de  deniers 
et  c.  1.  de  mailles  doubles,  et  ainsi  vaudiont  les  deniers  et  les  mailles 
dessus  dictes  avalue  l'un  parmi  l'autre  a  petiz  tournoiz  et  à  mailes 
t.  iij  s.  iiij  d.  mains  la  livre  que  petiz  t.  c'est  à  dire  que  les  xiiij  d. 
de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Vendôme  le  coing  de  sa  monnoie  devers 
croiz  et  devers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie  de  Chastiau  Dun,  qui  est  à  ma  dame  de  Neelle, 
les  deniers  doivent  estre  a  iij  d.  x  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de 
xix  s.  vij  d.  de  pois  au  marc  de  Paris  et  les  maales(stc)  doivent  estre  à 
ij  d.  xxj  grain(sic)  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvij  s.  iiij  d.  ob.  doubles 
au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que  la  xe  partie  de  maailes , 
c'est  à  dire  ixe  I.  de  deniers  et  c.  I.  de  maailes  doubles,  et  ainssi 
vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  avalue  l'un  parmi 
l'autre  a  petiz  tournoiz  et  à  maailes  t.  iij  s.  iiij  d.  mains  la  livre 
que  petiz  tournoiz ,  c'est  à  dire  que  les  xiiij  d.  de  la  monnoie  dessus 
dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  tournoiz. 

Et  doit  faire  ma  dame  de  Neelle  le  coing  de  sa  monnoie  devers 
croiz  et  devers  pille  telle. 

Ilem  ,  la  monnoie  de  Chartres  qui  est  à  monseigneur  de  Valois , 
niers  doivent  estre  à  iij  d.  v  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de 


10  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

xix  s.  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  les  maailes  doivent  estre  à  ij  d. 
xxj  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvij  s.  iiij  d.  maailes  doubles  au 
marc  de  Paris ,  et  ne  porront  faire  que  la  xe  partie  de  maailes,  c'est  à 
dire,  iV  1.  de  deniers  et  c.  1.  de  maailes  doubI[es],  et  ainssi  vaudront 
les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  avalue  lun  parmi  lautre  a 
petiz  t.  et  à  ob.  t.  iij  s.  iiij  d.  mains  la  livre  que  petiz  tournoiz,  c'est 
à  dire  que  les  xiiij  d.  de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que 
xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  monseigneur  de  Valois  le  coing  de  sa  monnoie  de- 
vers croiz  et  devers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie  à  1  evesque  de  Meaux,  les  deniers  doivent  estre  à 
iij  d.  x  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  xix  s.  vij  d.  de  pois  an  marc  de 
Paris,  et  les  maailes  doivent  estre  à  ij  d.  xxj.  grain  de  loy  argent  le 
roy  et  de  xvij  s.  iiij  d.  oboles  doubles  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront 
faire  que  la  xe  partie  de  maailes,  c'est  à  dire  ixe  1.  de  deniers  et  c.  I.  de 
maailes  doubles,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus 
dictes  avalue  lun  parmi  lautre  aus  petiz  t.  et  aus  maailles  t.  iij  s. 
iiij  d.  moins  la  livre  que  petiz  t.,  c'est  à  dire  que  les  xiiij  d.  de  mo- 
noie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  l'evesque  de  Meaux  le  coing  de  sa  monnoie,  devers 
croiz  et  devers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  8.) 

Item,  la  monnoie  au  conte  de  Sanserre,  les  deniers  doivent  estre 
a  iij  d.  vj  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xx  s.  de  pois  au  marc  de 
Paris.  Item,  les  maailles  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  a  ij  d. 
xvj  grainz  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xvij  s.  ij  d.  maailles  doubles 
de  pois  au  marc  de  Paris ,  et  ne  porront  faire  que  la  xe  partie  de 
maailes,  cest  à  dire  ixe  1.  de  deniers  et  c.  livres  de  mailes  doubles, 
et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  maailes  dessus  dictes  avalue  lun 
parmi  lautre  aus  petiz  t.  et  aus  ob.  t.  v  s.  mains  la  livre  que  petiz 
t.  c'est  assavoir  que  les  xv  d.  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Sansuerre  le  coing  de  sa  monnoie,  devers 
croiz  et  devers  pille  telle. 

Item ,  la  monoie  madame  de  Virson  ;  les  deniers  doivent  estre  a 
iiij  d.  vj  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  xx  s.  de  pois  au  marc 
de  Paris,  et  les  maailes  doivent  estre  de  ij  d.  xvj  grainz  de  loy  argent 
le  roy,  et  de  xvij  s.  ij  d.  maail  doubles  de  pois  au  marc  de  Paris,  et 
ne  porront  faire  que  la  xe  partie  de  maailes,  cest  a  dire  ixe  I.  de 
deniers  et  c.  1.  de  mailes  doubles  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les 
maailes  dessus  dictes  avalue  lun  parmi  lautre  aus  petiz  t.  et  aus 


mow  ur.s   BAR0NNALE8,  I  I 

ob.  t.  \  s.  mains  la  livre  (jne  pétiz  t.  Cest  assavoir  qui;  les  w  <l.  ne 

vaodronl  que  iij  petit  t. 

El  doit  {lire  madame  de  Yirson  le  eoing  de  sa  monnoie  devers 
croix  et  devers  pille  t * m i K*. 

7/<w,  la  monnoie  au  seigneur  de  Chastiau  Raoul,  les  deniers 
doivent  eslro  a  iij  d.  vj.  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xx  s.  de  pois 
au  marc  de  Paris,  et  les  maailes  de  la  dicte  monnoie  doivent  estre  a 
ij  d.  xvj  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvij  s.  ij  d.  mailes  doubles  de 
pois  au  marc  de  Paris ,  et  ne  porront  faire  que  la  Xe  partie  de  maaile , 
l 'est  à  dire  ixc  I.  de  deniers  et  c  1.  de  maailes  doubles,  et  ainssi 
vaudront  les  deniers  et  les  mailes  dessus  dictes  avalue  lun  parmi 
lautre  a  petiz  t.  e  a  maill.  t.  vs.  mains  la  livre  que  petiz  tournois, cest 
assavoir  que  les  xv  deniers  ne  vaudront  que  xi j  petiz  tournois. 

Et  doit  faire  le  seigneur  de  Chastiau  Raoul  le  coing  de  la  monnoie 
devers  croiz  et  devers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  9.) 

Item ,  la  monnoie  à  l'evesque  de  Caours,  les  deniers  doivent  estre 
a  iij  d.  xvj  grainz  de  loy  argent  le  roy  et  de  xxj  s.  x  d.  de  pois,  au 
marc  de  Paris,  et  j  d.  plus  aus  iij  mars  et  les  maailles  de  la  dicte 
monnoie  doivent  estre  a  ij  d.  iiij  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de 
wiij  s.  viij  d.  de  pois  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront  faire  que  la 
xe  partie  de  maailes,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  maailes 
dessus  dictes  avalue  lun  parmi  lautre  a  petiz  t.  et  ob.  t.  les  xx  d.  que 
xij  petiz  t. 

Et  doit  faire  l'evesque  de  Caours  le  coing  de  sa  monnoie  devers 
croiz  et  devers  pille  telle. 

Item  t  la  monnoie  a  la  dame  de  Fauquembergue  doit  estre  à  iiij  d. 
xij  grains  de  loy  argent  le  roy  et  de  xvij  s.  de  pois  au  marc  de  Paris. 

Et  doit  faire  la  dame  de  Fauquembergue  le  coing  de  sa  monnoie 
devers  croiz  et  devers  pille  telle. 

Item ,  la  monnoie  au  conte  de  Poitiers,  les  deniers  doivent  estre 
a  iij  d.  x  grains  de  loy  argent  le  roy,  et  de  xix  s.  vj  d.  de  pois  au  marc 
de  Paris,  et  les  maailes  doivent  estre  a  ij  d.  xxj  grain  de  loy  argent 
le  roy  et  de  xvij  s.  iiij  d.  ob.  doubles  au  marc  de  Paris,  et  ne  porront 
faire  que  la  xe  partie  de  maailes,  cest  a  dire  ixe  1.  de  deniers  et  c.  I. 
de  mailes  doubles ,  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les  mailles  dessus 
dictes  avalue  lun  parmi  lautre  a  petiz  t.  et  a  mailes  tournois  iij  s. 
iiij  d.  mains  la  livre  que  petiz  t.  cest  a  dire  que  les  xiiij  d.  de  la 
monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  petiz  t. 


12  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Poitiers  le  coing  de  sa  monnoie  devers 
croiz  el  devers  pille  telle. 

Item,  la  monnoie  au  conte  de  Bloiz  ,  les  deniers  doivent  estre 
a  iij  d.  x  grains  de  loy  argent  le  roi  et  de  xix  s.  vij  d.  de  pois  au  marc 
de  Paris,  et  les  maailes  doivent  estre  a  ij  d.  xxj  grain  de  loy  argent 
le  roy  et  de  xvij  s.  iiij  d.  mailles  doubles  au  marc  de  Paris,  et  ne 
porront  faire  que  la  xe  partie  de  maailes,  c'est  a  dire  ixe  1.  de  deniers 
et  c.  1.  de  maailles  doubles  et  ainssi  vaudront  les  deniers  et  les 
maailes  dessus  dictes  avalue  lun  parmi  lautre  a  petiz  tournoiz  et  a 
maailes  tournoiz  iij  s.  iiij  d.  mains  la  livre  que  petiz  t.  cest  a  dire 
que  les  xiiij  d.  de  la  monnoie  dessus  dicte  ne  vaudront  que  xij  peliz. 

Et  doit  faire  le  conte  de  Blois  le  coing  de  sa  monnoie  devers  croiz 
et  devers  pille  telle.  (Voy.  pi.  136,  n°  10.) 


La  partie  du  registre  où  se  trouve  la  pièce  que  l'on  vient  de  lire 
se  compose  de  quatorze  folios  (2  à  15)  écrits  seulement  sur  le  recto. 
Nous  ferons  remarquer  qu'après  la  fixation  du  poids  et  de  l'aloi  de 
chaque  monnaie  baronnale,  le  scribe  a  laissé  un  intervalle  de  quelques 
lignes' qu'il  se  proposait  sans  doute  de  remplir  par  le  dessin  de  la 
monnaie  dont  il  était  question.  Son  but  a  été  compris  plus  tard,  et 
vers  le  milieu  du  XVIIe  siècle,  une  personne  inconnue  a  dessiné  dans 
ces  vides  les  figures  des  monnaies  dont  l'ordonnance  faisait  mention  ; 
de  plus  elle  a  accentué  tous  les  mots  du  texte  pour  en  faciliter  la 
lecture.  Cette  remarque  n'est  pas  sans  intérêt,  car  en  comparant  les 
dessins  de  l'ordonnance  de  1315  avec  les  figures  *  des  monnaies  de 
France  données  par  Haultin,  on  peut  se  convaincre  tout  d'abord 
que  c'est  d'après  les  dessins  de  ce  dernier  ouvrage  que  le  scribe 
inconnu  du  XVIIe  siècle  a  tracé  les  figures. 


Victor  Langlois, 

Élève  de  l'École  des  Chartes. 


3IÉM01RE  HISTORIQUE 


SUR 


L'HOTEL  DU  CHEVALIER  DU  GUET,  A  PARIS, 

AUJOURD'HUI    MAIRIE   DU   IVe   ARRONDISSEMENT. 


Quand  le  guet  dormi ra  sous  sa  tourelle  sombre, 
Après  le  couvre-feu  ;  Gdéle  au  rendez-vous, 
J'irai  chez  toi,  suivi  d'amis  dignes  de  nous  (1). 
(Caboche,  ou  Paris  sous  Charles  y I,  poëme 
tragique  par  L.  Marlinay.) 


Les  Ages  minent,  les  hommes  renversent ,  disait  avec  une  éner- 
gique vérité  M.  de  Chateaubriant  (2),  et  voici  aujourd'hui  qu'une 
vieille  maison  historique  du  Paris  moyen  âge  est  menacée,  à  sou 
tour,  de  subir  incessamment  le  même  arrêt.  Ce  n'est  pas ,  tant  s'en 
faut,  une  perte  pour  les  arts  :  mais,  ainsi,  l'un  après  l'autre,  dispa- 
raissent rapidement  dans  cette  grande  cité  les  vieux  souvenirs  de 
l'existence  urbaine  et  intime  de  nos  pères,  pour  être  aussitôt  rem- 
placés par  d'autres  qui,  au  triple  point  de  vue  de  la  grandeur,  de  la 
foi  et  de  l'humanité,  pourront  ne  pas  toujours  gagner  à  la  compa- 
raison. 

Dans  les  dernières  années  de  l'Empire,  vers  1811,  la  mairie  du 
quatrième  arrondissement,  établie  alors  dans  la  maison  rue  Coquil- 
lière,  n°  ^9,  connue  aujourd'hui  par  l'enseigne  du  Masque  de  Fer, 
fut  transférée  dans  l'ancien  hôtel  féodal  du  Chevalier  du  Guet,  place 
de  ce  nom,  n°  4,  sur  l'extrême  limite  orientale  de  cette  circonscrip- 
tion municipale.  Depuis  cette  prise  de  possession  par  l'autorité  lo- 

(1)  Il  y  a  dans  ces  vers,  que  nous  avons  pris  pour  épigraphe,  plus  qu'une  licence 
poétique,  car  on  verra  plus  loin  que  le  guet  sortait,  au  contraire,  au  signal  du  son 
du  couvre-feu.  On  le  sonnait  à  Notre-Dame ,  dès  le  XIVe  siècle,  à  sept  heures  du 
soir,  d'où  on  l'entendait  par  tout  Taris.  En  1425,  on  le  sonn.:it  à  S.iinl-Séverin.On 
en  établit  un  ,  on  1557,  à  Saint-Germain  le  Vieux,  sous  la  condition  qu'il  tonnerait 
à  huit  heures.  Sous  Louis  XIV,  la  Sorbonne  le  sonnait  à  neuf  heures.  {fÀvrerouge 
du  Chàlelrt,  V  89;  —  Santal,  Antiquité*  de  Parts,  t.  Il  ,  Mv.  XI.  p. 

(:')  (  Christianisme,  liv.  V,  ch.  ni. 


14  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

cale,  il  est  certain  que  de  grands  changements  s  étant  opérés  dans  la 
législation,  le  vieil  hôtel  est  devenu  à  peu  près  insuffisant  pour  les 
besoins  actuels  du  service  public.  Puis  l'entourage  de  ces  rues 
étroites  et  fangeuses  (1),  son  état  de  ruines  dans  plusieurs  de  ses 
parties,  les  mauvaises  conditions  dans  lesquelles  il  est  placé  sous  le 
rapport  stratégique,  sont  d'une  telle  évidence,  que  personne  n'ose- 
rait les  contredire,  disaient  naguère  les  membres  de  la  commission 
locale  d'enquête  sur  le  projet  de  déplacement  de  cette  mairie,  à  ceux 
de  la  commission  municipale,  dans  un  mémoire  que  nous  avons  sous 
les  yeux. 

Il  est  probable  que  ces  réclamations  de  l'autorité  compétente,  ap- 
puyées sur  des  motifs  aussi  puissants,  seront  exaucées,  et  que,  dans 
un  délai  très-prochain,  la  mairie,  i'état-major  de  la  légion,  et  la  jus- 
tice de  paix  du  quatrième  arrondissement ,  seront  transférés  dans  un 
lieu  plus  convenable  :  peut-être,  et  au  moins  provisoirement,  dans 
l'hôtel  d'Angivillers ,  rue  de  l'Oratoire,  n°  4,  ancien  bâtiment  an- 
nexe de  la  maison  des  Pères  de  l'Oratoire,  qui  l'ont  bâti,  vers  1745; 
jusqu'à  ce  que  la  ville  de  Paris  ait  fait  construire  un  nouvel  hôtel, 
sur  un  terrain  plus  central,  ou,  faute  de  mieux,  sur  les  fondements 
de  celui  des  anciens  commandants  du  guet  de  Paris,  qui  lui  appar- 
tient aujourd'hui. 

Toutefois,  avant  que  ce  vieux  manoir,  qui  a  perdu,  à  peu  de 
chose  près,  toute  sa  physionomie  féodale  et  militaire,  disparaisse  du 
sol  qu'il  occupe  depuis  plus  de  quatre  siècles,  il  importe  d'en  tracer 
succinctement  l'histoire,  et  de  signaler  à  la  science  archéologique  le 
peu  de  détails  d'architecture  historique  qu'on  y  voit  encore ,  et  qui 
sont  échappés  aux  ravages  des  siècles  ou  aux  remaniements  succes- 
sifs de  ses  divers  possesseurs,  depuis  l'abolition  de  la  charge  des  che- 
valiers du  guet,  en  173a,  sous  le  règne  de  Louis  XV. 

«  Le  Guet,  autrement  la  Patrouille ,  est  si  ancien,  dit  Sauvai  (2), 
que  je  n'en  puis  dire  l'origine.  »  De  temps  immémorial,  la  sûreté  de 
la  ville  de  Paris  était  garantie  par  les  gardes  et  les  patrouilles  de 
nuit,  qu'on  appelait  Ze  Guet.  Ce  nom  servit  plus  tard  à  désigner  les 
compagnies  régulières,  organisées  militairement  pour  le  service  in- 
térieur de  la  capitale.  Au  XIIe  siècle ,  le  guet  des  métiers  était  une 
institution  purement  civile,  semblable  à  notre  garde  nationale  :  nou~ 

(1)  Voir  Mémoire  sur  la  topographie  médicale  du  IVe  arrondissement  de 
Paris ,  recherches  historiques  et  statistiques  sur  les  conditions  hygiéniques  des 
quartiers  qui  composent  cet  arrondissement,  par  le  docteur  Henri  Bavard. 

(2)T.  H,p.  616. 


!ll.\     M    M.i.      1)1        (.111  I 

veHe  el  inviocibto  |»rou>f,  <|iif»i  qu'en  disent  nos  réformateurs  modcr- 

048,  qu'ils  Onl  peu  inventé  eu  bit  d'institutions  morales  ou  proir, 
Iikvs.  Chaque  artisan  devait  l'aire    le  gH£f  à  son  tour;  mais  alors, 
comme  aujourd'hui,  il  y  avait  des  exemptions  (t). 

I  ne  ordonnance  de  (Notaire  II,  de  l'an  595,  établit  le  guet  de  nuit 
par  les  habitants  de  chaque  quartier,  sous  des  peines  capables  de  les 
rendra  attentifs  à  ce  devoir  urbain  (2). 

I He  autre  ordonnance  de  Charlemagne,  de  Tan  813,  porte  que,  si 
quelqu'un  de  ceux  qui  sont  chargés  de  faire  le  guet  manque  à  son 
devoir,  il  sera  puni  par  le  comte  ou  premier  magistrat,  dune  amende 
de  quatre  sols  (3).  Dans  la  suite  des  temps,  plusieurs  autres  disposi 
lions  législatives  de  nos  rois  ont  réglementé  ou  modifié  les  milices 
chargées  de  le  surveillance  ou  du  maintien  de  Tordre  public  et  de  la 
sûreté  des  personnes  dans  Paris.  Nous  pourrions,  en  preuve  de  leur 
constante  sollicitude,  relater  ici  les  principales  dispositions  de  l'or- 
donnance de  saint  Louis,  de  l'an  1254,  de  celle  du  roi  Jean,  du 
6  mars  1363,  scellée  du  sceau  du  Châtelet,  en  l'absence  du  grand 
sceau  royal;  de  ledit  de  François  Ier,  du  mois  de  janvier  1539  (4), 
et  les  règlements  pour  la  compagnie  du  guet,  des  24  janvier  1684  et 
2  janvier  1688  ;  mais  ce  serait  dépasser  les  limites  d'une  simple  ana- 
lyse que  nous  nous  sommes  imposées. 

Néanmoins,  comme  étude  des  usages  et  coutumes  de  nos  aïeux  et 
parce  que  certaines  circonstances  se  rattachent  essentiellement  au 
sujet  spécial  de  ce  Mémoire,  nous  allons  esquisser  rapidement  la  cu- 
rieuse ordonnance  du  roi  Jean ,  conservée  dans  nos  archives  nationa- 
les (5),  qui  motiva  assurément  dans  le  quartier  Sainte-Opportune , 
la  construction,  ou  du  moins  l'acquisition,  dans  la  seconde  moitié 
du  XIV0  siècle,  de  l'hôtel  du  commandant  du  guet,  aujourd'hui  bien 
dénaturé,  mais  encore  presque  entièrement  existant,  comme  mairie 
de  ce  quartier. 

Ou  lit  dans  cette  ordonnance  que ,  dès  longtemps  ,  les  rois  prédé- 
cesseurs de  Jean  avaient  statué  :  que  les  artisans  de  certains  états,  à 
tour  de  rôle,  feraient  le  guet  toutes  les  nuits  pour  la  garde  de  la 

soir,  sur  ces  exemptions,  H.  Géraud,  Paris  sous  Philippe  le  Bel,  p.  480. 
(5)  Cap.  Rcg.  Franc.,  t.  I,  p.  20.  — <  Traité  de  la  Police,  par  Delamarrc , 
t.  I     i 

(3)  Cap.,  t.  II ,  p.  514.  --  Traité  de  la  Police,  t.  Il ,  p. 

(4)  Hegisirc  de  la  ville  dr  Paris  ,  f«  43.  —  Félibien  ,  Histoire  de    ! 
■ivcs  ,  partie  irc,  p.  0j20. 

(5)  livre  roinj  >  es  du  Châtelet. 
vo|.  n  t  {■   268.  —  Tiadc  <i<   lu  Police,  t-  I  ,  p.  *37. 


16  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

ville,  des  reliques  de  la  Sainte  Chapelle  du  palais,  des  corps  et  per- 
sonnes des  rois,  des  prisonniers  détenus  au  Châtelet,  des  bourgeois, 
biens  et  marchandises  de  la  ville;  et  aussi,  dans  le  but  de  porter  se- 
cours aux  accidents  du  feu,  si  fréquents  alors,  à  cause  de  la  fragilité 
des  constructions,  communément  en  bois;  de  prévenir  les  meur- 
tres, les  enlèvements  de  (îlles  ou  de  femmes,  et  autres  entreprises 
criminelles  contre  la  sécurité  des  personnes  et  la  tranquillité  pu- 
blique. 

Chaque  métier  devait  faire  le  guet  une  fois  en  trois  semaines.  Si 
un  artisan  manquait  à  ce  devoir,  les  clercs  du  guet  mettait  à  ses  dé- 
pens un  homme  à  sa  place.  11  résulte  en  outre,  de  cette  ordonnance, 
qu'outre  ce  guet,  purement  civil,  les  rois  en  avaient  établi  un  autre  : 
compagnie  toute  militaire,  commandée  par  le  Chevalier  du  guet,  et 
entretenue  des  deniers  royaux.  Elle  se  composait  de  vingt  sergents 
à  cheval  et  de  quarante  sergents  à  pied.  Ces  soixante  sergents  étaient 
conduits,  toutes  les  nuits,  par  leur  chef,  dans  les  rues  de  Paris,  avec 
mission  de  visiter  les  divers  postes  du  guet  bourgeois,  ou  des  métiers. 
L'ordonnance  de  1363  maintint  cet  ordre  de  choses. 

Le  chevalier  du  guet  avait  dix  sous  parisis  de  gages  par  jour,  et 
vingt  livres  pour  manteaux.  Chacun  des  sergents  à  cheval  avait  deux 
sous  par  jour,  et  les  sergents  à  pied  chacun  douze  deniers  parisis  (l). 
Il  y  avait  en  outre  deux  clercs  ou  greffiers  du  guet,  appointés 
comme  les  sergents  à  pied ,  dont  les  fonctions  étaient  de  dresser  les 
rôles  de  la  compagnie,  d'avertir  les  gens  de  métiers,  dont  le  tour 
était  venu  de  faire  le  guet,  de  se  trouver  avant  l'heure  où  sonnait 
le  couvre-feu,  sur  l'un  des  côtés  désignés  de  l'esplanade  du  Châtelet, 
où  se  rendaient  aussi  le  commandant  et  ses  sergents,  pour  être 
enregistrés  sur  le  rôle  quotidien. 

Les  artisans  étaient  excusés  du  guet,  si  leurs  femmes  étaient  en 
couche,  s'ils  avaient  été  saignés  dans  le  jour,  si  leur  commerce  ou 
leurs  affaires  les  avaient  obligés  de  sortir  hors  de  la  ville,  ou  enfin 
s'ils  étaient  sexagénaires.  Tout  sergent  du  guet  défaillant  était  privé 
de  ses  gages  de  la  nuit. 

Après  que  les  clercs  du  guet  avaient  enregistré  les  hommes  pré- 
sents, ils  les  distribuaient  ainsi  :  six  au  delà  du  guichet  extérieur 
du  Châtelet ,  pour  empêcher  les  prisonniers  de  s'évader  par  les 

(1)  Sous  le  règne  du  roi  Jean  (1350  à  1364),  le  marc  d'argent  valait  29  livres 
S  sous;  et  la  livre  numéraire  représentait  i  franc  87  centimes  3  mill.de  la  valeur 
actuelle.  (  Voir  Du  Cange  ,  aux  mots  Monda  et  Parisienses.  —  Leblanc,  Traité 
historique  des  Monnoies  ;  Almanach  des  Monnoies ,  etc.,  1785.) 


iimi  |  i     ni     (  iii.n  ai.II'.i:    DÛ    (iUET.  17 

portes.  Six  autour  <l<^  murs  <|(»  cette  forteresse,  pour  les  empêcher 
H  l'éfêdef  Ifec  des  cordes,  ou  par  tout  autre  moyen.  Six  dans  la 
cour  ilu  Palais  de  la  Cité,  pour  la  garde  des  reliques  de  h  Saintc- 
Cbapelle,  du  trésor  des  chartes  et  de  cette  demeure  royale.  Six 
dans  la  Ci  lé,  auprès  de  l'église  archipresbytérale  delà  Madeleine, 
sur  le  sol  de  laquelle  passe  aujourd'hui  la  rue  Constantine,  à  la  ren- 
contre de  celle  de  la  Cité.  Autant  devant  la  fontaine  des  Innocents, 
alors  adossée  à  cette  église,  dont  l'abside  joignait  la  rue  Saint- 
Denis,  en  face  de  la  rue  Aubry-le-Boucher.  Six  autres  à  la  porte 
Baudoyer,  près  l'église  de  Saint-Gervais.  Pareil  nombre  sous  les 
piliers  de  la  Grève ,  et  le  reste  aux  carrefours  et  autres  lieux  indiqués 
par  les  clercs. 

Ces  utiles  dispositions  avaient  été  fort  négligées,  par  suite  des 
concussions  commises  par  deux  clercs  du  guet,  nommés  Pierre 
Grosparmi  et  Guillaume  Pommero,  destitués  pour  avoir  pris  de 
l'argent  de  ceux  qui  devaient  faire  le  guet,  pour  les  exempter.  Ce 
méfait  ,  qui  avait  donné  lieu  à  une  infinité  de  désordres  ,  fut 
réprimé  par  cette  ordonnance,  au  moyen  d'un  système  de  contrôle 
qui  y  est  soigneusement  détaillé. 

Suivant  un  de  ces  préjugés  populaires,  souvent  admis  comme  la  loi 
commune  dans  la  société ,  et  presque  toujours  entretenus  en  haine 
de  l'autorité  répressive,  par  ces  hommes  qui  redoutent  sa  vigilance 
tutélaire  ;  parce  que  ,  s'ils  ne  peuvent,  grâce  à  elle,  se  livrer  à  leurs 
funestes  instincts,  ils  rêvent  incessamment  la  possibilité  de  fouler 
aux  pieds  les  droits  les  plus  sacrés  de  la  religion,  de  la  loi  et  de  la 
propriété:  le  chevalier  du  guet  est  considéré  par  certains  historiens 
comme  le  chef  sans  dignité  ou  sans  considération  d'une  milice 
d'oppression,  d'espionnage  ou  de  basse  police.  C'est  par  l'histoire 
elle-même  que  nous  voulons  rectifier  ici  une  erreur  qui,  comme 
tant  d'autres ,  est  propagée  dans  le  but  de  déprécier  ou  d'avilir  nos 
vieilles  et  sages  institutions. 

Dans  l'ordonnance  de  saint  Louis,  de  1254,  le  commandant  ou 
capitaine  de  la  compagnie  y  est  qualifié:  Chevalier  du  guet,  miles 
gueti  ;  ce  qui  n'était  pas  ,  a  la  vérité,  un  titre  de  noblesse  pour  ceux 
qui  possédaient  cette  charge,  mais  la  preuve  formelle  qu'on  ne  la 
confiait  qu'à  des  personnes  distinguées  par  leur  naissance.  Dans  un 
arrêt  du  parlement,  de  l'an  1265,  il  est  qualifié:  gardien  de  la  ville; 
castos  villœ.  Dans  une  assemblée  des  grands  officiers  de  la  couronne, 
tenue  à  Clichy,  en  1445,  Charles  VII  ôta  de  son  cou  le  ruban 
de  soie  noire  auquel  était  suspendu  l'ordre  de  Y  Etoile,  en  or, 
vu.  9 


1g  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

et  en  décora  le  chevalier  du  guet,  ordonnant  que  lui  seul,  désor- 
mais ,  et  ses  archers ,  tant  à  pied  qu'à  cheval ,  porteraient  sur  leurs 
casaques  perses  (l),  tant  devant  que  derrière,  une  étoile  blanche. 
Or,  cette  disposition  royale  renfermait  une  pensée  de  pieuse  pro- 
tection pour  la  ville  de  Paris  et  ses  habitants,  puisque  l'ordre  de 
Notre-Dame  de  l'Étoile  avait  la  sainte  Vierge  pour  patronne  titu- 
laire ,  elle  que  l'Église  et  les  chrétiens  invoquent  sous  le  double 
titre  d'étoile  de  la  mer  et  d'étoile  du  matin.  Cette  charge  donnait 
de  très-belles  prérogatives  :  celui  qui  en  était  revêtu  pouvait  entrer 
chez  le  roi  à  toute  heure,  même  en  bottes.  Il  rendait  compte  direc- 
tement à  Sa  Majesté,  et  prenait  ses  ordres.  Les  officiers  et  archers 
qui  composaient  la  compagnie  avaient  aussi  beaucoup  de  privilèges. 
A  la  mort  de  Choppin  de  Goussangré,  dernier  chevalier  du  guet, 
le  roi,  par  ordonnance  du  31  mars  1733,  décida  le  remboursement 
de  sa  charge  à  ses  héritiers,  ne  jugeant  pas  à  propos  de  lui  donner 
un  successeur.  Alors  on  réunit  dans  un  seul  officier  le  commande- 
ment de  toutes  les  compagnies  d'ordonnance  tant  à  pied  qu'à  cheval. 
A  l'époque  de  la  révolution,  le  guet  de  Paris  se  composait  de 
soixante-neuf  archers  à  pied,  de  cent  onze  à  cheval,  et  d'une  troupe 
d'infanterie  de  huit  cent  cinquante- deux  hommes.  Ce  chiffre  peut 
donner  à  réfléchir,  en  le  comparant  avec  les  besoins  de  même  nature 
nécessités  par  notre  position  sociale  et  urbaine  aujourd'hui. 

C'est  un  fait  avéré  de  l'histoire  de  Paris ,  qu'au  commencement 
du  XIVe  siècle,  le  roi  avait  acquis,  dans  le  champ  Perrin  Gasselin, 
au  quartier  Sainte-Opportune,  une  maison,  pour  y  loger  le  cheva- 
lier, ou  commandant  du  guet.  Il  y  a  grande  apparence,  dit  Jaillot, 
le  plus  sérieux  et  le  plus  exact  des  topographes  de  Paris,  que  ce 
fut  en  conséquence  de  l'ordonnance  du  roi  Jean  ,  du  6  mars 
1363  (2),  que  fut  prise  cette  mesure.  Et  en  effet,  deux  des  princi- 
pales dispositions  de  cette  ordonnance,  celle  de  la  garde  des  prison- 
niers du  Châtelet  et  du  Palais  ,  imposaient  rationnellement  la 
nécessité  que  le  chef  de  cette  milice  fût  installé  dans  le  voisinage,  et, 
surtout,  assez  près  du  Châtelet,  siège  de  la  prévôté  de  Paris,  où, 
indépendamment  des  transactions  civiles,  se  traitaient  quelquefois 
les  affaires  les  plus  graves,  au  point  de  vue  de  la  sûreté  publique, 
et  aux  abords  duquel  se  tramaient  aussi  les  émeutes  et  les  mouve- 


(1)  Bleu  d'une  nuance  qui  tient  du  vert. 

(2)  Livre  rouge  du  Châtelet,  f°  39.  —  Jaillot ,  Quartier  Sainte- Opportune, 
p.  15. 


non  i.   m    < m. \  vil  i  it    m     01  i   i  |f 

sjtfnU  populaires.  Il  fallait  aussi  que  oattfi  maison  fût  asiei  reste 

pour  \  inv\oir  et  faire maïueuvrer  (oui  ou  partie  de  la  compagnie. 

Uuc  autre  considération  a% ait  du  aussi  exn'ler  le  roi  Jean  ri  son 
ÇOllseil  à  prendre  cette  mesure  d'opportunité  %  car  déjà,  à  celte 
époque i  les  quartiers  Sainte-Opportune,  Saint-Denis  et  Saint- 
Jacques-la  -Boucherie,  étaient  redoutables  au  pouvoir  par  leur  popu- 
lation turbulente,  sans  cesse  animée  au  désordre  par  cette  terrible 
corporation  des  bouchers,  jouant  toujours  le  premier  rôle  dans  les 
querelles  civiles  qui  signalèrent  si  particulièrement  la  captivité  du 
roi  Jean,  et,  plus  tard,  la  démence  de  Charles  VI.  D'ailleurs,  il 
avait  vu,  en  1357,  un  magistrat  municipal  se  mettre  lui-môme,  en 
trahissant  ses  serments  et  son  devoir,  à  la  tète  des  révoltés,  de  telle 
sorte  que,  sous  son  commandement,  Paris  était  devenu  un  théâtre 
d'horreurs ,  où ,  au  lieu  de  nos  modernes  et  odieuses  barricades,  les 
rues  étaient  barrées  par  des  chaînes. 

Jean  de  Harlay,  chevalier  du  guet,  habitait  cet  hôtel  sous  LouisXI. 
Dans  nos  recherches  pour  notre  monographie,  inédite,  de  l'église  de 
Saint-Germain  l'Auxerrois,  nous  avons  trouvé  que  les  marguilliers 
de  la  paroisse  de  Garges ,  près  de  Pontoise ,  ayant  eu  la  singulière 
idée  de  confier  des  reliques  de  leur  église  à  cet  officier,  pour  les  faire 
approuver  par  Guillaume  Chartier,  évoque  de  Paris,  et  n'ayant  pu  les 
recouvrer,  portèrent  une  plainte  contre  lui  à  l'archidiacre,  dans  sa 
visite  de  1472. 

Le  2  juillet  1465,  pendant  la  guerre  du  bien  public,  Jean  Balue, 
évêque  d'Evreux  ,  depuis  cardinal ,  vint  dans  cette  maison  requérir  le 
guet,  et  le  conduisit  au  son  des  trompettes,  au  Châtelet,  et  de  là, 
dans  les  rues  de  Paris,  où  son  intervention  était  nécessaire. 

Cette  maison ,  beaucoup  plus  considérable  alors  quelle  n'est  au- 
jourd'hui ,  n'était  pas  à  son  commencement  étranglée  par  une  foule 
de  constructions ,  au  milieu  desquelles  elle  est  comme  perdue  actuel- 
lement. Dans  l'origine,  elle  s  élevait  sur  un  espace  libre,  appelé, 
comme  nous  l'avons  déjà  dit,  le  Champ  Perrin  Gasselin  ,  nom  pro- 
bable du  propriétaire  primitif.  C'était  un  terrain  herbu,  formant,  au 
XIIIe  siècle ,  l'esplanade  de  l'arrière-face  nord  de  la  forteresse  du 
Grand-Chàtelet,  et  qui,  bien  que  déjà  environnée  d'habitations,  finit, 
avec  le  temps,  et  par  suite  de  l'agglomération  incessante  d'une  popu- 
lation industrielle  sur  ce  point,  où  se  trouvait  la  grande  boucherie, 
et  la  pierre  ou  coutume  du  poisson  ,  à  s'en  couvrir  tout  à  fait. 

Au  XVe  siècle,  la  principale  entrée,  l'entrée  d'honneur  de  l'hôtel 
du  Chevalier  du  Guet,  s'ouvrait  au  milieu  de  la  rue  de  ce  nom, 


20  REVUE    ARCHEOLOGIQUE. 

qu'elle  changea  alors  contre  celui  de  Perrin  Gasselin,  dont  il  est  fait 
mention  dans  des  titres  authentiques  des  années  1254  et  1269,  cités 
par  Jaillot  :  nom  que  porte  encore  l'obscure  et  hideuse  ruelle  qui  en 
forme  la  prolongation  jusqu'à  la  rue  Saint-Denis. 

La  place,  ou  plutôt  i'impasseoù  est  situé  notre  vieil  hôtel,  commu- 
niquait jadis  avec  la  rue  Saint-Germain-l'Auxerrois  par  deux  ruelles 
aujourd;hui  fermées,  qui  ne  se  trouvent  désignées  dans  les  historiens 
par  aucuns  noms,  et  qui  sont  aujourd'hui  de  simples  passages  parti- 
culiers dans  deux  maisons  voisines,  situées  dans  une  impasse  en  face. 
Le  portail  sur  la  place  du  Chevalier  du  Guet  n'était  qu'une  porte 
de  dégagement,  et,  néanmoins,  elle  était  flanquée  de  tourelles  qui 
ont  disparu  dans  les  premières  années  du  règne  de  Louis  XV,  et 
de  deux  contre-forts  carrés  qu'on  n'a  pu  démolir,  et  qui  ont  encore 
conservé  toute  la  vivacité  de  leurs  profils.  Cette  façade  extérieure 
est  sévère,  triste  même,  et  ne  laisse  pressentir,  par  sa  nullité,  qu'il 
ait  jamais  existé  au  dedans  ces  délicatesses  archaïques  qui  distin- 
guent si  particulièrement  l'architecture  civile  du  XVe  siècle ,  dont 
Jean  de  Sallazard  nous  a  laissé  un  exemple  fameux,  dans  son  curieux 
hôtel  archiépiscopal  des  métropolitains  de  Sens,  à  Paris  (1). 

Autant  qu'on  doit  juger  par  le  peu  qui  reste  des  constructions 
primitives  et  des  détails  échappés  aux  injures  des  siècles ,  ou  aux 
changements  radicaux  qui  ont  entièrement  transformé  cette  maison, 
ils  témoignent  qu'elle  a  dû  être  bâtie  au  commencement  du  dernier 
tiers  du  XIVe  siècle,  au  plus  tôt;  circonstance  qui  semblerait  confir- 
mer la  tradition  que  cette  demeure  existait  avant  qu'on  la  destinât 
au  commandement  du  guet. 

Les  murs  devaient  être  entièrement  construits  en  pierres  de  taille 
de  grand  appareil,  atteignant  une  largeur  de  soixante  centimètres  sur 
une  hauteur  proportionnée,  de  manière  à  offrir  de  la  résistance  aux 
attaques  extérieures.  La  face  de  l'entrée,  sur  la  cour,  est  la  seule 
partie  à  peu  près  complète,  depuis  le  rez-de-chaussée  jusqu'au  faîte, 
qui  ait  conservé  les  traces  élémentaires  de  sa  structure  native.  La 
baie  d'entrée  à  plein  cintre,  comme  par  devant,  est  aussi  cantonnée 
de  deux  contre-forts  carrés,  ou  piliers  butants.  La  baie  de  fenêtre 
percée  au  premier  étage,  au-dessus  de  cette  porte,  s'ouvrait  jadis 
en  cintre  surbaissé,  avec  moulures  saillantes  qui  ont  été  coupées 
dans  un  ravalement  fait  postérieurement  pour  dresser  le  mur,  mais 
dont  l'archivolte  reste  indiquée  par  les  pierres  disposées  en  forme  de 

(1)  Voir  noire  Notice  historique  sur  Vhôlel  de  Sens,  Revue  Archéologique , 
ive  année,  p.  I4(î. 


Uni  ||       1)1       (    III    \    VII  II»      IX       61 

min,  'pu  en  décrivent  l'ire.  Le  mur  de  ce  corps  de  bâtiment,  com- 
de  daui  étages,  est  ourlé  au-deisoofl  da  toit  d'une  forte  mou- 
lure taariqae,  formant  corniche;  moulure  «jui  était  le  plus  commu- 
nément employée  dans  l'architecture  à  la  lin  du  XIVe  siècle,  et  dans 
la  majeure  partie  du  XV0.  Les  fenêtres  du  second  étage  se  composent 
de  deux  lucarnes,  aussi  en  pierres  de  taille,  placées  à  la  naissance  du 
toit,  avec  chambranles  lisses,  frontons  obtus,  et  claveaux  taillés  en 
min.  La  troisième  lucarne  manque.  La  division  du  premier  étage 
était  marquée  par  une  moulure  creuse  régnant  encore  sous  l'appui 
de  deux  fenêtres  ,  les  autres  ayant  été  encadrées ,  postérieurement, 
de  plates-bandes. 

Le  pignon  de  la  toiture  était  surmonté  naguère  d'un  épi  avec 
girouette  découpée  à  jour,  que  nous  avons  encore  vue,  mais  dont  il 
ne  reste  plus  que  la  tige ,  qui  porta  sans  doute  autrefois  le  pennon 
armorié  du  chevalier  du  guet. 

L'unique  fenêtre  éclairant  le  corps  de  garde  du  côté  de  la  cour  est 
encadrée  d'une  gorge  ou  moulure  géométrique  et  creuse,  qui  indique 
suffisamment  l'ordonnance  générale  des  fenêtres  au  pourtour  qui 
n'existent  plus. 

La  cour,  à  peu  près  carrée,  est  assez  vaste  et  bordée  de  bâtiments 
sur  les  quatre  faces.  Le  côté  oriental  contient  seul  les  constructions 
anciennes  que  nous  venons  de  décrire,  et  encore  ne  forment-elles 
qu'environ  la  moitié  de  cette  face.  Les  trois  autres  ont  été  plus 
sacrifiées.  Toutes  les  fenêtres  ont  été  agrandies;  les  ornements,  s'il 
s'en  trouvait,  ont  été  raclés,  les  pierres  badigeonnées,  les  combles 
défleuris,  les  intérieurs  dégradés  et  déshonorés  de  leurs  décorations 
peintes,  dorées  ou  sculptées,  dont  on  apercevait  encore  autrefois  des 
indices  dans  la  grande  salle  d'administration.  Les  seules  parties 
anciennes  qui  peuvent  encore  exister  dans  les  bâtiments  au  midi,  au 
couchant  et  au  nord,  sont  tout  au  plus  les  murs  des  soubassements 
pourtournant  la  cour,  et  plusieurs  étages  de  caves  solidement  voûtées 
en  plein  cintre,  et  petit  appareil  régnant  sous  les  bâtiments  au  midi 
et  au  levant. 

L'entrée  de  la  maison  n°  6,  sur  la  place,  et  qui  était  une  dépen- 
dance de  notre  vieil  hôtel,  se  fait  encore  remarquer  par  une  baie  en 
ogive  du  XVe  siècle,  gracieusement  profilée  de  moulures  saillantes 
et  rentrantes,  dont  le  tympan  lisse  décrit  un  arc  très-surbaissé.  Tel 
est  aujourd'hui  l'état  exact  de  cet  hôtel ,  l'un  des  vieux  et  derniers 
témoins  de  notre  histoire  locale,  sur  le  territoire  du  quatrième  arron- 
dissement de  Paris. 


22  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Cette  maison  du  Chevalier  du  Guet  étant  devenue  sous  Louis  XV 
une  maison  particulière  et  modifiée,  comme  nous  voyons,  dans  toutes 
ses  parties  essentielles,  fut  confisquée  révolutionnairement  vers  1794, 
sur  une  famille  d'émigrés,  et  acquise  par  un  sieur  Morel,  qui  spécu- 
lait alors,  comme  tant  d'autres,  sur  ces  sortes  de  biens ,  et  le  môme 
qui,  dit-on,  lors  de  la  démolition  de  la  tour  du  Temple,  vers  1811, 
vendit  au  prix  de  vingt  mille  francs,  en  Angleterre ,  l'échiquier  d'un 
jeu  de  Siam  que  l'infortuné  roi  Louis  XVI  avait  tracé  sur  le  pave- 
ment d'une  pièce  de  sa  prison.  La  ville  de  Paris  a  racheté,  depuis 
environ  quinze  ans,  cette  même  maison,  et  celle  n°  6,  des  héritiers 
dudit  sieur  Morel. 

Dans  ces  vieux  temps,  dont  nous  venons  d'évoquer  les  souvenirs, 
ce  quartier  si  triste,  et  d'un  aspect  si  peu  attrayant  aujourd'hui, 
comptait  cependant  au  sein  de  ses  rues  humides,  sinueuses  et  som- 
bres, et  parmi  sa  population  d'artisans,  beaucoup  de  sommités  prin- 
cières  ou  de  célébrités  historiques  :  le  preux  Jean  le  Meingre,  maré- 
chal de  Boucicaut,  demeurait  rue  Béthisy,  dans  l'hôtel  de  Ponthieu, 
que  lui  donna,  en  1359,  Charles  V,  alors  régent  de  France.  En  1368, 
le  roi  de  Bohême  avait  son  hôtel  rue  du  Chevalier-du-Guet,  joignant 
celui  de  ce  chef  militaire.  Vers  la  fin  du  XIV0  siècle,  Jean  et  Pierre 
de  Vienne,  amiraux  de  France,  qui  rendirent  à  la  patrie  les  services 
les  plus  signalés,  sous  les  rois  Charles  V  et  Charles  VI,  demeurèrent 
l'un  après  l'autre  rue  Jean-Lantier.  Le  premier  fut  tué  à  la  bataille 
deNicopolis,  le  26  septembre  1396.  Louis  de  la  ïrémouille,  le  vain- 
queur de  Fornoue  et  d'Agnadel ,  sous  Louis  XII,  demeurait  rue  des 
Bourdonnais.  Vers  la  fin  du  XVIe  siècle,  les  ducs  de  Villeroy  avaient 
leur  hôtel  dans  cette  même  rue.  Olivier  de  Leuville,  ministre  d'État, 
puis  chancelier  garde  des  sceaux  sous  François  Ier,  demeurait  rue 
des  Mauvaises-Paroles.  Enfin ,  le  caustique  et  célèbre  médecin  Guy- 
Patin  demeurait  place  du  Chevalier-du-Guet  :  «joignant  le  logis  de 
M.  Miron ,  maistre  des  comptes  ;  »  c'est  lui-même  qui  nous 
l'apprend,  dans  la  52e  de  ses  Lettres  choisies,  datée  du  30  décem- 
bre 1650.  Dans  la  125e  de  ses  lettres,  datée  du  14  janvier  1651,  il 
dit  encore  :  «  J'ai  acheté  une  belle  maison ,  où  je  demeure  depuis 
trois  jours,  place  du  Chevalier-du-Guet,  en  belle  vue,  et  hors  du 

bruit;  elle  me  revient  à  neuf  mille  écus Ces  Messieurs  disent 

que  je  suis  le  mieux  logé  de  Paris  (1).  »  Si  ce  n'était  pas  l'hôtel  du 

(1)  Troche  :  Monographie  manuscrite  de  l'église  Saint- Germain  VAuxer- 
rois ,  §  Paroissiens  illustres ,  p.  285. 


nul  i  i     •  w.ikr   DU  GUET.  23 

Chevalier  da  Guet,  c'était  probablement  la  maison  portant  le  n°r>, 
en  face  de  h  mairie,  la  seule  habitation  qui,  par  son  style  architec- 
tural de  l'époque  de  Louis  XIII ,  offre)  encore  les  vestiges  d'une 
incienne  importance,  dans  cette  impasse,  très-improprement  dési- 
gnée sous  le  nom  déplace,  dans  les  topographies  de  Paris. 

Au  reste,  en  quelque  lieu  que  puisse  être  établi  définitivement, 
pour  l'avenir,  l'édifice  municipal  de  la  mairie  du  quatrième  arrondis- 
sement, et  sans  nous  préoccuper  ici  de  la  question  de  sa  position 
plus  ou  moins  centrale  sur  notre  circonscription  locale,  il  n'en  de- 
meure pas  moins  évident  qu'il  serait  difficile,  pour  ne  pas  dire  impos- 
sible, de  rencontrer  un  espace  de  terrain  plus  convenable,  pour  y 
construire  un  vaste  hôtel  capable  de  réunir  dans  son  enceinte  tous  les 
services  ,  et  qui ,  par  son  isolement  et  son  plan  équilatéral ,  pourrait 
permettre  d'y  accéder  par  quatre  entrées.  Les  bâtiments,  d'une 
grande  profondeur,  qui  entourent  la  vaste  cour  du  vieil  hôtel,  et  le 
sol  des  maisons  riveraines  sur  la  rue  des  Lavandières-Sainte-Oppor- 
tune ,  qui  ont  été  récemment  achetées  par  la  ville,  forment  une  su- 
perficie ichnographique  si  spacieuse,  qu'il  serait  très-facile  de  con- 
struire au  sein  d'un  très-large  périmètre  un  hôtel  municipal  plus 
considérable  que  celui  actuel  du  onzième  arrondissement,  place  Saint- 
Sulpice  :  chétive  réminiscence,  en  miniature,  d'une  façade  style  re- 
naissance, dans  le  genre  colifichet,  c'est-à-dire  mesquin  ou  peu 
sérieux,  en  regard  de  la  robuste  église  gréco-romaine  de  Saint-Sul- 
pice  ;  et  dont  les  trois  arcades  de  ce  nouveau  prétoire,  au  lieu  d'of- 
frir en  perspective  un  fond  d'architecture  quelconque,  vont  disgra- 
cieusement  se  dessinera  travers  une  cour  trop  étroite  en  profondeur, 
sur  une  ignoble  remise  très-propre  à  héberger  des  animaux  do- 
mestiques. 

Espérons  donc  que  le  quatrième  arrondissement,  qui  s'honore 
d'avoir  le  Louvre,  la  belle  église  de  Saint-Germain-l'Auxerrois ,  la 
Halle  au  Blé,  la  Colonne  de  Médicis  et  la  fontaine  de  Jean  Goujon, 
dite  des  Innocents,  dans  l'étroite  limite  de  son  territoire,  possédera 
très-prochainement  une  mairie  digne  d'ôtre  citée  comme  modèle,  et 
d'être  classée  an  nombre  de  ces  monuments  des  arts,  qui  sont  tout 
à  la  fois  la  gloire  et  l'ornement  d'un  quartier  si  fécond  en  souvenirs 
lii>toriques. 

TttOCIIE. 


A  M.   L'ÉDITEUR  DE  LA  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE, 

Monsieur  , 

J'étais  en  tournée  d'inspection  des  monuments  historiques  de  ma 
division ,  lorsque  me  parvint ,  avec  la  livraison  de  la  Revue  Ar- 
chéologique de  février  dernier,  la  note  de  M.  Germer-Durand,  sur  le 
sceau  de  Béranger  de  Frédol ,  évoque  de  Maguelone ,  à  l'occasion 
de  ma  dissertation  sur  la  monnaie  du  moyen  âge,  dite  Melgorienne, 
publiée  dans  le  volume  précédent,  p.  642.  Cette  circonstance,  mon- 
sieur, m'a  empêché  d'exprimer  plus  tôt  à  l'auteur  de  cette  note  mes  re- 
mercîments  et  ma  reconnaissance  de  la  politesse  de  sa  critique ,  et 
mon  aâhésion  à  ses  observations  sur  l'interprétation  de  ce  sceau,  ne 
différant,  du  reste,  essentiellement  avec  lui,  dans  la  lecture  de  son 
inscription  ou  de  sa  légende,  que  sur  un  seul  mot  (celui  qui  la 
termine),  car  de  quelque  manière  qu'on  ait  lu,  interprété,  composé, 
corrigé  mon  manuscrit ,  qui  pouvait  avoir  l'inconvénient  grave  de 
présenter  au  compositeur  et  au  correcteur  (en  l'absence  de  l'auteur), 
une  copie  laissant  beaucoup  trop  à  désirer  sous  le  rapport  de  la 
correction  et  de  la  netteté,  je  prie  mon  savant  critique  d'être  persuadé 
que,  comme  lui,  je  n'avais  pas  hésité  un  instant  à  lire  *  Sigillum 
Berengarii.  episcopi.  magalonensîs.  ,  prenant  la  croix  pour  point 
ordinaire  et  obligatoire  de  départ.  C'est  ici  Ta  b  c  de  la  diplomatique 
et  de  la  numismatique  du  moyen  âge  (l)... 

Une  autre  obligation  que  j'ai  à  M.  Germer-Durand,  à  cette  même 
occasion ,  c'est  celle  de  m'avoir  mis  en  quelque  sorte  dans  la  néces- 
sité de  compléter  mes  études  historiques  (je  ne  dis  pas  numismatiques), 
sur  les  prélats  de  cet  ancien  diocèse  de  Maguelone  qui  a  laissé  tant 
de  souvenirs  intéressants  dans  le  Bas-Languedoc  et  dans  le  reste  du 
midi  de  la  France;  de  m'occuper  de  leurs  rapports,  de  leurs  riva- 
lités, de  leurs  démêlés,  et  l'on  est  obligé  de  le  reconnaître,  de  leur 
suprématie,  comme  seigneurs  spirituels  et  aussi  à  raison  de  certaines 
juridictions  et  droits  de  suzeraineté  d'une  autre  nature,  et  tout  à  fait 
temporels ,  avec  les  Guilleras  et  avec  les  princes  de  la  maison  d'Ara- 
gon ,  qui  leur  succédèrent. 

(1)  Je  ne  puis  expliquer  cette  méprise  du  compositeur  qu'en  la  motivant  sur  ce 
que,  dans  mon  manuscrit,  il  a  pris  la  dernière  syllabe  du  mot  MAGALONENm , 
complétée  et  remplie  par  moi,  et  qui  terminait  l'inscription  de  Vavers  du  sceau  , 
pour  le  commencement  ou  point  de  départ  de  la  même  inscription  ,  après  le  signe 
crucifère,  Sigillum,  etc.,  etc.,  ayant  ainsi  rempli  la  sjgle  *  S.  On  a  confondu 
deux  choses  absolument  distinctes. 


LETTRE   A    l/ÉDITEUB    DE   l.\    REVUE. 

C'est  aujourd'hui  un  tait  historique  incontesté  que  \<ts  la  tin  du 
\"  siècle,  levôquc  de  Maguelone  possédai!  en  propriété  (inallodio) 
1rs  villages  de  Montpellier  et  de  Montpellieret,  le  premier  bâti  par 
quelques  habitants  de  la  cité  épiscopale  qui  s'y  réfugièrent  après  que 
Charles  Martel  eut  détruit  leur  ville,  comme  repaire  de  pirates,  en 
t:ît.  Le  premier  de  ces  bourgs  (celui  de  Montpellier),  à  cette  môme 
époque  du  X'  siècle,  fut  inféodé  par  l'évêque  Ricuin  II  (en  975),  à 
un  personnage  du  nom  de  Gaillem,  tige  ou  souche  des  seigneurs 
de  ce  nom,  dotit  il  vient  d'être  parlé. 

D'après  cet  acte  d'inféodation  ,  ces  prélats  durent  exercer  et 
exercèrent,  en  effet,  le  droit  de  suzeraineté  sur  Montpellier  et  ses 
seigneurs,  aussi  vit-on  les  Guillems,  à  chaque  avènement,  prêter 
à  lé\èque  de  Maguelone,  à  ce  titre  de  suzerain,  l'hommage  accou- 
tumé, en  môme  temps  qu'ils  recevaient  eux-mêmes  le  serment 
d'obéissance  de  leurs  nouveaux  sujets  ou  vassaux. 

Cet  état  de  choses  continua  après  les  Guillems  et  sous  les  rois 
d'Aragon  et  de  Majorque,  mais  non  sans  luttes  et  sans  résistance 
de  leur  part,  et  se  maintint  jusqu'en  1262,  où  notre  Déranger  de 
Frédol,  à  l'époque  de  son  avènement  à  l'épiscopat,  pour  y  mettre 
un  terme,  fit  un  échange  de  ses  droits  seigneuriaux  utiles  ou  hono- 
rifiques sur  Montpellier,  avec  Philippe  le  Hardi ,  roi  de  France,  qui 
lui  donna  en  échange  le  bailliage  de  Salanec  et  de  Dur  fort  et  le  château 
de  Porsun. 

C'est  ainsi  que  Philippe  III,  en  devenant  coseigneur  de  Mont- 
pellier et  en  se  mettant  à  la  place  d'un  des  deux  pouvoirs  rivaux  et 
belligérants,  fit  cesser  les  luttes  existant  entre  eux  depuis  plus  d'un 
siècle  et  demi,  et  particulièrement  depuis  l'extinction  des  Guillems. 
(On  trouve  dans  Verdale,  hist.  des  évoques  de  Magoelone;  Catel, 
Mémoires  de  l'hist.  du  Languedoc;  d'Aigrefeuille,  hist.  de  Mont- 
pellier; D.  Vaissette,  hist.  générale  de  Languedoc,  etc.,  etc., 
l'origine,  la  nature  et  les  causes  de  ces  démêlés.) 

A  la  suite  de  cet  exposé  historique  que  j'ai  cherché  à  rendre  aussi 
exact  que  rapide,  je  demanderai  à  M.  Germer-Durand  ce  qu'il  y 
aurait  eu  d'étonnant  à  ce  que  l'évêque  Déranger  de  Frédol,  au 
moment  de  son  élection  au  siège  de  Maguelone,  et  immédiatement 
avant  la  cession  de  ses  droits  seigneuriaux  sur  Montpellier  au  roi 
de  France,  les  eût  rappelés,  en  môme  temps  que  ceux  sur  le  comté 
de  Melgor,  Melguer,  Melgueil,  Maugin,  sur  le  sceau  destiné  à 
authentiquer  les  actes  de  son  épiscopat?  Au  premier  coup  d'œil 
d'une  empreinte  fruste  de  ce  sceau  après  le  mot   Montis le 


26  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

lecteur  n'a-t-il  pas  pu  être  indécis  sur  la  leçon  a  proposer  pour 
compléter  l'appellation  de  cette  localité,  surtout  s'il  a  pris  pour  un 
P  la  lettre  F  fortement  bouclée  qui  suit?  Et  enfin,  lorsqu'il  avait 
assez  peu  d'intérêt  (sauf  celui  de  l'exactitude  et  de  la  vérité),  à  com- 
pléter l'interprétation  de  l'inscription  de  ce  petit  monument  sigillaire, 
qui  ne  figurait  dans  le  Mémoire  sur  les  monnaies  melgoriennes  que 
d'une  manière  incidente  et  secondaire,  et  seulement  comme  repro- 
duisant la  croix  des  deniers  et  oboles  de  Maguelone,  ainsi  que 
M.  Germer-Durand  en  a  fait  lui-même  l'observation? 

Le  nom  de  Montferrand,  disons-le  encore  ici,  est  bien  moins 
connu  que  celui  de  Melguer  ou  de  Melgueil  avec  lequel  il  ne  fait  qu'un. 

J'ai  sous  les  veux  l'acte  d'inféodation ,  en  date  de  l'an  1197  (le 
18  des  kalendes  de  mai),  par  lequel  le  pape  Innocent  III  donne  en 
fief  à  Guillaume  Raymond,  évêque  de  Maguelone,  moyennant  la 
redevance  d'un  cens  annuel ,  le  comté  de  Melgueil  ou  de  Montferrand 
(comitatum  Melgorii,  sive  Montf errant).  Ce  même  acte  fait  encore 
mention  du  castrum  Melgorii,  seu  castrum  Montisferrandi.  Ce  n'était 
donc  évidemment  sous  deux  noms  qu'un  seul  comté  et  qu'un  seul 
château.  Et  remarquons  que  la  chancellerie  d'Innocent  III  écrit  de 
deux  manières  dans  le  titre  que  nous  rappelons  ici,  le  mot  Mont- 
ferrand (Montferrant  et  Montisferrandi),  ce  qui  prouve  qu'il  ne  lui 
était  pas  non  plus  très-familier,  quoique  appellatif  d'un  fief  du 
Saint-Siège. 

Sur  d'autres  sceaux  des  évêques  de  Maguelone  que  j'ai  également 
sous  les  yeux,  je  ne  retrouve  pas  ce  nom  reproduit.  Dans  les  actes, 
dans  les  transactions  de  ces  prélats,  c'est  toujours  sous  la  première 
de  ses  dénominations  que  ce  comté,  qui  changea  plusieurs  fois  de 
possesseurs  dans  le  moyen  âge,  est  désigné. 

Mais  en  voilà  beaucoup  trop,  monsieur,  pour  vos  lecteurs  et  pour 
le  savant  qui  m'a  honoré  de  sa  critique  sur  le  sceau  de  Béranger  de 
Frédol.  On  a  cru  que  je  devais  répondre,  mais  peut-être  l'aurais-je 
dû  faire  plus  brièvement;  avec  le  public,  il  faut  toujours  avoir  le 
talent  d'être  court,  c'est-à-dire  concis.  * 

Veuillez  agréer,  etc. 

Chaudruc  de  Cuazannes, 

Corresp.  de  l'Institut  de  France  et  des  Comités  historiques,  etc 
Montauban,  24  mars  1850. 


RAPPORT 


FAIT 


I  L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES  -  LETTRES , 


DE  LA   COMMISSE    CHARGÉE   DE   PRÉPARER    LES   PROPOSITIONS    DESTINÉES 
V    RÉGULARISER    LES   TRAVAUX    DE    L'ÉCOLE    FRANÇAISE    D*  ATHÈNES, 

r.E  S  mars  1850. 


M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  cultes  a  rendu , 
le  26  janvier  dernier,  un  arrêté  dont  l'art.  1er  porte  : 

«  Chacun  des  membres  de  l'École  d'Athènes  sera  tenu  d'envoyer, 
avant  le  1er  juillet  de  chaque  année,  un  mémoire  sur  un  point  d'ar- 
chéologie, de  philologie  et  d'histoire,  choisi  dans  un  programme  de 
questions  que  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  sera  invitée 
à  présenter  à  l'approbation  du  Ministre.  » 

L'art.  2  : 

«  Les  mémoires  envoyés  seront  transmis  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres,  qui  sera  priée  d'en  faire  l'objet  d'un  rapport 
au  Ministre,  et  d'en  rendre  compte  dans  sa  séance  publique  an- 
nuelle ,  où  seraient  également  annoncées  les  questions  formant  le 
programme  des  travaux  de  l'Ecole  pour  l'année  suivante.  » 

Ces  dispositions  ont  été  prises  en  conformité  de  l'ordonnance  qui 
l'École  française  d'Athènes,  le  11  septembre  1846,  ordon- 
nance dont  l'art.  7  stipule  que  «  cette  École  pourra  recevoir,  par 
ion  ministérielle,  tous  les  développements  nécessaires  à  ses 
progh 

M.  h]  Ministre,  en  notifiant  à  l'Académie,  par  une  lettre  du  30  jan- 
vier, son  arrêté  du  26  précédent,  fait  connaître  que  l'intention  de 
cet  arrêté  ;i  été  de  placer  l'École  française  d'Athènes  sous  le  patro- 
nage et  la  haute  direction  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belle*- 


2g  KKVUE   AKCHKOLOGIQUE. 

lettres,  comme  l'École  française  de  Rome  est  depuis  longtemps 
placée  sous  celle  de  l'Académie  des  beaux-arts. 

L'Académie  ne  pouvait  qu'être  à  la  fois  flattée  et  satisfaite  de  celte 
mesure,  qui  détermine  avec  netteté  et  fermeté  le  but  assigné  à 
l'École  française  d'Athènes  par  son  fondateur,  et  qui  tend  à  imprimer 
de  plus  en  plus  à  ses  travaux  un  caractère  vraiment  scientifique ,  à 
les  faire  tourner  d'une  manière  efficace  au  progrès  des  hautes  études  de 
philologie,  d'archéologie  et  d'histoire.  Ces  études  bien  dirigées,  faites 
par  des  jeunes  gens  convenablement  préparés  et  choisis  avec  soin,  doi- 
vent recevoir  de  l'aspect  des  lieux,  du  commerce  de  la  terre  classique 
par  excellence,  des  impressions  qu'elle  fait  naître,  des  souvenirs 
qu'elle  réveille,  des  grands  spectacles  qu'elle  présente,  des  éclaircis- 
sements qu'elle  donne,  pour  ainsi  dire,  d'elle-même,  à  chaque  pas, 
sur  une  foule  de  questions,  l'impulsion  la  plus  féconde,  les  inspira- 
lions  les  plus  heureuses.  Dès  longtemps  les  gouvernements  étrangers 
l'ont  senti  et  en  ont  fait  l'expérience;  ils  ont  favorisé,  ceux  d'Alle- 
magne surtout,  le  séjour  prolongé  d'étudiants  d'élite  des  universités 
en  Italie ,  à  Rome ,  à  Naples  et  en  Grèce  même.  A  la  France  il  était 
réservé ,  non  pas  seulement  de  suivre  ces  exemples ,  mais  de  les  for- 
tifier en  les  reprenant,  de  les  organiser,  pour  ainsi  dire,  dans  une 
institution  régulière  et  permanente,  destinée  tout  ensemble  à  former 
une  tradition  de  travaux  sur  l'antiquité,  au  berceau  même  de  la  civi- 
lisation antique,  et  à  y  représenter,  pour  l'honneur  du  nom  fran- 
çais, la  civilisation  moderne,  dont  nous  ne  cesserons  pas,  il  faut 
l'espérer,  d'être  les  promoteurs. 

L'Académie  n'a  donc  pas  hésité  à  s'associer  à  cette  œuvre  de 
science  et  d'intérêt  national.  Elle  a  décidé,  dans  sa  séance  du  1er  fé- 
vrier, qu'elle  acceptait  avec  reconnaissance  la  mission  qui  lui  est 
conférée  par  le  Gouvernement  auprès  de  l'École  française  d'Athènes, 
et,  après  avoir  demandé  à  M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique 
tous  les  renseignements  qui  lui  étaient  nécessaires  sur  l'organisa- 
tion de  cette  École,  sur  ses  règlements ,  son  personnel  et  les  résul- 
tats qu'elle  a  produits  jusqu'à  présent,  elle  a  formé  une  commission 
spéciale  de  cinq  membres,  à  laquelle  le  bureau  s'est  adjoint,  pour 
examiner  ces  renseignements  et  pour  préparer  les  propositions  qui 
doivent  la  mettre  en  mesure  de  satisfaire  aux  vues  du  Gouverne- 
ment. 

C'est  le  résultat  du  travail  de  votre  commission  ,  Messieurs ,  que 
j'ai  l'honneur  de  vous  présenter.  Elle  s'est  réunie  quatre  fois  du 
18  février  au  1er  mars.  Elle  a  pris  connaissance  de  tous  les  docu» 


i  i     i  i:  \\<  \isi     i>'\  tutti)  -20 

menis  mis  sons  ses  yeoi ,  et  elle  a  entendu  ceux  de  §ea  membre*  qui 
étaient  m  état  de  tes  compléter  el  de  l'éclairer  pleinement  sur  les  di- 

renes  questions  (qu'elle  avait  à  résoudre  au  préalable,  concer- 
u.uil  l'organisation  et  la  situation  actuelle  de  l'École  française 
d'Athènes.  L'Ecole,  composée  exclusivement  d anciens  élèves  sortis 
de  l'École  normale  supérieure,  tous  reçus  agrégés  «les  classes  d'hu- 
manités, d'histoire  ou  de  philosophie,  et  la  plupart  ayant  professé 
déjà  ces  différentes  classes,  est  placée  sous  la  direction  immédiate 
d'un  ancien  professeur  de  Faculté,  et  sous  la  surveillance  de  l'auto- 
rité supérieure  du  ministre  de  France  auprès  de  S.  M.  Hellénique. 
Les  élèves,  qui  ont  le  titre  de  membres  de  l'École  française  d'A- 
thènes ,  y  passent  deux  années,  et  peuvent  être  autorisés  à  y  demeu- 
rer une  troisième  année.  Ils  peuvent,  avec  l'autorisation  du  gouver- 
nement grec,  ouvrir  des  cours  publics  et  gratuits  de  langue  et  de 
littérature  françaises  et  latines.  Ils  peuvent  môme,  s'ils  y  sont  ap- 
pelés, professer  dans  l'Université  et  les  écoles  grecques  tous  les 
cours  compatibles  avec  leurs  propres  études.  Ils  peuvent  enfin  être 
institués  en  commission  des  lettres  pour  conférer  le  baccalauréat 
aux  élèves  des  écoles  françaises  et  latines  de  l'Orient  qui  auraient 
fait  des  études  complètes.  Des  places  auprès  de  l'École  d'Athènes 
sont  réservées  à  des  élèves  architectes  de  l'Académie  de  France  à 
Rome,  désignés  par  le  Ministre  de  l'intérieur.  Sur  la  demande  du 
gouvernement  de  Belgique,  il  a  été  décidé  que  quelques  jeunes  pro- 
fesseurs belges  pourraient  être  adjoints  aux  membres  de  l'École 
française  à  Athènes.  Un  professeur  de  grec  moderne,  choisi  parmi 
les  indigènes,  a  été  et  est  encore  attaché  à  l'École. 

Huit  élèves,  réduits  à  sept,  ont  formé  la  première  promotion  à 
la  fin  de  1846.  Trois  ont  passé  à  l'École  deux  années;  les  quatre 
autres,  trois  ans.  La  seconde  promotion  a  été  de  six  élèves  en  1848 
et  1849.  Cinq  sont  actuellement  présents  à  l'École,  dont  deux  de- 
puis un  an,  et  se  partagent  ainsi  en  deux  sections  ou  années  d'é- 
tudes. Quatre  élèves  architectes  de  l'École  de  Rome  ont  été  ou  sont 
encore  auprès  de  l'École  d'Athènes,  et  ont  singulièrement  contribué 
à  aider  et  à  éclairer  les  membres  de  celle-ci  dans  leurs  explorations 
et  dans  les  travaux  graphiques  et  archéologiques  qui  en  ont  été  la 
suite. 

Trois  objets  principaux  ont  occupé  jusqu'ici  les  élèves  membres 
de  l'École  d'Athènes  :  le  grec  vulgaire,  les  études  archéologiques  et 
littéraires ,  et ,  pour  quelques-uns,  des  cours  de  langue  et  littérature 
française  faits  à  la  jeunesse  du  pays.  La   plupart,  outre  les  recon- 


30  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

naissances  topographiques  plus  à  portée  et  que  tous  ont  faites ,  ont 
exécuté  de  véritables  voyages  dans  les  diverses  parties  de  la  Grèce, 
en  Thessalie,  en  Épire,  en  Acarnanie,  dans  les  Iles,  à  Constanti- 
nople  et  jusqu'en  Asie  Mineure,  et  même  en  Egypte.  Ils  en  ont 
envoyé,  à  diverses  époques,  des  relations,  et  ils  ont  composé,  plu- 
sieurs du  moins,  des  dissertations  et  des  mémoires,  dont  quelques- 
uns,  qui  ont  paru  dignes  d'être  publiés,  font  réellement  honneur  à 
l'École.  Enfin,  tous  ont  recueilli  des  matériaux  plus  ou  moins  con- 
sidérables, qui ,  indépendamment  de  leurs  impressions  et  de  leurs 
études  sur  les  lieux,  ne  peuvent  manquer  de  fructifier,  d'autant  mieux 
qu'il  n'est  pas  un  d'eux  qui  ne  soit  revenu  passionné  pour  la  Grèce 
et  pour  ses  monuments,  éclairé  d'une  lumière  toute  nouvelle  sur 
ses  chefs-d'œuvre  et  sur  son  histoire. 

L'administration  a  donc  justement  pensé  qu'à  tout  prendre,  les 
résultats  obtenus  jusqu'à  présent  sont  satisfaisants ,  quoiqu'ils  soient 
loin  d'être  complets.  La  commission  pense  avec  elle  que,  si  le  but 
n'a  pas  été  atteint  du  premier  coup,  il  peut  l'être  et  le  sera,  au  grand 
profit  de  l'érudition  et  des  lettres ,  avec  une  organisation  plus  régu- 
lière ,  des  études  dirigées  avec  plus  de  suite  et  d'ensemble ,  une  im- 
pulsion plus  haute  et  plus  énergique,  une  surveillance  autorisée, 
ferme  et  bienveillante  à  la  fois. 

Il  a  paru  à  la  commission  que  c'était  précisément  là  l'objet  de 
l'arrêté  du  Ministre  de  l'instruction  publique,  et  du  concours  de- 
mandé par  lui  à  l'Académie  dans  la  direction  supérieure  de  l'École 
française  d'Athènes.  Elle  a  cru  voir  que  ce  qui  avait  surtout  manqué 
à  l'École,  c'est  un  plan  de  travaux  suivis  et  gradués,  et  un  règle- 
ment général  d'études  qui  guide  et  oblige  en  même  temps  les  élèves, 
et  qui,  en  les  rendant  responsables  devant  l'autorité,  par  l'intermé- 
diaire d'un  corps  savant,  leur  impose  à  ce  double  litre,  et  donne  au 
Gouvernement  et  au  pays  cette  double  garantie. 

La  commission  s'est  occupée,  en  premier  lieu,  de  dresser  ce  plan, 
de  faire  ce  règlement.  Elle  a  conçu  l'École  comme  devant  embrasser, 
aux  termes  de  ses  statuts,  deux  années  suivies  et  normales  d'études, 
communes  à  tous  les  élèves,  avec  la  prévision  d'une  troisième  année, 
en  dehors  des  cours,  pour  ceux  d'entre  eux  qui,  s'y  étant  le  plus  dis- 
tingués, obtiendraient  cette  récompense  à  titre  de  mission  en  Grèce, 
et  seraient  tenus  de  la  reconnaître  et  de  la  justifier  par  des  travaux 
d'une  nature  tout  à  fait  spéciale,  par  des  recherches  et  des  explora- 
tions ordonnées  dans  l'intérêt  de  la  science.  Partant  de  cette  idée 
fondamentale,  elle  a  consacré  la  première  année  d'études,  qu'elle  a* 


<i:s.  :\\ 

oodsidéréè  cotnnfe  une  année  préparatoire  e(  eonmd  on  complément 
de  leurs  études  antérieures',  à  munir  lei  en  qaelqae  gorte, 

dotons  les  instrumenta  el  de  tantes  lès  directions  <W  travail  qui  de- 
vront  lenr  Servir  plus  tard.  Elle  S  voulu  qu'ils  s'occupassent  avant 

tout  de  la  langue  vulgaire  et  de  la  topographie  générale  de  le  <«; 

pour  se  mettre  en  communication  avec  le  pays  et  a?6C  les  hommes; 
qu'ils  étudiassent  ensuite  les  éléments  de  la  paléographie,  tant  di- 
jilomatujue  que  monumentale,  de  la  numismatique  et  de  l'archéologie 
en  général  ;  qu'euiin  ils  lissent  une  lecture  assidue  des  auteurs  ,  par- 
ticulièrement des  géographes  et  des  historiens  anciens. 

Pour  la  langue  grecque  vulgaire  ,  l'attention  des  élèves  devra  être 
appelée  d'une  manière  spéciale  sur  l'étude  des  dialectes  provinciaux 
et  locaux ,  sur  la  nomenclature  des  productions  de  la  nature  dans 
les  trois  règnes,  sur  celle  des  objets  de  l'industrie,  des  professions, 
des  arts,  dans  les  différentes  parties  de  la  Grèce,  et  principalement 
sur  la  nomenclature  comparée  des  lieux.  L'idiome  albanais  devra 
rentrerdansle  cadre  des  études  linguistiques.  Les  élèves  scrontinvi- 
tés  à  dresser  des  vocabulaires  spéciaux  et  comparatifs.  Du  reste, 
c'est  la  connaissance  pratique,  familière  et  populaire  de  la  langue 
grecque  moderne  qui  leur  est  surtout  recommandée. 

Quant  à  la  topographie,  elle  consistera  dans  la  reconnaissance 
successive  et  générale  des  lieux,  en  rayonnant  autour  d'Athènes. 
Une  première  vue,  encore  moins  qu'une  observation  détaillée  des 
monuments,  sera  prise  sur  place,  dans  tout  le  cours  de  cette  recon- 
naissance. Les  matériaux  de  recherches  ultérieures  et  plus  spéciales 
seront  soigneusement  recueillis  et  notés. 

Les  élèves  seront  tenus  d'envoyer  individuellement  une  relation  de 
leurs  excursions,  une  description  des  lieux  et  des  monuments 
qu'ils  auront  visités,  un  compte  rendu  exact  de  toutes  leurs  obser- 
vations. 

Les  éléments  de  la  paléographie ,  surtout  monumentale  ou  épi- 
graphique,  de  la  numismatique  et  des  diverses  branches  de  l'archéolo- 
gie seront  puisés  dans  les  meilleurs  ouvrages  sur  ces  matières ,  ou- 
vrages dont  la  liste  devra  être  envoyée  à  i'École  et  qui  seront  déposés 
dans  sa  bibliothèque. 

Les  élèves  devront  avoir  sans  cesse  dans  les  mains  les  relations 

anciennes  de  la  Grèce,  surtout  celle  de  Pausanias ,  et  en  faire  une 

étude  approfondie  et  une  vérification  successive  sur  les  lieux.  Pour 

relations  modernes,  celles  de  W.  Gell,  Dodvvell  et  Leake,   de 

Ross  et  Ulrich*,  leur  sont  spécialement  recommandées,  ainsi  que  les 


32  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

recueils  d'inscriptions,  en  première  ligne  le  Corpus  de  Boeckh,  et  les 
grandes  collections  de  monuments  figurés  qu'ils  doivent  connaître 
et  étudier  dans  les  intervalles  de  leurs  voyages.  La  description  phy- 
sique et  proprement  topographique  de  la  Grèce ,  les  travaux  de  la 
commission  de  Morée,  et  ceux  de  Puillon-Boblaye  surtout  réclament 
également  leur  attention. 

La  seconde  année  du  cours  d'études  se  composera  de  travaux , 
mémoires,  dissertations  sur  des  points  spéciaux  de  topographie, 
d'archéologie,  d'histoire  et  de  littérature,  se  rapportant  aux  études 
et  aux  explorations  qui  auront  été  faites  dans  le  cours  de  la  première 
année.  Ces  travaux  sont  obligatoires  pour  les  élèves,  qui  seront  tenus 
d'envoyer  au  moins  un  mémoire  de  topographie  et  d'archéologie,  et 
une  dissertation  de  mythologie,  d'histoire  ou  de  littérature,  à  l'expi- 
ration de  la  deuxième  année.  Les  élèves  n'en  poursuivront  pas  moins 
l'exploration  et  l'étude  de  plus  en  plus  approfondie  des  lieux,  des 
monuments  et  des  textes.  Ils  feront  une  application  naturelle  de  la 
connaissance  et  de  la  pratique  qu'ils  auront  acquises  de  la  langue 
grecque  moderne  pendant  la  première  année,  aux  cours  de  langue  et 
de  littérature  françaises  et  latines  qui  leur  sont  prescrits,  et  qui 
doivent  exercer  une  influence  doublement  heureuse  pour  eux  et  pour 
les  jeunes  Grecs  devenus  leurs  disciples,  en  même  temps  qu'ils 
contribueront  à  resserrer  de  plus  en  plus  les  vieux  liens  d'amitié 
entre  la  France  et  la  Grèce. 

Quant  à  la  troisième  année,  qu'un  petit  nombre  d'élèves  auront 
été  autorisés  à  passer  près  de  l'Ecole,  et  pendant  laquelle  ils  seront 
regardés  comme  chargés  de  missions  scientifiques  spéciales,  elle 
devra  être  à  la  fois  le  plus  haut  résultat  et  la  justification  la  plus 
éclatante  des  deux  autres.  Il  sera  proposé  par  l'Académie  aux  élèves 
qui  auraient  mérité  celte  distinction ,  chaque  année  pour  l'année 
suivante,  un  certain  nombre  de  sujets  d'explorations,  de  recherches 
et  de  véritables  mémoires,  répondant  aux  desiderata  de  la  littérature, 
de  l'archéologie  ,  de  la  géographie  et  de  l'histoire.  Ces  élèves 
pourront,  en  outre,  obtenir  l'autorisation  de  continuer  les  cours 
qu'ils  auraient  commencés  auprès  des  Grecs  pendant  l'année  précé- 
dente. 

La  commission,  après  avoir  arrêté  ainsi  le  plan  des  travaux  de 
l'Ecole  d'Athènes,  devant  servir  de  base  à  un  règlement  général 
d'études,  a  déterminé  un  certain  nombre  de  sujets  et  de  questions 
qui  pourront  être  proposés  sur-le-champ  aux  travaux  des  élèves  de 
la  deuxième  et  de  la  troisième  année.  Elle  est  d'avis  que  les  élèves 


I  | 101  I     NUNÇAI8S   I^ATllÈNES.  88 

actuellement  i  l'École,  dans  le  cours  de  deuxième  année,  devront 
elre  tenus,  par  mesure  transitoire,  d'envoyer  chacun,  avant  le 
1er  juillet  prochain  (d'après  les  termes  de  l'arrêté  du  Ministre  et  saut' 
à  reporter,  pour  l'avenir,  l'époque  de  ces  envois  à  la  fin  de  l'année), 
un  mémoire  sur  les  résultats  principaux  du  voyage  qu'ils  sont  annon- 
cés avoir  exécuté  en  Thessalie  et  en  Macédoine,  en  Epire,  en 
irnanie  et  en  Élolie. 

La  division  du  travail  et  le  choix  particulier  des  sujets  sont  laissés 
à  leur  disposition. 

Quant  aux  élèves  qui  pourront  être  désignés  pour  la  distinction 
d'une  troisième  année,  les  sujets  suivants  de  recherches  et  de 
mémoires  leur  seraient  proposés  : 

1°  Visiter  l'île  dePatmos,  principalement  pour  faire  des  recherches 
dans  la  bibliothèque  du  monastère,  et  pour  y  dresser  le  catalogue 
avec  la  description  exacte  et  complète,  accompagnée  d'extraits,  des 
manuscrits  qui  s'y  trouvent. 

2°  Faire  une  étude  et  une  description  complète  et  approfondie  de 
l'Acropole  d'Athènes,  d'après  l'état  actuel  et  les  travaux  récents, 
comparés  aux  données  des  auteurs  anciens. 

3°  Explorer  l'île  d'Eubée  et  la  décrire  exactement,  en  comparant 
l'état  actuel  avec  l'état  ancien  aux  diverses  époques  ;  en  étudier  et  en 
exposer  les  traditions  et  l'histoire. 

4°  Etudier  et  éclaircir,  par  l'étude  des  lieux  et  par  l'examen  des 
traditions  et  documents  divers  de  l'antiquité,  le  mythe  de  Trophonius, 
les  cultes  et  les  rites  auxquels  il  pouvait  se  rattacher. 

Tels  sont,  Messieurs,  le  plan,  le  cadre,  la  nature  des  travaux  qui 
paraissent  à  la  commission  devoir  former  le  cours  d'études  de  l'École 
française  d'Athènes,  et  qui,  dans  son  opinion  unanime,  ne  peuvent 
manquer  de  faire  tourner  au  profit  de  la  science  et  à  la  gloire  du  pays 
les  résultats  d'une  institution  dont  raffermissement  et  la  régularisa- 
lion  seront  aussi  utiles  et  aussi  honorables,  que  la  pensée  première 
en  a  été  grande  et  vraiment  nationale. 

Commissaires:  MM.  Raoul-Rochette,  Hase,  Pu.  Lebas, 
Lenoumant  ,  Langlois  ,  Guizor  , 
Walckenaer,  Gligniaut,  rapporteur. 


vu. 


LETTRE  DE  M.  CHAMPOLLION-FIGEAC 

RELATIVE  A  LA  NOTE  DE  M.  MARIETTE 

CONCERNANT    UN    PASSAGE  DU   PAPYRUS  ROYAL  DE  TURIN,    DE   LA  VIe  DYNASTIE 

DE  MANÉTHON. 

A  M.  LE  DIRECTEUR  DE   LA  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Monsieur  , 

Je  viens  de  lire,  dans  le  cahier  du  mois  d'août  1849,  de  votre 
intéressante  et  utile  Reçue,  la  curieuse  note  de  M.  Mariette  sur  un 
fragment  du  papyrus  royal  de  Turin  et  la  VIe  dynastie  de  Manéthon. 
Malgré  l'intérêt  du  sujet  de  cette  érudite  dissertation,  je  ne  dois 
vous  entretenir  que  du  contenu  de  la  quatrième  note  de  la  page  305 
de  ce  même  cahier,  note  dans  laquelle  M.  Mariette  fait  remarquer 
que  j'ai  donné,  d'après  un  travail  autographe  de  mon  frère,  deux 
textes  différents  du  même  passage  de  sa  traduction  en  français  d'une 
portion  du  papyrus  royal  de  Turin ,  et  qu'il  y  a  là  de  ma  part  une 
contradiction,  dont  il  veut  bien  donner  une  explication,  en  suppo- 
sant que  mon  frère  a  travaillé  à  deux  fois  sur  le  même  texte. 

Malgré  la  politesse  de  cette  observation ,  je  ne  dois  point  la  laisser 
sans  une  courte  réponse,  qui  doit  montrer  à  la  fois  que  les  différences 
indiquées  dans  mes  deux  citations ,  ne  sont  point  une  contradiction , 
et  que  ces  différences ,  également  authentiques ,  procèdent  d'un  fait 
qui  a  aussi  son  importance  archéologique. 

D'abord,  si  l'explication  proposée  par  M.  Mariette  était  fondée, 
il  n'y  aurait  point  de  contradiction  de  ma  part,  puisque  j'aurais  tra- 
vaillé sur  deux  essais  de  mon  frère  relatifs  au  même  passage ,  et  je 
pouvais  également  citer  l'un  ou  l'autre  dans  deux  occasions  diffé- 
rentes, en  1839  et  en  1846. 

Ces  deux  citations,  relatives  au  règne  du  roi  Menés,  se  trouvent 
dans  mon  Egypte  ancienne,  page  277,  et  dans  le  numéro  de  juin  1846 
delà  Revue  encyclopédique  de  MM.  Firmin  Didot,  page  229.  Dans  le 
premier  de  ces  deux  ouvrages,  je  cite  en  ces  termes  :  «  Le  roi  Menés 

exerça  les  attributions  royales  années.  »  Dans  la  Revue,  ma 

citation  est  aussi  :  «  Le  roi  Menés  a  exercé  la  royauté  soixante 
années.  » 

Exerça  la  royauté  ou  les  attributions  royales,  je  ne  m'arrête  pas  à 


PAPYRUS    ROYAL   DE   TURIN. 

justifier  cette  différence  de  mots,  qui  D'en  met  aucune  dans 
l'idée  ni  dans  le  fait  exprimé  J  et  dans  la  première  citation  je  n'ai 
point  mis  le  nombre  soixante,  parce  <pie  dans  le  passage  où  se  trouve 
la  phrase  citée,  je  ne  me  proposais  qqe  de  prouver  que  le  nom  de 
Menés,  le  premier  roi  d'Egypte,  était  reconnu  et  mentionné  parles 
monuments  égyptiens  comme  il  l'est  par  les  historiens  de  l'antiquité. 

Du  reste,  je  n'oserais  pas  assurer  que  cette  diversité,  dans  l'énoncé 
du  même  fait,  ne  se  trouve  pas  dans  les  notes  autographes  de  mon 
livre  ;  mais  je  puis  rappeler  ici  que  mon  frère  a  travaillé  sur  une 
copie  du  papyrus  de  Turin ,  qui  date  de  l'année  1827;  que  la  copie 
de  M.  Lepsius  ne  fut  faite  qu'en  1835,  et  que  dans  cet  intervalle 
de  huit  années ,  les  fragments  originaux  du  papyrus  souffrirent  et 
s'oblitérèrent  singulièrement ,  de  sorte  que  les  deux  premières 
pages  du  papyrus,  telles  que  M.  Lepsius  les  a  publiées  en  1842, 
présenteraient  peut-être  des  lacunes  sensibles,  comparées  avec  les 
fragments  de  ces  mêmes  pages ,  tels  qu'ils  étaient  primitivement. 

Par  exemple,  en  tête  de  la  deuxième  colonne  de  la  lithographie 
de  M.  Lepsius,  il  manque  trois  lignes  ou  trois  noms  de  roi ,  comme 
on  le  voit  par  le  fragment  original  qui  est  à  Turin,  d'après  des  véri- 
fications récentes. 

M.  Mariette  aurait  pu  remarquer  enfin  que  dans  mon  analyse  des 
ouvrages  de  MM.  Barucchi  et  Bunsen ,  insérée  dans  la  Reçue  ency- 
clopédique, je  cite  d'abord  la  deuxième  page  du  papyrus,  et  quinze 
lignes  plus  bas  la  première  page. 

A  cette  occasion  je  m'arrêterai  un  instant  sur  un  passage  de  la 
dissertation  de  M.  Mariette ,  pour  le  prier  de  remarquer  que  le  frag- 
ment inférieur  de  la  quatrième  colonne  de  la  copie  de  M.  Lepsius  se 
compose  de  quatre  lignes,  et  que  M.  Mariette,  qui  cite  et  reproduit 
figurativement  ce  même  fragment ,  ne  tient  aucun  compte  de  la  qua- 
trième et  dernière  ligne ,  qui  est  cependant  inséparable  des  trois  qui 
la  précèdent.  (Reçue  archéologique,  t.  VI,  p.  307.) 

Mais  le  papyrus  royal  de  Turin  n'est  pas  encore  hors  de  toute 
discussion  ;  j'ai  aussi  quelque  chose  à  en  dire  et  j'espère  le  pouvoir 
bientôt.  De  nouveaux  matériaux  sur  cet  unique  et  inappréciable  mo- 
nument historique  sortent,  de  temps  à  autre,  des  portefeuilles  des 
savants,  et  la  note  de  M.  Mariette  mérite  bien  leur  sérieuse  attention. 
Recevez,  Monsieur,  etc.,  etc. 

J.  J.  Champoi.uon-Figbac 

lonUincblcau,  lùraara  1850. 


INVENTAIRE 


TABLEAUX,  LIVRES,  JOYAUX  ET  MEUBLES 

DE    MARGUERITE    ©AUTRICHE ,     FILLE   DE   MARIE   DE   BOURGOGNE 
ET   DE   MAXIMILIEN,    EMPEREUR   D  ALLEMAGNE , 

FAIT  ET    CONCLUD    EN    LA   VILLE    D'ANVERS 
LE  XVII   D'AVRIL   MXVc   XXIIII. 


Ce  n'est  pas  à  propos  d'un  inventaire  d'objets  d'art  et  de  meubles 
qu'il  convient  d'écrire  l'histoire  de  Marguerite  d'Autriche  (1).  La  pe- 
tite-fille de  Charles  le  Téméraire  a  droit  à  plus  d'égards.  Il  n'est  pas 
permis  de  juger  légèrement  un  personnage  politique  qui  a  supporté 
sans  dommages  cette  sévère  enquête  dirigée  par  le  XIXe  siècle  contre 
tout  ce  qui  a  nom  dans  l'histoire.  De  cette  épreuve  redoutable,  la 
fille  de  Maximilien  est  sortie  sans  avoir  rien  perdu  de  la  grâce  tou- 
chante, des  hautes  qualités  et  de  l'importance  politique  que  ses  con- 
temporains lui  reconnurent. 

Dans  ce  noble  caractère  se  rencontre  pourtant  un  côté  défavorable 
à  nos  yeux  et  qui  blesse  nos  sentiments.  Ce  trait  subsistera,  il  n'est 
pas  de  nature  à  s'effacer  :  c'est  le  patriotisme  impérial  de  l'archidu- 

(1)  Il  existe  de  nombreux  écrits  sur  cette  femme  célèbre.  Les  deux  notices  les 
plus  intéressantes  ont  été  données,  l'une  par  M.  LeGlay  correspondance  de  l'em- 
pereur Maximilien  Ier  et  de  Marguerite  d'Autriche,  de  1517  à  1519)  et  l'autre  par 
M.  Weiss  (art.  Marguerite,  de  la  Biographie  universelle).  Sur  l'église  de  Brou 
j'ai  consulté  avec  utilité  le  poëme  d'un  contemporain  :  le  Blason  de  Brou,  par  An- 
toine du  Saix,  Lyon,  1533,  et  les  ouvrages  de  MM.  Rousselet  et  Baux,  qui  ont  tiré 
un  assez  bon  parti  des  documents  conservés  dans  les  archives  de  l'Ain  et  des  ren- 
seignements fournis  par  un  mss.  de  la  fin  du  xvne  siècle,  intitulé  :  Description 
historique  de  la  belle  église  et  du  couvent  royal  de  Brou. 


INVENTAIRE   dis  ta nr. r:\ux  ,  ktc.  37 

sa  haine  centre  la  France.  Pendant  vingt-quatre  années 
elle  a  travaillé,  pour  le  bien  de  la  maison  d'Autriche,  à  nous  faire 
tout  le  mal  qui  lui  était  donné  de  nous  faire,  et  elle  a  poursuivi  cette 
œuvre  avec  la  passion  d'un  cœnr  de  femme  (1)  et  la  suite,  l'habilité 
d'un  esprit  supérieur.  Ne  lui  en  faisons  pas  un  crime,  sachons 
pècter  le  patriotisme  partout  où  nous  le  rencontrons;  est-il  moins 
méritoire  pour  venir  d'outre-Rliin,  d'outre-Manche,  d'outre-monts  ' 
Marguerite.  d'Autriche  naquit  à  Gand  le  10  janvier  1479  (2).  Par 
la  perte  de  sa  mère,  Marie  de  Bourgogne,  qui  mourut  des  suites 
d'une  chute  de  cheval,  alors  qu'elle  n'avait  que  deux  ans,  sa  vie, 
comme  son  éducation ,  se  trouva  livrée  aux  vicissitudes  les  plus 
étranges.  On  les  connaît;  disputée  par  les  plus  illustres  partis,  elle 
vint  grandir  en  France  près  de  Charles  VIII,  qui  lui  réservait,  non 
pas  sa  main,  mais  l'affront  le  plus  sanglant  qu'on  pût  jeter  au  cœur 
d'une  femme  et  à  la  face  de  l'empire.  Marguerite  s'en  souvint  plus 
tard  ;  mais,  en  attendant  qu'elle  pût  faire  preuve  de  bonne  mémoire, 
elle  partit  pour  l'Espagne  fiancée  à  nouveau,  en  1497,  à  Jean  de 
Castille,  fils  de  Ferdinand  et  d'Isabelle.  Une  tempête,  image  de  sa 
vie,  la  retint  sur  la  côte  de  la  Biscaye;  croyant  sa  mort  prochaine, 
elle  écrivit  cette  jolie  épitaphe  : 

Cy  gist  Margot,  la  gente  damoiselle, 
Qu'eustdeux  marys  et  si  morutpucelle. 

Ce  ne  fut  pas  elle,  mais  son  époux,  que  la  mort  frappa.  Elle  était 
grosse  lorsqu'elle  apprit  son  malheur;  l'héritier  du  trône  d'Espagne 
fut  tué  du  même  coup,  elle  accoucha  d'un  enfant  mort.  En  1499,  la 
France  voyait  passer  cette  royale  veuve ,  à  peine  âgée  de  dix-huit 
ans  et  déjà  si  cruellement  éprouvée.  Elle  retournait  en  Flandre ,  où 
bientôt  (1501)  elle  crut  trouver  dans  un  troisième  mariage  avec  Phi- 
libert de  Savoie,  dit  le  Beau,  une  dernière  garantie  contre  la  mau- 
vaise fortune;  trompeur  espoir,  sa  veine  fatale  n'était  pas  épuisée  : 
après  quatre  années  de  bonheur,  la  mort  lui  imposait  de  nouveau  le 
deuil  de  la  veuve. 

Maximilien  ne  pouvant  plus  se  servir  de  sa  fille  comme  monnaie 
d'alliance  (3),  voulut  au  moins  utiliser  sa  haute  capacité.  Il  la  nomma 

(1)  Il  faut  voir  dans  sa  correspondance  comment  elle  parle  de  la  foy  cl  Icaullc 
des  Françues. 

(2)  Je  suis  obligé  de  donner  ces  dates  pour  éviter  une  confusion  avec  d'autres 
unies  aussi  illustres  qu'elle  bien  qu'à  d'autres  titres. 

^rsque  Maximilien  et  ses  conseillers  voulurent  la  marier,  pour  la  quatrième 


38  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

gouvernante  des  Pays-Bas  (1507).  Toute  autre  princesse,  assistée 
d'un  conseil  de  régence,  aurait  pu  mener,  tant  bien  que  mal,  cette 
administration;  mais,  pour  gouverner  les  Flandres  de  manière  à 
créera  l'empire,  au  lieu  d'un  sujet  d'inquiétude,  un  grand  appui 
financier  et  militaire,  il  fallait  un  talent  supérieur,  et,  dans  Margue- 
rite d'Autriche ,  l'homme  d'État  ne  se  démentit  pas  pendant  vingt- 
quatre  ans. 

La  politique,  quelque  ardue  qu'elle  fût,  laissait  des  loisirs  ;  il  était 
bien  difficile  qu'une  descendante  des  ducs  de  Bourgogne  ne  les  em- 
ployât pas  à  la  culture  des  arts  et  des  lettres.  Marguerite  avait  ce 
goût ,  chose  déjà  commune  chez  les  princesses  depuis  deux  siècles  ; 
elle  fit  plus  :  elle  composa,  elle  peignit  elle-même,  chose  bien  rare 
alors,  Nous  voyons  dans  son  inventaire  un  cadre  qui  renferme  une 
copie  de  sa  complainte  (1),  un  tableau  peint  de  sa  main  (2),  et  parmi 
ses  meubles  une  boîte  en  forme  de  livre  (3)  où  elle  renfermait  ses 
couleurs,  ses  coquilles  pleines  d'or  et  ses  pinceaux.  Elle  brodait 
aussi  (4);  mais,  dira-t-on,  broder  est  un  ouvrage  qui  de  tout  temps 


fois,  il  s'agissait  du  roi  d'Angleterre ,  elle  repoussa  ce  niariage  en  disant  :  que  par 
trois  fois  ils  ont  contracté  d'elle  dont  elle  s'est  mal  trouvée. 

(1)  N°  59  de  l'inventaire  suivant.  Marguerite  composa  cette  complainte  ou  dis- 
cours de  ses  infortunes  peu  de  temps  après  la  mort  de  Philibert,  en  1505.  Elle  écri- 
vait en  français.  Ayant  été  élevée  à  Paris  jusqu'à  l'âge  de  quatorze  ans  et  bientôt 
après  transportée  en  Espagne  et  en  Savoie,  elle  n'avait  pas  eu  le  temps  d'apprendre 
l'allemand  ;  aussi  son  père  correspondait-il  avec  elle  en  français,  et  que!  français  ! 

(2)  Antoine  du  Saix,  qui  prononça  son  oraison  funèbre,  parle  de  la  subtile  excel- 
lence de  bienpeingdre  qui  estoit  en  noslre  paragonne  et  primeraine  femme.  — 
Item  la  bonne  dame  paingnil  mains  visaiges  de  femme,  mais  d'hommes  point. 
M.  Baui  a  inséré  dans  sa  description  de  l'église  de  Brou  un  fragment  de  l'inven- 
taire de  Marguerite,  qu'il  date  de  1533.  Il  n'en  donne  pas  la  provenance,  et  c'est 
une  habitude  d'autant  plus  fâcheuse  que  l'ignorance  où  il  nous  laisse  et  l'erreur 
qu'il  commet,  nous  conduit  à  des  déductions  erronées.  Le  septième  article  porte  : 
Tableau  d'un  crucifix  de  la  main  de  feu  Madame.  Or,  ce  prétendu  inventaire  de 
1533  est  un  fragment,  mal  transcrit,  de  l'inventaire  de  1516,  rédigé  par  Marguerite 
elle-même,  et  l'original  ou  au  moins  la  copie  publiée  d'après  l'original  par  M.  Le 
Glay  donne  ce  même  article  ainsi  rédigé  :  Tableau  d'un  crucifix  fait  de  la  main 
feu  maistre  Jaques  (Jacques  de  Barbaris,  le  maître  au  caducée). 

(3)  N°  44  de  l'inventaire.  Un  livre  feint,  c'est-à-dire  un  trompe-l'œil,  une  toile 
qui  avait  l'apparence  d'un  livre.  Le  moyen  âge  affectionnait  ces  jeux,  ces  attrapes. 
Aussi  lit-on  dans  la  prisée  des  biens  laissés  en  1416  par  le  duc  de  Berry  cet  article  : 
Unlivre  contrefait,  d'une  pièce  de  bois,  painte  en  semblance  d'un  livre  où  il 
n'a  nulz  feuillez,  ne  rien  escript,  couvert  de  veluyau  blanc  à  deux  fermoers 
d'argent  dorez. 

(4)  Dans  l'inventaire  de  Brou,  fait  par  les  augustins  déchaussés,  à  leur  entrée 
dans  le  couvent,  en  1659,  on  inséra  cet  article  :  Deux  tableaux  de  même  gran- 
deur, faiclz,  à  Vesguille,  enrichis  de  perles,  l'un  représente  Nostre  Seigneur  au 
sépulcre  ei  Vautre  la  présentation  au  temple  ou  quelque  chose  de  semblable, 


|\\  !   M  UI5K     Dftfl     I   M.l   I    \!    K,    El  3| 

l'ut  réservé  aux  femmes;  sans  doute,  et  l'ajouterai  qu'il  a  pende  mé- 
rite quand  il  consiste  à  foire  passer  dans  1rs  mailles  d'un  cune\a> 
ilW  peiottre  tracée  sur  les  mailles  d'un  dessin;  mais  dans  tout  le 
moyen  Ige,  et  jusqu'à  la  fin  du  XVI"  siècle,  broder  était  un  art,  une 

bran»  he  sérieuse,  estimable,  de  la  peinture.  L'aiguille,  véritable  pin 
<  eau,  se  promenait  sur  la  toile  et  laissait  derrière  elle  le  (il  teint,  en 
guise  de  couleur,  produisant  une  peinture  d'un  ton  soyeux  et  d'une 
touche  Ingénieuse,  tableau  brillant  sans  reflet,  éclatant  sans  dureté. 

Dans  la  patrie  des  Yan-Kyck,  la  gouvernante  des  Pays-Bas  réunit 
facilement  une  grande  collection  de  tableaux ,  véritable  musée  qui 
tapissait  les  murs  de  ses  appartements  sans  faire  tort  à  la  bibliothè- 
que, cet  autre  musée  de  miniatures.  Et  c'est  ici  le  moment  d'appré- 
cier le  goût  et  les  tendances  qui  la  dirigèrent  dans  ses  encourage- 
ments et  ses  acquisitions. 

De  1490  à  1530,  une  décadence  marquée  avait  frappé  l'école  de 
peinture,  créée  au  commencement  du  XVe  siècle  par  les  frères  Van- 
Eyçk  avec  tant  d'éclat  et  de  succès.  Leurs  élèves  immédiats,  restés 
fidèles  aux  grandes  traditions,  suivaient  pieusement  les  modèles  don- 
nés par  Dieu ,  et  plaçaient  le  fini  de  l'exécution  au  premier  rang  des 
devoirs  du  peintre.  Ce  fini  n'était  pour  eux  qu'un  moyen  de  serrer  de 
plus  près  le  modèle  et  d'imiter  plus  parfaitement  la  nature,  ce  grand 
artiste  qui  ne  connaît,  lui  aussi,  ni  la  dureté  du  contour,  ni  le  heurté 
de  la  touche,  ni  les  effets  exclusivement  clairs,  ni  les  effets  exclusi- 
\ement  noirs,  ce  grand  artiste  enfin  qui  est  la  nature.  Ils  avaient 
reçu,  ils  cultivaient  cette  religion,  ils  ne  surent  pas  la  transmettre  à 
leurs  élèves.  Ceux-ci,  appelés  en  Italie  par  la  renommée  de  leurs  maî- 
tres, au  lieu  d'enseigner  l'art  flammand,  dont  on  était  avide ,  appri- 
rent l'art  italien  et  rapportèrent  en  Flandre  la  fougue  et  le  laisser- 
aller  du  génie,  sans  génie.  Cette  appréciation  sévère,  nous  la  faisons 
aujourd'hui  sans  y  avoir  aucun  mérite  ;  il  y  en  avait  beaucoup  à  la 
faire  au  milieu  du  courant  qui  entraînait  alors  toutes  les  nations  dans 
les  voies  de  la  renaissance  italienne.  Marguerite  eut  ce  mérite.  On 
sent ,  dans  sa  collection,  l'amour  des  vieux  maîtres,  et,  dans  toutes  ses 
commandes  (1),  une  sorte  de  prédilection  gothique  qui  trahit  la  pu- 

faiclt  de  la  main  de  noslre  fondatrice.  J'ajouterai  qu'on  >oit,  au  n°  123,  son  portrait 
fait  en  tapisserie,  et,  ajoute  le  rédacteur,  après  le  vif,  ainsi  de  la  tapisserie  exé- 
cutée d'après  nature.  Je  note  ceci  pour  bien  marquer  que  la  broderie,  ainsi  traitée, 
itait  on  art,  et  nos  collections  en  donnent  la  preuve. 

1    Tout  en  résislant  à  la  dérive  générale,  elle  se  laissait  entraîner  sans  s'en  aper- 
cevoir. N'ett-Ct  pas  à  cette  influence  italienne  qu'il  faut  attribuer  le  tableau  marque 


40  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

reté  de  son  goût,  et  fut  son  guide  dans  la  construction  de  l'église  et 
du  tombeau  de  Brou  (1).  Au  premier  moment ,  la  veuve  de  Philibert 
le  Beau  s'était  adressée  aux  artistes  de  la  France  pour  l'assister  dans 
cette  pieuse  et  grande  entreprise.  Jean  Perréal  (2) ,  lui  lit  des  dessins, 
Michel  Colombe  et  ses  neveux  des  modèles  pour  le  tombeau;  mais 
quand  ces  deux  artistes  vinrent  à  lui  manquer,  l'un  par  la  mort, 

du  n°  197  dans  son  inventaire.  On  y  voyait  Philibert  de  Savoie  figuré  en  saint  Jean 
et  la  gouvernante  des  Pays-Bas  en  sainte  Madelaine,  licence  que  ne  se  fût  jamais 
permise  l'école  gothique,  la  tradition  voulant  que  le  personnage  dont  on  faisait  le 
portrait  fût  représenté  dans  une  humble  pose  et  à  genoux,  sous  la  protection  de 
son  patron  placé  debout  près  de  lui.  Un  autre  tableau  qui  appartenait  à  l'archidu- 
chesse se  trouve  ainsi  décrit  dans  l'inventaire  de  151G:Ungne  sainte  Marguerite 
feste  à  la  sanblance  de  Mademoysellc  de  Mon-Lambert.  L'assimilation  du  portrait 
avec  le  saint  devait  mener  au  dévergondage  dont  les  magnifiques  Noces  de  Gana, 
par  Paul  Véronèse,  sont  la  plus  complète  manifestation. 

(1)  La  première  pierre  de  Notre-Dame  de  Brou,  église  placée  par  la  fondatrice 
sous  l'invocation  de  saincl Nycholas  de  Tollentin,  fut  posée  en  1505,  et  à  ia  mort 
de  Marguerite  elle  était  terminée,  à  l'exception  de  quelques  travaux  secondaires  et 
du  tombeau  principal,  qui  ne  le  fut  qu'en  1532.  Postérieurement  à  cette  date  on  fit 
exécuter  un  bénitier  en  marbre  noir  :  A  maistre  Nycolas  Ducre ,  tailleur  de 
pierres,  natif  de  la  bon-ne  ville,  pays  de  Foncigny,  jouxte  la  forme  d'ung  patron 
faict  et  pourtraict  en  ung  folliet  de  papier.  Ce  marché  fat  faict  au  premier 
clostre  dudict  couvent  de  Brou,  presens  honcsle  Guillerminde  Chemyn,  bour- 
geoys  de  Bourg ,  Jehan  Eccard  dicl  Decessyz ,  painclre,  aussi  bourgeoys  de 
Bourg,  et  Yves  Fromont,  painclre,  aussi  bourgeoys  de  Bourg ,  lesmoings  à  ce 
requis  (1548).  On  impose  à  l'artiste  la  condition  de  escrypre  en  la  molure  dudict 
beneyty  (bénitier)  les  parolles  suyvantes ,  assavoir  :  Fortune,  infortune,  fort 
une.  Celte  devise,  adoptée  par  Marguerite  après  la  mort  du  duc  de  Savoie,  couvre 
l'église  de  Brou,  le  bénitier  devait  se  mettre  au  pat:.  On  sait  combien  fut  générale, 
au  xvie  siècle,  la  mode  des  devises.  Ce  genre  de  littérature  trouve  encore  des 
esprits  favorables  et  des  cœurs  sensibles,  mais  à  l'époque  de  la  renaissance  les 
esprits  les  plus  distingués,  les  coeurs  les  plus  élevés  se  passionnaient  pour  des  devises. 
Celle-ci  n'était  pas  la  première  que  Marguerite  d'Autriche  avait  composée  et  s'était 
appliquée;  seulement,  reproduite  avec  profusion.,  elle  eut  d'autant  plus  de  succès, 
qu'elle  avait  un  sens  clair  dans  une  forme  symétrique  et  originale.  On  a  raffiné 
depuis  lors,  mais  les  contemporains  n'hésitèrent  pas  à  saisir  l'interprétation  qui 
seule  convenait  aux  vicissitudes  de  la  vie  de  Marguerite,  c'est  à-dire  :  Fortune 
infortune  (accable,  frappe,  le  mot  pris  dans  le  sens  du  verbe:  infortunare, 
infortunat),  fort  (ement)  une  (femme). 

(2)  Jean  Perreal,  assisté  de  maistre  Henriel  et  maistre  Jehan  de  Lorraine,  tous 
deux  très  grands  ouvriers  en  l'art  de  massonnerie,  prirent  en  1509  les  mesures 
de  l'église  pour  arrêter  les  proportions  du  tombeau.  Marguerite  chargea  Jean 
Lemaire  de  porter  ce  dessin  à  Tours  et  d'en  faire  faire  un  modèle  en  relief  par 
Michel  Colombe.  Ce  sculpteur  célèbre,  chargé  d'années,  forme  le  chaînon  sensible 
entre  les  grands  artistes  auxquels  la  France  doit  les  tombeaux  de  Dijon  et  nos 
sculpteurs  de  la  renaissance.  (Voir  la  correspondance  publiée  par  M.  Le  Glay  dans 
ses  Analectes.)  J'ai  découvert  des  documents  précieux  sur  tous  ces  artistes;  ils  paraî- 
tront successivement  dans  l'histoire  des  ducs  de  Bourgogne  pour  tout  le  moyen  âge 
jusques  et  y  compris  le  xve  siècle  et  dans  l'histoire  du  Louvre  et  des  Tuileries  pour 
les  xvie  et  xvne  siècles. 


iNvr.vr  vir.i:   DBÉ    rAll  I  M  \      I  i«  1l 

l'autre  pai  ion  grand  âge,  elle  coo6a  ta  oonatraetion 
Louis  Van  Boghen   I),  ses  monuments  funèbres  am  <!en\  frères 
Coorard  et  Thomas  Meyt(2),  ses  vitraux  à  J^nn  Brochon,  Jean  Or- 
qnois  et  Antoine  Noiain  (3);  son  pavé  de  faïence,  enfin,  à  François 

marin,  luit-elle  tort?  J'avoue  qu'en  étudiant  toute  l'areliiter- 
ture,  tonte  la  sculpture,  toute  la  peinture  française  qui  précéda  im- 
médiatement le  Louvre  de  Pierre  Lescot,  les  sculptures  de  Jean  Gou- 
jon, de  Jean  Cousin,  et  la  peinture  de  Jean  et  François  Clouet,  je  ne 
puis  blâmer  son  choix.  Sous  le  rapport  de  l'art,  il  était  donc  justi- 
fiable, et  à  ses  yeux  il  avait  un  mérite  particulier  :  il  flattait  ses  ten- 
dances patriotiques  en  caressant  ses  antipathies  et  le  ressentiment  de 
son  cœur.  C'était,  pour  la  gouvernante  des  Pays-Bas,  presque  un 
devoir  de  se  servir  des  artistes  flamands;  ce  fut,  pour  l'ennemie  de  la 

(1)  Son  nom  est  flamand,  et  Antoine  du  Saix,  qui  l'appelle  le  grand  maistre  Loys, 
assure  que  Vitrine,  à  la  vue  de  son  œuvre, 

Eust  perdu  contenance 
Et  d'ung  Flameng  eust  suivy  l'ordonnance. 
Vitruvo,  peut-être,  maislctinus,  se  faisant  gothique,  serait  remonté  au  xnie  siècle 
et  aurait  dédaigné  cet  abus,  cet  excès  de  l'ornementation.  Les  architectes  étaient 
devenus,  à  la  fin  du  xv  siècle,  des  sculpteurs  d'ornement;  la  construction  était 
pour  eux  chose  secondaire,  et  l'église  de  Brou,  la  dernière  venue  dans  le  feu  d'arti- 
fice du  style  flamboyant,  en  fut  l'éblouissant  bouquet.  Louis  Van  Boghen  passait  ses 
hivers  dans  sa  famille  en  Flandreet  consacraittoutela  bonne  saison  au  monument  de 
Brou.  En  151 4,  l'église  de  Nostre-Dame  de  Bourg  menaçait  ruine.  Van  Boghen  donna 
ses  conseils,  mais  les  travaux  furent  confiés  par  la  municipalité  à  des  artistes  de 
l'endroit.  On  lit  dans  les  registres  de  l'hôtel  de  ville  de  Bourg ,  en  date  du  mois  de 
décembre  1514  :  «  Elegerunt  et  nominaverunt  pro  lathomis  magistros  Benedictum 
«  Castini,  Dionisium  Ganyeres,  Claudium  Charden,  vicegerentes  magistri  Ludovici 
«  apud  Brou.  »  Ce  Gastin  remplissait  en  outre  les  fonctions  de  conducteur  des  tra- 
vaux sous  Louis  Van  Boghen  dans  l'église  de  Brou. 

(2)  Marguerite  avait  le  portrait  de  cet  artiste  habile  (n1  15  de  l'inventaire).  Le 
14  avril  152G  seulement,  après  que  la  sculpture  d'ornementation  était  terminée, 
l'archiduchesse  commanda  les  trois  statues  du  tombeau  à  Conrard  Meyt.  Il  devait  les 
exécuter  selon  le  pourtraict,  pour  ce  faicl,  par  maislre  Loys  Fan  Boghen. 
C'était  encore  de  la  vieille  discipline  gothique.  Conrard  s'engageait  non  pas  à  les 
sculpter  tout  entières,  mais  à  faire  les  pièces  qui  s'ensuyvent  de  sa  main,  as- 
savoir :  les  visaiges,  mains  et  les  vifs  (les  chairs)  et  nu  surplus  se  pourra  faire 
aydier  par  son  frère  ou  autres  bons  et  experts  ouvriers  que  maislre  Loys  lui 
baillera.  L'original  de  ce  marché  est  conservé  aux  archives  de  l'Ain.  M.  Baux  l'a 
publié.  Les  statues  ne  furent  terminées  qu'en  1532.  Le  corps  de  Marguerite,  qui 
reposait  à  Malincs,  fut  placé  dans  le  monument  au  mois  de  juin  de  cette  année. 
Nous  voyons,  sous  le  n°  9  de  l'inventaire,  les  petits  modèles  de  ces  statues,  tels  qu'ils 
furent  sans  doute  proposés  par  Conrard. 

(3)  Ces  vitraux,  au  moins  ceux  qui  regardent  le  nord,  furent  en  partie  détruits 
par  la  grêle  en  1539  et  immédiatement  refaits  par  maistre  slnlhoyne  Concom, 
verrier,  bourgeoys  de  Bourg,  et  Jehan  Descousse.  Les  archives  du  département 
Je  l'Ain  conservent  ce  marché,  passé  le  25  juillet. 


42  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

France,  une  satisfaction  de  pouvoir  se  passer  de  nos  artistes,  et  de 
concevoir  l'espérance  de  les  surpasser. 

Le  musée  de  Marguerite  d'Autriche  se  composait  donc  principale- 
ment de  tableaux  flamands,  de  sculptures  flamandes.  Les  anciens  maî- 
tres y  brillaient  dans  tout  leur  éclat,  et,  quant  aux  contemporains, 
on  pouvait  accepter  comme  un  progrès  leurs  timides  tentatives,  ni 
Michel  Coxie(l),  ni  Jean  de  Maubeuge  (2),  ditMabuse,  ni  Jacques 
de  Barbaris  (3)  n'avaient  encore  eu  le  temps  de  s'italianiser,  comme 
ils  firent  à  leur  retour  d'Italie.  Par  contre  Fouquet  n'avait  trouvé  ac- 
cueil dans  cette  collection  que  parce  qu'il  avait  cessé  d'être  Français, 
il  était  devenu  Italien  (4). 

C'eût  été  renier  son  origine  que  de  rejeter  les  tableaux  du  vieux 
Jérôme  Bosch.  Ce  père  des  Ostades,  des  Teniers,  des  Brouwer  était 
en  même  temps  un  descendant  des  anciens  miniaturistes  flamands 
qui  déjà  avaient  pris  la  nature  sur  le  fait ,  après  l'avoir  cherchée  de 
préférence  là  où  elle  est  la  plus  vulgaire  dans  son  type  et  la  plus 
comique  dans  sa  triviale  bonhomie.  Bosch ,  du  premier  bond ,  dé- 
passa le  comique  et  se  lança  avec  une  fougue  aussi  féconde  qu'elle 
était  bizarre  dans  la  carrière  nouvelle  du  fantastique.  C'est  ce  que  le 
rédacteur  de  l'inventaire  marque  dans  la  description  de  ce  saint  An- 
toine :  entouré  a" estranges  figures  de  personnaiges  (5). 

A  ses  séries  de  petits  tableaux,  à  ses  suites  de  portraits,  l'archi- 
duchesse avait  joint  quelques  sujets  historiques ,  le  Siège  de  Ven- 
loo  (6),  par  exemple,  un  événement  militaire  de  son  gouvernement, 
les  Armes  et  Batailles  d' Italie  et  aussi  la  Bataille  de  Pavye  (7).  L'ad- 
versaire de  la  France  ou  plutôt  la  fille  de  Maximilien  et  la  tante  de 
Charles-Quint  se  retrouve  là.  C'était  une  vive  joie  pour  elle  que  de 
contempler  cette  grande  déroute  de  notre  puissance  dans  le  monde 
et  de  notre  influence  en  Italie  ;  peut-être  fit-elle  exception  pour  ce  ta- 
it) Voir  les  numéros  140,  143,  151,  197. 

(2)  Voir  n°  14  de  l'inventaire. 

(3)  Voir  129  et  139.  L'inventaire  de  1516  contientdéjà  cette  formule  :  feu  maistre 
Jacques.  En  l'absence  de  renseignements  plus  précis,  c'est  une  date  approximative 
pour  l'année  de  la  mort  de  cet  artiste  que  la  marque  de  ses  gravures  ont  fait  appeler 
le  maître  au  caducée. 

(4)  Voir  le  n»  196  et  la  note. 

(5)  N°  141.  Ce  tableau  était  dans  l'ancienne  collection  de  TEscurial.  Il  n'est 
pas  de  sujet  qui  allât  mieux  au  talent  de  Jérôme  Bosch,  et  il  l'a  répété  souvent. 

(6)  On  juge,  par  sa  correspondance,  de  la  part  qu'elle  eut  dans  ce  siège  difficile, 
la  part  qui  revient  à  la  femme  d'État,  le  mérite  de  la  persévérance.  Voir  sa  lettre 
du  mois  d'octobre  1511  et  le  n°  38  de  l'inventaire. 

(7)  N08  35  et  61  de  l'inventaire. 


INVENTAIRE    DES   TABLEAUX  ,    ETC.  4.'*» 

hleau  à  m1»  prédilections  flamandes;  tilt  l'aura  commandé  a  un  peintre 

fonçait* 

Hle  M  semble  pas  avoir  recherché  lef  tableaux  allemands;  le  petit 
courrier  (i)  rappelle  cependant  une  gravure  bien  connue  d 'Albeit 
Dorfr.  On  voit  dam  sa  correspondance  avec  son  père  que  eelui-ei 
l'adresse  quelquefois  à  elle  pour  avoir  des  portraits,  des  dessins,  des 
Copies?  elle  jamais  à  lui.  C'était  raison;  l'école  flamande  a  créé 
l'école  allemande  et  lui  fut  toujours  supérieure.  Albert  Durer  pour- 
rait Ben!  contester  Cet  axiome  incontestable. 

On  n'avait  pas,  à  cette  époque,  une  collection  de  tableaux,  on 
n'avait  pas  deux  portraits  sans  avoir  un  portrait  de  Jésus-Christ,  soit 
d'après  les  peintures  attribuées  à  différentes  mains  historiques,  soit 
d  après  le  Vera  icon,  empreinte  reçue  dans  le  suaire  par  la  sainte 
qui ,  de  son  action ,  prit  le  nom  de  Véronique.  La  collection  de 
Marguerite  avait  donc  son  portrait  du  Christ  peint  d'après  le  vif(Z), 
et  peut-être  prétendait-on  que  c'était  l'original ,  car  il  circulait  déjà 
plusieurs  milliers  de  ces  prétendus  originaux  lorsque  J.  van  Eyck, 
Hemling,  Albert  Durer,  ou  pour  mieux  dire  tous  les  peintres,  s'exer- 
cèrent à  cette  œuvre  difficile.  Les  vues  des  saints  lieux  partageaient, 
avec  les  portraits  du  Christ,  les  faveurs  de  toute  la  chrétienté; 
mais  jusqu'en  1484  on  ne  semble  pas  avoir  exigé  une  grande  fidélité 
de  reproduction.  A  cette  époque  le  chanoine  Breydenbach  se  fit  ac- 
compagner dans  son  pèlerinage  par  Rewich,  peintre  de  talent,  qui 
trouva  à  son  retour,  tant  à  Lyon  ,  qu'à  Mayence,  des  graveurs  ha- 
biles sur  cuivre  et  en  bois ,  pour  reproduire  et  rendre  populaires  ses 
fidèles  dessins.  Marguerite  avait  une  de  ces  vues  des  saints  lieux  (3). 

On  se  demandera  naturellement  ce  qu'est  devenu  un  si  grand 
nombre  de  précieux  tableaux,  mais  cette  recherche,  travail  intéres- 
sant, occuperait  ici  trop  de  place.  Je  trouve  de  ces  peintures  dans 
toutes  les  grandes  collections  et  pour  chacune  d'elles  mes  conjec- 
tures demanderaient  une  discussion.  L'espace  me  manque.  Je  dirai 
seulement  que  par  son  testament  en  date  du  20  février  1508  et  par 
Vieilles  d'une  date  postérieure,  Marguerite  institue  Charles- 
Quint  son  légataire  universel  et  donne  à  l'église  de  Brou  ses  tableaux 
de  sainteté  (4).  La  première  clause  a  disséminé  dans  les  résidences 

(1)  N°  183. 

(2)  N'J'  llî  et  186. 

(3)  W  179.  m 

ile  laisse  à  son  église  toutes  ses  reliques  et  tous  aultres  imaiges  de  saincts 
et  saincles  que  avons  el  seront  trouvées  à  nostre  dit  trespas.  Il  paraîtrait  que 


44  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

impériales  de  l'Autriche  et  de  l'Espagne  les  portraits  et  les  tableaux 
les  plus  précieux ,  la  seconde  a  livré  les  autres  pendant  plus  de 
deux  siècles  à  l'adoration  des  fidèles  et  ensuite  aux  mains  sacrilèges 
des  pillards  de  93. 

L'archiduchesse  avait  donné  dans  sa  collection  peu  de  place  à 
l'antiquité  dont  les  merveilles  sortaient  à  peine  de  terre.  Nous  voyons 
figurer  cependant  dans  l'inventaire  le  Tireur  d'épines,  cette  char- 
mante statue  qu'on  admirait  en  Italie  et  dont  François  Ier  se  faisait 
envoyer  une  épreuve  en  bronze.  Le  rédacteur  l'enregistre  sous  le 
titre  assez  bouffon  de  Manequin  (1),  mais  ce  mot  signifie  en  termes 
familiers  un  petit  homme.  Resterait  à  déterminer  s'il  s'agit  aussi 
d'une  épreuve  en  bronze,  ou  d'une  copie  en  marbre,  ou  d'une  répé- 
tition antique,  comme  il  s'en  voit  dans  plusieurs  collections. 

Je  ne  parlerai  pas  ici  des  petits  meubles  et  objets  de  curiosité. 
Chacun  d'eux  serait  l'objet  d'une  note  intéressante  s'il  ne  fallait  mé- 
nager et  l'espace  et  l'attention  du  lecteur  qui  remarquera  toutefois 
ces  coffrets  en  bois  (2),  couverts  d'appliques  faites  en  pâte  cuite.  Les 
musées  du  Louvre  et  de  l'hôtel  de  Cluny  offrent  de  bons  spécimens 
de  ce  genre  de  délicat  travail  qui ,  dans  la  fraîcheur  de  la  dorure,  de- 
vait avoir  beaucoup  d'éclat.  Nos  cuisiniers  ont  hérité  du  procédé, 
mais  non  du  style  et  de  la  richesse  des  compositions  que  de  bons  ar- 
tistes d'alors  confiaient  à  cette  fragile  matière. 

Je  réserve  pour  une  autre  publication  l'inventaire  de  la  biblio- 
thèque de  Marguerite  (3),  riche   et  curieuse  collection  dont  le 

Charles-Quint  aurait  gardé,  sans  autre  titre  que  son  caprice,  un  tableau  qui  ornait 
ou  devait  orner  le  maître  autel  de  l'église  de  Brou  ;  c'était,  je  crois,  un  de  ces  por- 
traits de  la  Vierge,  peints,  comme  chacun  sait,  par  saint  Luc.  Il  donna  en  échange 
300  livres,  dont  ferez  faire,  écrivent  les  exécuteurs  testamentaires,  le  2!  février 
1531,  aux  religieux  de  Brou,  un  beau  tableau  à  Lyon,  pour  le  granl  haultel, 
choisissant  pour  ce  fère  ung  bon  mestre  et  bien  entendu  en  l'art  de  paincture  : 
car  il  fault  que  ledicl  tableau  corresponde  à  l'esglise  et  vous  pourrez  convenir 
avec  lui.  On  chercha  longtemps  ce  bon  peintre,  puisque  quarante  cinq  années  plus 
tard  le  cardinal  de  Granvelle  écrivait  de  Rome,  le  2  août  1576,  au  prieur  de  Brou  : 
Monsieur  le  prieur,  j'ai  receu  voz  lettres  du  dernier  de  may  et  m'a  esté 
plesir  d'entendre  par  icelles  qu'en  l'église  de  voslre  couvent,  le  tableau  soyt 
esté  posé,  lequel  s'est  faict  conforme  à  l'intention  de  feu  de  haalle  mémoire, 
madame  Marguerite,  fondatrice  dudict  couvent.  Le  roy  nostre  maistre  m' avoit 
laissé  charge  de  faire  faire  ledit  tableau  et  j'ay  tenu  à  mon  service  le  maistre 
qui  la  faict  et  luy  ay  faict  apprandre  et  en  Flandre  et  en  Italie,  afin  qu'il peust 
faire  meilleur  ouvraige  et  au  jugement  de  tous  ceulx  qui  l'ont  veu  et  m'en  ont 
faict  rapport,  il  s  est  bien  acquilé  de  son  debvoir. 

(1)  Voir  n°  il. 

(2)  Nos95,  102,  103  et  104. 

(3)  Le  numéro  190  se  trouvait  en  dehors  du  catalogue  de  la  librairie,  j'ai  dû  le 


INVENTAIRE    DES  TABLBÀ1  \,   ETC. 

rédacteur  du  catalogue  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  royale  de 
Bruxelles  cet  dû  ><v  préoccupei  davantage.  Le  goût  des  lettres 
entraînait  avec  lui  deux  cbofêf  également  onéreuses,  l'acquisition 

des  livres,  il  n'y  avait  pas  de  cabinet  de  lecture  pour  les  lire  sans  les 
acheter,  ni  de  bibliothèque  publique  pour  les  emprunter,  et  puis  le 
patronage  des  gens  de  lettres  qui  ne  faisaient  pas  encore  litière  de 
portefeuilles.  Marguerite  acbeta  livres  et  manuscrits,  elle*prit  a  sa 
solde  Molinet  et  Jean  Lemairc  de  Belges,  deux  poètes  déjà  populaires, 
dont  le  talent  et  l'esprit  naturel  percent  au  travers  de  la  manière  et 
du  mauvais  goût. 

.l'ai  mis  aussi  à  part,  un  commentaire  assez  long,  et  que  je  crois 
curieux,  sur  les  camahieux  (1)  et  les  objets  en  pourceîaine  (2) ,  pierre 
blanche,  pierre  eslrange  et  estrangère,  qui  paraissent  dans  les 
anciens  comptes,  dans  les  inventaires,  se  retrouvent  dans  celui  de 
Marguerite  d'Autriche  et  sans  discontinuer  dans  les  documents  du 
même  genre  rédigés  pendant  tout  le  XVIe  siècle. 

J'ai  hète  de  laisser  parler  l'inventaire  qui  a  donné  lieu  à  ce  long 
préambule  ;  je  dirai  en  terminant  que  j'ai  rencontré  l'original,  écrit 


transcrire,  et  il  me  suggère  une  remarque  :  le  rédacteur  de  l'inventaire  s'est  servi, 
pour  désigner  un  livre  imprimé,  de  l'expression  qui  eut  cours  dès  l'apparition  des 
produits  de  l'imprimerie.  En  effet,  en  1443,  Jean  le  Robert,  abbé  de  Saint-Aubert 
de  Cambray,  note  de  sa  main,  dans  les  mémoriaux  du  couvent,  qu'il  achète  pour  son 
neveu  un  Doctrinal  getlé  en  molle.  Les  trois  fondateurs  de  l'imprimerie  reçurent 
leurs  lettres  de  naturalisation  en  1474  pour  l'exercice  de  leurs  ars  et  mesliers  de 
faire  livres  de  plusieurs  manières  d'escriplures  en  mosle  et  aultrement.  Le 
duc  d'Orléans  achète  en  1496  deux  livres  d'heures  et  le  comptable  enregistre  cette 
dépense  en  deux  articles  :  1°  Pour  cent  sols  unes  heures  en  parchemin  escriptes 
en  moule  ;  2°  à  Eslienne  Joudelle  CX  sols  pour  unes  autres  heures  en  par- 
chemin escriptes  en  moulle  qu'il  a  baillées  pour  mds.  Philippe  de  Commines, 
rédigeant  ses  remarquables  mémoires,  en  1498,  parle  ainsi  des  sermons  de  Savona- 
role  :  il  les  a  faict  mettre  en  molle  et  se  vendent.  A  peu  près  à  la  même  époque, 
le  rédacteur  d'un  inventaire  des  meubles,  bijoux  et  livres  d'Anne  de  Bretagne, 
signale  :  plusieurs  livres  tant  en  parchemin  que  en  papiers,  à  la  main  et  en 
mosle.  Le  Livret  de  Consolations,  imprimé  à  Paris,  le  7  février  l'an  1502,  porte  au 
recto  du  dernier  feuillet  :  Priez  pour  celui  qui  a  translaté  ce  présent  traicté  de 
latin  en  français  et  la  faict  mettre  tcn  moule.  Le  catalogue  de  la  bibliothèque 
des  ducs  de  Bourbon,  faict  à  Molins  le  XIX*  jour  de  septembre  Van  mil  cinq 
cens  vingt  et  trois,  distingue  les  livres  des  manuscrits  par  ces  deux  expressions  : 
U  et  à  la  main  (publié  par  M.  Leroux  de  Lincy  dans  les  Mélanges  de  la  So- 
ciété des  bibliophiles).  C'est  donc  bien  toujours  la  même  significalion  donnée  au 
même  terme  et  ce  terme  a  une  grande  signiûcation  quand  il  s'applique  aux  procé- 
l  premiers  inventeurs  et  désigne  ainsi  positivement,  des  1443,  une  lettre 
j^lée  dans  un  moule. 
(0  x 

N  121,  222,  «3,  22411 


46  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE, 

sur   parchemin   et  signé   de  l'archiduchesse  elle-même,   dans  la 
collection,  dite  des  500  Colbert,  delà  Bibliothèque  nationale  (l). 


INVENTAIRE. 

COPIE  DU  POUVOIR  DU  Sr  DE   WARENGHIEN. 

Sur  ce  que  Richart  Coutault,  nagaires  garde  des  joyaux  de  feue  de 
très-noble  mémoire  madame  Marguerite  archiduchesse  d'Austrice 
duchesse  et  contesse  de  Bourgogne,  douairière  de  Savoie  cuy  Dieu 
absoille,  a  requis  messeigneurs  les  exécuteurs  du  testament  de  ma- 
dite  feue  dame  voloir  ordonner  quelques  personnages  pour  véoir  et 
visiter  l'original  inventoire  des  bagues  et  joyaulx  par  elle  délaissez 
au  jour  de  son  trespas  et  sur  icellui  le  faire  descharger  des  parties  de 
bagues,  joyaux,  vaisselle  et  tapisserie,  que,  par  ordonnance  de  l'em- 
pereur et  aussi  desdits  exécuteurs,  il  a  délivrés  tant  pour  faire  le  tres- 
noble  plaisir  de  Sa  Majesté  que  pour  furnir  aux  charges  de  la  dicte 
exécution,  lesquels  exécuteurs,  par  advis  et  meure  délibération,  ont 
commis  et  ordonné,  commectent  et  ordonnent  pour  ceste,  Jehan  de 
Warenghien,  maistre  des  comptes  à  Lille,  pour  avec  ledit  Richart 

(l)  M.  LeGlay  avait  trouvé  dans  les  archives  de  Lille  et  il  a  publié  à  la  suite  et 
comme  pièce  justificative  d'une  très-bonne  notice  sur  Marguerite  d'Autriche,  un 
inventaire  écrit  en  partie  par  elle-même,  rédigé  en  partie  sous  ses  yeux.  J'aurais 
voulu  vérifier  s'il  n'a  pas  été  fait  double  emploi  de  feuillets  rédigés  à  différentes 
époques  et  qui  décrivent  plusieurs  fois  le  même  tableau,  mais  ce  document  a  été 
déplacé,  il  est  égaré,  et  à  mon  dernier  passage  à  Lille  je  l'ai  vainement  réclamé. 
Cette  circonstance  donne  d'autant  plus  de  prix  à  l'inventaire  de  1524.  Celui-ci, 
d'ailleurs,  est  plus  complet,  plus  riche,  plus  étendu.  Après  avoir  mis  dans  les  notes 
les  articles  correspondants  de  l'inventaire  de  1516, je  transcrirai  ici  la  description 
de  sept  objets  qui  ne  se  rencontrent  pas,  ou  du  moins  que  je  ne  suis  pas  parvenu  à 
reconnaître  dans  l'inventaire  de  1524: 

Ung  labiaux  d'argent  doré,  d'ungne  nonciade  à  deux  feuillies  de  porselleyne,  là 
où  est  vl'ymaige)  de  feu  roy  don  Philippe  et  la  reyne  donne  Joanne,  sa  famé. 

Ung  petit  préaux  dedanz  lequel  a  ungne  Nostre  Dame  et  ung  sainct  Josef. 

Ung  autre.  Au  mylieu  dudit  préaux  a  ung  aubepin  flory  et  madame  la  duchesse 
de  Norefork  l'a  donné  à  Madame. 

Ung  petit  parady  où  sont  toux  les  apostres. 

Ung  petit  tableaul  du  chief  d'un  Porlugalois,  fait  sans  couleur  par  maistre  Jacques 
Barbaris. 

Ung  petit  tableaul  du  chief  de  la  royne  donne  Ysabel,  en  son  eage  de  xxx  ans, 
fait  par  maistre  Michiel. 

Ung  tableaul  de  bonne  paincture  d'une  belle  fille  esclave,  sur  la  couverte  duquel 
sont  Charles  Oursson,  contrerolleur  de  Madame,  et  son  père,  et  aussi  le  chien  de 
Madame  qui  s'appelle  Boute  (ou  Bonté). 


INVIM  uni:   m >    im;i.i  m  \      i  m  47 

floutauli  véoir  et  visiter  ledit  original  inventaire  signé  de  maditr  feae 
dame  et  de  Ittj  et  sur  ictliti  detohargtar  toutes  les  parties  de  baj 
joyaolx,  rasselie  d'argent,  tapisseries  et  autres  lesquelles  il  trouvera 

80  deffaulte.  — Ainsi  fait  et  ordonne  à  Bruxelles  le  xxiij'  jour  de 
juing  xv    xxxiij  (1).  Ainsi  signé  :  Swciikz. 

COPIE. 

Aujourd'huy  ixp  jour  de  juillet  anno  w  xxiij ,  madame,  madame 
I  archiduchesse  d'Austrice  ducesse  et  contesse  de  Bourgogne  a  com- 
mis et  dénommez  les  sieurs  de  Rosimboz,  son  conseiller,  premier 
maistre  d'hostel  et  chief  commis  sur  le  fait  de  ses  finances,  Philippe 
de  Souastre  maistre  d'hostel,  Jehan  de  Marnix  son  trésorrier  général 
et  aussi  ses  conseillers  et  Charles  Ourssin  conteroleur  de  la  despense 
ordinaire  de  son  hostel,  ausquelx  madite  dame  a  baillé  plein  pouvoir 
et  expresse  charge  pour,  par  eulx  ou  les  deux  d'eulx  que  mieulx  vac- 
quer  y  pourront,  entendre  à  inventorier  certains  ses  meubles  et 
joyaulx  tant  les  vaicelles  d'or  que  d'argent,  riche  tapisseries  et  aultres 
meubles  estant  es  mains  des  officiers  de  sa  maison  et  iceulx  délivrer 
et  remectrede  sa  part  à  nostre  Richart  Coutauit,  à  présent  garde  de 
ses  joyaulx,  afin  d'iceulx  faire  bonne  et  seure  garde  et  en  rendre  bon 
compte  et  relicqua  à  madicte  dame  ou  aux  siens,  toutes  les  fois  que 
requis  en  sera.  Fait  à  Malines  les  ans  et  jours  dessus  dits.  Ainsi  si- 
gné Marguerite  et,  par  ordonnance  de  madite  dame,  du  secrétaire 
des  Barres. 

Iwentoire  des  vaicelles  d'or  et  d'argent  et  aultres  joyaulx  tapisse- 
ries de  drapt  d'or  et  d'orfèvrerie,  que  aultres  riches  tappisseries  et 
painetures,  ensemble  de  tous  autres  meubles  estans  et  appartenans  a 
ma  tres-redoubtée  dame  madame,  madame  Marguerite. — Lequel  in- 
ventaire obstant  qu'il  n'en  n'y  avoit  auparavant  nul  de  parfait  ny 
parachevé  en  forme  deue,  et  seulement  esté  fait  et  fondé  sur  ce  qu'il 
a  esté  trouvé  es  mains  et  charge  des  officiers. 

ET  PREMIÈREMENT  :  CHAPPELLE.  (Folio  II.) 

Une  grande  et  haulte  croix  d'argent  dorée,  avec  son  pied  fait  a 
feuillaige  de  chardons,  pesant  viijm  vi°  xv. 

Ou  comprend  pourquoi  R.  Courtault,  trois  ans  après  la  mort  de  sa  maltresse 
i-dire  en  1633,  voulant  mettre  à  couvert  sa  responsabilité,  demandait  qu'on 

mirqUât  et  approuvât  sur  l'inventaire  de  1524,  les  distributions  fftltej  p.r  ordre  des 
tours  testamentaires.  Apres  le  pou\oir  du  sr    YYareiigliicn.  vient  i'invi  tttêirC 

qui  lui  avait  été  remit  à  son  entrée  en  fonction, 


4$  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

(Une  petite  croix,  une  paix,  deux  calices,  deux  boetes  à  hosties,  un 
eaubenoistier,  deux  clochettes ,  quatre  poltequins.) 

OURNEMENTS   DE    VELOURS  ET    AULTRES  DRAPTZ   DE    SOIE   SERVANS 
ORDINAIREMENT  EN  LADITE  CHAPPELLE.  (Fol.  IV.) 

(  Ces  objets  sont  sans  intérêt  et  je  ne  cite  pas  deux  missels  et  trois  livres 
dheures  dont  la  description  n'offre  rien  de  particulier.) 

LINGES  SERVANS  EN  LADITE  CHAPPELLE.  (Fol.  VI.) 

2.  Ornemens  faiz  pour  le  voiaige  de  Cambray  que  Madame  y  fit 
en  l'an  xxix. 

PANETERIE. 

(Je  ne  cite  ni  les  sallières ,  ni  les  tranchoirs,  ni  les  cousteaux.) 

3.  Une  petite  cuillier  d'or,  avec  une  petite  pièce  de  licorne  pe- 
sant x°.xiiije. 

4.  Item  ung  eschauffoir  d'argent  à  eaue. 

5.  Ung  reschauffoir  à  feu. 

ESCHANÇONNERIE. 

(Gobbelets ,  aiguières ,  pots ,  coupes,  tasses.) 

SAUSSERIE. 

(7  plats,  44  écuelles,  12  saucerons,  12  tranchoirs.) 

FRUICTERIE. 

Une  boete  d'argent  toute  blanche  gonderonnée,  avec  sa  couverte, 
en  laquelle  se  met  la  pouldre  cordiale  que  Madame  prent  à  l'yssue  de 
ses  digne  et  souppez. 

7,  Deux  haulx  gobelletz  servans  es  médecines. 
(Plusieurs  chandeliers.) 

TAPPISSERIE. 

(  Parmi  ce  grand  nombre  de  tapis  velus,  de  verdure,  à  feuillages ,  je  ne 
vois  aucune  tapisserie  à  personnages  qui  doive  être  citée.) 

LIBRAIRIE. 

Est  ans  déans  l'hostel  de  Madame  en  sa  ville  de  Malines  la- 
quelle Estienne  Luillier,  varlet  de  chambre  de  Madame,  a  en  charge 
et  maniement  pour  en  respondre  audit  garde-joyaulx. 


INVENTAIRE    1)1  S    TVHI.IM    \    .     I    K  .  40 

[J$  remets  à  une  autre  cpoquc,  cl  je  réserve  pour  mes  irmaur  sur  les 
bibliothèques,  la  publication  (la  Catalogue  des  livres  de  Marguerite 
{ulriche.  Il  va  du  feuillet  18  au  feuillet  15.) 

Al  rU  PIÈCES  ESTANS  EN  LA  LIBRAIRIE  DONT  LA  DÉCLARATION 

sexsuyt  : 

9.  Premier  :  La  représentacion  de  feu  monseigneur  de  Savoie  que 
Dieu  pardonne,  fête  de  mabre  blanc  de  la  main  de  Mr  Conrat. 

1 0.  Son  harnast  complet. 

10  bis.  La  représentacion  de  Madame  fête  de  mesme  main  et 
mabre  que  la  précédente. 

1 1 .  Ùng  petit  manequin  tirant  une  espine  hors  de  son  pied  fait 
aussi  de  mabre  blanc ,  bien  exquis. 

1 1  bis.  La  représentacion  de  la  seur  du  Koy  d'Angleterre  fête  de 
terre  cuyte. 

12.  Ung  petit  Jhesus  taillé  en  bois. 

13.  Une  petite  Lucresse  aussi  taillée  en  bois. 

1  i.  Item  délivré  audit  garde-joyaulx,  depuis  cest  inventoire  fait, 
la  pourtraicture  des  nayn  et  nayne  du  Roy  de  Dannemarcque  faicte 
par  Jehann  de  Maubeuge,  fort  bien  fait. 

15.  Ung  petit  manequin,  taillé  aussi  de  mesme  bois,  à  la  semblence 
de  maistre  Courait. 

1G.  Ung  petit  homme  nu,  taillé  en  bois,  qu'il  tient  ung  chien 
en  l'une  de  ses  mains  et  ung  gros  baston  en  l'aultre. 

17.  Vingt  tableaux  de  painctures  estans  à  l'eu  tour  du  manteau  de 
la  chemynée  et  ailleurs ,  assavoir  la  pourtraicture  du  Roy  d'Angle- 
terre ;  18.  celle  de  feu  monseigneur  de  Savoie;  19.  celle  du  Roy 
Loys  de  France;  20.  celle  de  l'empereur  trespassé;  21.  celle  de  la 
Royenne  de  France;  22.  celle  du  Roy  de  Dannemarque  ;  23.  celle 
du  GrantTurcq;  24.  celle  d'ung  vieux  homme  et  une  vieille  femme; 
-2ô.  ung  Sainct  François;  26.  ung  personnaige  en  manière  d'ung 
docteur  ;  27.  la  Royenne  d'Espaigne  moderne;  28.  le  Roy  Philippe; 
29.  la  pourtraicture  dudit  feu  monseigneur  de  Savoie;  30.  trois  vi- 
saiges  de  gens  d'église  dont  l'ung  est  habillé  en  cardinal;  31.  ung 
tableau  de  Notre-Dame;  32.  ung  petit  tableau  figuré  de  certaine 
bataille,  où  il  y  a  ung  empereur  sur  ung  cheval  ousser,  la  ousse 
semée  de  Heurs  de  Hz  sur  azul  et  la  pourtraiture  de  Mitelze?  (iNutelze 
ou  Imtelze?  ). 

33.  Une  tc>ic  de  cerf  avec  la  ramure,  estant  au  milieu  du  man 
teau  de  la  chemynée,  à  ung  cruxifis  en  chief. 

vu.  4 


50  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

34.  Les  pourtraitures  en  toille  de  madame  Mairie,  l'empereur,  et 
de  mes  trois  dames  ses  sœurs  en  v.  pièces. 

35.  Une  grande  painctureen  toille,  représentant  aucunes  armes 
et  batailles  d'Italie. 

36.  Ung  Sainct  Anthoine  sur  toille  (1). 

37.  Ung  aultre  moien  Sainct  Athoine,  aussi  sur  toille. 

38.  La  pourtraiture  du  siège  Vannelot  sur  toille. 

39.  Ung  beau  buffet ,  à  la  mode  d'Italie,  donné  à  Madame  par 
monseigneur  le  vice-roy  de  Naples. 

40.  Une  belle  riche  table  carrée,  en  deux  pièces,  l'une  garnie  de 
plusieurs  beaux  menuz  ouvraiges  taillez. 

41.  Une  aultre  petite  table,  à  la  mode  d'Espaigne,  qui  se  ouvre  et 
clôt,  à  quatre  blassons  aux  armes  de  Bourgogne  et  d'Espaigne. 

42.  Troys  myroirs  ardans,  dont  l'ung  est  doré  sus  la  menuyserie. 
(  Je  passe  une  longue  série  de  généalogies  en  parchemins .) 

43.  Deux  appemondes  bien  vieilles,  en  parchemin. 

44.  Ung  fainct  livre  en  paincture. 

45.  Ung  chasteau  faict  de  papier  avec  plusieurs  tourelles. 

46.  Ung  sainct  homme  habillé  dune  robbe  de  taffetas  noir  et  ung 
neuf  bonnet  rouge. 

VA1CELLE  DE   CRISTALIN. 

(  Dans  cette  longue  liste  d'objets  en  cristal ,  je  passe  les  bassins ,  pots , 
flacons ,  fyolles,  verres ,  coupes  et  tasses.) 

47.  Item  une  cuvelette. 

47  bis.  Une  couppe,  où  il  y  a  ung  cerf  au  milieu. 

48.  Dix  escuelles,  à  la  mode  d'Italie. 

49.  Deux  verres  bleux. 

AULTRE   VA1CELLE. 

50.  Quatre  couppes  d'oz,  bien  tailléez,  que  semblent  estre  salières, 

51.  Ung  beau  grant  pot  de  porcelaine  bleue  à  deux  agneaux 
(anneaux)  d'argent. 

52.  Deux  aultres  petits  pots  de  pourcelaine. 

53.  Six  plats  et  escuelles  et  salières  de  pourcelayne  de  plusieurs 
sortes. 

54.  Ung  plat  d'estain  où  il  y  a  dedans  aucun  fruyt. 

55.  Ung  mortier  de  mabre. 

(l)  On  lit ,  à  ia  suite  de  cet  article,  dans  l'inventaire  dressé  en  1516  et  dont  j'ai 
parlé  dans  la  note  de  la  p.  46  :  c'est  de  la  main  de  mestre  Jacques  (de  Barbaris  le 
maitre  au  caducée). 


INVENTAIRE    dis   TA  BLE  Al  \  .    m.  M 

l  pe  coquille  <!<'  lymesson  de  iper. 

Ung  petit  dragon  élevé  sur  une  motte,  *<'r™  roeslangiée  de  ni/. 

On.itrc  autres  moieDS  poti  de  pourcelayue. 

v(  <  <u  si  ui-.Mi  ns  ni:i'FiMi:s,  vkm  /  dis  indus,  imiûskntees  de  par 

I  l EMPEREUR  A  MADAME  A  BRUXELLES,  LE  XXf  JOUR  DAOUST 
\\  Wlll  ET  AUSSI  DE  PAR  MONSEKiM  l  II  DE  IV  CIIAULX  ,  LE 
TOUT  ESTANT  EN   LADITE  LIBRAIRIE. 

Ouaranlc  articles  répondent  à  ce  titre  ;  je  les  omets  parce  que  Vart, 
au  moins  l'art  tel  que  nous  V entendons,  nest  pour  rien  dans  la  com- 
position de  ces  objets.  On  lit  à  la  suite  de  ce  chapitre  :  ) 

59.  Ung  tableau  où  est  escripte  la  complaincte  de  Madame. 

60.  Le  couronnement  de  l'empereur  fait  à  Bologne. 

61.  La  bataille  de  Pavye. 

H -2.  Receu  à  Bruxelles  de  l'empereur  par  les  mains  de  Symonet 
son  varlet  de  chambre ,  les  pourtraitures  de  Sa  Majesté  faictes  au 
compas  et  celle  de  la  Royne  douairière  d'Ongrie  sa  seur  faicte  sur 
toille  par  Me  Jehan,  paintre  de  feu  Madame  (f  ). 

63.  Et  deux  tableaux  des  pourtraitures  des  deux  fils  et  des  deux 
filles  du  Roy  des  Romains  don  Fernandez ,  le  fond  desdiz  tableau  est 
de  cyprès. 

CABINETS    DBANS   LHOSTEL   DE   MADITE   DAME,    EN    SA   VILLE 
DE    MALINES. 

Et  premièrement  en  la  première  chambre  dudit  cabinet.  Painctures  : 

64.  Ung  tableau  de  la  prinse  Nostre-Seigneur  a  vij  personnages. 
Le  fond  dudit  tableau  gris. 

65.  Ung  autre  tableau  de  la  pourtraiture  de  la  fille  du  Roy  Henry 
d'Angleterre,  moderne,  habillée  de  velours  noir  et  une  cotte  de  toille 
d'or,  tenant  ung  papegay  sur,sa  main  senestre. 

66.  Ung  aultre  tableau  qui  s'apelle  l'Infante  de  Fortune,  à  ung 
hault  bonnet  rond,  habillé  d'une  robe  noire  sans  manches  et  sans 
fante  devant.  Le  fond  de  mabre  tirant  sur  pourpre. 

67.  Ung  autre  tableau  d'ung  personnaige  habillé  d'une  robbe  et 
chapperon  bleu,  à  court  cheveux ,  fait  après  le  premier  duc  de  Bra- 
dant. Lr  fond  noir  où  est  escript  :  Waysellaws. 

68.  Ung  tableau  fait  après  le  Roy  de  Dannemarcque,  tenant  une 

i    Non  i  un  <Ip>  articles  ajoutés  à  l'inventaire  et  à  la  garde  de  Richart  Coulault. 
ii'in.  pnn'rc  de  Madame ,  doit  do  Mauheuge  dit  MabuM\ 


52  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

lettre  en  sa  main,  ayant  une  chemise  à  hault  collet,  pourtant  la  thoi- 
son  d'or  pendant  à  ung  courdon  de  soye,  le  fond  Verd. 

69.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  du  feu  Roy  Don  Fer- 
nande, Roy  d'Arragon,  ayant  une  chayne  d'or  à  son  col,  y  pendant 
une  croix. 

70.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre-Dame,  ayant  ung  manteau 
rouge;  es  bors  dudit  tableau  il  y  a  quatre  A  et  quatre  E. 

71.  Ung  aultre  tableau,  bien  fait,  après  la  Royenne  d'Angleterre, 
à  ung  chief  ayant  une  robbe  de  velours  cramoisy,  une  chayne  d'or 
au  col  y  pendant  une  baguette. 

72.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  feu  monseigneur  de 
Savoie,  habillé  d'une  robbe  de  velours  cramoisy.  Le  seon  de  satin 
gris,  tenant  une  paire  de  gants  en  sa  main  senestre.  Le  bors  dudit 
tableau  painct  et  doré. 

73.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  du  feu  cardinal  de 
Bourbon ,  tenant  une.  teste  de  mort  en  sa  main. 

74.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  feu  monseigneur  le 
duc  Jehan  de  Bourgogne,  à  l'entour  duquel  sont  six  raboz  dorez. 

75.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  MS.  le  duc  Charles  de 
Bourgogne  habillé  de  noir,  pourtant  la  thoison  d'or  pendant  à  une 
chayne  et  ung  rolet  en  sa  main  dextre,  ayant  le  chiefz  nuz. 

76.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  feu  MS.  le  duc  Phe- 
lippe,  habillé  de  noir  et  ung  chapperon  bourelée  sur  sa  teste,  por- 
tant le  colier  de  la  thoison  d'or,  ayant  ung  rolet  en  sa  main. 

77.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  feu  le  Roy  don  Phi- 
lippe de  Castille,  ayant  vestuz  une  robbe  de  velours  cramoisy  four- 
rée de  martre  sabble  ,  le  colier  de  la  thoison  d'or  dessus ,  pourtant 
ung  bonnet  de  velours  cramoisy. 

78.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  du  feu  Roy  d'Arragon  , 
semblable  à  la  précédente ,  réservé  qu'il  n'y  a  point  de  croix  pendant 
à  sa  chayne. 

79.  Ung  autre  tableau  de  la  pourtraiture  de  l'empereur  Maximi- 
lien,  père  de  Madame,  que  Dieu  pardoint,  habillé  d'une  robbe  de 
drapt  d'or,  fourré  de  martre,  à  ung  bonnet  noir  sur  son  chief,  pour- 
tant le  colier  de  la  thoison  d'or,  tenant  ung  rolet  en  sa  main  dextre. 

80.  Ung  aultre  tableau  de  la  pourtraiture  de  la  feue  Royenne 
d'Espaigne,  done  Ysabel ,  que  Dieu  pardoint ,  à  ung  colier  de  me- 
raudes,  parles ,  et  aultres  pierres  précieuses  et  une  bague  du  coustel 
de  son  chief  à  une  parle  y  pendant. 

81 .  Feu  Roy  Henry  d'Angleterre,  pourtant  le  colier  de  la  thoison 


i\\  BNTAIBE    DBS   TAB1  BAI  \  ,    BTC 

dor,  habillé  d'une  robbe  de  drapt  d'or,  tenant  une  rose  rouge  en  sa 

main. 

89.  L'empereur  moderne,  babillé  d'une  robbe  de  velours  crainois) 
fourëe  de  martres,  les  manches  coppées  à  deux  boutons  et  ungpre- 
point  de  drapt  d'or,  pourtant  le  collier  de  la  thoison., 

83.  Madame  Liénard,  Koyenne  de  Portugal ,  habillée  d'une  robbe 
de  drapt  dor,  les  manches  d'aringue,  ayant  ung  carquant  au  col  et 
une  enseigne  devant  sa  poitrine  sur  cramoisy. 

84.  Madame  Anne  d'Ongrie ,  femme  de  MS.  l'archiduc,  habillée 
d'une  robbe  de  damas  rouge  bandée,  les  manches  descoppées  et  ung 
bonnet  sur  son  chief,  paint  de  parles  et  aultres  bagues. 

S5.  MS.  l'archeduc  don  Fernande,  habillé  d'une  robbe  de  drapt 
d'or  fourrée  de  martres  et  ung  prépoint  de  satin  cramoisy,  à  une 
cbayne  d'or  au  col ,  y  pendant  la  thoison. 

86.  Feue  madame  Ysabeau  de  Portugal,  habillé  d'une  robbe  de 
satin  verd,  doublé  de  damas  cramoisy,  sainte  d'une  large  saincture 
blanche. 

87.  L'aisnée  fille  du  Roy  d'Arragon,  qu'il  fust  marié  en  Portugal, 
habillé  de  noir  et  d'ung  couvrechief  à  la  mode  d'Espaigne,  en  ma- 
nière de  deul. 

88.  Madame  Mairie,  Royenne  d'Ongrie,  habillée  d'une  robbe  de 
drapt  d'or  bigarré  dp  velours  noir  à  losanges ,  à  ung  colier  au  col  et 
une  bague  y  pendant  à  troys  parles  ,  à  ung  bonnet  richement  painct 
sur  son  chief. 

89.  L'empereur  moderne,  habillé  d'une  robbe  de  velours  cramoisy, 
doublé  de  satin  noir,  à  ung  séon  de  drapt  d'or  et  ung  prépoint  de 
velours  gris  pourtant  le  colier  de  la  thoison. 

90.  Madame  de  Charny,  le  chief  accoustré  d'ung  couvrechief  à 
l'anticque,  la  robbe  noire  fourrée  d'armignes,  saincte  d'une  large  cou- 
roie  de  damas  rouge  ferré  d'argent  doré. 

91.  Feu  l'empereur  Fredericq  ayant  une  croix  pendant  au  col  à 
vij  parles,  ayant  aussi  ung  bonnet  noir  et  long  cheveux,  le  fond 
dudit  tableau  d'asul. 

92<  Madame  Marie  d'Angleterre  ayant  une  robbe  de  drapt  d'or,  les 
manches  fendues,  tenant  une  palme  en  sa  main  et  ung  bonnet  noir 
sur  son  chief. 

93  Madame  la  contesse  de  Meghe  (Nieghe)  habillé  d'une  robbe 
d  homme  de  velours  noir,  tenant  ung  mouchon  blanc  en  sa  main, 
espuee  (appuyée)  sur  ung  coussin  de  drapt  d'or. 

94.  Ung  aultre  petit  tableau  d'une  femme  habillée  à  l'enUcque, 


54  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

sa  robbe  rouge  fourée  d'armines,  saincte  d'une  large  couroie  tissue 
verde. 

EN  LADITE  PREMIÈRE  CHAMBRE  DU  CABINET. 

95.  Sept  coffres,  que  grans  quepetiz,  faitz  de  pâte  cuyte  à  la  mode 
d'Italie,  bien  ouvrez  et  dorez. 

96.  Deux  patins  de  cùyr,  à  la  mode  de  Turquie. 

97.  Ung  pot  de  porcelaine  sans  couvercle ,  bien  beau ,  tirant  sur 
gris. 

98.  Ung  myroir  ardant  d'assier,  tout  rond  ,  à  deux  bors  dorez  et 
entre  deux  ung  sercle  d'asur,  auquel  est  escript  diverses  lettres,  l'en- 
vers dudit  myroir  tout  doré. 

AUX  ARM  AIRES  DE  LADITE  CHAMBRE. 

99.  Quatre  courporaulx ,  esquelz  est  painct  au  fond  la  seyne  de 
Nostre-Seigneur;  fête  de  Uîymynureet  au  couvecle  l'empereur  tres- 
passé  et  Madame  adorant  Nostre-Dame,  environnée  de  raiz  de  soleil 
et  du  croissant  de  la  lune,  au  pied  fraingez  de  soye  rouge  et  blanche. 

100.  Ung  jue  de  boiz,  rond,  pertusier  tout  à  l'entour  de  seze 
guillettes  blanches  et  rouges  y  pendantes. 

TAPPISSERIES  DE  DRAPT   DE  SOYE. 

{Néant) 

AU   RICHE   CABINET. 

101.  Madame  a  fait  fère  ung  tableau  de  xx  petites  painctures 
exquises  des  xxij  cy-après  escriptes,  a  la  garniture  duquel  tableau  y 
a  entré  seize  marcs  d'argent. 

LA  SECONDE   CHAMBRE    A   CHEMYNÉE. 

102.  Ung  beau  coffret,  à  la  mode  d'Italie,  fait  de  pâte  cuyte,  doré, 
bien  ouvré,  à  vj  blasons  à  l'entour  d'ycelle,  aux  armes  de  Bourgogne, 
assis  sur  iiij  pomeaux  de  bois  dorez. 

1 03.  Ung  aultre  coffre,  plat,  carré,  fait  de  pâte  cuyte,  bien  ouvré, 
à  x  personnaiges  et  sur  le  couvercle  qui  est  de  mesme  à  une  roze  au 
milieu. 

104.  Ung  aultre  coffre  plat ,  de  bois,  longuet,  tout  à  l'entour  fait 
de  menuz  ouvraiges  d'oz  ,  d'ivoire  et  aultres  choses,  qui  se  ouvre  en 
trois  pièces  estant  au  pied  du  lict  de  campt. 


INVENTAIRE  DES   TABLEAUX  ,   ETC.  55 

10:>.  I  ni:  nivroir  dacier,  earré,  à  (rois  hors  doré/.  Le  fond  de 
velours  rramoisy,  brodé  dé  Heurs  et  de  fil  d'or,  garni  à  l'entour  de 
hw,  dune  r*S€  fêle  de  lil  d'or  trait. 

106.  Ungfaincl  livre,  «ouvert  de  velours  violet,  i  deux  fermiletz 
d'argent  doré/.,  aux  .unies  de  Madame,  à  trois  esrailles ,  Une  petite 
boite  (forgent  et  v  pinceaux,  gamiz  d'argent  dedans  ledit  livre.  Le 
tout  servant  pour  le  passe  temps  de  Madame  à  paindre. 

107.  Trois  panniers  faits  de  bois  et  de  (il  d'archant  doré  et  le  bois 
aussi  doré,  lesquels  se  deffond  chacun  en  troys  pièces  et  servent  à 
porter  fruit  sur  sa  table,  envoyée  par  la  Koyenne  de  Portugal  à  Ma- 
dame. 

108.  Ung  grant  chasteau  d'argent  assiz  sur  boiz,  bien  ouvré  et 
doré  en  plusieurs  lieux,  à  trois  tours  principales,  garni  tout  à  l'entour 
de  murailles  d'argent,  avec  six  tournelles,  estans  sur  chacune  des- 
dites tournelles  ung  homme  armé  tenant  baston  de  deffence.  Et  iiij 
pilliers  estans  emprez  les  deux  grans  portes  et  a  sur  ung  chacun 
desdits  pilliers  ung  enfant  nuztenanttrompettes  et  autres  instrumens. 
Et  devant  la  première  grande  porte  a  ung  serpent  doré  à  trois  testes, 
dessus  lequel  est  assis  ung  petit  enfant  nuz,  jouent  d'instrument,  avec 
seze  personnaiges,  que  petitz  que  grans,  estans  dedans  ledit  chasteau 
et  au-dessus  du  donjon  a  une  marguerite  sur  laquelle  est  une  femme 
tenant  ung  pot  sur  sa  teste. 

RICHES  TABLEAUX    DE  PAINCTURES  ET   AULTRES   ESTANS    A    LADITE 
SECONDE  CHAMBRE  A  CHEMYNÉE. 

109.  Premier  :  ung  tableau  de  la  portraiture  de  feu  MS.  de  Sa- 
voie, mary  de  Madame,  que  Dieu  pardoint,  habillé  d'une  robbe  de 
velours  cramoisy  fourée  de  martre  ,  prépoint  de  drapt  d'or  et  séon 
de  satin  brouchier,  tenant  une  paire  de  gand  en  sa  main,  espuez 
sur  ung  coussin.  (On  Ht  en  marge  cette  remarque  écrite  dune  antre 
main  et  d'une  autre  encre  :)  Donné  par  ordre  de  madite  dame  à  la 
doucesse  de  Hocstrat. 

110.  Ung  aultre  tableau  d'une  Lucresse ,  habillé  d'une  robbe 
d'homme  fourée  de  martre ,  ayant  une  chayne  d'or  au  col ,  le  fond  du 
tableau  noir. 

111.  Ung  aultre  petit  tableau  de  Nostre  Dame  en  chief ,  où  est 
la  représentation  de  l'empereur  moderne  et  de  Madame  à  genoux, 
adorant  ladite  \mai-e  dessus  ung  blason  aux  armes  d'Espaigne  et 


56  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

de  Bourgogne  et  quatre  blasons  es  quatre  coins.  (On  lit  en  marge  :  ) 
Délivré  par  ordonnance  de  madite  dame  à  son  aulmosnier. 

112.  Ung  aultre  tableau  de  ecce  homo ,  ung  escripteau  pendu 
au  col  et  petitz  anges  en  chiefs,  tenant  en  une  main  ung  fouet  et 
verges  et  en  l'aultre  une  canne,  le  fond  rouge.  (  En  marge  :)  Dé- 
livré aux  prieurs  et  religieux  du  couvent  de  Broux,  comme  il  appert 
cy-après  folio  vixxvn  et  les  quatre  ensuivants.  (Voir  nos  113,  114, 
115  et  116.  Ces  cinq  tableaux  se  retrouvent  sur  l'inventaire  du  mobi- 
lier de  lf église  de  Brou ,  dressé  en  1659.) 

113.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre  Seigneur,  fait  après  le  vif,  et 
plusieurs  lettres  d'or  à  l'entour  dudit  tableau.  Ledit  tableau  couvert 
de  verre. 

114.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre  Dame  de  Pitié,  à  vj  person- 
nages ,  comprins  Nostre-Seigneur. 

115.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre  Dame  habillée  de  rouge,  as- 
sise sur  ung  tabernacle  de  massonnerie,  qu'il  se  clôt  à  deux  fulletz  et 
ausquelx  il  y  a  escript  une  oraison  en  latin  commencent  :  Virgo 
decus. 

116.  Ung  aultre  tableau  figuré  comme  Nostre  Seigneur  aloit  à  la 
mort  portant  sa  croix,  les  bors  dorez. 

117.  Ung  aultre  petit  tableau  d'ung  homme  habillé  de  noir  à 
nue  teste.  Le  fond  dudit  tableau  verd. 

118.  Ung  amltre  tableau  d'ung  personnaige  de  moien  eaige, 
ayant  une  robbe  noire  à  un  collet  fourée  de  martre  et  ung  chapperon 
noir  sur  son  espaule,  à  hault  bonnet.  Le  fond  dudit  tableau  de  brune 
verd. 

119.  Ung  aultre  tableau  d'ung  personnaige,  comme  marchant,  à 
rond  bonnet,  ayant  les  mains  l'une  sur  l'aultre.  La  robbe  de  pourpre, 
le  fond  dudit  tableau  verd. 

120.  Ung  aultre  petit  double  tableau,  où  il  y  a  une  jeusne  fille, 
habillée  à  la  mode  d'Espaigne,  ayant  ung  bonnet  rouge  sur  sa  teste, 
l'aultre  cousté  plain  d'escripture. 

121.  Ung  aultre  tableau  d'ung  marchant  ytalien,  à  rond  bonnet, 
son  habit  de  couleur  de  pourpre,  le  fondz  verd,  à  grosse  che- 
velure. 

122.  Ung  aultre  petit  tableau  de  la  portraiture  de  madame  de 
Horne,  ayant  un  carcant  au  col. 

123.  Ung  aultre  riche  tableau  de  la  portraiture  de  madame,  fête 
en  tappisserie  après  le  vif. 

124.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre  Dame  tenant  Nostre  Sei- 


INVENTAIRE    DES    TAHI.KAUX,  E'K  .  57 

gneur  qui  dorant  elle,  clouant  à  deux  feuilletz,  ou  il  j  i  deoi 

es  teoant  l'uhg  une  espée  en  sa  main  (i). 

125.  [Ing  aultre  tableau  de  Nostre  Dame,  ayant  une  couronne 
mit  sa  teste  et  ung  petit  enfant  tenant  une  longuette  patenostre  de 
cortl. 

1  26.  Ung  aultre  petit  tableau  de  sainct  Francoys  au  bout  duquel 
il  y  a  èscript  :  sancte  Francise  ora  pro  nobis. 

127.  Ung  sainct  Anthoine,  à  manteau  bleu,  ayant  ung  cruciiis 
emprès  de  luy,  tenant  ses  mains  joinctes;  sur  toille. 

128.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre  Seigneur,  en  habit  rouge, 
tenant  un  baston  ou  canne  en  sa  main  destre,  à  une  couronne 
d'espine  sur  son  chief. 

129.  La  portraiture  de  Madame,  fort  exquise,  fête  de  la  main 
de  feu  maistre  Jacques  (de  Barbaris). 

130.  Ung  aultre  tableau  de  une  jeusne  dame,  accoustrée  à  la 
mode  de  Portugal,  son  habit  rouge  fouré  de  martre,  tenant  en  sa 
main  dextre  ung  rolet  avec  ung  petit  sainct  Nicolas  en  hault,  nom- 
mée :  la  belle  portugaloise  (2). 

131.  Ung  aultre  tableau  de  deux  petitz  enflans,  embrassant  et 
baisant  l'ung  l'aultre  sur  l'arbette ,  fort  bien  fait. 

132.  Ung  aultre  tableau  exquis  de  la  portraiture  d'ung  ancien 
homme,  a  rond  bonnet,  son  habit  fouré  de  martre,  le  fond  du  ta- 
bleau verd,  ledit  personnaige  venant  des  mobz  de  Bruxelles. 

133.  Ung  aultre  tableau  fort  exquis  qui  se  clôt  à  deux  feulletz, 
où  il  y  a  painctz  un  homme  et  une  femme  estantz  desboulz,  tou- 
chantz  la  main  l'ung  de  l'aultre,  fait  de  la  main  de  Johannes,  les 
armes  et  devise  de  feu  don  Dieghe  esdits  deux  feulletz,  nommé  le 
personnaige  :  Arnoult  fin  (3). 

(1)  On  lit  dans  l'inventaire  de  151G  :  «  Ung  petit  tableaul  d'ung  Dieu  de  pityé 
estant  e?  bras  de  Nostre  Dame  ;  ayant  deux  feulletz  dans  chascun  desquelz  y  a  ung 
ange  et  dessus  lesdits  feulletz  y  a  uneannunciade  de  blanc  etde  noir.  Fait  le  tableaul 
de  la  main  de  Rogier  Van  der  Weyden)  et  lesditz  feulletz  de  celle  de  maistre  Hans 

Hemling.son  élève).  » 

(2)  Cet  article  me  paraît  correspondre  avec  l'article  suivant  de  l'inventaire  de 
l  Si 6  :  «  Ung  moien  tableau  de  la  face  d'une  Portugaloise  que  Madame  a  eu  de  Don 
Diego.  Fait  de  la  main  de  Johannes  (Van  Eyck  )  et  est  fait  sans  huelle  et  sur  toille 
sans  couverte  ne  feullet.  » 

(3)  Voici  l'article  de  l'inventaire  de  1516:  «  Ung  grant  tableau  qu'on  appelle 
Hernoul-le-Fin  ,  avec  sa  femme  dedens  une  chambre  ,  qui  fut  donné  à  Madame 
par  Don  Diego,  les  armes  duquel  sont  en  la  couverte  dudit  tableaul.  Fait  du  painctre 
Johannes  'Jean  Van  Eyck).  » 

{ La  suite  au  prochain  numéro.) 


LE  JUBÉ  DE  ÎVOTRE-DAIE  DE  CHARTRES. 


L'auteur  de  la  Parlhénie,  Sébastian  Roulliard  (1),  décrivant  avec 
complaisance  toutes  les  merveilles  de  Notre-Dame  de  Chartres,  écrit  : 
ce  Après  le*  circuit  faict ,  et  venant  à  la  porte  du  chœur,  pour  sortir 
de  la  nef,  se  trouvent  deux  escaliers ,  de  pierre  de  taille ,  par  lesquels 
on  monte  de  costé  et  d'autre  au poulpitre ,  lequel  contient  11  toises 
de  long  et  de  large  2  toises  9  pouces,  est  artistement  faict  et  basti  en 
pierres  de  taille,  de  diverses  histoires,  fleurs  et  compartiments, 
soustenues  de  coulomnes  de  pierre  d'une  seule  pièce ,  et  si  minces  et 
si  délicates  que  les  meilleurs  architectes  de  ce  temps ,  à  peine  ose- 
roient-ils  promettre  de  pouvoir  faire  mieux.  Aux  deux  bouts  duquel 
poulpitre  il  y  ha  des  armoires  fermantes  esquelles  couchent  deux  mar- 
guilliers  laïques  pour  servir  à  l'église  et  la  garder  comme  leurs  autres 
collègues.  » 

Ce  poulpitre  dont  parle  Roulliard  n'était  autre  que  le  Jubé.  Des 
nombreuses  églises  de  Chartres,  Notre-Dame  et  Saint-André  étaient 
les  seules  qui  en  eussent  un  (2). 

A  qui  revenait  l'honneur  de  cette  décoration? 

A  s'en  rapporter  à  Sablon  (3),  «  ce  fut  Yves  de  Chartres  qui  lit 
construire  ce  bel  ouvrage ,  il  y  a  six  cents  ans ,  dit-il ,  sous  le  règne 
de  Philippe  Auguste.  »  Sablon  écrivait  en  1671. 

Parlons  d'abord  de  saint  Yves.  Il  occupait  le  siège  de  Chartres  en 
1091  ;  il  contribua  à  la  renommée  des  Écoles  chartraines;  l'église  de 
Chartres  n'était  pas  encore  terminée  (4) ,  »  qu'il  songea  à  la  décorer, 
à  l'embellir.  Mathilde ,  reine  d'Angleterre ,  lui  fit  don  de  cloches  qui 
furent  les  premières  qui  sonnèrent  depuis  l'incendie  de  1020,  arrivé 
sous  l'épiscopat  de  Fulbert. 

Saint  Yves  fit  les  frais  d'un  Jubé,  «  Barrière  admirable  placée 
par  l'art  chrétien  entre  le  saint  des  saints  et  le  peuple  fidèle.  » 

(1)  Ou  histoire  de  la  très-auguste  et  très  dévote  église  de  Chartres ,  éd.  de 
1609,  p.  134,  Impartie. 

(2)  Thiers,  Dissertation  sur  les  Jubés,  p.  67. 

(3)  Histoire  de  l'auguste  et  vénérable  église  de  Chartres,  éd.  1780,  p.  20. 

(4)  Biog.  univ.  de  Michaud,  v.  St.  Yves,  p.  545. 


JUBÉ   VV.    NOTRE-DAME    DE    CHARTRES. 

fait  ëal  attesté  •. 

I  l\ir  l'un  des  inVrologes  de  l'église  de  Chartres  :  «  Piilpitutii 
u  mirae  decoris  construxit  (i).  » 

Pat  lépitaptie   plâtre    sur  la  tombe  (2)  de  suint   Yves    aàns 
l'.ibbave  île  Saint  Jean  à  Chartres  : 

ni  suo  alque  opcra  renovavit  piaesulis 
«  Hoc  dure  lit  Maria?  pulpitus  ecclcsia;.  » 

3°  Par  les  autours  du  Gallia  Chrisliana  (3)  :  «  Decoratumque 
templtim)  ab  Yvone  qui  ambonem  (4)  construxit.  » 

Qu'est  devenu  le  Jubé  de  saint  Yves? 

Souehet  (5)  (d'après  l'extrait  qu'en  donne  Le  Turiais)  (6)  ne  fait 
pas  de  doute  que  ce  Jubé  existait  encore  de  son  ten:ps,  tel  qu'on  le 
voit  à  présent.  Souehet  écrivait  de  1632  à  1654. 

Contre  cette  opinion  se  produit  le  fait  rapporté  par  Rigord  (7) , 
l'incendie  de  1 194  !  S'il  est  vrai  que  le  feu  ait  tout  abîmé ,  le  Jubé  de 
saint  Yves  aurait  partagé  le  sort  de  l'église ,  conflagravit  !  Robert 
a  Auxerre  ajoute,  ce  qui  est  plus  énergique  ,  corruil  ! 

Poursuivons:  en  1763  et  non  en  1761  (8),  dans  la  nuit  du  25  avril, 
le  chapitre  de  Chartres  a  fait  détruire  le  Jubé.  Une  lettre  de  M.  de 
Fleury  (9),  lors  évêque  de  Chartres ,  sanctionnait  au  besoin  cette 
œuvre  de  dévastation  et  de  vandalisme. 

Évidemment,  ce  Jubé  n'était  pas  celui  de  saint  Yves.  D'abord, 


(1)  Manuscrits  de  la  Bibl.  de  Chartres. 

(2)  Il  mourut  le  23  décembre  1115.  L'église  de  Saint-Jean  a  été  détruite  en  1568 
par  les  protestants. 

(3)  T.  VIII,  col.  1191. 

(4)  Le  mot  ambo  vient  de  ce  qu'il  y  avait  deux  escaliers  pour  y  monter.  (Bouvet- 
Jourdan,  p.  181.) 

(5)  Histoire  de  Chartres  ,  manuscrit. 

(6)  P.  1G9. 

:    De  gestis  Philippi  Augusti  Francorum  régis. 
(8)  Comme  l'a  écrit  M.  Schmit  (Bull,  archéol.,  t.  III,  p.  39). 
(9;  Voici  la  lettre  : 

Versailles,  21  avril  17G3. 

«  Je  suis  persuadé,  Monsieur,  que  le  chapitre  ne  s'est  déterminé  à  la  délibération 

qu'il  a  prise  au  sujet  de  l'église  qu'après  un  examen  bien  réfléchi  et  sur  des  rai- 

'  s  ;  celles  que  vous  me  marquez  de  la  part  de  la  compagnie  me  parais 

-ont  telles.  Aus>i  je  crois  pouvoir  consentir  aux  démolition  et  suppression  de  cet 

monument  et  le  chapitre  peut  y  mettre  des  ouvriers  quand  il  le  jugera  à 

«  J'ai  l'honneur,  etc. 

é  P.  A.  B.,  évoque  de  Chartres.  » 


60  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

par  la  raison  que  nous  venons  de  donner,  ensuite,  d'après  les  frag 
ments  découverts  tout  naguère  du  Jubé  détruit  en  1 763. 

Le  pavage,  en  avant  de  la  grille  principale  du  chœur  de  Notre- 
Dame  ,  avait  gravement  souffert  par  la  chute  du  plomb  que  l'on  jeta 
par  les  trous  de  la  voûte,  après  l'incendie  de  1836.  Lorsqu'on 
releva  ce  pavage ,  on  découvrit  au  mois  de  novembre  1837  des  bas- 
reliefs  mutilés  provenant  bien  certainement  de  l'ancien  Jubé.  Je 
m'empressai  d'en  instruire  (1)  M.  le  ministre  de  cultes,  mais  aucune 
suite  ne  fut  donnée  à  ma  réclamation  ;  la  mutilation  de  ces  débris  se 
lit  ou  se  continua  de  plus  belle,  on  les  enfouit  pour  la  seconde  fois, 
un  peu  plus  endommagés  que  la  première!  En  1848,  M.  Lassus  , 
architecte  du  diocèse  de  Chartres,  fut  plus  heureux  que  moi.  Il  ob- 
tint du  gouvernement  des  fonds  pour  fouiller  les  approches  du  chœur. 
Ces  fouilles  commencées  au  mois  d'octobre  de  1849  amenèrent  la  dé- 
couverte d'une  masse  de  débris  du  Jubé  de  1 763  (2)  ;  on  les  a  recueil- 
lis avec  soin  dans  la  crypte  de  l'église. 

Ces  débris  offrent  la  preuve  incontestable  que  le  Jubé  en  1 763 
n'était  pas  antérieur  au  XIII  siècle  (3).  Au  reste  il  devait  être  d'une 
grande  richesse  si  l'on  en  juge  par  le  fini  des  morceaux  ou  débris  que 
l'on  a  retirés. 

Ainsi  tombe  cette  opinion  fausse  que  le  Jubé  de  1763  était  resté 
celui  de  saint  Yves  ;  erreur  qu'ont  répétée  à  l'envi  les  auteurs  de  no- 
tices sur  Notre-Dame  de  Chartres,  sans  l'avoir  vérifié  (4).  Mais  le 
Jubé  du  XIIIe  siècle  en  avait-il  remplacé  un  autre?  c'est  ce  que  nous 
ignorons. 

Aujourd'hui  le  doute  n'est  plus  permis  sur  Yépoque  à  laquelle  ap- 
partiendrait le  Jubé  détruit  en  1763.  C'est  ce  que  nous  tenions  à 
signaler. 

Les  annales  chartraines  citent  deux  faits  mémorables  qui  nous  rap- 
pellent l'existence  de  notre  Jubé. 

On  connaît  le  meurtre  du  duc  d'Orléans  par  les  ordres  du  duc  de 
Bourgogne.  La  réconciliation  qui  se  fit  entre  celui-ci  et  les  enfants 
du  duc  d'Orléans  ,  de  1407  à  1 408,  eut  lieu  dans  l'église  de  Chartres. 
Un  échafaud  ou  théâtre  d'ais  (planches)  fut  dressé  dans  le  Jubé.  Le 
roi  était  assis  auprès  du  crucifix. 

(1)  En  notre  double  qualité  de  correspondant  des  Comités  hisîoriques  et  de  Con- 
servateur des  monuments  historiques  d'Eure-et-Loir,  titres  gratuits  bien  entendu. 

(2)  \  Laon  ,  le  Jubé  a  été  enfoui  comme  à  Chartres. 

(3)  M.  Schmit,  semble  attribuer  ces  fragments  à  une  époque  postérieure  (  Bull, 
archéol.,  t.  III,  p.  39).  Les  dernières  découvertes  le  convaincraient  de  son  erreur. 

(4)  Entre  autres  Gilbert,  Descript  de  l'église  de  Chartres,  p.  103. 


JUBE   i>r   M'im:  i)  vmi     ni:  tuai;  i  i;i  fi! 

Lofa  du  hk Te  de  Henri  IV  (fe  11  février  IMM  idang  l'église  de 
Chartres  «  on  avait  exhaussé  dans  le  lobé  on  tronc  pour  le  roi  qui 

était  vu  de  tous  côtés  (t).  » 

Ou'a  fait  le  chapitre  de  Chartres,  sous  le  prétexte  de  décorer  le 
chœur  de  la  cathédrale]  sous  la  direction  de  l'architecte  Louis f  le 

grand  faiseur  de  l'époque  (2)?  il  a,  comme  nous  l'avons  établi  ail- 
leurs (3)  avec  détail,  dépensé  plus  de  quatre  cent  mille  livres!  le 
tout  pour  enlaidir  ce  qui  était  beau,  un  chef-d'œuvre!  En  un  mot  il 
a  fermé  le  chœur  par  une  grille  en  fer  très-élevée  (l) ,  efllanquée  de 
chaque  coté  de  lourds  massifs  en  pierre  de  Tonnerre.  A  droite  la 
représentation  de  l'Annonciation  de  la  Vierge ,  à  gauche  celle  du 
Baptême  de  Notre-Seigneur  par  saint  Jean.  Ces  bas-reliefs  sont  ac- 
compagnés de  quatre  statues  d'environ  2m,436  de  hauteur;  elles 
représentent  la  Charité ,  la  Foi,  YHumilité  et  X Espérance.  La  sculp- 
ture est  l'œuvre  de  Berruer  sur  la  demande  duquel  on  fit  des  bor- 
dures de  verre  blanc  aux  quatre  croisées  du  chœur  répondant  aux 
deux  côtés  de  l'entrée,  pour  donner  du  jour  à  son  ouvrage  (5). 

N'a-t-on  pas  le  droit  de  s'écrier  :  «  Tout  le  mystère  recelé  par 
le  vieux  Jubé  découpé,  brodé,  dentelé,  ciselé  par  les  XIIIe,  XIVe 
et  XVe  siècles,  la  solennité  de  l'apparition  de  l'épistolier  et  de  l'évan- 
geliste  au  haut  de  cette  tribune,  tout  cela  a  disparu,  tout  cela  fut 
vulgarisé,  tout  fut  mis  au  niveau  de  tous.  Qu'on  dise  ce  qu'ont  gagné 
à  ces  réformes  la  religion ,  l'église  et  la  société?  (6)  » 

L'intérêt  de  cette  note  a  été  de  fixer,  une  fois  pour  toutes ,  une 
date  au  Jubé  de  saint  Yves,  comme  au  Jubé  de  1763. 

Doublet  de  Boisthibault. 


(1)  Doyen ,  Hist.  de  la  ville  de  Chartres ,  t.  II ,  p.  181. 

(2)  A  Rouen  ,  à  Amiens,  à  Paris  ce  mauvais  goût  s'est  produit.  Il  a  fallu  près  d'un 
siècle  pour  en  avoir  raison. 

(3)  Revue  générale  de  l'Architecture,  par  Daly,  t.  VIII,  p.  19. 

(4)  Celle  grille  a  deux  vantaux  de  chacun  ln,,570  sur  4m,872.  Au-dessus  règne 
une  architrave  avec  une  frise  couronnée  par  le  chiffre  de  Marie,  surmonté  d'uno 
croix.  La  grille  a  été  faile  par  Pérès,  maître  serrurier  de  Paris,  les  ornements  en 
hronze  qui  la  décorent  sont  de  Prieur,  fondeur-ciseleur. 

(5)  La  dépense  coûta  cent  vingt  livres  par  croisée  (  Ane.  reg.  capital.  . 
les  églises  gothiques,  p.  146. 


DÉCOUVERTES  ET  NOUVELLES 


—  L'inscription  suivante  a  été  découverte,  il  y  a  peu  de  temps , 
dans  la  ville  de  Léon ,  par  monseigneur  Cachupin ,  évêque  de  Cuença. 
L'année  dernière,  en  mourant  il  Ta  léguée  à  son  ami  don  Manuel 
Martin  Lozar,  président  de  la  Société  archéologique  de  Valladolid, 
qui  vient  d'en  faire  don  au  musée  de  cette  ville.  Malheureusement 
l'inscription  avait  été  encastrée  dans  une  muraille ,  et  il  paraît  qu'en 
l'enlevant  on  en  a  brisé  quelques  lettres. 

Elle  est  tracée  sur  une  pyramide  tronquée  de  marbre,  posant  sur 
une  espèce  de  socle,  et  terminée  à  son  sommet  par  une  moulure. 
Nous  indiquous  par  des  points  les  lettres  effacées  ou  détruites. 

IVNONI  REGINA. 

PRO   SALVTE   A. 

DIVTVRNITATE 

M  AVRELII  ANTONIN. 

PII  FEL  AVG  ET  IVLIA. 

PIAE  FEL  AVG  MATRI. 

ANTONINI  AVG  CA. 

TRORVM    SENATVS 

AC  PATRIAE 

C  1VL  CEREALIS  OOS  LEG 

AVG  PRPR  PR  H  N  C  ANTON. 

NIANAE    POST  DIVISSION  (sk). 

PROVINC  PRIMVS  AB  EO  M... 

Aucun  point  n'est  indiqué  entre  les  lettres,  dans  la  copie  que 
nous  avons  sous  les  yeux  et  qui  nous  est  transmise  par  M.  Lozar. 

Les  lettres  détruites,  sauf  à  la  dernière  ligne,  peuvent  être  faci- 
lement rétablies ,  comme  il  suit  : 

Junoni  Reginae,pro  salule  ac  diuturnitate  Marci  Àurelii  Antonini 
(Caracallae),  pii,  felicis,  Aitgusti,  et  Jaliae  (Domnae)  piae,  felicis , 
Âugustae,  Matris  (Marci)  Antonini  Augusti,  castrorum,  senatûs  ac 
patriae,  Caius  Julius  Cerealis,  consul,  legatus  Aagustiy  Propraetor 
Provinciae  Hispaniae  N...?  Citerions,  Antoninianae ,  post  divisionem 
provinciae  (ou  provinciarvm),  primas  ab  eo  (missus?). 

Le  dernier  mot  est  une  conjecture  assez  probable  de  M.  Lozar. 
Mais  je  ne  sache  pas  qu'il  existe  dans  les  historiens  de  l'empire  la 
moindre  trace  d'une  division  de  la  province  d'Espagne  citérieure  ou 


m  <  ni  \  in  i  MX  \  mu  r,3 

dt\s  (ioi>  (noMiict's  qui  romposaient  l'Espagne,  Le  >i^le  1INC  ;i   l.i 

onzième  ligne  désigne  assurément  rEspagpecitérieure,  rqais  ou  e^i 

fort   embarrassé   pour  expliquer  IN.  Serait-ce   un   surnom  donné  à 
rette  province  eounne  celui  d'Aiiloniniana,  à  l'occasion  de  la  i\\ 
ordonnée  par  Caracalia  ! 

Cercalis,  que  Almeloveen  nomme  à  tort  Anicius,  fut  consul  l'an 
de  Komo  968,  215  ans  après  .1.  C.  Ses  noms  et  prénoms  sont  fixés 
par  lins,  de  Valladolid. 

Il  est  assez  singulier  qu'on  ne  trouve  dans  cette  inscription  aucun 
ombreux  surnoms  honorifiques  de  Caracalia,  tels  que  Arabicus, 
(iermanicus,  etc. 

—  Notre  collaborateur,  M.  Théodore  Nisard  ,  vient  de  présenter 
au  ministère  des  cultes,  la  première  livraison  d'un  Graduel  monu- 
mental ,  dans  lequel  le  vrai  chant  grégorien  est  ramené  à  sa  pureté 
primitive  par  la  seule  autorité  des  Monuments  liturgiques.  Ce  vaste 
travail  se  divise  en  deux  parties.  La  première  contient  le  chant  de 
l'introït  Ad  te  levavi,  d'après  une  centaine  de  graduels  manuscrits  ou 
imprimés  qui  ont  paru  depuis  le  VIIIe  siècle  jusqu'au  XIXe,  avec 
une  indication  précise  et  analytique  des  sources.  La  seconde  partie 
de  l'ouvrage  de  M.  Nisard  renferme  l'examen  musical  de  Y  Ad  te  le- 
vavi  ;  chaque  fragment  de  cette  pièce  liturgique  y  est  étudié  d'après 
tous  les  documents  de  la  première  partie.  Lorsqu'il  y  a  uniformité 
constante  dans  un  fragment  mélodique,  l'auteur  conclut  que  le  chant 
en  est  parvenu  intact  jusqu'à  nous  et  qu'il  est  indubitablement  gré- 
gorien. En  cela ,  M.  Nisard  se  fonde  sur  le  grand  principe  de  la  tra- 
dition, qui  joue  un  rôle  si  imposant  et  si  essentiel  dans  toute  l'éco- 
nomie du  catholicisme.  Grâce  à  l'heureuse  application  de  ce  principe, 
le  Graduel  monumental  offre  des  études  de  détail  qui  forcent  les 
plus  incrédules  à  reconnaître  enfin  que  les  mystérieuses  notations 
neumatiques  sont  basées  sur  des  règles  fixes,  rationnelles  et  beau- 
coup plus  simples  qu'on  ne  le  croit  communément.  Sous  tous  les 
rapporte  donc,  la  science  doit  beaucoup  de  reconnaissance  à  M.  Du- 
rieu,  directeur  général  des  cultes  ,  pour  les  encouragements  qu'il  a 
bien  nouIu  accorder  à  notre  collaborateur,  en  lui  prêtant  le  sympa- 
thique intérêt  d'un  homme  sensible  aux  grandes  conceptions  de 
l'archéologie  religieuse. 

—  On  nous  fait  part  d'un  procédé  au  moyeu  duquel  un  mouleur 
habile  est  arrivé  récemment  à  reproduire  le  filigrane  et  le  grain  le 


64  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

moins  visible  du  papier.  Nous  devons  rappeler  à  cette  occasion  que 
depuis  plus  de  deux  ans  déjà,  nous  avons  vu  des  moulages  de  ce 
genre ,  produits  par  un  procédé  analogue  qui  avait  été  découvert  et 
poussé  à  la  plus  grande  perfection  par  M.  Auguste  Lallemand, 
employé  aux  Archives  Nationales,  et  chargé  du  moulage  des  sceaux 
qui  doivent  former  le  vaste  musée  sigillographique  dont  on  s'occupe 
depuis  plusieurs  années  dans  cet  établissement ,  et  dont  il  a  déjà  été 
question  dans  la  Revue,  voyez  t.  III,  p.  675,  736. 

—  M.  Layard  vient  de  faire  à  Nimroud  de  nouvelles  découvertes 
non  moins  curieuses  que  celles  qu'il  avait  déjà  faites  lors  de  la 
première  exploration.  Les  ouvriers,  en  creusant  une  tranchée,  ont 
rencontré  trois  vases  en  cuivre  de  proportions  gigantesques  et  plu- 
sieurs plats  grossiers  en  métal. 

M.  Layard  a  ôté  lui-même  la  terre  qui  remplissait  presque  entiè- 
rement un  de  ces  vases,  et  il  a  trouvé  mêlés  à  cette  terre,  une 
immense  quantité  d'ornements  d'ivoire  de  formes  très-variées,  le  fer 
d'une  hache  et  une  foule  d'autres  objets  curieux  dont  on  n'a  point 
donné  le  détail  dans  la  lettre  qui  annonce  ce  fait. 

Le  6  janvier,  les  ouvriers  ont  encore  découvert  plus  de  trente 
vases  en  métal,  des  coupes  et  des  tasses  merveilleusement  ciselées 
et  gravées,  des  boucliers,  des  sabres  dont  la  poignée  subsiste  seule, 
des  lames  de  fer  rongées  par  la  rouille,  et  enfin  un  petit  vase  en 
marbre. 

Les  coupes  et  les  autres  ornements  sont  faits  d'un  alliage  inconnu  ; 
mais  tous  ces  objets  sont  recouverts  de  cuivre  décomposé  et  cristallisé, 
et  sont  si  fragiles,  qu'ils  ne  peuvent  être  maniés  sans  danger. 

Le  capitaine  Erskine  Rolland,  qui  est  l'adjoint  de  M.  Layard, 
déclare  avoir  passé  huit  heures  à  retirer  ces  objets  de  la  terre  avec 
ses  propres  mains,  cette  opération  étant  trop  délicate  pour  permettre 
l'emploi  même  d'un  couteau.  L'une  des  découvertes  les  plus  curieuses 
est  celle  de  plusieurs  centaines  d'ornements  faits  avec  des  huîtres 
mères  à  perle,  et  ayant  absolument  la  forme  de  boutons  de  chemise. 

M.  Layard  expédie  tous  ces  objets  en  Angleterre,  ainsi  que  deux 
magnifiques  lions  de  grandeur  colossale,  les  deux  plus  beaux  qui 
aient  encore  été  découverts. 

—  M.  Edouard  Biot,  savant  sinologue,  membre  de  l'Académie 
des  Inscriptions  et  Belles-lettres,  est  mort  à  Paris,  le  13  mars 
dernier. 


DE  L'OGIVE  ET  DE  I/ARCHITECTURE 

DITE    OGIVALE. 


Je  considère  le  mot  ogive ,  l'interprétation  qu'on  en  donne  géné- 
ralement et  la  doctrine  qui  s'est  produite  à  la  suite  de  cette  interpré- 
tation, comme  une  impasse  où  la  science  des  monuments  du  moyen 
âge  est  arrêtée  à  l'heure  qu'il  est,  arrêtée  de  telle  sorte  qu'elle  me 
semble  ne  plus  pouvoir  avancer,  à  moins  quelle  ne  se  décide  brave- 
ment à  reconnaître  qu'elle  fait  fausse  route  et  que  la  raison  lui 
commande  de  retourner  en  arrière. 

On  s'est  mépris  sur  le  mot  en  l'appliquant  à  une  chose  qu'il  n'a 
jamais  signifiée,  et  en  même  temps  on  a  attribué  à  cette  chose  un 
caractère  qu'elle  n'a  pas  f  de  sorte  que  la  théorie  de  notre  ancienne 
architecture  repose  sur  une  erreur  de  fait  aggravée  d'une  confusion 
de  langage. 

Je  vais  démontrer  d'abord  la  fausseté  de  l'acception  attribuée  au 
mot  ogive. 

Ogive,  d'après  l'usage  actuel,  désigne  la  forme  brisée  des  arcs 
employés  dans  l'architecture  gothique.  Ainsi  lorsqu'on  dit  porte  en 
ogive,  fenêtre  en  ogive,  arcade  en  ogive,  cela  signiGe  que  telle 
baie  de  porte,  de  fenêtre,  d'arcade,  a  pour  couronnement  deux 
courbes  opposées  qui  se  coupent  sous  un  angle  plus  ou  moins  aigu. 
Est-ce  ainsi  que  l'entendaient  les  anciens? 

11  y  a  déjà  plusieurs  années  que  M.  Verneilh,  étudiant  le  traité 
d'Architecture  de  Philibert  Delorme,  conçut  des  doutes  à  ce  sujet. 
Il  vit  l'illustre  maître  de  la  renaissance  n'employer  le  mot  ogive  que 
dans  la  locution  croisée  d'ogives  qui  signifie  chez  lui  les  arcs  en  croii 
placés  diagonalement  dans  les  voûtes  gothiques.  Ce  fut  pour 
M.  Verneilh  l'occasion  de  consulter  les  auteurs  subséquents.  Sa  sur- 
prise ne  fut  pas  petite  de  les  trouver  tous  d'accord  avec  Philibert 
Delorme.  Jusqu'à  la  On  du  siècle  dernier,  les  théoriciens  aussi  bien 
que  les  glossateurs  n'ont  entendu  par  ogives  ou  augives  que  les  ner- 
>  diagonales  des  voûtes  du  moyen  âge.  Pour  trouver  des  fenêtres 
ogives t  il  faut  descendre  jusqu'à  Millin,  qui  lui-même,  dans  son 
vu.  5 


66  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Dictionnaire  des  Arts ,  ne  laisse  pas  cependant  que  d'admettre 
la  définition  de  ses  devanciers  ;  de  sorte  que  c'est  d'une  inadver- 
tance de  Millin  que  le  sens  nouveau  d'ogive  paraît  être  issu.  La 
fortune  du  mot,  ainsi  dénaturé,  ne  tarda  pas  à  croître  en  môme 
temps  que  le  goût  pour  les  choses  du  moyen  âge. 

De  ces  recherches  ,  les  premières  qu'on  ait  faites  à  ma  connais- 
sance sur  la  véritable  acception  d'ogive,  M.  Verneilh  fit  l'objet  d'un 
article  inséré  dans  les  Annales  Archéologiques  (1J.  Son  travail, 
quoique  suffisamment  probant,  était  incomplet  en  ce  qu'il  n'avait 
rien  allégué  de  bien  positif  pour  l'époque  antérieure  à  Philibert 
Delorme.  M.  Lassus  éclaira  cette  partie  de  la  question  en  produisant 
des  textes  du  XIVe  et  même  du  XIII3  siècle  (2),  d'où  il  ressort  que 
si  les  auteurs  postérieurs  à  la  renaissance  avaient  appelé  ogive  une 
partie  de  la  membrure  des  anciennes  voûtes,  ils  n'avaient  fait  en 
cela  que  continuer  la  tradition  des  gens  du  moyen  âge. 

Voici  quels  sont  les  textes  allégués  par  M.  Lassus  : 

1°  Le  compte  de  la  construction  d'une  chapelle  ajoutée  en  1399  à 
l'église  des  Célestins  de  la  forêt  de  Cuise ,  chapelle  «  volue  (voûtée) 
de  trois  croisiées  d'ogives  »  et  dont  une  partie  accessoire  reçut  une 
voûte  de  bois  «  sur  croisée  d'ogives  en  anse  de  panier  (3).  » 

2°  Le  devis  de  construction  d'une  autre  chapelle  élevée  en  1347  à 
Averdoing  en  Artois  ;  devis  où  il  est  question  de  «  deux  crois  d'au- 
gives  pour  faire  les  voultes  sus ,  avec  une  arche  entre  deux  crois 
augivères.  » 

3°  Un  vers  de  la  Caroléide,  poëme  de  Nicolas  de  Brai,  où  cet 
auteur,  qui  vivait  à  la  cour  de  Louis  VIII,  dit  de  Philippe  Auguste 
qu'il  avait  été  «  le  défenseur  et  l'ogive  de  la  foi  catholique,  » 

Catholicae  fidei  validus  defensor  et  ogis. 

Les  Bénédictins  avaient  introduit  ce  mot  dans  le  Glossaire  de 
Du  Gange,  sans  l'expliquer.  M.  Lassus  a  eu  parfaitement  raison  d'y 
voir  un  exemple  au  ligure  de  l'ancienne  acception  d'ogive  (4): 
d'abord  parce  que   ogive  n'est   autre  chose  que  le  féminin  d'un 

(1)  T.  I,  p.  209. 

(2)  Annales  Archéologiques ,  t.  H ,  p.  40. 

(3)  Le  document  tout  entier  a  été  publié  depuis  par  M.  Lassus  lui-même  dans  le 
Bulletin  des  Comités  historiques,  t.  I,  p.  48. 

(4)  M.  Lassus  s'étant  borné  à  une  simple  assertion,  je  crois  devoir  alléguer  les 
raisons  qui  militent  en  faveur  de  son  sentiment.  Cela  est  d'autant  plus  nécessaire 
que  j'ai  vu  de  très  doctes  personnes  contester  l'interprétation  donnée  par  lui. 


DE  l'ooiyk   ET  DE  L'àHCHITKCTURE.  0? 

adjectif  ogif  tJont  il  faut  bien  admettre  l'existence  au  moyen  Age 
puisque  les  modernes  ont  encore  dit  arc  ogif;  ensuite  parce  que 
d\iprè>  Im  habitudes  orthographiques  du  Xlll  siècle,  Ogif  rapporté 
au  sujet  d'une  phrase  devait  s'écrire  ogis,  comme  anUfdmm  le  môme 
•crivait  antia.  Voilà  pour  la  forme  du  mot  ;  quant  à  sa  signifi- 
cation, elle  est  dictée  par  le  sens  do  la  phrase.  Comme  Y  ogive  est  le 
support  sur  lequel  repose  la  voûte,  il  est  d'une  parfaite  justesse  de 
comparer  à  ce  membre  darchitecture  l'homme  sur  qui  repose  une 
grande  institution  ;  tandis  que,  au  contraire,  l'image  eût  été  absurde 
si  ogive  avait  voulu  dire  une  certaine  forme  d'arcade  ;  car  une  arcade, 
qui  est  un  vide,  au  lieu  d'augmenter  la  force  des  supports,  la 
diminue. 

Indépendamment  de  ces  citations  qui  prouvent  pour  l'époque 
ancienne,  M.  Lassus  invoqua  de  nouveaux  auteurs  du  XVIIe  et  du 
XVlli"  siècle  négligés  par  M.  Verneilh  (1)*  Il  lit  plus;  il  constata 
que  lavant-dernière  édition  du  Dictionnaire  de  ï  Académie,  publiée  en 
1814,  ne  définissait  encore  l'ogive  que  comme  «  un  arceau  en  forme 
«  d'arêle  qui  passe  en  dedans  d'une  voûte,  d'un  angle  à  l'angle 
«  opposé ,  »  et  que  c'est  seulement  dans  la  réimpression  de 
1835  qu'à  cette  définition  fut  ajoutée  pour  la  première  fois  la 
nouvelle  :  «  il  est  aussi  adjectif  des  deux  genres  et  se  dit  de  toute 
«  arcade,  voûte,  etc.,  qui,  étant  plus  élevée  que  le  plein  cintre,  se 
«  termine  en  pointe,  en  angle  :  voûte  ogive,  arc  ogive,  etc.  (2)  » 

Voilà  où  en  est  arrivée  la  démonstration  de  l'erreur  actuelle  au 
sujet  d'ogive.  Je  regarde  cette  démonstration  comme  complète,  et 
si  j'y  ajoute  quelque  chose,  c'est  uniquement  pour  faire  voir  que 
la  vérité,  une  fois  qu'elle  s'est  fait  jour,  n'a  plus  à  recevoir  du  temps 
que  des  témoignages  qui  la  confirment. 

Je  rappelle  en  premier  lieu  que  j'ai  exposé  récemment  dans  ce 
recueil,  que  Villard  de  Honnecourt,  architecte  du  XIIIe  siècle, 
rangeait  1  ogive  parmi  les  membres  d'architecture  (3)  ;  ce  qui  tend 

,ij  Là  M.  Lassus  s'est  trompé  en  attribuant  à  Frezier  l'erreur  sur  ogive.  ««  Les 

principales  nervures  appliquées  aux  voûtes  gothiques,  dit  très-bien  cet  auteur, 

sont  les  arcs  doubleau*  et  les  augives;  les  premières  les  traversent  diamétralement 

et  Ici  secondes  en  diagonales  qui  te  croisent  :  c'est  pourquoi  on  dit  ordinairement 

.  »  La  théorie  el  la  pratique  de  la  coupe  des  pierres,  1. 111,  p.  25. 

1  cite  addition  est  trois  fois  malheureuse,  car  oulre  qu'elle  introduit  îa  fMMM 

acception  d'ogive,  elle  doune  une  définition  très-peu  claire  de  l'arc  gothique  ,  et  qui 

pis  esi,  elle  fait  un  adjectif  des  deux  genres  d'un  féminin  dont  le  masculin  ogil 

ndiqué  par  l'aualogie  et  pur  l'exemple  Auuivua  ai  eus  de  Du  Cainje. 

(3;  Revue  Archéologique ,  l.  VI,  p.  187, 


68  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

pour  le  moins  à  en  exclure  l'idée  d'une  forme  particulière  affectée 
aux  baies  des  arcades,  portes  ou  fenêtres. 

La  tour  d'Aubette,  à  Rouen,  fut  réédifiée  en  1406.  Le  devis  de 
cet  ouvrage  est  inséré  dans  l'un  des  registres  des  délibérations  de 
l'Hôtel  de  Ville  (l).  On  y  lit  :  «  Item,  il  fauldra  voulter  la  dite 
«  tour,  laquelle  a  quinze  piez  de  creux ,  et  en  sont  les  carches  et 
ce  fourmeres  (2)  déjà  assizes  ;  et  y  fault  environ  quarante  pies  d'au- 
«  gives,  dont  il  y  en  a  environ  seize  piez  taillez,  et  la  clef;  et  sont 
«  lesdictes  ogifes  chanfraintes  (3)  ;  et  a  en  ladicte  voulte  quatre 
ce  branches  d'ogives.  » 

Soixante-deux  ans  plus  tard,  en  1468,  Louis  XI  fit  bâtir  une 
chapelle  devant  la  porte  de  Pierrefonds  à  Compiègne.  J'extrais  des 
mémoires  de  cette  construction  que  je  publierai  sous  peu,  quatre 
articles  non  moins  probants  que  les  textes  qui  précèdent: 

«  Item  faut  deux  pilliers  qui  porteront  trois  piez  de  saillie,  pour 
cuillir  (recevoir)  les  arcs  doubleaulx  et  les  croix  d'augives. 

ce  Item  fault  vaulterle  premier  estageà  croix  d'augive. 

ce  Item  en  la  croisée  de  la  chapelle  d'en  hault,  seront  revestues 
les  augives  et  les  formerès  de  bonne  mollure  ;  et  en  la  clé  de  la  dicte 
croisée  seront  mises  les  armes  du  roy  porlées  de  deux  angles  (anges). 

ce  Item  fault  pour  faire  les  croisées  d'augives,  deux  cens  piez  de 
pierre  de  ung  pié  carré,  et  huit  cens  pierres  appellées  pendans(4), 
pour  faire  les  dites  voultes.» 

Ainsi  donc  sous  saint  Louis  aussi  bien  que  du  temps  de  Louis  VIII, 
au  XVe  siècle  comme  au  XIVe,  comme  au  XVIe,  comme  dans  tous 
les  auteurs  qui  ont  écrit  depuis  Philibert  Delorme  jusqu'à  la  révolu- 
tion, ogive  n'a  pas  signifié  autre  chose  que  la  nervure  transversale 
des  voûtes  gothiques. 

Pour  ne  laisser  aucune  incertitude  dans  les  esprits,  il  est  bon  de 
dire  tout  de  suite  comment  fut  dénommé  aux  mêmes  époques  ce  que 
notre  erreur  nous  fait  appeler  ogive.  Autant  que  j'ai  pu  le  recueillir 
des  textes,  les  anciens  n'avaient  pas  de  terme  particulier  pour  cet 
objet.  Arc  tout  seul  paraît  leur  avoir  suffi  dans  la  plupart  des  cas, 
parce  que  l'arc  brisé  étant  pour  eux  l'arc  normal,  ils  n'avaient  pas  à 

(1)  Archives  municipales  de  Rouen,  registre  A.  5,  fol.  50,  recto. 

(2)  C'est-à-dire  les  cherches  et  formerets.  Les  formerets  sont  les  arcs  servant  de 
supports  à  la  yoûte  contre  les  murs  ;  par  cherches  il  faut  entendre  les  grands  cercles 
du  cintre  sur  lequel  devait  s'opérer  la  construction  de  la  croisée  d'ogives. 

(3)  Taillées  en  biseau  sur  les  arêtes. 

(4)  C'est  le  nom,  usité  encore  aujourd'hui,  des  pierres  ou  voussoirs  qui  forment 
la  couverte  des  voûtes  gothiques  pnr-dessus  les  nervures. 


DE  b'OGlYE   M  DH  i/architecture.  69 

craindre,  en  ne  le  déterminant  pas,  que  leur  laconisme  engendrât 
la  confusion.  Que  si,  par  exception,  ils  avaient  à  mentionner  con- 
curremment des  arcs  de  diverses  formes,  ils  se  servaient  d'épithètes 
pour  établir  la  différence.  Ainsi  au  XIII0  siècle,  Villard  de  Honne- 
court  reconnaît  des  grands  arcs  ou  arcs  en  plein  cintre,  apposés  aux 
arcs  de  tiers  point  ou  arcs  brisés  à  deux  centres,  et  aux  arcs  de  quint 
point  ou  arcs  brisés  à  quatre  centres  (1  ) .  Dans  le  document  de  1 398  pu- 
blié par  M.  Lassus,  on  trouve  arc  empointié(2),  qui  me  paraît  être  l'é- 
quivalent d\ipointed  arch  usité  encore  aujourd'hui  par  les  Anglais.  Le 
premier  théoricien  qui  ait  ressuscité  les  lois  de  l'architecture  antique, 
Leone  Alberti,  appelle  l'arc  brisé,  arcus  compositus,  parce  qu'il  est 
le  produit  de  deux  segments  de  cercles  tirés  de  centres  différents (3). 
Notre  Philibert  Delorme,  postérieur  d'un  siècle  à  Leone  Alberti,  se 
sert  de  l'expression  circonférence  en  tiers  point  qu'il  dit  emprunter  au 
vocabulaire  des  ouvriers  de  son  temps  (4)  :  circonstance  qui,  jointe  à 
l'emploi  de  la  môme  expression  par  Villard  de  Honnecourt,  me  fait 
présumer  que  c'est  cette  expression  même  qui  fut  employée  le  plus 
généralement  dans  les  chantiers  pendant  toute  la  durée  de  la  période 
gothique.  Quant  aux  auteurs  du  XVIIe  et  du  XVIIIe  siècle,  ils  ont 
dit  indifféremment  arc  aigu,  arc  brisé  et  arc  gothique. 

Mais  tout  ceci  n'est  qu'une  parenthèse,  La  conséquence  naturelle 
de  ce  que  j'ai  dit  auparavant  est  de  se  demander  s'il  faut,  dans  la  pra- 
tique, ramener  le  mot  ogive  à  sa  primitive  acception,  ou  passer  con- 
damnation sur  l'erreur  qui  en  a  dénaturé  le  sens  et  persévérer  dans 
cette  erreur? 

L'habitude  est  si  grande  d'appeler  ogives  les  arcs  brisés,  tant  de 
mémoires  et  de  traités  sont  farcis  de  cette  dénomination  et  les  esprits 
y  sont  faits  déjà  de  si  longue  main,  que  je  ne  me  dissimule  pas  ce  qu'il 
y  a  de  téméraire  à  la  vouloir  proscrire.  Manquât-on  d'autre  raison, 
on  aurait  toujours  pour  soi  l'adage  :  usas  quem pênes  est  arbilrium  et 
jus  et  norma  loquendi.  C'est  à  cette  considération  que  s'est  arrêté 
M.  Verneilh.  Il  termine  l'article  cité  précédemment  en  recommandant 

(1)  Voy.  la  Revue  Archéologique ,  t.  VI,  p.  169, 173. 

(2)  «  Item  l'autre  costé  de  ladicte  chappelle  qui  fait  coste  à  l'église  ,  a  esté  ref- 
fendu  du  long  d'icelle  chappelle  et  de  son  hault  ;  et  en  ce  lieu  sont  esligez  (dispo- 
sés ) ,  deux  pilliers  estrayers  (à  ressauts)  et  deux  dosserez  (pilastres)  qui  portent  trois 
ars  empointiez ,  bouez  a  ung  lez  et  à  l'autre  (bivés  sur  leurs  deux  arêtes),  les- 
quelles ars  soutiennent  les  combles  d'icelles  église  et  chappelle.  »  Bulletin  des 
Comités  ,  t.  I,  p.  53. 

(3)  De  Re  œdiflcaloria ,  lib.  III ,  c.  xui  'Florence  ,  1485). 
I    l'Architecture,  1.  IV,  c.  x 


70  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

de  bien  retenir  le  sens  primitif  d'ogive  pour  qu'on  ne  s'y  trompe  point 
lorsqu'on  trouvera  le  mot  écrit  d  ancienne  date;  mais  il  veut  aussi  que 
l'on  continue  à  s'en  servir  comme  on  a  fait  dans  ces  derniers  temps, 
«  parce  que,  dit-il,  il  est  devenu  indispensable  à  la  terminologie.  » 

Quoique  ignorant  ce  que  c'est  que  la  terminologie,  je  n'en  crois 
pas  moins  bien  saisir  le  sentiment  de  M.  Verneilh,  et  volontiers  je 
m'y  associerais,  si  le  nouveau  sens  donné  à  ogive  ne  constituait 
qu'une  bévue;  mais  par  une  fatalité  rare,  il  arrive  que  cette  méprise 
choque  grossièrement  la  raison  des  choses  et  qu'elle  introduit  dans 
la  science  une  anomalie  par-dessus  de  la  confusion. 

L'ogive  est  un  arc;  transporter  son  nom  aux  autres  arcs  des  monu- 
ments gothiques,  c'est  donner  à  entendre  qu'il  existe  entre  eux  un 
rapport  quelconque,  Ce  rapport,  nous  le  savons  déjà,  ne  peut  pas  être 
un  rapport  de  fonction,  puisque  l'ogive  est  un  support  aérien  sur 
lequel  repose  la  voûte,  tandis  que  les  autres  arcs  sont  des  artifices  pour 
fermer  lesévidements  pratiqués  dans  la  masse  de  la  construction.  Le 
rapport  sera  donc  de  forme.  Or,  il  arrive  que  dans  l'architecture  go- 
thique, lorsque  tous  les  arcs  sont  de  forme  aiguë,  les  ogives  seules 
sont  en  plein  cintre. 

Quoique  la  notion  soit  élémentaire  pour  les  praticiens,  il  peut  se 
faire  que  beaucoup  d'archéologues  ne  la  possèdent  point,  et  pour 
cela  j'y  insiste. 

Que  le  lecteur  se  suppose  placé  sous  une  voûte  gothique  :  j'en- 
tends celle  d'une  église.  S'il  se  met  de  biais  dans  la  direction  que  sui- 
vent les  ogives,  il  n'apercevra  pas  de  brisure  à  leur  sommet  comme 
il  en  aperçoit  au  sommet  des  arcs  doubleaux,  entre  lesquels  se  dé- 
veloppent les  mêmes  ogives.  Avec  un  peu  de  raisonnement  aidé  d'un 
peu  de  géométrie,  il  se  rendra  compte  de  cette  différence.  Chaque 
croisée  d'ogives  étant  disposée,  ainsi  que  je  viens  de  l'exprimer,  entre 
deux  arcs  doubleaux,  l'une  et  l'autre  ogive  partent  symétriquement 
du  pied  d'un  des  doubleaux  pour  aller  de  là  chercher  le  pied  de  l'autre 
doubleau  après  avoir  atteint  en  chemin  l'élévation ,  ou,  comme  l'on 
dit,  la  hauteur  de  flèche  commune  aux  deux  doubleaux.  L'ogive  est 
donc  une  courbe  dont  les  doubleaux  à  eux  seuls  déterminent  les  deux 
origines  et  le  sommet,  une  courbe  dont  la  condition  est  de  passer  par 
trois  points  fixés  d'avance.  Il  n'en  faut  pas  davantage  pour  reconnaître 
dans  cette  courbe  un  segment  de  cercle. 

Quand  je  présente  ainsi  le  problème,  c'est  par  une  vue  apurement 
théorique,  car  il  est  évident  que  dans  la  pratique  c'est  la  forme  des 
ogives  qui  a  entraîné  celle  des  arcs  doubleaux ,  et  non  la  forme  des 


:    (><;iVE    RT   DE   L'ARCH  III.  MURE.  71 

doublcnux  qui  a  nmcm''  relie  des  ogives.  Lorsqu'on  imagina  de  faire 
porter  les  voûtes  sur  des  arr<  en  eroix,  la  géométrie  appliquée  A  l'art 
de  construire  n'allait  pas  nu  delà  des  résolutions  du  cercle.  Les  arcs 
les  plus  ouverts  et,  vu  leur  ouverture,  les  plus  solides  qu'on  sût  exé- 
cuter, étaient  des  hémicycles,  et  c'est  de  ceux  là  qu'on  se  servit  pour 
faire  In  croix  voulue  Ouant  aux  arcs  doublenux  qu'il  fallait  ouvrir 
dans  le  sens  des  angles  de  la  croix ,  ces  arcs  étant  de  même  flèche 
c:e  les  ogives  ,  mais  de  corde  plus  petite,  après  divers  tâtonnements, 
on  s'arrêta  à  les  former  de  deux  segments  de  cercles  tirés  de  centres  dif- 
férents et  se  coupant  à  la  hauteur  désignée  par  la  flèche  commune. 

Notez  encore  que  je  ne  veux  point  établir  d'une  manière  absolue 
qu'on  n'a  jamais  exécuté  d'ogives  en  forme  d'arcs  brisés.  Il  y  a  des 
voûtes  connues  de  telle  sorte  qu'il  a  fallu  recourir  à  cette  forme. 
Aussi  bien,  si  je  me  laissais  aller  à  toutes  les  remarques  que  com- 
porte cette  partie  de  la  construction  gothique,  j'aurais  a  signaler 
d'autres  ogives  qui,  bien  que  parfaitement  cintrées  à  leur  sommet, 
ne  sont  pas  cependant  le  résultat  d'une  seule  révolution  de  compas, 
mais  ont  exigé  pour  leur  tracé  que  l'on  combinât  entre  eux  les  seg- 
ments de  plusieurs  cercles  de  rayons  différents.  De  telles  digressions 
ne  feraient  qu'allonger  la  discussion  sans  profit  pour  l'objet  que  je 
me  propose.  Comme  le  cas  allégué  ci-dessus  est  celui  de  l'ogive 
le  plus  anciennement  et  le  plus  généralement  employée ,  le  prin- 
cipe que  j'en  ai  tiré  ne  laisse  pas  que  d'être  vrai  malgré  les  excep- 
tions; et  ainsi  je  suis  tout  à  fait  autorisé  à  dire  que  la  forme  normale 
de  l'ogive  est  celle  du  plein  cintre. 

Revenons  maintenant  au  point  d'où  nous  sommes  partis.  Pour 
distinguer  les  arcs  brisés  de  l'architecture  gothique,  des  arcs  en  plein 
cintre  usités  dans  le  système  d'architecture  antérieur  au  gothique, 
nous  appelons  ces  arcs  des  ogives;  et  voilà  que  les  vraies  ogives  sont 
précisément  des  arcs  auxquels  les  constructeurs  gothiques  ont  donné 
la  forme  du  plein  cintre.  Notre  erreur  est  donc  plus  qu'un  contre- 
sens, c'est  un  contre-bon  sens. 

Quoi  plus?  Du  moment  qu'une  impropriété  de  termes  a  pour 
juence  de  nous  conduire  d'une  manière  si  complète  au  para- 
logisme, il  me  semble  impossible  de  ne  pas  s'en  corriger  aussitôt. 
Dès  à  présent  donc,  ma  conclusion  est  qu'il  faut  se  départir  d'une 
habitude  vicieuse,  revenir  A  l'usage  d'il  y  a  soixunte  ans,  appeler 
ogives  les  nervures  transversales  des  voûtes  gothiques,  et  arcs  brisés 
ou  gothiques,  les  arcs  en  pointe  qu'on  a  trop  longtemps  gralili< il  du 
Dont  d'ogives. 


72  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Mais,  dira-t-on,  si  nous  renonçons  au  nouveau  sens  d'ogive,  que 
deviendront  notre  art  ogival,  notre  architecture  ogivale,  et  le  reste? 

Avant  de  s'inquiéter  de  ce  que  deviendront  ces  choses-là,  voyons 
ce  qu'elles  sont  aujourd'hui,  ce  qu'elles  étaient  hier.  Si  des  personnes 
peuvent  conserver  encore  des  regrets  après  la  démonstration  qui  pré- 
cède, celle  qui  va  suivre  sera,  je  l'espère,  de  nature  à  briser  ces  der- 
niers liens'd'un  attachement  mal  placé. 

Après  qu'on  s'est  trompé  d'une  manière  si  complète  sur  le  sens  et 
sur  l'application  du  mot  ogive,  on  a  fait  de  l'ogive,  prise  pour  équi- 
valent d'arc  brisé,  le  caractère  distinctif  d'un  système  d'architecture. 
On  s'est  dit  :  «  Tous  les  édifices  qu'on  a  appelés  gothiques  jusqu'à 
présent,  portent  improprement  ce  nom,  puisqu'ils  ne  sont  ni  de 
l'ouvrage,  ni  de  l'invention  des  Goths.  Cherchons  dans  la  considé- 
ration de  leur  architecture  un  vocable  qui  leur  convienne  mieux. 
Cette  architecture  n'admet  point  d'autres  baies  ni  d'autres  arcades 
que  des  baies  ou  des  arcades  en  ogive  :  appelons-la  ogivale,  par  oppo- 
sition à  l'architecture  romane  ou  en  plein  cintre  qui  l'a  précédée. 

Rien  de  plus  séduisant,  je  commence  par  l'avouer,  que  la  doctrine 
qui  fait  résider  la  différence  du  roman  et  du  gothique  dans  la  forme 
des  baies.  Il  vous  suffit  de  savoir  que  le  plein  cintre  règne  dans 
l'une,  tandis  que  les  arcs  brisés  sont  le  partage  de  l'autre,  et  vous 
voilà  en  état  de  prononcer  sur  l'âge  des  monuments.  Que  si  vous 
trouvez  à  la  fois,  dans  un  même  édifice,  l'arc  brisé  et  le  plein  cintre, 
vous  avez,  pour  classer  cet  édifice,  le  genre  intermédiaire  romano- 
ogival  ou  ogivalo-roman ,  qui  participe  au  caractère  des  deux  ar- 
chitectures, n'étant  que  la  transition  de  l'une  à  l'autre,  la  pratique 
des  constructeurs  romans  qui  commençaient  à  créer  le  système  ogival 
en  introduisant  çà  et  là  des  arcs  brisés  dans  leur  ouvrage.  Telle  est 
dans  sa  simplicité  la  doctrine  professée  aujourd'hui. 

On  la  professe  universellement,  mais  il  s'en  faut  qu'à  l'user  on  la 
trouve  telle  qu'elle  justifie  le  respect  qu'on  lui  porte.  Les  écrits  de 
ceux  de  ses  adeptes  qui  savent  observer,  en  sont  plutôt  la  réfutation 
que  l'application ,  tant  ils  sont  nourris  de  faits  qui  la  contredisent. 
Toutefois  les  remarques  défavorables  à  sa  validité  ont  beau  se  mul- 
tiplier, elles  ne  forment  point  de  corps,  elles  ne  deviennent  entre  les 
mains  de  personne  la  matière  d'une  thèse  contradictoire. 

Déployant  bannière  contre  ce  symbole  d'une  foi  surannée,  j'aurais 
beau  jeu  à  montrer  quels  accrocs  il  a  déjà  reçus  de  ses  propres  adhé- 
rents ;  mais  la  brièveté  à  laquelle  je  vise,  me  fait  trouver  préférable 
un  énoncé  pur  et  simple,  où  les  faits  dégagés  de  tout  commentaire 


Dl    i  '0611  i.   RT  DE  L'ARCHI  ii  «  niRE.  73 

sur  leur  provenantes  se  présenteront  avec  la  seule  éloquence  du 
nombre  et  comme  en  ordre  de  batailla 

Je  commence  par  arrêter  mes  yeux  sur  le  midi  de  la  France.  Là, 
dans  toute  la  circonscription  de  l'ancienne  Provence,  existent  des 
églistt  d'un  aspect  tellement  séculaire,  tellement  peu  gothique,  que 
la  tradition  s'obstine  encore,  à  faire  de  la  plupart,  des  temples  ro- 
mains, appropriés  aux  besoins  du  christianisme.  Toutes,  cependant, 
offrent  l'emploi  de  l'arc  brisé  à  leurs  voûtes,  et  plusieurs  aux  arcades 
de  leur  grande  nef.  De  cette  catégorie,  sont  la  cathédrale  abandonnée 
deVaison,  celles  d'Avignon,  de  Cavaillon,  de  Fréjus;  la  paroisse 
de  Notre-Dame,  à  Arles,  les  églises  de  Pernes,  du  Thor,  de  Sé- 
nanque,  etc.,  etc.  Et  il  n'y  a  pas  à  dire  que  dans  ces  édifices  les  bri- 
sures annoncent  une  tendance  au  gothique.  Les  produits  visiblement 
plus  modernes  de  la  môme  école,  comme,  par  exemple,  la  grande 
c^iise  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  se  distinguent  par  la  substitu- 
tion du  plein  cintre  à  l'arc  brisé. 

Si  remontant  le  Rhône,  je  me  transporte  dans  les  limites  de  l'an- 
tique royaume  de  Bourgogne,  je  vois  se  dérouler  depuis  Vienne  jus- 
qu'au coude  de  la  Loire  et  jusqu'aux  Vosges,  une  autre  famille  d'é- 
glises on  ne  peut  pas  plus  romanes,  qui  admettent  invariablement  la 
brisure  à  leur  voûte  et  à  leurs  grandes  arcades  intérieures.  La  somp- 
tueuse basilique  de  Cluny  était  le  type  de  ces  monuments  dont  il 
reste  encore  des  échantillons  à  Lyon  (Saint-Martin-d'Ainay),  à  Gre- 
noble (vieilles  parties  de  la  cathédrale) ,  à  Autun  (  Saint-Ladre  ) ,  à 
Paray-Ie-Monial  (église  du  prieuré),  à  Mâcon  (ruines  de  Saint- 
Vincent),  à  Beaune  (Notre-Dame  ),  à  Dijon  (  Saint -Philibert  ) , 
à  La  Charité-sur-Loire,  etc.,  etc.  La  date  de  toutes  ces  églises  se 
place  entre  1070  et  il 30. 

En  Auvergne  où  le  roman  du  XII0  siècle  offre  constamment  le 
plein  cintre,  je  trouve  qu'on  s'est  servi  au  XIe  d'arcs  brisés.  Ce  sont 
de  tels  arcs  qui  relient  les  supports  et  qui  déterminent  la  voûte  de 
Saint  Amable  de  Riom,  édifice  dont  les  grossières  sculptures  attes- 
tent une  antiquité  que  ne  surpasse  celle  d'aucune  autre  construction 
de  la  même  province. 

En  Languedoc,  la  cathédrale  ruinée  de  Maguelone  nous  offre  l'arc 
brisé  dans  ses  plus  anciennes  parties  qui  sont  du  XIe  siècle  ;  et  à 
l'extrémité  opposée  du  pays,  sur  la  frontière  de  l'Aquitaine,  vous 
trouvez  les  arcs  brisés  du  cloître  de  Moissac  qui  portent  la  date 
de  1100. 

Passons  aux  curieuses  églises  à  coupole  du  Périgord  et  de  l'An- 


74  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

goumois  dont  saint  Front ,  le  plus  ancien  type ,  est  antérieur  à 
1050.  Les  grands  doubleaux  sur  lesquels  porte  leur  système  de 
couverture  sont  partout  des  arcs  brisés. 

En  Anjou,  accouplement  de  l'arc  brisé  et  du  plein  cintre  dans 
des  constructions  bien  antérieures  à  l'âge  dit  de  transition.  Les  plus 
anciennes  parties  de  Notre-Dame  de  Cunault,  qui  appartiennent 
au  XIe  siècle,  sont  dans  ce  cas. 

Et  la  nef  de  la  cathédrale  du  Mans  :  antérieurement  à  la  période 
convenue  de  la  transition ,  elle  a  été  reconstruite  avec  des  arcs  brisés 
par- dessus  les  ruines  encore  distinctes  d'un  édifice  en  plein  cintre 
qui  s'était  écroulé. 

Et  notre  église  de  Saint-Martin -des-Champs,  la  plus  ancienne 
de  Paris  (je  lui  donne  le  pas  sur  Saint-Germain-des-Prés  à  qui  des 
restaurations  sans  nombre  ont  fait  perdre  son  caractère  primitif), 
notre  église  de  Saint-Martin-des-Champs  dans  le  sanctuaire  de 
laquelle  il  est  impossible  de  ne  pas  voir  l'ouvrage  consacré  avec  tant 
de  solennité  en  1067,  présents  le  roi  Philippe  Ier  et  sa  cour  :  les 
baies  de  ses  fenêtres  sont  brisées  à  l'extérieur,  et  à  l'intérieur  toutes 
ses  arcades. 

Est-ce  que  la  même  forme  ne  se  retrouve  pas  au  tympan  de  la 
porte  à  droite  du  grand  portail  de  Notre-Dame,  que  l'abbé  Lebeuf 
a  très-bien  reconnu  être  un  morceau  rapporté  de  l'église  précédente, 
rebâtie  tout  au  commencement  du  XIIe  siècle? 

En  allant  au  nord  de  Paris ,  surtout  quand  on  a  atteint  la  vallée  de 
l'Oise,  on  rencontre  tant  d'édifices  du  XIe  siècle  qui  offrent  ou  des 
arcades,  ou  des  arcs-doubleaux,  ou  des  fenêtres  d'un  cintre  brisé, 
qu'on  peut  poser  le  principe  que  cette  forme  d'arc  est  caractéristique 
du  roman  de  ce  pays-là.  Je  renvoie  aux  églises  de  Saint-Vincent  de 
Senlis,  de  Villers  Saint-Paul,  de  Bury,  de  Saint-Étienne  de  Beauvais, 
de  Saint-Germer,  etc.,  etc. 

La  nef  de  Saint-Remï  de  Reims,  la  crypte  deSaint-Bavon  de  Gand 
(autrefois  Saint-Jean),  la  croisée  de  la  cathédrale  de  Touroay,  la 
chapelle  dite  des  Templiers  à  Metz,  l'église  de  Sainte -Foi  à 
Schélestadt,  nous  montrent  l'arc  brisé  employé  en  Champagne,  en 
Flandre,  en  Hainaut,  en  Lorraine,  en  Alsace,  dès  le  XIe  siècle. 

Enfin  dans  la  Normandie,  qui  a  fourni  les  exemples  sur  lesquels 
se  fonde  l'attribution  exclusive  du  plein  cintre  au  roman ,  ne  voit-on 
pas  les  exceptions  se  multiplier  à  mesure  que  les  monuments  sont 
étudiés  davantage  ?  Combien  M.  de  Caumont  lui-même  n'en  a-t-il 
pas  signalé  !  Il  suffit  de  lire  les  fragments  de  sa  statistique  des  églises 


Dl      r.u.iNi      II     1)1.    I.'AKC.IUTKCTURE.  75 

du  Calvados,  qu'il  a  publiés  jusqu'ici  dans  le  Itullnin  Monumental. 
Or,  uni1  étude  semblable  •GCQWplW  sur  les  églises  de  U  Manche , 
de  l'Orne  ou  de  la  Seine-Inférieure ,  ne  laisserait  pas  non  pins  que 
de  fournir  uo  contingent  très-défavorable  à  la  règle  acceptée: 
témoin  la  collégiale  de  IMortain ,  les  plus  vieilles  parties  de  la 
Trinité  de  Fécamp  et  d'autres  constructions  qu'on  ne  peut  pas  ne 
pas  •ttribper  an  XIe  siècle.  Je  me  tais  sur  les  cathédrales  de  Séez 
et  de  Coutances,  qui  sont  depuis  trente  ans  l'objet  d'un 
célèbre,  les  uns  soutenant  qu'elles  sont  contemporaines  du  duc 
Guillaume  le  Bâtard,  les  autres  combattant  à  bon  droit  cette 
opinion,  mais  ne  pouvant  la  renverser  parce  qu'ils  n'y  opposent  que 
la  raison  insuffisante  de  leur  ogive  employée  dans  ces  deux  édifices: 
de  sorte  que  le  débat  dont  je  parle  a  prouvé  déjà  non-seulement  la 
fausseté  de  la  règle  à  cause  des  monuments  qui  la  contredisent, 
mais  encore  l'impuissance  où  l'on  est,  avec  elle,  de  mettre  hors  de 
contestation  l'âge  des  monuments  pour  lesquels  elle  est  vraie. 

En  somme,  les  faits  nombreux  que  je  viens  d'indiquer  et  que  je 
multiplierais  encore  s'il  était  nécessaire,  peuvent  se  résumer  par  le 
peu  de  mots  que  voici  : 

L'arc  brisé  a  été  employé  d'une  manière  systématique  dans  une 
bonne  moitié  de  nos  églises  romanes,  tandis  que  l'autre  moitié  est 
sujette  à  présenter  accidentellement  la  même  forme  d'arc. 

Donc  en  supposant  que  ogive  et  ogival  pussent  légitimement 
s'appliquer  à  l'arc  brisé  et  aux  constructions  pourvues  de  cet  arc, 
quantité  d'églises  romanes  seraient  ogivales.  Donc  ces  mots,  avec 
le  sens  qu'on  y  attache  aujourd'hui ,  n'ont  pas  la  vertu  d'exprimer  la 
différence  qu'il  y  a  entre  le  roman  et  le  gothique. 

Seraient-ils  plus  applicables  si  on  les  ramenait  à  leur  acception 
primitive?  En  d'autres  termes,  étant  reconnu  que  ogive  signifie  la 
membrure  transversale  des  anciennes  voûtes,  pourrait-on  établir  sur 
la  présence  de  ce  détail  de  construction,  la  distinction  des  deux 
genres  dont  il  s'agit,  et  par  conséquent  regarder  comme  synonyme  de 
gothique,  l'architecture  ogivale  qui  serait  celle  non  plus  des  monu- 
ments où  règne  l'arc  brisé,  mais  de  ceux  dont  la  voûte  est  montée 
sur  croisée  d'ogives?  Hélas!  non;  et  quelque  tempérament  que 
proposent  les  défenseurs  d'ogival  pour  maintenir  la  science  sur  ce 
porte-à-faux,  ils  n'aboutiront  à  rien  d'efficace.  Sans  doute  c'est  urr 
:ère  architectonique  très- remarquable  que  celui  de  la  croisée 
cependant  il  n'appartient  point  exclusivement  aux  églises 
.  je  citerais  au  moins  un  tiers  de  nos  églises  romanes  qui 


76  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

le  possèdent,  à  commencer  par  celles  de  la  Normandie  ;  de  sorte  que 
s'il  y  a  quantité  de  constructions  qu'on  peut  dire  ogivales  parce  que 
leur  voûte  repose  sur  des  croisées  d'ogives ,  il  n'y  a  pas  d'architecture 
qu'on  soit  autorisé  à  appeler  ogivale  par  opposition  à  une  autre 
architecture  fondée  sur  un  principe  différent.  Applicable  à  tous  les 
individus  du  genre  gothique  et  à  beaucoup  de  ceux  du  genre 
roman,  l'adjectif  ogival,  quelque  sens  qu'on  lui  donne,  n'est  donc 
pas  bon  pour  exprimer  la  différence  des  deux  genres. 

Du  moment  que  l'abus  d'ogival  ressort  des  faits  d'une  manière  si 
évidente,  il  faut  bien  rendre  à  l'architecture  qu'on  a  cru  caractériser 
par  cette  épithète,  son  ancienne  dénomination  de  gothique.  Cette  dé- 
nomination, je  le  sais,  n'implique  pas  une  notion  historique  exacte; 
mais  elle  a  pour  elle  la  consécration  du  temps  ;  tout  le  monde  sait  ce 
qu'elle  veut  dire,  par  conséquent  il  est  impossible  qu'elle  donne  lieu 
à  des  malentendus.  Elle  ne  peut  pas  non  plus  impliquer  de  contra- 
dictions, puisque  les  Goths  n'ont  rien  bâti  dans  un  système  d'architec- 
ture qui  leur  fût  propre.  Mais  son  grand,  son  incomparable  avantage 
est  de  ne  pas  consacrer  de  théorie  mensongère,  de  ne  pas  saisir  les 
gens  d'un  prétendu  critérium  qui  les  expose  à  donner  dans  les  con- 
clusions les  plus  fausses. 

Je  me  résume  :  j'ai  démontré  qu'on  s'est  mépris  sur  le  sens  d'ogive, 
j'ai  démontré  qu'on  s'est  mépris  sur  la  valeur  architectonique  de 
l'objet  réputé  être  l'ogive,  et  j'ai  démontré  encore  que  la  véritable 
ogive  elle-même  n'aurait  pas  ce  caractère  architectonique:  c'est  tout 
ce  que  j'avais  promis  au  début  de  cette  dissertation.  Néanmoins  je  sens 
que  ma  tâche  n'est  pas  finie,  et  que  j'ai  touché  un  point  qui  demande 
autre  chose  que  la  solution  négative  qu'il  a  reçue  de  moi.  Si  la  diffé- 
rence du  roman  et  du  gothique  ne  réside  pas  dans  la  forme  des  arcs, 
ni  des  voûtes,  où  réside-t-elle  donc?  Je  me  propose  d'examiner  cette 
question  dans  un  prochain  article. 


Jules  Quicherat. 


MUSEE  DES  THERMES 

ET    DE    L'HOTEL   DE   CLUNY   (1). 


La  Revue  Archéologique  a  déjà  signalé  la  découverte  d'un  certain 
nombre  de  figurines  en  bronze,  de  bijoux  antiques  et  d'objets  pré- 
cieux de  diverses  époques  trouvés  dans  les  travaux  de  canalisation 
du  petit  bras  de  la  Seine  dans  Paris,  depuis  la  pointe  de  l'île  de  la 
Cité  jusqu'au  Pont-Neuf. 

Ces  objets,  si  curieux  pour  l'archéologue,  ont  été  pour  la  plu- 
part acquis  par  le  musée  des  Thermes  et  de  l'hôtel  de  Cluny,  et 
la  planche  137  que  publie  aujourd'hui  la  Reçue,  offre  la  reproduc- 
tion de  quelques-uns  d'entre  eux  dont  nous  donnons  une  simple 
description  qui  suffira  pour  les  faire  connaître  aux  personnes  qui 
s'occupent  de  ces  sortes  d'antiquités. 

La  figurine  de  Mercure  qui  occupe  le  milieu  de  cette  planche  a 
dix  centimètres  de  hauteur;  elle  est  en  bronze.  Le  dieu  est  coiffé 
d'un  pétase  ailé  ;  une  chlacna  attachée  sur  son  épaule  et  dont  les  plis 
retombent  sur  son  bras  gauche,  laisse  le  devant  de  son  corps  entiè- 
rement nu  ;  à  l'exception  des  mains  qui  sont  très-oxydées  et  dont  la 
droite  paraît  tenir  un  objet  que  nous  ne  pouvons  préciser,  cette  sta- 
tuette est  légèrement  endommagée  ;  la  tête  et  la  poitrine  sont  d'une 
belle  conservation.  Elle  a  été  trouvée  près  du  Pont-Neuf. 

La  bague  de  fiançailles  placée  à  gauche  (n°  l),  est  en  or  ciselé  et 
rehaussé  d'émaux.  Ce  petit  bijou  du  XVIe  siècle  est  formé  de  deux 
anneaux  accouplés  qui  se  terminent  par  un  double  chaton  de  forme 
pyramidale  ;  il  est  encore  fixé  sur  un  lit  de  cailloux  cimentés  entre 
eux  par  le  temps  et  l'action  de  l'eau. 

L'ornement  placé  au-dessous  (n°  4)  se  compose  d'une  plaquette 
en  argent  à  trois  faces  qui  supporte,  au  moyen  de  chaînettes,  un 
Saint-Esprit  en  même  métal  ;  il  a  été  trouvé  dans  le  même  endroit 

1  Voyez  pour  l'origine  de  ce  musée  et  l'histoire  des  bâtiments  qui  le  renferment, 
la  Revue  Archéologique,  t.  I,  p.  18  etsuiv. 


78  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

que  la  petite  mesure  en  plomb  aux  armes  de  France  (n°  5),  qui 
date  du  XVe  siècle.  Ces  deux  objets  sont  reproduits  aux  trois  quarts 
de  leur  grandeur. 

L'épée  gallo-romaine  en  bronze,  à  double  tranchant,  que  l'on 
voit  au  bas  de  la  planche,  a  été  découverte  plus  loin,  dans  le  lit  de 
la  basse  Seine.  Sa  longueur  atteint  près  de  quatre-vingts  centimètres. 

Quant  à  la  bague  en  argent  doré  qui  se  trouve  reproduite  sous 
le  n°  3,  elle  a  été  trouvée  aux  Célestins,  dans  les  fouilles  faites 
sous  la  chapelle  en  1848.  Ces  fouilles  avaient  amené  la  découverte 
d'un  grand  nombre  de  tombes  en  plomb  d'une  parfaite  conservation 
et  entre  autres  de  celle  qui  renfermait  encore  les  restes  de  la  duchesse 
de  Bedford,  à  en  juger  par  l'inscription  suivante  gravée  en  creux 
sur  une  plaque  de  plomb  : 

Ci  jgift  tris  Ijaulte  ?  piaffante  prinreffr  maïtame  2lmie  ïre 
âaura™  fille  î>e  feu  très  Ijrtttlt  et  puiffSt  prince  Jeljan  ïruc  î>e 
$ourjgttC  conte  ï>e  Sianïves  îrartois  et  ï>e  fiaurg™  famé  ïre 
très  tjault  et  puiff*  prince  3el).  gauSnât  et  régent  le  rogmt  îre 
France  ïmr  î>e  ShHêti  qui  trefpaffa  en  loftel  ï>e  fiourbon  a 
Jparis  le  *iujc  jour  î>e  novembre  mil  quatre  am  trente  îren*. 

Cette  inscription  a  été  conservée  avec  soin  et  déposée  au  musée 
de  l'hôtel  de  Clunyen  même  temps  que  de  nombreux  fragments 
d'architecture  coloriés  qui  proviennent  aussi  des  fouilles  faites  sur 
l'emplacement  du  couvent  des  Célestins. 

Le  musée  de  Cluny  s'est  encore  enrichi  d'un  grand  nombre 
d'objets  précieux  provenant  des  diverses  collections  qui  ont  été 
mises  en  vente  pendant  ces  deux  derniers  mois.  Nous  citerons 
plusieurs  pièces  de  faïence  des  fabriques  françaises  et  italiennes 
qui  faisaient  partie  de  la  collection  Préaux,  ainsi  que  de  celle 
de  M.  Debruge-Duménil  ;  parmi  ces  faïences  se  trouvent  quelques 
beaux  plats  à  reflets  métalliques,  une  charmante  figure  de  la  nour- 
rice de  Bernard  de  Palissy  publiée  dans  la  Description  du  Musée 
céramique  de  la  manufacture  de  Sèvres,  par  MM.  Brongniart  et 
Riocreux,  atlas,  pi.  xxxv,  n°  5,  et  de  nombreux  échantillons  de 
l'art  du  XVIe  siècle. 

La  vente  du  cabinet  de  M.  Irisson  a  fourni  au  musée  de  l'hôtel  de 
Cluny  l'occasion  d'acquérir  une  suite  fort  remarquable  de  verreries 
de  Venise,  au  nombre  desquelles  se  trouvent  plusieurs  coupes 


MUSÉE    DES   TU K K  MES.  79 

émailléei  en  couleurs  d'une  dimension  eitra  ordinaire,  des  aiguières 
en  ferre  soufflé  et  de  curieux  spécimens  de  la  verrerie  vénitienne 
peinte  et  dorée. 

Outre  ces  diverses  acquisitions ,  les  collections  de  l'hôtel  de  Cluny 
se  sont  enrichies  de  plusieurs  chapes  et  chasubles  des  XVe  et 
XVI*  siècles ,  brodées  en  or  aux  armes  de  France  et  de  Bretagne, 
ainsi  que  de  quelques  tableaux  en  tapisserie  d'or  et  de  soie  du 
XVe  siècle;  un  beau  portrait  aur  bois  de  Henriette  de  Jialzac  d'En- 
tragues,  marquise  de  Verneuil,  née  en  1579,  fille  de  François  de 
Balzac  et  de  Marie  Touchet  ;  une  ceinture  de  chevalier  du 
XIVe  siècle,  en  argent  doré,  qui  provient  de  la  collection  Debruge- 
Duménil  ;  plusieurs  beaux  coffrets  en  ivoire,  en  bois  sculpté  et  en 
pâtes  italiennes  des  XVe  et  XVIe  siècles  ;  des  bas-reliefs  en  ivoire 
îles  mômes  époques,  quelques  vitraux  et  enfin  une  série  fort  impor- 
tante, quoique  incomplète,  des  poids  des  villes  de  France,  parmi  les- 
quels il  s'en  trouve  un  certain  nombre  de  Nîmes,  de  Toulouse,  de 
Castres  et  autres  villes  du  midi  de  la  France. 


INVENTAIRE 


DES 


TABLEAUX,  LIVRES,  JOYAUX  ET  MEUBLES 

DE    MARGUERITE    DAUTRICHE ,     FILLE   DE   MARIE  DE   BOURGOGNE 
ET   DE   MAXIMILIEN ,   EMPEREUR  D  ALLEMAGNE  (l  )  , 


LE  XVII  D  AVRIL   M  Ve  XXIIIÎ. 


134.  Ung  petit  tableau  vieux  où  la  représentation  de  feu  le  roy 
dom  Phelipe  et  de  Madame,  du  temps  de  leur  mynorité  et  portraiture, 
habillez  de  drapt  d'or. 

135.  Ung  aultre  tableau  double,  assez  vieux,  figuré  de  la  passion 
Nostre  Seigneur  et  aultre  mistère,  donné  à  Madame  par  MS.  le  conte 
d'Hocstrate.  (On  lit  en  marge  :  délivré  au  prieur  et  religieux  de 
Broux.  Voir  n°  112.  ) 

136.  Ung  double  tableau,  en  l'un  est  Nostre  Dame  et  l'autre  le 
cardinal  de  Liegne,  laquelle  Nostre  Dame  a  este  délivrée  audit  cou- 
vent de  Broux  et  le  cardinal  demore  par  decha. 

137.  Ung  aultre  bon  tableau  de  la  portraiture  d'ung  Espaignol 
habillé  d'ung  manteau  noir,  joincé  de  velours  noir,  ayant  une  petite 
chayne  à  son  col ,  ayant  aussi  une  fauce  parruque. 

138.  Ung  aultre  tableau  exquis,  où  il  y  a  ung  homme  avec  une 
teste  de  cerf  et  ung  crannequin  au  milieu  et  le  bandaige  (2). 

139.  Ung  cruxifis,  joignent  ledit  tableau,  fait  de  la  main  de 
maistre  Jaques  ;  au  pied  de  la  croix  sont  deux  testes  de  mors  et  une 
teste  de  cheval. 

(1)  Voir  plus  haut,  p.  36, 

(2)  Cet  article  est  accompagné,  dans  l'inventaire  de  1516  ,  de  la  remarque  sui- 
vante :  «  Fait  de  la  main  de  feu  maistre  Jacques  de  Barbaris.»  Voir  l'article  n°  139. 


INVENTAIRE  DES  TABLEAUX  ,  ETC.  81 

140.  Ung  aultre  petit  tableau  de  la  pourtraiture  du  contrôleur 
Otirssin  (1). 

141.  Ung  aultre  tableau  de  MS.  sainct  Anthoine  tenant  ung 
livre  et  une  bericle  en  sa  main  et  ung  baston  soubz  son  bras,  le  fond 
de  bocaige  et  estranges  figures  de  personnaiges  (2)  (en  marge  : 
il,  lier c  aux  prieurs  et  religieux  de  Broux.  Voir  n°  112.) 

142.  Ung  aultre  tableau  de  Nostre-Dame,  à  deux  feullets,  es- 
quelx  sainct  Jehan  et  saincte  Barbe,  Adam  et  Eve  son  painetz  (3). 

143.  Une  petite  Nostre  Dame  fort  bien  fête,  à  un  manteau  rouge, 
tenant  une  heures  en  sa  main,  que  Madame  appelle  sa  mignonne  (4). 

144.  Ung  aultre  petit  tableau  de  Nostre  Dame  tenant  son  en- 
fant, lequel  tient  une  petite  patenostre  de  coral  en  sa  main,  fort 
anticque ,  ayant  une  fontainne  emprès  elle  et  deux  anges  tenant  ung 
drapt  d'or  figuré  derrière  elle  (5). 

145.  Ung  aultre  tableau  de  la  passion  de  NS.,  fait  de  Illyminure, 
à  l'entour  duquel  sont  les  vij  paroles  que  NS.  profera  en  la  croix, 
ledit  tableau  de  bois  de  cyprès. 

146.  Ung  petit  tableau  de  ND.,  sur  ung  champt  de  damas  verd, 
tenant  son  enfant. 

147.  Ung  petit  enfant  de  terre  cuyte,  tenant  sa  main  senestre 
sur  sa  poctrine,  dormant. 

148.  Receu,puis  c'est  inventoire  fait,  une  double  tableau  :  en 
l'ung  est  Nostre  Dame  habillée  de  bleu ,  tenant  son  enflant  droit ,  et 
en  l'autre  Madame  à  genoulx  adorant  ledit  enflant. 

(1)  Nous  trouvons  le  nom  du  peintre  dans  l'inventaire  de  1516  :  «  Ung  visaige  du 
contrerolleur  de  Madame,  fait  de  la  main  de  Michiel  (Coxie)  sur  ung  petit  ta- 
bleaul.  » 

(2)  Les  estranges  figures  indiquent  que  l'article  suivant,  tiré  de  l'inventaire 
daté  de  1516,  désigne  le  même  tableau  :  «  Ung'moyen  tableau  de  sainct  Anthoine 
qui  n'a  couverture  ne  feullet,  qui  est  fait  de  Jheronimus  Bosch  et  a  esté  donné  à 
Madame  par  Jhoane,  femme  de  chambre  de  madame  Lyonor.  » 

(3)  Dans  l'inventaire  de  1516  on  lit  après  cette  description  :  fait  de  la  main  de 
maistre  Hans  (Hemling). 

(4)  L'inventaire  de  1516  décrit  ce  tableau  ainsi  qu'il  suit  :  «  Une  petite  Nostre 
Dame  disant  ses  heures ,  faicte  de  la  main  de  Michiel  (Coxie)  que  Madame  appelle 
s.i  mignonne  et  le  petit  Dieu  dort.  » 

(5)  L'inventaire  de  1516  ne  donne  pas  le  nom  du  peintre,  mais  il  décrit  ce  ta- 
bleau ainsi  :  «  Une  petite  Nostre  Dame  ,  faite  de  bonne  main  ,  estant  en  un  jardin 
où  il  y  a  une  fontaine.  »  La  petite  Vierge  de  la  collection  Van  Ertborn ,  du  musée 
d'Anvers,  répond  très-bien  à  ces  deux  descriptions. 


VII. 


82  UEVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

AULTRES  PIÈCES  DE  RRODURE  ET  AULTRES  TABLEAUX  ET  PAINC- 
TURES  ESTANS  DEDANS  LES  ARMAIRES, 

(Je  ne  citerai,  parmi  les  tableaux  faicts  de  brodure,  que  le  n°  149,  il 
suffira  pour  montrer  que  c  était  bien  l'équivalent  de  peintures.  ) 

149.  Ung  tableau  de  brodure,  du  chief  de  NS.,  à  une  couronne 
d'espine,  fêtes  de  fil  d'or  et  d'argent,  qui  se  clôt  à  deux  feullets, 
doublé  des  deux  costés  de  satin  noir,  ferré  de  iiij  ferrures  d'argent, 
au  commencement  de  l'ung  des  feulletz  est  escript  :  vere  langores 
nostros,  etc. 

150.  Ung  riche  et  fort  exquis  double  tableau  de  Nostre  Dame, 
doublé  par  dehors  de  satin  brochier  et  monseigneur  le  duc  Charles 
de  Bourgogne,  painct  en  l'ung  des  fulletz,  estant  à  genoux,  habillé 
de  drapt  d'or,  à  ung  cousin  de  velours  noir  et  une  heure  estant  sur  son 
siège  devant  luy,  le  bors  dudit  tableau  garnis  de  velours  verd ,  avec 
trois  ferrures  d'argent  doré  servant  audit  tableau. 

151.  Ung  double  tableau  de  bois  de  cyprès,  en  l'ung  est  portraict 
l'assunption  Nostre  Seigneur  et  en  i'aultre  l'ascencion  de  Nostre 
Dame,  auquel  tableau  il  y  a  deux  ferrures  d'argent  (l). 

152.  Item  en  une  petite  boite,  en  forme  de  liette  de  bois,  il  y 
a  xxij  petits  tableaux,  fait  comme  il  semble  tout  d'une  main ,  dont  la 
paincture  est  bonne,  de  grandeur  et  largeur  ung  chacun  d'ung  tran- 
choir, figurez  de  la  vie  NS.  et  aultres  actes  après  sa  mort.  Le  premier 
est  figuré  de  la  temptation  fête  à  NS.  par  le  diable  ;  1 53.  le  ije  comme 
NS.  estoit  en  une  navière  avec  monseigneur  sainct  Pierre  qui  pes- 
cheoit;  154.  le  iije  la  transffiguracion  NS.  ;  155.  le  iiije  du  baptesme 
NS.  ;  155  bis.  le  ve  comme  NS.  preschoit  en  sa  montaigne  où  il  repust 
le  peuple  de  v  pains  et  iij  poissons;  156.  le  vjc  comme  NS.  transmua 
l'eau  en  vin  en  une  nopces;  157.  le  vije  comme  une  poure  femme 
demanda  mercy  à  NS.  ;  158.  le  viije  comme  NS.  estoit  en  l'hostel  du 
pharisien  où  la  Magdelaine  luy  vint  laveries  piedz  ;  159.  le  ixe  comme 
NS.  vint  en  Jherusalem  le  dimanche  des  palmes;  1G0.  le  xe  comme 
NS.  russucita  le  ladre;  161.  le  xje  comment  NS,  fistsasayne;  162.1e 
xije  comme  NS.  fust  prins  au  Jardin  d'Olivet;  163.  le  xiije  comment 
NS.  fust  amené  devant  Pilate  liez  de  cordes  ;  1 64.  le  xiiije  comme  NS. 
estoit  assys  sur  une  chaiereoù  les  juifz  le  deschacheoient  ayant  la  face 

(1)  L'inventaire  de  1516  porte  :  de  la  main  de  Michiel  (Coxie). 


INVKNTURR     DBS   TABLEAUX,    KTC.  83 

couverte;  1  <;.",.  le  w"  la  àjWOUflMIutk  NB|  aux  enfers;  166.  le  XVJ* 

comme  la  hroia  Maries  findrent  au  sépulcre  NS.  hit.  ta  wij'  de  l'a- 

pariMon  do  NS.  à  la  -Joueuse  Magdelayim;  KiN.  le  \viij«  comment 
deux  de*appo*tros  do  NS.  le  engneurent  à  la  fraction  du  pain;  169.  le 

m\  comment  MS.  sainet  Thomas  renerendoit NS.  pour  pouvoir  tou- 
cher la  plaie  de  sou  couslel  :  170.  le  xx°  comment  NS.  envoya  le 
S.iinrt  Ksperit  sur  ses  glorieux  appostres;  171.  le  xxj'  aux  portrai- 
tures de  monseigneur  sainet  Michiel  et  sainet  Gabriel  ;  172.  le  xxijr 
est  painet  MS.  sainet  Jehan ,  sainet  Jaques,  sainet  Pierre  et 
s.ïinrt   Pol. 

173.  Ung  tableau  de  Nostre  Dame  assise  en  ung  tabernacle  de 
massonnerie  assez  hautelet. 

174.  Ung  petit  tableau  carré  de  la  Trinité  à  ung  tabernacle  de 
menuiserie  et  grande  multitudes  d'anges  des  deux  costés.  Le  aucuns 
tenant  la  croix  et  aultres  figures  de  la  Passion  (l). 

1 75.  Ung  petit  tableau ,  qui  se  clôt  à  ung  fullet,  painet  de  noir, 
de  la  portraiture  de  l'empereur  Fredericq,  IIIe  de  ce  nom,  la  robbe 
de  damas  à  couleur  de  pourpre,  à  ung  bouton  d'or  devant,  pourtant 
ung  bonnet  rond  ;  le  fond  dudit  tableau  d'asul  (2). 

1 76.  Ung  aultre  petit  tableau  de  cyprès  de  l'histoire  du  roy  David 
et  de  Golias. 

177.  Une  mapemonde  en  parchemin. 

1 78.  Item  iiij  chiefs  de  paincture ,  fête  de  blanc  et  noir,  en  papier, 
comme  patrons  enroolés  ensemble.  Les  deux  de  NS.  et  sainet  Pol 
et  les  aultres  de  sainet  Jehan  et  Moyse. 

179.  Deux  portraitures  de  Jherusalem,  l'une  en  papier  paincte 
et  l'aultre  imprimée  sans  paincture. 

180.  La  portraiture  du  chief  de  la  fille  du  roy  d'Angleterre,  en 
parchemin. 

181 .  Une  saincte  Marguerite  en  toille  habillée  de  damas  noir,  le 
fond  d'asul. 

182.  La  portraiture  en  parchemin  d'une  dame,  le  fond  de  verd. 

1 83.  Une  fantasie  d'ung  homme  courant  en  poste  sur  ung  cheval 
blanc ,  ayant  deux  bras  nuz,  devant  son  cheval  et  une  devise  en  ung 
rondeau  et  une  marguerite  en  chief. 

\</ici   l'article  de  l'invcntaire-de  1516  :  «  Ung  petit  tableaul  de  la  Trinité, 

fait  de  la  main  de  Rougier    Roger  Van  der  Weyden)   aussi  vieulx.  »  L'absence  de 

tion  me  fait  hésiter  entre  ce  numéro  174  et  le  numéro  199. 

(2)  Cette  expression  «  painet  de  noir  »  trouverait  son  commentaire  dans  la  ma- 

doQ(  est  décrit  le  menu;  tableau  dans  l'inventaire  de  1516  :  «  Le  visaige  de 

l'empereur  Frederick  en  ung  petit  tableaul  0 


84  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

184.  Ung  livre  en  papier,  à  unze  patrons,  painct  légièrement 
sur  fond  bleu. 

185.  Ung  aultre  livre  en  papier,  où  il  y  a  ix  rondeaux,  en 
chacun  il  y  a  une  teste  d'homme  de  noir  et  blanc  ;  ledit  livre  couvert 
de  cuyr. 

186.  La  portraiture  du  sainct  suaire  de  NS.  fêtes  en  toille. 

187.  Ung  plat  coffre  de  bois  dedans  lequel  il  y  a  plusieurs  painc- 
tures  fêtes  et  enpreinte. 

188.  Une  mapemonde  en  parchemin. 

189.  Une  toille  paincte  de  xv  visaiges  que  d'hommes  que  femmes, 
le  fond  d'asul. 

AULTRES  MEUBLES  ESTANS  DEDANS  LE  PETIT  CABINET,  J01NGNENT 
LA  CHAMBRE  A  CHEMYNÉE,  TIRANT  SUR  LA  GALLERIE  DE  LA 
CHAPPELLE. 

(Je  ne  cite  pas  trois  heures  enluminées ,  ni  un  livre  parlant  de  Ypolite 
Rayenne  de  Ciihis  depuis  nommée  Amazeon.  Voici  les-  trois  autres 
articles:  ) 

190.  Item  ung  aultre  livre,  escript  en  latin  sur  parchemin,  de 
lettres  au  mole ,  faisant  mencion  des  illes  trouvées ,  couvert  de  satin 
de  Bruges  verd  et  dessus  la  dicte  couverte  est  escript  quatre  lignes 
de  lettres  d'or  en  latin. 

191.  Ung  aultre  livre  en  parchemin,  couvert  de  satin  verd, 
parlant  de  l'entrée  de  madame  Claude,  Royenne  de  France,  en  la 
cité  de  Paris. 

PA1NCTURES  ESTANS  DEDANS  LEDIT  PETIT  CABINET. 

192.  Ung  tableau  d'ivoire  taillé,  bien  ouvré  de  la  Passion  de 
Nostre  Seigneur  et  aultres.  figures,  qui  se  clôt  à  deux  feulletz, 
esquelx  sont  painctz  feuz  messeigneurs  les  ducs  Philippe  et  Charles 
de  Bourgogne. 

193.  Ung  petit  tableau  de  bois  de  cyprès  d'ung  personnaige  portant 
la  Thoison  d'or  et  habit  d'ung  chevalier  de  l'ordre  de  la  dite  Thoison, 
estant  espuié  (appuyé)  sur  ung  baston. 

194.  Ung  aultre  petit  tableau  de  Nostre  Dame,  pourtant  une 
couronne  sur  son  chief ,  assise  sur  un  croissant,  le  fond  du  tableau 
doré. 

195.  Ung  aultre  tableau  de  la  portraiture  de  l'empereur  Maximi- 


INVENTAIRE  DES  TABLEAUX  ,  ETC.  85 

lien,  tenant  deui  Heurs  d'alleu  en  sa  main,  habillé  de  ArapfedFor, 
porlanl  h  Thoison. 

196.  Uog  petit  tableau  de  Nostre  Dame,  pendant  à  ung  petit 
Bllel  de  BOye  ronge,  ayant  une  patenostre  de  courat  rouge  en  ion 
bras,  le  fond  doré  (1). 

197.  Ung  aultre  petit  tableau  de  Nostre  Dame  d'ung  costel  et  de 
sainct  Jehan  l'évangeliste  et  de  saincte  Marguerite  tirez  après  le  vif 
du  feu  prince  d'Espaigne,  mary  de  Madame,  aussi  après  le  vif  de 
ma  dite  Dame  (2). 

198.  Ung  aultre  double  tableau,  en  l'ung  est  Nostre  Seigneur 
pendant  en  croix  et  Nostre  Dame  embrassant  le  pied  de  la  croix  et 
en  l'autre  l'histoire  de  la  messe  MS.  sainct  Grégoire  (3). 

199.  Ung  aultre  tableau  vieux  de  Dieu  le  Père,  tenant  son  hlz 
nuz  entre  ses  bras,  le  Sainct  Esperit  en  forme  coulombe  entre  Dieu 
le  Père  assiz  sur  ung  arc  en  ciel  et  une  pomme  ronde  soubz  les 
pieds  de  NS. 

200.  Ung  aultre  bien  petit  tableau  de  bois,  où  il  y  a  une  teste 
d'ung  homme  eslevée  avec  certaine  escripture  des  deux  lignes,  fête 
sur  couleur  rouge  et  est  bien  de  petite  valeur. 

201 .  Une  petite  Nostre  Dame  en  papier,  fête  de  Illyminure,  tenant 
son  fils,  son  habit  d'asul  et  une  petite  bande  dessus  bordée  d'ung 
petit  bore  d'argent  de  bassin. 

202.  Ung  petit  tableau  d'ivoire ,  à  ung  vieux  personnaige  pourtant 
la  thoison  d'or,  les  quatre  coins  dudit  tableau  d'argent  doré  et  sur 
ung  chacun  ung  fusil  pendant  à  une  petites  chaîne  d'argent. 

203.  Ung  aultre  petit  tableau  carré,  d'argent  doré,  le  fond 
d'esmail  rouge,  à  ung  personnage  ayant  le  visaige  fait  d'ung  camehu, 
derrière  lequel  tableau  est  escript  le  duc  de  Berry. 

(l,  Les  not  125,  173,  194  et  196  répondent ,  chacun  ,  à  chacun  de  ces  trois  ar- 
ticles de  l'inventaire  de  1516  :  1.  Une  petite  Nostre  Dame  fait  de  la  main  de  Dirick 
(Stuerbout).  2.  Ung  petit  tableaul  de  Nostre  Dame,  bien  vieulx  de  la  main  de  Fouc- 
quet,  ayant  estuy  et  couverture.  3.  Ung  tableaul  de  Nostre  Dame,  du  duc  Philippe 
qui  est  venu  de  Maillardet,  couvert  de  salin  bronché  gris  et  ayant  fermaulx  d'argent 
doré  et  bordé  de  velours  vert.  Fait  de  la  main  de  Johannes  (Jean  Van  Eyck).  4.  Une 
bien  petite  Nostre  Dame  de  illuminure,  de  la  main  de  Sandres. 

2)  L'inventaire  de  1616  décrit  ainsi  ce  tableau  :  «  Ung  bien  petit  tableaul  à  double 

feullet  de  la  main  de  Michiel  (Coxie)  de  l'ung  des  cousiez  de  Nostre  Dame ,  de 

l'autre  costez  d'ung  sainct  Jehan  et  de  saincte  Marguerite  ,  faiz  à  la  semblance  du 
prince  d'Espaigne  et  de  Madame. 

\  uici  le  nom  du  peintre  d'après  l'inventaire  de  1516,  beaucoup  moins  détaillé 
que  celui  ci,  mais  plus  explicite  sur  les  auteurs  de  ces  peintures  parce  qu'il  a  été 
rédigé  sous  les  yeux  de  l'archiduchesse  elle-même:  «  Ung  petit  tableau  d'ung  cruxe- 
fix  et  d'ung  sainct  Grégoire    l'ail  de  la  main  de  Rogier  (Van  der  Weyden, .  » 


86  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

204.  Ung  myroir,  assiz  en  gaie  (jais)  noir,  fait  en  manière  de 
cueur;  et  de  l'autre  costel  ung  cueur  en  presse  sur  une  mar- 
guerite. 

205.  Ung  aultre  myroir  petit,  en  forme  de  losanges,  de  petite 
valeur. 

206.  Ung  petit  sainct  Jaques,  taillé  de  geitz  noir,  assiz  sur  ung 
pillier  de  mesme ,  à  trois  coquilles  en  chiefz. 

207.  La  portraiture  de  feu  monseigneur  de  Savoie ,  taillée  en 
bois,  bien  fête.  La  portraiture  de  Madame  semblablement  taillée  en 
bois,  aussi  bien  fête. 

MÉDAILLES. 

208.  Une  médaille  d'estain,  d'ung  coustel  la  portraiture  du  roy 
d'Arragon  et  de  l'aultre  un  roy  tenant  une  espée  fichée  dedans  trois 
couronnes. 

209.  Une  autre  médaille  d'argent  doré,  de  Madame  d'ung  coustel, 
et  de  l'aultre  une  femme  à  moitié  nue. 

210.  Ung  teston  d'argent,  où  le  duc  Philibert  est  d'ung  coustel  et 
de  l'aultre  dame  Yolent. 

212.  Diverses  médailles  de  plomb,  de  leton,  cuyvre  et  aultre  gros 
métal  estant  à  ung  coffre. 

(  Elles  ne  sont  pas  décrites  avec  détail  et  n'offrent  aucun  intérêt.  On 
voyait  dans  le  même  cabinet  :) 

213.  Ung  oyseau  mort,  appelle  oyseau  de  paradis,  envelopé  de 
taffetas ,  mis  en  ung  petit  coffret  de  bois. 

214.  Une  petite  tablette  de  bois,  à  x  fulletz,  en  laquelle  il  y  a 
plusieurs  painctures  de  patrons ,  bien  fête  au  pinceau. 

215.  Cinquante  et  une  cartes  toutes  rondes,  richement  painctes 
d'or,  d'asul  et  aultres  couleurs  estant  en  une  boite  ronde  de  cuyr. 

216.  iiijxxxj  cartes  de  papier,  carréez,  figurés  de  diverses  bestes, 
oyseaux  et  aultres  painctures. 

217.  ix  petiz  crousetz  de  porcelayne,  comprins  ung  moien. 

218.  Ung  Jésus  taillé  en  mabre. 

219.  Ung  tableau  où  est  feu  monseigneur  le  duc  Charles  d'ung 
costé  et  de  l'aultre  feue  madame  Ysabeau  de  Portugal,  les  bois  dorez, 
painct  au  dehors  de  noyr. 

2  20.  Deux  tableaux  reçus  de  maistre  Jehan  le  paintre,  semblables, 
en  l'ung  est  Nostre  Dame  et  en  l'aultre  MS.  de  Ligne. 


INVENTAIRE    DES   TABLEAUX  ,   ETC.  87 

BAC6UB8,   Ufl  11/     MINUTIES)   DE   VAICELLE,   BSTAN9   AU   CABINET 
I  HI'RÈS  II    I  IRDIN  <>l    Sn\r  I  I  s  COHADLX,  LE  TOUT  D ARGENT. 

821.  Ung  escequier  (échiquier)  d'argent,  carré,  le  bors  doré,  bien 
ouvré ,  avec  les  armes  de  Savoie  es  quatre  coins  et  xxxij  petiz  per- 
sonnages S argent  servant  d'eschaiz  audit  tableau. 

2-1-2.  Une  esguière  de  cristalin,  garnie  d'argent  doré,  bien  ouvrée, 
avec  une  couronne  d'argent  sus  le  couvecle. 

•2-i:\.  Une  aultre  esguière  de  porcelayne,  sus  gris,  garnie,  le  cou- 
vecle, le  piezet  le  manche,  d'argent  doré  bien  ouvré. 

224.  Deux  aultres  esguières  d'une  sorte  de  porcelayne  bleue  gar- 
nies les  couvecles  d'argent  doré. 

225.  Une  bericle  (lunettes),  garnie  le  manche  d'argent  et  au 
dessus  dudict  manche  ung  petit  lion  douré ,  pour  lyre  sur  ung  livre 

AULTRES   MENUTEZ,   ESTANS   AUDIT   CABINET,   SANS  ARGENT. 

226.  Deux  potequins,  une  fiole  et  deux  flacons  de  pâte  cuyte,  do- 
rez et  bien  ouvrez. 

227.  Ung  beau  gobelet  de  porcelayne  blanche,  à  couvecle,  painct 
à  l'entour  de  personnaiges  d'hommes  et  femmes. 

(J'omets  cinq  articles  de  Reloge  de  léton  doré.) 

228.  Ung  hercules  de  cuyvre,  tout  nuz,  tenant  en  sa  main  une 
masse  à  trois  bastons  tortillés. 

229.  Ung  enfant  assis  sur  ung  cheval  de  cuyvre,  sans  bride,  ni 
harnast,  painct  de  noir. 

230.  Ung  tablier  garnis  d'ivoire,  eschequeter  d'ung  costel  blanc 
et  noir  et  de  l'aultre  costé  pour  joué  au  plus  de  poins  et  il  y  a  une 
petite  quehue  de  serpent  de  mesme  pour  joué  ausdiz  poins. 

231.  Deuxescuelles,  l'une  moienne,  toutes  deux  d'ung  beau  bois 
vernis ,  les  bors  dorez  à  manches ,  les  fondz  painct  d'or  et  de  verd , 
venues  des  Indes. 

(Je  crois  inutile  de  citer  plusieurs  échiquiers  et  tabliers.) 

232.  Une  mort  fête  d'ivoire,  droite  entre  trois  petits  pilliers, 
tenant  ung  escripteau  en  sa  main. 

233.  Une  petite  liette,  le  fond  d'asul ,  les  bors  verd  où  il  y  a 


88  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

les  personnaiges  suyvans,  assavoir:  Saturnus,  Jupiter, Mars,  Sol, 
Venus,  Mercurius  et  Luna. 

234.  Ung  cheval  de  bois,  bien  taillé ,  sans  selle,  ni  harnast. 

(Je  passe  plusieurs  jeux  d'échecs  d'ivoire,  de  cassidoine,  de  bois  peint.) 

235.  La  portraiture  de  feu  Conralt,  fol  de  l'empereur,  taillé  en  bois. 

236.  La  portraiture  en  toille  d'ung  jeusne  enfant,  tenant  ung 
papegay  sur  sa  main,  habillé  d'ung  seon  cramoisy,  quilete  de  drapt 
d'argent. 

237.  Une  aultre  paincture  d'ung  petit  enfant  plourant,  ayant  une 
petite  banière  devant  luy. 

238.  Ung  petit  tableau  d'une  jeusne  dame  fête  sur  papier  colé, 
le  fond  rouge ,  son  habit  de  drapt  d'or,  à  ung  escuson  en  chief ,  aux 
armes  de  Savoie. 

AULTRES  MENUTEZ,  ESTANS  AU  PETIT  CABINET,  OU  SONT  LES  CORAULX 
ET  JARDIN  DE  FLEURS  DE  SOIE  ,  FIL  DOR  ET  AULTRES  CHOSES  FAIT 
A  l'eSGULLE,  DONT  SENSUYT  LES  PIÈCES  ESTANS  1)' ARGENT. 

S'ENSUIT  LES  CORAULX  ET  AULTRES  CHOSES. 

239.  Deux  myroir  de  pâte  cuyte,  bien  ouvrez  et  dorez,  ayant 
chacun  ung  boton  et  hoppes  y  pendans. 

240.  Deux  grosses  pommes  et  ung  concombre,  de  terre  cuyte, 
painctz, 

241.  Ung  beau  tableau  auquel  est  painct  ung  homme  et  une 
femme  nuz ,  estant  les  piedz  en  l'eaue ,  le  premier  bore  de  mabre , 
le  second  doré  et  en  bas  ung  escripteau,  donné  par  monseigneur 
d'Utrecht. 

242.  Ung  petit  tableau  de  bois  d'une  Lucresse,  bien  taillée,  qui 
se  clôt  à  deux  fulletz. 

243.  Une  belle  M  de  bois,  bien  taillée  à  une  petite  chaynedebois, 
pendant  aux  lettres  du  nom  de  Jhesus. 

244.  Ung  livre,  escript  à  la  main,  couvert  de  velours  noir, 
intitulé,  la  Corone  Margaritique,  qui  se  commence  :  Plume  infelice. 

AULTRES  PARTIES  DE  MEUBLES. 

(Je passe  sous  silence  les  étoffes  pour  couvrir  les  meubles,  etc.) 

245.  Plus  receu  à  Bruxelles,  par  les  mains  de  Symonet,  varlet 
%  chambre  de  l'empereur,  les  parties  de  painctures  qui  s'en  suyvent: 


1 1« .  n 

premier  ;  la  ponrtraictiire  tle  l'empereur  moderne ,  Cbarlei ,  \ r  de  ce 

nom,  tirée  après  le  riefet  faiete  par  compati  sur  toille,  fort  bonne. 

-'<<;.  La  poortraietore  do  la  revue  Mme  douairière  d'Oogrie, 

aussi  bide  sur  toille,  de  mendre  grandeur  que  la  précédente. 

2  î  T.  Ung  tableau  double ,  de  cyprès ,  déanj  lequel  sont  pourtraitz 
lei  piemien  fils  et  tille  du  roy  des  Romans. 

248.  Aultre  semblable  tableau  où  sont  aussi  pourtraiz  les  secondes 
fils  et  filles  dudict  seigneur  roy  des  Romains. 

LES  PIÈCES  DE  VAICELLES  DOR  ET  D  ARGENT  CY  APRES  ESCRIPTES 
SONT  ES  MAINS  DUDICT  GARDE  JOYAULX,  ENSEMBLE  LES  RICHES 
TAPPISSERIES  ET  AULTRES  BIENS  MEUBLES  CY  APRÈS  ESCRIPTS  : 

249.  Une  grande  couppe  d'or  ouvrée  à  feuillages  pesant  vim  i°  xme. 
(On  lit  en  marge  :  )  Cette  première  couppe  d'or  et  du  corps  de  la 
salière  est  parlé  au  me  article  suyvant,  ont,  par  ordonnance  de 
Madame ,  esté  rompues  et  en  sont  esté  faictes  trois  petites  couppes 
pour  en  servir  le  voiaige  de  Cambray  où  la  paix  fut  faiete  et  depuis 
Madame  les  donnyt  aux  marquise  d'Arscot,  contesses  d'Aygremont  et 
de  Gaure  qui  avoyent  esté  audit  Cambray. 

(Je  ne  cite  que  cet  article,  mais  les  autres  portent  des  mentions  de 
même  nature  qui  prouvent  combien  les  objets  d'orfèvrerie  ont  subi  de 
transformations  sous  la  pression  des  grandes  nécessités  comme  aussi 
au  moindre  propos.) 

TAPPISSERIES   GARNIES   DE   FIL   DOR,    D  ARGENT   ET   DE   SOIE 
ET    AULTRES   ESTOUFFES ,    COMME   SENSUYT  : 

250.  Premier  :  deux  pièces  de  tappisseries,  faictes  de  fil  d'or  et 
d'argent  et  de  soie,  bien  riche,  de  l'istoire  et  des  faiz  de  Alexandre 
le  Grant,  qui  sont  venue  d'Espaigne.  La  première  contient  vij  aulnes 
j  cart  de  haulteur  et  unze  aulnes  v  carts  de  l'argeur. 

251 .  Quatre  pièces  de  tappisseries  de  l'istoire  de  Ester,  bien  riche 
et  faictes  et  ouvrés  d'or  et  d'argent  et  de  soie,  qui  sont  venues  de  la 
maison  de  céans. 

252.  Trois  pièces  de  tappisserie  du  credo,  belles  et  riches,  où  il  y 
a  de  l'or  et  de  la  soye,  qui  sont  venuez  d'Espaigne. 

253.  Une  pièce  de  tappisserie  de  Alexandre. 

254.  Quatre  pièces  de  tappisserie  de  Sainct  Eslayne  (Ste  Hélène), 


90  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

sans  or  ne  argent,  qui  est*  venue  d'Espaigne,  garnie  de  bon  cran 
blanc. 

255.  Six  pièces  de  tappisserie  appellée  la  cité  des  Dames  données 
par  ceulx  de  Tornay. 


TAPIS   VELUZ. 
TAPPISSERIE   DE   MORISQUE. 


256.  Six  pièces  de  tappisserie  de  maroquin  rouge,  bourdée  de 
mesme  cuyr,  figuré  de  drap  d'or  sur  verd,  et  menuz  personnaiges,  à 
trois  pilliers  chacune  pièce,  la  brodure  d'ambas  à  seraines  (Sirennes). 

COUSSINS   DE   MORISQUE. 

257.  Quatre  coussins,  ouvragé  de  Turcquie,  oppées  (houppes)  de 
soye  verde  et  rouge,  dont  il  y  a  v  ouppes  perdues. 

RICHE   TAPPISSERIE  ,  OUVRÉE   DE   FIL   DOR ,    D'ARGENT  ET  DE  SOYE 
NOUVELLEMENT   ACHETÉE   PAR   MADAME. 

258.  Premier  :  Une  belle  et  riche  pièce  de  tappisserie  de  v  aulnes 
de  haulteur  et  de  v  aulnes  cart  eschars,  de  largeur,  historiés  comme 
Nostre  Seigneur  pourtoit  la  croix  à  sa  Passion. 

(Les  sept  pièces  suivantes ,  que  j'omets,  représentaient  autant  de  sujets 
de  la  Passion.  On  lit  à  la  suite ,  écrit  d'une  autre  main  :  ) 

259.  Depuis  c'est  Inventaire  fait,  a  reçu  le  dit  garde  joyaux  ung 
riche  ciel  de  tappisserie  —  fait  par  Piètre  Pannemarie  à  Bruxelles  , 
ouquel  est  figuré  Dieu  le  Père  et  le  St  Esprit ,  environnez  de  plu- 
sieurs anges. 

HORNEMENS   DE   CH APPELLE. 
LINGE   DE   TARLE. 

260.  Une  riche  nappe  damassée  de  grandes  fleurs,  de  xij  aulnes 
j  quart  de  long  et  iiij  aulnes  de  largeur. 

261 .  Uneaultre  nappe,  ouvraigede  Tournay,  contenant  vij  aulnes 
de  long  et  iij  aulnes  de  large. 

262.  Une  aultre  grosse  nappe ,  ouvraige  de  Venise. 

263.  Une  nappe  en  touaille  damassée,  figurée  de  la  Passion  au 
milieu  et  aussi  du  nom  de  Jésus. 


INVENTA  I  it  l'.    DBS    FABLIAUX,    i.TC.  91 

De  toutes  lesquelles  pièces  de  vaicelle  d'or,  d'argent,  tappisseries 
et  attitrés  biens  meuble*,  éstaoi  présentemtftnt  es  mains  des  officiers 
c]  deranl  nommés  on  d*auUres  officiera  advenir —  (Ils  m  tiennent 

WmpUi).  Ainsi  fait  et  COOclud  par  madite  Dame  ,  en  la  ville  d'Anvers, 
le  wij  d'avril  m.  V  xxiiij. 

(Signé)  Marguerite. 

(  Troie  feuillets  sont  encore  couverts  des  additions  faites  depuis  la  mort 
de  la  duchesse ,  ils  ne  m'offrent  rien  de  particulier  à  noter.) 

Un  registre  petit  in-folio,  parchemin,  de  141  feuillets,  relié  en 
maroquin  rouge,  aux  armes  de  Colbert. 


EXPLICATION 


DU 


DRAPEAU  DIT  DE  JEANNE  HACHETTE, 

CONSERVÉ   A   L'HÔTEL  DE   VILLE   DE  BEAU  VAIS. 


Ce  monument  est  d'un  véritable  intérêt  ;  mais  il  faut  convenir  qu'il 
a  un  grand  tort  aux  yeux  des  citoyens  de  Beauvais ,  c'est  de  ne 
pouvoir  être  celui  que  Jeanne  Laisné  (connue  sous  le  faux  nom  de 
Jeanne  Hachette),  avait  enlevé  aux  Bourguignons  en  1472. 

J'en  ai  déjà  parlé  dans  un  feuilleton  du  journal  Y  Assemblée 
Nationale  relatif  à  la  légende  de  Jeanne  Hachette;  mais  je  n'avais 
alors  d'autre  guide  que  la  description  donnée  par  M.  Doyen,  histo- 
rien de  Beauvais  :  or  cette  description  n'était  pas  complète,  et  mon 
explication  fut  inexacte.  Depuis  cet  article,  j'ai  pu  consulter,  grâce 
à  l'obligeance  éclairée  d'un  antiquaire  de  Beauvais,  l'excellent  procès- 
verbal  dressé  par  MM.  Borel  et  du  Coudray,  le  13  juillet  1790,  et 
c'est  à  ce  procès-verbal,  à  une  sorte  de  calque  réduit  de  l'étendard, 
enfin  à  la  vue  du  drapeau  même,  que  je  m'en  suis  définitivement 
rapporté  (Voy.  la  pi.  1 38). 

Il  a  la  forme  d'une  enseigne  ;  il  se  rétrécit  graduellement  vers  le 
haut  et  finit  en  pointe  ;  le  temps  ne  semble  lui  avoir  enlevé  qu'une 
longueur  de  deux  ou  trois  pieds,  à  son  extrémité  pointue.  Il  présente 
six  objets  distincts  dont  je  crois  avoir  reconnu  l'intention,  et  qui, 
tous,  méritent  une  description  particulière.  Je  commencerai  par  la 
partie  la  plus  rapprochée  du  haut  de  la  hampe  ou  bois  de  lance. 

I.  Ecu  entouré  du  collier  de  la  Toison  d'Or,  et  resserré  entre  deux 
colonnes  en  forme  de  chandelier,  qui  figurent  ordinairement  les 
colonnes  d'Hercule.  L'écu  est  composé  de  seize  petits  quartiers, 
qu'il  faut  réduire  à  quatre  grandes  pièces.  C'est  ce  que  les  blason- 
rieurs  appellent  un  écartelé  contre-écartelé. 

La  première  et  la  quatrième  de  ces  pièces  sont  aux  armes 
d'Espagne  :  champ  de  gueules  à  la  tour  d'or  (Castille),  écartelé  de 
sable  au  lion  d'or  (Léon). 

La  deuxième  pièce  et  la  troisième  sont  aux  armes  d'Autriche  et  de 


ni;  mm.  m    dit  de  JKANiNK  BACH]  iii  93 

Bourgogne.  L'aigle  noir  du  premier  et  du  quatrième  quartier  est 
d'Autriche  ;  la  Qear  de  lis  d'or  orlée  du  second  quartier  est  de  Bour- 
gogne nouveau  ,  et  les  bandes  du  troisième  quartier  sont  de 
Bourgogne  ancien. 

De  telles  armes  indiquent  nécessairement  un  prince  à  la  fois  roi 
d'Espagne,  archiduc  d'Autriche  et  duc  de  Bourgogne.  Or,  le  royaume 
d'Espagne,  le  titre  d'archiduc  et  le  duché  de  Bourgogne  n'ont  pas 
été  réunis  avant  l'empereur  Charles-Quint  et  son  fils  Philippe  II. 

II.  La  deuxième  pièce  placée  au-dessous  de  l'écu  que  nous  venons 
de  reconnaître,  est  un  second  écu,  un  peu  moins  grand  que  le 
premier.  C'est  le  lion  de  Flandre,  province  dépendante  dé  l'ancien 
duché  de  Bourgogne. 

III.  Entre  l'un  et  l'autre  écu,  et  pour  accompagner  les  colonnes 
d'Hercule  du  premier,  se  déroule  une  devise  que  Willemin  a  cru 
pouvoir  deviner  :  Je  Vai  empris,  parce  que  telle  était  celle  des  ducs 
de  Bourgogne.  Mais  le  procès-verbal  de  1790,  bien  autrement 
respectable  que  la  gravure  de  Willemin,  déclare  «  qu'au-dessus  de 
«  l'écusson  est  un  rouleau  de  trois  plis  sur  lequel  on  ne  lit  plus 
«  distinctement  que  ces  lettres  :  PLVS  QVE  —  TRE.  »  11  est  fort 
aisé  de  reconnaître  ici  la  devise  de  Charles-Quint  qui  l'adopta  pour 
la  première  fois  en  1536,  au  retour  de  l'expédition  d'Alger.  «  Il  la 
prit,  dit  le  père  Menestrier  (1),  pour  montrer  qu'il  avait  passé  en 
Afrique,  au  delà  des  colonnes  d'Hercule.  »  En  adoptant  sans  con- 
trôle la  lecture  de  MM.  Borel  et  du  Coudray,  on  pourrait  lire  plus 
que  oultre  ;  mais  il  est  plus  naturel  d'admettre  qu'ils  ont  pris,  comme 
il  était  aisé  de  le  faire,  les  lettres  oui  pour  que,  et  qu'ils  auront  alors 
supposé  une  lacune  qui  n'existait  pas  de  leur  temps  dans  la  devise 
conservée.  Je  préfère  donc  lire  plus  oultre,  comme  étant  plus  régu- 
lier que  plus  que  ire. 

La  conclusion  de  ce  qui  précède  est  déjà  que  le  drapeau  ne  peut 
avoir  été  fait  avant  1536.  L'écu,  l'écusson,  la  devise  semblent 
également  aboutir  au  règne  de  Charles-Quint. 

Cependant  le  drapeau  ne  doit  avoir  été  exécuté  qu'en  1557,  plus 
d'un  an  après  l'abdication  de  l'empereur  en  faveur  de  son  fils 
Philippe  II.  S'il  datait  du  règne  de  Charles-Quint  empereur  et  roi , 
l'écu  serait  surmonté  de  la  couronne  impériale,  fermée;  l'aigle  de 
la  seconde  pièce  serait  placé  à  la  première  ou  formerait  un  écusson 
d'honneur  :  il  n'y  a  rien  de  pareil  ici. 

(1)  Discours  de  la  nature  des  Devises,  p.  2?. 


94  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

IV.  Saint  Laurent  armé  de  son  gril.  Cette  ligure  très-facile  à 
reconnaître ,  se  lie  à  un  grand  souvenir  historique.  Philippe  II,  époux 
de  Marie,  reine  d'Angleterre ,  avait  en  1557,  dirigé  sur  la  Picardie 
une  armée  formidable,  composée  de  cinquante  mille  Espagnols, 
Flamands  et  Bourguignons ,  et  de  huit  ou  dix  mille  archers  anglais. 
Saint-Quentin  fut  assiégé,  et  le  matin  du  10  août  commença  la 
bataille  la  plus  sanglante  que  l'on  eût  livrée  depuis  Pavie.  Les 
Français  mis  en  complète  déroute  l'appelèrent  la  défaite  de  Saint- 
Quentin  ;  et  leurs  adversaires  voulant  pieusement  en  partager  l'hon- 
neur avec  le  saint  dont  la  fête  tombait  ce  jour-là,  ne  la  désignèrent 
jamais  que  sous  le  nom  de  la  bataille  de  Saint  Laurent. 

Rentrés  en  triomphe  dans  leurs  villes  de  Calais,  d'Arras  et  de 
Therouenne,  dans  leurs  pays  de  Bourgogne  et  de  Flandre,  les 
vainqueurs  ne  manquèrent  pas  avant  de  se  séparer  de  célébrer  des 
tournois,  d'assister  à  des  processions  et  surtout  de  présenter  des 
offrandes  en  mémoire  de  cette  bataille  mémorable.  C'est  pour  une 
de  ces  fêtes,  ou  pour  l'accomplissement  d'un  de  ces  vœux  que 
l'étendard  de  Beauvais  doit  avoir  été  exécuté.  Et  ce  qu'il  nous  en 
reste  à  décrire  va  le  prouver  mieux  encore. 

V.  Deux  arquebuses  retenues  en  sautoir  par  l'ancien  fusil  ou 
briquet  de  Bourgogne.  Le  sautoir  figure  heureusement  la  croix  de 
Saint-André,  signe  de  reconnaissance  particulier  aux  Bourguignons. 

VI.  Quatre  lettres  de  forme  gothique.  On  a  cru  pouvoir  retrouver 

dans  ces  lettres  le  mot  Burg  :  cette  lecture  n'est  pas  admissible,  1°  à 

cause  d'un  signe  de  forme  ovale  placé  au-dessus  des  lettres  ;  2°  parce 

que  la  quatrième  lettre  doit  être  l'initiale  d'un  second  mot,  puisqu'elle 

est  hors  ligne,  plus  grande  et  plus  ornée;  3°  enfin  parce  que  ces 

lettres  sont  à  demi  entourées  d'une  double  bandelette  dont  la  forme 

est  celle  du  grand  collier  de  l'ordre  de  la  Jarretière.  «  Ce  collier,  dit 

k  Wulson  de  La  Colombière  (l),  est  composé  de  plusieurs  jartières 

«  reprises  à  plusieurs  doubles.  » 

© 
Les  lettres  sont  donc:  Hni  Q.?  et  il  faut  les  lire  Honi  qai.  Le 

reste  de  la  devise  mal  y  pense  devait  se  trouver  à  l'extrémité  non 
conservée  de  la  bannière. 

Ainsi,  les  vainqueurs  de  Saint-Quentin  auront  fait  exécuter  le 
drapeau  de  Beauvais  pour  accomplir  un  vœu  de  reconnaissance 
envers  saint  Laurent,  ou  pour  l'employer  à  la  décoration  d'un 
tournoi.  Ils  mirent  à  la  place  d'honneur  et  à  la  droite  de   saint 

(l)  Théâtre  d'honneur,  t.  I,  p.  576. 


DRAPEAU   DIT   DE   I1A1UII    HACHBTT1  (.»:> 

ni  les  armes  personnelles  du  chef  suprême,  le  roi  (TEspaj 

puis  le  collier  de  la  Toison  d'Or,  donl  Philippe  II  était  devenu  le 
chef,  et  la  devise  de  Charles-Quint  que  le  lils  conserva  jusqu'à  la 
mort  de  son  père.  A  la  gauche  du  saint,  ils  figurèrent  ce  qui  pouvait 
le  mieux  désigner  les  Bourguignons  et  les  Anglais!  c'est-à-dire  la 

Croil  de  Saint  André,  le  collier  et  la  devise  de  l'ordre  de  la  Jarretière. 
Il  n  y  a  p;is  jusqu'au  bâton  noueux  qui  surmonte  le  collier  de  l'ordre 
qu'on  n'ait  le  droit  de  regarder  comme  l'arbalète  des  archers  anglais , 
dont  la  réputation  était  depuis  longtemps  justement  méritée. 

Certainement  qu'un  pareil  drapeau,  bien  que  tout  différent  de 
ce  que  l'on  supposait,  est  encore  d'un  grand  prix.  A  part  les 
souvenirs  qui  lui  pourraient  faire  préférer,  dans  l'esprit  des  habi- 
tants de  Beauvais,  l'étendard  de  Jeanne  Laisné,  on  en  citerait 
difficilement  un  autre  qui  méritât  mieux  d'être  religieusement  con- 
servé et  de  figurer  honorablement  dons  une  fête  patriotique. 

Qu'on  ne  me  demande  pas  comment  il  est  devenu  la  propriété  de 
la  ville  de  Beauvais  :  c'est  aux  archives  de  la  ville  a  nous  éclairer 
sur  ce  point,  et  si  elles  s'en  taisent,  nous  n'avons  rien  à  dire. 
Cependant,  il  est  permis  de  remarquer  que  les  Français  s'emparèrent 
de  Calais  l'année  qui  suivit  la  bataille  de  Saint-Quentin,  et  que  cette 
ville  rentra  pour  jamais  dans  les  domaines  du  roi  de  France.  Il  se 
pourrait  qu'un  capitaine  français,  originaire  de  Beauvais,  eût  trouvé 
le  drapeau  de  saint  Laurent  suspendu  aux  voûtes  de  quelque  église 
ou  de  la  maison  commune,  et  qu'il  l'eût  glorieusement  rapporté  dans 
sa  ville  natale.  Mois  je  présente  cela  à  titre  de  conjecture,  sans 
avoir  pour  moi  l'autorité  d'un  témoignage  contemporain. 

Le  drapeau  continuera  probablement  de  figurer  à  la  belle  et 
patriotique  procession  de  Sainte- Angadrême  ;  les  jeunes  filles  se 
disputeront  toujours  l'honneur  de  le  porter,  sinon  comme  l'étendard 
de  leur  Jeanne  Laisné,  au  moins  comme  un  second  trophée  non 
moins  glorieux,  non  moins  digne  de  respect.  On  ne  me  reprochera 
pas  d'avoir  restitué  sa  date  véritable  et  son  exacte  signification  :  le 
malheur  eût  été  d'être  conduit  à  prouver  qu'il  n'avait  rien  de  com- 
mun avec  le  siège  de  Beauvais,  sans  dire  ce  qu'il  était  réellement. 
Grâce  au  ciel,  la  vérité  ne  lui  fera  rien  perdre  de  sa  valeur,  et  la 
ville  de  Beauvais,  fière  maintenant  de  deux  trophées,  pourra  placer 
de  l'effigie  de  son  héroïne,  l'étendard  enlevé  aux  insolents 
\ainqueurs  de  la  journée  de  Saint-Quentin. 

# 

Paulin  Taris. 


LE  CHATEAU  DE  CORBEIL 

(seine-et-oise). 


La  plupart  de  ceux  qui  habitent  ou  visitent  Melun ,  Corbeil , 
Étampes ,  ne  se  doutent  guère  que  ces  petites  cités  se  soient  partagé 
pendant  plusieurs  siècles  la  gloire  et  la  grandeur  dévolues  plus  tard 
à  Blois,  Saint-Germain  en  Laye  et  Versailles,  dont  le  séjour  leur  fut 
successivement  préféré,  après  que  les  châteaux  de  Chinon  et  de 
Loches  eurent  eu  l'honneur  de  donner  asile  au  malheureux  Char- 
les VII;  que  Louis  XI  se  fut  volontairement  emprisonné  dans 
celui  du  Plessis-lez-Tours,  où  il  mourut  en  1483,  et  qu'Amboise 
eut  vu  naître  et  mourir  Charles  VIII,  le  vainqueur  éphémère  de 
l'Italie. 

Il  est  vrai  que  les  derniers  vestiges  du  château  royal  de  Melun  ont 
disparu  à  la  fin  du  dernier  siècle;  on  sait  seulement  qu'il  occupait 
la  pointe  occidentale  de  l'île  baignée  par  la  Seine.  Étampes ,  plus 
heureux,  montre  encore  avec  orgueil  la  vieille  tour  de  Guinette , 
principal  vestige  de  la  demeure  de  nos  rois  ;  à  Corbeil ,  il  ne  reste  plus 
en  quelque  sorte  que  la  pierre  du  témoignage,  dans  cette  tour  que 
fit  écimer  le  dernier  duc  de  Villeroy,  seigneur-engagiste  du  comté 
de  Corbeil  ;  sa  base  carrée  occupe  Tune  des  faces  de  la  place  Saint- 
Guenault ,  sur  laquelle  elle  forme  avant-corps.  C'est  de  ce  dernier 
château  que  nous  allons  parler. 

Le  réédiûer  n'est  pas  chose  facile ,  si  on  se  le  représente  lorsque 
le  dernier  comte  de  cette  ville  le  délaissa  forcément  à  la  royauté,  au 
XIIe  siècle;  car  il  n'y  a  pas  à  douter  qu'il  reçut  de  notables  ac- 
croissements ,  quand  Louis  le  Gros ,  vainqueur  de  Hugues  de  Pui- 
set  eut  résolu  de  l'habiter.  La  partie  encore  debout  accuse  cette 
époque ,  malgré  les  changements  opérés,  surtout  à  l'intérieur,  pour 


CORBEIL.  97 

l'approprier  à  l'usage  auquel  elle  semble  désormais  consacrée  (i); 

mus  M  n'était  pas,  assurément,  la  partie  la  plus  ancienne  de  cet 
édifice ,  dont  on  sait  que  la  construction  primitive  remontait  au 
I  -lècle;  et  cette  forteresse,  premier  n<»au  du  Nouveau-Corbcil, 
mil  été  bâtie  à  la  jonction  de  la  Juisne  à  la  Seine,  pour  arrêter  les 
incursions  presque  fabuleuses  des  hommes  du  Nord. 

Dans  un  poëme  latin  écrit  par  Pierre  Le  Venier,  chanoine  péni- 
tencier d'Auxerre,  qui  invitait  Nicolas  Lemercier,  son  ami,  à  venir 
passer  ses  vacances  en  cette  ville,  vers  le  milieu  du  dernier  siècle,  il 
ne  lui  trace  point  d'autre  route  que  les  bords  de  la  Seine ,  et  en  pas- 
sant par  Corbeil ,  traversé  par  ce  fleuve,  il  lui  dit  : 

«    Tùm  littore  trito 

«  Regia  mirantem  partitis  tecta  Trichoris  , 
«  Antiquam  te  Corbolii  via  ducet  ad  arcem, 
«  Purus  ubi  Stampis  lapsus  decurrit  Junna.  » 

Ainsi ,  ces  vers  nous  apprennent  que  ce  château  était  partagé  en 
trois  corps  de  bâtiment,  le  fond  et  les  deux  ailes.  La  cour  des  bâti- 
ments actuels  semble  l'annoncer,  si  toutefois  c'est  sur  les  anciennes 
fondations  qu'ils  sont  bâtis.  Trichora,  suivant  Casaubon ,  signifie  un 
édifice  à  trois  faces  :  et  le  chancelier  de  L'Hôpital  l'emploie  dans  ce 
sens  dans  ses  poésies  latines.  Bien  évidemment  la  portion  encore  de- 
bout formait  une  des  ailes  de  cet  édifice,  et  bien  qu'elle  nous  semble 
appartenir  au  commencement  du  XIIe  siècle ,  ainsi  que  nous  l'avons 
déjà  dit,  elle  est  néanmoins  sans  aucune  espèce  d'ornementation. 
Nous  lui  donnons  cette  date ,  parce  qu'elle  est  construite  en  pierre 
de  grand  appareil.  Ses  murs  n'ont  pas  moins  de  deux  mètres  d'épais- 
seur ;  trois  de  ses  faces  sont  appuyées  par  des  contre-forts  dont  la 
hauteur  varie  ;  leur  forme  est  celle  d'un  pilastre.  Les  fenêtres  qui 
l'éclairent  ont  toutes  perdu  leur  caractère  primitif.  La  partie  infé- 
rieure de  ce  monument  est  seule  voûtée.  Ce  n'est  pas  la  moins  cu- 
rieuse. Sa  toiture  est  aiguë  et  semblable  à  celle  d'un  pavillon. 

On  sait  que  Louis  le  Gros  en  montant  sur  le  trône  trouva  la  puis- 
sance royale  bien  réduite;  le  seul  duché  de  France  lui  appartenait, 
le  surplus  de  ses  États  appartenait  à  ses  vassaux ,  qui ,  se  prétendant 
indépendants  dans  leurs  domaines,  étaient  toujours  en  révolte  contre 
lui  ou  entre  eux.  Il  lui  fallut  sans  cesse  avoir  les  armes  à  la  main 
pour  les  combattre.  L'un  des  plus  indomptables  fut  ce  Hugues,  sei- 

(1)  On  en  a  fait  un  magasin  à  blé  et  à  farine ,  réclamé  par  la  proximité  de  nos 
moulins  à  l'anglaise  ,  si  connus  des  amateurs  de  belles  mécaniques. 

vu.  7 


98  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

gneur  du  Puiset.  Assiégé  une  première  fois  dans  son  château ,  il  y 
fut  fait  prisonnier  et  obtint  son  élargissement  moyennant  la  cession 
du  comté  de  Corbeil.  Il  se  révolta  bientôt  encore,  et  fut  attaqué  par 
l'abbé  Suger  qui  fut  repoussé.  Le  roi  vint  en  personne  commander 
son  armée  et  fut  plus  heureux.  La  forteresse  du  Puiset,  prise  de  nou- 
veau ,  fut  entièrement  rasée.  On  croit  que  Hugues  périt  dans  cette 
occasion ,  du  moins  il  n'en  est  plus  fait  mention  dans  l'histoire  à 
partir  de  cette  époque. 

Dès  lors  incorporé  au  domaine  royal,  Corbeil  fut  souvent  visité  par 
nos  rois ,  qui  prirent  possession  du  château  où  leurs  vassaux  avaient 
jadis  étalé  leur  orgueil.  Sept  ans  après  avoir  soumis  et  châtié  ce  re- 
belle, Louis  le  Gros  vint  en  cette  ville  (novembre  1119),  accom- 
pagné d'Adélaïde  de  Savoie  (2),  son  épouse,  du  pape  Calixte  II, 
oncle  de  cette  princesse,  et  d'une  nombreuse  cour  ;  ce  qui  prouve  que 
le  château  royal  était  d'une  certaine  étendue.  Les  chanoines  d'Etampes 
vinrent  alors  visiter  le  pontife  et  l'entretenir  de  leurs  différends  avec 
les  moines  de  l'abbaye  de  Morigny  (3). 

Il  paraît  certain  que  l'affranchissement  de  la  commune  de  Corbeil 
avait  été  octroyé  avant  sa  réunion  au  domaine  de  la  couronne,  puisque 
Louis  le  Gros  pour  preuve  de  l'afiection  qu'il  portait  à  ses  habitants, 
leur  accorda  le  privilège  de  n'aller  à  la  guerre  (on  sait  qu'alors  les 
communes  seules  étaient  assujetties  au  service  militaire)  que  deux  fois 
l'année,  et  de  ne  pas  s'éloigner,  dans  cette  circonstance,  au  delà  de 
douze  lieues  de  leurs  demeures.  Il  donna  aussi  au  clergé  de  cette  cité 
de  grandes  marques  d'attachement  :  deux  de  ses  fils  furent  successive- 
ment abbés  de  la  collégiale  Saint-Spire  (4)  ;  et  ce  chapitre,  aussi  bien 
que  celui  de  Notre-Dame,  en  la  même  ville,  fut  autorisé  à  porter  le 
titre  à' Abbaye  royale. 

(2)  On  connaît  la  tendresse  de  Louis  pour  son  épouse;  il  voulut  que  les  chartes 
et  autres  monuments  de  cette  nature  fussent  datés  des  années  de  son  règne  et  de 
celles  du  couronnement  de  la  princesse.  Quelques  critiques  ont  cru  voir  dans  cette 
condescendance  une  preuve  authentique  et  de  la  faiblesse  du  mari  et  de  l'ambition 
de  la  femme ,  fondée  sur  la  conduite  d'Adélaïde ,  qui ,  aussitôt  après  la  mort  du  roi 
(1137) ,  se  remaria  au  connétable  Mathieu  de  Montmorency.  Cette  alliance  qui  pa- 
raîtrait singulière  de  nos  jours,  était  alors  autorisée  par  plusieurs  exemples.  Quel- 
ques années  plus  tard  (1153),  cette  princesse  se  retira,  du  consentement  de  ce  der- 
nier, à  l'abbaye  Montmartre  ,  dont  elle  était  la  fondatrice  et  y  mourut  en  1 154. 

(3)  L'abbé  Lebeuf,  Histoire  du  diocèse  de  Paris,  t.  XI ,  p.  222. 

(4)  Ce  saint  dont  le  culte  est  plus  connu  que  la  vie,  existait  au  IVe  siècle  ;  il  a  été 
le  premier  évêque  de  Bayeux  Ses  reliques  ont  été  apportées  dans  le  voisinage  de 
Corbeil  lors  des  incursions  des  Normands  au  IXe  siècle,  et  transférées  en  cette  ville 
dans  le  siècle  suivant,  par  le  comte  Haymon,  fondateur  de  la  collégiale  de  Saint- 
Spire  ,  aujourd'hui  église  paroissiale  sous  le  même  titre. 


M  Mil'.  II!  90 

Henri  de  France  sortait  du  monastère  do  Clairvaux  quand  il  fut 
placé  A  la  tète  du  chapitre  de  Saint-Spire  ,  81  J  trouva  la  corruption 
du  tiède]  UMMM  il  «i> nit  été  nourri  de  la  discipline  lévèréfU  Saint- 
Homard,  il  voulut  w\  entreprendre  la  réforme  :  sos  chanoines  lo  trou- 
fèrenl  ridicule  ,  et  porteront  plainte  à  la  cour  de  Rome,  qui  oe  par- 
vint à  lui  faire  abandonner  ses  projets  («  148)  qu'on  l'élevant,  à  l'éxèché 
de  Béarnais.  Il  avait  certainement  été  l'un  do<  bienfaiteurs  de  cette 
collégiale,  puisqu'elle  célébrait  l'anniversaire  de  sou  décès.  Ce  prélat 
eut  aussi  de  uraudes  querelles  avec  les  habitants  de  Boauvais,  tou- 
chant les  libertés  municipales.  Peut-être  fut-ce  pour  calmer  les  Beau- 
voisins,  qui  s'étaient  alors  révoltés  contre  lui,  qu'il  fut  transféré 
à  rareheuVhé  do  Boims  ,  siège  sur  lequel  il  mourut  le  13  no- 
vembre 1175. 

Philippe,  nommé  abbé  de  Saint-Spire  par  la  démission  de  son 
frère ,  avait  été  marié  à  une  des  filles  de  Thibault  II,  comte  de  Cham- 
pagne, dont  il  se  sépara  pour  cause  de  parenté.  En  prenant  possession 
titre,  il  gratifia  le  clergé  de  celte  collégiale  du  revenu  des  pré- 
bendes vacantes.  Ce  prince  qui  était  d'humeur  douce  et  facile,  ne  se 
mêla  pendant  sa  vie  d'aucune  affaire,  et  montra  une  grande  modestie 
en  refusant  le  siège  de  Paris ,  dont  il  était  archidiacre,  pour  y  laisser 
arriver  le  savant  docteur  Pierre  Lombard,  stirttommé  le  Maître  des 
sentences  magisler  sentenliarum) ,  qui  avait  été  son  précepteur.  Ses 
-  inhumés  dans  l'église  Saint-Etienne,  furent  depuis  transférés 
dans  la  basilique  Notre-Dame;  on  lisait  sur  sa  tombe  :  Hicjacet  Phi- 
lippus  filins  Ludovici  Crassi,  régis  Francorum,  archidiaconus  ecclesiœ 
Parisicnsis  qui  obiït  anno  1161. 

On  conserve  encore  plusieurs  chartes  du  roi  Louis  le  Jeune,  qui 
sont  datées  de  Corbeil.  Ce  monarque  y  confirma,  en  1 142,  une  dona- 
tion faite  aux  religieux  de  Saint-Maur- lès-Fossés;  et  y  résidait  encore 
l'année  suivante ,  lorsque  saint  Bernard,  dont  le  nom  seul  exprime 
tout  ce  que  la  vertu  a  de  plus  pur,  tout  ce  que  le  génie  û  de  plus 
éle\é  ,  tout  ce  que  I  éloquence  a  de  plus  entraînant,  tout  ce  que  l'au- 
torité du  talent  a  de  plus  glorieux,  qui  du  fond  de  sa  solitude ,  gou- 
vernait l'Eglise  et  le  monde,  vint  l'y  trouver  pour  l'entretenir  de  l'in- 
cendie de  Vitry  en  Perthois,  et  du  massacre  des  prisonniers  renfermés 
Ailla  1'églÎM  de  ce  bourg,  par  ses  soldats ,  malheurs  dont  ce  prince 
était  l'unique  cause!  L'histoire  nous  a  consené  l'énergie  de  ses  re- 
proches ,  à  Louis  le  Jeune,  dans  cette  circonstance.  La  démarche  du 
pieux  cénobite  toucha  vivement  le  cœur  du  roi ,  qui  lit  la  paix  avec  le 
comte  de  Champagne,  et  consentit,  pour  expier  ce  crime  ,  à  faire  le 


iOO  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

voyage  de  la  Terre  Sainte  en  personne.  On  sait  quel  fut  le  fruit  de 
cette  expédition  ,  dévotement  sans  doute ,  mais  trop  inconsidérément 
entreprise,  où  tous  les  plus  grands  seigneurs  du  royaume  suivirent  ce 
monarque.  Il  fut  défait  par  les  Sarrasins  et  revint  en  France  en 
fugitif  (1147). 

Durant  le  règne  de  ce  prince ,  le  cardinal  Viviers ,  légat  en  France 
du  pape  Alexandre  III ,  vint  au  château  de  Corbeil ,  entre  les  années 
1160  et  1170;  Thomas  Becket,  archevêque  de  Cantorbéry,  qui  s'y 
trouvait  alors,  conféra  avec  lui  pour  concilier  la  paix  entre  Louis  VII 
et  Henri  II  d'Angleterre.  Saint-Pierre  de  Tarentaise,  qui  succéda  à 
ce  cardinal  dans  sa  légation ,  y  fut  reçu  avec  magnificence  durant 
l'hiver  de  1174.  Le  prévôt  avait  reçu  du  roi ,  l'ordre  de  se  rendre  sur 
la  route  de  Melun ,  au-devant  de  lui ,  et  de  le  loger  dans  son  propre 
château  :  In  regia  domo.  Ce  légat  séjourna  assez  longtemps  en  cette 
ville,  pour  y  suivre  l'affaire  commencée  par  son  prédécesseur. 

A  la  mort  de  Louis  VII ,  Adèle  de  Champagne ,  sa  veuve ,  et  la 
première  de  nos  reines  qui  ait  eu  son  douaire  assigné  sur  le  domaine 
de  Corbeil,  aima  à  en  habiter  le  château.  On  a  plusieurs  lettres  d'elle 
datées  de  ce  lieu.  Les  églises,  et  surtout  l'Hôtel-Dieu  de  cette  ville, 
se  ressentirent  des  libéralités  de  cette  princesse.  Elle  mourut  à  Paris, 
le  4  juin  1206,  et  fut  inhumée  dans  l'abbaye  de  Pontigny  au  diocèse 
de  Sens. 

Philippe  Auguste  vint  souvent  à  Corbeil.  On  sait  qu'il  confia  la 
tutelle  de  son  fils  unique,  né  de  son  mariage  avec  Isabelle  deHainaut, 
et  la  régence  du  royaume,  à  sa  mère,  durant  la  troisième  croisade 
(1190),  et  qu'il  lui  adjoignit,  comme  auxiliaire,  le  cardinal  de  Cham- 
pagne, son  oncle,  archevêque  de  Reims.  Cette  princesse  faisait  sa 
résidence  ordinaire  au  château  de  Corbeil;  ainsi,  Louis  VIII,  enfant, 
a  dû  nécessairement  y  demeurer  auprès  de  son  aïeule  pendant  la  prise 
d'Acre,  après  laquelle  Philippe,  attaqué  d'une  maladie  violente,  fut 
forcé  d'abandonner  la  Syrie  ;  quelques  historiens  rapportent  que  la 
gloire  seule  de  Richard  d'Angleterre  lui  fit  ombrage  et  le  détermina 
à  rentrer  en  France. 

Nous  ne  développerons  pas  l'histoire  de  la  malheureuse  union  de 
Philippe  Auguste  avec  la  princesse  lsburge,  sœur  du  roi  de  Dane- 
mark. Lamorlière  (5)  nous  a  transmis  le  récit  des  fêtes  de  ce  ma- 
riage qui  fut  célébré  avec  pompe  à  Amiens,  la  veille  de  l'Assomp- 
tion de  l'année  1193.  Le  motif  du  brusque  dégoût  manifesté  par 

(5)  Histoire  d'Amiens,  livre  I, p.  123. 


CORBEIL.  101 

Philippe  Auguste  pour  h  princesse,  aussitôt  après  l'avoir  épousa, 
en  reste  un  un Mrrc.  Si  l'on  en  croit  Etienne  dé  Tonrnay,  qui  l'écri- 
ant ii  Guillaume  de  Champegne,  Isburge  Calait  Sara  en  prudence, 
lirhrcca  en  sagesse,  Rachel  en  grâces,  Anne  en  dévotion,  Hélène 
en  beauté,  et  son  port  était  aussi  beau  que  celui  de  Polyxène  (6). 
Conçoit-on  après  cela  que  tant  de  perfections  aient  égalé  tant 
d'infortunes? 

Le  roi  ayant  obtenu  le  divorce  au  jugement  de  ses  barons  réunis 
à  Compiègne,  la  princesse  fit  appel  au  Saint-Siège  ;  sa  cause  se  trouva 
mêlée  à  la  grande  querelle  du  sacerdoce  et  de  la  royauté.  Les  ima- 
ginations furent  saisies  parles  sombres  couleurs  de  l'interdit  qu'Inno- 
oMit  111  jeta  sur  la  France  entière  pour  réduire  Philippe  Auguste  à 
la  reprendre.  Tous  actes  de  christianisme,  hormis  le  baptême  des  en- 
fants et  l'administration  du  viatique  aux  malades ,  furent  tout  d'abord 
interdits,  et  pendant  neuf  mois,  fort  peu  de  changements  furent 
apportés  à  cette  sentence. 

Pierre  de  Gapoue,  cardinal-légat,  venu  de  Rome  chargé  des 
foudres  du  Vatican,  séjourna  à  Corbeil ,  auprès  de  la  reine  douairière, 
dont  les  efforts  déterminèrent  enfin  le  roi  son  fils  à  reprendre  avec 
lui  celle  dont  la  beauté  et. les  vertus  méritaient  un  meilleur  sort,  et 
qui  fut  la  cause  involontaire  de  tant  de  maux.  L'antipathie  du  roi 
n'en  continua  pas  moins,  et  bientôt  la  princesse  fut  reléguée  à 
Étampes,  d'où  elle  ne  fut  rappelée,  douze  ans  après,  que  lorsque, 
accablé  par  la  maladie,  le  roi  se  sentit  près  de  sa  fin. 

Il  est  facile  de  concevoir  quels  dommages  causa  à  la  ville  de  Cor- 
beil ,  en  particulier,  la  suspension  du  culte  et  les  suites  naturelles  de 
cette  interruption  ;  tout  y  était  alors  établissements  ecclésiastiques; 
ce  ne  fut  pas  seulement  le  chapitre  de  Saint-Spire  qui  eut  à  en  souf- 
frir, mais  encore  toute  la  ville ,  qui  se  ressentit  toujours  si  efficace- 
ment du  concours  prodigieux  qu'y  attire  la  dévotion  aux  reliques 
de  ses  patrons  conservées  dans  son  église.  Isburge,  à  qui  Corbeil  et 
sa  châtellenie  avaient  été  donnés  en  douaire,  sembla  vouloir  réparer 
le  tort  causé  aux  habitants  de  cette  ville,  en  cette  malheureuse  cir- 
constance, en  la  choisissant  pour  sa  retraite ,  et  en  y  répandant  tous 
les  biens  en  son  pouvoir.  Elle  avait  un  instant  séjourné  dans  le  château 
de  cette  ville  pendant  son  divorce  ;  après  la  mort  de  son  époux  (1 223), 
elle  se  lixa  à  la  Commanderie  de  Saint-Jean-en-l'Isle,  fondée  par  elle 
sur  le  territoire  de  cette  ville  et  dont  elle  avait  fait  don  aux  chovalicrs 

(6)  Dreux  du  Radier,  Anecdoteg  des  reines,  t.  Il ,  p.  431. 


102  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

de  l'ordre  de  Saint- Jean  de  Jérusalem.  Cette  princesse  passa  dans 
cette  douce  et  paisible  retraite  les  derniers  jours  d'une  carrière  dont 
beaucoup  de  larmes  et  quelques  courtes  joies  s'étaient  partagé  en 
inégales  parts  la  touchante  destinée!  Elle  y  mourut  le  29  juillet  1236, 
et  fut  inhumée  au  milieu  du  chœur  de  l'église  (7). 

Louis  VIII  prenait  le  titre  d'abbé  de  Notre-Dame  de  Corbeil.  L'his- 
torien de  cette  ville  dit  que  le  roi  s'était  réservé  ce  titre  et  les  droits 
y  attachés,  pour  faire  cesser  les  contentions  et  querelles  qui  se  per- 
pétuaient dans  cette  collégiale  entre  l'abbé  et  ses  chanoines  (8).  Il  y 
a  apparence  que,  à  l'exemple  de  ses  prédécesseurs,  ce  monarque 
affectionna  Corbeil ,  où  l'on  sait  qu'il  avait  passé  une  partie  de  son 
enfance,  puisque,  à  partir  de  cette  époque ,  les  affaires  de  l'Etat,  les 
plusjmportantes,  les  alliances  et  les  mariages  des  têtes  couronnées 
se  traitèrent  dans  le  château  de  cette  seigneurie.  Et  lors  du  décès  de 
la  veuve  de  Philippe  Auguste,  il  donna  à  Blanche  de  Castille,  son 
épouse,  princesse  aussi  distinguée  par  ses  vertus  que  par  son  habileté 
et  son  courage,  Corbeil  et  sa  châtellenie  en  augmentation  de  douaire. 
Blanche  y  fit  de  fréquents  séjours,  et  résidait  indifféremment  au  châ- 
teau royal  ou  à  la  commanderie  de  Saint- Jean. 

Lorsque  saint  Louis  monta  sur  le  trône,  cette  princesse  réunit, 
pour  la  première  fois  en  France,  la  double  qualité  de  tutrice  et  de 
régente.  Elle  eut  à  soumettre  les  barons  et  les  princes  ligués  qui 
tinrent  leur  assemblée  au  château  deÇorbeil.  On  sait  que  Philippe, 
comte  de  Boulogne,  qui  prétendait  avoir  ie  gouvernement  de  l'État 
pendant  la  minorité  du  jeune  prince,  vint  loger  au  château  de  cette 
ville,  le  jour  même  où  Louis  IX  devait  coucher  à  Montlhéry,  dans 
le  dessein  de  l'aller  enlever  le  lendemain.  Les  habitants  de  Corbeil 
ayant  connu  le  complot,  en  donnèrent  avis  à  Paris,  d'où  il  partit 
douze  mille  hommes  qui  ramenèrent  le  roi  dans  sa  capitale  (9).  Join- 
ville  raconte  cet  événement  avec  l'aimable  naïveté  qu'on  lui  connaît, 
et  ajoute  :  «  Que  Louis  était  détruit  et  subjugué  si  n'eût  été  l'aide 
de  Dieu,  qui  jamais  ne  lui  faillit.  » 

Nous  avons  la  preuve  que  saint  Louis  était  au  château  de  Corbeil 
en  1235  et  en  1244,  et  qu'en  126*2,  Jacques  Ier,  roi  d'Aragon,  vint 
l'y  trouver  pour  régler  leurs  différends.  C'est  là,  et  à  cette  occasion, 


(7;  Nous  rapporterons  prochainement  sa  curieuse  épitaphe,  dans  un  article  que 
nous  préparons  sur  cette  ancienne  commanderie  de  Malte. 

(8)  DelalMirre  ,  p.  156. 

(9)  Mézeray,  Histoire  de  France,  t.  II,  p.  68. 


COMBIL. 
que  fut  arrêté  le  mariage  de  la  lille  de  ce  prince  avec  Philippe  le 
Hardi  (10). 

|  I "époque  qu'il  avait  marquée,  dit  M.  Michaud(t  1),  Louis  IX, 
accompagné  dq  geq  frères,  le  duc  d'Anjou  et  le  comte  d'Artois,  se 
rendit  à  l'abbaye  Saint- Denis.  Après  avoir  imploré  l'appui  des  apôtre* 
de  la  france,  il  reçut  des  mains  du  légat  le  bourdon  et  la  pune- 
,  et  cet  orillamme  que  ses  prédécesseurs  avaient  déjà  montré 
deux  fois  aux  peuples  de  l'Orient. 

«  Louis  revint  ensuite  à  Paris,  où  il  entendit  la  messe  dans  l'église 
Notre-Dame.  Le  même  jour  il  quitta  sa  capitale,  pour  ne  plus  y  ren- 
trer qu'à  son  retour  de  la  Terre  Sainte.  Le  peuple  et  le  clergé  fon- 
dant en  larmes  et  chantant  des  psaumes,  l'accompagnèrent  jusqu'à 
l'abbaye  Saint-Antoine.  C'est  là  qu'il  monta  à  cheval  pour  se  rendre 
à  Corbeil ,  où  devaient  le  rejoindre  la  reine  Blanche  et  la  reine  Mar- 
guerite. 

«  Le  roi  donna  encore  deux  jours  aux  affaires  de  son  royaume,  et 
conlia  la  régence  à  sa  mère,  dont  la  fermeté  et  la  sagesse  avaient  dé- 
fendu et  sauvé  la  couronne  pendant  les  troubles  de  sa  minorité. 
Si  quelque  chose  pouvait  excuser  Louis  IX  et  justiher  sa  pieuse 
obstination ,  c'était  de  voir  qu'il  laissait  ses  États  dans  une  profonde 
paix.  » 

Ce  fut  à  la  commanderie  de  Saint-Jean-en-ilsle,  qu'il  déclara  sa 
mère  régente  du  royaume  (13  juin  1 248  ),  avec  plein  pouvoir  d'ad- 
mettre en  son  conseil ,  ou  d'en  exclure  ceux  qu'elle  jugerait  à  propos. 
Le  texte  de  cette  lettre  fera  sans  doute  plaisir  à  nos  lecteurs  :  «  Lu- 
((  dovicus  rex  Francorum  universis  présentes  lilteras  inspecturis  sa- 
<(  lutem.  Notum  facimus  quod  nos  charissimœ  dominae  nostrae  et 
ccmatri  reginae  concessimus  et  volumus  quod  in  hac  nostra  peregri- 
«  nationis  absentia  plenariara  habeat  potestatem  recipiendi  et  attra- 
((  hendi  ad  regni  nostri  negotia  quae  sibi  placuerit  et  visum  fuerit 
«attrahere,  removendi  etiam  quos  viderit  remov endos  secundum 
«quod  ipsi  bonum  videbitur.  Balivos  etiam  instituere  valeat  castel- 
«  lanos,  forestiarios  et  alios  in  servitium  nostrum  et  regni  nostri  mi- 
<(  nistros  ponere  et  amovere  pro  ut  viderit  expedire.  Dignitates  et 
«  bénéficia  ecclesiastica  vacantia  conferre,  et  eis  regalia  restituere  et 
«  eligendi  hcentiam  dare  capitulis  et  conventibus  vice  nostrn.  In  cu- 
«jus  rei  testimonium  sigillum  nostrum  praesentibus  litteris  duximus 

(10)  Delabarre,  Histoire  de  Corbeil,  p.  171. 

Histoire  des  Croisades,  t.  IV,  litre  XIII ,  p.  100. 


104  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

«  apponendum.  Actum  apud  hospitale  juxtaCorbolium,  anno  Domini 
«  ducentesimo  quadragesimo  octavo.  » 

Après  son  retour  en  France  (1254),  ce  monarque  conserva  à  la 
ville  de  Corbeil  l'attachement  que  lui  avait  voué  sa  mère  ;  il  fit  rebâtir 
la  maison  royale  de  cette  résidence  dès  1256;  il  n'en  reste  malheu- 
reusement pas  le  plus  petit  vestige  ;  mais  on  peut  se  faire  une  idée 
de  ce  monument ,  en  considérant  la  partie  orientale  du  Palais  de 
Justice  de  Paris ,  édifiée  à  la  même  époque.  Il  fit  ajouter  à  ces  con- 
structions, en  1261,  une  Sainte-Chapelle  à  double  étage,  dont  la 
perte  n'est  pas  moins  regrettable.  Cet  édifice  était  certainement 
moins  grand  que  celui  de  la  capitale;  mais,  comme  celui-ci,  il  ne 
pouvait  manquer  d'offrir  beaucoup  d'intérêt  sous  le  rapport  de  l'art 
architectural  et  des  verrières  peintes  qui  devaient  nécessairement 
garnir  ses  fenêtres.  L'étage  supérieur  de  cette  chapelle  était  sous 
l'invocation  de  la  mère  du  Christ  ;  et  l'inférieur  sous  le  vocable  de 
Saint-  Jean-Baptiste.  Le  pape  Urbain  IV  accorda  des  pardons  et 
indulgences  à  tous  ceux  qui  visiteraient  cet  oratoire  et  y  feraient 
leurs  dévotions.  On  conserve  à  la  bibliothèque  publique  de  Corbeil 
une  petite  statuette  en  bois,  qui  n'est  autre  chose  que  la  représen- 
tation du  précurseur  du  Messie.  Cette  image  a  été  détachée  de  l'an- 
cienne porte  extérieure  de  la  chapelle  inférieure  :  elle  donne  une 
idée  de  la  manière  dont  se  traitait  alors  la  statuaire. 

L'historien  de  Corbeil  (12)  nous  apprend  que  le  roi  établit  pour 
la  desserte  de  sa  chapelle,  du  consentement  de  l'abbé  de  Saint- 
Victor-lès-Paris  (13),  trois  chanoines  réguliers  qui  vécurent  en 
commun  avec  les  quatre  placés  précédemment  à  Saint-Guénault  par 
le  comte  Haimon  son  fondateur.  «  J'admire ,  poursuit-il ,  que  pour 
leur  nourriture  et  entretien,  le  luminaire  et  ornement  de  cette 
église ,  il  ne  leur  donna  que  cinquante  livres  de  rente  à  prendre  sur 
le  domaine  de  Corbeil.  »  Il  ajoute  encore  que  pour  construire  l'esca- 
lier de  cette  chapelle ,  il  fallut  prendre  une  portion  du  pressoir  de  la 
maison  du  prieur  de  Saint-Guénault ,  et  que ,  comme  celui-ci  en  fit 
volontairement  abandon,  saint  Louis  voulut,  pour  reconnaître  ce 
service ,  qu'il  eût  à  sa  disposition  les  clefs  de  sa  chapelle  et  la  jouis- 
sance du  pré ,  baigné  par  la  Seine  et  la  Juisne ,  qui  se  trouvait  immé- 
diatement au-dessous. 

(12)  Delabarre,  p.  1C9. 

(13)  La  raison,  c'est  que  le  château  royal  était  compris  dans  la  paroisse  annexée 
à  la  collégiale  Saint-Guénault,  donnée  à  l'abbaye  Saint-Victor  par  le  roi  Louis  le 
Gros,  lors  de  la  réunion  du  comté  de  Corbeil  au  domaine  de  la  couronne. 


CORBP.IL.  lOfi 

Nous  connaissons  par  Malingre  (if)  l'époquede  la  destruction  de 
cet  édifice  :  «  Ayant  commencé  ;'i  dêtre  rairiée  è  la  prise  de  Corbeil 

par  les  ennemis  de  cet  estât  l'an  1590,  a  du  depuis  esté  rasée  en  cei 
dernières  années  par  la  volonté  du  roy,  pour  ne  point  occuper  de 
place  inutile  contre  la  seureté  et  beauté  du  chasteau  royal  dudit 
Corbeil.  »  A  ce  témoignage,  Delabarre,  qui  écrivait  dans  le  môme 
temps  ,  ajoute  (13)  :  «  Tous  ces  lieux  ont  changé  de  face  ,  et  il  ne 
piiraît  plus  qu'il  y  ait  eu  ni  chapelle,  ni  pré.  » 

C'est  dans  ce  pré  qu'arriva ,  en  la  présence  de  saint  Louis ,  la 
curieuse  dispute  du  sire  de  Joinvillc  avec  Robert ,  surnommé 
Sorbonne ,  du  lieu  de  sa  naissance  (16),  sur  le  fait  de  leurs  habits. 
Ce  monarque  tenait  alors  cour  ouverte  à  Corbeil ,  ainsi  que  le  dit  son 
naïf  chroniqueur  (17) ,  et  il  s'y  trouvait  plus  de  trois  cents  chevaliers 
à  sa  suite. 

«  Nous  répéterons  avec  l'historien  de  Corbeil  (18)  :  cette  action 
mérite  bien  d'estre  transcrite  en  ce  lieu  et  d'en  rapporter  les  mesmes 
paroles  du  sieur  de  Joinville,  qui ,  en  leur  patois,  ont  plus  d'énergie 
que  les  plus  belles  pointes  des  bien  disans  de  nostre  temps.» 

«  Le  roy  fut  un  iour  de  Pentecoste  à  Corbeil  bien  accompagné , 
où  nous  estions  maistre  Robert  de  Sorbon  et  moy  ;  et  le  roy  après 
disner  descendit  au  pré  dessous  sa  chapelle ,  et  devant  tous  les  autres 
le  dit  maistre  Robert  me  prist  par  mon  mantel ,  et  me  demanda  en 
présence  du  roy  et  de  toute  la  noble  compagnie ,  sçauoir  mon  si  le 
roy  seoit  en  ce  pré,  et  vous  allissiez  asseoir  en  un  banc  plus  haut 
que  luy,  si  vous  en  seriez  point  à  blasmer,  sauf  l'honneur  du  roy  et 
de  vous,  et  je  luy  dits  :  maistre  Robert ,  je  ne  suis  point  à  blasmer, 
sauf  l'honneur  du  roy  et  de  vous  :  car  l'habit  que  je  porte ,  tel  que  le 
voyez  ,  m'ont  laissé  mes  père  et  mère ,  et  ne  l'ay  point  fait  faire  de 
mon  authorité.  Mais  au  contraire  est  de  vous ,  dont  vous  estes  fort  à 
blasmer  et  reprendre;  car  vous  qui  estes  fils  de  vilageois  et  vilageoise, 
auez  laissé  l'habit  de  vos  père  et  mère,  et  vous  estes  vestu  de  plus 
fin  camelin  que  le  roy  n'est.  Et  lors  je  pris  le  pan  de  son  surcot  et  de 

(14)  Livre  IV,  p.  175. 

(15,  Histoire  de  Corbeil,  p.  169. 

i^>  il  a  été  le  fondateur  de  la  fameuse  société  de  ce  nom  (1250),  et  suivant 
quelques  historiens  et  biographes  ,  saint  Louis  l'ayait  choisi  pour  confesseur. 

(17)  Ce  fut  à  la  sollicitation  de  Jeanne  de  Navarre,  épouse  de  Philippe  le  Bel , 
que  le  sire  de  Joinville  écrivit  ses  célèbres  mémoires.  Cette  relation  est  un  véritable 
poème,  ravissant  de  simplicité ,  merveilleux  dans  son  ignorance  ,  et  grand  d'espé- 
rance et  de  fui. 

(18,  Delabarre,  p.  169  et  suivantes. 


106  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

celuy  du  roy,  que  je  ioigny  l'un  près  de  l'autre,  et  luy  dits  :  or  regarde 
si  iay  dit  vrav.  Et  adonc  le  roy  entreprit  de  deffendre  maistre  Robert 
de  paroles ,  et  luy  couvrir  son  honneur  de  tout  son  pouuoir  en  mon- 
strant  la  grande  humilité  qui  estoit  en  luy,  et  qu'estant  nécessité  de 
demeurer  à  la  cour,  il  estoit  raisonnable  qu'il  fust  honnestement 
habillé.  Après  ces  choses,  le  bon  roy  appelle  messeigneurs  Philippes, 
et  aussi  le  roy  Thibault  ses  fils,  et  s'assit  à  l'huis  de  son  oratoire,  et 
mit  la  main  à  terre ,  et  dit  à  ses  dits  fils  :  séez  vous  icy  près  de  moy 
qu'on  ne  vous  voye.  Ha  sire  1  firent-ils,  pardonnez -nous  s'il  vous 
plaist,  il  ne  nous  appartient  mie  de  seoir  si  près  de  vous;  et  il  me 
dit  :  seneschal,  séez-vous  icy,  et  ainsi  le  fis  je  si  près  de  luy,  que 
ma  robbe  touchoit  à  la  sienne ,  et  les  fit  seoir  auprès  de  moy.  Et 
adonc  il  dit  :  grand  mal  auez  fait  quand  vous,  qui  estes  mes  enfans, 
n'auez  fait  à  la  première  fois  ce  que  ie  vous  ay  commandé ,  et  gardez 
que  iamais  il  ne  vous  aduienne ,  et  ils  dirent  que  non  feroient-ils  : 
et  lors  il  me  va  dire  qu'il  m'auoit  appelé  pour  se  confesser  à  moy,  de 
ce  qu'a  tort  il  auoit  deffendu  et  soustenu  maistre  Robert  contre  moy  : 
mais,  fit-il,  ie  le  fis  pour  ce  que  ie  le  vis  si  très-esbahy  qu'il  auoit 
assez  mestier  que  ie  le  secourusse  et  luy  aydasse,  nonobstant  que  ie 
ne  le  fis  pas  pour  maistre  Robert  deffendre ,  et  ne  le  croyez  pas 
ainsi;  car  ainsi  comme  le  dit  le  seneschal,  on  se  doit  vestir  bien 
honnestement,  afin  d'eslre  mieux  aymé  de  sa  femme,  et  aussi  que 
vos  gens  vous  en  priseront  plus.  Et  aussi  dit  le  sage,  que  l'on  se 
doit  vestir  en  telle  manière  et  porter  selon  son  estât,  que  les  preu- 
d'hommes  du  monde  ne  puissent  dire  il  en  fait  trop  ;  ni  aussi  le 
ieunes  gens  vous  n'en  faites  pas  assez.  » 

Le  douaire  de  Marguerite  de  Provence ,  veuve  du  saint  roi  (19) , 
d'abord  assigné  sur  la  ville  du  Mans  et  quelques  terres  du  Perche, 
puis  sur  Orléans  et  lieux  circonvoisins ,  le  fut  enfin  sur  Corbeil  et  sa 
châtellenie.  Cette  princesse  se  retira  au  château  de  Corbeil  et  l'habita 
presque  constamment  jusqu'à  l'époque  de  son  décès  survenu  en  1295, 
date  prouvée  par  une  donation  par  elle  faite  en  1294,  aux  cordeliers 
du  faubourg  Saint-Marcel  de  Paris,  contre  l'opinion  des  écrivains 
qui  la  font  mourir  en  1285  (20). 

(19)  Saint  Louis,  mort  devant  Tunis  ie  25.  août  1272  ,  fut  canonisé  par  Boni- 
face  VUI ,  en  1597  La  bulle  qui  a  enregistré  son  nom  au  catalogue  des  saints ,  est 
un  véritable  chef-d'œuvre.  Le  premier  temple  élevé  sous  le  vocable  du  nouveau 
bienheureux  fut  construit  par  les  Jacobins  d'Évreux.  Sur  la  demande  qui  en  fut 
faite  par  Louis  XIII  ,  Paul  V  donna  un  bref  sous  la  date  du  5  juillet  1618,  portant 
que  la  fête  de  saint  Louis  serait  célébrée  dans  toute  la  chrétienté  ;  jusque-là  elle 
n'avait  été  célébrée  qu'en  France. 

(20)  Le  président  Hénault ,  Histoire  de  France ,  t.  I ,  p.  268. 


CORAlIt».  107 

Philippe  l«l  Hardi  qui  était  à  Corbeil  au  mois  de  ferrât  1272,  y 
ratifia  les  donations  faites  par  sa  famille  au  monastère  de  ,lair\,  peu 
éloigné  de  cette  ville;  il  y  eonlirma  aussi  la  fondation  de  l'ahbtJC  du 
|iiè>  Meltiu;  et  par  son  ordonnaure  de  l'an  1271),  appelée  la 
Philippine  et  datée  de  l'hôpital  Saint-Jean  de  Corbeil,  ce  prince 
donna  tous  droits  de  justice  à  l'archevêque  de  Toulouse  et  à  son 
église  métropolitaine  sur  les  terres  qui  leur  appartenaient.  Suivant 
[ Idiurairc  des  rois  de  France,  ce  monarque  était  encore  dans  nos 
murs  le  t  0  août  1 283. 

Philippe  le  Bel  tenait  sa  cour  à  Corbeil  en  1290,  année  où 
Charles  de  France ,  son  frère,  comte  de  Valois  et  d'Alençon  (21)  y 
fut  marié a\ec  solennité,  le  lendemain  de  l'Assomption,  à  Marguerite, 
lille  de  Charles  II ,  roi  de  Sicile.  On  sait  encore  que  ce  prince  y 
était  les  14  juillet  et  5  décembre  1 301,  et  que ,  le  18  octobre  1303, 
il  y  ht  un  règlement  au  sujet  des  indemnités  accordées  aux  nobles  qui 
avaient  aliéné  leurs  biens  pour  l'aider  dans  la  guerre  contre  le  comte 
de  Flandre ,  dont  nous  dirons  bientôt  un  mot. 

Au  mois  de  janvier  1306,  le  même  prince  assistait  à  Corbeil,  aux 
noces  de  son  deuxième  fils ,  depuis  Philippe  le  Long ,  qui  épousa 
Jeanne,  fille  d'Othon,  comte  de  Bourgogne.  Les  mérites  de  cette 
princesse  sont  peu  vantés  :  elle  fut  suivant  Brantôme  d'une  luxure 
effrénée. 

Philippe  le  Bel  était  encore  au  château  de  Corbeil ,  les  23  sep- 
tembre et  31  octobre  de  cette  môme  année  1 306.  Il  est  marqué  dans 
les  Tables  de  cire  des  voyages  de  ce  prince ,  que  revenant  du  Poitou , 
en  1308,  il  logea  au  Val-Cocatrix ,  domaine  voisin  de  Corbeil,  les 
dimanche  et  lundi,  11  et  12  août;  et  que,  pour  cette  résidence  de 
deux  jours,  la  Léproserie  de  Corbeil  eut  la  dîme  du  pain  et  du  vin 
qui  y  furent  consommés  par  la  cour  (  22  ).  Enfin ,  il  reste  des  lettres 


(21)  C'est  par  ce  prince,  mort  à  Nogent-le-Rotrou  le  lti  décembre  1325 ,  dans  sa 
cinquante-cinquième  année ,  que  les  Valois  montèrent  sur  le  trône.  On  a  dit  de 
lui  qu'il  fut  fils,  frère,  père,  oncle,  gendre,  beau-père  de  roi  et  jamais  roi.  Il 
épousa  successivement  Marguerite  de  Sicile,  Catherine  de  Courtenay  et  Mahaud  de 
Chàtillon.  Le  pape  Martin  V  l'investit  du  royaume  d'Aragon  en  1283;  les  querelles 

os  par  son  élévation,  de  la  part  de  la  France,  le  forcèrent  à  abdiquer  ce 
titre.  Vers  1301,  il  prit  celui  d'empereur  de  Constanlinople,  du  chef  de  sa  seconde 
femme.  Depuis,  Bonifiée  VII I  le  créa  vicaire  et  défenseur  de  l'Église.  Sa  fierté  fut 
indomptable;  l'histoire  ne  lui  pardonnera  jamais  les  persécutions  qu'il  lit  endurer 
au  malheureux  Enguerrand  de  Marigny.  Cependant,  les  remords  qu'il  témoigna  en 
mourant  auraient  dû  justifier  sa  mémoire. 

(22)  L'abbé  Lebeuf ,  Histoire  du  diocèse  de  Paris,  t.  XIII ,  p.  13'>. 


108  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

de  ce  prince  données  apud  vêtus  Corbolium ,  au  mois  de  juillet  et  le 
jeudi  devant  Noël  de  l'année  1310  (23). 

Les  historiens  flamands  assurent  que  ce  fut  au  château  de  Corbeil, 
où  la  cour  séjournait  alors,  que  Guy  de  Dampierre,  comte  de  Flandre, 
fut  mis  quelque  temps  en  arrêt  par  ordre  de  Philippe  le  Bel.  Millin  (24) 
prétend  au  contraire  que  ce  fut  dans  la  tour  du  Louvre.  On  sait  que 
ce  personnage  s'était  coalisé  sans  prétexte  spécieux  avec  Edouard  Ier, 
roi  d'Angleterre ,  contre  Philippe  le  Bel ,  qui ,  averti  à  temps,  feignit 
d'ignorer  le  complot ,  et  engagea  le  comte  de  Flandre  à  lui  amener 
sa  fille  dont  il  était  le  parrain .  Guy  donna  dans  le  piège ,  vint  à  Corbeil 
où  le  roi  le  logea  dans  son  propre  château ,  en  lui  déclarant  qu'il  était 
son  prisonnier.  Sa  fille  fut  remise  aux  mains  de  la  reine ,  pour  être 
élevée  avec  ses  enfants  jusqu'à  son  mariage.  Ce  récit  est  celui  de  l'his- 
torien de  Corbeil  (25)  qui  ajoute  :  «  L'arrêt  du  comte  fut  gracieux  , 
il  lui  fut  permis  de  se  livrer  à  l'exercice  de  la  chasse  dans  les  forêts 
voisines  et  il  en  profita  pour  regagner  ses  États.  Ce  fut  pour  se  venger 
immédiatement  de  l'affront  qu'il  avait  reçu.  Il  déclara  la  guerre  à 
Philippe  le  Bel ,  et  ne  fut  pas  plus  heureux  dans  cette  nouvelle 
entreprise;  devenu  de  nouveau  son  prisonnier,  il  fut  conduit  au 
château  de  Compiègne,  et  y  mourut  le  7  mars  1305.  Sa  fille,  dont 
le  caractère  était  impérieux  et  hautain ,  mourut  peu  à  près,  à  Corbeil, 
du  regret  de  n'avoir  pas  porté  la  couronne  d'Angleterre  qui  avait  été 
l'objet  constant  de  sa  convoitise.»  Il  est  probable  que  ses  restes  ont 
été  inhumés  près  de  ceux  de  son  père  dans  l'église  de  l'abbaye 
de  Flines. 

Rien  n'indique  que  Louis  le  Hutin  soit  venu  à  Corbeil.  Philippe 
le  Long  son  successeur,  donna  à  sa  veuve ,  vingt-cinq  mille  livres  de 
rente,  pour  apanage  et  douaire,  à  prendre  sur  les  comtés  de  Melun, 
Corbeil ,  Moret ,  Nemours ,  Montargis  et  autres  terres  du  Gâtinais. 
Les  églises  de  Corbeil  se  ressentirent  particulièrement  des  libéralités 
de  Clémence  de  Hongrie  qui,  pendant  son  veuvage,  habita  souvent 
le  château  de  cette  ville.  Malheureusement,  cette  princesse  ne  sur- 
vécut que  douze  années  au  roi  son  époux  :  elle  mourut  en  1 338 , 
minée  par  le  chagrin  que  lui  causa  sa  perte  prématurée.  C'est  à  tort 
que  le  voyageur  français  (26)  fait  mourir  la  reine  Clémence  à  Corbeil. 


(23)  L'abbé  Lebeuf ,  t.  XIII ,  p.  142. 

(24)  Antiquités  nationales,  t.  V,  chapitre  un ,  p.  6. 

(25)  Delabarre,  p.  183. 

(26)  I/abbé  Delaporte  ,  t,  L  ,  p.  336. 


CORBEIL.  100 

(  |  pt  *mi  Ihôtcl  du  Temple  ,  à  Paris  ,  qu'arriva  son  décès ,  et  elle  fut 
inhumer  dans  Fégliw  des  Jacobins  de  cette  ville. 

Le  comté  de  Corbeil  avait  été  donné  en  apanage  avec  celui  de 
Poitiers ,  à  Philippe  le  Long ,  enfant.  Nous  avons  vu  que  ce  prince, 
avant  de  porter  la  couronne ,  séjournait  volontiers  au  château  de 
cette  ville  pour  ne  pas  s'éloigner  de  la  cour  ;  et  que  ses  noces  s'y 
tirent  avec  éclat  en  1306.  Nous  ajouterons  que  les  deux  premiers 
enfants  nés  de  cette  union  virent  le  jour  à  Corbeil.  Ce  furent  : 
Jeanne,  qui  depuis  épousa  Eudes,  duc  de  Bourgogne,  à  qui  elle 
porta  en  mariage  les  comtés  d'Artois  et  de  Franche-Comté  ;  et  Louis, 
mort  peu  de  temps  après  son  baptême  ;  ce  qui  n'empêcha  pas  son 
père ,  en  faveur  de  sa  naissance ,  de  remettre  aux  habitants  de  Corbeil 
la  moitié  du  droit  de  mesurage  des  grains  qu'ils  vendaient,  en  sorte 
qu'ils  ne  payèrent  plus  qu'un  boisseau  par  septier  (27). 

Nous  lisons  dans  YHistoire  des  grands  Officiers  de  la  couronne  (28) , 
que  Hugues  Quieret,  seigneur  de  Tours  en  Vimeu ,  sénéchal  de 
Beaucaire  et  de  Nismes,  eut  ordre  de  conduire  la  comtesse  de  Blois 
au  château  de  Corbeil ,  de  Montpellier  où  elle  se  trouvait  alors ,  et 
qu'il  y  vaqua  depuis  le  mercredi  après  les  brandons  1324  jusqu'au 
18  mai  1325.  Si  l'assertion  est  vraie,  la  course  fut  lente. 

Charles  le  Bel  était  au  château  de  Corbeil  en  1329,  lorsqu'il 
signa  une  alliance  avec  Robert,  roi  d'Ecosse  (29). 

Philippe  de  Valois  honora  diverses  fois  cette  résidence  de  sa  pré- 
sence. Ce  prince  destinait  le  comté  de  Corbeil  en  douaire  à  Jeanne 
de  Bourgogne ,  son  épouse,  qui  le  précéda  au  tombeau.  Il  se  remaria 
en  1349,  à  Blanche  d'Evreux-Navarre  qui  lui  survécut  près  d'un 
demi-siècle  ;  cette  princesse  fut  la  dernière  de  nos  reines  qui  ait  eu 
Corbeil  et  son  comté  à  titre  de  douaire,  mais  on  la  vit  rarement 
séjourner  au  château  de  cette  ville. 

On  trouve  le  roi  Jean  à  Corbeil,  le  29  juin  1353;  les  malheurs 
de  la  bataille  de  Poitiers  qui  le  rendirent  prisonnier  des  Anglais , 
chez  lesquels  il  alla  mourir  (1364),  ont  certainement  empêché  que 
nous  ne  l'y  rencontrions  plus  souvent. 

Charles  V  a  dû  nécessairement  habiter  le  château  de  Corbeil  ;  il 
est  vrai  que  nous  manquons  de  preuves  à  cet  égard  ;  mais  nous  le 
trouvons  faisant,  de  ses  propres  deniers,  l'acquisition  de  la  maison  du 

(27)  Delabarre ,  Histoire  de  Corbeil,  p.  186. 

(58)  T.  II,  p.  902. 

(?9)  L'abbé  Lcbeuf ,  Histoire  du  diocèse  de  Paris ,  t.  XI,  p.  214. 


110  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Val-Cocatrix  emprcs  Corbeuil  (30).  Son  successeur  gratifia  le  duc 
de  Bourgogne  ,  son  oncle,  de  ce  domaine,  par  ses  lettres  datées  de 
Paris,  le  6  mars  1380. 

Sous  le  règne  de  Charles  V,  Jean  de  Grailly,  captai  de  Buch  ,  qui 
fut  autant  ennemi  de  la  France,  qu'il  était  brave  et  intrépide,  tomba 
deux  fois  au  pouvoir  des  Français;  en  1364,  à  Cocherel,  et  en  1372, 
à  Soubise.  Il  eut  cette  dernière  fois  le  château  de  Corbeil  pour 
prison.  Le  roi  d'Angleterre  n'obtint  sa  liberté,  qu'à  la  condition  qu'il 
ne  porterait  plus  les  armes  contre  la  France  ;  le  fier  captai  méprisa 
cette  condition  et  préféra  sa  prison,  où ,  suivant  Christine  de  Pisan  , 
il  mourut  en  1377.  D'autres  prétendent  qu'il  finit  ses  jours  dans  la 
tour  du  Temple,  à  Paris;  cette  dernière  opinion  est  celle  du  pré- 
sident Hénault,  qui  ajoute,  que  ce  fut  après  avoir  généreusement 
refusé  de  s'engager  au  service  de  la  France. 

L'Itinéraire  des  rois  de  France  nous  apprend  que  Charles  VI  était 
à  Corbeil,  les  10  mars  1391,  30  mai  1408  et  17  juillet  1420.  Il  se 
trouve  aussi  marqué  dans  le  recueil  des  ordonnances  des  rois  de  la 
troisième  race,  que  ce  prince  y  était  le  10  août  de  cette  dernière 
année,  et  que  ce  jour,  il  donna  des  lettres  pour  l'établissement,  à 
Arras ,  d'un  hôtel  où  l'on  ouvrait  les  monnaies.  Charles  se  livrait 
volontiers  à  l'exercice  de  la  chasse  dans  la  forêt  de  Sénart ,  voisine 
de  Corbeil.  L'historien  de  cette  ville  nous  apprend  qu'il  logeait  dans 
cette  circonstance  à  Ville-Pesque ,  chez  Gilles  Mallet ,  seigneur  de 
Graville  ,  son  maître  d'hôtel  ;  et  qu'après  son  mariage  avec  Isabeau 
de  Bavière ,  cette  princesse  jalouse  des  courses  du  monarque  à  Ville- 
Pesque,  où  elle  supposait  que  la  chasse  ne  l'attirait  pas  seule,  fit  pour 
l'en  détourner  l'acquisition  d'une  terre  voisine  de  cette  forêt ,  appelée 
Combs-la-Ville,  à  laquelle  elle  donna  le  nom  de  Vaux-la-Reine. 

La  minorité  de  ce  prince  avait  préparé  les  malheurs  de  son  règne. 
Depuis ,  la  démence  où  il  tomba  y  mit  le  comble.  Ce  fut  surtout 
pendant  cette  dernière  période  de  sa  vie ,  que  ses  frères  qui  regar- 
daient la  France  comme  une  proie  abandonnée  à  leur  rapacité,  fon- 
dirent sur  elle  en  vautours  affamés.  Le  duc  de  Bourgogne  pendant 
un  des  nombreux  égarements  de  l'esprit  du  monarque ,  entreprit  le 
gouvernement  de  l'État,  contre  le  gré  des  autres  princes  du  sang, 
qui  ne  se  croyant  pas  en  sûreté  dans  Paris ,  en  sortirent ,  emmenant 
avec  eux  le  Dauphin.  Philippe  se  mit  à  leur  poursuite,  et  les  joignit 
entre  Juvisy  et  Corbeil ,  d'où  il  ramena  avec  lui  le  jeune  prince  à 

(30)  L'abbé  Lebeuf,  t.  XIII,  p.  136. 


(  (M.l.l.l!..  111 

Cette  nouvelle  parvint  au  duc  d'Orléans  qui  ,  en  M  moment  , 
dînait  au  château  de  Corbeil  ;  il  en  partit  aussitôt  pour  Melnn,  où  la 
reine  s'étail  retirée,  .'din  de  lui  en  donner  avis.  Il  es»  vrai  de  dire 
que  Jean  nuis  Peur,  en  succédant  à  son  père,  au  duché  de  Bourgogne, 
I  de  raccommoder  les  \ieilles  haines  des  siens  avec  la  cour  de 
France.  Mais ,  dit  M.  de  Barante  (31)  :  «  Les  méfiances  étaient  telles 
«pie  le  duc  de  Bourgogne  étant  venu  au-devant  de  la  reine  avec  un 
nombreux  cortège,  elle  rebroussa  chemin,  et  retourna  ta  Corbeil. 
Ce  fut  encore  un  retard  de  quelques  jours  de  souffrance  de  plus  pour 
lis  malheureux  habitants  des  campagnes.  Enfin  elle  s'établit  à 
Vincennes,  le  duc  d'Orléans  au  château  de  Beauté.  Et,  après  huit 
jours  de  pourparlers ,  le  17  octobre  1405,  la  paix  fut  conclue.  »  Mais 
chacun  sait  que  ces  dissensions  de  famille  amenèrent ,  deux  ans  plus 
tard,  l'assassinat  du  duc  d'Orléans,  dans  la  rue  Barbette,  à  Paris, 
et  que  ce  meurtre  ouvrit  la  porte  à  la  guerre  civile. 

Dans  la  nuit  du  28  au  29  mai  1418,  huit  cents  hommes  d'armes, 
à  la  tête  desquels  marchait  le  capitaine  de  l'Isle-Adam ,  gouverneur 
de  Pontoise,  ayant  surpris  Paris,  Tanneguy-Duchàtel,  prévôt  de  cette 
ville,  éveilla  le  Dauphin,  l'enveloppa  dans  son  propre  manteau  et  le 
mit  en  sûreté  à  la  Bastille  dont  il  était  gouverneur.  Le  lendemain, 
il  emmena  ce  prince  au  château  de  Corbeil,  et  ne  l'y  croyant  pas  encore 
assez  en  sûreté,  il  le  conduisit  à  Melun,  d'autres  disent  à  Montargis. 
Des  Ursins,  son  chancelier,  arriva  à  Corbeil,  où  il  pensait  le  trouver, 
mais  il  venait  d'en  partir.  Regnault-Delaporte,  prévôt  de  cette  ville, 
lui  procura  un  cheval  pour  achever  une  course  qui  avait  été  faite  à 
pied  jusque-là.  Corbeil  ayant  été  immédiatement  envahi  par  les 
troupes  du  duc  de  Bourgogne,  l'obligeant  prévôt  qui  avait  été  dé- 
noncé, fut  décapité  sans  jugement,  par  ordre  du  chef  de  cette  armée. 

Le  12  juillet  1419,  le  Dauphin  vint  de  nouveau  à  Corbeil.  pour 
visiter  le  duc  de  Bourgogne  qui  s'y  trouvait.  Les  deux  princes  s'y 
échangèrent  des  présents,  par  suite  du  traité  qui  avait  été  réglé  la 
veille,  et  se  quittèrent,  dit  l'historien  de  notre  ville  (32),  sans  que 
rien  témoignât  contre  leur  réconciliation  et  leur  bonne  intelligence. 
Le  Dauphin  retourna  ensuite  en  Touraine,  et  le  duc  à  Pontoise  au- 
du  roi.  Nous  voyons,  à  peu  de  temps  de  là,  ce  môme  Dauphin, 
p;ir  suite  de  mauvais  conseils,  entreprendre  d'arriver  au  gouverne- 
ment et  échouer  aussi  dans  cette  entreprise.  Il  feignit  de  se  rendre 

Uitloirr  des  ducs  de  Bourgogne,  t.  III,  p.  54. 
(32)  Delabarre ,  p.  200. 


112  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

aux  instances  de  sa  mère,  des  ducs  de Berry  et  d'Orléans ,  et  promit 
de  venir  à  Corbeil,  pour  rentrer  en  grâce;  mais  la  cour  l'y  attendit 
vainement. 

En  1420,  pendant  la  durée  du  siège  de  Melun,  où  vint  Henri  V 
d'Angleterre,  dans  l'espoir  de  donner  par  sa  présence  une  nouvelle 
ardeur  à  ses  soldats ,  Isabelle  de  Bavière  et  Catherine,  sa  fille,  se  tin- 
rent au  château  de  Corbeil  où  fut  aussi  amené  le  malheureux  roi 
Charles  VI.  Le  monarque  anglais  vint  souvent  y  visiter  les  prin- 
cesses (33),  et  Monstrelet  (34)  raconte  les  fêtes  qui  leur  furent  don- 
nées dans  cette  résidence,  par  les  Anglais  et  les  Bourguignons. 
Quand  la  famine  obligea  Melun  à  se  rendre ,  Henri  revint  à  Corbeil 
d'où  il  repartit  pour  Paris,  accompagné  de  la  cour  de  France,  des 
ducs  de  Clarence ,  de  Bourgogne ,  de  Bedfort  et  de  Leicester ,  et  des 
comtes  de  Warwick  et  de  Salisbury.  Le  cortège  royal  était  suivi  de 
l'infortunée  noblesse  qui  avait  été  trouvée  dans  Melun.  C'est  par  cette 
marche  triomphale  que  le  monarque  anglais  se  vengea  de  la  défaite 
de  Beaugé. 

Après  avoir  fait  à  la  France  des  maux  infinis ,  Henri  V  repassa 
par  Corbeil  pour  se  rendre  au  siège  de  Cosne  ;  il  y  fut  saisi  d'une  ma- 
ladie violente  qui  l'empêcha  d'aller  plus  loin  ;  et  fut  quelques  jours 
après  transféré  au  château  de  Vincennes  où  il  mourut  le  29  août  1 422. 

Nous  avons  vu  Charles  VII,  Dauphin,  au  château  de  Corbeil.  Après 
son  sacre,  le  cardinal  Sainte-Croix,  légat  du  saint-siége,  fit  tenir 
quelques  assemblées  pour  procurer  la  paix  au  royaume,  et  Corbeil 
fut  choisi  pour  le  lieu  de  ces  conférences.  On  lit  dans  les  registres 
du  parlement  de  Paris,  que  le  26  mars  1331,  plusieurs  présidents  et 
conseillers  de  cette  compagnie  s'y  rendirent  dans  ce  but.  Sauvai  (35), 
en  parlant  de  ces  réunions,  dit  que  Jacques  Duchastelier,  évêque  de 
Paris,  Gilles  deClamecy,  chevalier,  et  quelques  autres  seigneurs, 
vinrent  à  Corbeil  en  1434  pour  le  même  objet,  ce  qui  prouve  qu'on 
ne  s'entendit  pas  tout  de  suite. 

C'est  au  pied  de  la  tour  de  Montlhéry,  si  belle  encore  aujourd'hui 
dans  sa  décrépitude,  que  se  dénoua,  le  16  juillet  1465,  cette  ligue 
des  princes  du  sang  formée  contre  Louis  XI ,  et  dont  les  collisions 
si  peu  provoquées  dans  l'intérêt  du  peuple,  n'en  reçurent  pas  moins  la 
dénomination  mensongère  de  guerre  du  bien  public.  Au  rapport  des 

(33)  Sébastien  Rouillard,  Histoire  de  Melun ,  p.  531. 

(34)  Voyez  sa  Chronique,  t.  I ,  p.  293. 

(35)  Histoire  de  Paris,  t.  III ,  p.  590. 


CORBEIL.  113 

chroniques  du  temps,  on  se  battit  de  part  et  d'autre  avec  une  égale 
rigueur,  et  chaque  parti  s'attribua  la  victoire.  Pierre  deBrézé,  qui 
y  fut  tué  des  premiers,  voyant  Louis  XI  monté  sur  une  petite  haque- 
ru Se  ,  disait  que  quelque  faible  que  parût  cette  monture  ,  elle  était 
pourtant  la  plus  forte  qu'on  pût  trouver  puisqu'elle  portait  seule  le  roi 
et  tout  son  conseil.  L'astucieux  monarque,  pour  se  sauver  alors  des 
mains  du  comte  de  Charolais ,  depuis  Charles  le  Téméraire,  fut  con- 
traint de  se  retirer  à  Corbeil  où  il  séjourna  trois  jours.  Il  y  assista 
à  la  procession  de  la  Fête-Dieu  avec  toute  sa  cour,  et  rentra  à  Paris 
ir  du  même  jour,  bien  joyeux  d'arriver  encore  à  temps  pour  dé- 
fendre sa  capitale  et  la  maintenir  dans  son  parti.  S'il  l'eût  perdue,  dit 
M.  de  Barante  (36),  il  n'avait  plus  qu'à  se  retirer  chez  son  allié  le  duc 
de  Milan  ou  chez  les  Suisses. 

L'Itinéraire  des  rois  de  France  marque  la  présence  du  roi  Charles  VIII 
à  Corbeil,  le  1er  avril  1486.  Sous  son  règne,  Georges  d'Amboise,  qui 
n'était  encore  qu'évêque  de  Montauban ,  étant  entré  dans  un  in- 
trigue conduite  par  le  duc  d'Orléans,  depuis  Louis  XII,  fut  décou- 
vert et  arrêté;  il  eut  pour  prison  la  tour  du  Hourdy,  la  principale  du 
château  fort  qui  existait  à  Corbeil  sur  la  rive  droite  de  la  Seine.  Ce 
prélat  y  tomba  malade  et  fut  transporté  dans  le  château  royal,  où  il 
essuya  une  maladie  grave  pendant  laquelle  il  recourut  à  l'interces- 
sion du  patron  de  la  ville;  ce  ne  fut  pas  non  plus  sans  laisser  des 
traces  de  sa  bienfaisance  naturelle  qu'il  quitta  Corbeil  (37). 

Louis  XII  vint  souvent  à  Corbeil;  c'est  au  château  de  cette  ville 
que  se  rendirent  le  recteur  de  l'Université  de  Paris  et  ses  suppôts 
pour  recouvrer  ses  bonnes  grâces.  Il  y  était  probablement  le  1er  jan- 
vier 1505,  lorsqu'il  accorda,  à  la  sollicitation  du  cardinal  d'Amboise, 
devenu  son  premier  ministre,  une  place  dans  laquelle  il  se  concilia 
l'amour  de  la  nation  (38),  la  fondation  d'une  prébende  pour  l'entre- 
tien des  enfants  de  chœur  de  la  collégiale  Saint-Spire,  a6n  qu'à 
l'avenir  le   service  divin  s'y  fît  en  musique  (39).  Ce  prince  fut  le 

(36)  Histoire  des  ducs  de  Bourgogne ,  t.  VIII,  p.  502. 
Registres  du  parlement  de  Paris,  24  juillet  1487. 

On  a  prétendu  qu'il  avait  ambitionné  la  tiare.  Georges  d'Amboise,  né  au 
château  de  Chau mont-sur- Loir  en  1460,  mourut  à  Lyon  le  25  mai  1510.  Ses  ob- 
sèques se  sont  faites  dans  la  cathédrale  de  Rouen  dont  il  était  archevêque  et  où  se 
voit  encore  son  magniûque  tombeau.  Douze  cents  prélats  ou  abbés  mitres  ,  et  onze 
mille  prêtres  assistèrent  à  ses  funérailles.  Il  laissa  par  son  testament  de  quoi  marier 
cent  cinquante  filles,  en  l'honneur  des  cent  cinquante  psaumes  dont  se  compose  le 
Lier. 
(39)  Philippe-Auguste  l'avait   ainsi  ordonné  dès  1199  {Histoire  de  Corbeil. 
M). 
VII.  8 


114  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

premier  qui  engagea  le  domaine  de  Corbeil;  il  cessa  ainsi  peu  à  peu 
d'intéresser  les  rois  ses  successeurs.  Cet  acte  d'engagement  compre- 
nait Melun,  Corbeil  et  Dourdan;  il  fut  passé  le  17  mai  1513,  en 
faveur  de  Louis  Mallet  de  Graville,  amiral  de  France,  qui  fit,  par  son 
testament,  la  remise  de  ces  terres  au  domaine  du  roi,  sans  répéti- 
tion des  quatre-vingt  mille  livres  qu'il  avait  comptées  lors  de  leur 
aliénation  (40).  Corbeil  et  sa  châtellenie  n'ont  cessé  depuis  d'être 
engagés  au  même  titre  jusqu'en  1789. 

Lorsque  le  goût  et  l'attachement  pour  un  de  leurs  plus  agréables 
palais  ne  fixaient  plus  nos  rois  à  Corbeil,  la  dévotion  du  pays,  celle 
à  Saint-Spire,  pèlerinage  célèbre,  si  suivi  au  moyen  âge,  les  y  atti- 
rait encore  quelquefois,  et  c'est  à  cette  piété  qu'on  fut  principale- 
ment redevable  de  l'avantage  de  les  revoir  dans  la  personne  de  Fran- 
çois Ier,  qui  y  passa  plusieurs  jours  en  1519  et  assista  le  6  août, 
avec  Louise  de  Savoie,  sa  mère,  duchesse  d'Angoulême,  Claude  de 
France,  son  épouse,  et  une  nombreuse  et  brillante  cour,  à  une 
procession  générale  des  reliques  de  la  collégiale  Saint-Spire ,  dans 
laquelle  figurait  le  clergé  des  paroisses  et  communautés  de  la  ville. 
On  se  rendit  à  Notre-Dame-des-Champs ,  au-dessus  d'Essonnes 
(prieuré  dépendant  de  l'abbaye  de  Saint-Denis),  où  se  fit  la 
station. 

Ullinéraire  des  rois  de  France  marque  encore  le  séjour  de  ce 
prince  à  Corbeil,  le  11  mars  1534. 

Lors  de  l'invasion  de  Charles-Quint,  le  duc  d'Orléans,  fils  du  Dau- 
phin, depuis  François  II,  fut  amené  le  8  avril  1544,  de  Fon- 
tainebleau à  Corbeil  par  la  Seine,  et  porté  en  la  maison  d'un  cha- 
noine de  Saint-Spire,  chez  lequel,  dit  l'historien  de  cette  ville  (41), 
le  roi  avait  accoustumé  de  loger.  On  peut  inférer  de  là  que  Fran- 
çois Ier  venait  assez  souvent  à  Corbeil ,  et  que  le  château  royal  n'était 
plus  en  état  de  le  recevoir. 

Henri  II  venait  souvent  chasser  dans  les  forêts  contiguës  à  Cor- 
beil; ce  prince  a  dû  nécessairement  passer  par  cette  ville;  c'est  sans 
certitude  que  nous  hasardons  cette  conjecture;  mais  nous  savons 
positivement  que  Catherine  de  Médicis  traversa  nos  murs  le  9  no- 
vembre 1548,  et  que,  durant  cette  courte  apparition,  cette  prin- 
cesse visita  la  collégiale  Saint-Spire. 

Nous  avons  vu  à  Corbeil  François  II  enfant;  ses  frères,  qui  ré- 


(40)  Histoire  de  Corbeil,  p.  221. 

(41)  Le  même,  p.  227. 


rnRBF.ll..  1|5 

gnèreiU  apn-  Imi.  >  vinrent  aussi  \  Charl<>  l\  \  toucha  le  «linwiiif  lie 
MjAiyier  t  ."»#;%,  <f  n  WWiil  b  lendemain  "  MHun,  où  il  demeura 
quarante  trois  jours:  H  Henri  III  y  dîna  le   |f  septemlire  1Ô87,  et 

fut  de  M  coucher  à  Milly. 

Ili'iiri  l\'  omit  uni  portos  de  Cnrlieil  a\<v  s<>n  armée  le  rr  avril 
1590;  il  se  !.»-.a  à  la  (aunmanderio  do  Saint-Jean-en-1'Isle,  où, 
sur  l'assurance  donnée  par  l|  maréchal  do  Hiron  aux  hahilants  do 
(  vlto  n  illo.  que  le  roi  leur  ferait  gf&Cfl  d'avoir  pris  parti  pour  la  Limite, 
le  curé,  le  prévôt ,  le  procureur  du  roi  el  les  éclie\iiis  vinrent  se  jeter 
g -noux  pour  implorer  son  pardon,  et  lui  présenter  les  clefs 
de  leur  \ille  en  signe  d'obéissance.  Le  roj/,  dit  l'historien  de  la 
•  -2) ,  Jes  recrut  de  bon  visage ,  et  leur  donna  de  bonnes  paroles, 
avec  espérance  d'estre  traitiez  favorablement.  A  quelques  heures  de  là, 
ce  monarque  pénétrait  dans  Coibeil,  où  il  se  reposa  plusieurs  jours 
avant  d'aller  assiéger  .Meliin  qui  tenait  aussi  pour  la  Ligue. 

L'auteur  des  Fasti  Corbolienses  (43)  rend  ainsi  compte  de  cette 
jourin 

liir  rliam  licnrico  clarcs  ft  clavibus  offert 

Caramagis  régi  pecloya  Corbolium  , 
Titulus  ri  monslratnr  adliùc ,  monslratur  imago 

Principis  .  o  quantum  cordibus  ambo  placent  ! 

En  1820,  l'improvisateur  Eugène  de  Pradel  nous  l'a  rappelée, 
à  son  passage  dans  notre  cité,  dans  des  vers  restés  inédits,  dont 
nous  citerons  la  strophe  suivante  : 

D'ingrats  Français  ont  pu  fermer  leurs  portes 
Au  bon  Henri  qui  veut  les  affranchir; 
Sans  le  secours  de  ses  braves  cohortes, 
Il  voil  Corbeil  à  son  aspect  s'ouvrir. 
Sous  l'olivier  déposant  son  tonnerre  , 
Le  Béarnais  dit  à  ses  habitants  : 
«  Je  le  savais  ;  Corbeil ,  dans  tous  les  tems  , 
Fut  fidèle  en  paix  comme  en  guerre  (44).  » 

Devenu  catholique,  Henri  IV  assista  à  Corbeil,  le  0  août  1661, 

hclabarre.p.  257.     • 

qt ,  né  à  T.oucn  eq  17;]!) ,  mort  curé  du  Bou,rg-|a-Reine  en  1807. 
celésiastique  qui  avait  été  prieur  curé  de  Saint-Guénault ,  à  Cor- 
beil ,  avant  la  révolution  ,  était  très-versé  dans  l'histoire  de  cette  petite  ville  ,  et  en 
avait  i  <e»  .  a  I  imitation  d'Qvide  pour  Kouie  .  do  Ciriscl  pour  Rouen 

el  de  RigiaÙ  pour  Auxerrc.  Les  malheurs  des  temps  l'ont  empêché  d'achever  ce 
,i  qui  est  res  i  il  et  ol  pa^é  dans  la  bibliothèque  de  >ir  Thumai  Phi- 

lipps ,  I  Middlehill,  comté  de  Worcester,  en  Angleterre. 

M    Par  allusion  à  la  devise  de  cette  ville     |  |  paecque  f<>. 


116  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

à  une  procession  générale  du  clergé  de  cette  ville,  qui,  dans  cette 
occasion  solennelle,  porta  les  reliques  de  ses  patrons  au  prieuré 
Notre-Dame-des-Champs ,  dont  nous  avons  déjà  parlé ,  et  où  se  fit  la 
station. 

Nous  lisons  dans  les  Mémoires  de  Louise  Bourgeois  (45),  sage- 
femme  de  Marie  de  Médicis,  «  que  le  voyage  de  cette  princesse  (  elle 
partait  de  Paris  pour  faire  ses  couches  à  Fontainebleau,  du  prince 
qui  depuis  fut  Louis  XIII)  se  fit  en  deux  jours.  La  couchée  du  pre- 
mier fut  à  Corbeil ,  dans  une  hôtellerie  où  il  n'y  avait  qu'une  mé- 
chante petite  chambre  basse,  bien  étouffée,  pour  la  reine.  On  mit 
coucher  les  femmes  et  moi,  dit-elle,  dans  ce  qui  restait  marqué  pour 
le  cabinet  de  Sa  Majesté,  et  il  n'y  avait  entre  son  lit  et  le  mien  qu'une 
légère  cloison  de  torchis.  » 

Louis  XIII  n'assista  pas  aux  cérémonies  qui  se  firent  à  la  collé- 
giale Saint-Spire,  sous  son  règne,  pour  les  plus  pressantes  nécessités 
de  l'État,  et  ses  besoins  personnels  durant  sa  maladie  au  château 
de  Villeroy,  voisin  de  Corbeil.  Mais  il  n'en  doit  pas  moins  être  compté 
parmi  ceux  qui  honorèrent  le  patron  de  Corbeil  de  leur  confiance  et 
les  habitants  de  cette  petite  cité  de  leurs  bontés.  Anne  d'Autriche 
visita  notre  collégiale  en  1663,  trois  ans  avant  son  décès.  Sa  signa- 
ture est  apposée  sur  les  registres  de  la  confrérie  de  Saint-Spire, 
dans  laquelle  elle  agréa  d'être  comptée.  Gaston,  duc  d'Orléans, 
leur  deuxième  fils,  est  aussi  venu  en  dévotion  dans  cette  église 
(3  avril  1623  ). 

Pendant  les  guerres  de  la  Fronde,  Louis  XIV  et  son  jeune  frère 
vinrent  à  Corbeil ,  où  le  surintendant  des  finances  envoya  à  ce  prince 
cent  louis  d'or,  pour  ses  menus  plaisirs  et  pour  faire  des  libéralités 
aux  soldats  estropiés.  Mais  il  paraît  queMazarin  les  lui  prit  dans  sa 
poche  et  ne  lui  laissa  pas  un  sou.  L'appartement  des  jeunes  princes 
était  si  exigu  que  leurs  lits  se  touchaient,  et  qu'ils  s'y  amusaient  à 
qui  mieux  mieux  à  se  cracher  au  visage  et  encore  à  quelque  chose  de 
pire;  mais  nous  laissons  au  valet  de  chambre  Laporte  (46)  le  soin 
d'en  instruire  nos  lecteurs. 

Suivant  l'Itinéraire  des  rois  de  France,  Louis  XIV  s'est  retrouvé 
dans  nos  murs  les  23  avril,  22  et  31  mai  1652,  26  octobre  1658, 
19  avril  1674  et  26  mai  1683. 

On  vit  à  Corbeil,  sous  le  règne  du  grand  roi,  au  prieuré  Saint- 

(45)  «  Récit  véritable  de  la  naissance  de  messeigneurs  et  dames  les  enfans  de 
«  France.  » 

(46)  Voyez  ses  Mémoires ,  p.  280-281. 


COKHKII..  117 

(luciiault,  où  ion  IH  était  conservé,  el  à  la  Commanderie  de  Suint 
en-l'Iale,  l'infortané  Jacquet  II  d'Angleterre,  après  la  perte 
de  sa  couronne. 

Louis  XV,  accompagné  db  Diuipliin,  son  (ils,  vint  à  Corhcil  le 
7  février  17 47  ;  tous  deux  y  couchèrent  et  furent  le  lendemain  rece- 
\oir  la  nouvelle  Dauphine,  au  château  de  Moissy-Cramayel.  Ce  mo- 
narqne  J  coucha  une  seconde  fois,  le  20  décembre  17G5  ,  jour  où  ce 
môme  Dauphin,  qui  était  un  modèle  d'austérités  et  de  vertus  chré- 
tiennes, mourut  à  Fontainebleau.  Madame  la  Dauphine,  qui  accom- 
pagnait le  roi,  fut  logée  au  château  de  Tremblay  et  Sa  Majesté  dans 
son  domaine,  appelé  le  Magasin  du  roi,  parce  qu'il  y  avait  une  réserve 
de  grains  pour  les  besoins  de  la  capitale. 

Louis  XVI  n'a  fait  que  traverser  Corbeil,  le  15  août  1777,  et 
Marie-Antoinette  deux  fois;  la  première,  en  descendant  la  Seine  pour 
m'  rendre  à  Paris,  au  mois  d'octobre  1788;  la  seconde,  l'année  sui- 
vante, en  la  remontant  pour  gagner  Fontaineblaau.  Avec  quel  doux 
frémissement  les  eaux  que  sillonnait  la  nef  qui  portait  la  princesse 
semblaient  répondre  aux  acclamations  flatteuses  de  la  foule  qui  se 
pressait  sur  les  rives  du  fleuve!  Les  heureux  habitants  de  Corbeil 
étaient  loin  de  pressentir  les  malheurs  qui  devaient  bientôt  frapper 
cette  auguste  et  infortunée  victime!... 

T.  Pinard , 

Membre  correspondant  de  ia  Société  archéologique  de  Tours. 


COMPTE  RENDU 


DE 


l'exposition  Faite  a  l  institut  par  m.  vincent  de  ses  travaux 
sur  la  musique  ancienne. 


Notre  collaborateur,  M.  Vincent,  à  la  sollicitation  de  ses  nom- 
breux amis  et  de  diverses  personnes  désireuses  de  connaître  les  dé- 
couvertes curieuses  dont  la  science  lui  est  redevable  sur  la  musique 
grecque,  a  fait  dernièrement,  dans  une  des  salles  de  l'Institut ,  une 
exposition  des  résultats  auxquels  ses  travaux  l'ont  conduit. 

Un  autre  de  nos  collaborateurs,  M.  Nisard,  a  prêté  à  M.  Vincent 
le  concours  de  son  heureux  talent  d'exécution,  et  rendu  sensible  à 
l'oreille  sur  des  instruments  disposés  tout  exprès,  les  effets  musicaux 
dont  ce  dernier  a  savamment  établi  la  théorie. 

Nous  pensons  être  agréable  et  utile  aux  lecteurs  de  ce  recueil , 
en  rappelant  d'une  manière  sommaire  les  principaux  points  que 
M.  Vincent  a  traités. 

M.  Vincent  a  traité  brièvement  lés  trois  questions  suivantes  :  les 
tons ,  les  genres,  l'harmonie;  et  il  s'est  efforcé  de  faire  comprendre  en 
quoi,  sur  ces  trois  points,  la  musique  grecque  différait  de  la  nôtre. 

Le  mot  ton  a  reçu  plusieurs  significations  différentes;  mais  par 
tons,  M.  Vincent  entend  ce  que  les  philosophes  et  les  musicographes 
grecs  nomment  harmonies,  et  que  nous  appelons,  nous,  modes.  Le  mot 
ton,  dans  ce  sens,  est  encore  resté  employé  dans  le  plain-chant  :  il  y 
a  hait  tons  dans  les  chants  d'église  ;  tandis  que  nous  n'avons  que  deux 
modes ,  le  majeur  et  le  mineur.  Ces  tons  et  ces  modes  dérivent  des 
anciennes  harmonies  des  Grecs;  le  mode  majeur  a  été  assimilé  par 
M.  Vincent  à  l'harmonie  phrygienne,  et  le  mode  mineur  à  l'harmonie 
dorienne.  Harmonie  signifie  ici  la  manière  d'accorder  l'instrument, 
ou  si  l'on  veut,  la  manière  d'établir  les  rapports  des  intonations  des 
divers  degrés  de  l'échelle  musicale.  Outre  l'harmonie  phrygienne  et 
l'harmonie  dorienne,  les  Grecs  en  reconnaissaient  plusieurs  autres, 
par  exemple  l'harmonie  lydienne,  l'harmonie  mixo-lydienne  ;    la 


MU8IQUK    ANCIENNE.  119 

première  était  essentiellement  plaintive,   la   seconde  éminemment 
[ue. 

Pour  établir  les  rapports  (jiii  pouvaient  exister  entre  les  harmonies 
in  (n ci  |  il  une  part,  et  de  l'autre  les  tons  de  l'église  ou  les  modes 
de  la  musique  moderne,  M.  Vincent  est  parti  de  ce  principe  que 
Iharmonie  phrygienne  avait  un  caractère  mâle  et  belliqueux,  et  que 
c'était  sur  te  mode  que  l'on  sonnait  les  trompettes.  Cette  circon- 
stance \enait  à  l'appui  de  plusieurs  indications  positives  fournies  par 
•xtes  ,  de  celle-ci  par  exemple,  que  tout  chant  finissait  sur  la 
mèse,  c'est-à-dire  sur  la  corde  majeure  de  l'harmonie;  cette  circon- 
stance, disons-nous,  établit  d'une  manière  certaine  l'assimilation  du 
mode  phrygien  avec  notre  mode  majeur.  Ensuite ,  comme  on  con- 
naît la  loi  d'après  laquelle  les  diverses  harmonies  sont  échelonnées 
entre  elles,  il  est  facile,  étant  données  les  cordes  du  mode  phrygien  , 
d  en  déduire  les  cordes  des  autres  modes ,  en  procédant  pour  cela 
par  degrés  conjoints. 

Par  ce  moyen,  outre  les  rapports  déjà  signalés  y  M.  Vincent  est 
parvenu  à  établir  que  l'harmonie  lydienne  (1)  avait  pour  cordes  prin- 
cipales celles  de  la  fausse  quinte  fa,  mi,  ré,  ut,  si,  et  la  mixolydienne, 
les  cordes  si,  la,  sol,  fa,  mi. 

Il  faut  néanmoins,  pour  rétablir  conformément  à  la  théorie  hellé- 
nique cette  échelle  de  dégradation  des  diverses  harmonies,  faire  une 
remarque  importante  :  c'est  que  les  Grecs  plaçaient  les  cordes  graves 
en  haut,  et  les  cordes  aiguës  au  bas  du  système  musical,  tout  à  fait 
au  rebours  de  ce  que  nous  faisons  nous-mêmes.  On  conçoit  en  effet 
qu'il  n'y  a  aucune  connexion  nécessaire  entre  le  grave  et  le  bas, 
entre  l'aigu  et  le  haut,  et  que  cette  relation  est  une  chose  de  pure 
convention;  faute  d'avoir  fait  cette  remarque,  nombre  d'auteurs  jus- 
tement renommés ,  traitant  du  système  grec,  n'y  ont  apporté  que 
trouble  et  confusion. 

M.  Vincent  a  confirmé  cette  théorie  qui  lui  appartient  en  propre, 
en  faisant  exécuter  différents  chants  d'église ,  qui ,  disposés  suivant 
l'ordre  que  les  anciens  attribuaient  à  leurs  diverses  harmonies,  pré- 
sentent de  la  manière  la  plus  convaincante  les  caractères  mêmes  que 
ces  auteurs  attribuaient  à  leurs  modes.  On  saura  donc  maintenant 
ce  que  voulaient  dira  Platon  ,  Anstote ,  Plutarque,  Athénée,  etc., 
lorsqu'ils  parlaient  de  l'harmonie  phrygienne,  de  l'harmonie  do 
rienne,  etc. 

i    Plu»  etaclerneui  bypolydieonr. 


120  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

Le  temps  et  l'espace  nous  manquent  pour  entrer  à  cet  égard  dans 
les  détails  convenables;  nous  ne  pouvons  cependant  passer  outre 
sans  ajouter  une  conséquence  importante  ,  c'est  que  ,  d'après  cette 
même  théorie,  les  divers  personnages  d'un  drame  pouvaient  déclamer 
leur  rôle,  chacun  dans  un  mode  différent  et  suivant  une  mélopée  ap- 
propriée à  leur  caractère  sans  cependant  s'écarter  d'une  tonalité 
commune,  comme  nous  le  voyons  encore  pratiquer  à  l'église  dans 
le  chant  de  la  Passion ,  précieux  reste  de  la  mélopée  antique. 

Après  la  théorie  des  tons,  modes  et  harmonies,  M.  Vincent  a 
parlé  des  genres,  c'est-à-dire  des  diverses  divisions  de  la  quarte  ou 
du  tétracorde.  La  gamme  ou  Y  octave  se  compose  de  deux  tétracordes 
et  union  (1).  Or,  tandis  que  nous  n'avons  qu'une  seule  manière  de 
diviser  le  tétracorde,  savoir,  en  deux  tons  et  un  demi-ton ,  les  Grecs 
avaient  diverses  manières  de  décomposer  le  même  intervalle;  et  de 
là  dérivaient  les  divers  genres,  dont  il  existait  trois  principaux, 
le  genre  diatonique,  le  chromatique  et  Y  enharmonique.  Dans  le  genre 
diatonique,  le  tétracorde  était  divisé  en  deux  tons  et  un  demi-ton; 
c'est  le  genre  même  que  nous  pratiquons ,  et  nous  n'en  employons 
pas  d'autres.  Dans  le  genre  chromatique,  le  tétracorde  comprend  à 
l'aigu  un  trihémiton  ou  une  tierce  mineure  indécomposable,  et  deux 
demi-tons  au  grave.  Enfin,  le  genre  enharmonique  se  compose 
d'un  diton  ou  d'une  tierce  majeure  indécomposable ,  à  l'aigu,  et  de 
deux  quarts  de  ton  ou  grave.  De  sorte  que,  dans  tous  les  genres,  la 
somme  des  trois  intervalles  compris  entre  les  quatre  cordes ,  repro- 
duit toujours  notre  intervalle  de  quarte,  intervalle  que  les  pythagori- 
ciens nommaient  syllabe,  comme  comprenant  l'élément  fondamental 
de  toute  musique.  Quant  au  groupe  des  trois  cordes  graves  ou  des 
deux  intervalles  graves  des  tétracordes  chromatique  et  enharmo- 
nique, on  le  nommait  pycnum  (m>xvov),  c'est-à-dire  groupe  serré  ou 
condensé. 

Outre  les  trois  genres  principaux ,  les  auteurs  distinguaient  encore 
dans  chaque  genre ,  diverses  couleurs  ou  nuances.  Plus  le  pycnum  y 
est  resserré,  c'est-à-dire  plus  les  trois  cordes  qui  le  composent  sont 
rapprochées,  plus  le  genre  est  mou,  énervant,  efféminé.  C'est  pour- 
quoi le  diatonique,  le  plus  viril  de  tous,  était  le  seul  qu'admît  Platon 
dans  sa  République ,  comme  aussi  les  harmonies  dorienne  et  phry- 
gienne étaient  les  seules  qui  échappassent  à  sa  réprobation. 

Les  divisions  du  tétracorde  grec  étaient  connues  depuis  long- 

(i)  Ici  ce  mot  désigne  un  intervalle  et  n'a  plus  le  même  sens  que  plus  haut. 


m  SIQUR    ANi.lKNM.. 

temps i  d'après  les  travail!  de  Burette,  de  Berne,  etc;  mian  malgré 
diverses  tentatives  infructueuses,  on  n'était  point  parvenu  à  l< 
produire,  et  à  faire  entendre  e*S  divers  genres  (le  la  musique  grec- 
que (jiii  sortent  entièrement  îles  habitudes  de  notre  oreille.  Or,  c'est 
en  cela  que  se  trouve  ici  la  nouveauté.  M.  Vincent  a  fait  entendre 
une  sorte  de  piano  qu'il  a  fait  construire  depuis  longtemps  conjoin- 
tement avec  M,  Bottée  de  Toulmon  (1).  Cet  instrument,  dont  les 
cordes  sont  rendues  à  volonté  plus  longues  ou  plus  courtes,  au  moyen 
des  chevalets  mobiles  et  conformément  à  certains  rapports  détermi- 
nés mathématiquement,  n'est  que  la  réalisation  et  le  perfectionne- 
ment d'une  idée  antique  ;  car  Ptolémée  l'indique  formellement  (liv.  II, 
ch.  2)  sous  le  nom  d'Hélicon. 

C'est  au  moyen  de  cet  instrument  que  M.  Vincent  a  mis  son  au- 
ditoire à  tnême  d'apprécier  le  quart  de  ton  et  le  genre  enharmonique 
dont  cet  intervalle  est  le  fondement.  Malgré  l'étrangeté  que  présente 
au  premier  abord  l'audition  de  ce  genre  de  musique  avec  laquelle 
notre  oreille  a  besoin  de  se  familiariser,  on  ne  peut  nier  que  la  pre- 
mière impression  passée,  on  n'y  trouve  un  certain  charme  et  une 
expression  indicible  de  tristesse,  qui  devait  le  rendre  surtout  propre 
à  être  employé  dans  la  tragédie;  et  l'un  de  nos  grands  compositeurs, 
M.  Halévy,  a  reconnu  dans  ce  nouvel  élément  d'expression  musicale, 
assez  d'importance  pour  vouloir  en  faire  l'essai  en  grand  sur  des 
instruments,  piano  et  orgue,  entièrement  divisés  par  quarts  de  ton, 
que  nous  avons  entendus  avec  le  plus  grand  intérêt  (2). 

Enfin  M.  Vincent,  en  parlant  de  l'emploi  de  l'harmonie  ou  des 
sons  simultanés  chez  les  Grecs,  après  avoir  rapporté  diverses  preuves 
déjà  acquises  malgré  le  préjugé  contraire  qui  existe  à  cet  égard,  a 
fait  exécuter  la  musique  à  deux  parties  d'un  fragment  de  Pindare. 
Ce  fragment ,  découvert  depuis  longtemps  avec  sa  musique  dans  un 
couvent  d'Italie,  était  néanmoins  resté  méconnu  jusqu'à  ce  jour, 
en  ce  sens  que  l'on  ne  s'était  point  aperçu  qu'il  présentait  une  partie 
vocale  et  une  partie  instrumentale  évidemment  destinées  à  être 
exécutées  simultanément.  Or,  les  notes  vocales  sont,  dans  le  système 


(1)  M.  B.  de  T.,  dont  la  science  déplore  la  perte  récente,  s'était  occupé  de  la  par- 
tie mécanique. 

[i)  M.  Nisard,  notre  collaborateur,  qui  assistait  M.  Vincent  dans  ses  expériences, 
et  qui  s'est  déjà  rendu  habile  sur  le  jeu  du  clavier  à  quarts  de  ton  ,  déclare  que  » 
dans  son  opinion,  l'emploi  de  cet  intervalle,  rendu  possible  dans  notre  système 
musical ,  où  il  s'intercale  sans  y  rien  déranger,  est  destiné  à  moditier  profondément 
notre  système  de  tonalité. 


122  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

grec,  entièrement  distinctes  des  notes  instrumentales,  car  les  pre- 
mières sont  prises  dans  l'alphabet,  tandis  que  les  autres  sont  des 
signes  planétaires.  M.  Vincent  voyant  les  notes  de  la  première  caté- 
gorie appliquées  au  commencement  de  l'Ode,  et  celles  de  la  seconde 
appliquées  aux  vers  suivants,  a  eu  l'idée  fort  naturelle,  quoique  per- 
sonne ne  s'en  fût  encore  avisé,  de  les  rapprocher  les  unes  des  autres; 
et  de  ce  rapprochement  est  résulté  une  sorte  de  contre-point  à  la 
tierce. 

Un  fragment  signalé  pour  la  première  fois  par  M.  Vincent  dans 
deux  manuscrits,  appartenant,  l'un  à  notre  Bibliothèque  nationale, 
l'autre  à  la  Bibliothèque  royale  de  Munich,  et  présentant  une  gamme 
de  cithare  à  deux  parties,  l'une  pour  la  main  droite,  l'autre  pour  la 
main  gauche,  confirme  d'une  manière  évidente  l'opinion  depuis  long- 
temps émise  sur  ce  sujet  par  M.  Vincent. 


Alfred  Maury. 


LETTRE   A  M.   LE  COMMANDANT  DE  LA  MA  Mi 

SUR  LES  RUINES  DE  LAMBESA 
(alqérib). 

Blidah,  le  i  avril  1860. 

Mon  Commandant, 

Je  suis  heureux  que  le  petit  envoi  d'inscriptions  que  je  vous  ai 
adressé  vous  ait  été  agréable.  Malheureusement  je  ne  saurais  plus 
répondre  à  vos  désirs,  en  vous  adressant  des  renseignements  positifs 
sur  Lambesa.  Nous  avons  quitté  subitement  Batna  le  22  février. 
J'ai  visité  Lambesa  plus  d'une  fois,  et  bien  que  sans  notes  mathé- 
matiques, mes  souvenirs  sont  nombreux. 

Au  risque  de  vous  apprendre  ce  que  vous  connaissez  déjà ,  je  vous 
dirai  que  le  temple  d'Esculape  n'est  plus  tel  que  vous  l'avez  vu , 
c'est-à-dire  tel  qu'il  a  été  reproduit  dans  la  Revue  Archéologique  (l). 
Le  terrain  a  été  déblayé.  Les  colonnes  sont  libres,  reposant  tout  sim- 
plement sur  la  dernière  marche  d'un  escalier  qui  y  conduit.  L'édi- 
iice  me  paraît  avoir  été  un  carré  ou  à  peu  près  :  le  côté  opposé  à  la 
colonnade  aurait  eu  deux  enfoncements  à  angle  droit  dans  lesquels 
on  a  trouvé  deux  statues,  actuellement  à  Batna,  l'une  d'Esculape  et 
l'autre  d'Hygie,  toutes  deux  en  marbre  blanc,  et  probablement  ce 
qu'on  a  trouvé  de  mieux  en  Algérie.  Esculape  est  sans  avant-bras  et 
Hygie  sans  tète.  Une  belle  avenue  bordée  de  gradins  aux  contours 
sinueux,  et  d'un  niveau  inférieur  d'environ  un  mètre  à  celui  du 
petit  temple,  est  côtoyée  par  de  petites  loges  carrées  où  sont  des 
mosaïques  recouvertes  de  terre  par  nous. 

Le  plan  du  petit  temple  est  parfaitement  tracé;  ce  qu'il  y  a  même 
de  curieux,  c'est  qu'une  partie  des  murs  subsiste  encore  jusqu'à  la 
hauteur  de  quelques  décimètres;  mais  d'une  épaisseur  très-mince, 
comme  si  le  revêtement  intérieur  avait  été  mal  conservé.  Ce  revête- 

(1)  Bévue  Archéologique ,  ive  année,  pi.  73  et  p.  î5<). 


124  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

ment  est  en  marbre  rougeâtre  veiné  de  blanc,  aujourd'hui  s'écaillant 
avec  facilité. 

Le  monument  qu'on  appelle  Temple  de  la  Victoire,  a  été  aussi 
fouillé.  Sur  sa  face  méridionale  on  a  dégagé  une  colonne  de  plus  d'un 
mètre  de  diamètre.  Les  fouilles  intérieures  n'ont  rien  produit. 

Outre  ces  deux  statues  précitées  et  une  réduction  d'Esculape,  on 
a  aussi  une  belle  cuisse  de  Jupiter,  côtoyée  d'un  aigle,  un  génie 
de  la  colonie  de  Girta,  avec  une  inscription  votive;  d'autres 
fragments ,  des  pilastres  hexagones  avec  soubassement  et  chargés 
d'inscriptions;  une  sorte  de  tribune,  enceinte  semi-circulaire  aux 
extrémités  terminées  par  deux  cippes  couverts  d'inscriptions  sur  leurs 
côtés  libres.  La  face  intérieure  de  cet  appareil  semi-circulaire  est 
également  couverte  d'une  inscription  curieuse.  Tout  cela  a  été  trans- 
porté à  Batna. 

Le  colonel  Carbuccia  a  fait  travailler  longtemps  à  Lambesa;  il  a 
fait  dessiner  et  relever  tous  ces  monuments  avec  soin  par  tous  ceux 
qui  pouvaient  être  à  sa  disposition. 

Je  vous  donne  ci-contre  une  inscription  que  j'ai  déterrée  à  la  grande 
halte  entre  Sétif  et  Aïn-Tagrout,  à  l'Aïn-Zada.  Cette  inscription 
détermine  la  position  d'une  petite  ville  romaine,  que  son  emplace- 
ment me  fait  croire  être  Caput  sallus ,  et  la  proximité  de  deux  autres 
dont  l'une,  l'Horrea,  se  trouve  citée  dans  les  cartes  routières  des 
Romains  sur  la  voie  de  Sétif  à  Bougie,  c'est-à-dire  de  Sitifis  à  Saldae. 

CAES.    M.    AV 

O.    SEVERO.    AN 

NINO.    PIO.    FIL. 

AVG.    D.    N.    PART.    BRIT 

MAX.    COS.    IIII.    CO 

LONI.    CAPVT.    SAL 

TVS.    HORREORVM 

ET.    KALEFACELENSËS 

ARAM.    PRO.    SALV 

TE.    EIVS.    CONSA 

CRAVERVNT.    ET.    NO 

MEN.    CASTELLO. 

QVEM.    CONSTITVE 

RVNT.    AVRELIANE 

.  .  .    ANTONINIA 


RUINES    DK    LAMRESA.  125 


.  .  .    POSVERVNT 

I)      D 

AN    P   CLXXIIII    (1) 

Cette  inscription  est  tracée  sur  un  prisme  quadrangulaire,  haut 
d'un  mètre  quatre  décimètres.  C'est  la  seule  nouveauté  qu'à  coup  sûr 
je  puisse  vous  offrir. 

J'ai  l'honneur  d'être ,  etc. 

L.  Leclère  , 

Chirurgien  aide-major  au  régiment  des  zouaves. 

(1)  Voici  la  restitution  que  propose  M.  Hase  auquel  cette  inscription  a  été  com- 
muniquée :  Imperalori]  Cœsari  Marco  Au  \\  reli]o  Severo  An-  ||  to]nino  pio, 
felici ,  ||  Auguslo,  domino  noslro,  Parlhico  Britannico  ||  maximo,  consuli  TiTl, 
co-  ||  loni  Caput  Sal-\\tus,  Horreorum  ||  et  Kalefacclenses  <*)  ||  aram  pro 
salu- 1|  te  ejus  consa- 1|  craverunt,  et  no- 1|  men  castello  \\  quem  constitue- 1|  runl, 
Aureliani\\Severiani)  Anloninia-  \\  ni  imjposuerunt,  j|  decurionum  decreto,  \\ 
anno  provinciœ  clxxuii  ('*). 

i 

(*)  Les  deux  localités  désignées  sous  les  noms  de  Caput  sallus  et  de  Calefacile  , 
ne  sont  citées  par  aucun  géographe  ancien.  Peut-être  de  nouvelles  recherches  per- 
mettront-elles de  les  déterminer.  Horrea  est  en  effet  mentionné  dans  l' Itinéraire 
d'Anlonin  (p.  31  de  l'éd.  de  Wesseling)  comme  situé  sur  la  voie  romaine  qui  me 
nait  de  Silifis  à  Saldae  (Bougie),  à  dix-huit  milles  de  Sitifis.  M.  Pellissicr.  Explora- 
tion scienlif.  de  l'Afrique,  Sciences  hist.  et  gèogr.,  t.  VI,  Paris,  1844,  in-4°,  place 
Horrea  au  Djebel  Megris  ou  Magrise,  M.  Lapie  dans  ses  cartes  au  Djebel  Annini. 

(**)  L'ère  de  province  commence  en  Afrique  à  l'an  42  de  l'ère  chrétienne.  Donc, 
en  ajoutant  41  à  174  nous  trouvons  215  ;  c'est  la  cinquième  année  du  règne  de  Ca- 
racalla  ,  alors  consul  pour  la  quatrième  fois. 


DÉCOUVERTES  ET  NOUVELLES. 


—  Des  lettres  récentes  de  Bagdad  annoncent  que  M.  Loftus ,  le 
géologue  attaché  à  la  commission  qui  s'occupe  de  la  démarcation 
des  frontières  turco-persanes,  a  visité ,  en  se  rendant  à  Bassora,  les 
antiquités  de  la  Basse-Chaldée ,  jusqu'à  présent  inconnues. 

Les  ruines  de  l'ancienne  Ur  des  Chaldéens  (aujourd'hui  appelées 
Werha),  où  se  sont  passés  les  faits  rapportés  par  l'Exode  dans  la  vie 
d'Abraham,  occupent  une  étendue  immense,  et  offrent  un  intérêt 
extraordinaire  à  l'archéologie.  Dans  une  enceinte  qui,  selon  toute 
apparence,  doit  avoir  été  un  lieu  public  de  sépulture,  on  a  décou- 
vert un  grand  nombre  d'anciens  cercueils  moulés  en  plâtre ,  suivant 
la  forme  et  les  dimensions  du  corps  humain,  enduits  d'un  vernis  très- 
brillant,  ornés  d'une  grande  quantité  de  figures  en  relief,  et  s'ou- 
vrant  à  la  partie  supérieure,  au  moyen  d'un  couvercle  ovale,  éga- 
lement orné. 

Un  vase  de  grandeur  moyenne  était  attaché  par  un  lien  à  chaque 
cercueil.  D'après  le  récit  des  indigènes,  on  trouve  souvent  dans  ces 
tombes  des  bijoux  en  or,  des  pierres  fines  et  d'autres  restes  des  arts 
chaldéens;  mais  ceux  que  M.  Loftus  a  examinés  ne  contenaient  déjà 
plus  rien,  parce  que  les  Arabes  les  avaient  visités  avant  lui.  Il  a 
cependant  pu  emporter  un  bon  nombre  de  briques  couvertes  de  ca- 
ractères cunéiformes,  des  pièces  de  terre  cuite  moulées  ayant  la  forme 
de  cornes  de  bœuf  et  portant  des  inscriptions;  enfin,  plusieurs  mor- 
ceaux d'une  pyramide  hexagone  chargée  de  longues  inscriptions 
semblables  à  celle  qui  a  été  retrouvée  à  Ninive  par  M.  Layard  et  qui 
se  trouve  maintenant  au  British  muséum. 

Si  on  en  croit  la  tradition  du  pays ,  Werka  serait  le  lieu  de  la 
naissance  d'Abraham  ;  mais  en  tout  cas  on  ne  peut  pas  révoquer  en 
doute  que  ce  ne  soit  l'ancienne  Ur  des  Chaldéens.  D'autres  voyageurs 
avaient  déjà  aperçu  de  loin  ces  ruines,  qui  habituellement  sont  inac- 
cessibles ,  à  cause  de  l'inondation  qui  les  enveloppe  et  du  dangereux 
voisinage  des  Arabes  Rhézels.  M.  Loftus  est  donc  le  premier  Euro- 
péen qui  ait  vu  et  examiné  de  près  le  berceau  du  peuple  juif. 

Aux  ruines  de  Hammam,  près  du  canal  de  Haï,  M.  Loftus  a 
aussi  trouvé  une  statue  en  basalte  noir,  revêtue  de  deux  inscriptions 


m  COUVBITBfl    "I    m>i  I  i  i  i  FIS.  127 

cunéiformes.  A  Bamgheir,  an  delà  de  l'Eophrate,  on  voit  aussi  une 
grande  statue  colossale  représentant  un  dieu  t haldéen  ,  mais  elle  est 
dans  un  étal  de  d«'izr;i(l.it ion  tel  quelle  ha  vaudrait  pas  la  peine  d'être 
transportée  en  Europe.  Eo  langeant  Sasiani .  la  commission  dont 

M.  Loft  us  fait  partie,  traversera  tout  les  pavs  où  abondent  les  ruines 
clialdéennes ,  et,  gràre  à  la  sécurité  qyi  l'entoure  et  au*  movens 
dont  elle  dispose,  elle  fera  indubitablement  des  découvertes  qui  jet- 
teront un  grand  jour  sur  l'histoire  primitive  de  Ninive  et  de  Ba- 
in loue. 

—  On  vient  de  retrouver  à  Pescia  un  des  plus  anciens  monuments 
de  la  peinture  italienne.  C'est  un  tableau  représentant  saint  François 
et  les  principaux  miracles  de  sa  vie,  peint  sur  fond  d'or,  selon  l'usage 
des  premiers  temps  de  l'art.  On  lit  sous  la  figure  du  saint  : 

BONAVE\TVKA    BEItUNGHJERI   DA   LVCCA    PJNX1T    1235. 

Ce  tableau  se  trouve  à  l'église  Saint-François-des-Champs  (al 
prato),  et  excepté  l'image  du  saint  assez  difficile  à  distinguer,  tout 
le  reste  a  été  maladroiterpcnt  retouché;  mais  cette  découverte  n'en 
est  pas  moins  précieuse  pour  l'étude  de  l'art  au  XIIIe  siècle. 

—  Notre  collaborateur,  M.  Lowenstern,  de  retour  d'un  voyage  en 
Allemagne ,  nous  communique  la  nouvelle  suivante  qui  intéressera 
ceux  de  nos  lecteurs  qui  s'occupent  d'archéologie  orientale  :  M.  Bopp, 
le  savant  orientaliste  de  Berlin ,  auquel  on  doit  une  grammaire  com- 
parée des  langues  indo-germaniques,  va  joindre  aux  langues  sur 
lesquelles  il  a  déjà  fait  porter  ses  recherches  philologiques,  l'ancien 
persan ,  tel  que  la  première  écriture  cunéiforme  nous  en  fournit  les 
éléments.  Il  mettra  pour  cela  à  profit  les  travaux  les  plus  récents  sur 
cette  matière ,  et  nous  ne  doutons  pas  qu'ainsi  complété  son  tra- 
vail ne  se  place  désormais  au  même  rang  que  l'admirable  grammaire 
allemande  de  J.  Grimm. 

—  Dans  sa  séance  du  1 0  mai  dernier,  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres  a  élu  M.  A.  J.  II.  Vincent,  membre  titulaire  en  rem- 
pla<  ement  de  M.  Edouard  Biot,  décédé.  Le  8  avril  précédent,  notre 
collaborateur  avait  été,  par  arrêté  du  ministre  de  l'instruction  pu- 
blique, nommé  membre  du  Comité  des  Arts  et  Monument  en 
remplacement  de  M.  Bottée  de  Toulmon  ,  décédé. 


BIBLIOGRAPHIE 


Mémoires  de  la  Société  d'Archéologie  et  de  Numismatique  de  Saint- 
Pétersbourg.  Tome  III  (liv.  1  et  2).  Saint-Pétersbourg,  1849, 
in-8°,  avec  planches. 

La  Société  de  Saint-Pétersbourg  vient  de  faire  paraître  récemment 
les  deux  premières  livraisons  du  tome  III  de  ses  Mémoires  ;  nous 
croyons  être  agréable  à  nos  lecteurs  en  leur  faisant  connaître  les 
sujets  qui  ont  été  traités  par  les  savants  qui  la  composent.  Le 
premier  cahier  renferme  :  Des  documents  pour  l'histoire  et  l'ar- 
chéologie de  la  ville  de  Chersonnèse  en  Tauride ,  ouvrage  qui  a 
mérité  à  son  auteur,  M.  de  Koehne,  le  prix  de  numismatique  décerné 
par  l'Institut  de  France  en  1849  ;  un  long  article  sur  les  aspres 
comnénats  au  type  de  Saint-Eugène,  parle  même;  des  recherches 
sur  la  numismatique  slave  par  M.  de  Richel  ;  enfin  un  article  de 
M.  Vossberg  sur  un  sceau  de  la  ville  de  Varsovie.  Tous  les  articles 
^contenus  dans  cette  première  livraison  sont  en  allemand. 

Le  second  cahier  renferme  aussi  des  travaux  fort  remarquables. 
Nous  citerons  d'abord  une  note  de  M.  Bartholomei,  sur  une  drachme 
inédite  d'Artavasde  ,  roi  d'Arménie  ;  un  article  de  M.  de  Murait  sur 
les  colonies  de  la  côte  nord-ouest  de  la  mer  Noire;  une  description 
de  quelques  antiquités  trouvées  dans  le  district  de  Zwenigorod,  par 
M.  Eschotkoff;  un  article  de  M.  Vossberg  sur  les  médailles  d'Au- 
guste II ,  frappées  à  Dantzik  ;  deux  intéressantes  notices  de 
MM.  Thomson  et  Hoffmeister  sur  la  numismatique  allemande;  et 
enfin  le  post-scriptum  de  la  lettre  de  M.  Paul  Sawelieff  à  M.  de 
Koehne ,  sur  les  médailles  modernes  de  l'Asie. 

Les  dernières  pages  de  la  livraison  sont  consacrées  à  la  bibliogra- 
phie archéologique  et  au  bulletin  de  la  société,  comprenant  le 
compte  rendu  de  cinq  séances  (21  à  25),  présidées  par  S.  A.  I.  Mgr. 
le  prince  de  Leuchtemberg. 

Nous  avons  tout  lieu  d'espérer  que  les  relations  amicales  qui  exis- 
tent entre  la  France  et  la  Russie  faciliteront  les  études  archéologiques 
des  savants  des  deux  pays  ;  la  science  ne  pourra  que  profiter  de 
cette  union. 

V.  L. 


ÉTUDES 


8CR 


LES  ANCIENNES  NOTATIONS  MUSICALES  DE  L'EUROPE. 

CINQUIÈME    ARTICLE   (1). 

§  xn. 

Ei.imen  critique  des  monuments  relatifs  aux  ornements  de  l'ancienne  musique  de 

l'Europe  (Suite). 

M.  Fétis  a  signalé  la  lettre  de  Notker  Balbulus  que  j'ai  reproduite 
m  extenso  dans  l'article  précédent,  mais  il  n'a  fourni  aucun  détail 
<ur  le  texte  et  la  signification  de  ce  précieux  monument  historique. 

On  a  vu  plus  haut  l'explication  qu'en  donne  Baini  qui,  toutefois, 
ne  cite  point  Notker. 

Qu'étaient- ce  donc  que  les  lettres  alphabétiques  imaginées  par 
Romanus  ? 

Je  vais  essayer  de  le  dire. 

Tout  ce  que  rapporte  Notker  de  l'invention  de  Romanus  peut 
-iris  aucun  doute,  se  rattacher  à  ce  qu'on  appelle  ornement  du  chant, 
dans  l'acception  la  plus  générale  du  mot.  Ainsi ,  lorsque  M.  Dan- 
jou  disait  :  «  Le  chantre  Romanus  a-t-il  ajouté  les  notes  aux 
«  lettres  ou  les  lettres  aux  notes?  Nous  adoptons  le  premier  sens, 

M.  Nisard  le  second  (Revue,  1848),  »  il  persistait  dans  une  erreur 
impardonnable,  comme  on  va  le  voir  et  comme  on  peut  le  constater 
en  examinant  avec  soin  l'antiphonaire  de  Saint-Gall.  (Confer.  le  fac- 
similé  qui  est  en  tête  du  premier  article.) 

Et  d'ailleurs  ne  suffit- il  pas  de  lire  sans  préoccupation  les  paroles 
même  d'Ekkard  le  jeune,  pour  avouer  que  les  notules  musicales  sont 
antérieures  aux  lettres  explicatives  imaginées  par  Romanus  :  Prhnus 
il  le  Hueras  alphabet!  tignifkalwaê  notatis aut  svrsum  aatjusam, 

[t    Voir'  -lenu.  t.  V,  p.  Toi  :  t.  VI,  p.  mi,  ici  ot  : 

ni.  9 


130  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

aut  ante  aut  rétro  excogilaçit  ;  quas  postea  cuidam  amico  quœrenti 
Notker  Balbulus  explanavit  ? 

Ce  que  soutenait  M.  Danjou  eût  été  admissible  ,  si  les  lettres  de 
Romanus  avaient  été  des  notes,  ainsi  que  le  pensait  dom  Mabil- 
lon.  Mais  il  n'en  est  rien.  Ces  lettres  qui  se  trouvent  çà  et  là  dans  la 
notation  neumatique ,  avaient  pour  objet  : 

1°  D'indiquer  le  mouvement  des  différents  groupes  mélodiques 
d'une  même  cantilène  (C,  M,  T): 

C,  cilo  (vite). 

M ,  moderari  (en  donnant  à  l'exécution  un  mouvement  modéré). 

T  ,  tenere  (  en  accentuant  lentement  chaque  note  ). 

On  ne  peut  pas  exposer  plus  clairement,  que  ne  le  fait  ici 
Notker,  les  variétés  principales  de  lenteur  ou  de  vitesse  dans  l'émis- 
sion de  la  voix.  Les  trois  termes  précédents  correspondent  au  lento, 
au  moderato  et  à  Yallegro  des  modernes. 

2°  De  prévenir  qu'il  fallait  faire  un  silence  ou  une  pause  dans  la 
mélodie  (X  expectare  expetit). 

3°  De  préciser  la  manière  dont  on  devait  former  tel  ou  tel  son 
(0,  H,  M,  F,G,K,Q): 

0,  en  donnant  à  la  bouche  la  figure  d'un  0. 

H,  aspirât  (en  chantant  la  note  avec  aspiration). 

M,  en  donnant  à  la  voix  le  son  pleureur  que  laisse  échapper  un 
mendiant  qui  demande  l'aumône. 

F,  cum  fragore  (avec  force). 

G ,  ut  garruletur,  avec  tremblement  de  la  glotte  ou  trille.  C'est  évi- 
demment la  vox  garrula,  vox  vinnolata,  dont  j'ai  constaté  l'emploi 
dans  la  musique  européenne  dès  les  premiers  siècles  de  notre  ère. 

K  (pro  x  grœca positum ,  chlenge  id  est  clange  clamitat),  désignait 
une  note  qui  devait  être  exprimée  par  un  cri  aigu  et  perçant.  Le 
mot  grec  xXaypî ,  que  cite  ici  Notker  en  le  mutilant  un  peu  ,  a  bien 
réellement  cettesignification.  11  s'ensuit  que  le  K  ne  se  mettait  jamais 
qu'au-dessus  de  notes  élevées  de  l'échelle  mélodique,  tandis  que  l'F 
s'adaptait  indistinctement  à  tous  les  sons  d'une  gamme  grégorienne. 

Q,  avec  douceur,  piano. 

«  Pourquoi  rechercher  cette  lettre  dans  l'alphabet  de  Romanus , 
«  dit  Notker,  puisque,  dans  l'orthographe  des  mots  latins,  le  Q 
«  s'emploie  seulement  pour  montrer  que  l'U  suivant  perd  sa  force 
«  {Vira  suant  amittere)!  »  —  Sans  entrer  dans  l'explication  philolo- 
gique de  cette  phrase  un  peu  obscure ,  il  est  évident  qu'il  s'agit  ici 
d'une  araission  de  force  >  c'est-à-dire  de  ce  que  les  musiciens  rno- 


i  l'UDES  SUi;    i.i  nOKfl   MUSICALES  DE  L'EUROPE.    13) 

•  ItMri.'s  appellent  piano.   Bl  be  qui  nu*  confirme  dans  ce  sentiment  , 

eV>t  que  ïi  la  lettre  Q  notait  pas,  dans  l'alphabet  de  Romanis,  la 
rignificitioa  <  |  n  <.*  f  «  *  lui  donne,  il  faudrait  admettre  que  le  chanteur 
i  ien  a  imaginé  an  signe  pour  exprimer  notre  forte,  et  qu'il  n'en 
I  inventé  aucun  pour  indiquer  notre  piano.  — Or,  cela  n'est  point 
otoyable. 

4°  De  prémunir  contre  certaines  difficultés  concernant  la  lecture 
de  la  notation  (  E ,  N  ,  L,  I ,  S ,  A )  : 

E  signifiait  que  la  note  marquée  de  cette  lettre  était  à  l'unisson 
de  la  note  précédente. 

C'est  de  là,  sans  doute,  qu'est  venu,  dans  le  système  d'Hermann 
Contract ,  l'usage  d'employer  l'E  pour  désigner  l'unisson  :  E  voces 
unisonas  œquat  (Gerberti,  Scriplores ,  t.  II).  C'est  de  là  aussi  que 
l'on  doit  faire  dériver  le  guidon  E ,  mis  à  la  fin  d'une  ligne  de  mu- 
sique, pour  montrer  que  la  dernière  note  de  cette  ligne  forme  unisson 
avec  la  première  de  la  ligne  suivante.  Ce  genre  de  guidon,  que  per- 
sonne n'a  signalé,  est  employé  notamment  dans  le  manuscrit  1121 
du  XIe  siècle,  de  l'ancien  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale. 

N,  équivalant  à  notre  Nota  benè,  indiquait  un  passage  qu'il  fallait 
avoir  étudié  et  par  conséquent  bien  connaître,  pour  l'exécuter  con- 
venablement. 

L,  neumes  qui  s'élèvent  jusqu'aux  notes  les  plus  hautes  de  l'am- 
bitus  du  mode. 

I,  pour  faire  observer  que  la  note  initiale  d'un  neume  doit  être 
chantée  au-dessous  de  la  note  finale  du  neume  précédent. 

S,  pour  indiquer  le  contraire. 

A,  pour  rappeler  que,  dans  un  groupe  neumatique,  il  y  a  un 
saut  disjoint  de  quarte  ou  de  quinte,  suivant  le  mode. 

5°  De  corriger  certaines  fautes  de  transcription  musicale,  échap- 
pées aux  copistes  (P,  R)  : 

P,  pressionem  indicat  ;  cette  lettre  montre  qu'il  doit  y  avoir  un 
pressus  dans  les  neumes,  bien  que  la  sémiologie  ne  l'y  indique  pas. 
Je  dirai  plus  loin  le  rôle  important  du  pressus  dans  les  anciennes 
notations  musicales  de  l'Europe. 

R  (  rectitudo  vel  rasura  non  abolitionis  sed  crispationis  ) ,  phrase 
barbare  que  je  traduis  de  cette  manière  :  Rectification  ou  rature  non 
&  abolition  ,  mais  de  crispation,  c'est-à-dire  que  tel  ou  tel  signe  neu- 
matique représentant  un,  son  crispé,  il  faut  effacer,  dans  le  manuscrit, 
non  la  note  elle-même,  mais  seulement  la  crispation  de  cette  note. 
11  est  évident  que  les  mots  rectitudo  et  rasura  sont  synonymes;  or, 


132  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

le  sens  de  rasura  ne  peut  être  douteux  un  seul  instant,  si  l'on  veut 
se  rappeler  l'éloge  que  fait  Ekkard  le  jeune  d'un  splendide  évangé- 
liaire  écrit  à  Saint-Gall  :  7?aro  in  pagina,  dit-il ,  vel  unius  verbi  men~ 
dacium  invenias  rasum  (Goldast,  1. 1,  p.  46).  Cet  évangéliaire  était  si 
bien  exécuté  qu'on  rencontrait  à  peine  çà  et  là  quelques  rares  exponc- 
tions, pour  parler  comme  les  paléographes.  —  La  lettre  R  signifie 
donc  ici  l'exponction  ou  la  rature  d'un  signe  sémiologique  indiquant 
une  note  crispée ,  de  telle  sorte  toutefois  que  ce  n'est  point  la  note 
elle-même  qui  doit  être  abolie,  effacée,  expongée ,  mais  seulement 
sa  forme  calligraphique  de  crispation,  comme  je  l'ai  déjà  dit.  L'exa- 
men des  monuments  m'autorise  à  poser  cette  interprétation  nouvelle 
comme  une  doctrine  certaine,  et  me  rappelle  des  faits  analogues 
dans  la  notation  blanche  des  XVe  et  XVIe  siècles  :  c'est  ainsi .  par 
exemple,  que  Lucas  Lossius ,  dans  ses  Erolemata  masicœ  (petit 
in- 8°,  1563-1590),  nous  apprend  qu'une  minime  dont  la  queue  ou 
virgule  était  barrée ,  n'en  subsistait  pas  moins  comme  note  ;  la  cor- 
rection n'atteignait  que  la  virgule  qui  devait  être  effacée  dans  l'exé- 
cution musicale ,  et  ainsi ,  au  lieu  d'une  minime ,  le  chanteur  avait 
une  semi-brève.  Aujourd'hui  cette  correction  n'est  plus  admise  dans 
la  pratique  de  l'art  :  une  blanche  dont  la  queue  serait  traversée  par 
une  barre  ne  deviendrait  pas  pour  cela  une  ronde;  elle  resterait  ce 
qu'elle  est,  mais  devrait  être  divisée  en  quatre  croches  distinctes. 

Voilà  comment  les  détails  de  la  pratique  musicale  varient  de  siècle 
en  siècle,  se  transforment,  et  ne  permettent  pas  toujours  à  l'archéo- 
logue de  considérer  l'art  comme  un  tout  dont  chaque  partie  reste 
constamment  identique  au  fond. 

Ce  qui  précède  donnera ,  je  le  crois ,  une  idée  de  l'emploi  de  la 
lettre  R  dans  Yalphabet  de  Romanus.  Seulement  il  me  reste  un  point 
à  éclaircir  pour  que  le  sens  de  cette  lettre  soit  parfaitement  connu. 
En  effet,  il  ne  suffit  pas  de  comprendre  la  valeur  du  mot  rasura,  il 
faut  encore  savoir  ce  que  doit  signifier  ici  le  mot  crispatio. 

Et  d'abord ,  il  y  a  une  chose  dont  il  est  impossible  de  douter,  c'est 
que  la  crispation  musicale  ne  pouvait  être  qu'un  ornement  du  chant. 

On  a  vu  que  deux  espèces  d'ornements  mélodiques  proprement 
dits  sont  mentionnées  dans  le  récit  du  Moine  d'Angoulême  :  —  le 
son  tremblé  ou  vinnulation  (tremula  vel  vinnula) ,  et  l'appogiature , 
l'anticipation  ou  simple  port  de  voix  (collisibiles  vel  secabiles  voces). 
Je  me  trompe  fort  si  le  mot  crispation  n'est  pas ,  dans  lepître  de 
saint  Notker  Balbulus,  le  terme  générique  de  ces  deux  sortes  d'or- 
nements. Le  verbe  ei'ispare,  signifie  friser,  rider  ;  c'est  dans  ce  sens 


i  rUDBS   IUI    LBfl    NOTATIONS    mi>h:\ii>    ni.    l/KUROl'i 

.pie  l'on  dit  !  crisparc  pelagus ,  rider  la  SaHace  de  la  mer.  l.'n  ci'lèhrc 

musicien  encyclopédiste  du  XIII"  siècle,  appelle  le  trille  notapro- 

cellaris,  et  sappuie  ,  pour  justifier  cette  épithèle  ,  sur  des  explica- 
tions qui  coïncident  parfaitement  avec  le  crisparc  pelagUê  que  je 
\  iciis  de  citer  :  —  Proccllaris  dicitur,  eu  quod  (sicut)  procclla  flamïlUë 

aura  lêviagilata  mwetar  tme  aqaœ  interrupdone,  sic  nota  procellaris 
in  conta  fiêri  débet  cum  apparenlid  quidem  moiùs,  absque  lamen  soni 
>ris  interruptions.  Ceci  me  paraît  pércmptoire. — En  second 
lieu,  le  verbe  crisparc  signifie  encore  brandir,  secouer,  agiter  dans 
la  main  (crisparc  hastile,  brandir  un  javelot).  Or,  il  y  a  une  analogie 
frappante  entre  cette  deuxième  signification  de  crispare  et  le  mot 
mùme  de  reverberatio  que  le  précédent  auteur  du  XIIIe  siècle  em- 
ploie pour  désigner  une  seconde  espèce  d'ornement  mélodique  :  — 
Reverberalio ,  dit-il,  est  brevissimœ  noiœ  ante,canendam  notam  celer- 
rinia  anticipatio  ,  quâ  scilicet  mediante  sequens  assumilur.  Cette  action 
de  refrapper  vivement  la  note  suivante,  qu'est-ce  autre  chose  qu'une 
sorte  de  crispation  musicale,  qu'une  petite  note  qui  se  détache  d'un 
son  plein  pour  aller  se  heurter  contre  le  son  suivant?  Cette  petite 
note  impétueuse  et  toute  brandive,  comme  aurait  dit  Rabelais,  n'est- 
elle  pas  évidemment  la  nota  secabïlis  vel  collisibilis  du  Moine  d'An- 
goulême ,  et  la  plique  antique  dont  fait  mention  un  manuscrit  ano- 
nyme du  XIIIe  siècle  qui  a  été  en  la  possession  de  l'abbé  de  Tersan  : 
Ardicaplica  erat  simplex  nota  dwisionis  soni  ;  esthodiè  signum  tremulœ 
vocis?  Je  le  crois  avec  d'autant  plus  de  certitude,  que  tous  les  mo- 
numents pratiques  les  plus  anciens  de  l'art  en  Europe  se  traduisent 
facilement  avec  cette  théorie,  et  qu'ils  sont  inintelligibles  sans  elle. 

Il  y  avait  donc  primitivement  deux  sortes  d'agréments  mélodiques 
indiqués  par  la  forme  même  des  neumes  grégoriens  :  le  trille  et  la 
petite  note  d'anticipation.  Lorsque  le  copiste  s'était  trompé  dans  sa 
transcription  musicale,  en  écrivant  à  tort  l'un  de  ces  deux  signes  de 
note  ornementée,  on  ajoutait  au-dessus  du  neume  la  lettre  R,  et  cette 
simple  correction  suffisait  pour  exponger  la  faute  calligraphique  et 
faire  exécuter  la  note  d'une  manière  ordinaire,  c'est-à-dire  sans  trille 
ou  sans  anticipation. 

Voilà ,  ce  me  semble  ,  une  explication  naturelle  et  simple  que  les 
manuscrits  d'ailleurs  ont  rendue  pour  moi  vraie,  certaine,  inatta- 
quable. L'abbé  Baini,  en  disant  que  l'R  signifiait:  Quando  doveva 
cessare  il  tiullo  incomminciato  per  la  figura  trembla  ,  a  commis 
une  de  ces  énormités  archéologiques  qui  ne  résistent  pas  au  plus 
léger  examen.  Jamais  le  mot  rasura  n'a  eu  le  sens  que  lui  donne  ici 


134  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

le  docte  écrivain;  un  signe  musical  qu'il  faut  raturer,  effacer,  expon- 
ger,  ne  doit  pas  môme  avoir  un  commencement  d'exécution,  et  lui  en 
donnât-on  un  (admettons  un  instant  cette  hypothèse),  il  faudrait 
convenir  que  la  cessation  du  trille  ne  serait  nullement  indiquée  par  la 
présence  de  l'R  écrit  au-dessus  de  la  note  trillée.  Pourquoi?  préci- 
sément parce  que  la  lettre  occupe ,  en  ce  cas ,  plus  de  place  que  le 
signe  neumatique  lui-même. 

Je  demande  pardon  à  mes  lecteurs  d'avoir  insisté  si  longuement 
sur  cette  partie  de  l'épître  de  Notker  Balbulus;  ce  que  j'en  ai  dit  m'a 
paru  d'une  importance  extrême  pour  l'histoire  pratique  de  l'art.  Plus 
loin ,  je  démontrerai  que  sans  ces  explications  il  est  impossible  de 
rien  entendre  au  précieux  manuscrit  bilingue  de  Montpellier  :  ce  qui 
n'empêche  pas  que  bien  des  personnes,  fort  estimables  d'ailleurs, 
regardent  à  priori  la  simple  transcription  de  la  partie  alphabétique 
de  ce  monument  en  notation  moderne  comme  une  solution  complète 
de  la  lecture  des  neumes  ou  comme  une  notification  officielle  du  vrai 
chant  liturgique  de  saint  Grégoire.  Une  pareille  idée ,  sans  rien  ôter 
au  mérite  intrinsèque  du  document  auquel  je  fais  allusion,  prépare 
bien  des  mécomptes  à  ceux  qui  en  sont  maintenant  les  adeptes  de 

bonne  foi  et  les  hardis  propagateurs 

Je  reviens  à  l'explication  des  lettres  significatives  de  Romanus.  La 
valeur  du  V,  de  l'Y  et  du  Z  m'est  inconnue.  Quant  à  la  lettre  B ,  elle 
offre  un  sens  fort  clair;  elle  était  d'un  emploi  assez  fréquent,  et, 
s'ajoutant  toujours  à  d'autres  lettres ,  elle  avait  la  force  des  adverbes 
benè,  multùm.  Exemples:  BT,  c'est-à-dire,  accentuez  très-lentement 
chaque  note;  AL,  c'est-à-dire,  montez  jusqu'aux  plus  hautes  notes 
tolérées  du  mode. 

L'apparition  très-prochaine  de  l'antiphonaire  de  Saint-Gall,  que 
va  publier  le  P.  Lambitttftte,  permettra  aux  archéologues  de  consta- 
ter l'exactitude  des  explications  précédentes,  de  les  compléter  et 
même  de  rectifier,  s'il  y  a  lieu ,  quelques  détails  qui  pourraient  être 
plus  ou  moins  imparfaits.  Mais,  dès  aujourd'hui,  je  puis  tirer  avec 
certitude  les  conclusions  suivantes  : 

Première  conclusion.  — -  En  soutenant  que  les  lettres  de 
Romanus  ont  été  la  notation  primitive  de  l'antiphonaire  de  Saint- 
Gall  ,  et  que  c'est  plus  tard  qu'on  y  a  ajouté  les  neumes ,  on  s'est 
mépris  d'une  manière  étrange.  Autant  vaudrait  dire  en  parlant  d'un 
morceau  de  musique  moderne  où  le  compositeur  a  mis  des  forte,  des 
piano,  des  crescendo,  des  trilles,  àesrallentando,  etc.,  etc.  :  —  «  Tous 
«  ces  signes  d'expression  mélodique  sont  la  notation  primitive  de  la 


Dl    l'europi 

t  j>K  indes,  les  noires,  etc.,  n'y  ont  été  ajoutées  qu'après 

g  coup!  » 

Deuxième  conclusion.  —  L'abbé  Baini  a  donné  aux  lettre 
Romanus  upe  valeur  de  fantaisie. 

Pour  s'en  convaincre,  il  suffit  de  soumettre  à  l'examen  de  la  cri 
tique  la  plus  élémentaire  les  assertions  de  cet  auteur.  Suivant  Baini, 
en  effet,  chaque  lettre  de  l'alphabet  est  une  miliale  employée  pour 
ner  chaque  figure  neumatique  d'une  manière  abréviative.  Or, 

i  est  complètement  inexact.  Ainsi  : 

T  ne  voulait  pas  dire  tremula,  comme  il  le  soutient,  mais  trahere 
vel  lenere; 

S  n'avait  pas  la  signification  de  secabiUs  nota ,  mais  de  sursum 
scandere; 

P  n'indiquait  pas  un  podatus,  mais  bien  un  pressus,  ce  qui  est 
très-différent  (prensionem  vel  pressionem prœdicat)  ; 

E  ne  rappelait  pas  à  la  mémoire  le  neume  exon,  succession  de 
cinq  notes  ascendantes,  mais  seulement  l'unisson  de  deux  notes  con- 
sécutives (ut  œqualiter  sonetur  eloquilur)  ; 

0  n'était  pas  applicable  à  tel  ou  tel  neume  en  particulier,  mais  à 
toutes  les  figures  neumatiques  indistinctement,  quand  l'émission  de 
la  voix  exigeait,  d'après  les  traditions  de  l'école  grégorienne,  que  le 
chantre  ouvrît  la  bouche  comme  un  0  (figuram  suî  in  ore  cantantis 
ordinat). 

Il  est  inutile  d'accumuler  ici  plus  de  preuves  directes  contre  les 
conjectures  imaginées  par  l'auteur  des  Memorie  storico-critiche ; 
comme  elles  sont  en  contradiction  manifeste  avec  l'épître  de  Notker, 
il  faut  bien  avouer  qu'elles  ont  contre  elles  le  seul  monument  authen- 
tique et  connu  qui  existe  sur  cette  matière  délicate  de  l'archéologie 
musicale. 

M.  Danjou  a  été  beaucoup  plus  loin  que  l'abbé  Baini.  Celui-ci , 
comme  on  vient  de  le  voir,  prétendait  que  les  petites  lettres  alpha- 
bétiques ,  placées  à  côté  des  neumes ,  indiquaient  les  initiales  de  ces 
neumes  eux-mêmes ,  lesquels  pouvaient  exprimer  des  groupes  de 
plusieurs  notes.  M.  Danjou,  au  contraire,  à  l'occasion  d'un  ms.  de  la 
bibliothèque  Angélique,  à  Rome(R,  n°  4,  3,  8),  fait  observer  que 
ce  monument  contient  en  quelques  endroits  des  lettres  à  côté  de  la 
notation.  Ces  lettres  sont,  dit-il,  a,  c,  d,  e,i,n,o,  l,  p,s,  t. 
Et  il  ajoute  :  —  «  La  lettre  c  se  trouve  cinq  fois  dans  le  graduel  de 
«  Pâques  ;  mais  dans  ce  cas  elle  indique  la  note  qu'on  a  depuis 
<(  nommée  ut ,  et  c'est  encore  un  moyen  de  faciliter  la  lecture  des 


136  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

«  signes  de  neumes  placés  presque  sans  reiation  de  hauteur  (  Revue, 
«  août  1847,  p.  266).  »  Donc,  d'après  M.  Danjou,  les  petites 
lettres  ajoutées  aux  neumes  peuvent  être  la  traduction  alphabé- 
tique de  la  notation  mystérieuse  qu'elles  accompagnent.  Oui,  sans 
doute,  mais  c'est  à  une  seule  condition  :' —  C'est  que  ces  lettres 
seront  conformes  aux  diagrammes  en  usage  dans  la  musique  de  l'an- 
cienne Europe.  Or,  il  n'y  en  a  point  qui  comprennent  l'alphabet 
jusqu'aux  lettres  S — T  (1).  Lorsque  M.  Danjou  aura  répondu  à  cette 
observation  fondamentale,  j'aurai  l'honneur  de  lui  démontrer,  par 
d'autres  preuves ,  qu'une  petite  note  bibliographique  peut  contenir 
une  grave  erreur  d'archéologie. 

Je  ne  finirai  point  cette  deuxième  conclusion  sans  faire  observer, 
contrairement  à  l'opinion  Baini ,  que  les  lettres  significatives  n'ont 
pas  pu  se  trouver  dans  les  livres  de  chant  envoyés  en  France  avant 
Romanus,  puisque  c'est  ce  même  Romanus  qui  en  a  inventé  l'emploi 
et  déterminé  le  premier  \&  signification.  Cette  dernière  erreur  achève 
de  détruire  un  système  que  désormais  rien  ne  peut  légitimer.  Avec 
un  peu  de  réflexion ,  M.  de  Coussemaker  se  serait  bien  gardé  de 
lui  donner  la  sanction  de  son  assentiment. 

Troisième  conclusion.  —  Les  lettres  de  Romanus  nous  révèlent 
un  fait  de  la  plus  remarquable  importance  :  c'est  que,  d'après  les  plus 
pures  traditions  grégoriennes  conservées  à  Rome ,  le  plain-chant  ne 
s'exécutait  pas  comme  aujourd'hui.  Les  auteurs  du  moyen  âge,  à  une 
époque  où  déjà  les  véritables  conditions  du  chant  religieux  s'étaient 
oblitérées ,  n'ont  pas  Compris  cette  définition  de  saint  Bernard  : 
Musica  plana  est  notularum  sab  una  et  œquali  mensura  sîmplex  et 
uniformis  pronunciatio,  sine  incremento  et  decremento  prolationis .  Sans 
aucun  doute,  saint  Bernard  fait  ici  allusion  à  la  musique  figurée  et 
déclare  que  le  plain-chant  est,  par  sa  nature,  essentiellement  soumis 
à  d'autres  lois.  Au  commencement  du  XIIe  siècle ,  une  pareille  dé- 
finition pouvait  être  utile.  On  voit  même  des  traces  de  cette  utilité 
dans  le  Traité  des  Notes,  écrit  par  Tinctoris  à  la  fin  du  XVe  siècle  : 
—  «  Notae  incerti  valoris ,  dit  ce  savant  didacticien  ,  sunt  illœ  quae 

i 

(i)  Je  ne  connais  qu'une  notation  alphabétique  qui  s'étende  jusqu'à  l'Y.  Personne 
ne  l'a  signalée,  et  c'est  par  un  heureux  hasard  que  je  l'ai  découverte  ;  mais  elle  ne 
justifie  point  l'assertion  de  M.  Danjou. 

La  voici  comparée  avec  la  notation  dite  Boètienne  .- 

Notation  de  Boèce  :       abcdefghik      l      m     n      o     p 

Notation  inconnue  à  tous    n     k     »     u     u     i     n<r     n      v-     ■,-  u     «• 

les  bibliographes  :  a    b    c    h    H    I    M    O    A     1     ce    dd    ff    nu     » 


lilDI's    SUI    ll>    NOTATIONS   MUSICALES   DE    l/P.liROPE.     137 

«  nollo  regulari  talpre  sqnt  limitataa  s  rajas1  modi  eœ  sont  quibus  in 
,c  piano  canta  utitur.  Qaaram  qoidem  forma  interdum  est  similis 
«  formé  longs,  bn-vis  et  semibrevis,  ci  interdum  dissimilifl El 

a  liiijus  notfi  mine  ciim  mensura,  nunc  sim;  mensura.  Dune  sul)  11  lia 

a  quantitate  perfecta,  mine  sub  alia  imperfecta  canuntnr,  $ecundam 

«  ritam  ecclesiarum  aut  voluntatem  canentiiun  (ms.  6145  de  lu  Bib. 
«  du  Conservât,  de  musiq.  de  Paris,  in-fol.).  »  Il  est  évident  qu'a  lï- 
poqne  de  saint  Bernard  ,  la  musique  proportionnelle  avait  déjà  fait 
invasion  dans  la  musique  plane  de  saint  Grégoire;  et  c'est  contre 
cette  invasion  que  se  récrie  à  bon  droit  l'illustre  abbé  de  Clair  va  Ui. 
Mais  prétendre  qu'il  ait  voulu  enseigner  la  froide  égalité  de  toutes  les 
notes  dans  l'exécution  des  mélodies  grégoriennes,  c'est  là  une  chose 
qui  ne  peut  plus  maintenant  avoir  droit  d'asile  chez  les  érudits.  Saint 
Bernard  ne  pose  qu'une  règle  générale  :  l'antiphonaire  de  Saint-Gall 
et  la  lettre  de  Notker  en  donnent  les  exceptions.  Il  en  résulte  que  le 
plain-chant  n'est  pas  soumis  aux  lois  de  Itxprolalion  proportionnelle; 
mais  tous  les  sons  ne  doivent  pas  avoir,  pour  cela,  la  même  nuance  de 
force  ni  de  mouvement;  cela  dépend  du  sens  des  paroles.  Si  le  texte 
indique  un  cri  de  l'âme,  par  exemple,  la  voix  s'élève,  s'enfle  et  rend 
ainsi  la  pensée  liturgique.  S'il  s'agit  d'exprimer  l'humiliation,  la  note 
se  traîne  péniblement.  Est-il  question  d'adresser  à  Dieu  une  prière  qui 
annonce  la  détresse  spirituelle?  le  chanteur  imite  alors  le  ton  plain- 
tif du  mendiant  qui  tend  la  main.  Les  paroles  sont-elles  empreintes 
de  joie?  aussitôt  le  mouvement  rapide  de  la  voix  manifeste  à  l'oreille 
l'allégresse  de  l'âme,  etc.,  etc.  Voilà  une  idée  sommaire,  mais  juste, 
de  l'exécution  du  plain-chant  d'après  la  doctrine  même  de  saint  Gré- 
goire (1).  Quelle  différence  avec  la  méthode  inintelligente  et  glaciale 

i  Je  dis  :  d  après  la  doctrine  de  saint  Grégoire,  parce  que  Romanus,  instruit 
à  l'une  des  deux  écoles  qu'avait  fondées  cet  illustre  pontife,  vivait  à  une  époque  très- 
voisine  des  enseignements  personnels  de  saint  Grégoire.  Celui  ci  était  morlen  604,  et 
comme  il  instruisait  lui-même  beaucoup  d'enfants,  il  est  naturel  de  supposer  que, 
parmi  ces  jeunes  élèves ,  plusieurs  atteignirent  l'âge  de  80  ans.  Ceci  nous  conduit  à 
l'année  684.  De  cette  date  à  la  naissance  de  Romanus  qui  se  place  vers  740,  ajoutons 
une  deuxième  génération  d'artistes  sortis  de  l'école  grégorienne.  D'après  cette  hypo- 
thèse très-acceptable,  Romanus  aurait  donc  été  instruit  par  les  successeurs  immé- 
diats des  propres  élèves  de  saint  Grégoire.  —  Quant  à  Notker  Balbulus,  il  est  mort 
en  DIS.  En  admettant  qu'il  soit  né  vers  840  et  que  Romanus  ait  cessé  d'exister  dans 
le  premier  quart  du  IXe  siècle,  ces  deux  personnages  ne  sont  séparés  que  par 
quelques  années  seulement.  L'enchaînement  traditionnel  peut  donc,  ici,  être  consi- 
déré comme  non  interrompu.  Dans  un  de  mes  articles  publiés  par  la  litvue  du 
Mande  Catholique,  j'ai  donné  à  Notker  Balbulus  une  plus  grande  antiquité,  mai* 
à  tort.  Celte  bévue  ne  servait  à  rien,  comme  ou  le  voit.  Je  remercie  beaucoup  le 
P.  Lambillolte  de  me  l'avoir  sit;nalée. 


138  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

des  modernes  I  qu'il  devait  être  beau  ce  chant  romain  ainsi  exécuté 
par  des  artistes  studieux  et  parfaitement  pénétrés  du  sens  des  paro- 
les !  Les  cantilènes  de  l'Église  devaient  à  coup  sûr  charmer  l'oreille 
du  fidèle  pieux  :  en  écoutant  le  chant  sacré,  il  s'assurait  que  leprœ- 
cenlor  ou  lecolâtre  avait  bien  déterminé  l'accent  propre  à  chaque 
passage  mélodique,  à  chaque  sentiment  du  texte  ;  et,  s'habituant  aux 
applications  d'une  esthétique  vraie  et  pleine  de  coloris  dramatique, 
il  finissait  par  chanter  lui-même  avec  goût,  comme  de  nos  jours/ ceux 
qui  fréquentent  les  églises  finissent  par  chanter  lourdement  d'in- 
cohérentes juxtapositions  de  notes 

Quatrième  conclusion.  —  Les  lettres  de  Romanus  prouvent , 
selon  moi ,  que  les  neumes  n'exprimaient  point  par  eux-mêmes  la 
mesure  et  la  durée  des  sons. 

Cette  assertion  exige  des  preuves  nombreuses,  et  je  vais  les  donner 
autant  du  moins  que  le  comporte  un  simple  article  de  Reçue. 

Et  d'abord,  je  prendrai  pour  point  de  départ  ce  fameux  passage 
de  M.  Fétis ,  écrit  à  propos  des  deux  répons  Salvatorem  expectamus 
et  Toile  arma  tua.  «Avant  de  passer  à  l'examen  (des  nouveaux  chants 
«  de  ces  deux  répons  ) ,  dit-il ,  je  crois  devoir  faire  une  remarque 
«  importante  qui  fera  comprendre  quel  était  originairement  le  mode 
«  d'exécution  des  ornements  multipliés  qui  se  rencontrent  dans  les 
«  répons,  graduels,  offertoires,  etc.,  dont  l'origine  est,  comme  je 
«  l'ai  dit ,  orientale.  Ces  ornements  sont  presque  toujours  indiqués 
«  par  de  simples  points  détachés ,  dans  tous  les  systèmes  de  notation 
ce  saxonne  ou  lombarde.  Dans  les  manuscrits,  notés  en  plain-chant, 
ce  des  XIIIe  et  XIVe  siècles ,  ces  mêmes  ornements  sont  représentés 
«  par  des  semi-brèves.  La  plupart  des  éditions  anciennes  suivent  en 
«  cela  les  manuscrits  ;  mais  les  modernes  ont  remplacé  les  semi- 
ce  brèves  consécutives  par  des  brèves  isolées  pour  la  prosodie.  Il  en 


«  résulte  que  les  traits  :  — jk       *  ♦+  "  +  »  ■~1~  sont  notés  de 

n_p zz±l 

a  cetîe  manière  dans  les  éditions  du  graduel  et  de  l'antiphonaire, 
«  publiées  depuis  le  commencement  du  XVIIIe  siècle  : 

«  :  :  jg        "*'■  m  ■-jJcP  ;  en  sorte  que  le  caractère  du  chant  est 

«  complètement  changé. 

«  Les  éditeurs  qui  ont  fait  ces  changements  ne  savaient  vraisem- 
«  blablement  pas  ce  que  représentent  en  réalité  ces  notes  en  losange, 
«  depuis  la  fin  du  XIIe  siècle,  pour  traduire  les  points  détachés  des 


il  DES  SUR    LF.S   NOTATIONS   MUSICALES   DF.    L'BUIOPK, 

,(  notations  saxonne  et  lombarde  \  pour  on  découvrir  la  valeur,  il 

«  aurait  fallu  qu'ils  étudiassent  les  nombreux  morceaux  de  musique 
u  profane  du  moyen  age  où  des  traits  analogues  sont  représenté^  pai 
i  les  mêmes  signes  :  car,  à  cette  époque,  l'exécution  du  plam-chanl 
«  n'était  pas  différente  de  celle  des  «liants  vulgaires;  c'est  un  point 
«  d'histoire  de  la  musique  que  le  savant  abbé  Baini  a  très-bien  com- 
u  pris.  Les  éditeurs  dont  je  parle  auraient  su  que  le  trait  que  je 
*  n  ions  de  donner,  et  tous  ceux  du  môme  genre,  devaient  être  rendus 


ce  de  cette  manière 


aèSeS 


=?= 


<(  On  voit  donc  que  c'est  dénaturer  complètement  les  successions 
«  de  cette  espèce,  que  de  donner  à  toutes  les  notes  la  même  valeur  ; 
oc  car  dans  le  chant  dont  il  s'agit  le  chant  repose  sur  ces  notes  : 

ce  ESEÉz  =£=5  s  les  autres  n'en  sont  que  l'ornement  (  Des  Origines 

«  du  Plain- Chant ,  cinquième  article,  Reçue  de  M,  Danjou,  1846, 
«  p.  231-233).» 

Avant  de  répondre  directement  à  cette  longue  citation,  je  ferai 
observer  deux  choses  : 

1°  Dans  aucun  manuscrit  à  notation  primitive,  on  ne  trouve  le 
trait  mélodique  en  question  comme  le  représente  M.  Fétis,  mais  bien 

de  cette  manière  :    "Jis  **r*"»"y^-y+  m  [j,  ce  qui  est  fort  dif- 


férent par  rapport  aux  neumes. 

•  2°  M.  Fétis  donne  toujours  une  origine  orientale  aux  ré- 
pons, etc.,  etc.;  mais  il  est  essentiel  d'observer  que  le  trait  mélodi- 
que qu'il  examine  se  trouve  aussi  et  fréquemment  dans  les  antiennes 
proprement  dites.  Et  pour  ne  parler  que  des  répons,  qui  sont  surtout 
le  grand  cheval  de  bataille  de  M.  Fétis,  je  dirai  qu'aucune  autorité 
n'est  citée  par  lui  à  l'appui  de  l'origine  orientale  qu'il  lui  plaît  de 
leur  assigner.  Si  Sozomène  rapporte  que  saint  Jean  Chrysostôme  in- 
stitua les  répons  pour  s'opposer  aux  Ariens  qui  en  avaient  composé 
d'hérétiques,  il  ne  dit  pas  que  ces  hérétiques  aient  été  les  inventeurs 
de  ce  genre  de  mélodie  religieuse ,  tandis  que  Raban-Maur  affirme 
positivement,  au  commencement  du  IXe  siècle,  que  cette  invention 
revient  aux  Italiens  :  «  Responsoria  ab  Italis  longo  tempore  ante 
«  antiphonas  sunt  reperta  (Lib.  II  de  Instit.  Cleric,  cap.  li).  »  Au- 
rélien  de  Béomé  dit  la  même  chose  vers  le  milieu  du  même  siècle  : 


140  REVUE    A.RCHÉOLOG1QUE. 

—  «  llesponsoria  ab  Italis  primùm  reperta  sunt(ap.  Gerbert.  Scrip- 
«  tores,  tom.  I,  p.  60).  » 

Quoi  qu'il  en  soit,  M.  Fétis  me  semble  n  avoir  pas  compris  la 
valeur  du  trait  mélodique  en  question. 

Pour  rendre  évidente  son  erreur,  il  me  suffit  de  prouver  que  la 
virgule  et  h  point  des  neumes,  employés  soit  isolément,  soit  dans  la 
circonstance  citée  par  M.  Fétis  et  dans  d'autres  analogues,  soit  môme 
d'une  manière  double  ou  triple  (pressus  major,  pressus  minor),  n'eu- 
rent jamais  intrinsèquement  aucune  valeur  de  temps  ou  de  mesure, 

D'abord,  le  point  simple  signifiait  si  peu  une  note  de  courte  durée, 
qu'il  était  souvent  synonyme  de  la  virgule  qui,  plus  tard,  a  été  tra- 
duite par  une  note  carrée  avec  queue.  Ainsi,  par  exemple,  dans  le 
trait  Domine,  exaudi  orationem  meam,  beaucoup  de  manuscrits  met- 
tent un  point  sur  les  deux  premières  syllabes  du  mot  orationem,  et 
le  n°  107  (XIe  siècle,  fonds  de  Compiègne  de  la  Bib.  nationale) , 
remplace  les  points  par  des  virgules. 

Au  verset  de  Y  alléluia  du  premier  dimanche  de  l'Avent,  on  trouve 
trois  virgules  pour  les  trois  syllabes  soulignées  (Domine  misericor- 
diam)  dans  les  manuscrits  170  (de  l'année  1133,  Bib.  nationale, 
fonds  latin  de  Saint  Germain-des-Prés),  168  (ibid.,  XIIe  siècle),  697 
(ibid.,  Xe  siècle),  8  (XIIe  siècle,  ibid.,  fonds  de  Corbie),  438 
(XIIe  siècle,  Bib.  Sainte-Geneviève  de  Paris),  etc.,  etc.;  et  l'on 
voit,  pour  synonymes,  des  points  simples  sur  les  mêmes  syllabes  dans 
le  manuscrit  de  Saint-Gall  et  dans  le  numéro  1087  (Xe  siècle)  de  l'an- 
cien fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale. 

L'offertoire  de  la  deuxième  férié  de  la  Passion  commence,  dans 
certains  manuscrits  neumatiques,  par  deux  points  ;  dans  d'autres  par 
deux  virgules. 

L'introït  liberalor  de  la  quatrième  férié  du  cinquième  dimanche  du 
Carême ,  offre  les  trois  premières  syllabes  notées  chacune  avec  un 
point  simple  dans  beaucoup  de  manuscrits,  et  dans  beaucoup  d'autres 
la  virgule  remplace  encore  ces  points. 

Il  résulte  de  ce  qui  précède,  que  le  point  et  la  virgule  n'exprimaient 
par  eux-mêmes  que  des  notes  communes  qui  recevaient  différentes 
modifications  de  mouvement ,  suivant  l'usage  et  la  tradition ,  comme 
l'enseigne  l'antiphonaire  de  Saint-Gall.  Quel  était  donc  leur  rôle? 
C'était  de  marquer  l'arsis  et  la  thésis  des  signes  simples  neumati- 
ques :  LE  POINT  INDIQUAIT  TOUJOURS  UNE  NOTE  PLUS  BASSE  QUE 
LA  VIRGULE. 

Il  y  a  plus  :  les  neumes  offrent  fréquemment  deux  ou  trois  points, 


i  1 1  i>i>   SU1    LES   NOTATIONS   MUSICALES   DE    L'BUIOPB*      Ml 

deui  ou  troi^  virgules,  tantôt  d'une  manière  apparente  et  tantôt  plus 

obscurément  dans  les  ligatura.  Ces  deux  OU  trois  signes  plans  1 1  «  »  - 

risontalement  l'un  près  de  l'antre,  ont  causé  nn  extrême  embarras 
mi  archéologues  musiciens.  Dom  Jumilhac,  séduit  par  les  apparen- 
ces, a  cru  que  ces  groupes  de  notes  pressées  n'avaient  qu'un  but  : 
relui  d'exprimer  dos  notes  longues  ou  très-longues.  M.  Danjouacru 
y  \oir  aussi  des  signes  de  durée  sous  les  noms  de  dislroplms  et  de 
tristrophus.  Pour  peu  que  l'on  eût  été  initié  aux  mystères  neumatiques, 
on  aurait  vu  que  le  pressus  minor  ou  di-strophus  et  le  pressus  major 
on  tri-slroplms ,  n'indiquant  aucune  valeur  de  durée,  de  temps  ou  de 
mesure,  n'étaient  que  des  notes  simples  comme  les  autres.  Dans  les 
neumes  primitifs,  il  n'y  avait  aucune  portée,  et  l'élévation  des  signes 
n\  était  pas  même  adoptée  comme  système  général.  Privés  de  ces 
urces  modernes,  comment  les  anciens  artistes  s'y  seraient-ils 
pris,  s'il  n'y  avait  pas  eu,  dans  la  sémiologie  môme  des  neumes,  d'au- 
tres moyens  infaillibles  de  solmisation?  J'ai  déjà  fait  connaître  de 
quel  secours  était  l'emploi  du  point  et  de  la  virgule  simples.  Mais 
cela  ne  suffisait  pas.  11  fallait  d'autres  notes  de  convention,  et  c'est 
parmi  celles-ci  que  l'on  doit  ranger  le  pressus  major  et  le  pressus  mi- 
nor. Grâce  à  ces  deux  signes,  dont  je  laisse  entrevoir  pour  la  pre- 
mière fois  la  haute  importance  et  dont  le  déchiffrement  a  été  l'un  des 
plus  beaux  résultats  de  mes  travaux,  grâce  à  ces  deux  signes,  d:s-je, 
la  traduction  des  neumes  aura  désormais  une  base  solide  et  fixe  : 
c'est  le  fil  conducteur  qui  manquait  à  la  science  et  que  j'ai  eu  le 
bonheur  de  retrouver.  Avec  le  pressus,  plus  de  doutes  sur  les  prin- 
cipales cordes  tonales  de  chaque  mode,  plus  d'incertitudes  sur  d'au- 
tres intervalles  non  moins  nécessaires  à  connaître  pour  traduire  les 
neumes  avec  une  entière  précision.  Sans  \e  pressus  comme  je  l'en- 
tends, au  contraire,  l'intelligence  des  neumes  redevient  absolument 
impossible  :  on  a,  si  l'on  veut ,  des  signes  de  notes  longues ,  trois  et 
quelquefois  cinq  points  carrés  à  l'unisson  sur  une  seule  syllabe,  mais 
voilà  tout.  Encore  un  coup ,  avec  ma  découverte,  on  entrevoit  une 
science  ;  sans  elle ,  on  ne  sort  pas  des  ténèbres. 

Quant  à  la  traduction  que  M.  Fétis  a  donnée  de  la  virgule  suivie 
de  plusieurs  points  détachés  et  descendants  de  gauche  à  droite,. il  est 
facile  maintenant  de  la  réduire  à  sa  juste  valeur.  J'admets  qu 
points  en  question  ont  été  traduits  plus  tard  par  des  notes  de  forme 
losange;  mais  cela  ne  prouve  rien  en  faveur  de  leur  brièveté,  s'il  s 
du  plain-chant.  Il  ne  faut  pas  ici  confondre  la  notation  grégorienne 
Mec  la  notation  proportionnelle  du  moyen  âge.  La  première  devait 


142  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

avoir  des  signes  de  différentes  formes  pour  exprimer  l'abaissement 
ou  l'élévation  des  sons  ;  la  seconde  s'est  emparée  de  ces  signes ,  leur 
a  donné  une  valeur  propre  de  durée,  et  a  ainsi  créé  un  art  distinct, 
nouveau.  La  traduction  donnée  par  M.  Fétis  peut  être  plus  ou  moins 
exacte ,  si  l'on  consulte  les  traités  de  musique  figurée ,  écrits  par 
Jean  de  Garlande,  Francon  de  Cologne,  Pierre  Picard,  Aristote,  Jean 
de  Mûris,  etc.,  mais  elle  est  inacceptable  lorsqu'il  l'applique  au  chant 
grégorien. 

En  effet,  si  je  consulte  l'antiphonaire  de  Saint-Gall,  et  que  j'exa- 
mine, par  exemple,  comment  Romanus  comprenait  l'exécution  du 
Climacus  (1) ,  qui  n'est  autre  chose  que  le  trait  mélodique  traduit 
plus  haut  par  M.  Fétis,  je  vois  qu'à  Rome  les  trois  notes  de  ce  neume 
étaient  exécutées  tantôt  vite ,  tantôt  plus  ou  moins  lentement ,  et 
tantôt  d'une  manière  ordinaire  : 

1°  cite.  Le  c  qui  surmonte  souvent  le  climacus  et  dont  le  sens  ne 
permet  pas  le  moindre  doute,  en  est  une  preuve  incontestable. 

2°  d'une  manière  ordinaire ,  car  l'absence  de  toute  lettre  que  l'on 
remarque  aussi  très-souvent  sur  ce.  neume ,  indique  qu'il  faut  le 
chanter  comme  toutes  les  notes  communes  du  plain-chant. 

3°  Plus  ou  moins  lentement ,  car,  pour  ne  faire  qu'une  citation,  je 
vois  unpodatus  climaqué  sur  la  deuxième  syllabe  du  mot  Domine  (a), 
qui  est  surmonté  d'un  M.  Or,  l'M,  dit  Notker  :  mediocriter  melodiam 
moderari  mendicando  memorat. 

Je  pourrais  citer  encore,  mais  cela  suffit  pour  prouver  que,  d'après 
les  vraies  traditions  de  saint  Grégoire ,  le  climacus  n'était  pas  chanté 
d'une  manière  uniforme,  comme  l'enseigne  M.  Fétis,  et  que,  par 
conséquent ,  les  neumes  qui  l'exprimaient  n'avaient  aucune  valeur 
fixe  de  durée. 

Il  en  est  de  même  de  tous  les  autres  groupes  neumatiques  en  usage 
dans  la  notation  primitive.  Romanus  en  indique  l'exécution  tantôt 
d'une  façon,  tantôt  d'une  autre.  Il  est  impossible  qu'en  présence  de 
l'autorité  de  ce  chanteur  grégorien,  on  puisse,  un  seul  instant  encore, 
attribuer  aux  neumes  aucune  valeur  fixe  de  longue,  de  brève  ou  de 
semi-brève.  Pour  que  les  partisans  de  la  doctrine  contraire  aient  dé- 
sormais le  droit  de  s'inscrire  en  faux  contre  l'antiphonaire  de  Saint- 
Gall,  il  faudra  qu'ils  prouvent  que  les  lettres  C,  M,  T,  ne  signifient 
point  cita,  moderando ,  trahendo.  Or,  ils  n'y  parviendront  jamais. 

(1  )  Voir  cette  figure  dans  le  tableau  des  neumes ,  placé  en  tête  du  premier  article. 
(2)  Traclus  de  la  quatrième  férié  de  la  Semaine  Sainte. 


ÉTUDES  H»    LES    nmi  VTIONS   MUSICALES    D]     t    I  UROPE. 

ainsi,  à  ceui  qui  diront  que  t<il  ou  lel  signe  neumatique  suppôt 
une  longue,  ou  ane  brève ,  on  une  gémi  brève,  il  iera  donc  permis  <l<* 
répondre  \  Vous  POtM  trompez,  ce  signe  a  toutes  les  valeur 
BOOM  M  propre. 

La  suite  de  cette  discussion  fournira  bientôt  de  nouvelles  prei 
décisitefl  en  faveur  de  ce  que  je  viens  d'avancer. 

Cinquième  conclusion.  —  Les  lettres  de  Romanus  attestent  que 
les  neumes  n'exprimaient  point  non  plus,  par  eux-mêmes,  les  orne- 
ments du  chant,  à  l'exception  cependant  du  trille  et  de  Y  anticipation. 

Je  me  réserve  de  revenir  sur  ce  point  important  de  sémiologie 
musicale  dans  mon  prochain  article. 


POST-SCRIPTUM.  —  Je  m'aperçois  qu'à  propos  de  l'épttre  de  Notker,  j'au- 
rais dû  citer  V Histoire  inédite  de  la  Musique  ,  par  Dora  Cafflaux ,  mort  en  1777, 
dont  le  manuscrit  autographe  se  trouve  à  la  Bibliothèque  nationale  (fonds  de  Cor- 
bie  ,  n°  16).  C'est  une  distraction  que  je  vais  réparer. 

Dom  Cafûaux  traite  des  letlres  de  Romanus  dans  le  IVe  livre  qui  a  pour  titre  : 
De  la  musique  depuis  la  naissance  du  Christianisme  jusqu'à  Guy  d'Arezzo 
(p.  723  etsuiv.)- 

Après  avoir  adopté  les  assertions  de  Dom  Mabillon  qu'il  traduit  presque  mot  à 
mot  sans  le  citer,  il  arrive  aux  letlres  significatives  et  les  explique  jusqu'au  G 
inclusivement  : 

■  A  ,  dit-il,  montre  qu'il  faut  beaucoup  élever  la  voix.  B,  désigne  une  élévation, 
-  un  abaissement  ou  une  tenue.  C,  indique  qu'il  faut  précipiter.  D,  avertit  qu'il 
«  faut  baisser.  E,  enseigne  qu'il  faut  chanter  également.  F,  demande  une  pronon- 
«  ciation  forte.  G,  déclare  qu'il  faut  chanter  du  gosier  (p.  771).  » 

Tout  cela  est  bien  inexact.  11  fallait  tout  mon  désir  de  ne  rien  omettre ,  pour  tenir 
à  cette  citation. 


Théodore  Nisard. 

(  La  suite  à  un  prochain  numéro.) 


NOTICE 

SUR 

LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  JEAN ,   DUC  DE  BERRI , 

EN  1416. 


Jean  Ier,  duc  de  Berri ,  troisième  fils  du  roi  Jean  et  frère  puîné 
de  Charles  V,  a  laissé  la  réputation  d'un  prince  ami  des  lettres  et 
des  arts,  et  bien  lui  en  a  pris  pour  balancer  quelque  peu  par  là  aux 
yeux  de  la  postérité,  la  faiblesse  de  sa  conduite  dans  les  terribles 
conjonctures  où  l'État  se  trouva  réduit  de  son  temps.  Car,  s'il  était, 
ainsi  que  nous  le  représente  un  historien  du  Berri  (1),  «  fort  saige 
et  débonnaire,  paisible,  de  noble  courage,  »  s'il  se  plaisait  «  aux 
joyaux  et  somptueux  édifices ,  »  cela  ne  saurait  suffire  pour  lui  faire 
pardonner,  par  exemple,  sa  déplorable  administration  de  la  Guienne. 
Au  reste,  tous  les  témoignages  s'accordent  à  le  peindre  comme  un 
prince,  pour  le  moins,  faible  et  timide.  L'auteur  que  nous  venons 
de  citer,  dit  de  lui  -,  en  parlant  des  brigues  que  fit  naître  la  minorité 
de  Charles  VI  :  «  Le  duc  de  Berry  estoit  bien  content  de  ne  s'enmesler 
point  en  de  tels  fâcheux  affaires,  attendu,  ajoute-t-il  naïvement, 
qu'il  avoit  de  grands  biens,  desquels  il  étoit  paisible.  »  Un  peu  plus 
loin,  il  insiste  encore  :  «  Le  duc  de  Berry,  voyant  un  commancement 
de  haine  entre  les  ducs  d'Anjou  et  de  Bourgogne  pour  le  gouverne- 
ment, et  les  troubles  qui  estoient  en  France,  ne  désiroit  pas  mieux 
de  s'en  retirer.  »  Au  reste,  quoi  qu'il  en  soit  du  rôle  que  notre  duc 
de  Berri  a  joué  dans  l'histoire ,  comme  nous  n'avons  à  l'envisager  ici 
que  comme  ayant  été,  ce  que  nous  appellerions  aujourd'hui,  un 
bibliophile,  il  a,  sous  ce  rapport,  droit  à  nos  éloges.  Écoutons  d'abord 
ce  qu'en  dit  La  Thaumassière. 

a  Jean  Ier,  duc  de  Berry,  prit  soin  d'amasser  beaucoup  de  bons  et 
rares  livres  dont  il  composa  la  bibliothèque  qu'il  laissa  au  chapitre 
de  la  Sainte-Chapelle  qu'il  avait  fondée.  Il  l'établit  dans  une  chambre 
voûtée,  qui  est  des  dépendances  et  au-dessus  de  la  même  église,  où 
se  voyent  encore  à  présent  (en  1689)  les  armoires,  pupitres  et  rayons, 

(1)  Cliaurneau,  Hist.du  Berri,  p.  137. 


i;||;|  KM  III  (M    I       Dl       M    \  ,\  .     Dl  (      1)1       KI.HKI.  1  \  » 

«jui  i'o 1 1 1  juger  que  la  bibliothèque  (''toit,  considérable  el  remplie  de 

!i\r.s.  Ifaifl  le  temps  « f 1 1  i  dévore  tout  nous  <'n  a  laissé  peu  dé  i 

.jui  vont  tous  manuscrits,  .l'y  aj  remarqué  entité  antres  les  livres  des 
PindeCtes,  »;rrits  sur  vélain,  dont  Duarcu  elCujas,  Ces  génies  de  la 
jurisprudence  qui  ont  autrefois  fait  fleurir  nôtre  Université,  se  Sdnt 
souvent  servis,  et  dont  ils  font  honorable  mention  dans  leurs 
écrits,  ainsi  que  de  la  bibliothèque  du  duc  de  Bcrry  (1).  » 

Il  faut  remarquer  que  ce  que  La  Thaumassière  dit  ici  des  manus- 
crits du  duc  de  Berry,  qu'il  avait  vus  dans  la  Sainte-Chapelle  de 
Bourges,  ne  doit  s'entendre  que  dune  partie  de  la  bibliothèque  de  ce 
prince.  Car,  à  sa  mort,  arrivée  en  1416,  beaucoup  de  livres  qu'il 
avait  réunis,  soit  à  Bourges,  soit  à  Meun-sur-Yèvre,  furent  amenés 
à  Paris  pour  y  être  prisés  et  furent  déposés  provisoirement  dans 
l'hôtel  du  comte  d'Armagnac.  Quelques-uns  furent  donnés,  d'autres 
acquis  ou  pris  par  le  roi  et  par  d'autres.  Dans  l'impossibilité  où  nous 
sommes  de  suivre  la  destinée  de  cette  bibliothèque,  à  coup  sûr  l'une 
des  premières  en  date  de  la  France,  nous  nous  bornerons  à  jeter  ici 
un  coup  d'œil  sur  l'état  où  elle  se  trouvait  en  14 16. Disons  d'abord, 
ce  que  nous  espérons  prouver  tout  à  l'heure,  qu'elle  se  distinguait 
par  la  belle  exécution  des  manuscrits  et  la  richesse  de  leur  reliure. 
Le  document  où  nous  allons  puiser  nous  permettra  d'insister  sur  ce 
point,  et  nous  n'y  manquerons  pas.  Ajoutons  que  sous  le  rapport 
intellectuel  la  bibliothèque  du  duc  de  Berri  nous  a  paru  suffisamment 
honorable  pour  son  temps. 

Comme  les  livres  étaient  encore  au  XVe  siècle  fort  rares  et  des 
objets  d'un  grand  prix  ,  il  n'est  pas  étonnant  de  les  trouver  dans  les 
inventaires,  confondus  avec  les  pierreries,  les  joyaux  et  les  reliquaires, 
car  tout  cela  se  rattachait  aux  mômes  idées  et  aux  mêmes  usages. 
La  même  salle  renfermait  souvent  ces  divers  objets,  et  le  même 
personnage  en  avait  la  garde.  C'était  là  un  usage  constant  et  que 
nous  allons  retrouver  ici.  En  effet,  c'est  dans  deux  inventaires  des 
joyaux  du  duc  de  Berri,  que  nous  avons  le  catalogue  de  ses  livres. 
De  ces  deux  inventaires,  l'un  se  trouve  à  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  et  l'autre  aux  Archives  nationales.  Nous  devons  d'abord 
en  dire  un  mot  : 

Le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  est  un  compte 
rendu,  en  1416,  par  Jehan  le  Bourne,  secrétaire  et  contrôleur  de  la 
dépense  de  l'hôtel  de  Jean,  duc  de  Berri.  C'est  un  inventaire  très- 

i    Li  i  bâomauièit ,  lli$l.  du  Jicm  ,  p. 

vu.  H) 


146  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

détaillé  de  tous  les  joyaux,  tapisseries,  meubles  et  livres  apparte- 
nants à  ce  prince.  Une  partie  s'en  trouvait  à  Paris.  On  y  fit  venir  le 
reste,  de  Bourges  et  de  Meun-sur-Yèvre,  et  le  tout  fut  disposé  dans 
l'hôtel  du  comte  d'Armagnac,  où  s'en  fit  l'estimation.  Ce  compte  de 
Jean  le  Borgne  forme  un  volume  in-4°  de  290  feuillets  de  parchemin, 
dont  la  fin  manque,  et  qui  est  recouvert  d  une  reliure  moderne  et 
commune  (l).  Ce  qui  se  rapporte  aux  livres,  se  trouve  :  d'abord,  à 
partir  du  folio  84  jusqu'au  folio  97  inclusivement,  ensuite  du  folio 
164  au  folio  169,  et  enfin  du  folio  258  au  folio  269;  en  tout,  trente- 
deux  feuillets.  C'est  de  ce  manuscrit  que  Le  Laboureur  a  tiré  les 
extraits  qu'il  donne,  dans  son  histoire  de  Charles  VI,  de  la  biblio- 
thèque du  duc  de  Berri.  M.  Barrois,  à  son  tour,  a  reproduit  textuel- 
lement, dans  sa  Bibliothèque  protypographique ,  les  extraits  de  Le 
Laboureur. 

Le  second  manuscrit,  celui  des  Archives  nationales,  est  également 
un  inventaire  des  biens  du  duc  de  Berri.  C'est  un  volume  grand 
in-4°  ou  petit  in-folio,  carré,  relié  en  veau,  à  dos  de  maroquin  rouge 
(coté  K,  258).  Il  contient  225  feuillets  de  parchemin,  les  six  pre- 
miers non  paginés.  Le  premier  de  tous,  qui  n'est  écrit  qu'au  recto, 
porte  seulement  deux  mentions  de  joyaux.  Le  deuxième  est  en  blanc. 
Au  folio  3  se  trouveut  des  lettres  de  Charles  VI  relatives  à  l'exécution 
du  testament  de  son  oncle,  Jean,  duc  de  Berri;  elles  sont  datées  de 
Paris,  du  8  août  1416.  On  y  voit  que  les  exécuteurs  testamentaires 
étaient  :  le  roi  de  Sicile,  la  duchesse  de  Bourbonnais,  le  comte 
d'Armagnac ,  l'archevêque  de  Bourges,  les  évoques  de  Paris  et  de 
Clermont ,  maître  Arnoul  Belin ,  trésorier  de  la  chapelle  du  palais 
de  Bourges  et  maître  des  comptes  à  Bourges,  Robinet  d'Étampes, 
seigneur  de  Salebris,  et  frère  Jean  Rassenel,  confesseur  du  duc.  Au 
folio  5  se  trouvent  d'autres  lettres  de  Charles  VI,  de  même  date,  et 
qui  commettent  maître  Arnoul  Belin,  naguère  maître  de  la  Chambre 
des  comptes  à  Bourges,  et  maître  Macé  Sarrebourse ,  clerc  de  ladite 
Chambre  des  comptes ,  à  faire  l'inventaire  des  joyaux  et  livres  du 
feu  duc  de  Berri.  Le  premier  feuillet  numéroté,  porte  pour  intitulé: 
«  Le  quatriesme  compte  de  Robinet  d'Estampes,  escuier,  conseiller 
et  garde  des  joyaulx  de  très  hault  et  puissant  prince  monseigneur  le 
duc  de  Berry  et  d'Auvergne,  conte  de  Poictou,  d'Estampes,  de  Bou- 

(1)  Ce  manuscrit  a  été  mal  relié,  ainsi  que  l'a  remarqué  l'auteur  d'une  note  ré- 
cente qui  est  en  tête  du  volume.  Voici  l'ordre  actuel  des  feuillets  :  1  à  126,  puis 
227  à  290,  et  l'on  reprend  127  à  226.  Nous  ayons  retrouvé  dans  d'autres  comptes  de 
ces  sortes  de  déplorables  interversions  des  feuillets. 


i;ii;i  loi  ni  ■:ni  K    DB   JEAN,    DUC   DE    BEKK1.  147 

feigne  et  d'Amer^ie;  oiKjuol  compte  Bout  reprms  en  recepte  tous 
fa  jn\;nil\  et  vaisselle  d'or  et  d'argent,  pierrerie,  livres ,  et  autu  . 
choses  quelconques  dont  ledit  escxrier  *  st  demouré  chargé  par  ses 
(oini)tcs  prêYédens,  d  desquiels  il  requiert  e4re  acquictié  sur iceulx 
comptes  passez,  et  ailleurs  ou  il  appartiendra,  en  les  rendant  en 
ut  compte  ;  ouquel  aussi,  sont  contenus  tous  les  autres 

rail,  \ai>selle,  pierrerie,  livres,  et  autres  choses  qui  sont  avenus 
à  mondit  seigneur  depuis  le  derrenier  jour  de  janvier,  l'an  mil  quatre 
cens  et  unze  exclus,  que  le  présent  compte  fenist,  jusques  au  derrier 
jour  de  janvier  ensuivant,  l'an  mil  quatre  cens  et  douze  inclus,  dont 
ledit  Robinet  d'Estampes  a  eu  congnoissance.  » 

Ce  compte  contient  181  feuillets.  Il  est  suivi  d'un  autre,  du  même 
Robinet  d'Etampes,  du  dernier  janvier  1412,  au  15  juin  1416,  que 
ledit  monseigneur  le  duc  ala  de  vie  à  Irespassement.  Ce  dernier  compte 
comprend  36  feuillets  dont  la  pagination  recommence.  Le  volume 
se  termine  par  deux  feuillets  blancs.  Les  articles  qui  concernent  les 
livres  se  trouvent -.dans  le  premier  compte,  du  folio  131  au  folio  165, 
et  dans  le  second,  du  folio  31  au  folio  36.  Cesarticles  sont  au  nombre 
de  188,  qui  en  réalité  se  réduisent  à  181,  attendu  que  les  articles 
172  à  178  inclusivement,  se  répètent  dans  les  articles  179  à  185. 
De  ces  181  articles,  les  145  premiers  contiennent  les  livres  possédés 
anciennement  par  le  duc  de  Berri  et  qui  se  trouvaient  dans  des  in- 
ventaires précédents.  A  partir  du  n°  146  jusqu'au  n°  157,  se  trou- 
vent les  livres  nouveaux.  Du  n°  158,  qui  commence  le  second 
compte  (celui  de  1416),  jusqu'au  n°  167,  ce  sont  les  livres  achetés 
récemment.  Le  reste,  à  partir  du  n°  168,  Contient  les  livres  donnés. 

Ces  deux  inventaires  du  duc  de  Berri ,  celui  de  Sainte-Geneviève 
et  celui  des  Archives,  sont  presque  entièrement  semblables;  seule- 
ment celui  de  Sainte-Geneviève  a  sur  l'autre  le  grand  avantage  d'être 
accompagné  des  prix  d'estimation.  C'est  pourtant  celui  des  Archives 
que  nous  préférons  pour  nos  citations,  d'abord  parce  qu'il  est  mieux 
écrit  et  que  ses  leçons  nous  ont  paru  meilleures  dans  beaucoup  de 
cas*,  et  ensuite  parce  qu'il  n'avait  pas  encore  été  exploré.  Le  lecteur 
nous  pardonnera  ces  longs  et  minutieux  avertissements ,  qui  nous 
ont  paru  nécessaires,  et  qu'à  notre  avis  l'on  néglige  trop  souvent. 
Maintenant  nous  allons  suivre  l'ordre  qui  nous  semble  tracé  tout 
naturellement  par  notre  sujet.  Nous  nous  occuperons  d'abord  de 
l'extérieur  de  nos  livres,  c'est-à-dire  de  leur  reliure  5  nous  passerons 
de  là  à  leur  exécution  matérielle  ;  enfin  nous  dirons  un  mot  de  leur 
contenu.  Ce  n'est  pas  ici  une  étude  approfondie  de  la  bibliothèque 


148  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

du  duc  de  Berri  que  nous  voulons  faire,  c'est  une  simple  visite  de 
curieux,  et  dans  laquelle  on  nous  permettra  de  nous  occuper  beau- 
coup plus  du  dehors  que  du  dedans  des  livres. 

Les  livres  du  duc  de  Berri  se  distinguaient  par  la  richesse  de  leurs 
reliures  et  la  beauté  de  leur  exécution.  Des  velours  aux  couleurs 
éclatantes,  des  draps  de  soie  diversement  ouvragés,  quelquefois  même 
des  draps  d'or,  s'étendaient  somptueusement  sur  les  ais  de  ces  beaux 
volumes.  Des  fermoirs  d'or  et  d'argent,  souvent  enrichis  de  perles 
et  de  pierreries,  rattachaient  entre  eux  les  plats  de  la  couverture. 
Tantôt  ils  portaient  divers  ornements  de  métal,  tantôt  ils  étaient 
recouverts  par  de  riches  chemises;  enfin,  des  pipes  de  métal  et  de 
travail  également  précieux,  servaient  à  y  retenir  les  signets.  A  coup 
sûr,  le  premier  coup  d'œil  est  déjà  favorable  à  notre  bibliothèque. — 
Voyons  pourtant  si  un  examen  plus  détaillé  ne  satisfera  pas  encore 
mieux  notre  curiosité.  Le  garde  des  joyaux  du  duc  de  Berri  n'étant 
plus  là  pour  s'y  opposer,  nous  pouvons  bien  nous  permettre  de 
déplacer  quelques-uns  de  ces  beaux  volumes.  Prenons  d'abord  ceux- 
ci,  qui  sont  : 

1.  Item,  un  livre  de  François  Pétrarque ,  des  Remèdes  de  l'une 
et  de  l' autre  fortune,  translaté  en  françois,  couvert  de  veluiau  ver- 
meil, à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  aux  armes  de  mon- 
seigneur (le  duc  de  Berri)  et  de  monseigneur  d'Orléans  [Prisé 
30*  tournois  (1).]. 

2.  Item,  un  livre  en  françoys,  appelle  le  Livre  de  l'empereur 
céleste,  historié  au  commancement  de  Dieu,  Nostre-Dame  et  de 
plusieurs  Sains,  et  d'une  femme  écrivant  en  une  chaière,  et  au  dessoubz 
les  armes  de  monseigneur  d'Orléans,  couvert  de  veluiau  vermeil,  à 
deux  fermouers  et  mailles  aux  armes  de  Monseigneur  et  de  monsei- 
gneur d'Orléans  [Prisé  30*  t.]. 

3.  Item,  un  Psautier,  escript  en  latin  et  en  françoys,  très  riche- 
ment  enluminé,  où  il  avoit  plusieurs  histoires  au  commancement,  de 
la  main  feu  maistre  André  Beaunepveu,  couvert  d'un  veluiau  vermeil, 
à  deux  fermouers  d'or,  esmaillez  aux  armes  de  Monseigneur  [Prisé 
100*  t.]. 

4.  Item,  un  très  bel  livre  de  la  Cité  de  Dieu,  escript  en  fran- 
çoys, de  lettre  de  court,  très  bien  historié  et  enluminé  ;  et  au  com- 
mancement du  second  fueiilet  a  escript  :  «  Monseigneur  Saint-Denis  ;  » 


(l)  Les  prisées ,  que  l'on  trouvera  entre  crochets,  à  la  suite  de  chaque  article, 
sont  tirées  du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève. 


BIBLIOTIII  <M  I      l'i      IIAN,    DUC    DK    BRRRI.  149 

il  est  romcrt  <lr  rrluimi  nrmcil,  à  UN  fermouers  de  cuivré  dorez. 
Lequel  livre,  Salemori,  secrétaire  du  roj  nostre  sire,  donna  à  Ifoodil 
leigneur  |  Prisé  I •-'•'»    t.]. 

Item,  une  très  belle  Bibli,  escripte  en  françois,  de  lettre  de 
(barmè,  bien  historiée;  et  au  commancement do  second fueillet  a 
escript  :  «  Des  générations  Cayn.  XVI;  couvert  de  veluiau  vermeil 
ouvré,  à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  de  Adam  et  Eve, 
el  V  boulions  de  cuivre  dorez  sur  chacune  ais,  et  une  pipe  d'argent 
dorée  à  plusieurs  seignaulx  de  soye  [Prisée  250  '  t.  ]. 

G.  Item,  un  livre  du  Miuouer  des  dames,  escript  en  françoys, 
de  lettre  de  fourme  ;  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  : 
«  — ter  et  reposer;  »  couvert  de  veluiau  vermeil,  à  deux  fermouers 
de  laton  hachiez  et  V  boulions  de  mesmes  sur  chacune  ais,  tous 
plains  [Prisé  20"  t.]. 

Les  reliures  en  velours  vermeil  ou  cramoisi  sont  nombreuses. 
Nous  en  avons  compté  vingt-trois.  On  sait  le  cas  que  le  moyen  âge 
faisait  des  couleurs  éclatantes.  Nous  avons  trouvé  trois  reliures  en 
velours  violet.  Ellesavaient  leur  signification  ;  toutes  trois  recou- 
vraient des  ouvrages  de  piété. Voici  les  deux  premières ,  la  troisième 
recouvrait  un  livre  d'heures  fort  riche. 

7.  Item,  un  Psautier  bien  ancien ,  historié  le  kalendrier  et 
ailleurs  en  plusieurs  lieux,  qui  fu  de  saint  Thomas  de  Conturbérie, 
où  il  a  deux  petits  fermouers  d'argent  blanc,  couvert  de  veluiau  violet 
[Prisé  60  s.,  vendu  64  s.  parisis,  valans  4*"  tournois]. 

8.  Item,  un  livre  des  Miracles  Nostre-Dame,  escript  en  fran- 
çoys, de  lettre  de  fourme  et  note  en  aucuns  lieux  ;  et  au  commance- 
ment du  second  fueillet  a  escript  :  «  comment  que;  »  et  est  couvert 
de  viez  veluiau  violet  doublé  de  tiercelin  vermeil,  et  fermant  à 
deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  aux  armes  de  France. 
Lequel,  Monseigneur  a  eu  du  roy. 

Nous  trouvons  deux  reliures  en  velours  noir  ;  l'une  pour  des 
Chroniques  de  France,  l'autre  pour  un  livre  ainsi  mentionné  : 

9.  Item,  un  livre  appelle  :  Ci  nous  dit,  escript  en  françoys,  de 
lettre  de  fourme;  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  : 
«  De  la  Trinité;  »  couvert  de  veluiau  noir,  à  deux  fermouers  d'argent 
dorez,  esmaillez  à  fleurs,  et  sur  chacune  ais  V  clos  de  cuivre  dorez. 
Lequel  livre?,  Monditseigneur  acheta  à  Paris,  où  mois  de  février  l'an 
dessusdit,  mil  CCCC  et  III,  de  Jehan  le  Moutardier,  escripvain  de 
fourme,  demeurant  en  ladicte  ville  de  Paris  (1)  [Prisé  15"  t.  ]. 

(1)  Ce  manuscrit  appartient  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  nationale.  On  en  trou- 


150  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Comme  richesse,  au-dessus  de  ces  reliures  en  velours,  il  faut  placer 
celles  en  drap  d'or.  Notre  catalogue  nous  en  offre  deux  exemples, 
et  l'on  va  voir,  qu'ici ,  le  somptueux  possesseur  a  su  faire  la  part  de 
son  plaisir  et  celle  de  sa  dévotion. 

10.  Item,  un  livre  escript  de  lettre  de  fourme,  auquel  est  :  le 
roman  de  la  Rose  ;  le  livre  de  la  Violète  ;  le  livre  de  la  Pan- 
thère et  le  Testament  de  Jehan  de  Mehun  ;  et  au  commancement 
du  second  fueillet  a  escript  :  «  Que  j'oy  pris  ;  »  couvert  de  drap  d'or, 
à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  d'un  demi  yraaige  de  Dieu, 
et  l'autre  d'un  demy  ymaige  de  Nostre-Dame  tenant  son  enflant. 
Lequel  livre,  Monseigneur  a  achaté  la  somme  de  Vixx  escus  d'or 
comptans  [Prisé  50^  t.]. 

11.  Item,  unes  petites  Heures,  esquelles  sont  les  Heures  de 
Nostre-Dame,  les  Sept  pseaulmes,  Vigilles  de  mors  et  autres  dévo- 
cions,  et  au  commancement  a  une  oraison  de  saint  Jehan-Baptiste  et 
le  kalendrier;  et  a  escript  au  commancement  du  second  fueillet 
desdictes  Heures  de  Nostre-Dame  :  «  Quoniam  ;  »  esmaillez  aux 
armes  de  Monseigneur,  ouvré,  ledit  drapt  d'or,  à  fleur  de  Hz,  et  par 
dessus  une  chemise  de  drap  de  Damas  bleu  doublé  de  tiercelin  rouge. 
Lesquelles  Heures  Monditseigneur  achapta  à  Paris  en  son  hôtel  de 
Neelle,  le  XIe  jour  de  décembre  quatre  cens  et  quinze,  pour  le  pris 
et  somme  de  cinquante  escus  d'or  comptans  (1). 

Par  delà  ces  riches  reliures,  il  j  en  avait  de  plus  riches  encore.  A 
vrai  dire  ce  ne  sont  plus  ici  de  simples  reliures,  mais  bien  de  véri- 
tables objets  d'art.  Nous  voulons  parler  de  ces  bas-reliefs  en  or  ou 
en  argent  qui  formaient  la  couverture  de  certains  livres.  Voici  les 
deux  exemples  que  nous  en  avons  rencontrés  dans  notre  document  : 

12.  Item,  unes  petites  Heures,  esquelles  sont  les  Heures  de 
Nostre-Dame,  les  Sept  pseaumes,  l'Office  des  mors,  les  Heures  de 
la  Passion  Nostre-Seigneur,  la  Vie  sainte  Marguerite  et  plusieurs 
autres  suffraiges  et  dévocions,  très  bien  escriptes  et  enluminées;  et 
au  commancement  du  second  fueillet  des  Heures  de  Nostre-Dame  a 
escript  :  «  Sunt  omnes  fines  ;  »  et  sont  toutes  couvertes  de  deux  aiz 
d'argent  doré,  où  il  a,  d'un  costé,  un  crucifiement,  et  de  l'autre  part, 
un  couronnement  de  Nostre-Dame  ;  fermans  à  deux  fermouers  de 
mesmes.  Lesquelles  Heures  Monditseigneur  achata  dudit  maistre 

vera  la  description  dans  l'intéressant  ouvrage  de  M.  P.  Paris,  intitulé  :  Manuscrits 
françois  de  la  bibliothèque  royale,  etc.  (T.  IV,  p.  77). 
(1)  Nous  n'avons  pas  retrouvé  cet  article  dans  le  manuscrit  de  Sainte-Geneviève. 


BIBLIOTHÈQUE    DE    JEAN,    DUC    DE    BERRI. 

mit  du  Mootet,  ou  mi  nier^  l'pn  mil  un'  h  vu,  } ■< ■.-.• 

K>  prii  ci  Mtmnii'  di  \\\  eitoï  d'»»r  Qttnptani  (1). 

\:\.   lient,  ims   i'i:iiiis  lli  riti  s  DI  Nostrk-Dami:  ,   tirs    I 
biftonées   <l»4   menues    histoires,   dbul   /  ml  comertrs   ifoi  , 

oumc/  |  ]  maires  faiz  de  hnuletaille.  Lesquelles  Heures,  la  femme 
mite  David  fa  liruneu  a  données  à  Monseigneur,  ou  moi-  <le 
janvier,  Tan  mil  quatre  eens  et  quinze  (2). 

Il  faut  encore  placer  parmi  les  riches  reliures,  celles  qui  étaient 
en  drap  de  soie  et  en  damas.  Nous  en  trouvons  ici  de  plusieurs  sortes, 
mais  la  couleur  qui  domine  dans  les  draps  de  soie,  c'est  l'azur,  comme 
le  rouge  dominait  dans  les  velours. 

t».  Item,  un  livre  nommé  Pontifical,  escript  de  très  grosse 
lettre,  pour  sacrer  roys ,  empérières,  arcevesques  et  évesques,  con- 
(7//  d'un  drap  de  soye  azurée  doublé  d'un  tiercelin,  à  deux  fermouers 
d'argent  dorez  ,  aux  armes  de  Monseigneur  [  Prisé  15^  t.  ]. 

13.  Item,  un  livre  en  françoys,  des  Louanges  de  saint  Jehan- 
Euvangéliste ,  historié  en  pluseurs  lieux,  et  au  commancement  a 
un  escu  des  armes  feue  Madame  la  duchesse,  couvert  d'un  drap 
de  soye  sur  bleu,  garni  à  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  aux 
dictes  armes,  et  tixus  de  soie  [Prisé  100^  t.  ]. 

16.  Item,  un  livre  appelle  les  Chroniques  de  Bcugues,  escript 
en  françoys,  de  lettre  de  court,  bien  historié  et  enluminé;  et  au 
commancement  du  second  fueillet,  après  la  table  et  le  prologue 
dicellui,  a  escript  :  «  Car  elles  furent  composées;»  couvert  d'un  drap 
de  soye  ouvré  à  feuillages  rouges  et  Mans  sur  champ  bleu ,  et  fermant 
à  deux  fermouers  de  laton,  et  v  boulions  de  mesmes  sur  chacune 
aiz.  Lequel  livre  Monseigneur  achata ,  xxixe  jour  d'octobre , 
mil  cccc  et  vu,  la  somme  de  vnrx  escus  d'or  comptans  [Prisé 
100*  t.]. 

17.  Item,  une  Bible  en  deux  volumes,  escriple  en  françoys,  de 
lettre  de  fourme ,  et  au  commancement  du  tiers  fueillet  du  premier 
volume ,  a  escript  :  «  Les  nouvelles  faictes  ;  »  et  au  commancement 
du  tiers  fueillet  du  second  volume ,  a  escript  :  «  Iniquité  ;  »  couvert 
tous  deux  de  drap  de  soye  vert  ouvré  à  oiseaalx,  doublé  de  tiercelin 
vermeil,  et  fermans  chascuns  de  un  fermouers  d'or.  Et,  ou  premier 


(1)  On  lit  en  marge  dans  l'original  :  Date  fiierunt  per  dominum  ducem  domino 
episcopo  Carnolensi ,  etc. 

Quant  à  Regnault  du  Montet,  c'était  un  libraire  de  Paris. 

(•2)  A  son  tour  le  duc  de  Berri  les  donna  à  la  fille  du  comte  d'Armagnac,  le 
15  mai  1 A  H> ,  comme  on  l'apprend  par  une  note  de  l'original. 


152  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

volume  a  une  pipe  d  or,  et  ou  second  n'en  a  point.  Laquelle  Bible, 
le  roy  donna  à  monseigneur  le  duc  à  Paris ,  le  xxve  jour  d'avril 
ensuivant  après  Pasques,  l'an  mil  cccc  et  lll  [Prisée  400*  t.  ]. 

18.  Item,  un  livre  appelle  Térence,  escript  en  latin,  de  lectre 
de  fourme,  très  bien  historié  et  enluminé,  et  au  commancement  du 
second  fueillet  a  escript  :  «  Nempe  ;  »  couvert  d'un  drap  desoye  ouvré 
sur  un  champ  violet,  et  par  dessus  une  chemise  de  drap  de  soye  ver- 
meille ,  fermans  à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  sans  tixus.  Lequel 
livre  fu  donné  à  Monditseigneur,  ou  mois  de  janvier,  l'an  mil  cccc  et  vu, 
par  mons.  Martin,  lors  son  trésorier-général,  et  à  présent  évesque 
de  Chartres  [Prisé  30*  t.]. 

19.  Item,  ung  petit  Psaultier  ,  de  très  bonne  lettre  de  fourme, 
couvert  par  dessus  d'un  drap  de  soye  ouvré  à  fleurs  de  Hz  d'or.  Lequel 
Psaultier,  le  Conte-dauphin  a  donné  à  Monseigneur,  et  despuis 
monditseigneur  y  a  fait  faire  deux  fermouers  d'or  esmaillez  aux 
armes  de  Monseigneur  et  une  pipe  d'or;  et  au  commancement  du 
second  fueillet  dudit  Psaultier,  a  escript  :  «  Qui  confidunt(l). 

On  ne  trouve  dans  notre  document  que  quatre  reliures  en  damas, 
savoir  :  deux  en  damas  noir,  une  en  damas  rouge ,  et  la  quatrième 
en  damas  cendré.  Les  voici  : 

20.  Item,  unes  Heures,  esquelles  le  roy  Jehan,  père  de  Mon- 
seigneur, apprit  à  lire;  et  tout  au  commancement  est  le  kalendrier, 
et  après  :  plusieurs  enseignemens,  en  françoys,  de  bien  vivre  suivant 
Dieu  ;  les  Heures  de  Nostre-Dame;  les  Heures  de  la  Trinité  ;  l'Office 
des  mors,  et  plusieurs  autres  Heures  et  Oraisons  tant  en  latin  que 
en  françoys;  et  au  commancement  du  second  fueillet,  après  la  fin  du 
kalendrier,  a  escript  :  «  Par  ceste  viande;  »  couvertes  de  drap  de 
damas  noir.  Lesquelles,  le  roy  de  Sicile  donna  à  Monseigneur,  le 
xme  jour  d'octobre,  l'an  mil  cccc  et  vu.  Et  depuis  y  a  fait  faire, 
monditseigneur,  deux  fermouers  d'or  esmaillez  à  ses  armes ,  à  une 
pipe  de  mesmes,  garnie  d'un  balay  pesant  environ  x  caraz,  et  deux 
perles,  et  par  dessus  une  chemise  de  drap  de  damas  violet  doublé  de 
tiercelin  noir.  Lesquels  fermouers  et  pipe  ainsi  garnie,  avec  ladicte 
chemise,  ont  cousté,  de  Baude  de  Guy,  un"  frans  [Prisées  125#  t.]. 

21.  Item,  un  livre  de  Jehan  Bocace  :  Des  cas  des  nobles 
hommes  et  femmes,  translaté  de  latin  en  françoys  par  Laurent,  de 
Premier-fait,  clerc;  escript  de  lettre  de  fourme,  bien  enluminé  et 


(1)  On  lit  en  marge .  «  Datus  fuit  per  dominum  Ducem  et  per  suas  iitteras 
datas  IIa  die  aprilis  M.  CCCC  XV,  domino  archiepiscopo  Bitturicensi,  etc.  >. 


BIBLIOTIIl  "I   i     Dfl    IKAN,    DUC    i>l      1*111.  1  .VI 

liislonc;  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  esenpt  :  «  Il  ont 
plaisir;  I  comcrf  de  drup  (fa  rfumas  noir,  et  fermant  à  deux  fermouers 

ut  dores,  caqueta  est  esotipl  le  nom  dudit  livre.  Leqdel  ntion- 

•eigoeur  l'étesque  de  ('.liai tics  donna  à  .Monseigneur,  aux  estruoes, 
le  premier  jour  de  janvier.  MCGCG  et  \  |  Prisé  100^  t.  ]. 

*2-2.  Item,  un  autre4  livre  de  Iïstomii:  m:  Li:si<;m:n,  escript  en 
latin  ,  de  lettre  de  fourme,  bien  historié  ;  et  au  commancement  du 
lecond  f oeillet,  <ij>rès  la  première  histoire,  a  escript  :  ((  Sola  sed 
tantum.;»  couvert  de  drap  de  damas  rou^e,  fermant  à  deux  fermouers 
de  la  ton  ,  et  tixuz  de  soye  [  Prisé  10    t.  | 

23.  Item ,  un  autre  livre  de  Térence,  escript  en  latin,  de  bonne 
lettre  de  fourme,  glosé  et  historié,  fermant  à  deux  fermouers  d'ar- 
gent dorez  ,  esmaillez  aux  armes  de  feu  monseigneur  de  Guienne, 
par  dessus  couvert  de  drap  de  damas  sendré;  et  au  commencement  du 
second  fueillet  dudit  livre  a  escript  :  «  Fore  sibi.  »  Lequel  livre, 
lévesque  de  Chalon  donna  à  Monditseigneur  [Prisé  75^  t.  J. 

Tous  les  livres  du  duc  deBerri  n'avaient  pas  d'aussi  riches  reliures 
que  celles  que  nous  venons  de  voir.  Le  plus  grand  nombre,  au  con- 
traire, était  simplement  recouvert  en  cuir,  et  le  plus  souvent  en 
cuir  vermeil.  Car,  dans  les  cent  reliures  de  ce  genre  que  nous  avons 
comptées  dans  notre  document,  on  n'en  trouve  guère  qu'une  dizaine 
qui  soient  d'autres  couleurs,  telles  que  le  vert,  le  blanc  et  le  fauve.  Il 
semble  que  notre  duc  ait  eu  une  prédilection  particulière  pour  les 
diverses  nuances  éclatantes  du  rouge.  Prenons  quelques  exemples 
dans  ces  reliures  en  cuir. 

24.  Item,  un  livre  en  françoys,  appelle  Rancional,  historié  au 
commancement  d'un  pape  de  l'Église  et  De  la  synagogue ,  couvert  de 
cuir  rouge  empraint,  à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez 
d'une  Annunciacion  [Prisé  50*"  t.]. 

25.  Item ,  un  livre  appelle  Ovide  ,  Methamorphozeos  ,  escript 
en  françoys,  de  lettre  de  court,  et  glosé  en  plusieurs  liqux  ;  couvert 
de  cuir  vermeil  empraint,  et  fermant  à  un  fermouers  de  cuivre  [Prisé 
30*  t.]. 

26.  Item ,  le  tiers  volume  du  Miroiter  historial  de  Vincent, 
escript  en  françoys,  de  lettre  de  fourme;  et  au  commancement  du 
second  fueillet  a  escript  :  «  xxme  livre  ;  »  et  est  couvert  de  cuir  blanc. 
Lequel,  Monditseigneur  achata  lexxr9  dudit  mois  de  janvier,  de  Colin 
Beaucousin,  la  somme  de  xl  escus  d'or  [Prisé  30'f  t.  ]. 

27.  Item,  un  petit  livre  en  françoys,  escript  de  lettre  de  court, 
du  gouvernement  des  roys  et  des  princes,  appelle  :  Le  Secrei  UN 


154  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Séchez,  que  fist  Aristote ,  couvert  de  cuir  vert,  à  deux  fermouers  de 
laton  [Prisé  10s  t.j. 

28.  Item,  un  livre  appelle  les  Croniques  d'Angleterre,  escript 
en  mauvais  françois,  de  lettre  de  court,  couvert  de  cuir  fauve,  à  deux 
petits  fermouers  de  laton  [Prisé  30s  t.]. 

Il  est  à  remarquer  que  le  caractère  de  ces  reliures  en  cuir  rouge, 
qui ,  comme  nous  l'avons  dit,  sont  de  beaucoup  les  plus  nombreuses, 
est  d'être  en  cuir  empraint,  c'est-à-dire  gaufré.  On  entend  par  là 
l'application  à  froid  sur  le  cuir,  de  divers  ornements  gravés  sur  métal. 
Voici  la  seule  exception. 

29.  Item,  un  autre  livre  escript  et  noté  de  Laiz  anciens,  couvert 
d'un  cuivre  vermeil  tout  plain,  à  deux  fermouers  de  cuivre  (l)  [Prisé 
508 1.]. 

Pour  les  cuirs  d'autre  couleur,  tels  que  les  blancs,  les  verts  et  les 
fauves,  il  n'est  jamais  question,  dans  notre  catalogue,  qu'ils  soient 
à  empreintes.  Dans  celui  de  Charles  V,  on  trouve  également  uu 
grand  nombre  de  livres  reliés  en  cuir  ;  les  couleurs  sont  le  rouge,  le 
blanc,  le  noir,  le  vert  et  le  jaune;  une  reliure  est  en  cuir  de  truie 
(au  n°  862);  un  autre  livre  est  «  couvert  de  parchemin  tené  (tanné) 
comme  cuir  (au  n°  689).  » 

Ces  riches  étoffes,  ces  cuirs  travaillés  ou  unis,  recouvraient  des 
planchettes  de  bois  ouais,  qui  formaient  ce  que  nous  appelons  les 
plats  d'un  livre  (2).  Notre  document  ne  nous  offre  que  deux  cas 
suivants  où  cela  n'existe  pas. 

30.  Item ,  un  autre  petit  livre  de  la  Vie  Saint-Germain  d'Au- 
cerre  et  de  ses  Miracles  ,  translaté  en  francoys,  couvert  de  cuir 
fauve,  sansaiz  [Prisé  15s  t.]. 

31.  Item,  deux  grands  livres  de  Magique,  escript  en  espaignol, 
l'un  couvert  d'une  pel  rouge,  et  l'autre  d'une  blanche  pel,  sans  aiz. 

Indépendamment  des  étoffes  de  soie  plus  ou  moins  riches  et  des 
cuirs  unis  ou  travaillés  qui  recouvraient  les  ais  de  nos  reliures,  il  se 
trouvait  sur  un  grand  nombre  d'entre  elles  des  clous  ou  petits  orne- 


(t)  On  peut,  je  crois,  y  ajouter  une  reliure  de  cuir  non  houssié.Axi  n°  14G 
dans  l'original. 

(2)  Il  n'y  a  dans  notre  document  qu'un  seul  livre  dont  les  ais  ne  soient  pas  re- 
couverts, le  voici:  «  Item,  un  petit  livre  en  françois,  du  pseaume  de  Ebuctavit, 
non  couvert,  lié  entre  deux  aiz.  »  Voici  un  exemple  plus  clair  que  nous  tirons 
d'un  catalogue  de  livres  des  ducs  de  Bourgogne  :  «  Ung  autre  grand  livre  en  papier 
couvert  d'aisselles  nues,  blanches.  »  (Bibl.  protypographique,  p.  162).  «  Un  autre 
livre  en  parchemin  couvert  d'ais  blans.  »  (Ibid.) 


BIBLIOTHÈQUE   DE   JEAN,   DUC   DE    BERRI.  165 

mt'iit>  de  métal  appelés  boulions  (1).  Ces  clous  ou  boulions  étaient 
tantôt  (Targenl ,  tantôt  de  cuivre  souvent  doré,  tantôt  de  laiton,  et 
toujours  au  nombre  de  <  inq.  On  en  a  des  exemples  aux  n°'  5,  G,  10 
et  1 7  de  nos  citations.  Nous  y  ajouterons  les  suivants  : 

:\-2.  Item,  un  livre  en  franroys  qui  parle  que  les  Grégoys 
iu:\  imuie.nt  et  où  ils  alèrent  après  la  grant  destruction  de  Troye, 
escript  de  lettre  courant,  et  au  commancement  du  second  fueillet  a 
escript  :  «  Pour  Troye  restaurer;  »  historié  au  commancement , 
couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  fermant  à  deux  fermouers  d'argent 
dorez,  à  deux  tixus  de  soye  vermeille ,  et  sur  chascune  aiz  a  V petis 
clos  d argent  dorez,  en  manière  d'cstoille.  Lequel  livre,  Monditsei- 
gneur  retint  pour  lui  comme  dessus  [Prisé  15^  t.]. 

33.  Item,  un  petit  livre  appelle  le  Livre  de  la  fleur  des 
Histoires  de  la  terre  d'Orient,  escript  en  françoys,  de  lettre  de 
court,  enluminé  et  historié  en  plusieurs  lieux,  en  la  fin  duquel  a  un  autre 
livre  de  toutes  les  Provinces  et  Citez  de  l'universel  Monde, 
et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  :  «  Du  royaume  ;  » 
couvert  de  veluiau  vermeil,  à  deux  fermouers  d'argent  dorez, 
esmaillez  aux  armes  de  feu  monseigneur  de  Bourgoigne,  et  seignaulx 
de  plusieurs  couleurs,  et  sur  chascune  aiz,  V  boulions  d'argent  dorez, 
hachiez  (2).  Lequel  livre,  monditseigneur  de  Bourgoigne  donna  à 
Monseigneur,  à  Paris,  le  xxne  jour  dudit  mois  de  mars,  Tan  dessus 
dit,  mil  cccc  et  deux  |  Prisé  20^  t.]. 

34.  Item,  un  livre  de  Titus Livius,  translaté  en  françois,  escript 
de  lettre  de  fourme,  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript: 
«  Par  la  manière  ;  »  et  est  couvert  de  veluiau  vermeil  à  deux  fer- 
mouers d'argent  dorez ,  esmaillez  chascun  d'un  personnaige,  et  sur 
chascune  aiz  a  V  gros  boulions  dorez,  hachies  à  fleurs  de  bourraiche, 
garnie  d'une  pipe  d'argent  dorée,  à  trois  flours  de  bourraiche 
esmaillées  [Prisé  150*  t.]. 

35.  Item,  un  livre  des  Propriétés  des  Choses,  escript  en 
françoys,  de  lettre  de  court,  et  au  commancement  du  second  fueillet 
a  escript  :  «  Après  parle;  »  couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  à 
deux  fermouers  de  cuivre  dorez  et  cinq  boulions  de  mesmes  sur  chascune 
aiz.  Lequel  livre,  les  mi  secrétaires  de  Monseigneur,  cv  est  assavoir 
maistres,  Pierre  de  Gynes,  Michel  le  Beuf,  Jehan  de  Candé  et  Erart 

(1)  Clous  d'après  leur  usage,  boulions  d'après  leur  forme.  Dans  les  catalogues 
des  livres  des  ducs  de  Bourgogne  donnés  par  M.  Barrois,  dans  sa  Bibliothèque  pro- 
typographique ,  ce  qui  s'appelle  ici  des  boulions,  s'appelle  des  boutons. 

(2)  Hachiez  ,  c'est-à-dire  gravés  en  creux. 


156  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Moriset,  lui  donnèrent  ausdictes  estraines,  mil  cccc  et  111  [Prisé 
50^  t.]. 

36.  Item,  un  livre  en  françois,  appelle  le  livre  des  Problèmes 
d'Akistote  ,  translaté  ou  exposé  de  latin  en  françoys,  par  maistre 
Evrartde  Coucy,  jadis  phizicien  du  roy  Charles-le-Quint,  escript  de 
lettre  courant,  historié  au  comrnancement  et  en  plusieurs  lieux;  et 
au  comrnancement  du  second  fueillet  a  escript  :  «  Françoise  ;  » 
couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  fermant  à  quatre  fermouers  de 
laton ,  et  sur  chacune  aiz  a  V  boulions  de  laton.  Lequel  livre  fut  donné 
à  Monditseigneur,  ou  mois  de  septembre,  l'an  mil  cccc  et  v,  par 
messire  Guillaume  Boisratier,  à  présent  arcevesque  de  Bourges 
[Prisé  75^  t.]. 

En  général  il  n'y  avait,  comme  ornements  superposés  aux  plats 
des  livres,  que  ces  sortes  de  clous  et  de  boulions  dont  il  vient  d'être 
question.  Voici  pourtant  un  cas  exceptionnel  et  qui  est  digne  d'être 
remarqué. 

37.  Item,  une  autre  Bible,  en  françois,  escript  de  lettre  fran- 
çoise,  très  richement  historiée  au  commencement;  laquelle  donna  à 
Monseigneur,  Raolet  d'Actonville  (1);  garnie  de  un  fermouers  d'ar- 
gent dorez,  en  chascun  un  ymaige  esmaillée  des  ira  Euvangélistes. 
Et  sont  les  tixus  de  soye  vert ,  et  dessus  Vune  des  aiz  a  un  cadran 
d'argent  doré  et  les  douze  signes  à  V environ ,  et  au  dessus  Vautre  aiz , 
an  astrolabe  avecques plusieurs  escriptures  [Prisée  250*"  t.]  (2). 

Les  ais  qui  formaient  la  reliure  des  volumes  étaient,  dans  presque 
tous  les  cas,  retenus  par  des  fermoirs  de  métal.  Il  y  en  avait  en  cuivre, 
en  laiton,  en  or  et  argent;  quelques-uns  de  ciselés  et  démaillés. 
On  les  trouve  le  plus  souvent  au  nombre  de  deux  ;  quelquefois  il  y 
en  avait  quatre.  Au  reste,  il  faut  distinguer  deux  sortes  de  fermoirs, 
les  uns  faisant  corps  avec  la  couverture  du  livre,  c'est-à-dire  s'y 
trouvant  fixés  par  des  charnières  sur  l'un  des  côtés  et  venant  s'agrafer 
sur  l'autre ,  les  autres  étant  suspendus ,  soit  à  des  pattes  ou  lanières 


(1)  Lisez  d'Octonville.  L'un  des  assassins  du  duc  d'Orléans. 

(2)  Cette  Bible  me  semble  être  la  même  que  celle  que  je  trouve  dans  un  cata- 
logue de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bourbon  ,  de  l'an  1523  ,  que  vient  de  publier 
M.  Le  Roux  de  Lincy  :  «  La  belle  Bible  du  duc  de  Berry,  garnye  à  deux  fermans , 
vu  petit  ymages  esmaillez ,  et  une  espace  au  milieu.  »  (Mélanges  de  littérature  et 
d'histoire  recueillis  et  publiés  par  la  Société  des  Bibliophiles  françois.  Paris, 
1850,  in-8°  et  in-12 ,  p.  78.)  Seulement  il  faut  remarquer  que  le  nombre  des  fer- 
moirs et  des  émaux  n'est  pas  ici  le  même.  Mais  ces  appendices  de  la  reliure  avaient 
pu  éprouver  des  changements  dans  l'intervalle  de  temps  qui  sépare  les  deux 
catalogues. 


Hlltl  lOTHloUE   DE   JEAN,   DUT    m     IB1U.  I.'»" 

de  .Min,  soi!  à  <!<">  rubans  de  soie  on  de  BL  Dfclll  notre  document, 
cet  appendice  du  fermoir  s'appelle  tissus  on  tirons ,  mais  plus  com- 
munément tissus  (\).  Sur  les  cent  quatre-vingt!  volantes  à  peu  près, 
que  possédait  le  <luc  de  Berri,  il  y  en  avait  vingt-cinq  à  fermoirs 
d'or^ont  quelques-uns  richement  entaillés*  et  quarante-huit  à  fer- 
moirs d'argent',  dont  deux  néelés.  Le  reste  était  de  cuivre  ou  de 
laiton.  Voici  des  exemples  des  uns  et  des  autres. 

38.  Item,  un  livre  des  trois  Maries  et  de  leur  saincte  lignée, 
escript  en  francois,  de  lettre  de  court,  et  au  commancement  historié 
d'elles  et  de  leurs  maris  ;  couvert  de  cuir  vermeil  empraint  et  fermant 
à  un  fermouers  de  cuivre  sur  cuir  [Prisé  10    t.J. 

39.  Item,  un  livre  escript  en  francois  rimé,  de  la  destruction 
de  Troye,  couvert  de  cuir  blanc,  à  deux  fermouers  de  cuivre  [Prisé 
50-  t.]. 

40.  Item,  un  petit  livre  de  l'Office  de  la  Conversion  de 
Saint-Pol,  couvert  de  cuir  rouge  ,  à  deux  fermouers  de  laton  [Non 
prisé]. 

41.  Item,  un  livre  des  Croniques  de  France,  fait  par  maistre 
Jehan  Froissart,  depuis  le  temps  du  roy  Charles  le  quart  :  des 
guerres  de  France,  d'Angleterre  et  autres  royaumes,  escript  en 
françoys,  de  lettre  de  court;  et  au  commancement  du  second  fueillet 
a  escript  :  «  Entre  les  autres  ;  »  cquvert  de  cuir  rouge  housse,  et 
fermant  à  quatre  fermouers  de  laton ,  en  façon  de  crochez.  Lequel  livre 
fu  donné  à  Monseigneur,  le  vme  jour  de  novembre,  l'an  mil  cccc 
et  vu,  par  messire  Guillaume  Boisrant  (2) ,  à  présent  arcevesque  de 
Bourges  [Prisé  40  r  t.]. 

42.  Item ,  un  livre  de  Tite-Live  ,  très  richement  historié  au 
commancement:  de  la  fundacion  de  la  cité  de  Romme,  couvert  de 
veluiau  vermeil ,  fermant  à  77//  fermouers  d'argent  doré,  esmaillés 
dune  fleur  de  bourrache,  et  les  tixus  à  marguerites. 

43.  Item,  le  Livre  de  Machaut,  garni  de  deux  fermouers 
dargent  dorez,  et  deux  tixus  de  soye  vermeille,  couvert  de  cuir 
vermeil  empraint  (3). 


(i)  Il  faut  observer  que  dans  les  textes  de  cette  époque  le  mot  tissu  ne  doit  pas 
s'entendre  génériquement  de  toute  espèce  de  tissages,  mais  d'une  sorte  de  rubans 
très-forts ,  ou  plutôt  de  passementeries.  On  trouve  souvent  dans  les  comptes  des 
articles  ainsi  conçus  :  un  tissu  de  soie  ferré  d'argent,  etc.  C'est  de  là  qu'est  venu  le 
nom  de  la  communauté  des  rubaniers-tissuliers. 

!    Guillaume  fiuisranl  •  c'est  une  faute  du  copiste.  Li<c/:  BoUraliei 
i  ne  note  marginale  apprend  qu'il  tut  donné  au  duc  de  Clarencc. 


158  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

44.  Item,  le  livre  de  la  prinse  et  mort  du  roi  Richart 
d'Angleterre,  escript  en  francoys  rimé,  de  lettre  de  court,  et  his- 
torié en  plusieurs  lieux  ;  et  au  commancement  du  second  fueillet  a 
escript  :  «  Qu'il  eust;  »  couvert  de  drap  de  soye  noire,  à  deux  fer- 
mouers  roons  d argent  dorez ,  esmaillez  aux  armes  de  France ,  que  le 
feu  vidame  de  Laonnois  (l),  en  son  vivant  grant-maistre  d'ostel  du 
roy,  donna  à  Monseigneur  [Prisé  6*  5S  U], 

45.  Item ,  un  livre  de  Valertus  Maximus,  translaté  en  françois, 
escript  de  lettre  de  court,  historié  au  commancement  d'un  roy  et 
d'un  frère  de  l'ordre  de  Saint- Jehan  qui  lui  présente  un  livre,  et 
d'autres  histoires  ;  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  : 
«  Marie;  »  et  est  couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  à  deux  fermouers 
$  argent  néellez,  et  tixus  noirs  [Prisé  à  25*  t.]. 

46.  Item,  un  petit  livre  en  latin,  qui  s'adrèce  à  monseigneur  le 
duc,  compilé  par  Aymeri,  abbé  de  Moissac,  des  lamentacions  de 
la  mort  du  roy  Charlemaigne  ,  escript  de  lettre  de  fourme  et 
historié  en  plusieurs  lieux  ;  et  au  commancement  du  second  fueillet 
a  escript  :  «Partibus;  »  couvert  de  cuir  vermeil  houssié,  et  par 
dessus  une  chemise  de  drap  de  damas  noir  doublé  de  tiercelin  ver- 
meil, garni  de  deux  fermouers  dor,  où  il  a  :  en  l'un,  un  ours,  et  en 
Vautre,  un  cigne  (2),  tenans  chascun  un  escuçon  esmaillé  aux  armes 
de  monseigneur.  Lequel  livre,  l'évesque  de  Saint-Flour  donna  à 
estrainnes  à  Monditseigneur,  le  premier  jour  de  janvier,  l'an  mil  cccc 
et  v  [Prisé  20*  t.]. 

Enfin,  sur  l'un  de  nos  volumes,  nous  trouvons  par  une  sorte  de 
recherche  gracieuse  le  titre  du  livre  gravé  sur  ses  fermoirs  (3). 

47.  Item,  le  roman  de  la  Rose ,  et  le  Testament  maistre  Jehan 
de  Mehun ,  en  un  volume  escript  de  lettre  de  court,  et  au  comman- 
cement du  second  fueillet  a  escript  :  «  Ens  en  le  milieu  ;  »  et  est 
couvert  de  cuir  rouge  empraint,  fermant  à  deux  fermouers  d'argent 
dorez  esquels  a  escript  :  le  romans  de  la  Rose  ;  et  sont  les  tixus 
de  soye  noire,  et  sur  chacune  aiz  a  v  boulions  d'argent  dorez, 
Lesquels  romans  et  testamens  dessus  diz,  furent  donnez  à  Monsei- 
gneur, le  vne  jour  de  juillet,  l'an  dessus  dit  mil  cccc  et  trois,  par 
l'évesque  de  Chartres,  lors  son  trésorier-général  (4). 

(1)  Jean  de  Montagu. 

(2)  C'était  la  devise  du  duc  de  Berri ,  avec  ces  mots  :  Le  temps  vendra.  On  la 
retrouve  sur  son  sceau ,  que  nous  donnons  ici.  Voy.  la  pi.  139. 

(3)  Voir  aussi ,  plus  haut ,  le  n°  21. 

(4)  Il  fut  donné,  en  1414,  à  un  nommé  Guillaume  Lurin.  Aussi  ne  se  trouve-t-il 


BIBU0TH1  'ni  i     m     m  \n      Di  C   Dfe   bkrri. 
1  ivliures  don!   1rs  p|,:|s  n'étaient   f  le  ces 

clous  ornés  iM  11  <vs  boulions  dont  nous  a>ons  parlé,  étaient  en 
rai  protégées  par  des  rhomises  d'étoiles  plus  ou  nioius  riele  I 
y  eo  mit  en  simple  toile  ;  mais  le  pins  souvent  elles  étaient  «le  « J r ; i j » 
de  soie  ou  de  velours ,  et  doublées  elles-mêmes  m  satin  ou  en  ceml.il , 
ou  bien  encore  d'une  sorte  de  forte  étoffe  dfe  soie  appellée  tiercelin. 
Nous  en  avons  trouvé  une  en  drap  d'or.  Voiei  des  exemples. 

48.  Item,  le  romans  de  l'Umain  vo\  w;e  de  la  vie  mutin, 
ipii  est  exposé  sur  le  romans  de  la  Rose,  escript  en  françois,  de 
lettre  de  fourme,  très  bien  historié;  et  au  commancement  du  second 
fueillet  a  escript  :  «  De  gent  de  toute  manière  ;  »  et  est  couvert  de 
cuir  vermeil  empraint ,  à  deux  fermouers  d'argent  blanc,  où  il  a  en 
l'un  une  Annuneiation,  et  en  l'autre  saint  Pierre  et  saint  Pol ,  et  par 
dessus  a  une  chemise  de  toille  blanche.  Lequel  livre,  Monditseigneur 
acbata  de  Baude  de  Guy,  marchant,  demourant  à  Paris  (1). 

49.  Item,  un  petit  Messel,  à  l'usaige  de  Paris,  escript  de  bonne 
lettre  de  fourme;  et  au  commancement  du  second  fueillet,  après  le 
kalendrier,  a  escript:  «...  vant  et  que  sequebantur  ;  »  couvert  de  cuir 
iou-e  empraint,  et  par  dessus  a  une  chemise  de  drap  de  damas  rouge 
doublé  de  tiercelin  vermeil,  à  deux  fermouers  d'or  aux  armes  de 
Monseigneur.  Lequel  Missel ,  l'arcevesque  de  Sens  donna  à  mondit- 
seigneur, le  vnie  jour  de  novembre,  l'an  mil  imc  et  x,  sans  ladicte 
chemise  et  fermouers,  que  monditseigneur  y  a  depuis  fait  faire  (2). 

50.  Item,  ung  très  bon  et  bel  brévière,  en  deux  volumes,  très 
richement  historiez  et  enluminez  et  notez ,  couvert  de  cuir  rouge  et 
par  dessus  de  drap  de  soye  vert,  usé,  fermant  chacun  volume  à  deux 
fermouers  de  latton;  lesquels  Monseigneur  achata  à  Paris  pour  le 
prix  et  somme  de  un0  escus.  Et  depuis  monditseigneur  a  fait  faire 
à  chacundesdiz  volumes  une  chemise  de  veluyau  violet  figuré  et  deux 
fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez  aux  armes  de  monditseigneur, 
et  deux  pipes  d'argent  dorées,  garnies  de  seignaulx. 

ô\.  Item,  ung  livre  de  la  cité  de  dieu,  en  deux  volumes, 
escripz  en  françoys,  de  bonne  lettre  de  fourme,  très  bien  historiez 


pas  dans  le  manuscrit  de  Sainte-Geneviève,  qui  est,  ainsi  qu'on  se  le  rappelle,  un 
inventaire  fait  en  1 410. 

(1)  Donné  par  le  duc  de  Berri  au  fils  du  comte  d'Armagnac,  et  par  conséquent 
ne  se  trouvant  pas  dans  l'inventaire  après  décès  du  MS.  Sainte-Geneviève. 

(?)  A  la  mort  du  duc  de  Bcrri,  ce  missel  revint  à  son  donateur,  comme  on  le  voit 
par  celte  note  marginale:  Dalum  fuit  jn  liait  archiepiscopo  Biluri- 

censi,  etc.  Ne  se  trouve  pas  par  conséquent  dans  le  MS.  Sainte-Geneviève. 


160  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

et  enluminez ,  couvers  de  cuir  rouge  emprains ,  à  deux  fermouers 
d'argent  dorez ,  et  par  dessus  chascun  a  une  chemise  de  satin  figuré 
doublé  de  satin  noir.  Et  au  commencement  du  second  fueillet  du 
premier  volume  desdis  livres,  a  escript  :  «  Ses  ydoles.  »  Et  au  commen- 
cement du  second  fueillet  de  l'autre  volume ,  a  escript  :  «  que  toute 
créature  ;  »  lesquels,  le  roy  a  donné  à  Monseigneur  en  son  hostel  de 
Neelle,  ou  mois  de  mars,  mil  quatre  cens  et  quinze.  [Prisé  375*  t.] 

52.  Item ,  le  second  volume  d'un  brévière  ,  très  richement 
historié  et  enluminé,  garny  d'une  chemise  de  drap  oVor  semée  de 
fueilles  miparties  de  blanc  et  vert.  Lequel  livre  fut  de  feu  monseigneur 
de  Guienne  (1). 

Après  avoir  parlé  des  chemises  des  livres,  il  ne  faut  pas  négliger 
de  dire  un  mot  d'un  petit  objet  qui  leur  servait  souvent  d'accompa- 
gnement, et  qui  s'appelait  pipe.  Ce  mot,  dans  le  sens  qu'il  a  ici,  ne 
se  trouve  dans  aucun  glossaire,  bien  qu'il  se  rencontre  dans  presque 
tous  les  inventaires  où  il  est  question  de  livres.  Des  exemples  que 
nous  avons  déjà  donnés  et  de  ceux  que  nous  allons  ajouter,  il  ré- 
sulte que  la  pipe  devait  être  une  petite  tringle  ou  tige  de  métal,  à 
laquelle  s'attachaient  les  seignaulx  ou  signets  destinés  à  maintenir 
certaines  séparations  entre  les  feuillets  d'un  livre  (2).  Les  paroissiens 
de  nos  dames  ont  repris  aujourd'hui  ce  petit  appendice,  et  portent 
leuj  pipe  absolument  comme  les  bréviaires  et  les  heures  des  dames 
du  XVe  siècle.  Seulement  le  XVe  siècle  y  mettait,  comme  on  va  le 
voir,  un  plus  grand  luxe. 

53.  Item ,  unes  très  belles  Heures  (3)  contenant  plusieurs 
Heures  et  Commémoracions  de  Dieu  et  de  ses  Sains,  au  commence- 
ment desquelles  est  le  kalendrier  très  richement  historié;  des 
épistres  de  Saint-Pol,  de  l'ancien  et  nouvel  testament,  et  après  sont 
plusieurs  enseignements,  escripz  en  françois,  de  bien  et  honneste- 
ment  vivre  suivant  Dieu.  Et  lesquelles  Heures  sont  très  richement 


(1)  Dans  le  catalogue  de  Charles  V,  on  trouve  (n°  880) ,  un  psautier  «  à  une  che- 
mise pertuiflce.  »  Ce  pouvait  être  une  étoffe  découpée  à  jour  pour  laisser  voir  la 
richesse  de  la  reliure. 

(2)  Celte  séparation  des  feuillets  était  surtout  nécessaire  pour  les  livres  où  il  fal- 
lait passer  fréquemment  d'une  page  à  une  autre  ;  c'est  le  cas  pour  les  livres  d'église  ; 
aussi  est-ce  dans  les  heures  et  les  bréviaires  que  l'on  rencontre  le  plus  souvent  men  - 
tion  de  la  pipe  dans  les  documents.  Nous  croyons  au  reste  la  reconnaître  dans  le 
livre  que  tient  Clovis  dans  sa  vieille  statue  bien  connue.  Voir  cette  statue  à  Saint- 
Denis  ,  ou  son  moulage  à  Versailles. 

(3)  Elles  furent  données  par  le  duc  à  la  femme  de  Robinet  d'Étampes,  garde  de 
ses  joyaux  et  rédacteur  de  notre  inventaire. 


Bill  ion"  ', IBAIT,    i»i  I     i>i     BBMJ.  Mil 

historiées  eu  plusieurs  lieu»,  et  mestioeineot  au  commencement-,  des 
Heures  de  Nostredame ,  d'une  Annonciation  et  de  plusieurs  ap- 
postres  è  l'entour,  et  en  la  lin  a  un:'  oraison  escripte  en  latin,  qui 

se  commence  :  «  Sancla  erux  ;  »  et  souloient  estre  couvertes  d'un 
latin  bleu  doublé  d'un  tiercelin  vermeil  ,  et  à  présent  sont  couvertes 
de  drap  de  damas  violet;  garnies  de  deux  fermouers  d'or,  à  deux 
ours  tenans  les  armes  de  monseigneur,  assis  sur  tixus  noirs  semés 
de  tresfles  d'or.  Et  est  la  pipe  desdictes  Heures,  d'or  esmailla  aux 
armes  de  monseigneur,  garnie  de  deux  perles,  et,  ou  milieu,  unbalay 
longuet. 

54.  Item,  une  très  belle  Bible,  en  françois,  escripte  de  lettre 
de  fourme,  très  richement  historiée  au  commencement,  garnie  de 
quatre  fermouers  d'or,  es  deux  desquelx  a  deux  balais ,  et  es  deus 
autres,  deux  saphirs,  en  chascun  deux  perles  ;  esmaillées  des  armes 
de  France,  et  au  bouz  des  tirans,  en  chascun  un  bouton  de  perles, 
et  sur  le  tixu  d'un  chascun,  petites  llours  de  lis  d'or,  clouées.  Et  y  a 
une  pipe  de  deux  testes  de  serpent ,  garnie  de  seignaux,  [Prisée 
30<F  t.] 

55.  Item  ,  d'unes  très  belles  Heures  de  Nostredame,  escriptes 
de  très  grosses  lettres  de  fourme  (déclairées  ou  iicxnne  fueillet  du 
livre  desdiz  comptes  précédens(l))  est  deschargié  et  acquictié  ledit 
Robinet  d'Estampes  desdictes  Heures  sans  la  pipe  d'icelles,  pour  les 
causes  contenues  en  la  correction  faicte  sur  la  partie  desdictes 
Heures.  Pour  ce,  ici,  seulement  une  pipe,  faicte  d'un  fer  mail  d'or, 
garnie  d'un  fin  balay  ou  milieu,  pesant  xx  caraz,  et  un  perles  fines 
roondes  enlour,  pesant  chascune  mi  caraz.  Lequel  fermail ,  Mondit- 
seigneur  retint  pour  mectre  esdictes  Heures,  de  plusieurs  joyaux  et 
autres  choses  que  Barthélémy  Rust,  marchant  demourant  à  Paris, 
lui  vendi  et  délivra,  tant  pour  la  feste  et  joustes  faictes  à  Bourges  le 
xxr  et  xxne  jours  d'avril  l'an  mil  cccc  et  cinq  après  Pasques,  que 
autrement  ;  et  cousta  la  somme  de  nrxxxvii  frans  x  sols  tournois. 

56.  Item ,  un  bien  petit  livret  ouquel  a  plusieurs  oroisons  et 
commémoracions  de  Sains  et  de  Sainctes,  au  commancement  duquel 
est  escripte  l'oraison  0  inlemerata  ;  fermant  à  deux  petits  fermouers 
d'or,  sans  tixuz.  Ouquel  Monditseigneur  a  faict  mettre  une  pipe  d'or 

(1)  Il  s'agit  ici  d'un  précédent  inventaire  que  nous  n'avons  plus.  En  général ,  les 
inventaires  de  joyaux  ,  dans  la  maison  des  princes  ,  et  les  inventaires  de  reliques  et 
d'ornements  pour  les  églises,  se  recommençaient  souvent,  et  presque  toujours  lors- 
que la  garde  de  ces  richesses  changeait  de  main.  C'est  à  cela  que  nous  devons  d'en 
avoir  conservé  quelques-uns. 

VII.  1 1 


162  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

garnie  d'un  grain  de  ruby  et  de  deux  poinctes  de  dyament.  Lequel 
livre,  le  roi  donna  à  monditseigneur,  ou  mois  de  may  ensuivant,  1  an 
mil  cccc  et  un. 

57.  Item,  unes  très  grans  moult  belles  et  riches  Heures  ,  très 
notablement  enluminées  et  historiées  de  grans  histoires,  de  la  main 
Jaquemart  de  Hodin  et  autres  ouvriers  de  Monseigneur,  esquelles 
sont  les  Heures  de  Nostredame,  les  Sept  pseaulmes,  les  Heures  de  la 
Croix  et  du  Saint-Esperit ,  de  la  Passion  et  du  Saint-Esperit  encores , 
et  l'Office  des  mors.  Et  au  commancement  du  second  fueillet  des 
Heures  Nostredame,  a  escript  :  «flamine;»  couvertes  de  veluiau 
violet  et  fermans  à  deux  grans  fermouers  d'or  garnis  chascun  d'un 
balay,  i  saphir  et  vi  grosses  perles  ;  et  y  a  une  pipe  d'or,  où  sont 
attachiez  les  seignaulx,  garnie  d'un  gros  balay  et  un  grosses  perles , 
laquelle  pierrerie  est  d'une  chaienne  en  façon  de  paternostres  et  de 
certains  culez,  qui  furent  de  feu  messire  Jehan  de  Montagu  (déclairez 
lesdiz  chastons  en  la  nie  partie  du  nicne  fueillet  desdiz  comptes 
précédens,  et  ladicte  chaienne  en  la  première  partie  du  mcime  fueil- 
let ensuivant).  Et  ont  lesdictes  Heures ,  une  grant  chemise  de  drap 
de  damas  violet  doublé  de  mesmes.  Lesquelles  Heures  monditsei- 
gneur a  faictes  faire  ainsy  et  par  la  manière  qu'elles  sont  dessus 
devisées.  [Prisées  700*"  parisis.] 

Voici  deux  articles  où  il  est  question  de  seignaulx  sans  mention 
de  pipe. 

58.  Item,  un  autre  livre  en  françoys,  escript  de  lettre  de  fourme; 
des  Epistres  et  Euvangilés  de  toute  l'année ,  historié  en  pluseurs 
lieux,  couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  à  deux  petis  fermouers  de 
cuivre,  et  seignaulx  de  pluseurs  soyes.  [Prisé  100s  t.] 

59.  Item,  un  livre  d'OviDE  :  Meïamorphozeos ,  escript  en 
françoys  rimé,  et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  : 
«  de  la  disputoison  ;  »  et  est  couvert  de  cuir  vermeil  empraint ,  à 
deux  fermouers  d'argent  néellez,  et  tixus  rouges,  garni  de  pluseurs 
seignaulx  (1).  [Prisé  25^  t.] 

Après  nous  être  arrêtés  si  longtemps  sur  la  reliure  de  nos  livres , 
il  est  bien  temps  d'en  ouvrir  quelques-uns  et  de  jeter,  au  moins  en 
passant,  un  coup  d'œil  sur  leur  exécution.  Il  va  sans  dire  que 
presque  tous  les  manuscrits  que  possédait  le  duc  de  Berri  étaient 
sur  parchemin ,  aussi  l'auteur  de  notre  catalogue ,  qui ,  sur  tant 

(l)  Il  ne  faut  pas  oublier  que  ces  tixus  rouges  sont  ces  pattes  qui  supportaient 
quelquefois  les  fermoirs,  comme  nous  l'avons  dite 


ioi  ni  ni  i.   m.    u:an,  dk    m  ÎG.'Î 

d'autres  pointe,  entre*  i  notre  grand  profit,  daoa  les  plus  petiU 

détails,  .s»1  tait-il  sur  <vlui-<  i.  Il  ne  lignale  que  deux  lÎYIt&eq  papier 

60.  Item,  un  autre  Ii\  ir ,  de  pu  pin,  faisant  nienrion  de,  la 
Cannonizacion  de  Charles  de  Blois,  couvert  de  parchemin.  [Non 
prisé] 

Bit  Item  ,  un  petit  livre,  en  papier,  escript  de  lettre  gascoigne. 
[Non  pri - 

Il  ne  mentionne  aussi  que  deux  articles  en  parchemin,  parce  que 
partout  ailleurs  c'est  sous-entendu. 

ti:>.  Item,  plusieurs  quaiers  de  parchemin  non  reliez,  escript  de 
lettre  de  court  :  De  l'istoire  de  Troye.  [Prisés  409 1.  avec  l'art, 
suivant.] 

63.  Item,  plusieurs  quaiers  de  parchemin  non  reliez  :  De  la  vie 

ET  TKANSLACIOX  SviM  GlLDAS,  Ct  Du  SAINT  CALICE  DE  LA  CEXE. 

A  part  ces  quatre  articles,  notre  catalogue  ne  spécifie  jamais  la 
matière  subjective  de  l'écriture  des  manuscrits.  En  revanche  il  entre 
dans  d'utiles  détails  sur  la  forme  des  lettres.  Nous  l'y  suivrons  d'au- 
tant plus  volontiers  que,  ni  les  Bénédictins,  ni  Ducange,  n'ont  été 
suffisamment  explicites  sur  ce  point  (1).  Il  est  bien  vrai  que  c'est  là 
une  science  de  l'œil,  qui  ne  s'apprend  que  par  la  vue  des  objets,  par 
leur  multiplicité  et  par  leur  comparaison.  Il  faudrait  donc,  pour  bien 
faire,  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  quelques  échantillons  des  di- 
verses écritures  de  nos  manuscrits.  N'ayant  pas  ce  moyen ,  le  seul 
efficace ,  nous  recourrons  du  moins  à  nos  citations.  On  trouve  dans 
notre  inventaire  des  manuscrits  écrits  :  en  lettre  de  forme ,  en  lettre 
boulonoise,  en  lettre  ronde,  en  lettre  courante ,  en  lettre  de  cour, 
en  lettre  françoise  et  enfin  en  lettre  gasconne.  La  lettre  de  forme 
était  la  plus  fréquemment  employée  dans  les  manuscrits  de  prix. 
C'était  aussi  la  plus  belle.  La  lettre  boulonoise  était  une  sorte  de 
lettre  de  forme,  employée  à  Bologne.  Elle  avait  une  grande  analogie 
avec  la  lettre  ronde,  dont  l'origine  était  également  italienne.  Pour 
les  manuscrits  moins  soignés,  on  employait  des  écritures  cursives 
appelées  ici  lettre  courante  et  lettre  de  court;  cette  dernière  déno- 


(1)  C'est  ainsi  que  dans  le  Nouveau  traité  de  diplomatique  il  n'est  fait  qu'une 
seule  mention  des  lettres  boulonoiscs,  et  en  renvoyant  à  notre  inventaire  lui-même. 
«  Conçues  dans  le  goût  italien  avec  de  grands  rapports  aui  lettres  de  forme,  elles 
étaient  moins  chargées  de  pointes.  »  (JVouv.  Tr.  de  Diplom.,  t.  II ,  p.  83.)  On 
peut  lire  dans  le  Catalogue  des  livres  de  la  bibliothèque  du  Louvre  sous  Charles  V 
rp.  53  ,  une  note  savante  et  étendue  de  Van  Praet,  sur  les  différentes  forme*  de 
lettres  employées  dans  les  manuscrits. 


164  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

mination  rappelant  leur  usage  dans  les  tribunaux.  Quant  aux  ex- 
pressions :  lettre  françoise  et  lettre  de  Gascoigne ,  elles  désignent 
des  formes  nées  ou  généralement  usitées  dans  l'Ile  de  France  et 
dans  le  Midi.  Voici  des  exemples  de  chacune  de  ces  variétés  d  écri- 
tures (1). 

64.  Item,  un  livre  appelle  Le  livre  de  Goddeffroy  deBoul- 
lon,  qui  parle  du  passaige  d'oultremer  et  du  conquest  de  la  Terre- 
Sainte,  escript  en  françoys ,  de  vieille  lettre  de  fourme  ,  et  au  com- 
mancement  du  second  fueillet  a  escript  :  «  penters  et  fist  ;  »  cou- 
vert de  cuir  vermeil  empraint ,  à  deux  fermouers  de  cuivre ,  et  sur 
chascune  aiz  v  boulions  de  mesmes.  Lequel  livre,  avec  pluseurs 
autres  livres  déclairez  en  la  me  partie  du  ncxLiie  fueillet  du  livre 
des  comptes  précédens  dudit  Robinet  d'Estampes,  Monditseigneur 
achata  à  Paris,  le  xxvne  jour  d'aoust,  mil  cccc  et  v,  de  Bureau  de 
Dampmartin ,  tout  ensemble  pour  le  pris  et  somme  de  nmxxv*  t. 
[Prisé  20fr  t.]. 

65.  Item,  ung  petit  livre  du  Trésor  maistre  Jehan  de  Mehun, 
escript  en  françoys  rimé,  de  grosse  lettre  de  fourme,  bien  ystorié  et 
enluminé.  Et  au  commancement  du  second  fueillet  a  escript  :  «  qui 
contre  ;  »  couvert  de  veluyau  vermeil ,  à  deux  fermoyers  d'or  tous 
plains.  Lequel  livre,  monseigneur  le  duc  de  Bavière  donna  à  Mon- 
seigneur aux  estraines ,  le  premier  jour  de  janvier,  l'an  mil  quatre 
cens  et  treize.  [Prisé  10*"  t.] 

66.  Item,  un  Bkévière,  en  deux  petits  volumes,  escript  de 
menue  lettre  de  fourme,  Et  au  commancement  du  second  fueillet  du 
psaultier  d'un  desdiz  volumes,  a  escript  :  «  mei  et  exaudi  -,  »  et  au 
commancement  du  second  fueillet  du  psaultier  de  l'autre  volume,  a 
escript  :  «  in  cubilibus  ;  »  et  sont  couvers  de  drap  de  soye  bleu,  et 
fermans  chascun  à  deux  fermouers  d'or,  esmaillez  aux  armes  de 
Monseigneur,  et  ont  chacun  une  chemise  de  veluyau  noir  doublé  de 
tiercelin  rouge.  Lequel  Brévière,  monseigneur  de  Guienne  donna  à 
Monseigneur  ou  mois  de  novembre,  mil  cccc  et  ix.  Et  depuis,  l'a, 
monditseigneur,  fait  relier,  couvrir  et  garnir  en  la  manière  dessus- 
dicte.  Et  coustèrent,  les  fermouers  seulement,  de  Jehan  Tarenne, 
avec  le  tixu,  xxx  frans  (2). 

(1)  Dans  le  Catalogue  de  Charles  V,  le  nombre  des  colonnes  d'écriture  contenues 
dans  chaque  page  ,  est  souvent  indiqué.  On  y  voit  des  manuscrits  à  une  ,  à  deux  et 
même  à  trois  coulombes  (colonnes).  Cette  distinction  n'est  jamais  établie  dans  notre 
inventaire. 

(2)  Pour  ce  qui  est  des  lettres  de  forme,  voyez  dans  nos  précédentes  citations  les 


BIBLIOTHÈQUE    DE   JEAN,    DUC    DE    BKMU.  Hi.'i 

<;t.  Item,  un  très  Ih'I  DAcrit,  Merq^  &  lêtfre  foaioftiiovtj  uèi 

richement  hislorié  au  commencement  d'ymaîgefl  romains,  garnie  de 
mi  fermoaera  d'argent  qui  armes  <!<•  Monseigneur,  couvert  <JTiin 
drap  de  soye  bien  doublé  de  tiercelin  vermeil  (1).  [Prisé  125    I  ; 

68.  Ilem,  un  autre  livre  en  latin,  escript  de  lettre  buulonnoisc , 
appelle  Le  livre  des  puouffiz  ruraux,  couvert  de  cuivre  (sic) 
jaune,  à  deux  petits  fermouers  de  cuivre,  et  sur  chascune  aiz  a 
v  petits  boulions. 

09.  Item,  un  petit  livre  en  françoys,  de  lettre  roonde,  intitulé  : 
Des  ronxes  .meurs  ,  lequel  parle  du  remède  qui  est  contre  les 
vu  péchiez  mortels  et  des  Trois  estas.  Et  au  commancement  du 
second  fueillet  a  escript  :  «  et  tous  les  siens  ;  »  historié  en  pluseurs 
lieux,  couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  à  deux  fermouers  de  laton 
dorez,  hachiez  des  armes  de  Monseigneur  le  duc,  et  sur  chascune 
aiz  v  petis  boulions  de  mesmes.  Lequel  livre  fu  donné  à  Monditsei- 
gneur,  le  nne  jour  de  mars  mil  cccc  et  ix,  avant  Pasques,  par  frère 
Jaques  Legrant,  augustin.  [Prisé  6**  5*  t.] 

70.  Item,  un  livre  du  Pèlerinage  du  corps  et  de  l'âme  appelé  : 
Le  pèlerin  ,  escript  en  françoys,  de  lettre  courant,  historié  au 
commancement  et  en  plusieurs  lieux  de  blanc  et  de  noir.  Et  au 
commancement  du  second  fueillet  a  escript  :  «  dedans  lui  et  l'ûrne;  » 
couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  fermant  à  deux  fermouers  d'ar- 
gent blanc,  à  deux  tissuz  de  soye  noire  (2).  [Prisé  40*"  t.] 

71.  Item,  un  livre  appelle  Le  livre  des  eschaz  ,  en  françoys, 
escript  de  lettre  de  court,  historié  au  commancement  d'un  roy  séant 
en  une  chaière  et  d'un  religieux  qui  lui  présente  un  livre  ;  couvert 
de  cuir  vermeil  empraint,  à  deux  fermouers  de  cuivre. 

On  a  vu  plus  haut  (n°  37)  une  Bible  écrite  en  lettre  françoise,  et 
au  n°  60,  un  petit  livre  écrit  de  lettre  gascoigne. 

Des  mains  du  calligraphe,  ordinairement  tout  beau  manuscrit 
passait  dans  celles  d'un  enlumineur  ou  historieur.  Ici,  comme  pour 
les  écritures,  c'est  encore  l'Italie  qui  a  la  prééminence.  Rome,  par 


n°»  5,  G,  8,  9,  10,  17,  18,  19,  21,  22,  26,  34,  46,  47,  48,  53,  57  et  plus  bas  72  , 
bonne  lettre  de  forme,  23,  60,  très-grosse  lettre  de  forme,  64. 

(1)  C'était  en  général  en  lettre  boulonoise  qu'étaient  écrits  les  livres  de  droit.  On 
sait  en  quel  honneur  était  à  Bologne  l'enseignement  du  droit. 

(2)  Voyez  encore  ,  dans  nos  citations,  les  n°«  32  et  36. 

(3)  Pour  les  lettres  de  court,  voyez  plus  haut  les  n°«  4, 16,  25,  27,  28,  33,  35,  38, 
41,  44  et  4/». 


166  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

exemple,  et  Bologne  (l).  Un  grand  nombre  des  livres  du  duc  de 
Berri  étaient  ainsi  enluminés  et  historiés,  et  même  ce  prince  avait 
un  tel  goût  pour  cette  ornementation  des  manuscrits,  qu'il  entrete- 
nait un  certain  nombre  d'artistes  spéciaux  en  ce  genre.  On  a  vu  plus 
haut  un  beau  Psautier  peint  par  André  Beaunepveu  et  un  livre 
d'Heures  peint  par  Jacquemart  de  Hodin  (2).  Ailleurs  il  est  fait 
mention  d'un  autre  livre  d'Heures  «  lesquelles  Heures  monseigneur 
a  fait  faire  par  ses  ouvriers  (3).  »  Chaumeau,  dans  son  Histoire  du 
Berri ,  dit  à  ce  propos ,  en  parlant  du  duc  de  Berri  :  «  Il  s'aymoit 
principalement  dans  sa  ville  de  Bourges  où  il  choisissoit  les  jeunes 
gens  de  bon  esprit  pour  les  eslever  aux  estatz  et  en  appella  plusieurs 
à  son  service  (4).  »  Dans  notre  inventaire,  les  manuscrits  à  minia- 
tures sont  tantôt  dits  simplement ,  historiés  ou  enluminés ,  tantôt 
dits,  historiés  et  enluminés  tout  à  la  fois.  Quelquefois  le  sujet  de  la 
miniature  ou  l'histoire,  est  expliqué  en  quelques  mots.  Malheureuse- 
ment ,  ce  n'est  pas  le  cas  le  plus  fréquent.  Aux  exemples  de  manu- 
scrits . à  miniatures  qu'on  a  pu  remarquer  dans  notre  longue  suite  de 
citations,  nous  ajouterons  les  suivants  (5)  : 

72.  Item ,  un  livre  en  françoys,  escript  de  lettre  de  fourme,  ap- 
pelle le  livre  de  Végesse  et  de  chevallerie,  historié  au  commancement 
de  trois  hommes  d'armes,  l'un  à  cheval,  et  deux  à  pie,  couvert  de  cuir 
blanc,  à  deux  fermouers  de  laton.  [Prisé  12s  6d  t.] 

73.  Item ,  un  Brévière  en  deux  volumes,  ou  il  y  a  pluseurs  his- 
toires de  blanc  et  de  noir,  couvert  d'un  drap  de  soye  branche  (lisez 
blanche)  fermans  chacun  à  deux  fermouers  d'or,  les  uns  esmaillez 
aux  armes  d'Orléans,  et  les  autres,  à  ymaiges.  [Prisé  150*"  t.] 

74.  Item,  une  belle  Birle,  en  latin,  escripte  de  lettre  boulon- 
noise,  qui  fu  du  roy  Robert,  jadiz  roy  de  Sicile,  très  bien  historiée  et 
enluminée  d'ouvraige  romain;  et  au  commancement  du  second  fueillet 
a  escript  :  «  ....  one  usque  ad  Egiptum;  »  couverte  de  cuir  rouge 
empraint,  à  mi  fermouers  d'argent  dorez  esmaillez  aux  armes  de 
Monseigneur,  et  par  dessus  une  chemise  de  drap  de  damas  bleu 


(1)  Pour  Bologne  on  en  a  des  exemples  dans  le  Catalogue  de  Charles  V.  Pour  Rome, 
voyez  plus  bas  le  n°  74. 

(2)  IN05  3  et  56. 

(3)  N°  111  du  manuscrit. 

(4)  Chaumeau,  Hist.  du  Berri,  p.  137. 

(5)  Dans  les  catalogues  des  ducs  de  Bourgogne  il  est  fréquemment  question  de 
livres  «  illuminés  d'or  et  d'azur,  à  diverses  histoires.  »  (Voy.  Bibl.  prolypograph. 
passim.) 


[OTQtQl  T)\C    !)!     v.vaww.  IH 

doublé  de  iieieelin  vermeil.  Laqucil)  ligneur d'Orléans donna 

i  Honieigneiir,  le  wnr  jour  d'noust,  l'an  mil  ccccet  vu. 

Ouelqueiois  ces  sortes  de  manuscrits  restaient  inaehe\  éf  ot  atten- 
daient encore  leurs  miniatures  et  leurs  lettres  ornées.  En  voici  un 
exemple  pris  dans  notre  inventaire. 

75.  Item,  un  livre  De  la  cité  de  Dieu,  translaté  en  françoys, 
fénissant  au  \'  livre  inclus,  ad  défaillent  les  histoires  et  grans  lettres, 
couvert  de  cuir  vermeil  empraint,  et  fermant  à  deux  fermouers  de 
cuivre;  et  n'y  a  aucun  clos.  [Prisé  31*  5*  t.] 

76.  Item,  un  autre  livre  De  la  cité  de  Dieu,  translaté  en 
françois,  commançant  al  xic  livre,  et  y  faillent  les  histoires  et  grans 
lettres,  couvert  de  cuir  pareillement  comme  l'autre  précédent.  [Prisé 
31.^5'  t.] 

Maintenant,  voici  ce  que  nous  pourrions  appeler  un  livre  d'images, 
le  seul  de  son  espèce  que  nous  offre  notre  inventaire. 

77.  Item,  un  petit  livre  couvert  de  cuir,  où  il  a  pluseurs  figures 
de  Papes,  avecques  aucunes  prophécies  d'eulx.  [Prisé  253 1.] 

Indépendammentdes  manuscrits  proprement  dits,  il  y  avait  encore 
dans  la  bibliothèque  du  duc  de  Berri  quelques  objets  qui  méritent 
d'être  signalés.  C'est  d'abord  une  Bible,  abrégée  il  est  vrai,  qui  était 
écrite  sur  un  rouleau  de  parchemin. 

78.  Item,  une  bible  abréviée  en  un grant  roolle,  richement  his- 
torié et  enluminé,  commançant:  «  Hic  incipit  prologus.  »  [Prisé 

Trois  mappemondes,  dont  une  d'un  grand  prix. 

79.  Item,  une  bien  grande  mappamonde,  bien  historiée,  enroollée 
dedens  un  grant  et  long  estui  de  bois  ;  laquelle  maistre  Gontier  Col  (1) 
donna  à  monseigneur  [Prisée  125  r  t.]. 

80.  Item,  une  autre  mappamonde,  en  uns  tableaux  de  bois  lon- 
guez ,  ferraans  en  manière  d'un  livre  [Prisée  1008 1.]. 

81.  Item,  une  autre  mappamonde,  en  un  roolle  de  parchemin, 
dedens  un  estui  de  cuir  [Prisée  50s  t.]. 

Enfin  ,  voici  un  objet  d'invention  bizarre  et  que  nous  aurions  cru 
bien  plus  moderne.  C'est  un  faux  livre. 

82.  Item,  un  livre  contrefait  d'une  pièce  de  bois  paincte  en  sem- 
blance  d'un  livre ,  où  il  n'a  nulles  feuilles ,  ne  riens  escript,  couvert 
de  veluiau  blanc ,  à  deux  fermouers  d'argent  dorez ,  esmaillez  aux 
armes  de  Monseigneur.  Lequel  livre,  Pol  de  Limbourc  et  ses  deux 

(1)  Il  était  premier  secrétaire  du  roi ,  d'après  Le  Laboureur. 


168  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

frères  donnèrent  à   mondilseigneur  ausdictes  estraines,  mil  cccc 
etx(l). 

Nous  arrêterons  là  cette  longue  suite  de  citations,  que  nous  aurions 
voulu  pourtant  pouvoir  multiplier  encore,  persuadé  comme  nous  le 
sommes,  qu'on  ne  saurait  trop  s'appuyer  sur  les  textes  en  semblable 
matière.  Voilà  pourquoi,  sur  les  cent  quatre-vingt  et  un  articles  que 
contient  notre  inventaire,  nous  n'avons  pas  craint  d'en  mettre  jusqu'à 
quatre-vingt-deux  sous  les  yeux  du  lecteur.  Car,  qui  peut  dire  ce 
qu'il  y  a  d'inutile  dans  des  textes  de  cette  nature,  qui  sont  encore  peu 
multipliés  et  peu  connus  ?  Cependant,  avant  de  fermer  notre  curieux 
document ,  nous  y  jetterons  un  dernier  coup  d'oeil  pour  passer  rapi- 
dement en  revue  ces  livres  qui  ne  nous  ont  occupé  jusqu'à  présent 
que  par  leur  côté  matériel.  Ici ,  comme  dans  les  autres  inventaires 
semblables,  les  livres  se  trouvent  rangés  dans  un  ordre  auquel  le 
hasard  semble  avoir  seul  présidé.  Il  est  de  notre  tâche  de  débrouiller 
un  peu  cet  entassement  confus.  Nous  partagerons  donc ,  dans  l'énu- 
mération  que  nous  en  allons  faire,  les  livres  du  duc  de  Berri,  en 
livres  de  dévotion  ou  de  théologie,  livres  de  morale,  de  droit,  de 
sciences,  poésie  et  histoire,  réservant  un  dernier  paragraphe  aux 
textes  et  traductions  de  l'antiquité  classique. 


L.  Douët-d'Arcq. 

(  La  suite  au  prochain  numéro.) 

(1)  Dans  un  inventaire  de  Marguerite  d'Autriche  de  l'an  1524,  que  M.  Léon  de 
Laborde  vient  de  publier  dans  celte  Revue  (page  36),  on  trouve  deux  de  ces  faux 
livres,  dont  l'un  servait  de  boîte  à  peinture (nos  44  et  106.) 


LEGLISE  SAINTJULIEN-LE-PAUVRE , 


A    I»AK!S. 


Depuis  la  suppression  des  établissements  ecclésiastiques  et  la  ré- 
duction des  paroisses,  à  la  Gn  du  dernier  siècle,  Paris  a  vu  transfor- 
mer ou  tomber  sous  la  pioche  du  démolisseur  un  grand  nombre 
d'édifices  consacrés  au  culte,  parmi  lesquels  plusieurs  de  la  période 
romane.  Il  reste  aujourd'hui  peu  d'échantillons  de  cette  architecture 
dans  la  capitale,  grâce  à  ce  vandalisme!  L'église  dont  nous  allons 
nous  occuper  est  de  cette  époque.  Quoique  très-curieuse,  elle  est 
presque  ignorée.  Il  est  vrai  que  deux  fois  on  l'a  enregistrée  parmi 
les  morts.  Heureusement,  il  n'en  est  rien.  Les  deux  historiens  qui 
se  sont  chargés  de  dresser  cet  acte,  étaient  certainement  à  môme  de 
vérifier.  Dulaure  a  préféré  reproduire  l'erreur  de  Saint-Victor.  Ce 
dernier  avance  résolument  que  cette  église  a  été  détruite  vers  1820. 
Voila  comme  certains  hommes  écrivent  l'histoire!  On  amputait  bien 
encore  nos  monuments  religieux  dans  ce  temps-là ,  témoin  Saint- 
Germain  des  Prés ,  mais  on  faisait  déjà  quelques  efforts  pour  con- 
server ceux  qui  avaient  été  épargnés. 

Ce  n'est  pas  sans  peine  que  l'œil  exercé  de  l'archéologue  parvient 
à  découvrir  Saint-Julien,  au  milieu  du  dédale  de  rues  obscures  de  la 
rive  gauche  de  la  Seine,  où  il  se  trouve  perdu.  Rien,  il  est  vrai,  ne 
l'annonce  au  dehors.  Sa  flèche  a  disparu  il  y  a  cent  cinquante  ans 
dans  un  incendie  dont  la  cause  est  restée  ignorée  ;  et  ce  n'est  pas  sa 
triste  façade  réédifiée  après  cet  événement  qui  le  met  en  évidence. 
L'existence  de  ce  monument  n'est  donc  révélée  que  par  le  nom  qu'il 
porte ,  donné  très-anciennement  à  la  rue  où  on  le  trouve. 

M.  Albert  Lenoir  a  publié  les  plans  et  dessins  de  cette  église  dans 
su  Statistique  monumentale  de  Paris  (l),  et  l'a  ainsi  sauvée  de  l'ou- 
bli. Il  manque  le  texte  à  ce  beau  et  consciencieux  travail;  il  se  fera 
probablement  encore  longtemps  attendre  :  nous  allons  tâcher  d'y 
suppléer. 

(l)  Troisième  li\rai>on  1K'»0. 


170  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

On  prétend  que  c'est  saint  Germain  ,  évoque  d'Auxerre ,  dont  la 
dévotion  était  grande  envers  saint  Julien,  qui  jeta  les  fondements  du 
premier  oratoire  et  le  mit  sous  le  vocable  du  martyr  de  Brioude(l). 
Dom  du  Breul  (2),  penche  pour  un  évêque  du  Mans,  du  même  nom, 
qui  fut  célèbre  par  sa  charité  envers  les  pauvres  (3).  Il  nous  semble 
plus  vraisemblable,  et  c'est  aussi  le  sentiment  de  l'abbé  Chastelain  (4), 
qu'il  s'agit  ici  tout  simplement  de  saint  Julien  l'hospitalier.  La  fête 
du  premier  arrive  le  28  août  et  celle  du  second ,  le  9  janvier.  Baillet 
dit  (5)  :  les  martyrologes  varient  beaucoup  à  leur  sujet,  parce  que 
le  grand  nombre  des  saints ,  du  nom  de  Julien,  y  a  souvent  apporté 
la  confusion,  et  a  fait  errer  leurs  auteurs. 

11  est  certain  qu'il  y  avait  au  moyen  âge,  des  hospices  pour  les 
pauvres  et  pour  les  pèlerins  dans  les  faubourgs  et  près  des  portes  des 
villes,  ainsi  que  l'a  été  cette  maison,  et  l'écrivain  qui  au  XIIIe  siè- 
cle, a  mis  en  rimes  les  Montiers  de  Paris,  la  désigne  ainsi  : 

Saint  Juliens 

Qui  héberge  les  Chrétiens. 

Quelques  titres,  à  la  vérité  fort  récents,  nous  viennent  en  aide  pour 
prouver  que  c'était  en  effet  une  maison  hospitalière;  entre  autres 
un  arrêt  de  1606,  pour  la  reddition  des  comptes  de  plusieurs  hôpi- 
taux (6). 

Grégoire  de  Tours  est  le  plus  ancien  auteur  qui  ait  parlé  de  cette 
église  et  de  la  maison  où  il  logea  (7).  Ainsi  son  existence  dès  le 
VIe  siècle,  est  un  fait  bien  constaté.  Ce  n'était  alors  qu'un  simple 
oratoire  encore  que  cet  historien  l'appelle  basilique,  terme  dont  il  se 
sert  assez  ordinairement  en  parlant  des  églises  abbatiales  (8).  Il  fait 
mention  du  prêtre  et  des  clercs  qui  la  desservaient  :  accedens  unus 

(î)  Hennique  de  Chevilly,  Dictionnaire  des  Bénéfices,  t.  I,  p.  109. 

(2)  Théâtre  des  Antiquités  de  Paris,  p.  293. 

(3)  Ces  deux  saints  avaient  jadis  chacun  un  autel  sous  leur  invocation,  dans  la 
cathédrale  de  Paris.  Celle  dédiée  à  Saint-Julien  du  Mans ,  était  aussi  appelée  la 
Chapelle  noire  ou  du  damné,  à  cause  de  la  prétendue  résurrection  de  Raymond 
Diocre,  chanoine  de  cette  église,  en  l'an  1084.  Il  leva, dit-on,  la  tète  hors  du  cer- 
cueil pendant  la  cérémonie  de  ses  obsèques,  à  ces  mois  de  la  quatrième  leçon  de 
l'ofûce  des  morts  :  Responde  mihi,  etc.,  et  cria  tout  haut  par  trois  fois  différentes  : 

Justo  Deijudicio  accusatus  sum,. . .  judicatus  sum. . .  condemnatus  sum 

Ce  chanoine  avait  été  inhumé  dans  cette  chapelle. 

(4)  Mart.  Rom.,  p.  108-109. 

(5)  Fie  des  Saints,  t.  I,  p.  116. 

(6)  Registres  de  la  ville,  folio  5l9.  » 

(7)  Liv.  VII,  chap,  xviij  liv.  IX ,  chap.  vi. 

(8)  Dom  Félibien,  Histoire  de  Paris,  t.  I,  liv.  I,  p.  38. 


i     BÀINT-JUMF.N-LE-PÀUVRE.  171 

mm ....  quatuor  accedentes  clerici. . . .  excitation  rcddidi  sacerdoti. 
L'égliM  et  la  maison  eurent  à  souiFrir  des  ravages  des  Normands  au 
.  Plus  tard  elle  fut  du  nombre  des  églises  dont  le  roi 
Henri  I'r  dota  la  cathédrale  de  Paris,  à  la  condition  qu'un  clerc, 
nommé  Giraud  ,  qui  la  desservait,  en  conserverait  la  jouissance  jus- 
qu'à son  décès.  Puis  elle  passa  comme  beaucoup  d'autres,  sous  la 
protection  des  laïcs  qui  s'en  attribuèrent  ensuite  la  possession,  L'his- 
toire nous  a  conservé  le  nom  de  deux  chevaliers ,  Etienne  de  Vitry 
et  Hugues  de  Monteler,  qui  la  possédèrent  à  ce  titre  au  XIIe  siècle. 
Le  premier  se  voyant  près  de  périr  dans  un  naufrage  au  retour  des 
croisades,  fit  vœu,  s'il  échappait  au  péril,  de  doter  Notre  Dame  de 
Longpont,  près  Montlhéry,  de  la  part  des  biens  qu'il  avait  à  Saint- 
Julien  de  Paris.  Etienne  fut  miraculeusement  sauvé  et  le  cartulaire 
du  monastère  de  Longpont  fait  foi  qu'il  tint  sa  parole.  Le  second 
donna,  dans  le  même  temps,  ce  qu'il  en  possédait  à  la  même  maison 
religieuse  qui  se  trouva  ainsi  en  possession  de  tout.  Elle  fit  de  cet 
hôpital  un  prieuré.  L'abbé  y  envoya  un  certain  nombre  de  religieux 
qu'il  détacha  de  son  monastère;  ils  n'eurent  que  l'administration  de 
la  maison  et  devaient  rendre  leurs  comptes  chaque  année.  Ces  béné- 
fices, on  le  sait,  s'appelaient  obédiences,  et  celui  des  religieux  placé  à 
la  tête  de  la  communauté,  portait  le  titre  de  prévôt  ou  prieur  claus- 
tral. Dans  des  lettres  de  Thibaud,  évêque  de  Paris,  de  l'an  1150,  et 
dans  une  bulle  du  pape  Eugène  III ,  de  l'an  1151,  le  prieuré  Saint- 
Julien  se  trouve  compris  au  nombre  des  biens  qui  appartenaient  à 
cette  abbaye. 

Dans  le  siècle  suivant,  l'Université  de  Paris  choisit  le  prieuré 
Saint-Julien  pour  tenir  ses  assemblées.  Plus  tard,  elles  furent  trans- 
férées au  couvent  des  Mathurins,  puis  au  Lycée  Louis  le  Grand. 

Pendant  les  guerres  du  XIVe  siècle ,  les  religieux  de  Longpont 
obligés  d'abandonner  leur  monastère,  obtinrent  du  parlement  de  Paris 
la  permission  de  se  loger  au  prieuré  Saint-Julien-le-Pauvre,  et  d'y 
faire  le  service  divin  (1).  Ils  étaient  alors  vingt-deux.  Ce  nombre 
donne  à  penser  ce  qu'étaient  en  étendue  les  bâtiments  de  cette  maison 
religieuse.  Bien  peu  après,  le  30  avril  1655,  les  administrateurs  de 
Môtel-Dieu  de  Paris,  firent  un  traité  avec  les  moines  de  Longpont, 
par  lequel  ces  derniers  abandonnèrent  le  prieuré  Saint-Julien  à  cet 
établissement;  et  ce  titre  fut  éteint  par  la  ratification  accordée  par  le 
roi  à  ce  traité ,  au  mois  de  juin  1697  (2).  L'église  fut  à  partir  de 

(1)  Lebeuf,  Histoire  du  diocèse  de  Paris  ,  t.  X,  p.  i  •"■-' 

(2)  Jaillot,  Recherches  sur  Paris  ,t.  IV,  p.  189. 


172  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

cette  époque,  desservie  par  un  chapelain  à  la  nomination  du  curé  de 
Saint-Séverin.  Cet  état  de  choses  a  ainsi  duré  jusqu'à  la  fin  du  dernier 
siècle.  Fermée  au  culte  pendant  la  révolution,  on  en  fit  un  magasin 
à  sel  ;  elle  a  été  depuis  restituée  à  l'Hôtel-Dteu  et  en  redevint  la 
chapelle  en  1805. 

Ce  charmant  petit  édifice  à  trois  nefs  a  été  rebâti  par  les  moines 
de  Longpont  dans  le  cours  du  XIIe  siècle.  11  est  orienté.  Deux  tra- 
vées ont  été  détruites  lors  de  l'incendie  dont  nous  avons  parlé,  et  avec 
elles  la  façade ,  sans  doute  fort  à  regretter.  Trois  portes  donnaient 
entrée  sur  l'axe  des  trois  nefs.  La  principale  était  divisée  en  deux 
parties  par  un  trumeau  et  se  faisait  évidemment  remarquer  par 
son  ornementation.  Le  frontispice  actuel  présente  des  pilastres  qui 
portent  une  corniche  ornée  de  triglyphes  ;  le  tout  est  couronné  par 
un  fronton  à  rampes  saillantes,  au  milieu  duquel  on  a  ouvert  un  œil- 
de-bœuf.  Une  seule  porte  au  linteau  droit  donne  actuellement  accès 
dans  l'édifice. 

Plusieurs  éperons  en  ressaut  soutiennent  le  monument  tout  au 
pourtour,  encore  que  l'élévation  de  ces  murs  soit  ordinaire,  malgré 
l'enlèvement  récent  de  terres  qui  entretenaient  à  l'intérieur  unehu- 
midité  permanente.  Au  midi ,  se  trouve  une  tourelle  dans  laquelle 
est  pratiqué  un  escalier  qui  conduit  au  pied  du  pignon  du  centre  sur 
la  rampe  duquel  a  été  établi  un  second  escalier.  Ce  dernier  menait 
à  sa  flèche ,  dont  la  perte  est  à  déplorer,  n'eût-elle  même  été  qu'en 
bois,  le  moyen  âge  savait  donner  tant  de  délicatesse  à  ces  édifices 
aériens. 

Les  modillons  qui  supportent  l'entablement  sont  on  ne  peut  plus 
simples  d'ornementation. 

Visitons  l'intérieur  si  gracieux  de  ce  monument.  On  descend  plu- 
sieurs degrés  pour  y  pénétrer,  ce  qui  lui  donne  en  dedans  plus  d'é- 
lévation qu'on  ne  lui  en  soupçonne  au  dehors.  Il  reste  six  travées  qui 
sont  également  espacées.  L'abside  des  trois  nefs  se  termine  par 
autant  d'hémicycles.  Celui  du  centre  est  éclairé  par  un  double  rang 
de  trois  fenêtres  superposées,  qui  sont  sans  division  et  de  forme  plein 
cintre.  Celles  du  rang  inférieur  sont  plus  ornées ,  trois  colonnettes 
remplissent  leurs  ébrasements.  La  voûte  des  collatéraux  est  la  pri- 
mitive. Celle  du  centre  a  été  renouvelée  après  l'incendie,  elle  est 
plein  cintre.  Des  colonnes  monolithes  peu  élevées,  avec  ou  sans  cha- 
piteaux, portent  les  arcades  de  communication  de  la  nef  aux  bas  côtés, 
toutes  plein  cintre.  Celles  du  cœur  sont  géminées  et  légèrement 
ogivales.  Un  tore  contourne  ces  dernières.  La  frise  de  cette  travée 


I  (.1  VÊM    SAINT-.IUM1N    l  I   -P\l  \  1:1  . 

supporte ,  des  deux  côtéfl  ,  une  galerie  sourde  aux  arcades  également 
géminées,  inscrites  dans  une  plus  grande. 

M.  Lenoir  reproduit  dans  sa  Statistique  le  détail  des  chapiteaux 
du  chœur  du  côté  septentrional ,  et  de  ceux  de  la  chapelle  de  la  nef 
méridionale.  Ceux-ci  sont  décorés  de  feuilles  d'eau  et  de  tôte  d'angei 
dont  les  ailes  sont  garnies  de  plumes  ;  les  animaux  qui  leur  servent  de 
supports  ont  les  pieds  garnis  de  grilles. 

L'autel  majeur  est  décoré  d'un  bas-relief  en  pierre,  œuvre  du 
XVe  siècle;  on  y  voit  le  Sauveur  attaché  à  la  croix.  Joseph  et  Marie 
placés  au  pied  de  l'arbre  de  la  rédemption,  ont  pour  compagnons  deux 
moines  agenouillés;  celui  de  droite  porte  le  capuce  sur  la  tête. 

On  trouve  dans  l'aile  méridionale,  la  tombe  élevée  au  milieu  du 
XVe  siècle,  à  Henri  Rousseau,  qui  avait  été  inhumé  dans  la  chapelle 
Saint-Biaise  et  Saint-Louis  (1),  voisine  de  l'église  Saint-Julien,  dont 
elle  dépendait,  et  où  ce  bourgeois  de  Paris  avait  fondé  des  messes 
pour  le  repos  de  son  âme.  Le  mort  se  dresse  dans  son  cercueil,  et 
adresse  des  supplications  à  l'image  du  Christ  placée  devant  lui.  Les 
phylactères  sur  lesquels  sont  gravées  les  paroles  qu'il  prononce,  sont 
détruits,  effacés  et  illisibles.  Cette  pierre  recouvrait  dernièrement 
un  égout  :  comment  n'aurait-elle  pas  été  altérée? 

Non  loin,  on  a  incrusté  dans  la  muraille  une  autre  pierre  sur 
laquelle  est  gravé  un  millésime  et  le  nom  de  Louis  XL  On  pense 
qu'elle  a  été  employée  dans  la  consécration  ou  d'un  autel ,  ou  d'une 
église  ,  édifiés  du  temps  de  ce  prince. 

Tel  est  le  monument  religieux  dont  nous  recommandons  l'examen 
à  nos  confrères  en  archéologie.  M.  l'abbé  Herbet,  premier  aumônier 
de  l'Hôtel-Dieu,  nous  a  fait  un  grand  plaisir  en  nous  rendant  l'en- 
trée de  cette  chapelle  accessible,  et  en  nous  faisant  admirer  les  beau- 
tés que  nous  n'avons  que  très-imparfaitement  décrites. 

T.  Pinard, 

Membre  correspondant  de  la  Société  archéologique  de  Tours. 


(1)  Cette  chapelle  avait  été  rebâtie  en  163  i  ;  elle  a  été  détruite  en  1765.  C'est 
dans  cet  oratoire  que  la  confrérie  des  maçons  et  des  charpentiers  se  réunissait  pour 
ses  exercices  religieux  depuis  l'an  1476.  Après  sa  destruction  ce  fut  à  Saint-Yves. 
Aujourd'hui,  on  ne  trouve  plus  la  moindre  trace  de  ces  anciennes  mœurs. 


NOTIONS 


SUR 


L'ICONOGRAPHIE   SACRÉE   EN    RUSSIE. 


Sous  le  rapport  de  sa  double  connexion  avec  l'art  et  avec  l'his- 
toire du  pays,  l'iconographie  russe  me  paraît  pouvoir  former  l'objet 
d'une  description  à  part ,  bien  distincte  de  celle  des  religions  grecque 
et  latine ,  car  elle  a  depuis  longtemps  ses  propres  productions ,  ses 
peintres  spéciaux  et  des  écoles  diverses.  Jusqu'ici  cependant  cette 
branche  de  l'archéologie  a  été  peu  explorée,  et  ce  n'est  que  depuis 
quelque  temps  que  l'iconographie  russe  semble  captiver  l'attention 
d'hommes  studieux  et  instruits.  Déjà,  en  1845  ,  le  gouverneur  civil 
de  Kieff,  S.  E.  M.  Founduklay,  dans  un  ouvrage  orné  de  plans,  de 
dessins  et  intitulé  :  Examen  de  la  cille  de  Kieff  sous  le  rapport  de 
ses  antiquités  (1),  a  fourni  pour  l'archéologie  de  cette  ville,  si  an- 
cienne et  jadis  si  florissante,  des  documents  précieux  dont  plusieurs 
concernent  l'iconographie.  Tels  sont,  par  exemple,  le  dessin  et  la 
mosaïque  du  maître-autel ,  ainsi  que  des  fresques  peintes  sur  les 
murs  intérieurs  de  la  cathédrale  de  Sainte-Sophie  à  Kieff. 

Dans  cette  même  année  1845  ,  M.  Debolsky,  instituteur  à  l'école 
de  commerce  de  Saint-Pétersbourg,  publia  dans  le  journal  du  mi- 
nistère de  l'Intruction  publique  un  article*en  langue  russe,  où  l'on 
trouve  quelques  actes  officiels ,  des  règlements  concernant  la  pein- 
ture des  images  saintes,  ainsi  que  des  notions  intéressantes  sur  les 
différentes  écoles  auxquelles  la  peinture  byzantine  a  donné  nais- 
sance. Comme  je  vais  avoir  plus  loin  l'occasion  de  parler  de  ces 
divers  genres,  à  propos  de  M.  Snéguireff,  je  me  borne  maintenant 
à  renvoyer  ceux  de  mes  lecteurs  qui  voudraient  lire  en  entier  l'ar- 
ticle de  M.  Debolsky,  soit  au  journal  du  ministère  de  l'Instruction 
publique  (1845),  soit  à  X Artiste  russe  de  1847,  journal  rédigé  par 

(1)  Obozrénie  kiova  vv  olnochenii  kk  drevnostiâmm. 


ICONOGRAPHIE   SACRKK    KN   RUSSll..  17.S 

M.  J.  Ciuillou  ,  dans  lequel  M.  Ilelsky  1  inséré  ÉD€  traduction  Iran- 

m-  dfi  OBI  article. 

Sous  le  titre  de  Peinture  d'inniaes  (1),  le  MosLovsLH  shomihh 
Jtocueil  de  .Moscou)  a  donné  «mi  1.SV7,  la  rriticjue  d'un<!  publication 
de  H,  SnéguireiV  intitulée  :  Monuments  antiques  de  Moscou.  M.  Tchi- 
joff,  dans  cet  article,  relève  quelques  asseï  lions  de  M.  Snéguirdl  et 
entre  lui-même,  à  son  tour,  dans  des  considérations  sur  la  diffé- 
rence dos  shlc-s  qui  caractérisent  l'iconographie  russe  et  ses  pro- 
ductions. Ces  observations  critiques,  traduites  en  français  par 
M.  Belsky,  figurent  également  dans  Y  Artiste  russe  de  1847. 

A  deux  brochures  sur  la  peinture  des  images  samtes,  que  M.  Sné- 
guirelTde  Moscou  et  M.  Saccharolî  de  Saint-Pétersbourg  viennent 
récemment  de  faire  paraître,  il  faut  aussi  adjoindre  l'importante 
publication  exécutée  à  Moscou,  et  qui  se  rattache  par  tant  de  points 
à  l'histoire,  à  l'archéologie  et  à  l'iconographie  russes.  Grâce  à  la 
munificence  de  S.  M.  l'Empereur,  la  collection  précieuse  d'anti- 
quités nationales,  déposée  actuellement  dans  les  vastes  salles  de 
Wrouejeinaïa  palata,  à  Moscou,  est  publiée  avec  un  luxe  et  une 
fidélité  qui  ne  laissent  rien  à  désirer  (2). 

Après  avoir  constaté  cette  impulsion  vers  l'étude  d'une  branche 
de  l'archéologie  si  intéressante,  non-seulement  pour  le  pays  auquel 
elle  se  rapporte,  mais  aussi  pour  l'Europe  en  général,  il  m'a  semblé 
utile  de  signaler  sommairement  en  quoi  consistaient  ces  recherches,  la 
direction  qu'elles  prenaient  et  le  développement  qu'elles  étaient 
susceptibles  d'acquérir.  Dans  ce  but,  je  vais  d'abord  rendre  compte 
du  premier  cahier  d'une  publication  récente  de  M.  SaccharorY,  inti- 
tulée :  Recherches  sur  l'iconographie  russe.  Dans  son  introduction , 
l'auteur  annonce  qu'il  se  propose  de  traiter  séparément  divers  sujets 
qui ,  tous,  se  rapportent  à  l'iconographie  et  il  en  indique  quelques- 
uns,  auxquels  il  se  réserve  d'en  ajouter  d'autres  au  fur  et  à  mesure 
que  le  développement  de  ses  idées  l'exigera.  Parmi  ces  sujets,  je 
citerai  entre  autres  : 

1°  Le  Podlinnikk,  guide  ou  manuel  de  la  peinture  russe  des 
images  saintes,  ouvrage  dont  il  est  aussi  question  dans  la  brochure 


(1)  Ikonopise. 

(3)  Cette  publication  intitulée  :  Antiquités  de  l'Empire  russe  (Drcvnosti  Ilos- 
siiskago  Kosoudartsva),  et  dont  le  nombre  de  livraisons  n'est  pas  encore  fixé,  sera 
accompagnée  d'un  texte  explicatif.  Les  dessins  sont  exécutés  par  M.SontsofT,  artiste 
do  plos  grand  mérite,  et  l'impression  des  planches  en  lithochromie  fait  honneur  au 
talent  de  M.  Dreyguer. 


176  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

de  M.  Snéguireff.  A  ce  proposée  ferai  observer  que  ce  Podlinnikk, 
loin  d'être  une  traduction  du  manuel  grec  publié  en  France,  ren- 
ferme une  infinité  de  matériaux  qui  ne  se  trouvent  point  dans  celui- 
ci  ,  ou  qui,  du  moins,  n'y  figurent  que  d'une  manière  extrêmement 
succincte  et  trop  peu  détaillée.  Il  a  été  fait  beaucoup  de  copies  de  ce 
Podlinnikk,  qui  n'ont  point  entre  elles  une  conformité  rigoureuse. 
Car,  en  général,  les  nombreuses  copies  qu'on  a  faites  du  Podlinnikk 
diffèrent  presque  toutes  entre  elles  ;  mais  ces  différences  sont  lé- 
gères et  ne  portent  point  sur  le  fond ,  le  plan  ni  la  distribution  de 
l'ouvrage. 

2°  La  biographie  des  anciens  zoographes  russes  (l),  avec  l'appré- 
ciation de  leurs  travaux  et  de  l'influence  qu'ils  ont  exercée. 

3°  La  revue  des  images  russes  et  byzantines,  existant  en  Russie. 

4°  L'examen  de  tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  l'iconographie  russe, 
ainsi  que  des  actes  historiques  qui  se  rapportent  à  cette  branche. 

5°  L'examen  des  dessins  conservés  dans  les  manuscrits.  Ce  serait 
un  premier  pas  dans  l'étude  comparative  des  deux  iconographies, 
russe  et  byzantine.  On  sait  déjà  que  la  plupart  de  ces  manuscrits 
ont  été  copiés  à  différentes  époques ,  sur  des  originaux  byzantins, 
bulgares,  ou  serbes,  depuis  le  XIe  jusqu'au  XVIIIe  siècle. 

6°  Une  appréciation  de  la  partie  technique  du  Podlinnikk,  où, 
comme  dans  le  manuscrit  grec  du  mont  Athos,  il  est  traité  de  la 
composition  des  couleurs,  de  la  dorure,  de  la  préparation  des 
murs,  etc. 

7°  L'étude  raisonnée  des  grandes  mosaïques  byzantines  et  des 
fresques  qui  ont  décoré  ou  qui  décorent  encore  les  églises  ou  les 
monastères  russes. 

Puisse  M.  Saccharoff  apporter  dans  l'examen  et  l'étude  de  ces 
questions  le  talent  d'investigation ,  l'intelligence  et  l'instruction  qui 
le  distinguent;  il  travaillera  pour  la  science,  et  son  entreprise  sera 
accueillie  avec  autant  d'intérêt  par  ses  compatriotes  que  par  les 
étrangers.  Je  ne  puis  le  suivre  aujourd'hui  dans  l'exposition  du  plan 
qu'il  propose  pour  l'établissement  d'une  école  de  peinture  d'images 
saintes,  car  ce  sujet  m'entraînerait  trop  loin  de  mon  but.  J'ai  voulu 
seulement  signaler  la  voie  dans  laquelle  cet  écrivain  s'engage,  l'en- 
courager de  tous  mes  efforts  à  publier  le  texte  du  Podlinnikk  russe, 
et  surtout  à  noter  attentivement  toutes  les  différences  qu'il  remar- 


(1)  Le  mot  zoographe  est  pris  par  l'auteur  russe  dans  le  sens  du  grec  Çotypàyos 
peintre.  (Alf.  Maury.) 


IC0N06RAPHI1   BACIBI   KN  Russie  177 

quera  entre  les  diverses  copies  de  cet  ouvrage  qui  pourraient  tomber 
sous  ses  yeux. 

Il  o(  encore  un  point  essentiel  sur  lequel  je  me  permettrai  d'ap- 
peler l'attention  de  M.  Saccharofl',  s'il  veut  arriver  à  réunir  les  ma- 
tériaux d'une  histoire  complète  de  l'iconographie  sacrée  de  la  Russie. 
Ce  serait  de  former  une  chronographie  du  costume  clérical  gréco- 
russe,  travail  qui  lui  deviendra  facile  du  reste  lorsqu'il  s'occupera 
des  recherches  auxquelles  il  annonce  qu'il  va  se  livrer.  Je  l'engage 
en  môme  temps  à  joindre  à  ces  matériaux  quelques  dessins  de  ces 
vêtements,  dont  il  doit  exister  des  représentations  dans  de  vieux  ma- 
nuscrits, dans  des  peintures  anciennes  et  aussi  peut-être  dans  les 
archives.  A  la  vérité,  de  pareilles  études  ne  se  rattachent  que  d'une 
manière  indirecte  au  plan  de  M.  SaccharoiT,  mais  elles  n'en  sont  pas 
moins  importantes  pour  l'histoire  et  pour  l'art.  Ce  travail  d'ailleurs 
aurait  un  attrait  piquant  de  nouveauté,  car  cette  partie  de  la  liturgie 
n'a  pas  encore ,  que  je  sache ,  été  explorée  en  Russie  ,  au  point  de 
vue  historique  et  artistique. 

Sabatier. 


(  La  mite  a  un  prochain  numéro.) 


vil.  i2 


NOTICE 


SUR 


UNE  INSCRIPTION  ANTIQUE  DECOUVERTE  A  EAUZE 

(gers)  , 

L'ANCIENNE  ÉLUS  A. 


L'inscription  des  bas  temps  de  l'empire  romain  que  nous  publions 
ici ,  et  qui  figurera  plus  tard  parmi  celles  que  se  propose  de  recueillir 
le  Comité  des  Arts  et  Monuments  (l),  est  surtout  remarquable  par 
le  mélange  de  noms  propres  gaulois  et  romains  qu'elle  présente  ,  cir- 
constance qui,  pour  ne  pas  être  nouvelle  sur  les  monuments  de  l'épi- 
graphie  gallo-romaine,  n'en  offre  pas  moins  d'intérêt  aux  archéo- 
logues qui  recueillent  ces  noms  indigènes,  dont  les  marbres  antiques 
pyrénéens  publiés  par  mon  confrère  et  ami ,  M.  Alexandre  du  Mège, 


(1)  Une  commission  particulière,  dont  nous  avions  l'honneur  de  faire  partie* 
avait  été  créée  par  M.  Villemain  pour  cet  objet  spécial* 


INSCRIPTION   DÉCOUVERTE   A   EAUZB.  179 

et  plusieurs  inscriptions  de  l'Aquitaine  (1),  particulièrement  de  la 
NovempopuUnie  éditées  par  nous,  ont  déjà  fuit  connaître  un  nom- 
bre  asseï  considérable. 

Cette  inscription  ,  <jni  c^l  reproduite  en  fac-simile  dans  la  gravure 
ci-jointe,  niais  avec  mluclion  des  trois  (juarts  dans  la  dimension  des 
lettres,  a  été  découverte,  il  y  a  déjà  plusieurs  années,  dans  les  ruines 
d'un  ancien  édifice,  à  deux  mille  mètres  de  la  ville  moderne  d'Kau/e 
,  sur  l'emplacement  môme  de  la  cité  gallo-romaine  d'Elusa, 
aujourd'hui  le  bourg  de  Ciotat  (2).  En  ces  derniers  temps,  elle  fai- 
sait partie  de  la  collection  d'antiques  de  feu  M.  Layral,  médecin  à 
Eauze  (3).  Elle  est  gravée  sur  une  tablette  ou  panneau  de  marbre 
blanc,  d'environ  soixante  centimètres  de  longueur  sur  vingt-cinq 
centimètres  de  hauteur;  on  n'y  remarque  aucun  ornement  de  sculp- 
ture; les  lettres  en  sont  parfaitement  conservées. 

Nous  pensons  que  cette  inscription  doit  être  lue  et  interprétée  de 
la  manière  suivante  : 

caius  ivlîus  tarros  mlius  talsconis  (4) 

1VLIA  FILÉa   CONDAI  (5)   YXOT   ACCATEM  (6) 

caius  IVLIVS  pavllvs  Filius 

TÙUS   IVLIVS   SABINVS   fMuS. 

Au  premier  aspect,  il  semble  évident  que  ce  marbre  offrant  une 
série  de  noms,  est  tronqué  et  incomplet,  et  qu'il  y  manque  le  com- 
mencement ou  la  fin  de  l'inscription,  en  admettant,  du  moins,  que 
ces  noms  sont  au  nominatif  (7). 

Néanmoins,  le  sens  serait  complet,  à  la  rigueur,  si  au  lieu  de 
Caius  Julius filius à  la  première  ligne,  on  lisait,  Caio 

(1)  Monuments  religieux  des  Volces-Teclosages,  des  Garumni  et  des  Con 
venœ.ou  fragments  de  l' Archéologie-pyrénéenne,  par  M.  Alexandre  du  Mège,  etc., 
1  vol.  in  8".  Paris,  1814. 

(2  Du  mut  Civilas.  On  sait  que  l'antique  F.lusa,  pairie  du  célèbre  RuGn  , 
consul ,  palrice  ,  premier  ministre  sous  le  grand  Théodose  et  son  fils  Arca'dius,  était 
la  métropole  civile,  militaire  cl  ecclésiastique  de  la  INovempopulanie  ou  troisième 
Aquitaine. 

H.  Layral,  dont  la  perte  a  élé  le  sujet  de  vifs  regrets  de  la  part  de  ses  conci- 
toyens et  des  ami*  de  l'antiquité  dans  la  province  qu'il  habitait,  l'était  dévoué  à  la 
conservation  et  à  l'interprétation  intelligente  des  monuments  de  sa  ville  natale  ;  il 
en  avaii  recueilli  un  assez  grand  nombre  ,  et  particulièrement  des  médailles. 

(4)  Talnco  ou  Talscon,  au  nominatif. 

'  nndaius  au  nominatif;  Condai  est  ici  pour  Condaii. 

(6)  Accalinus  ,  au  môme  cas. 

(7)  A  l'exception  toutefois  de  Talsconis  ti&'Accateni,  au  génitif. 


180  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Julio...  filio...,  au  datif,  comme  l'abréviation  de  ces  mots  pourrait 
l'autoriser;  car,  alors,  ce  seraient  les  trois  personnages,  Julia ,  etc., 
C.  Juïius ,  etc. ,  T.  Julius,  etc.,  qui  dédieraient  le  monument  à  celui 
qui  précède  ;  mais  il  faudrait  pour  cela  que  cette  dédicace  fat  indiquée 
par  ces  mots  :  Biis  Manibus,  JEternœ  Memoriœ,  etc.,  ou  telles  autres 
formules  consacrées,  soit  sur  les  monuments  sépulcraux  ou  tumu- 
laires  du  paganisme,  soit  sur  ceux  des  premiers  chrétiens. 

Les  caractères  alphabétiques  employés  nous  paraissent  indiquer 
la  fin  du  IIIe  siècle  ou  le  suivant,  mais  plutôt  encore  cette  dernière 
époque  (  peu  après  l'an  300  de  notre  ère  ).  Quelques  lettres  sont 
placées  les  unes  dans  les  autres ,  usage  ou  singularité  que  l'on 
observe  dans  plusieurs  inscriptions  romaines  de  la  décadence  de 
l'empire. 

Tarros  est  un  nom  gaulois ,  bien  que  sa  terminaison  lui  donne 
une  physionomie  grecque;  mais  les  Gaulois,  même  depuis  la  con- 
quête romaine,  employèrent  souvent  cette  terminaison,  et  ils  la  sub- 
stituaient même  à  la  finale  en  us ,  appartenant  à  leurs  vainqueurs  (1), 
pour  les  noms  d'hommes,  de  peuples  et  de  lieux,  sur  leurs  monnaies. 
C'est  ainsi  qu'on  lit  Santonos,  Arivos,  sur  celles  des  Santones  ;  Tu- 
ronos,  sur  celles  des  Turoni;  Lucterios  (pour  Lucterius) ,  sur  celles 
de  Cahors;  Conloutos ,  Annicoios,  etc.,  etc.,  etc.,  sur  d'autres.  On 
ne  doit  pas  s'étonner  de  voir  ici  le  nom  gaulois  Tarros,  malgré  sa 
physionomie  étrangère  et  hellénique,  joint  aux  prénoms  Caius  et 
Julius.  J.  César  avait  rendu  l'usage  de  ces  derniers  commun  dans 
les  Gauleâ,  et  dans  Y  Aquitaine  en  particulier.  Les  monuments  de 
cette  province  nous  en  offrent  plusieurs  exemples;  c'est  ainsi  que 
sur  l'arc  de  triomphe  de  Mediolanum-Sanlonum  (Saintes),  dédié  par 
les  Santones  à  Germanicus  (2),  monument  détruit  par  les  barbares 
du  XIXe  siècle  après  avoir  été  épargné  par  ceux  du  bas-empire 
et  du  moyen  ège,  on  voyait  encore  figurer  les  noms  de  Caius  Julius 
Otuaneunus  et  de  Caius  Julius  Gededmon  (3) ,  deux  personnages 
gaulois. 

Après  la  réduction  de  la  Gaule  en  province  romaine,  par  le  grand 
capitaine  qui  fit  de  cette  conquête  un  marchepied  à  la  domination 


(1)  César  nous  apprend,  et  les  médailles  antérieures  des  Gaulois  confirment  son 
témoignage  ,  que  ces  peuples  faisaient  usage  des  caractères  grecs. 

(2)  Au  nom  duquel  ces  peuples  associèrent  politiquement  dans  leur  dédicace, 
ceux  de  Tibère  et  de  son  fils  Drusus,  pour  faire  admettre  le  premier. 

(3)  Ce  nom  est  au  génitif  dans  l'inscription,  Gededmonis,  comme    Talsconis 
sur  le  marbre  d'Eauze  ;  les  deux  nominatifs  devaient  avoir  la  même  terminaison. 


INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    KAUZB.  1»! 

de  sa  patrie,  nos  ancêtres,  comme  ROUJ  en  avons  déjà  fait  la  re- 
marque plus  haut,  s'empressèrent  de  prendre  les  noms  de  leur  vain 
(jucur,  soit  à  raison  de  la  vénération  que  leur  inspirait  sa  mémoire 
et  des  grands  souvenirs  qu'il  avait  laissés  parmi  eux,  soit  plutôt  par 
flatterie  et  pour  se  rendre  agréables  à  ses  successeurs  (1)  ;  de  là  tous 
les  Jtilius  el  toutes  les  Julia  que  l'on  remarque  sur  les  monuments 
de  l'épigraphie  gallo-romaine.  L'origine  gauloise  des  noms  de  Con- 
daius ,  de  Talscon  et  dAccaleims  (malgré  les  terminaisons  latines, 
ajoutées  plus  tard,  au  premier  et  au  dernier),  n'est  pas  moins 
évidente  que  celle  des  noms  de  Tarros ,  d' Otuaneunus ,  de  Ge- 
dedmon ,  etc.,  etc. 

Celui  de  Paullus  se  présente  assez  souvent  écrit  avec  deux  /  dans 
les  différents  recueils  consacrés  à  l'épigraphie  antique  ;  les  recueils 
de  Gruter,  de  Muratori,  etc.,  nous  en  offrent  des  exemples. 

Lorsque  nous  fûmes  chargé,  par  l'administration  préfectorale  du 
Gers,  comme  inspecteur-conservateur  des  monuments  historiques  de 
ce  département,  de  rassembler  les  objets  d'art  et  d'antiquités  que  con- 
tient le  musée  d'Auch  (2),  musée  qui  forme  une  dépendance  de  la 
bibliothèque  publique  de  cette  ville,  M.  Layral  se  montra  disposé  à 
enrichir  cette  collection  de  l'inscription  qui  fait  l'objet  de  cette 
notice  ;  il  serait  à  désirer  qu'elle  y  fût  réunie,  et  que  les  héritiers  du 
médecin-archéologue  accomplissent  les  intentions  qu'il  avait  mani- 
festées à  cet  égard  :  elle  y  servirait  d'intermédiaire  entre  les  inscrip- 
tions romaines  d'une  époque  antérieure  et  les  inscriptions  gothiques 
que  possède  ce  dépôt  (3). 

Il  serait  difficile  de  dire,  à  l'examen  du  marbre  d'Eauze,  s'il  a  ap- 
partenu au  paganisme  ou  au  christianisme ,  quels  furent  son  motif 
et  son  objet,  et  la  nature  du  monument  dont  il  a  fait  partie.  On  peut 
cependant  conjecturer  que  son  inscription  doit  être  rangée,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  donné  à  entendre,  dans  la  classe  innombrable 
des  sépulcrales,  et  qu'elle  a  été  détachée  de  quelque  cippe  ou  tombeau 

(1)  Cet  usage  de  prendre  des  noms  romains  eut  encore  d'autres  causes  ;  chez  les 
Gaulois,  comme  chez  les  autres  peuples  conquis,  les  clients  prirent  les  noms  de 
leurs  patrons,  les  soldats,  quelquefois,  ceux  de  leurs  généraux,  et  les  affranchis 
ceux  de  leurs  anciens  maîtres  ,  sans  parler  de  Yadoplion,  qui  motiva  également 
ce  même  usage. 

(2)  Nous  avons  dernièrement  publié  une  description  de  tous  les  objets  compo 
sant  cette  collection,  sous  ce  titre  :  Notice  sur  le  cabinet  des  antiques  de  la  ville 
d'Auch,  dépendant  de  sa  bibliothèque  communale ,  etc  ,  in-8°.  Paris,  1848. 

•  -  s  dernières  proviennent  du  cloître  de  l'ancienne  église  conventuelle  i 
légialc  de  Saint-Oren«,  dont  nous  avons  décrit  quelques  monuments  dans  le  Bulle- 
tin monumental  de  M.  de  Caumont 


182  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

élevé  à  un  père  ou  à  une  mère,  ou  du  moins  à  un  proche  parent; 
car  tous  les  individus  dont  il  est  fait  mention  sur  ce  marbre,  parais- 
sent avoir  appartenu  à  la  même  famille.  Mais  rien,  nous  le  disons 
encore,  n'indique  positivement  son  objet. 

En  fait  d'interprétation  des  monuments  de  l'antiquité,  il  faut 
savoir  demeurer  dans  le  doute  et  s'y  résigner,  lorsque  les  preuves  ou, 
du  moins,  les  indications  suffisantes  manquent,  comme  ici,  pour 
établir  sa  conviction  et  la  faire  partager  aux  autres;  souvent  la 
science,  et  surtout  celle  qui  s'applique  spécialement  à  résoudre  les 
problèmes  de  l'antiquité,  se  résume  dans  ce  mot  si  philosophique  : 
«  que  sais-jeï  »  C'est  la  statue  de  Sais. 

Chaudruc  de  Crazannes, 

Corresp.  de  l'Institut  de  France  ,  des  Comités  historiques,  etc. 


OBSERVATIONS 

sur  l'inscription  découverte  a  eauze. 

Je  ne  partage  pas  entièrement  l'opinion  de  notre  savant  collabo- 
rateur sur  la  manière  dont  on  doit  lire  et  interpréter  la  curieuse  in- 
scription qu'il  vient  de  nous  faire  connaître.  Voici  d'abord  comment 
je  lis  cette  inscription  : 

C.   IVL.    TAL[l]sCONIS.   F.    TARROS. 
IVLIA.   C0i\DA[t]ï.   FIL.    ACCATEN.    VX. 
C.    IVLIVS.    PAVLLVS.    F. 
T.    IVLIVS.    SABINVS.    F. 

et  voici  comment  je  l'interprète  : 

Caius  Julius  Tarrosius ,  fils  de  Taliscon , 
Julia  Accatena ,  fille  de  Condatus,  son  épouse, 
Caius  Julius  Paullus ,  leur  fils , 
Titus  Julius  Sabinus,  leur  fils. 

C'est  évidemment  l'inscription  d'un  tombeau ,  et  de  cette  circon- 
stance que  tous  les  noms  y  sont  au  nominatif,  circonstance  qui  se 
présente  assez  souvent  sur  les  monuments  de  ce  genre,  surtout  lors- 
qu'ils ne  portent  pas  d'invocation  aux  dieux  Mânes ,  ou  de  formule 
funéraire,  comme   Memoriœ  ceternœ,  Quieti  et  Memoriœ,  etc.,  de 


INSCRIPTION   Df.COUVRnTF.    \    ËAUZ1  183 

telle  nirorishnrr  ,  di<-j»\  je  tire  Ifl  conclusion  que  ce  tombeau  I 
été  ('levé  du  vivant  des  quatre  personnages  qui  J  sont  mentiorm 
auxquels  il  était  destiné. 

Ainsi  que  le  fait  observer  M.  de  Crazannes,  tous  les  mots  de  h 
première  ligne,  à  l'exception  du  nom  du  père  flé  Tarrosius,  ont 
abrégés  et  manquent  de  désinence;  on  pourrait  donc,  en  les  com- 
plétant, leur  donner  celle  du  datif,  et  supposer,  comme  il  le  fait,  que 
ce  monument  avait  été  élevé  à  un  chef  de  famille ,  par  sa  femme  et 
ses  deux  fils.  Mais,  pour  que  cette  supposition  fût  admissible,  il 
faudrait  que  les  liens  qui  unissaient  les  trois  derniers  personnages 
au  premier  fussent  indiqués  relativement  à  eux,  et  non  relativement 
à  lui,  c'est-à-dire  qu'au  lieu  d'u^ror  il  y  eût  conjugi  à  la  fin  de  la 
seconde  ligne,  etpatri  au  lieu  de  plias  à  la  fin  de  la  troisième  et  de 
la  quatrième.  Conçue  comme  elle  l'est,  cette  inscription  ne  peut  se 
traduire  autrement  que  je  ne  l'ai  fait,  et  l'on  ne  peut  y  voir  qu'un 
monument  élevé  par  les  ordres  de  Tarrosius ,  pour  lui,  sa  femme  et 
ses  deux  fils. 

Le  nom  du  père  de  ce  personnage  a  bien  la  physionomie  locale; 
la  terminaison  co,  au  génitif  conis ,  est  en  effet  assez  commune  sur 
les  monuments  de  l'épigraphie  pyrénéenne,  et  l'on  peut  môme  affir- 
mer qu'elle  se  rencontre  là  plus  fréquemment  que  partout  ailleurs. 
Citons-en  quelques  exemples  :  Taurinas  Bonecoms  f.,  sur  un  autel 
au  dieu  Âbellion,  encastré  dans  les  murs  de  l'église  deSaint-Aventin, 
près  Bagnères  de  Luchon  (1);  Ingenuus  Siriconis  /".,  sur  un  autel 
au  dieu  Leherennus,  trouvé  à  Ardiége  et  aujourd'hui  déposé  au  mu- 
sée de  Toulouse  (2);  Senicco  Semixsonis  f. ,  sur  un  monument  fu- 
néraire trouvé  à  Saint-Bertrand  de  Comminge  (3);  Dcrroc  Borko- 
coni[s]  f.,  sur  un  autel  au  dieu  Abellion,  trouvé  près  de  Saint- 
Béat  (4).  Parmi  les  noms,  peu  nombreux,  des  lbériens  que  nous  font 
connaître  les  historiens  de  l'antiquité,  quelques-uns  ont  aussi  la  même 
terminaison;  tel  est  celui  du  Sagontin  Âlcon,  qui,  voyant  sa  patrie 
près  de  tomber  au  pouvoir  d'Annibal,  fit  une  dernière  tentative  pour 
obtenir  du  général  carthaginois  des  conditions  que  ses  compatriotes 


(1)  Voy.  Scaliger,  Auson.  lect.,  I,  9;  Gruter,  37,  5  ;  du  Mège,  Monum.  relig. 
des  Voices-Tectosages  ,^.  194. 

(2)  Du  Mège,  ouvrage  cilé,  p.  351  ;  Mérimée,  t.  I,  p.  252,  de  cette  Iîevue(  De 
Wal ,  Mythologiœ  seplenlrionalis  monumenla  epigraphica  lalina,  n°  Ztt. 

(3y  Muratori,  1402,  5. 

(4)  Millio  ,  Monuments  inédits ,  ! ,  101  ;  dn  Mège,  ouvrage  cité.  p.  196  ;  Orelli, 
Inscr.  lat.  sélect.,  n°  1953. 


184  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE, 

pussent  accepter  (l)  ;  tels  sont  encore  celui  à'Edescon,  que  Tite-Live 
nous  représente  comme  un  des  principaux  chefs  espagnols  (2) ,  et 
celui  du  Numantin  Leucon,  mentionné  par  Appien  (3). 

Je  ne  pense  pas  que  Tarros  soit  ici  pour  Tarrus;  je  vois  dans  ce 
mot,  ainsi  que  je  l'ai  dit  plus  haut,  un  nom  abrégé,  réduit  à  son  ra- 
dical si  l'on  veut,  et  auquel  il  faut,  pour  le  compléter,  ajouter  une 
désinence,  soit  ius,  comme  dans  Andossius,  soit  is,  comme  dans 
Barhosis;  le  premier  de  ces  noms  se  lit  sur  un  monument  trouvé  à 
Saint-Bertrand  de  Comminge  (4);  le  second,  sur  un  autel  au  dieu 
Iscillus,  découvert  à  Garin,  près  Bagnères-de-Luchon  (5). 

Le  nom  de  Condatus,  beau-père  de  Tarrosius,  ne  me  paraît  pas 
être,  comme  les  noms  de  celui-ci,  d'origine  ibérienne,  mais  bien 
d'origine  celtique;  on  en  trouve  un  autre  exemple  dans  une  inscrip- 
tion de  Norwich  en  Angleterre  (6). 

Quant  au  nom  iïAccalena,  il  est  le  seul  sur  le  marbre  d'Eauze 
qui  ait,  je  ne  dirai  pas  une  physionomie,  mais  peut-être  une  origine 
grecque.  Il  ne  serait  pas  impossible ,  en  effet ,  que  ce  fut  une  altéra- 
tion et  un  dérivé  iï  Agathe  (Âyaôr)),  nom  fort  commun  sur  les  monu- 
ments de  la  bonne  époque ,  ou  de  contrées  dans  lesquelles  la  langue 
latine  n'eut  pas  à  lutter,  comme  en  Aquitaine,  avec  une  langue  na- 
tionale dont  la  durée,  prolongée  jusqu'à  nos  jours,  atteste  la  ténacité. 
Cette  étymologie,  ainsi  énoncée,  semble  paradoxale;  elle  peut  ce- 
pendant se  justifier. 

Si  l'on  compare  les  noms  Agathe  et  Accatena,  on  voit  que,  dans  le 
second,  l'aspirée  th  et  la  gutturale  g  ont  été  remplacées  par  les  fortes 
t  et  c,  et  que  cette  dernière  a  même  été  doublée;  enfin  que  ce  nom 
a  éprouvé  un  allongement  par  l'addition  de  la  syllabe  na  au  primitif. 
Eh  bien,  les  monuments  nous  offrent  des  exemples  de  ces  diverses 
altérations.  Rien  de  plus  commun  d'abord  que  le  changement  de  th 
en  t,  dans  les  noms  dérivés  d'àyaôo;;  ainsi  l'on  trouve  Agate  (7),  Aga- 
tetyche  (8),  Agatangelus  (9),  Agato  (10),  Agatocles  (11),  Agato- 

(1)  Tit.  Liv.,XXI,  12  et  13. 

(2)  Ibid.,  XXVII,  17. 

(3)  Dereb.  Hispan.,  46. 

(4)  Grut.,  668,  2;  'Oihenart,  Notil.  utriusq.  Vase,  p.  618  ;  Martène  et  Durand, 
Voyage  lilt.,  II,  14;  Lancelot,  Acad.  des  Inscr.  Hist.,  VII,  253. 

(5)  Du  Mège,  Monum.  relig.  des  Volces-Tectosages.  p.  347. 

(6)  Muratori ,  895 ,  6. 

(7)  iMd.,927,6;  1180,  7;  1822,  8. 
'S)  Ibid.,  1484,  12. 

(9)  Ibid.,  1280,  5. 

(10)  Gudius,  238,  4. 
(il)  Muratori,  1583,  13. 


INSCRIPTION    DKCOUVERTK   A    EAUZE.  185 

pus  (1),  Epaghatus  (2)  et  Pantagatus  (3).  La  substitution  uV  la  forte  t 
i  la  gutturale  g  est  aussi  assez  mmmime;  ainsi  on  trouve  Âcalho  (4), 
Acato  (5),  Âcatocles  (6) ,  Epacalhio  (7).  Knfin  ,  le  redoublement  du 
c  n'est  pas  non  plus  sans  exemple;  je  me  contenterai  de  citer  Ac- 
catlms,  qui  se  lit  dans  une  inscription  trouvée  à  Mitylène,  et  datée 
du  règne  de  Dioctétien  (8).  Quant  à  l'addition  de  la  syllabe  na  au 
primitif ,  il  suffit  pour  l'expliquer  de  citer  les  dérivés  en  anus  et  en 
émis,  si  fréquents  dans  la  langue  latine;  on  trouve  d'ailleurs  aussi 
un  exemple  analogue,  ^Agapena,  dans  une  inscription  donnée  par 
Muratori  (9). 

Les  noms  Paulus  etSabinus,  surtout  le  second,  se  rencontrent 
très-fréquemment  sur  les  monuments  épigraphiques  de  la  Novem- 
populanie.  Peut-êlre  y  a-t-il  une  relation  à  établir  entre  la  fréquence 
de  ce  dernier  nom ,  et  les  inscriptions  tauroboliques  de  Lectoure  ;  ou 
sait  que  quelques-unes  de  ces  inscriptions,  qui  ont  fourni  à  M.  de 
Crazannes  le  sujet  d'un  savant  mémoire  (10),  rappellent  des  sacri- 
fices offerts  par  les  Ladorates  pour  la  santé  de  l'empereur  Gor- 
dien III,  et  pour  celle  de  Furia  Sabina  Tranquillina ,  son  épouse. 

Léon  Renier. 


(1)  Gruter,  302,  1  ;  Muratori  ,110,8;  1549,  12  ;  907 ,  6  ;  908,  3. 

(2)  Muratori,  1384,  9. 

(3)  Jbid.,  967,  8. 

(4)  Jbid.,  1701,  10. 
(6)  Ibid.,  2080,  4. 
(6)  Ibid.,  1460,  7. 
(7;  Ibid.,  1748,  8. 

(8)  Jbid.,  257,  3.  Cette  inscription  figure  aussi  dans  le  recueil  de  Gudius,  p.  94, 
n°  7,  lequel  l'avait  tirée  des  manuscrits  de  Ligorio.  Ce  Collecteur  y  avait  lu  Acan- 
thus  au  lieu  de  Accalhus  -,  mais  son  texte,  dont  on  peut  tirer  parti  pour  la  restitution 
de  ce  monument,  présente,  comme  la  plupart  de  ceux  qui  proviennent  de  la  même 
source  ,  des  traces  évidentes  d'interpolation  ,  et  je  ne  vois  pas  pourquoi  on  le  pré- 
férerait en  ce  point  à  celui  de  Muratori. 

(9)  P.  1588,  4. 

(10)  Voy.  les  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  XIII, 
p.  121  et  suiv. 


NOTICE 

SUR  LE  TOMBEAU  DE  T.  FLAVIUS  MAXIMUS , 

PRÉFET  DE  LA  LEGION  III  AUGUSTE. 

Nos  lecteurs  n'ont  sans  doute  pas  oublié  une  note  relative  à  la 
restauration ,  par  l'armée  française  ,  d'un  tombeau  romain  situé  dans 
la  vallée  d'Azebin  Isly,  près  des  ruines  de  Lambœsa,  note  qui  a  été 
insérée  dans  le  numéro  du  1 5  mars  dernier,  vie  année ,  p.  797  de  la 
Revue  Archéologique.  Depuis,  l'éditeur  de  ce  recueil  a  reçu  de  M.  le 
colonel  Carbuccia  ,  par  les  ordres  duquel  avait  été  opérée  la  restau- 
ration que  nous  venons  de  rappeler,  un  dessin  du  monument  dont  il 
s'agit  ;  c'est  ce  dessin  que  reproduit  la  planche  140  qui  accompagne 
ce  numéro. 

Au-dessus  de  la  fausse  porte  sur  laquelle  a  été  gravée  l'inscription 
commémorative  de  la  restauration  ,  se  trouve  l'inscription  antique; 
qui  nous  apprend,  outre  le  nom  du  personnage  dont  les  cendres 
étaient  déposées  dans  ce  tombeau ,  les  circonstances  assez  curieuses 
dans  lesquelles  avait  eu  lieu  l'érection  de  ce  monument. 

Voici  cette  inscription,  que  nous  reproduisons  en  en  séparant  les 
mots  par  des  points,  afin  d'en  rendre  la  lecture  plus  facile.  Nous  la 
ferons  suivre  d'une  interprétation  en  caractères  courants,  dans  la- 
quelle nous  compléterons  les  mots  abrégés ,  et  d'une  traduction  en 
français. 

DUS 
T.     FLAVIO.     MAXIMO.     PRAE.     LEG.    III.    AVG.    HEREDES.    IVL.    SE 
CVNDI.    QVONDÀM.    V   LEG.    S.   S.  CVI.   IDEM.    MAXIMVS.  TESTAMENT 
SV0.M0>ÏMENTVM.SIB.EX.SS.X1I.NVMMVM.FACÉNDVM.DELEGÀVERAT 

Diis  Mctnibus  sactum. 
Tito  Flavio  Maximo,  prœfecto  legionis  III  Augustœ,  heredes  Julii 
Secundi,  quondam  centurionis  (1)  legionis  supra  scripte ,  cui  idem 
Maximus  teslamenlo  suo  monimehtum  (2)  sibi  ex  sestertium  XII 
nummum  faciendum  (3)  delegaverat  (4). 

(1)  Ce  mot  est  indiqué  dans  le  texte  par  un  signe  (V,  qui  rappelle  le  cep  de  vigne, 
insigne  du  grade  de  centurion.  Ce  n'est  pas  du  reste  le  signe  ordinairement  employé 
pour  remplacer  ce  mot  ;  celui-ci  se  rapproche  de  la  forme  de  notre  chiffre  7. 

(2)  Les  lettres  N  et  I  de  ce  mot  sont  liées.  Celte  orthographe  est  fort  commune  sur 
les  monuments. 

(3)  Les  lettres  I  et  E  sont  liées. 

(4)  Delegaverat  est  ici  le  mot  propre;  c'est  l'expression  consacrée  chez  les  juris- 


TOMBEAU  DE   T.    FLAVIUS  MAXIMUS.  187 

Consacré  aux  Dieux  Mânes. 

A  Huis  Flanus  Maximus ,  préfet  de  la  légion  111"  Auguste ,  les  hé- 
ritiers de  Julius  Seemulus ,  en  son  ç.'vant  centurion  dans  la  légion 
susi lue,  auquel  le  même  Maximus  avait,  par  son  testament, 
impose  l'obligation  de  lui  élever  un  tombeau  du  prix  de  douze 
mille  sesterces. 

Ainsi,  T.  Flavius  Maximus  avait  institué  un  des  centurions  de 
sa  légion,  Julius  Sccundus,  son  légataire, en  lui  imposant  l'obliga- 
tion de  lui  ('lever  un  tombeau;  et  Julius  Serundus  étant  mort  sans 
accomplir  cette  obligation,  ses  béritiers  s'en  acquittèrent  pour  lui, 
afin,  sans  doute,  de  ne  pas  être  déchus  du  legs  fait  à  leur  auteur. 
C'est  là,  assurément,  un  cas  qui  dut  se  présenter  assez  souvent  dans 
l'antiquité  ;  mais  je  n'en  connais  aucun  autre  exemple  dans  l'épigra- 
phie  romaine,  et  cette  circonstance,  qui  fait  de  notre  inscription 
un  monument  unique,  lui  donne  un  intérêt  tout  particulier. 

Cette  inscription  nous  fournit  d'ailleurs  un  renseignement  qui 
peut  n'être  pas  sans  importance.  Du  soin  que  les  héritiers  de  Julius 
Secundus  ont  pris  de  mentionner  la  somme  qu'ils  étaient  obligés  de 
consacrer  à  l'érection  du  tombeau  de  T.  Flavius  Maximus,  on  doit 
tirer  la  conclusion  qu'ils  y  ont  en  effet  dépensé  cette  somme.  On 
sait  donc  ce  qu'a  coûté  ce  monument:  12,000  sesterces,  environ 
2,1 1 0  francs  de  notre  monnaie.  Ne  serait-il  pas  possible  de  décom- 
poser ce  total,  de  refaire,  en  quelque  sorte,  le  devis  de  l'architecte? 
On  aurait  ainsi  le  prix  de  la  main  d'œuvre  pour  les  constructions, 
à  Lambsesa,  au  IIe  siècle  de  notre  ère  (l)  ;  et,  à  coup  sûr,  tout  ap- 
proximatif que  serait  ce  document,  il  ne  serait  pas  à  dédaigner  pour 
l'histoire  des  arts  et  de  la  civilisation  dans  l'Afrique  septentrionale, 
sous  la  domination  des  Romains. 

Léon  Renier. 


consultes,  pour  les  cas  analogues  :  Sin  de  hac  re  defunclus  non  cavit ,  nec  ulli 

delegatumid  munus  est Digest.  12,§  4  de  Belig.,  II,  7. 

i  Le  nom  de  Flavius  indique  une  époque  postérieure  au  règne  de  Vespasien 
(G9-79)  ;  celui  de  la  légion,  qui  n'est  point  accompagné  des  épithètes  Pia  Findex, 
une  époque  antérieure  au  règne  d'Héliogabalc  (218-235)  ;  voyez  M.  Lelronne,  dans 
le  Journal  des  Savants,  octobre  1847,  p.  6  et  7  du  tirage  à  part.  Cest  donc  entre 
ces  deux  époques,  c'est-à-dire  au  II'  siècle  de  notre  ère,  qu'il  faut  placer  notre  in- 
scription. 


DÉCOUVERTES  ET  NOUVELLES. 


—  Nous  avons  eu  dans  un  autre  temps  l'occasion  d'entretenir  nos 
lecteurs  des  travaux  du  prince  Napoléon-Louis  Bonaparte  sur  l'his- 
toire de  l'artillerie.  (Voy.  Revue  archéol,  t.  II,  1845,  p.  664.)  M.  le 
Président  de  la  République,  voulant  se  rendre  compte  de  la  puis- 
sance des  effets  produits  par  les  machines  de  guerre  au  moyen  âge,  a 
chargé  récemment  M.  le  capitaine  d'artillerie  Favé  de  faire  construire 
un  mangonneau,  que  cet  habile  officier  est  parvenu,  après  quelques 
essais,  à  faire  fonctionner,  et  une  curieuse  expérience  vient  d'avoir 
lieu  au  polygone  de  Vincennes.  La  machine  se  compose  d'une  flèche 
en  bois  de  10  m.  30  c.  de  long  qui  tourne  autour  d'un  axe  soutenu 
à  la  hauteur  de  8  m.  sur  un  bâtis  en  charpente.  Cette  flèche  forme 
un  levier  dont  l'axe  est  le  point  d'appui.  A  l'extrémité  du  petit  bras 
du  levier  est  suspendu  un  poids  de  4,500  kilogr.  ;  à  l'extrémité  du 
grand  bras  tiennent  les  deux  bouts  d'une  fronde,  l'un  fixé  solidement, 
l'autre  terminé  par  une  boucle  et  posé  seulement  sur  un  crochet  en 
fer.  Dans  cette  fronde ,  qu'on  étend  à  terre ,  on  place  le  projectile , 
puis,  au  moyen  d'un  cabestan  que  quatre  hommes  font  mouvoir,  on 
abaisse  le  grand  bras  jusqu'au  sol ,  et  lorsqu'on  cesse  de  le  retenir 
incliné,  il  s'enlève  entraîné  par  le  contre-poids  emmenant  avec  lui 
la  fronde  qui  lance  au  loin  le  projectile.  Ces  machines  à  fronde  ont 
joué  un  grand  rôle  dans  les  sièges  du  moyen  âge.  Suivant  les  temps, 
les  lieux  et  leur  genre  de  construction  ,  ces  machines  ont  porté  des 
noms  différents,  tels  que  trébuchet,  trépantum,  pierrier,  manganel- 
lum,  bricolle,  engin  à  verge,  couillard,  etc.  La  machine  établie 
dans  le  polygone  de  Vincennes  a  lancé  à  170  mètres,  par  un  tir 
courbe  et  sous  un  angle  élevé,  un  boulet  de  24,  et  à  120  mètres  une 
bombe  de  80  kilogr. 

—  Le  26  mai  dernier,  le  public  a  été  admis  à  visiter  la  nouvelle 
salle  du  Louvre  consacrée  à  l'exposition  de  la  riche  collection  des 
antiquités  américaines  (Mexique  et  Pérou)  acquise  récemment.  Pour 
que  le  public  pût  jouir  de  tout  l'intérêt  que  présente  cette  coliection, 
la  Direction  des  Musées  nationaux  en  avait  fait  imprimer  d'avance  la 
description ,  qui  a  pu  être  mise  à  la  disposition  des  visiteurs  le  jour 
de  l'ouverture. 


. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Drnlschcs  Kunstbiatt,  Zeitung  fur  bildende  Kunst  und  Baukunst. 
Revue  des  Arts  ,  publiée  par  MM.  Weigel  à  Leipzig.  In-4°, 
paraissant  toutes  les  semaines. 

Depuis  quelques  années,  et  surtout  depuis  la  mort  de  M.  Schorn, 
les  amis  des  arts  voyaient  avec  regret  la  fausse  direction  donnée  à  la 
publication  du  Kunstbiatt.  Les  savants  qui  avaient  si  longtemps  pris 
part  à  la  rédaction  de  cette  Revue  des  Arts  se  retirèrent  peu  à  peu , 
et  il  ne  resta  plus  de  ce  corps  jeune  et  actif  qu'un  fantôme  mis  en 
mouvement  par  la  seule  force  d'impulsion  qu'il  avait  reçue.  Il  sembla 
dès  lors  que  ce  journal  fondé,  en  1820,  par  M.  Cotta,  et  si  long- 
temps utile,  avait  parcouru  sa  carrière  et  n'était  plus  destiné  qu'à 
traverser  cette  phase  de  décadence  qui  précède  toute  mort.  En  effet, 
le  Kunstbiatt  cessa  de  paraître  en  18i8;  il  laissait  après  lui  vingt- 
neuf  volumes  in-4°  représentant,  en  dissertations  et  en  gravures, 
toute  l'histoire  des  progrès  de  l'art  et  de  l'archéologie  pendant  un 
quart  de  siècle. 

Le  goût  de  la  bonne  érudition  et  d'une  saine  critique  a  conservé 
partout  des  partisans;  les  révolutions,  pas  plus  en  Allemagne  qu'en 
France,  n'ont  pu  disperser,  elles  n'ont  pas  même  entamé  ce  public 
d'élite  qui  a  senti  le  besoin  de  se  serrer  pour  faire  tête  à  l'orage. 
Dans  ce  petit  cercle  on  pleura  le  Kunstbiatt  et  on  fit  mille  projets 
pour  reconstituer  un  organe  digne  de  la  cause.  Deux  hommes  dis- 
tingués ,  MM.  Weigel  frères,  de  Leipzig,  répondirent  à  cet 
appel  ;  ils  ne  craignirent  pas  d'accepter  la  charge  que  M.  Cotta 
trouvait  trop  lourde  ,  espérant  par  du  dévouement  et  du  zèle ,  faire 
aussi  bien,  faire  mieux  peut-être  que  leurs  devanciers  n'avaient  fait 
avec  de  grands  moyens  de  fortune.  Leur  premier  soin,  leur  premier 
succès,  fut  de  conquérir  l'adhésion  et  de  s'assurer  le  concours  des 
écrivains  les  plus  éminents  de  l'Allemagne.  Aussi  lit-on  en  tête  du 
journal  des  noms  bien  connus  :  P.  Kugler  d'abord ,  l'auteur  d'une 
histoire  de  la  peinture  et  d'une  histoire  générale  des  arts,   deux 


190  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

ouvrages  très-estimés  ;  Passavant ,  qui  connaît  l'école  allemande 
mieux  qu'aucun  autre,  et  qui  a  écrit  une  excellente  histoire  de 
Raphaël  ;  Waagen,  l'habile  directeur  ou  plutôt  le  créateur  du  musée 
de  Berlin ,  et  dont  les  voyages  dans  les  musées  de  l'Europe  sont  la 
critique  et  deviennent  la  base  de  tous  leurs  livrets  ;  Schnaase,  qui  a 
si  bien  écrit  sur  les  Pays-Bas,  Wiegmann  de  Dusseldorf ,  Forster  de 
Munich,  Eitelberger  de  Vienne,  Schulz  de  Dresde,  et  enfin  C.  Eggers 
de  Berlin,  le  rédacteur  en  chef.  Ces  noms  parlent  d'eux-mêmes  et 
ils  ne  sont  pas  placés  là  comme  une  affiche  menteuse;  déjà  chacun 
de  ces  savants  a  envoyé  sa  part  de  collaboration  au  nouveau 
Kunstblatt. 

Nous  comptons  dans  notre  numéro  de  chaque  mois  consacrer  un 
article  à  ses  numéros  de  chaque  semaine;  nous  croyons  utile  de 
résumer  les  travaux  de  cette  revue  qui  a  déjà  pris  à  notre  égard  et 
sans  aucune  sollicitation  de  notre  part,  l'initiative  de  ce  bon  procédé. 
Nous  avons  laissé  accumuler  un  trop  grand  nombre  de  numéros  pour 
pouvoir  discuter  aujourd'hui,  comme  nous  le  ferons  plus  tard,  les 
opinions  et  les  systèmes  :  ce  sera  pour  cette  fois  uue  simple  énu- 
mération. 

La  nouvelle  série  du  Kunstblatt  en  était  le  22  avril  à  son  seizième 
numéro;  voici  quels  sont  ses  principaux  articles.  Nous  laissons  de 
côté  les  nouvelles  prises  dans  les  journaux ,  les  détails  donnés  par 
quelques  correspondants  et  les  comptes  rendus  très-étendus  des  tra- 
vaux, expositions  et  publications  d'une  foule  de  Kunslverein ,  sortes 
d'associations  faites  à  l'image  de  notre  société  des  Amis  des  Arts, 
avec  cette  seule  différence  que,  multipliées  à  l'infini,  elles  ont  con- 
servé une  vogue  et  une  influence  qui  semblent  s'être  retirées  de  leur 
mère  commune.  Je  citerai,  parmi  les  travaux  sérieux,  les  analyses 
critiques  de  nouveaux  ouvrages.  Quand  M.  Passavant  rend  compte 
des  matériaux  pour  une  histoire  de  la  peinture,  par  Ch.  Lock, 
quand  M.  Waagen  expose  les  résultats  obtenus  par  M.  de  Laborde, 
dans  le  premier  volume  de  ses  Éludes  sur  les  Arls  au  XV°  siècle, 
ce  n'est  pas  une  sèche  analyse,  ce  sont  de  nouveaux  matériaux  à 
propos  de  ces  matériaux,  c'est  une  nouvelle  étude  à  propos  de  cette 
étude,  c'est  enfin  de  la  critique  instructive.  On  pourra  regretter 
que  l'archéologie  de  l'antiquité  ait  trouvé  jusqu'à  présent  si  peu  de 
place  dans  cette  Revue:  L'ancien  Kunstblatt  n'avait  pas  négligé  ces 
recherches  sans  lesquelles  ii  n'y  a  ni  art,  ni  critique  moderne.  Il  est 
évident  que  la  nouvelle  série  ne  sera  pas  inférieure  sous  ce  rapport 
à  la  précédente ,  elle  peut ,  sans  faire  concurrence ,  ou  double  em- 


BIBLIOGRAPHIE  l«.ll 

ploi,  avec  le  Journal  archéologique  de  M.  Gerhard,  entrer  dans  ce 
beau  et  IHte  domaine  de  1  ant itjui lt;. 

Iff  numéro.  Analyse  de  l'ouvrage  de  M.  Charles  Lork  par  Passa- 
\ant.  -2e  Tableau  du  progrès  des  Arts  et  de  letat  d'avancement  des 
édiliees  à  Munich  en  1850,  par  M.  Forcer.  C'est  une  revue  des 
grandes  créations  du  roi  de  Bavière,  avec  des  indications  intéres- 
santes sur  la  continuation  des  travaux  par  son  fils,  le  roi  actuel. 
3e  L'iconographie  au  moyen  Age,  extrait  du  quatrième  volume,  en- 
core inédit,  de  l'histoire  des  Arts  de  M.  V.  Schnaase.  Analyse  de 
l'ouvrage  de  M.  de  Laborde,  les  ducs  de  Bourgogne  par  M.Waagen. 
V  Analyse  de  la  monographie  de  M.  Becker,  intitulée  :  Vie  et  tra- 
vaux du  sculpteur  Tilman  Riemenschneider,  par  M.  Kugler.  5e  Les 
Arts  à  Francfort ,  examen  des  productions  récentes  par  Passavant, 
le  savant  directeur  du  musée  de  cette  ville.  Les  chefs-d'œuvre  de  la 
gravure  en  bois  exécutés  en  Allemagne.  Analyse  de  l'ouvrage  par 
F.  Kugler.  6e  II  n'y  a  pas  plus  un  art  universel  qu'il  n'existe  une 
langue  universelle,  chaque  expression  de  l'art  a  sa  nationalité.  Aper- 
çus d'esthétiques  par  le  D.  Braun.  Description  de  quelques  grandes 
compositions  exécutées  au  moyen  âge  par  K.  Schnaase.  11  traite  par- 
ticulièrement des  portails  de  Freyburg  et  d'Amiens.  7e  Les  monu- 
ments du  moyen  âge  en  Saxe,  publiés  par  le  D.  Puttrich,  livraisons 
i7-20.  Analyse  de  M.  F.  Kugler.  8e  Examen  des  nouvelles  danses 
des  morts  par  L.  Bechstein.  C'est  une  revue  générale  de  ce  qui  nous 
reste  en  peinture  et  en  sculpture  de  cette  populaire  conception 
jusques  et  y  compris  la  vigoureuse  allusion  politique  de  Relhel  ea 
1849.  9e  Les  fresques  de  Parme  gravées  par  Toschi.  Analyse  de 
M.  Frenzel ,  l'obligeant  et  habile  directeur  du  cabinet  des  estampes 
de  Dresde.  10e  Recherches  sur  les  origines  de  la  gravure  en  creux 
par  M.Sotzmann.  On  sait  qu'on  doit  aux  recherches  consciencieuses 
de  cet  amateur  passionné,  de  ce  critique  ingénieux,  les  plus  impor- 
tants travaux  sur  la  découverte  de  l'impression  des  estampes;  tout  ce 
qu'il  publie  est  lu  avec  plaisir  et  accepté  comme  une  autorité. 
11e  J.  G.  Schadow  et  ses  œuvres  ;  biographie  critique  par  P.  Eg- 
gers.  Documents  nouveaux  pour  une  histoire  de  la  peinture  en  Al- 
lemagne, en  Irlande,  en  France,  mais  plus  particulièrement  en 
Bohême  par  C.  Waagen.  Précieuses  additions  aux  rares  matériaux 
que  nous  possédons  déjà  sur  les  origines  de  nos  écoles  modernes. 
14'  Une  production  de  l'art  ne  doit  pas  afGcher  plus  qu'elle  ne  con- 
tient et  le  spectateur  doit  se  garder  de  lui  supposer  plus  qu'elle  n'a 
en  elle.  Aperçus  esthétiques  par  M.  Braun.  1 5e  Quelques  doutes  sur 


192  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

l'originalité  du  portement  de  croix  ou  du  moins  sur  la  part  que  Ra- 
phaël a  eue  dans  l'exécution  de  ce  tableau  par  F.  Kugler.  16e  George 
Reperdius  par  Sotzmann,  Ingénieuses  conjectures  qui  tendent  à  re- 
trouver le  peintre  G.  Roverdino  dans  ce  nom  transformé  par  N.  Bar- 
bonius,  auteur  des  Nugœpoeticœ.  17e  Unica  et  non  descripta,  recher- 
ches sur  d'anciennes  gravures ,  par  Louis  Bechstein. 

Annuaire  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France  pour  1850. 

La  Société  des  Antiquaires  de  France  vient  de  faire  paraître  son 
Annuaire  pour  l'année  1850.  L'abondance  et  l'importance  des  ma- 
tières contenues  dans  ce  volume  ont  été  cause  du  retard  que  sa  pu- 
blication a  éprouvé.  Cet  Annuaire  est  le  troisième  que  publie  cette 
Société,  et  nous  devons  dire  qu'il  rend  cette  publication  plus 
que  jamais  digne  du  bon  accueil  des  archéologues.  Outre  des  no- 
tices biographiques  sur  MM.  de  Freminville  et  Rey,  par  MM.  Dep- 
ping  et  Cartier,  et  l'extrait  des  procès- verbaux  des  séances  de  la 
Société ,  qu'il  contient  comme  les  précédents ,  nous  y  remar- 
quons la  table  analytique  des  Mémoires  de  l'Académie  celtique,  dont 
la  Société  des  Antiquaires  n'est,  en  quelque  sorte  ,  que  l'héritière 
et  la  continuatrice,  et  une  nouvelle  édition  des  Itinéraires  de  la 
Gaule,  donnée  avec  les  variantes  des  manuscrits,  par  l'un  de  nos 
collaborateurs,  M.  Léon  Renier.  Nous  devions  déjà  à  ce  savant  une 
édition  du  texte  et  une  traduction  de  la  partie  de  la  géographie  de 
Ptolémée  qui  traite  de  la  Gaule ,  lesquelles  ont  été  publiées  dans 
l'Annuaire  pour  1848.  Ce  travail ,  fait  avec  non  moins  de  soin  et 
d'intelligence  que  le  précédent,  l'emporte  de  beaucoup  en  impor- 
tance et  en  étendue.  Il  est  accompagné  d'un  fac-similé  des  deux  pre- 
miers segments  de  la  table  Théodosienne  ou  Carte  de  Peutinger, 
et  de  deux  tables  qui  seront  d'un  singulier  secours  et  d'une  grande 
utilité  pratique  pour  les  archéologues  :  l'une  donne  ,  par  ordre  al- 
phabétique ,  les  noms  des  lieux  mentionnés  dans  les  Itinéraires  et 
dans  la  table  Théodosienne,  avec  leur  synonymie  ancienne  et  l'indi- 
cation des  noms  modernes  correspondants  ;  l'autre ,  la  liste  alphabé- 
tique des  noms  modernes  cités  dans  la  table  précédente,  avec  l'in- 
dication des  noms  anciens  correspondants. 


DECOUVERTES 

ET 

TRAVAUX  ARCHÉOLOGIQUES  A  NIMES  ET  DANS  LE  GARD, 

PENDANT  LES  ANNÉES  1848  ET  1849. 


Ce  sont  de  simples  notices,  et  non  des  dissertations,  que  je  me 
propose  de  donner,  sous  ce  titre,  aux  lecteurs  de  la  Revue.  Mon  but 
est  uniquement  de  porter  à  leur  connaissance  les  découvertes  que, 
dans  un  pays  si  riche  en  antiquités  romaines,  les  fouilles,  les  défri- 
chements, les  fondations  et  les  démolitions  procurent  presque  jour- 
nellement. 

Je  dirai  aussi  un  mot  des  travaux  de  restauration  que  nécessitent 
parfois  les  ravages  du  temps,  et  qui  exécutés,  depuis  quelques  an- 
nées, avec  autant  d'intelligence  que  de  succès,  n'ont  pas  peu  con- 
tribué à  accroître  la  valeur  et  l'importance  archéologique  de  nos  prin- 
cipaux monuments. 

Le  travail  que  j'entreprends  aujourd'hui  pour  les  deux  années 
qui  viennent  de  s'écouler,  je  le  ferai  volontiers  chaque  année,  s'il 
doit  offrir  quelque  intérêt  aux  archéologues  et  servir  à  mieux  faire 
connaître  les  arts  et  les  mœurs  d'un  peuple  qui  a  laissé  sur  notre 
sol  des  traces  si  profondes  et  si  durables.  Je  n'ai,  du  reste,  d'autre 
prétention  que  celle  de  dresser  un  inventaire  exact,  clair  et  complet, 
où  de  plus  habiles  que  moi  pourront  puiser  des  indications  et  des  mo- 
tifs d'étude. 

Pour  introduire  un  peu  d'ordre  dans  ces  notices,  je  m'occuperai 
d'abord  des  édifices  publics  ;  puis  des  statues,  figurines,  outils,  bi- 
joux, etc.;  enfin,  des  médailles.  Quant  aux  inscriptions  inédites,  qui 
sont  en  assez  grand  nombre,  je  me  réserve  d'en  faire  l'objet  d'un 
travail  spécial ,  également  destiné  aux  lecteurs  de  la  Revue  archéo- 
logiqae. 

vu.  13 


194  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 


EDIFICES  PUBLICS. 

I.  Restaurations  à  V Amphithéâtre.  —  L'amphithéâtre  vulgai- 
rement connu  à  Nîmes  sous  le  nom  des  Arènes,  est  sans  contredit 
le  plus  grandiose,  le  plus  beau  et  le  mieux  conservé  de  nos  édifices 
romains.  Depuis  qu'il  a  été,  sous  l'empire,  débarrassé  des  masures 
qui  l'obstruaient  à  l'extérieur  et  à  l'intérieur,  et  rendu  tout  entier 
aux  études  des  antiquaires  et  à  la  curiosité  des  visiteurs,  des  répara- 
tions y  ont  été  faites  à  diverses  reprises,  soit  pour  empêcher  la  chute 
de  quelques  parties  qui  menaçaient  ruine,  soit  pour  prévenir  des 
accidents,  hélas!  trop  fréquents,  lorsque  certains  spectacles  particu- 
lièrement aimés  des  Nîmois,  comme  les  représentations  équestres, 
les  luttes  d'hommes  ou  les  courses  de  taureaux,  y  appellent  la  foule 
et  y  entassent  jusqu'à  quinze  mille  spectateurs;  mais  ces  travaux, 
nous  avons  regret  à  le  dire,  n'avaient  pas  toujours  été  exécutés 
avec  un  sentiment  bien  vrai  et  bien  profond  de  l'art  antique. 

Il  n'en  est  pas  de  même  des  restaurations  faites,  en  mars  1849, 
à  l'intérieur  de  l'amphithéâtre,  sous  la  direction  du  jeune  et  habile 
architecte,  auquel  notre  ville  doit  déjà  l'admirable  église  byzantine 
de  Saint-Paul.  Un  crédit  de  3,000  francs  ayant  été  accordé  au  pré- 
fet du  Gard,  sur  les  fonds  affectés  à  la  conservation  des  monuments 
historiques,  pour  les  réparations  les  plus  urgentes,  M.  Questel  en 
fut  chargé.  Il  s'agissait  de  remettre  en  état,  sur  quelques  points,  les 
petites  voûles  qui  soutiennent  les  derniers  rangs  de  gradins.  L'œil 
était  attristé  du  désordre  qui  régnait  dans  les  parties  supérieures  de 
l'édifice  et  qui  attestait  l'imminence  de  dégradations  plus  considéra- 
bles encore.  Aujourd'hui,  ces  voûtes  que  l'infiltration  des  eaux  plu- 
viales avait  ébranlées  et  endommagées  çà  et  là,  sont  en  partie  répa- 
rées, en  parties  refaites  à  neuf;  ce  qui  a  permis  de  rétablir,  dans 
leur  position  première,  un  assez  grand  nombre  de  gradins.  Nous  ne 
saurions  donner  trop  d'éloges  à  ces  travaux  de  restauration.  La  so- 
lidité des  anciennes  constructions  y  est  poursuivie  par  les  soins  les 
plus  minutieux-,  le  caractère  de  l'architecture  romaine  y  est  con- 
servé avec  la  plus  scrupuleuse  exactitude. 

IL  Fouilles  derrière  le  monument  appelé  Temple  de  Diane.  —La 
ville  de  Nîmes  ayant  fait  l'acquisition  d'un  terrain  assez  vaste  situé 


ni  couvukm  m  (  in 01  (M.iouEs.  (M 

derrière  li  TêmpU  <lc  Diane, dc^  travaux  de  déblaiement  lurent  com- 
mem •('>  au  printemps  de  l'an  dernier.  On  ne  connaissait  bien,  jus- 
qu'à présent,  que  la  façade  et  l'intérieur  de  cet  édifices.  La  partie 
postérieure  et  les  côtés,  flanqués  de  murs  modernes,  et  encombrés 
par  les  terre»  A m  endues  de  la  colline,  au  pied  de  laquelle  il  est  bAti, 
sont  encore  ensevelis  sous  leurs  propres  ruines.  Des  fouilles  de  peu 
d'importante,  exécutées  sur  le  devant,  il  y  a  une  quinzaine  d'années, 
révélèrent  l'existence  d'un  péristyle,  de  statues,  de  colonnes  et  de 
bassina  revêtus  de  marbre.  Certains  indices,  depuis  longtemps  re- 
marqués, annonçaient,  sur  les  autres  faces,  des  découvertes  plus  in- 
téressantes encore. 

Le  premier  résultat  des  travaux  récemment  entrepris  a  été  de 
mettre  à  découvert  un  pavé  mosaïque,  qui  doit  être  de  la  plus  grande 
beauté,  à  en  juger  par  la  partie  actuellement  dégagée;  mais,  les 
fouilles  n'ayant  pas  été  continuées  sur  ce  point,  nous  attendrons, 
pour  faire  connaître  cette  mosaïque  en  détail  et  la  dessiner,  qu'elle 
ait  été  extraite  entièrement  et  qu'elle  soit  venue  se  joindre  aux  ri- 
chesses de  ce  genre  que  possède  déjà  notre  musée. 

Les  travaux  d'exploration,  qui  doivent  s'étendre  sur  une  surface 
de  4,000  mètres,  ont  été  ensuite  dirigés  d'un  autre  côté  et  concen- 
trés vers  la  partie  postérieure  du  monument  que  nous  connaissons. 
Là,  on  a  découvert  tout  un  système  de  canaux  et  de  bassins,  dont  la 
conservation  est  parfaite  et  dont  l'existence  ne  laisse  plus  aucun 
doute  sur  la  destination  de  l'édifice  auquel  la  tradition  a  maintenu 
jusqu'ici  le  nom  de  Temple  de  Diane.  Cette  riche  et  élégante  con- 
struction, qui  s'élève  immédiatement  au  bord  de  la  source  de  Ne- 
mausus,  se  reliait  évidemment  à  tout  l'ensemble  des  bains  publics,  et 
n'était  que  le  point  d'arrivée  ou  de  distribution  des  eaux  de  la  fon- 
taine d'Eure  apportées  par  l'aqueduc  qui  forme  aujourd'hui  le  pont 
du  Gard. 

Malheureusement,  le  manque  de  fonds  est  bientôt  venu  suspendre 
les  travaux,  et  avec  eux  les  études  commencées  pour  la  description 
et  l'explication  détaillée  des  diverses  parties  de  l'édifice. 

III.  Fouilles  à  la  Porte  d'Auguste.— Une  somme  de  seize  mille 
francs,  accordée  par  le  gouvernement,  a  permis  d'exécuter,  au  pied 
de  cet  édiflee,  enfoui  en  partie  par  suite  des  exhaussements  succes- 
sifs du  sol,  des  travaux  de  déblayement  qui  out  eu  pour  effet  de  dé- 
gager complètement  l'un  des  plus  anciens  monuments  de  la  colonie 
romaine.  M.  Auguste  Pelet,  inspecteur  des  monuments  historiques 


196  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

du  Gard,  qui  a  surveillé  et  dirigé  ces  travaux  avec  autant  d'intelli- 
gence que  de  dévouement,  vient  de  présenter  à  l'Académie  de  Nîmes, 
dont  il  est  membre ,  un  mémoire  assez  étendu  sur  les  résultats  de 
ces  fouilles.  Les  connaissances  spéciales  de  M.  Pelet,  en  fait  d'archi- 
tecture antique,  donnent  à  certaines  parties  de  son  mémoire  un  grand 
intérêt  et  une  incontestable  autorité.  Nous  y  avons  puisé  les  élé- 
ments de  la  description  que  nous  allons  donner,  et  en  particulier  les 
proportions  exactes  des  diverses  parties  étudiées  et  mesurées  avec 
tant  de  soin  par  l'auteur. 

La  Porte  d'Auguste  était,  sans  nul  doute,  l'entrée  principale  du 
Nîmes  romain  (1),  placée  sur  la  via  Domilia,  elle  correspondait  aux 
trois  routes  à' Ugernum  (Beaucaire),  d'Arelate  (Arles)  et  à'Arausio 
(Orange).  La  richesse  de  son  architecture  prouve  qu'on  avait  voulu 
la  distinguer  des  autres.  Sa  façade  se  compose  de  deux  grandes  ar- 
cades à  plein  cintre,  larges  de  3m,93  et  hautes  de  6,00,  et  de  deux 
petits  arceaux  de  1,93  de  largeur  sur  4,00  d'élévation.  Au-dessus 
de  ces  derniers,  on  remarque  deux  niches  semi-circulaires,  ornées 
chacune  de  deux  petits  pilastres  portant  un  entablement  d'ordre  do- 
rique. Deux  grands  pilastres,  d'ordre  corinthien,  encadrent  chacune 
des  deux  petites  entrées  et  soutiennent,  à  7,50  d'élévation,  l'enta- 
blement général  de  l'édifice.  Cet  entablement  se  terminait  à  deux 
tours  semi-circulaires,  démolies  en  1793.  Les  socles  de  ces  tours, 
dès  longtemps  enfouis  à  une  profondeur  de  2,50,  avaient  échappé 
au  vandalisme  révolutionnaire.  La  frise,  qui  a  0,60  de  hauteur, 
porte  une  inscription  sur  deux  lignes.  Les  lettres  de  bronze  ont  dis- 
paru; mais  les  rainures  dans  lesquelles  elles  étaient  enchâssées  nous 
ont  heureusement  conservé  ce  précieux  document,  qui  fixe  la  con- 


(1)  Dans  l'un  de  ces  livres  qui  ont  la  prétention  de  traduire  la  science  en  langue 
vulgaire,  et  qui  n'ont  souvent  pour  effet  que  de  populariser,  grâce  à  l'agrément  et 
à  la  légèreté  de  la  forme  ,  des  erreurs  plus  ou  moins  graves ,  on  lit,  à  propos  de  la 
Porte  d'Auguste,  qu'elle  «  versait  les  voyageurs  de  la  colonie  sur  les  trois  routes 
à.' Ugernum,  tiAvelala  et  ftAurosio  (  Uzès,  Arles,  Orange  .  »  —  C'est  la  première 
fois,  à  notre  connaissance,  qu'un  auteur,  séduit  par  la  ressemblance  matérielle  et 
apparente  des  mots  Ugernum  et  Uzès,  s'est  avisé  de  traduire  l'un  par  l'autre.  Il 
est  constaté,  par  tous  les  géographes  de  la  Gaule  et  par  toutes  les  histoires  locales, 
que  l' Ugernum  gallo-romain  était  situé  sur  le  Rhône,  à  l'endroit  même  où  est 
aujourd'hui  Beaucaire.  C'est  aussi  la  première  fois  que  nous  rencontrons  les  formes 
Arelalk  et  AuRosfo.  —  Voy.  Hist.  et  Descripl.  des  principales  villes  de  l'Eu- 
rope. France,  Nîmes,  p.  126.  —  Paris,  1835,  in-4°.  Nous  regrettons  que  l'élégant 
et  judicieux  écrivain  qui  a  rédigé  cette  notice,  ait  contribué  à  propager  ces  er- 
reurs de  détail  et  beaucoup  d'autres,  qui,  sans  doute,  ne  sont  pas  de  son  fait,  mais 
qu'il  a  couvertes  de  son  patronage. 


DKCOTVF.HTKS    A  HC.H  !  Of.(  ><;  IQUES.  M'~ 

struction^  antique  rèmparû  de  .Mmrsàla  huitième  année  de  la 
puissance  tribanitienne  cfÀagaste,  c'est-à-dire  à  l'on  738  de  Rome, 
séiie  .lus  avant  J.  C.  1 9 

Au  centre  de  la  façade,  et  séparant  1rs  den*  grands  arceaux,  se 
trouve  ane  petite  colonne  d'ordre  ionique.  Posée  sur  un  chapiteau 
établi  à  l'imposte  du  pied-droit  sur  lequel  elle  est  située,  elle  s'élève 
jusqu'à  l'entablement.  M.  Pelet  avait  déjà  démontré  (3)  que  cette  co- 
lonne n'est  autre  chose  que  le  point  d'où  l'on  partait  pour  compter 
les  milles  sur  toutes  les  routes.  En  effet,  cette  pierre  n'a  jamais 
porté  aucune  indication  numérale;  c'était,  pour  ainsi  dire,  le  mil- 
liaire  zéro,  l'analogue  du  milUarium  aareum,  qu'Auguste  fit  planter 
seize  ans  plus  tard,  à  l'entrée  du  forum  de  Rome,  comme  centre 
de  toutes  les  voies  de  l'empire  (4).  A  droite  et  à  gauche  de  cette  pe- 
tite colonne,  l'entablement  est  encore  soutenu  par  deux  taureaux  à 
mi-corps,  placés  immédiatement  au-dessus  de  la  clef  de  chacun  des 
grands  arceaux.  Les  deux  niches  qui  surmontent  les  petites  entrées 
étaient  sans  doute  destinées  aux  images  d'Auguste  et  d'Agrippa  (5). 

La  façade  que  nous  venons  de  décrire  était,  jusqu'à  présent,  la 


(2)  Nous  aurons  à  revenir  sur  cette  inscription  que  les  fouilles  ont  permis  de 
compléter. 

(3)  Recueil  des  Mémoires  de  VAdadémie  du  Gard,  1833,  p.  241-253. 

(i  ESioiÇsv  (ô  "Oôwv  )  sU  àyopij,  ou  xpucovs  eiffr^xai  xlotv  ,  sic  ov  où  TST/x>7//évat  rr,i 
traitai  ôàoi  itâaat TtArorûaiv.  Plut,  in  Galb.  cap.  xxiv,  éd.  Tauchnitz.  —  C'est  l'an 
754  de  Rome,  et  pendant  qu'il  était  curalor  viarum ,  qu' Auguste  fit  placer  cette 
colonne ,  sur  laquelle  étaient  marqués  tous  les  grands  chemins  d'Italie  et  leurs  me- 
sures par  milles.  —  Conf.  Plin.  III,  v,  et  Dion.  Cass.  UV,  vin. 

(5)  Après  avoir  d'abord  admis  cette  destination  pour  les  deux  niches  semi-circu- 
laires, M.  A.  Pelet  semble  en  admettre  tout  aussi  volontiers  une  autre  qui  n'a  pas, 
à  nos  yeux  du  moins,  le  même  degré  de  vraisemblance  et  de  convenance.  Selon 
lui,  ces  niches  auraient  aussi  bien  pu  être  consacrées  aux  images  de  Caius  et  de 
Lucius  César,  petit- fils  adoptifs  d'Auguste,  qu'à  celles  de  l'empereur  et  d'Agrippa. 
—  Nous  savons  bien  que  ces  deux  jeunes  princes,  auxquels  Nîmes  dédia  le  plus  gra- 
cieux et  le  plus  élégant  de  ses  édifices,  la  Maison  Carrée,  formaient  la  famille 
d'Auguste  et  tOHte  son  espérance.  Ménard  (Hist.  de  Nimes ,  tome  IV,  p.  38,) 
suppose  même  que ,  pour  flatter  l'empereur,  la  colonie  nimoise  les  avait  choisis  pour 
patrons;  et  celle  conjecture  s'est  trouvée  confirmée  par  l'inscription  suivante,  dé- 
couverte en  1810,  lors  du  déblaycment  de  l'Amphithéâtre.  Bien  que  l'inscription 
fût  bri-ée  en  plusieurs  morceaux,  il  a  été  facile,  grâce  à  la  moulure  dont  eile  est 
encadrée,  do  la  restituer  de  la  manière  suivante  :  c.  CAesar.  v/u</vsTi.  f.  patro- 
ns, col.  nem.  J]  xYstVm.  bat.  —  Quoi  qu'il  en  soit,  et  quelque  désir  qu'on  puisse 
attribuera  la  colonie,  peuplée  d'affranchis  et  de  flatteurs,  de  complaire  au  maître, 
il  nous  semble  peu  probable  qu'on  ail  été  ,  dès  l'année  738,  adopter  pour  patrons 
d'une  colonie  aussi  importante  deux  enfants,  dont  l'un  n'avait  alors  que  quatre  mi 
et  l'autre  à  peine  un  an.  Aussi  nous  rattachons-nous  de  préférence  h  la  première 
hypothèse  ,  qui  nous  parait  beaucoup  plus  naturelle  et  mieux  fondée. 


108  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

seule  portion  connue  du  monument.  En  voici  maintenant  l'ensemble, 
tel  que  les  derniers  travaux  permettent  de  le  reconstituer.  La  Porte 
d'Auguste,  large  de  39,60,  formait  un  avant-corps  en  saillie  de 
5,23  sur  les"  remparts  antiques.  Cette  saillie  s'augmentait  encore, 
à  ses  deux  extrémités,  de  deux  tours  (6),  dont  le  diamètre  était  de 
9,66  et  dont  l'hémicycle  ne  commençait  qu'à  1,50  en  avant  de  la 
façade.  Le  milieu  était  percé  de  deux  grandes  arcades  pour  la  cir- 
culation des  chars ,  et  les  parties  latérales  de  deux  petites  entrées 
aboutissant  à  des  trottoirs  pour  l'usage  des  piétons.  Ces  deux  der- 
niers passages  formaient,  sur  une  longueur  de  16,00,  deux  porti- 
ques, couverts  de  voûtes  à  plein  cintre  formées  d'arcs  doubleauxet 
éclairés  par  trois  fenêtres,  de  2,50  de  hauteur  sur  1,15  d'ouver- 
ture. Les  grandes  entrées  n'étaient  couvertes  que  sur  un  espace 
de  2,84,  par  deux  arcs  doubleaux  en  saillie  de  0,44  sur  le  nu  du 
mur  intérieur;  ces  deux  arcs  étaient  séparés  par  un  intervalle  de 
0,45  destiné  au  mouvement  d'une  herse. 

Après  avoir  franchi  la  porte,  on  entrait  dans  une  cour  intérieure 
ou  cavœdium,  large  de  10,64  sur  13,00  de  longueur.  Du  côté  de  la 
ville,  cette  enceinte  devait  se  former  par  un  système  d'arcades,  en 
harmonie  avec  celui  de  la  façade  extérieure.  (Voy.  la  pi.  141  qui 
accompagne  ce  numéro.) 

«L'architecture  du  cavœdium,  dit  M.  Pelet,  était  remarquable 
par  sa  simplicité  même;  les  trois  fenêtres  cintrées  qui  éclairaient  les 
galeries  couvertes,  formaient  toute  la  décoration  des  murs  latéraux; 
un  stylobate  uni,  surmonté  d'une  corniche  élégante,  servait  de  sou- 
bassement à  ces  trois  fenêtres,  élevées  de  0,65  au-dessus  du  sol  et 
protégées  par  un  trottoir  en  dalles  élevé  de  0,20  et  large  de  0,56. 
Toute  cette  base  venait  s'amortir,  du  côté  de  la  ville,  contre  un 
large  pilastre,  et  du  côté  de  la  façade,  contre  une  espèce  de  piédes- 
tal en  saillie  de  0,44  élevé  de  1,10  sur  une  largeur  de  1 ,00,  n'ayant 
pour  toute  décoration  que  deux  socles  unis,  en  retraite  de  0,08 
l'un  sur  l'autre. 


(6)  La  base  de  ces  tours  est  intacte;  on  retrouve,  sur  tout  leur  pourtour,  cette 
moulure  élégante  dont  les  proportions  et  la  simplicité  rappellent  1»  belle  époque 
de  l'architecture  grecque.  Les  dernières  fouilles  ont  procuré  la  découverte  de  l'es- 
calier par  lequel  on  parvenait  à  la  partie  supérieure  des  tours.  Cet  escalier,  en- 
taillé en  fuite  dans  l'épaisseur  du  mur  qui  sépare  les  tours  des  porliques  latéraux, 
commençait  du  côté  de  l'intérieur  de  la  ville,  et  s'élevait  ensuite  dans  la  direction 
de  la  façade  Là  ,  il  retournait,  pour  conduire  sur  la  voûte  qui  couvre  ces  portiques; 
puis,  reprenant  sa  première  direction,  il  atteignait  l'extrémité  des  tours  et  la  galerie 
qui  leur  servait  de  communication. 


DÉCOUVERTES  ARCHÉOLOGIQUES.  199 

a  Au  milieu  du  cavœdium  et  sur  le  môme  alignement,  il  se  trouve 
un  troisième  piédestal,  semblable  aux  deux  autres  par  ses  côtés, 
mais  dont  la  face  a  1 ,78  de  largeur  du  côté  de  la  cour,  et  n'a  pas  de 
socles;  l'assise  qui  est  immédiatement  au-dessus  forme  une  espèce 
de  siéga  en  retraite  de  0,44  sur  la  face  supérieure;  ce  piédestal  n'est 
point  isolé,  il  se  rattache,  par  un  mur  uni,  au  pied-droit  qui  sépare 
les  deux  grandes  entrées. 

a  Une  marche  peu  élevée,  large  de  0,33,  séparait  tout  cet  avant- 
corps  d'un  quatrième  piédestal,  entièrement  isolé,  scellé  et  encastré 
de  quelques  centimètres  dans  l'épaisseur  du  pavé;  sa  corniche  supé- 
rieure, profilée  dans  le  goût  grec,  a  été  trouvée  sur  place  à  côté 
d'un  tronçon  de  statue.  » 

M.  Pelet  pense  que  ces  trois  piédestaux,  qui  conservent  à  leur 
extrémité  une  saillie  de  0,44,  avaient  une  double  destination.  «  On 
sait,  dit-il,  que  les  anciens  avaient  l'habitude  d'écrire  au  pinceau, 
en  couleur  rouge  ou  noire,  sur  les  murs  des  endroits  les  plus  fré- 
quentés tout  ce  que  nous  publions  au  moyen  d'affiches  imprimées; 
c'est  ainsi  qu'ils  annonçaient  les  ventes,  les  locations,  les  fêles  pu- 
bliques, les  spectacles,  etc.  Près  du  forum  de  Pompeii,  on  voit  un 
mur  richement  orné  de  corniches  et  de  frontons,  subdivisé  par  des 
pilastres  formant  encadrement  à  des  panneaux  lisses,  dans  lesquels 
sont  peintes  une  multitude  d'inscriptions  d'un  intérêt  public,  ce  qui 
fit  donner  le  nom  d'album  de  Pompeii  à  ce  mur  ainsi  décoré  (Mazois, 
tome  III,  page  46).  Lorsqu'on  1763  on  découvrit  la  porte  d'Her- 
culanum,  on  trouva  dans  les  panneaux  qui  divisaient  ses  murs,  un 
grand  nombre  d'annonces,  d'ordonnances  de  magistrats,  d'avis  de 
toute  espèce  dont  voici  quelques  exemples  :  La  troupe  de  gladia- 
teurs; chasse  et  tente.  —  Tous  les  orfèvres  invoquent  Caius  Cuspius 
Pansa,  édile.  —  La  troupe  des  gladiateurs  d'Aulus  Sueltius  Ceriust 
édile ,  combattra  à  Pompeii  le  dernier  jour  de  mai  ;  il  y  aura  chasse 
et  tente. 

«  Tout  cela  nous  conduit  à  penser  que  la  Porte  d'Auguste  servait 
d'album  à  la  ville  de  Nîmes  ;  qu'au-dessus  des  trois  piédestaux  du 
cavœdium  il  y  avait  de  grandes  tables  de  pierre  ou  de  marbre  sur  les- 
quelles les  annonces  de  cette  nature  étaient  écrites  au  pinceau,  et 
que  l'afficheur,  dans  cette  opération ,  se  plaçait  sur  la  saillie  de  0,44, 
laissée  dans  ce  but  à  la  partie  supérieure  du  piédestal.  Les  fouilles 
nous  ont  procuré  deux  fragments  de  ces  tables  :  l'une,  en  pierre,  au- 
rait été  divisée  en  deux  compartiments  par  une  baguette  d< 
tion;  l'autre,  en  marbre  blanc,  porte  encore,  comme  celles  de  l'a/- 


200  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

bumàe  Pompeii,  une  partie  du  fronton  triangulaire  dont  elle  était 
couronnée;  peut-être  que  cette  dernière,  placée  sur  le  piédestal  du 
centre,  était  destinée  aux  ordonnances  des  magistrats,  et  les  deux 
autres  aux  annonces  de  toute  espèce. 

«  Il  serait  possible  également  que  la  petite  place  du  cavœdhm  eût 
servi  à  tenir  un  marché  spécialement  destiné  à  la  vente  de  certaines 
marchandises  ;  les  deux  portiques  la  rendaient  propre  à  cette  desti- 
nation ,  en  fournissant  un  abri  contre  le  mauvais  temps  aux  vendeurs 
qui  y  apportaient  leurs  denrées.  Dans  cette  hypothèse,  le  piédestal 
du  milieu  aurait  servi  à  un  autre  usage  que  sa  disposition  semble 
même  indiquer.  Lorsqu'on  mettait  quelques  objets  en  vente  publique, 
leprœco  ou  l'huissier  qui  faisait  l'encan  se  plaçait  sur  ce  piédestal 
pour  être  mieux  vu  de  la  foule;  il  posait  ce  qui  était  à  vendre  sur  un 
fer  dont  le  scellement  est  indiqué  sur  la  face  antérieure  du  piédestal, 
et  il  proclamait  le  prix  qu'on  offrait;  cette  espèce  de  vente  était  ap- 
pelée sub  hasla,  ce  qui  pourrait  faire  supposer  que  le  fer  dont  nous 
venons  de  parler  avait  la  forme  d'une  lance.  A  ce  point  de  vue ,  le 
piédestal  décoré,  placé  en  avant  du  siège  du prœco,  aurait  supporté 
la  statue  de  Mercure,  le  dieu  du  commerce;  un  petit  torse,  trouvé 
dans  nos  fouilles,  non  loin  de  la  partie  supérieure  de  ce  piédestal, 
pourrait  bien  appartenir  à  cette  divinité. 

«  Si  nous  avions  à  restaurer  l'intérieur  du  cavœdium,  nous  sup- 
poserions que  l'entablement  que  nous  avons  trouvé  dans  cette  en- 
ceinte (7)  y  était  placé  à  la  hauteur  de  celui  de  la  façade  faisant 
retour  sur  le  mur  isolé  du  milieu,  où  il  venait  se  terminer  sur  une 
petite  colonne  de  la  même  dimension  et  placée  au  même  niveau  que 
le  milliaire  zéro  de  la  façade,  avec  lequel  il  formait  une  décoration 
symétrique;  dans  ce  cas,  la  petite  corniche,  sur  laquelle  reposait 
cette  seconde  colonne,  aurait  formé  en  même  temps  le  couronne- 
ment de  la  table  de  marbre,  album  de  l'autorité.  » 

Un  morceau  de  corniche ,  un  voussoir,  un  entablement  tout  entier 
et  divers  autres  fragments  ont  encore  été  trouvés  au  bas  de  la  façade. 
M.  Pelet,  après  les  avoir  examinés  et  décrits  avec  soin,  en  conclut 
que  la  partie  supérieure  de  l'édifice  se  composait  d'un  portique  formé 
d'arcades  et  servant  de  communication  entre  les  deux  tours;  que  ce 
portique  avait  six  arcades,  séparées  par  des  colonnes,  dont  la  posi- 
tion se  trouve  naturellement  indiquée  à  l'aplomb  des  quatre  grands 


(7)  Il  est  taillé, dans  une  seule  pierre  de  0,78  d'épaisseur;  l'architrave  a  0,28 
la  frise  0,31  et  une  partie  de  la  corniche  0,19. 


l)l  (OUVERTES  ARCHÉOLOGIQUES.  201 

pilastres,  de  la  petite  oolonneda  milieu  et  <l«'s  deui  taureaux  i  ni 
corps  <|ui  couronnent  lc>  clefs  des  grandes  entrées.  Cette  conjecture 
n'es!  pas  seulement  ingénieuse ,  elle  repose  sur  des  analogies  et  des 

inductions,  à  nos  yeux  incontestables,  et  elle  a  pour  nous  toute  la 
Valeur  d'un  fait  acquis. 

Tel  est  dans  son  ensemble  le  monument  que  les  fouilles  exécutées 
dans  le  courant  de  l'an  dernier  viennent  de  rendre  à  notre  admi- 
ration et  à  celle  des  étrangers;  telle  est  aujourd'hui  cette  porte 
vraiment  triomphale,  plus  belle  que  celles  d'Autun,  de  Sens,  de 
Trêves,  de  Pompeii  (8).  Devant  ce  majestueux  édifice,  si  heureuse- 
ment retrouvé,  l'imagination  émue  se  plaît  à  reconstruire  toute  une 
parti»1  du  Ntmes  romain  ;  elle  voit  s'ouvrir  et  se  prolonger,  à  la  suite 
de  la  Porte  d'Auguste,  une  rue  nécessairement  en  harmonie  avec  la 
largeur  et  la  richesse  de  cette  porte ,  une  rue  qui  traversait  la  ville 
entière,  et  dont  les  deux  côtés  étaient  ornés  de  portiques  couverts 
et  de  trottoirs  pareils  à  ceux  des  entrées  latérales. 

E.  Germer-Dcrand. 


(8)  «  La  façade  de  quelques-unes  de  ces  portes  antiques  (dit  M.  Jules  Teissier, 
auteur  des  Confidences  du  dieu  IVemausus  et  des  Études  sur  les  eaux  de  Nîmes 
et  V aqueduc  romain  du  pont  du  Gard)  est,  sans  contredit,  sur  certains  points, 
mieux  conservée  que  la  nôtre  :  on  y  voit  encore  les  deui  tours  de  défense  et  les 
galeries  à  colonnettcs  élégantes  qui  les  mettaient  en  communication;  mais,  pour 
les  parties  intérieures,  pour  les  accessoires  et  les  dépendances,  nos  fouilles  met- 
tent à  nu  des  choses  qu'on  n'a  pu  apercevoir  sur  des  portes  mieux  conservées  d'un 
côté,  mais  eucombrées  de  l'autre.  » 


NOTICE  DESCRIPTIVE  ET  HISTORIQUE 


DE 


QUELQUES  POIDS  DE  VILLES  DU  MIDI  DE  LA  FRANCE. 

(deuxième  article.) 

Encouragé  par  l'accueil  bienveillant  que  plusieurs  lecteurs  de 
cette  Revue  ont  fait  à  mon  premier  travail  sur  les  poids  particu- 
liers de  plusieurs  villes  du  midi  de  la  France  (l) ,  vers  la  fin  du 
moyen  âge  et  jusqu'à  l'époque  de  la  renaissance,  représentant 
la  livre  ancienne  et  ses  divisions,  je  vais,  pour  répondre  au  vœu 
qu'a  bien  voulu  m'exprimer  un  certain  nombre  de  ces  mêmes  lec- 
teurs, surtout  dans  nos  provinces  méridionales,  continuer  à  leur 
faire  connaître  les  résultats  de  mes  recherches  sur  des  monuments 
qui  ne  sont  pas  aujourd'hui  sans  intérêt  et  sans  importance  pour 
l'histoire  de  nos  cités  municipales  à  cette  époque  et  qui  offrent  des 
rapports  avec  la  diplomatique  et  la  numismatique  locales  du  même 
âge,  qu'on  ne  doit  pas  négliger.  Je  vais  donner  ici  la  description, 
l'historique  et  la  gravure  des  poids  de  ville  de  Toulouse,  Nîmes  et 
Montauban.  (Voy.  la  pi.  142  qui  accompagne  ce  cahier). 

N°  I.  Toulouse. 

*  livra,  de.  tolosa.  une  livre  de  Toulouse.  Dans  le  champ, 
trois  tours  dont  une  principale  au  milieu,  avec  porte  cintrée. 

ty.  *  anno.  domine,  m.  ce.  xxxvEïii,  l'an  du  Seigneur  1239. 
Dans  le  champ,  une  tour  de  clocher  de  forme  pyramidale,  avec  porte 
cintrée  et  deux  croix,  dites  de  Toulouse,  figurant  sur  les  armes  de 
cette  ville. 

On  voit  que  ce  poids  date  de  la  première  moitié  du  XIIIe  siècle, 
c'est-à-dire  de  la  plus  belle  époque  des  arts  (et  surtout  de  l'art  re- 
ligieux), au  moyen  âge.  Il  fut  exécuté  l'an  42  du  règne  du  célèbre 
et  malheureux  Raymond  VII,  comte  de  Toulouse,  marquis  de  Pro- 
vence, etc.,  qui,  ainsi  que  celui  de  son  père  (Raymond  VI),  tient 
une  si  grande  place  dans  l'histoire  du  Languedoc,  et  avec  lequel  finit 
dix  ans  plus  tard,  la  branche  aînée  de  l'illustre  maison  de  Tou- 

(1)  Voy.  Revue  archéologique ,  ve  année,  p.  737. 


POIDS  DE  VILLES   DU  MIDI   DE   LA   FRANCE.  M 

lOQtt  (2)  qui  avait  produit  tant  de  héros  et  régnait  béfédHâftémenf 

sur  li*  Languedoc,  depuis  le  milieu  du  l\r  iiècle 

Raymond,  \f  du  nom,  occupait  cette  môme  année  fi  239),  le  siège 
épiicopal  de  Toulouse.  Il  avait  été  compagnon  de  saint  Dominique 
et  religieux  de  son  ordre. 

L'é<lilice  figuré  sur  le  droit  de  la  livre  de  Toulouse,  et  qui  en  rem- 
plit le  champ,  est  celui  désigné  dans  l'histoire  de  cette  ville  sous  la 
dénomination  de  ChAteau -Narbonnais,  et  aussi  des  titres  du  ihojffen 
Ige,  sous  celles  d'hôlel-roval,  de  Palais  del  licy}  de  pàlalium  comi- 
tu,  (Me.  Un  document  historique  de  l'an  1383,  appelle  la  porte  que 
nous  y  remarquons,  la  porta  del  palais  del  Castel.  On  trouve  dans 
I  historien  de  Toulouse  Noguiez,  la  description  de  ce  monument 
qui  se  compose  de  quatre  portes ,  deux  du  côté  du  midi  et  deux 
du  côté  du  septentrion,  et  de  deux  grosses  tours  en  façon  de  plate- 
formes. Les  ruines  de  ce  monument  existèrent  jusque  vers  le  milieu 
du  XVIe  siècle,  «où  on  le  démolit,  dit  Catel,  dans  ses  mémoires  sur 
l'histoire  du  Languedoc,  craignant  que  par  sa  chute,  il  n'offensât 
quelqu'un.  »  Un  autre  chroniqueur  toulousain  dit  que  le  Chateau- 
Narbonnais,  entouré  de  grands  fossés,  était  le  plus  fort  castel  et 
place  de  tout  le  pays.  En  1 389,  le  roi  de  France  Charles  VI  y  logea 
avec  sa  suite.  Des  écrivains  qui  ont  traité  des  antiquités  de  Tou- 
louse ont  cru  que  le  Château-Narbonnais  avait  été  construit  sur 
l'emplacement  qu'occupait  le  monument  romain  nommé  Capitolium 
dans  les  actes  du  martyre  de  saint  Saturnin  ou  saint  Sernin,  pre- 
mier évéque  des  Tolosates,  le  principal  peuple  du  pays  des  Volcœ- 
tectosagi. 

La  façade  du  monument  religieux  que  l'on  remarque  dans  le 
champ  du  revers  de  notre  poids  est  celle  de  l'église  Saint-Sernin  de 
la  môme  ville,  avec  sa  tour  de  clocher.  Cette  basilique,  qui  avait  le 
titre  de  collégiale,  et  où  les  comtes  de  Toulouse  avaient  leur  sépul- 
ture, peut  être  considérée  comme  l'édifice  le  plus  remarquable  de 
leur  capitale  et  le  plus  digne  d'appeler  les  regards  et  l'attention  des 
étrangers  et  des  amis  de  l'architecture  dite  gothique,  bien  qu'elle 
ne  soit  pas  l'ouvrage  des  Goths. 

Quelques  auteurs  ont  avancé,  mais  à  tort,  que  sous  la  nef  de 

liée  à  l'évoque  Saturnin  ,  était  placé  et  existe  môme  encore 

le  lac  fameux  ou  palus  sacré  dans  lequel  à  leur  retour  dans  leur  patrie 


(2)  Raymond  VII  ne  laissa  qu'une  fille,  Jeanne,  son  héritiAre  ,  qu'il  eut  de  San- 
cie  d'Aragon. 


204  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

de  la  malheureuse  expédition  de  Delphes,  sous  la  conduite  de  Bren- 
nus,  les  Volces-tectosages  avaient  déposé  les  trésors  provenant  du 
pillage  du  temple  d'Apollon,  et  dont  s'empara  plus  tard  le  général 
romain  Cépion,  qui  donna  lieu  à  ce  dicton  :  «  il  a  de  Vor  de  Tou- 
louse. » 

Le  poids  de  ce  livrai  est  de  396  grammes. 

N°  2.  Montauban. 

*  mejo.  LivRa.  do.  MONTAL&a  ,  demi-livre  de  Montauban. 

Dans  le  champ,  une  fleur  de  lis. 

rz.  *  anno.  domini.  m.  ccc.  nu.  vu.  L'an  de  notre  Seigneur, 
1347. 

Dans  le  champ,  un  saule  (en  roman  ou  languedocien,  alba),  planté 
sur  une  montagne.  Ce  sont  les  armes  parlantes  de  Montaubau  ou 
Mont-alba  et  son  écusson  ou  blason  officiel.  Il  fait  allusion  à  l'emplace- 
ment sur  lequel  cette  ville  fut  construite  en  1144,  lequel  était  une 
montagne  ou  plutôt  uneéminence  importante  couverte  de  saules,  sur 
les  bords  du  Tarn  et  les  terres  des  comtes  de  Toulouse  qui  y  possé- 
daient déjà  un  château  (3),  sur  le  prolongement  duquel  existait  un  port 
dit  de  Yaubarède  ou  des  albarèdes  (4),  toujours  à  raison  de  l'espèce 
d'arbre  qui  l'ombrageait  et  qui  a  donné  son  nom  à  Montauban  dont 
la  nouvelle  appellation  et  la  nouvelle  assiette  (5),  à  la  date  que  nous 
venons  de  citer,  fut  le  résultat  des  vexations  et  des  exigences  odieuses 
envers  ses  habitants,  de  l'abbé  et  des  moines  du  monastère  de  Saint- 
Théodard  ou  de  Saint-Martin  (6),  qui  virent  leurs  sujets  abandon- 
ner spontanément  les  domaines  de  l'abbaye  pour  se  réfugier  et  s'éta- 
blir sur  ceux  des  comtes  de  Toulouse  limitrophes  des  premiers,  en 
se  plaçant  sous  la  protection  de  ces  seigneurs  (Alphonse  et  Ray- 
mond V  de  S1  Gilles). 

On  conserve  dans  les  archives  de  Montauban  deux  ordonnances 

(3)  Qui  devint  dans  la  suite  le  palais  épiscopal  et  en  dernier  lieu  l'hôtel  de  ville 
de  Montauban. 

(4)  Le  saule  (alba)  reçoit  aussi  en  français  vulgaire  le  nom  d'aubier. 

(5)  La  population  de  Montauban  habitait  le  bourg  de  Monlauriol,  sur  les  bords 
du  Tarn  (  Mons  aureolus),  dont  elle  avait  reçu  le  nom  ,  avant  de  se  transporter 
dans  les  terres  des  comtes  de  Toulouse ,  qui  n'étaient  séparées  de  Montauriol  que 
par  un  ruisseau.  Le  chapitre  d'abord  abbatial  ou  collégial  (de  Saint-Théodard), 
devenu  plus  tard  épiscopal ,  a  conservé  jusqu'à  ce  jour  dans  son  sceau  le  souvenir 
de  ce  premier  établissement  de  Monlauriol.  Ce  sceau  représente,  comme  celui  de 
la  ville  actuelle,  une  montagne  et  au-dessus  un  oiseau  les  ailes  déployées  et  pre- 
nant son  vol  (le  loriot);  ce  sont  encore  des  armes  parlantes. 

(6)  De  l'ordre  de  saint  Benoît. 


POIDS    DE    Ml  1 .1  ■>    m     MIDI    Dl      I   \     !  i;  \\(   I  .  WÊê 

rendues  par  set  consuls,  on  juillet  1899,  *-t  le  28  septembre  A  l.i 
même  innée  qui  règlent  la  valeur  «les  poids  à  l'otage  de  cette  ville. 

«(  los  (jiials  srraii  senhdtz  dcl  Sênhal  rienoslrc  senhor  /o  lie  y  rfrl  senhal 
«  de  la  dicha  vil  lu  dé  Montulha.  »  ('/<>>{  -à  -dire  «  lesquels  seront 
«  marqués,  timbrés  (lu  sceau  (ou  des  armoiries),  de  notre  seigneur  le 
«  Roi  de  France,  et  de  celui  de  ladite  ville  de  Montauban.»  Dans 
les  acte&j  la  livre  montalbanaise  est  fixée  et  doit  correspondre  à 
14  once*  du  marc  de  Troyes. 

Plus  tard,  ainsi  qu'on  le  verra  dans  la  gravure  du  poids  suivant, 
n°  3,  de  la  même  ville,  et  comme  je  l'ai  remarqué  sur  un  autre  livrai 
de  Montauban,  de  1279,  les  légendes  sont  supprimées,  sauf  la  date 
ou  l'indication  de  l'année. 

En  1347,  les  deux  seigneurs  ou  coseigneurs  de  Montauban  étaient 
le  roi  de  France,  aux  lieu  et  place  du  comte  de  Toulouse,  et  Guil- 
laume de  Cardaillac,  deuxième  évêque  de  Montauban,  depuis  l'érec- 
tion de  l'abbaye  de  Saint-Théodard  en  évêché,  démembré  de  celui  de 
Cahors,  l'an  1317,  par  le  pape  Jean  XXII. 

Le  poids  de  cette  demi-livre  est  de  deux  cents  grammes. 

N°  3.  De  la  môme  ville. 

D'un  côté,  la  fleur  de  lis,  dans  le  champ,  avec  la  date  1572,  au- 
dessus,  et  sous  la  Heur,  un  médaillon  contenant  une  espèce  de  mono- 
gramme qui  n'est  guère  déchiffrable,  mais  que  je  crois,  cependant 
contenir  l'indication  de  la  valeur  de  ce  poids. 

De  l'autre  côté,  les  armes  de  Montauban. 

Levêque  de  Montauban,  en  1572,  était  Jacques  Desprès  de  Mont- 
pesat,  qui  occupa  ce  siège  épiscopal,  de  1556  à  1589;  la  date  de 
1572  est  celle  des  plus  grands  troubles  de  cette  ville,  à  l'époque  des 
guerres  de  religion,  causés  par  la  domination  des  protestants  qui  y 
étaient  les  maîtres  absolus,  et  en  avaient  chassé  les  catholiques,  ainsi 
que  l'évoque  et  tout  son  clergé  ;  le  premier  retiré  à  son  château  de 
Piquecos,  où  ce  prélat  guerrier,  ou  du  moins  guerroyant,  avait  établi 
son  quartier  général  (7),  harcelant  sans  cesse,  à  la  tête  de  ses  hom- 
mes d'armes,  les  calvinistes,  sous  les  coups  desquels  il  finit  par  suc- 
comber, dans  une  embuscade  qu'ils  lui  tendirent. 

Le  poids  de  cette  seconde  demi-livre,  est  de  212  grammes.  La  dîf- 
iérern  e,  en  plus,  avec  celui  de  la  précédente,  peut  provenir  de  son 
état  de  détérioration  et  d'usure. 

0  fut  aussi  celui  de  LMil  XIII  ,  lors  du  siège  de  Montauban  par  re  prinr*. 


206  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

N°  4.  Nîmes. 

Carteron  de  Nîmes.  1577. 

Les  armes  de  la  ville  de  Nîmes  qui  sont  un  crocodile  attaché  par 
des  bandelettes  à  un  palmier  dans  le  champ. 

H.  Faites  le  poys.  Dans  le  champ,  la  Tour-Magne. 

Toutes  les  personnes  qui  s'occupent  d'archéologie,  de  numisma- 
tique et  d'histoire ,  connaissent  l'origine  des  armes  de  Nîmes,  em- 
pruntées au  revers  de  la  médaille  si  répandue  et  si  commune  (8), 
surtout  dans  les  provinces  méridionales  de  la  colonie  romaine  fondée 
par  Auguste,  sous  la  conduite  d'Agrippa  (9),  après  la  bataille  à'Ac- 
tium,  et  composée  des  vétérans  de  la  légion  égyptienne,  circonstance 
à  laquelle  fait  allusion  ce  même  revers. 

La  Tour-Magne,  qui  faisait  partie  de  la  ceinture  des  fortifications 
romaines  de  Nîmes,  est  un  des  monuments  les  plus  remarquables  et 
les  plus  célèbres  de  cette  ville  si  riche  en  ce  genre  de  décorations. 
Les  antiquaires  y  ont  vu  tour  à  tour  un  phare,  comme  semble  l'indi- 
quer sa  position  et  sa  forme,  un  œrariam,  un  ouvrage  de  défense,  etc., 
destination  que  cet  édifice  a  dû  recevoir  successivement,  si  ce  n'est 
à  la  fois. 

L'évêque  de  Nîmes,  en  1577,  était  Bernard  d'Elbène,  Florentin, 
qui  remplissait  ce  siège  depuis  1554. 

Ce  carteron  (le  quart  de  la  livre  de  Nîmes),  pèse  un  hecto- 
gramme. 

L'inscription  du  revers  (faites  le  poids),  est  remarquable  et  ne 
pouvait,  certes,  être  mieux  choisie. 

Chaudruc  de  Crazannes, 

Corresp.  de  l'Institut  de  France  et  des  Comités  historiques,  etc. 

(8)  Surtout  le  moyen  bronze;  le  grand  bronze  est  beaucoup  plus  rare. 

(9)  On  sait  que  le  droit  de  cette  médaille  monnaie  représente  la  tête  du  héros 
d'Aclium  et  celle  de  l'empereur  Auguste  son  beau-père,  la  première  avec  la  cou- 
ronne rostrale  et  la  seconde  avec  celle  des  empereurs,  ou  de  laurier  :  légende  IMP. 
DIVI.  F ,  et  au  revers  COL.  NEM. 


OBSERVATIONS 


m;k 


LE  STYLE  ELLIPTIQUE  DES  INSCRIPTIONS  DÉDICATOIRES. 

A  PROPOS  DBS  DÉDICACES  GRAVÉES  SUll  LA  FAÇADE  DES  TEMPLES 
ÉGYPTIENS   (*). 


A  l'article  de  chacun  de  ces  monuments,  j'ai  tâché  d'établir  par 
des  preuves  tirées  des  circonstances  mêmes  où  ils  se  trouvent,  et  en 
les  comparant  l'un  à  l'autre,  que  ces  phrases  elliptiques  ne  sont  rai- 
sonnablement susceptibles  que  d'un  seul  sens.  Comme  l'objection 
tirée  de  ces  ellipses  a  été  souvent  reproduite,  il  faut  en  discuter  la 
valeur  au  moyen  d'exemples  absolument  semblables,  puisés  dans  des 
monuments  où  le  sens  est  évident  par  lui-même. 

On  a  dit  :  «  Si  les  auteurs  des  inscriptions  des  temples  eussent 
voulu  dire  qu'ils  avaient  bâti  la  portion  d'édiGce  qui  les  portent,  ils 
n'auraient  certainement  pas  omis  les  mots  qui  devaient  exprimer  la 


(")  Le  morceau  qu'on  va  lire  a  été  retrouvé  parmi  les  papiers  de  M.  Letronne  rela- 
tifs à  son  grand  ouvrage  sur  les  inscriptions  de  l'Egypte.  C'est  une  rédaction  tout  à 
fait  neuve  d'un  chapitre  des  Recherches  pour  servir  à  l'histoire  de  l Egypte, 
publiées  en  1823.  Le  titre  Excursion  et  le  chiffre  XXIV,  écrits  sur  l'enveloppe 
de  ces  feuilles,  paraissent  montrer  que  l'auteur  les  destinait  d'abord  à  compléter 
son  commentaire  sur  les  dédicaces  grecques  des  temples  égyptiens,  et  particulière- 
ment sur  le  n"  XXIV  du  Recueil  des  Inscriptions  de  l'Egypte  (t.  I ,  p.  22S-0  in  , 
texte  qui  offre,  en  effet,  une  de  ces  ellipses  dont  il  se  propose  de  fixer  la  véritable 
valeur.  La  famille  du  savant  philologue  a  pensé  qu'il  serait  intéressant  de  publier 
un  travail  resté  inédit ,  et  où  l'on  verra  une  preuve  nouvelle  du  soin  avec  lequel 
M.  Letronne  remaniait  sans  cesse  et  corrigeait  ses  propres  œuvres.  Comme  d'ail- 
leurs il  n'avait  pas  mis  la  dernière  main  à  celle-ci ,  nous  avons  cru  devoir,  en  la 
copiant  pour  l'imprimeur,  achever  ou  rectifier  çà  et  là  quelques  citations,  renvoyer 
an  Recueil  des  Inscriptions  de  l'Egypte ,  au  Corpus  Inscriplionum  grœcarum, 
au  Poyage  archéologique  de  M.  Le  Bas,  pour  les  lextes  qui  n'avaient  pas  encore 
pris  place  dans  ces  ouvrages,  lorsque  M.  Letronne  rédigeait  ou  annotait  son  Ex 
cursion.  Les  autres  modifications  que  nous  nous  sommes  permises  (et  elles  sont 
très-rares  ,  nous  les  avons  scrupuleusement  distinguées  par  des  f  ]  du  texte  ori 
ginal      L    Ecgkr  ) 


208  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

nature  de  l'opération  dont  ils  voulaient  perpétuer  le  souvenir.  »  Je 
réponds  :  «  On  a  omis  ces  mots  parce  que  le  fait  était  évident  sans 
leur  secours.  »  C'est  ce  qu'il  s'agit  maintenant  de  prouver. 

§  I.  Vues  générales  sur  la  nature  des  ellipses  admises  dans  les 
inscriptions  grecques. 

Le  style  lapidaire  était  naturellement  fort  elliptique;  mais  les  nom- 
breuses ellipses  qu'il  admettait  devaient  n'entraîner  aucune  obscu- 
rité pour  personne.  Comme  les  inscriptions  étaient  faites  pour  être 
entendues  de  tous ,  il  fallait  que  la  pensée  ou  le  fait  qu'elles  rappor- 
taient fussent  exprimés  d'une  manière  non  équivoque  :  c'est  assez  dire 
que  ces  locutions  elliptiques  ont  dû  n'être  employées  que  dans  les 
formules  consacrées  et  connues  de  tout  le  monde.  Ainsi ,  quand  sur 
la  base  d'une  statue  on  écrivait  le  nom  d'un  personnage  à  l'accusatif, 
suivi  ou  précédé  du  nom  d'une  ville  ou  d'un  peuple,  sans  aucune  in- 
dication de  verbe,  personne  ne  pouvait  se  tromper  sur  le  sens  qu'on 
avait  voulu  exprimer.  Tels  sont,  entre  autres  exemples,  les  mil- 
liers d'inscriptions  où  se  trouve  un  nom  à  l'accusatif  précédé  de 
fi  7coXiç  ou  de  ô  S9jf/.oç  sans  être  suivi  d'aucun  verbe.  Une  autre  ellipse 
plus  forte  |est  celle  du  nom  du  peuple  qui  avait  élevé  la  statue  ;  par 
exemple  (1)  :  BafftXsa  IlToXe^aTov ,  ôeov  EuTiaxopa ,  5VcppoSiTyj ,  ce  qui  si- 
gnifie: [£H  7ioXtç  twv  Ilacptiov]  (3a<7tX£a  IlToXs^aTov  ,  ôeov  Eurca-roca,  Tty)  tou 
àvSptàvTOç  àva<7Ta<7Ei  eti|/.y](7£,  xal  tov  àviptavra  acptspwffsv]    &<ppo8iTV).  Ici  on 

a  sous-entendu  le  nom  de  l'objet,  le  verbe  exprimant  l'érection  de 
la  statue,  l'autre  verbe  qui  indiquait  la  consécration  de  la  statue  à 
Vénus,  enfin  le  nom  de  la  ville  qui  érigeait  le  monument  (2);  et 
cependant,  de  toutes  ces  ellipses  il  ne  résultait  pas  la  moindre  incer- 
titude ;  car  l'accusatif  BaciXea  suppose  àvsôïjxe  ;  le  datif  &«ppo8iTV) ,  ap- 
pelle àcpiÊpwffs;  et  le  sujet  de  ces  deux  verbes  ne  pouvait  être  que 
rcoXiç  ou  S9i(jLoç  ;  ces  mots,  qu'on  trouve  souvent  sans  complément,  ne 
pouvaient  s'entendre  que  du  lieu  où  le  monument  se  trouvait. 

La  même  observation  s'applique  à  des  monuments  d'un  autre 
genre,  aux  médailles,  sur  lesquelles  on  trouve  tantôt  Ôeov  Kaiaapa, 

tantôt  ôsov  Kaiaocpa  r\  iroXiç  ,   tantôt  enfin  6eov  Kat'capa  ^  tcoXiç  ETipjffE  : 

ces  diverses  locutions  reviennent  absolument  au  même  et  ne  sont 


(1)  Recherches ,  etc.,  p.  125;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2718. 

(2)  Comme  dans  cette  autre  inscription  :  'louXiav  QsoSûpxv,  àptrfj<;  îvixtv,  &soU.  Ap. 
Van  Dale,  Dissert.,  p.  i05  -,  Corpus  inscr.  gr.,  n"  1884. 


ITTL1    UXI9T1QD1   Dll   INtClIPTlONS.  000 

|),i>  \)\u>  clairet  roue  qur  l'autre  :  ellei  représenttnl  également  l'idée 
que  /a  w/foa  /fait  frapper  cette  médaille  en  l'honneur  du  prince. 

Ce  petit  nombre  d'exemples,  que  je  pourrais  multiplier,  lllffigflgl 
déjà  pour  établir  eetle  proposition  ,  d'ailleurs  fondée  sur  le  bon  sens, 
«  que,  dans  les  formules  connues  et  consacrées,  l'emploi  de  la  phrase 
elliptique  ou  celui  de  la  phrase  complète  était  indifférent,  et,  pour 
ainsi  dire,  ad  libitum.  » 

Appliquons  cette  théorie  à  des  exemples  complètement  analogues 
i  Ceui  que  présentent  les  inscriptions  des  temples  égyptiens. 

Il  faut  remarquer  d'abord  que  les  inscriptions  de  ce  genre  ont  né- 
cessairement pour  objet  d'exprimer  l'une  de  ces  trois  choses  :  soit  la 
construction  et  la  dédicace  d'un  édifice  commencé  auparavant;  soit 
la  réparation  d'un  édifice  ancien  ;  soit  l'achèvement  et  la  dédicace 
d'un  édifice  laissé  imparfait  ou  sans  destination  arrêtée. 

Dans  les  deux  derniers  cas,  l'ellipse  du  verbe  aurait  trompé  le  lec- 
teur; aussi  l'exprimait-on  toujours  :  de  là  ces  locutions  fanum  a.... 
inchoatum....  perfecit  et  dedicavit  (3)....  vetustale  conlapsum  (4),  cor- 
ruplum  (5),  consumptum  (6)....  restitaerunt  ou  bien  ex  vetuslate  resti- 
tuerunt,  etc.  De  même  en  grec;  c'est  pour  cette  raison  que  dans  les 
inscriptions  d'Antaeopolis  (7) ,  de  Tchonémyris ,  de  l'enceinte  du 
Sphinx  (8),  où  il  s'agit  d'une  simple  réparation,  les  verbes  avcvetoaaTo , 
tamujtiAnfrTtv  ont  été  exprimés  soigneusement. 

D'où  l'on  voit  que  les  inscriptions  dédicatoires  où  se  trouvent  sim- 
plement les  mots  i7toi7]<rav ,  xaT£<jx£ua<7av ,  àvsôrjxocv ,  àv9]xav,  ne  doivent 
s'entendre  ni  d'une  réparation  ni  d'une  restitution,  ni  d'une  simple 
dédicace.  Tous  ces  verbes  représentent  la  même  idée  exprimée  di- 
versement; s-oiTjCav  ,  xaTeaxsuaaav ,  àviôrjxav  ,  àvvjxav  (9)  ,  àvsVrrjaav , 
indiquent  qu'on  a  fait  l'ouvrage  que  l'on  dédie  ;  la  double  idée  est 
comprise  également  dans  toutes  ces  expressions,  :  c'est  ce  qui  ne  sera 
mis  en  doute  par  aucune  personne  un  peu  versée  dans  la  connais- 
sance de  l'antiquité.  Il  me  suffira  de  citer,  pour  le  sens  de  àvÉÔYjxe, 
une  inscription  bilingue ,  trouvée  à  Magnésie  du  Méandre ,  où  la 

(3)  Reinésius,  II,  '39. 

(4)  Gruter,  VII,  2  ;  XLVIII,  3  ;  LVIII ,  4. 

(5)  Gruter,  I. 

(6)  Griller,  IAXXIV,  6. 

(7  Recherches,  etc.,  p.  67  ;  Recueil  des  Inscr.  de  l'Ég.,  n°  4  ;  Corpus  Inscr. 
grœc,  n°  » 7 12. 

/iecherches,  etc.,  p.  2 42  ;  Recueil  des  Inscr.  de  l'Ég.,  nos  15  et  23  ;  Corpus 
Inscr.  grœc,  n°«  4955  et  4701. 
(9)  Diodorede  Sic.,  XX,  100;  Plutarque,  Timol.,  c.  xxxix. 

vu.  14 


210  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

formule  grecque  &pT£|juot  'Ecpsata...  t^jv  yscpupav  Ix  twv  ISitov  àvé6r)xe  est 
rendue,  dans  la  partie  latine,  par  les  mots  :  Dianœ  Ephesiœ . . . .  pon- 
tem  de  sua  pecunia  faciundam  curavit  (10).  Ainsi  àvéôrixe  a  le  même 
sens  que  etcoiVs,  qui  signifie  également  faciundam  curavit  (11).  Je 
ne  connais  pas  d'exemple  où  le  verbe  avaôvixe,  précédé  de  Ix  twv 
îSicav,  ou  bien  employé  seul ,  ne  doive  s'entendre  de  la  construction 
même  de  l'édifice ,  et  ne  comprenne  la  double  idée  de  faciundum  cu- 
ravit dedicavitque . 

§  IL  Exemples  identiques  avec  ceux  des  inscriptions  de  Tentyra, 
dOmbos.  d'Antœopolis,  de  Panopolis  et  dAthribis. 

D'après  le  soin  que  les  anciens  avaient  toujours  d'éviter  l'ellipse 
du  verbe,  quand  il  était  question  de  réparation  et  de  restitution, 
parce  qu'il  devait  en  résulter  une  équivoque,  on  conçoit  que,  quand 
ils  ont  admis  cette  ellipse ,  c'est  que  le  sens  était  évident  pour  tout 
le  monde  ;  c'est  qu'il  n'était  question  ni  d'une  réparation ,  ni  d'une 
simple  dédicace.  Ainsi,  par  exemple,  l'inscription  du  propylon  de 
Tentyra  :  Les  gens  du  pays  à  Isis ,  le  propylon ,  signifiait  pour  tout  le 
monde  :  ont  élevé  le  propylon.  Chacun  suppléait  à  son  gré  l'un  de  ces 
mots  èWY)<:av ,  àvsôyjxav ,  xatsaxeuasav  ;  mais  tous  suppléaient  la  même 
idée  ,  parce  qu'en  effet  l'inscription  n'en  pouvait  offrir  qu'une  seule. 

On  peut  citer  beaucoup  d'exemples  identiques  avec  ceux  des  in- 
scriptions qui  nous  occupent  ;  de  ce  nombre  sont  celles  dont  l'objet 
est  d'apprendre  que  tel  ou  tel  a  élevé  un  tombeau  ou  accompli  un 
vœu,  et  dans  lesquelles  les  substantifs  to  fjpuov,  tyjv  eu^V,  ™  JW 

CTT^ptov  ,  ne  SOïlt  Suivis  d'aucun  verbe  ,  Soit  èWviarav   OU  xaTeaxeuaaav , 

soit  àv£Ô7]xav  ou  £XTtcav,  sans  que  les  auteurs  de  ces  monuments  aient 
eu  la  moindre  crainte  que  personne  pût  se  méprendre  sur  ce  qu'ils 
voulaient  dire  (12) 

Je  rapporterai  d'abord  les  deux  inscriptions  des  Carrières  de  Por- 
phyre, rédigées  dans  la  même  intention,  l'une  ayant  le  verbe 
xaTscrxeua<7£,  l'autre  ne  l'ayant  pas,  sans  que  le  sens  puisse  être  différent 
de  celle  de  Nicée  où  le  verbe  inoirps.  manque  également  (13). 

(10)  Chandler,  Inscr.  ont.,  part.  I,  n°25.  Cf.  D'Orville,  Observât,  mise,  IV, 
p.  343  sq-,  Spon  et  Wheler,  Voyages,  etc.,  I,  p.  325  ;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2958. 

(11)  Gruter,  LXXXIX,  3;  Van  Dale,  Disserl.,  p.  265  (?)  ;  [Corpus  Inscr.  gr., 
n°  £175,  inscr.  bilingue]. 

(12;  Gruter,  DLXXXV,  9;  Reiuésius ,  I,  73  ;  [Franz,  Elem.  Epigr.  gr.,  p.  335J. 
(13)  Recueil  des  Inscr.  de  l'Ég.,  n0*  16,  17  ;    Corpus  inscr.  gr.,  nos  i 7 1 3 , 
4713  f.  —  Corpus  Inscr.  gr.,  u°  374Î  ;  cf.  3748. 


•TYL1    iiiiiMinii.   PUS   tHHMPTIONS.  211 

Je  citerai  ensuite  cette  inscription  tfowée  i  Olbiopelis,  sur  le 

bord  du  Pnnt-Euxin  (14):  'Opovrfl  AGciCou  Aio|ay^y)ç  otxovdfAo;  ix  TÛv 
tôi'wv  t>,v  èfc'Spav  :  a  Pour  Oroute,  iils  d'Abnbus,  Diomède  son  n'^isseur 
[a  fait  conslruirejivtte  exèdre  a  m\s  [nopivN  irais.  »  Il  est  de  toute 
é\  idenre  que  la  phrase  revient  à  ex  twv  îo(o)v  iuoiYiotv.  Cet  exemple 
nous  fait  w>ir  comment  on  doit  entendre  l'inscription  trouvée  dans 
l'île  de  Milo  (15)  :  llax^to;  Sartou,  uxoYufixvaatafy^aJaç,  rav  Te  içeàpav 
xal  to[....J  'EpjxS  xal  'HpaxXet.  a  Baccliius,  Iils  de  Satias,  après  avoir 
été  sous-^ymnasiarque,  [a  fait  construire]  cette  exèdre  et  le  [... .]  à 
Hermès  et  à  Hercule.  » 

On  lit  sur  l'architrave  d'une  des  portes  extérieures  de  l'Acropole 

d'Athènes(l6):  4>Xaêioç  2e7mjAioç  MapxeXXïvoç,  cpXa[A^v  xal  aixo  T(ov  àyojvo- 
Ô€twv,  ex  TÔiv  îStwv  touç  TtuXwvaç  t9J  IloXet,  ce  qui  ne  peut  signifier  que  : 
«  Flavius  Septimius  Marcellinus,  flamine  et  ex-agonothète,  [a  fait 
construire]  à  ses  frais  ces  portes  pour  la  Ville.  »  Sans  nul  doute  ce 
personnage  tenait  à  ce  qu'on  ne  se  méprît  pas  sur  la  nature  des  tra- 
vaux qu'il  avait  fait  exécuter,  et  cependant  il  a  négligé  de  mettre  le 
verbe  iizoiriGt. 

Un  autre  exemple  nous  est  fourni  par  une  inscription  trouvée  en 
Chypre  (17),  où  la  double  idée  de  construction  et  de  dédicace  est 
comprise  évidemment,  quoique  le  verbe  manque  :  Ait  Kepauviw,  'Acppo- 
Si'ty),  IloXei,  A^kucj),  'Ofxovoia,  Auav(a  xal  Auaviavoç  tàç  crroàç  xal  xk  èv  au- 

xaï;  Tca'vra  ex  toïï  fêiou.  u  A  Jupiter  Céraunius ,  à  Vénus,  à  la  Ville, 
au  Peuple,  à  la  Concorde,  Avania  et  Avanianus  [ont  fait  con- 
struire] de  leurs  deniers  le  portique  et  tout  ce  qu'il  contient.  »  Elle 
est  complètement  identique  avec  celle-ci,  trouvée  dans  la  Troade(18), 
où  les  deux  verbes  exprimant  la  construction  et  la  dédicace  ont  été 
soigneusement  exprimés  :  Tiêepuo  KXauSiw  Kataapi...  xal  t9j  À6r,va  tîj 

'IXiaSi....  Ttêepioç    KXauStoç xal  f)  yuv^i  auxoû....  rr,v  arroàv  xal  toc  èv 

«uttj   7ravra   xaTacixeudcoravTeç   ex  twv  îSdov  àver6r)xav  (19).  Sans   ces  deux 


(14)  Corpus  Inscr.  gr.,  n°2088. 

(15)  De  Clarac,  Sur  la  Venus  de  Milo,  p.  25  ;  Corpus  Inscr.  gr.,  n«  2430> 

cf.  2683  :  Tàç  ôvo  Qidpxs  xaTC7x«ûa<7«. 

(16)  Wheler,  p.  417;  Leake's  Topogr.  of  Alhens  ,  p.  102;  Corpus  Inscr.  gr., 
n°  52 1 . 

(17)  De  Hammer,  Topogr.  Ansichlen,  p.  176  ;  Corpus  Inscr.  gr.t  n°  2641. 

(18)  Dans  Clarke's  Travels,  II,  p.  90;  Le  Chevalier,  Voyage  en  Troade,  III, 
p.  312;  Corpus  Inscr.  gr„  n°  3610. 

(19)  Cf.  Eunape,  p.  90,  éd.  Boissonade  :  . . .  àvcptùvr»  xarafxxtuaïâ/Aivoi...  àABnxxv 
•ntvpâfavT«ç'  H  BAX1AET0YZA  PQMH  TON  BASIAEÏONTA  TON  AOrCL\. 


212  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

verbes  ,  la  précédente  inscription  est  tout  aussi  claire  :  la  phrase  est 
moins  complète;  mais  les  propositions  sont  les  mêmes. 

Le  voyageur  italien  délia  Cella ,  dans  son  voyage  à  la  Cyré- 
naïque(20),  a  copié  parmi  les  ruines  de  Cyrène  l'inscription  suivante, 
gravée  sur  l'une  des  parois  d'un  cube  de  marbre,  que  je  lis  ainsi  : 
KXocuSia  Bsvoaxa  (21),  KXauôiou  Kap7ua0svouç  MeXiopoç  6uyaxv]p,  Atovuaov  sx 
twv  iôuov  aùv  toj  vaôi.  «  Claudia  Venusta,  fille  de  Claudius  Carpisthènes 
Mélior,  [a  élevé]  à  ses  frais  [la  statue  de]  Bacchus  ainsi  que  le 
temple  [où  elle  est  placée].  »  AïoWov  est  pour  to  ayocA^a  Atovuaou  , 
selon  les  observations  déjà  faites  plus  haut (22).  On  voit  que  Claudia 
Venusta  avait  élevé  le  temple  et  la  statue  du  Dieu.  C'est  celte  idée 
qu'un  autre  personnage  a  également  exprimée  dans  une  inscription 
que  Burckhardt  a  trouvée  à  Missema  en  Syrie  (23)  :  Tirlp  ffwnjpiaç 
xal  vixyjç  auTOxpdcTOpoç  Kaiaapoç  Mapxou  AùprjXfou  Avrioveivou  SeêotffTOÏÏ , 
Euffeêouç,  Eutu^oïïç,  Fàïoç  eEXouïoç  Mapiavoç  [X.]  Asyptovoç]  T  [IlapÔixTJç 
TaXXtx^ç]  tov  vaov  xat  xb  ayaXfxa  Ix  twv  îStwv  àveôrjxsv.  ce  Pour  le  salut  et 
la  victoire  de  l'empereur  Marc  Aurèle  Antonin  (24)  Auguste  , 
Pieux,  Heureux,  Caïus  Helvius  Marianus,  tribun  de  la  troisième  lé- 
gion, Parthique,  Gauloise,  a  élevé  le  temple  et  la  statue  à  ses  frais.  » 
Mais  ce  qui  distingue  l'inscription  de  Cyrène  de  celle  de  Missema, 
c'est  l'absence  du  verbe  avec  tov  vaov,  o-uv  tw  vaw,  et  cependant  le  sens 
n'en  est  ni  plus  équivoque,  ni  plus  incertain. 

Cette  ellipse  existe  dans  d'autres  inscriptions  gravées  sur  des  co- 
lonnes d'un  temple  à  Ayakli ,  que  l'on  croit  être  la  Labranda  de  Ca- 
rie (25);  elles  occupent  la  place  d'un  panneau  quadrangulaire,  encadré 
au  seul  endroit  de  la  colonne  qui  n'ait  pas  été  cannelé.  Chandler  (26) 


(20)  Viaggio  da  Tripoli  aile  frontière  occidentali  dell'  Egillo,  p.  145,  traduit 
dans  les  Nouvelles  Annales  des  voyages,  t.  XVII,  p.  340  ;  Corpus  Inscr.  gr., 
n°  6139-  [Le  n°  5140  offre  une  formule  tout  à  fait  semblable.] 

(21)  Le  nom  BENOSTA  doit  être  le  Venusta  des  Latins.  B  répond  au  V,  selon 
l'usage  ;  1*0  a  été  mis  à  la  place  de  Pi  voyelle  comme  dans  'Idêa?  pour  Juba,  Koïvtos 
pour  Quintus,  UMXioç  pour  Publius ,  etc.  —  On  aurait  dû  écrire  MtXivpoç.  —  La 
copie  porte  'Kxp-ncdvjov  qui  ne  peut  être  que  Kjtptttvdifvui  ou  KocpTuedivov,  comme  on 
a  dit  Swxpârou  pour  2oiy.pâzovç.  Le  même  nom  se  reconnaît  dans  ce  fragment... 
niIQENETS  que  donne  une  autre  inscription  de  la  Cyrénaique  (le  même,  p.  144). 
[Cf.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  5306,  où  se  lit  le  nom  propre  Kdpnoi;  et  les  Inscr.  de 
Vidua,  tab.  XLVII,  n°  1.] 

(22)  Recherches,  etc.,  p.  41  ï. 

(23)  Travels  in  Syria,  p.  115;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  4548. 

(24)  Caracalla.  Voyez  Recherches  ,  etc.,  p.  205. 

(25)  C'est  l'opinion  de  Chandler.  MM.  Choiseul  Gouffier,  Barbier  du  Bocage , 
Leake  et  Le  Bas  pensent  qu'Ayakli  répond  à  Euromus. 

(26)  Inscr.  Anl.  Part,  I,  n°  5i. 


STYLE    ELLIPTIQUE   DES   INSCRIPTIONS.  213 

en  a  rapporté  deux  qui  ont  été  reproduites  dans  les  Antiquité  Io- 
niennes (27).  L'une  porte  :  \  V  ,7,v,  è; 
O^oa/sasto;  tov  xsi'ova  oùv  sraipyj  xal  xacpaXvj.  «QuîtltlIS  Léon  ,  lils  de  Léon, 

Btëphanéphore,  [a  fait  faire]  cette  colonne  avec  la  hase  et  le  chapiteau, 
conformément  à  sa  promesse  ».  L'autre  :  Mevexpatiqç  Mevexpaxouç ,  ô 
dtp^(aTpo;  ty;;  HoXegjç,  <rrecpavr)cpopo)v,  tov  xetova  <rov  <77T£ipY]  xal  X£cpaX9j,  7rpovo7]- 
aajAévr,;  -rîjç  Ouya^poç  aùtou  Tpucpatvyjç  tîjç  xal  aù-rriç  arsçotvyjtpopou  xal  yupva- 

ciap^ou  (29).  a  Ménécrate,  fils  de  Ménécrate,  premier  médecin  delà 
Ville,  stéphanéphore,  [a  fait  construire]  cette  colonne  avec  la  base  (30) 
et  le  chapiteau,  par  les  soins  de  Tryphène,  sa  fille ,  elle-même  sté- 
phanéphore et  gymnasiarque.  »  On  voit  que  lorsque  l'on  construisit  le 
temple  de  Ayakli,  qui  estdu  temps  des  Romains,  plusieurs  particuliers 
s'engagèrent  à  faire  la  dépense  de  diverses  parties  de  cet  édifice , 
et  entre  autres  celle  de  plusieurs  des  colonnes  de  la  façade ,  et  obtin- 
rent la  permission  d'inscrire  leurs  noms  sur  la  colonne  qu'ils  avaient 
élevée  à  leurs  frais.  Ainsi  dans  une  inscription  d'Oxford  (31),  un  par- 
ticulier s'engage  à  faire  dorer  une  colonne  avec  sa  base  et  son  chapi- 
teau :  /puaoWEtv^Xciova  <juv  (nr£ipox£cpaXo)  (32). 

Au  contraire  ,  le  verbe  est  exprimé  et  le  nom  sous-entendu  dans 
cette  autre  inscription  gravée  sur  une  colonne  de  l'ancien  temple  de 
Jupiter-Baetocéces  à  Apamée  en  Syrie  (33),  où  on  lit  :  Qew  Baitoxeixst 

ot   xà-o/ot  ex  twv    î5twv    ev    tw  fhru   hei  £7toi7)<7av.   «  Au  dieu  Bœtocéces 

les  reclus  (34)  ont  fait  [cette  colonne]  à  leurs  frais  en  l'année  482.  » 

(27)  Anliq.  of  Ionia,  p.  57;  Corpus  Inscr.  gr.f  n0»  27 13,  2714.  Cf.  n»8  2747  et 
suiv.  [Le  Bas,  Voyage  archéol.  en  Grèce  et  en  Asie  Min. ,  Part.  V,  nos3i3,  314]. 

(28)  Voy.  dans  les  Recherches  ,  etc.,  p.  176  ,  des  exemples  de  la  même  transpo- 
sition des  noms  dans  les  inscriptions  grecques. 

(29)  Le  titre  àpyjuTpo;  se  trouve  dans  une  autre  inscription  rapportée  par  Villoi- 
son  ,  Mémoires  de  l'Acad.  des  Inscr.,  t.  XLVII ,  p.  286  ;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2987. 
Archialer  dans  Reinésius,  XX  ,  205.  Cf.  Lud.  Vives  ad  Augustin,  de  Civ.  Dei , 
p.  321.  [—  Autres  exemples  dans  Orelli ,  Inscr.  lai.,  n°*3994,  4017,  4226.] 

(30)  Il  résulte  de  là  que  a^tipu  ne  se  disait  pas  seulement  de  la  base  d'une  co 
lonne  ionique  comme  le  prétend  Pollux  (VII,  121);  ce  mot  s'employait  d'une  ma- 
nière plus  générale  pour  la  base  de  toute  colonne,  ainsi  que  le  spira  des  Latins. 

(31)  Marmora  Oxon.,  n°  x,  éd.  Maittaire;  Corpus  Inscr.  gr.,  nu  3 lis. 

(32  On  pourrait  supposer  aussi,  et  avec  vraisemblance,  que  tndpèxêfàiti  signifie 
un  chapiteau  ionique   à  volutes).  [Cf.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2782  :  toùç  x«<ova{ 

fJ-tTU    TCÔV    £w/Z057TfC/3&ÏV  XUl    X!2U.),6Jv  XaTiJXVJUXOTU.] 

ch.indlcr,  Inscr.  antiq.  Append.  p.  90.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  4476. 

>tir  le  sens  de /aro/o;  voy.  le  commentaire  sur  les  papyrus  grecs  concernant 
l'affaire  des  deux  prêtresses  jumelles.  [Papyrus  du  musée  de  Londres  publiés  par 
M.  Forshall  et  commentés  par  M.  Bern.  Peyron  dans  les  Mémoires  de  l'Acad.  de 
Turin,  (18H  ;  Papyrus  du  musée  de  Paris,  8"  div.,  collection  qui  devait  être 
publiée   par  M.  I.otronne  .  et  qui  le  sera  prochainement  d'après  ses  papiers,  par 


214  BEVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

Nous  trouvons  le  verbe  exprimé  dans  d'autres  inscriptions  ,  abso- 
lument  semblables,   que  Burckbardt  (35)  a  découvertes  sur  un 
temple  antique  à  Aatyl,  dans  l'ancienne  Auranitis.  Le  temple  est 
de  l'espèce  de  ceux  que  l'on  appelle  in  anlis,  Iv  TCxpa<rra<rtv  en  grec. 
Sur  la  base  de  chacun  des  deux  pilastres,  on  trouve  une  inscription  ; 
l'une  d'elles ,  à  peu  près  entière ,  est  ainsi  conçue  :  Trcèp  awtYiptaç 
xuptou    Katcapoç    &vtwv£ivou    He&xcttou,  Euaeêouç,  Oûào&rjXoç  MaOstou,    toïï 
OuaSôvjXou,  tocç  itapa<rtaoaç  xal  xto'[vi]a  (36)  xai  toc  ettocvio  aurwv  ETCtfftuXia 
xal  f^acrecç  Ix  twv  îSuov  £7:017) asv,  s/rouç....  M.  Aup.  Avto)ve(vou  2s[êa<TT0u]. 
«  Pour  la  conservation  du  seigneur  César  Antonin  Auguste,  Pieux, 
Vaddélus,  fils  de  Mathias,  fils  de  Vaddélus,  a  fait  faire  ,  de  ses  de- 
niers, les  pilastres  et  les  colonnes  avec  leurs  entablements  et  leurs 
bases,  dans  l'année....  de  Marc  Aurèle  Antonin  Auguste....»  L'autre 
inscription,  étant  absolument  semblable,  comprend  dans  son  énoncé 
la  seconde  colonne,  avec  l'autre  pilastre,  en  sorte  qu'il  résulte  des 
deux  ensemble  que  le  portique  entier  a  été  construit  aux  frais  de 
Vaddélus.   Aï  TOxpaaTaSsç  répond  au  parastaticœ  des  Latins  (37);  % 
TwcpocaTccç  paraît  signifier  vestibule  dans  plusieurs  textes  anciens  que 
cite  Schneider  (38),  et  peut-être  aussi  dans  certaines  inscriptions 
où  il  est  dit  qu'elles  seront  gravées  Iv  ttj  TOcpaaxàoc  t9j  Trpb  tou  àp- 
Xeiou  (39)  :  à  moins  qu'il   ne  faille  entendre  par  là  1  Album  où  les 
actes  publics  étaient  exposés.  On  en  trouve  un  dans  les  ruines  de 
Pompéi ,  placé  en  avant  de  l'édifice  appartenant  à  la  corporation  des 
Foulons  :  c'est  une  longue  façade  divisée  par  des  pilastres ,  entre 
lesquels  on  gravait  ou  l'on  affichait  les  décrets  et  autres  actes  de 
l'autorité.  J'en  ai  vu  le  dessin  dans  la  belle  collection  de  M.  Ma- 
zois  (40).  Dans  tous  les  cas,  je  crois  que  TOxpaa-rocç  n'est  employé  pour 
signifier  vestibule,  ce  qui  d'ailleurs  est  rare,  que  par  une  sorte  de  méto- 

M.  Brunet  de  Presle.]  L'an  482  de  l'ère  des  Séleucides  répond  à  l'an  171   de 
notre  ère. 

(35)  Travels  in  Syria,  p.  223;  Letronne  ,  Journ.  des  Savants,  1822,  p.  685; 
Corpus  Inscr.  gr.,  n°  4608  [où,  au  lieu  de  BASEIS,  M.  Franz  a  lu,  d'après  la 
comparaison  des  copies  ,  <p<xUS«ç]. 

(36)  Au  lieu  de  xfova  j'ai  lu  xiàvix,  expression  que  l'on  retrouve  aussi  dans  une 
inscription  de  Chandler  :  Tà  xiovia  xal  rb  Hruy-oc  x.t.A.  (  Inscr.,  p.  55,  n°  xxix,  Cor- 
pus Inscr.  gr.,  n°48l  ).  Cosmas  l'emploie  (  in  Bibl.  Patr.  II,  p.  140  B)  pour  ex- 
primer les  petites  colonnes  qui  soutenaient  le  trône  sur  lequel  avait  été  gravée  l'in- 
scription d'Adulis  :  /.al  S7râv&)  twv  xtoviwv  rà  xâfliff/xa. 

(37)  Voy.  Recherches,  etc.,  p.  365. 

(38)  Ad  Vitruv.,  t.  II,  p.  477.  [Cf.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  160 ,  §  6;  n°  2782.  ] 

(39)  Chandler,  Inscr.  ant.,  part.  I,  n0SLx,  lxi,  lxvi  ;  Corpus  Inscr.  gr., 
nM  2672,  2675,  267  7.  [Cf.  3521]. 

(40)  [Voy.  ôfazois,  Ruines  de  Pompéi,  III»  Partie  ,  PI.  28  ;  Cf.  Orelli,  n°  32911. 


STYF.r.    F.IXTPTlQirP    DES    INSCRIPTIONS.  215 

nymie  qui  consiste  à  prendre  la  partie  pour  le  tout.  Les  mots  -k  Mm 
aùriov  fotaTuXta  sont  pris  dans  le  scmis  général  d'etilahlrment  ;  c'est  une 
lignification  assez  ordinaire  au  mot  Itciart^Xtov ,  quand  il  est  employé* 
seul  el  absolument  (4 1  ).  A  proprement  parler,  ce  n'est  que  X architrave  : 
le  reste  de  l'entablement,  savoir  la  frise  et  la  corniche,  était  exprimé 
par  le  mot  8iaÇo>ua  ou  StaÇwcrfjia  (42),  deux  formes  également  u- 
et  qui  ont  le  même  sens ,  quoi  qu'en  ait  dit  un  savant  critique  (43). 
Le  pluriel  l^iaïuXia  est  assez  remarquable:  il  paraît  que  l'auteur  a 
considéré  à  part  l'entablement  des  colonnes  et  celui  des  pilastres, 
à  moins  toutefois  que,  conservant  le  singulier  to  ,  on  ne  lise: 
TO....  1,111  ITVAIA,  qui  serait  une  abréviation  de  ItuctuXiSiov,  forme 
diminutive  de  l^taTuXtov;  alors  l'emploi  de  ce  diminutif  serait  ana- 
logue à  celui  de  xtovcov  pour  xiW  —  Les  lettres  K...X  me  parais- 
sent devoir  se  lire  BAEEIL  ,  paaeiç;  car  il  n'y  a  rien  de  plus  commun 
que  la  confusion  du  B  et  du  K(44);  et  par  ces  deux  bases  il  faut 
entendre  les  deux  piédestaux  placés,  selon  Burekhardl ,  en  avant 
des  deux  colonnes  et  des  deux  pilastres,  comme  on  le  voit  à  la  grande 
colonnade  de  Palmyre,  dans  plusieurs  monuments  de  Pompéi,  et  ail- 
leurs. —  Il  est  probable  qu'on  doit  lire  LE  au  lieu  de  KE  et  que 
c'est  le  commencement  du  litre  LEBALTOY.  Comme  l'année  manque, 
on  ne  peut  marquer  l'époque  précise  de  la  construction  de  ce  pro- 
naos; tout  ce  qu'on  peut  dire,  c'est  qu'il  a  été  construit  entre  les 
annéesl38  et  161  de  notre  ère. 

Une  autre  inscription  du  même  genre  a  été  découverte  par 
M.  Mazois  dans  les  ruines  de  Pompéi  :  ce  savant  architecte  y  a  trouvé 
la  moitié  d'une  belle  colonne  ionique  en  marbre  veiné,  avec  son  cha- 
piteau en  marbre  blanc  ;  au  milieu  du  fût  on  a  disposé  une  sorte 
de  cadre  ,  dans  lequel  se  lit  cette  inscription ,  que  M.  Mazois  m'a 
communiquée  : 

L.    SEPVNIVS.    L.   F. 

SANDILIANVS 

M.    HERENNIVS.    A.   F 

EPIDANVS 

DVO.    VIRI. 

D.    S.    P.    F.    C.    (45) 

(41)  Winckelmann,  Observ.  sur  l'Archit.  des  Anciens,  ch.  n,  §  14. 

(42)  PluUrque  ,  Périclès,  c.  xm  ;  Athénée  ,  V,  p.  285  C. 

(43)  Quatremcrc  de  Quincy,  dans  les  Méiu.  de  llnst.,CI.  d'Histoire,  t.  III,  p.  261. 

(44)  Boissonade,  ad  Eunap.  p.  I7U,  229. 

(45)  De  sua  peeunia  faciendum  curaverunt.  [  Cf.  Orelli,  Inscr   lat.,  n*  3298. 


216  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

«  L.  Sépunius  Sandilianus,  fils  de  Lucius,  M.  Hérennius  Epida- 
nus,  fils  d'Aulus,  duumvirs,  ont  fait  construire  [cette  colonne] 
à  leurs  frais.  » 

Tous  ces  exemples ,  qui  reproduisent  le  même  fait  sous  tant  de 
formes  différentes,  mettent  hors  de  doute  l'ellipse  du  verbe  l7uofo|<rev 
dans  les  inscriptions  de  Labranda. 

On  lit  sur  la  façade  d'un  petit  théâtre,  à  Iasus  en  Carie  (46), 
une  inscription  qui  ne  peut  s'expliquer  que  conformément  aux  mêmes 
principes  :  2u>7raTpoç  'E7uxpaxouç,  ^opyiyifaaç  xai  àytovoGsT^fraç  xal  <rreoa- 
vocpop^araç,  to  àvaXy)f/.[i.a  xat  t^v  xspxtôa  xat  to  ffîpct. ,  Aiovuaoj  xal  tuj  A^jaw. 

ce  Sopater,  fils  d'Épicrate,  ayant  été  chorége,  agonothète  et  stépha- 
nophore,  [a  fait  construire]  Yanalemme ,  la  cercide  et  le  béme  (47) 
[du  théâtre  et  a  dédié  le  tout]  à  Bacchus  et  au  Peuple.  » 

Les  mêmes  observations  s'appliquent  à  l'inscription  qui  se  lit  sur 
le  piédestal  d'une  statue  trouvée  dans  l'île  de  Cos  par  Villoison  (48)  : 

Âya6-^  tu^t)-  CA  pouXà  twv  Keuov  tov  àvSptavTa.     «...Le  sénat   de   Cos  [a 

élevé]  cette  statue.  » 

Sur  la  façade  d'un  temple  antique,  à  Naples  (49) ,  on  lit  une  in- 
scription en  deux  lignes  qui  forment  chacune  un  sens  distinct  que 
n'ont  compris  ni  Gruter,  ni  Graevius  :  la  première  ligne  est  ainsi 


dédicace  d'une  schola  et  d'un  horologium  par  les  deux  mêmes  personnages  ;  seu- 
lement dans  cette  inscription  le  prénom  du  premier  est  écrit  SANDITIANVS,  celui 
du  second  EPIDIANVS.  ]  Une  inscription  latine  du  recueil  de  Gruter  (  LXXXV,  23) 
mentionne  un  particulier  qui  a  fait  les  ornements  des  colonnes  de  l'entrée  du 
temple  et  l'entablement  :  columuas  cum  epislylio  Deo  magno  Serapidi  in 
inlroïlum  exornavit.  [Cf.  Corpus  Inscr.  gr.,  nos  1947,  2748  :  dédicaces  analo- 
gues.] —  Il  me  paraît  qu'on  a  quelquefois  donné  le  nom  de  «rruioTrivâxia  à  ces  cadres 
qui,  ménagés  ainsi  au  milieu  des  colonnes  des  temples,  étaient  destinés  à  recevoir 
non-seulement  des  inscriptions,  mais  même  des  bas-reliefs  représentant  divers  su- 
jets, quoique  ce  mot  ait  signifié  principalement  des  tableaux  suspendus  aux  colon- 
nes; et  je  crois  qu'il  faut  entendre  comme  de  semblables  cadres  les  <7TuAo7uvâxta 
ménagés  dans  les  colonnes  du  temple  d'Apollonis,  mère  d'Attale  et  d'Eumène,  et 
sur  lesquels  on  voyait  des  bas-reliefs  représentant  des  traits  de  l'histoire  héroïque, 
accompagnés  d'inscriptions  qui  nous  ont  été  conservées  :  'ETtiypâfifj.xra  a.  sis  rà. 

oru)i07nvâxia  hjiypxizxo  TX£pté^ovzce.  àvay^ûyouç  IsxQpLv.q.  Cod.  Vat.  Anthol.  dp.  Jacobs , 

Exercit.  cril.  in  script,  vet.,  II,  p.  139. 

(46)  Chandler,  Inscr.  ant ,  part,  i,  n°  lvi  ;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2681;  Le  Bas , 
Voyage  arch.  en  Grèce  et  en  Asie  Min.,  Partie  V.  n°  269. 

(47)  Ne  sachant  pas  au  juste  les  parties  du  théâtre  que  désignent  ces  mots ,  je 
n'essaye  pas  de  les  traduire.  La  note  érudite  de  Casaubon  ad  Theophrast.  Char  ad. 
p.  52,  éd.  Needham)  sur  le  mot  xspxi's  ne  lève  pas  mon  incertitude.  [Le  commentaire 
du  savant  éditeur  du  Corpus  Inscr.  gr.  n'est  guère  plus  concluant  sur  ce  sujet.  J 

(48)  Acad.  des  Inscr.,  Mém.  t.  XLVII ,  p.  325;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  2505. 

(49)  Gruter,  XCVIII,  7. 


STYI  I  I  I  I.IPTIQUR  DES  INSCRIPTIONS, 
conçue  :  Tcfo'pto;  'louXto;  Tapao;  Ato<xxoupot;  xai  t9j  IloXet  tov  vaov  xa\  xât 
îv  tuj  vaco.  La  deOlîème  Ugoe  porte  :  IUXoÎymv,  2eêa<rcou  (XTreXeuOepoç 
xat  £7NTpoiro;,  «ruvreXecia;  £x  tiov  iûûov  xaOtepwdev.  Il  est  évident  que  la 
première  ligne  forme  une  proposition  complète  pour  le  sens,  ann- 
lOgae  aux  exemples  déjà  cités,  et  <ju'elle  mentionne  la  construction 
du  temple  et  de  ce  qu'il  renferme;  la  seconde  contient  le  nom  de 
celui  qui  a  achevé  et  dédié  ;  en  sorte  qu'il  faut  les  traduire  ainsi  l'une 
et  l'autre  :  «  Tibérius  Julius  Tarsus  [a  fait  faire]  le  temple  et  ce  qu'il 
contient,  pour  les  Dioscures  et  pour  la  Ville.  »  —  «  Pélagon  (50), 
affranchi  d'Auguste  et  procurateur  [de  César] ,  l'ayant  achevé  a  ses 
frais,  en  a  fait  la  dédicace.  » 

La  môme  ellipse  existe  dans  les  inscriptions  funéraires.  Ainsi  (51)  : 
Tsp —  HXàxo)voç  Ilaxapet  [tw]  xat  HavOi'w  (52),  TroXeiT£uaaiji.£vo)  oéxa 
sv     touç    xaTa    Auxiav    ttoXegiv    7ra<iai; ,    x^v    àffToO-rçxyjv    'Iaatov    ÂvTifOvou 

Ilaxapsuç.  «  Jason ,  fils  d'Antigonus,  de  Patares,  a  construit  ce  tom- 
«  beau  à  Ter....,  (ils  de  Platon,  de  Patares,  dit  Xanthius,  qui  a  ad- 
«  ministre  dix  fois  (53)  dans  toutes  les  villes  de  Lycie,  »  et  ail- 
leurs (54)  :   Â^iXXeùç   'ETOceppa  tyj    îSta  yuvatxl  Te^tvia    Mup-raXr,  |xviq(xy)Ç 

TeXeuxaiaç  ^apiv  rJjv  aopov.  «  Achille,  fils  d'Épaphras  (55),  [a  élevé]  ce 
tombeau  à  sa  femme  Geminia  Myrtalé  ,  comme  dernier  souvenir.  » 
Enfin,  pour  terminer  par  un  monument  trouvé  en  Egypte,  je 
citerai  l'inscription  de  l'île  des  Cataractes  où  nous  lisons  cette 
phrase...  :  Ba<7tXi<rcat....  ©eoiç....  t^v  gt^X'/jv  xal  xà  ^'[/.axa  (56),  avec 

l'ellipse  de  deux  verbes;  ce  qui  ne  peut  signifier  que  :  «  ....  [ont 
«  élevé]  la  stèle  et  [fourni]  l'argent.  » 


(50)  Si  ce  Pélagon  est  le  même  que  celui  dont  parle  Tacite  (Annales,  XIV,  59), 
l'inscription  et  le  temple  appartiendraient  au  temps  de  Néron. 

(51)  Iriser.  Palar.  n°  v,  ap.  Walpole,  Travels  in  various  Countries,  t.  II, 
p.  541  ;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  4293  [où  l'on  trouve  un  meilleur  texte  de  cette  in- 
scription]. 

(52)  Les  doubles  noms  sont  fort  communs  dans  les  inscriptions  de  Patara. 
Voy.  n09  3,  7,  8,  9,  dans  Walpole,  p.  538  etsuiv.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°*  4295,  4288, 
4289.  [Ici  Xanlhios  n'est,  sans  doute,  que  le  titre  de  citoyen  de  Xanlhus ,  ville 
voisine  de  Patares.  et  le  verbe  Troitreûo/jiai  ne  désigne  que  l'exercice  du  droit  de 
citoyen.  Ci.  n°  2811  b  et  3674.] 

(53)  Sur  l'emploi  de  ôi/a  pour  <S«xâxc; ,  voyez  mon  Examen  critique  de  l'Inscrip- 
tion de  Silco  ,  p.  9.  [Cf.  Corpus  Inscr.  gr.t  n08  5072  et  4293.] 

(54)  Mcntfaucon,  Diariumllal.,p  202. 

(55)  Montfaucon  traduit  stchilles  Epaphra,  comme  si  EUA*PA  était  le  deuxième 
nom  ;  ce  mot  est  le  génitif  de  ETraypâî  diminutif  de  'ExocfpoSiToç.  [Cf.  Recueil  des 
Inscr.  de  VKgypte,  t.  II,  p.  54-5G  et  140  ;  le  nom  'Emxfpâi  se  retrouve  au  génitif 
dans  une  inscription  du  Corpus ,  n°  1732.] 

Recherche s,  etc.,  p.  378;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°4893. 


218  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

§  III.  Exemples  analogues  aux  inscriptions  de  Parembolé,  de  Philes 
et  d'Apollonopolis. 

Je  n'ai  plus  qu'un  mot  à  dire  des  trois  autres  inscriptions  qui  pré- 
sentent une  forme  plus  elliptique  encore,  puisqu'on  y  chercherait  en 
vain  ,  non-seulement  le  verbe,  mais  encore  le  nom  de  l'objet  et  jus- 
qu'au nom  des  auteurs  du  monument. 

Celle  de  Parembolé  (57)  est  ainsi  conçue  :  «Pour  la  conservation 

du  roi  Ptolémée  et  de  la  reine  Cléopâlre à  Isis,  à  Sérapis.  » 

Je  dis  que  ceux  qui  lisaient  l'inscription  suppléaient  sans  nulle  in- 
certitude le  substantif  sous-entendu,  qui  est  toujours  le  nom  de  l'ob- 
jet, c'est -à  dire  T0  7rpo7nAov  :  le  verbe  sous-entendu  est  le  même  que 
dans  les  inscriptions  précédentes;  et  quant  au  nom  de  ceux  qui  ont 
élevé  le  monument,  on  sait  qu'en  des  cas  pareils,  c'est  toujours  quel- 
que magistrat  du  lieu  qui  en  est  l'auteur.  Outre  les  preuves  que  j'en 
ai  données  plus  haut,  je  citerai  cette  inscription  trouvée  en  Syrie 
par  Burckhardt  (58)  :  'Yrcèp  atoTY]p(aç  xat  v(xy]çtwv  xupttov  auToxpato'pcov 
M.  AùpyjXiou  'Avtwvst vou  xal  A.  Aupr)Aiou...  uïoïï  auxou,  2sêa<yr«v,  èv\  Map- 
tt'ou  Où^pou  Trpsaê.  2sê.  àvttCTp.,  !<p£aTWT0ç  IleTOUffiov  EôS^ou  y p  Xgy.t  [^J 

<t>X.  <ï>.  (59).  «  Pour  la  conservation  et  la  victoire  des  seigneurs  em- 
pereurs Marc-Aurèle  Antonin  et  Lucius  Aurèle  Vérus,  son  fils, 
Augustes,  Martius  Vérus  étant  lieutenant  Augustal  et  propréteur, 
sous  la  surveillance  de  PétusiusEudémus,  tribun  de  la  seizième  lé- 
gion Flavia  Firma  (60),  [cet  édifice  a  été  élevé].  » 

Les  deux  autres  inscriptions,  celle  de  Philes  et  d'ApolIonopo- 
lis  (61),  présentent  cette  phrase  ;  Tel  roi  à  telle  divinité.  L'analyse 
des  circonstances  relatives  à  chacune  d'elles  nous  a  déjà  prouvé 
quelle  était  l'unique  idée  que  cette  phrase  rappelle.  Nous  citerons  à 
l'appui  plusieurs  exemples. 

Sur  la  façade  d'un  temple,  à  Athènes  (62),  on  lit  cette  inscrip- 

(57)  Recherches ,  etc.,  p.  31;  Recueil  des  inscr.  de  l'Egypte,  n*Z}  Corpus 
Inscr.  gr.y  n°  4979. 

(58)  Travels  in  Syria ,  etc.,  p.  73.  Cf.  Recherches,  etc.,  p.  413  j  Corpus 
Inscr.  gr.t  n°  4601. 

(59)  Il  est  à  remarquer  que  dans  cette  inscription  les  oméga  sont  figurés  de  deux 
manières ,  Q)  et  W>  de  même  que  les  omicron,  qui  ont  tantôt  la  forme  ordinaire 
et  tantôt  celle  d'un  carré. 

(60)  Voyez  Recherches,  etc.,  p.  413.  Cf.  Corpus  Inscr.  gr.,  n°  4543. 

(61)  Recueil  des  Inscr.  de  l'Eg.>  nos  7  et  8  ;  Corpus  Insc.  gr.,  n°  4895  et  4716  c. 

(62)  Stuart,  Anliq.  d'Athènes,  I,  p.  19,  trad.  franc.;  Corpus  Inscr.  gr.,  n°477. 


STYLE   ELLIPTIQUE   DES  INSCRIPTIONS.  Î19 

tion.dont  je  ne  citerai  que  le  commencement  :  'O  d%oç  àr.h  twv  3o6et- 
<xwv  Swpccov  uro  Tatou  'louXtou  Kafoapo;  xal  aÙTOxpaTOpo;  Kat'aapoç  Geou  otoïï 
ieêacrrou,  AOr^vî  àp/^ycTiSt  (suivent  les  noms  des  magistrats  en  charge): 
«  Le  peuple  [d'Ailiènes]  à  Minerve  Arrhégétis,  avec  les  dons  accor- 
dés par  Caïui  Julius  César  et  l'empereur  César  Auguste,  fils  du  di- 
vin César....  »  On  supplée  nécessairement  tôv  vaov  bifhpm  ou 
faofopfv,  a  consacré  ou  fait  ce  temple.  11  ne  s'agit  pas  ici  de  la  dédi- 
cace d'un  moillfmeflf  plus  ancien;  les  mots  à™  twv  ôoôsio-wv  owpewv  ne 
permettent  pas  <l*en  douter. 

Pourrait-on  entendre  d'une  autre  manière  l'inscription  du  trophée 
de  Irois  cent  soixante  armures  prises  sur  les  Perses  et  qu'Alexandre 
(it  déposer  dans  l'Acropole  d'Athènes  (63):  'AXél-avSpoç  <I>iXi7rc:ou  xal  o\ 
tXXyjvgç,  ttX^v  Aaxe§aiu.ovtwv,  ireb  twv  papêapwv  twv  t^jv  'Asfav  xoctoixouvtwv. 
«  Alexandre,  fils  de  Philippe,  et  les  Grecs,  excepté  les  Lacédé- 
moniens,  [consacrent  à  Minerve  ces  armes]  prises  aux  barbares 
d'Asie.  » 

Enfin  l'inscription  du  phare  d'Alexandrie  ;  2w<7Tporcoç  KviÔio;  Aeçi- 
©avouç  0soTç  IwTylpc'.v  uTràp  twv  t:Xoh^ou.£vo)v  (64),  offre  précisément  la 
môme  locution ,  et  tous  les  lecteurs  y  suppléaient  sans  effort  :  toutov 

tov  Trupyov  xatEffxeuacre. 

Letronne. 


(63)  Arrien  ,  Exped.  Alex.,  I,  16,  §  11.  [Cf.  Virg.  /En.  III,  288  :  /Eneas  hœc 
de  Danais  vicloribus  arma], 

(64)  Recueil  des  Inscr.  de  l'Egypte,  n°  562. 


LETTRE  A  M.  VICTOR  LANGLOTS 


SUR  LA 


LÉGENDE  ARABE  D'UNE  MONNAIE  BILINGUE  D'HÉTHUM, 

ROI  CHRÉTIEN  D'ARMÉNIE. 

Mon  cher  Ami, 

Je  m'empresse  de  répondre  à  ta  dernière  lettre,  où  tu  me  demandes 
mon  avis  sur  l'interprétation  de  l'inscription  arabe  du  revers  d  une 
monnaie  d'argent  bilingue  du  cabinet  de  M.  le  marquis  de  Lagoy. 
J'avoue  qu'il  m'a  fallu  une  sérieuse  attention  pour  venir  à  bout  de  te 
donner  une  explication  raisonnable  de  ce  monument.  Cependant  je 
crois  avoir  rencontré  la  solution  du  problème  et  je  t'envoie  la  trans- 
cription de  la  légende  arabe ,  telle  qu'à  mon  avis  elle  doit  exister 
sur  la  médaille. 


D'abord  je  te  ferai  remarquer  que  le  lieu  de  la  fabrication  et  le 
millésime  courent  autour  du  cordon  de  grènetis  que  l'on  remarque 
sur  les  deux  faces  de  la  pièce,  et  je  les  lis  : 

Frappé  à  Sis  Van  quarante  et 

Le  reste  de  la  date  est  illisible ,  attendu  le  peu  de  conservation  de 
la  pièce  vers  la  fin  de  la  légende  circulaire.  Quant  aux  trois  autres 
lignes  qui  forment  le  point  principal  de  la  légende,  je  crois  qu'il  faut 
y  voir  la  formule  suivante  : 

Le  sultan  auguste  Yâd-Eddin,  fils  de  Khiad-Eddin  Kaïhousraf,  fils 

de  Kai-Kbad, 


i  r.  i  n;i:   A   M.    VICTOK    tXnêLOlS.  2*21 

Tu  sais,  en  effet ,  < j ut*  Kal-KaOUfl  s'appelait  Azz-Eddin  ou  Gôz- 
Bddio  et  qu'il  succéda  I  Khiad-Kddin  Kaihousraf  00  Kaihousrou, 
iils  lui-môme  et  successeur  de  Kai-Kohad  ,  princes  qui  tous  trois 
soutinrent  avec  éclat  dans  lconium  (Konieh),  le  nom  déjà  glorieux 
des  Zeldjoukides. 

Cette  généalogie  ainsi  exprimée  sur  un  monument,  ce  qu'on  pour- 
rait appeler  m  livre  d'or  de  noblesse,  ne  doit  point  t'étonner,  si  tu 
te  rappelles  que  nous  avons  constaté  ensemble  sur  les  monnaies  de 
plusieurs  khalifs  de  l'Espagne  des  généalogies  beaucoup  plus  com- 
pliquées ,  qui  remontaient  quelquefois  au  père  de  la  race. 

Au  reste  le  nom  de  Azz-Eddin  Kaikaous  n'est  point  déplacé  sur 
une  pièce  d'Héthum  Irr,  dont  il  était  le  contemporain,  et  la  puis- 
sance d'un  sultan  de  Konieh  sur  la  monnaie  chrétienne  nous  ap- 
prend d'une  manière  positive  que  les  turks  Zeldjoukides  en  soumet- 
tant l'Arménie,  voulaient  montrer  leur  suzeraineté  sur  les  rois  de 
ce  pays. 

MOHAMMED-BEY , 

Capitaine  du  service  de  S.  H.  le  vice-roi  de  l'Egypte. 
Versailles,  3  juin  1850. 


OBSERVATIONS  SUR  LA  LETTRE  PRÉCÉDENTE. 

Lorsque  M.  le  marquis  de  Lagoy,  voulut  bien  me  communiquer 
il  y  a  quelque  temps  les  pièces  Roupéniennes  de  sa  collection  pour 
les  étudier,  je  remarquai  une  monnaie  d'argent  à  l'effigie  d'Hé- 
thum Ier,  portant  au  revers  une  inscription  arabe.  Je  me  hâtai  de 
comparer  cette  pièce  avec  celle  qu'Adler  avait  publiée  dans  \e  Muséum 
cuf.  Borgia  (p.  61-62),  et  qui  offrait  à  part  quelques  différences 
dans  la  légende  une  identité  parfaite  avec  la  médaille  de  M.  le  mar- 
quis de  Lagoy.  N'étant  pas  sûr,  du  reste,  de  quelques  lettres  qui 
semblaient  donner  un  nom  nouveau,  celui  de  Kaikaous ,  j'écrivis  à 
mon  ami  le  capitaine  Mohammed-bey,  qui  s'était  occupé  de  numis- 
matique arabe  ;  il  m'envoya  la  transcription  de  la  légende  telle 
qu'il  l'avait  restituée  et  je  ne  doutai  plus  que  la  pièce  en  question 
ne  fût  inédite. 

Cependant  le  nom  de  Kaikaous  manquait,  et  se  trouvait  remplacé 
par  son  autre  nom  Yâz-Eddin.  Quoique  ce  surnom  fut  bien  celui  de 
Kaikaous,  cette    omission   du   nom    principal   m'inspira    quelques 


222  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

doutes,  et  je  recommençai  de  nouveau  à  étudier  l'inscription  de  la 
médaille  bilingue. 

Je  m'assurai  alors  que  la  légende  était  bien  celle-ci ,  contraire- 
ment à  l'opinion  émise  par  Mohammed-bey. 

En  marge  : 
Dans  le  champ  : 

Frappé  à  Sis (Le  reste  est  fruste). 

Le  sultan  auguste , 

Flambeau  du  monde  et  de  la  religion , 

Kaïkosrou ,  fils  de  Kaikobad. 

Le  nom  de  Kaïkaous  n'existait  pas  sur  la  monnaie  bilingue  et  ce 
qui  avait  causé  l'erreur,  c'est  la  ressemblance  des  mots  Uj*>JI  oi>L* , 
splendeur  du  monde,  avec  le  nom  propre  ^.^  jUé  ,  Yàz-Eddin, 
que  Mohammed-bey  avait  cru  lire  sur  la  monnaie. 

Cette  pièce  déjà  connue  depuis  longtemps  avait  donné  lieu  à  des 
interprétations  très-différentes.  Tristan  et  du  Cange  qui  les  premiers 
l'avaient  publiée,  l'un  dans  ses  Commentaires  historiques,  et  l'autre 
dans  son  édition  de  Joinville  (diss.  xvi),  avaient  cru  lire  le  nom  de 
Chosroës ,  fils  de  Cabadès ,  roi  de  Perse  ;  je  ne  sais  comment  les  deux 
savants  auteurs  comprenaient  cette  représentation  de  Chosroës  et 
d'Héthum  sur  une  médaille,  puisqu'ils  n'ignoraient  cependant  pas 
que  huit  siècles  les  séparaient  l'un  de  l'autre.  Adler,  Sestini  et  après 
eux  MM.  Brosset  (Monogr.  des  monnaies  armén.),  et  Krafft  (Rup. 
Munzen)  avaient  publié  des  monnaies  presque  semblables,  mais  por- 
tant des  dates  différentes;  sur  la  monnaie  du  musée  Borgia,  Adler 
avait  lu  la  date  : 

Frappé  à  Sis ,  Tan  six  cent  trente-sept. 

M.  Brosset  avait  reconnu  l'année  641  sur  la  médaille  du  musée 
asiatique  de  Saint-Pétersbourg;  la  médaille  du  cabinet  de  M.  le 
marquis  de  Lagoy  sur  laquelle  on  lit  la  première  partie  de  la  date ,  me 


I  II  III.    A    M.    V.    LANGLOIS.  223 

pareil  être  la  nirinc  (juc  la  pièce  du  musée  asiatique,  dontMohainmed- 
bey  avilit  lu  seulement  une  partie,  le  nombre  quaraote  (jwjî,  peut- 
être  tuù  cent  quarante  et  un?  qui  cQrreepondà  l'an  i  -j  v:j  de  notre  ère. 
Cette  date  en  effet  rentre  bien  dam  le  règne  dTIéthum  qui  gou- 
verna I* Arménie  de  l'an  1224  à  1249.  C'est  aussi  vers  cette  époque, 
au  dire  de  Joinville  ,  que  I  létlium  obtint  de  Mangou  ,  Khan  des  Tar- 
tares,  un  secours,  avec  l'aide  duquel  il  vainquit  le  sultan  deKonieh 
et  s'affranchit  du  tribut  qu'il  lui  devait. 

L'autre  côté  de  la  médaille  n'offre  aucune  difficulté;  on  y  lit  : 

+  AtrfrnMT  (WHlbOP  AUOnQ.  —  Hethoum  Tliachavor 
Hajotz.  —  Héthum,  roi  des  Arméniens.  —  Le  roi  marchant  à  droite 
et  tenant  un  sceptre,  dans  le  champ,  un  croissant ,  une  croix  et  une 
étoile. 

Telles  sont  les  observations  que  j'ai  cru  utile  de  joindre  à  la 
lettre  du  capitaine  Mohammed-bey,  dont  le  contenu  était  trop  in- 
suffisant pour  satisfaire  complètement  les  lecteurs  de  la  Reçue. 


Victor  Langlois. 


NOTICE 

SUR 

LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  JEAN ,   DUC  DE  BERRI , 

EN  1416  (1). 


LIVRES   DE   THEOLOGIE. 

La  bibliothèque  du  duc  de  Berri  était  riche  en  livres  de  dévotion. 
On  y  compte  neuf  belles  bibles,  dont  deux  en  latin,  et  cinq  en 
français,  huit  pseautiers,  dix  livres  d'heures  huit  bréviaires;  quel- 
ques autres  livres  de  liturgie.  En  fait  de  Pères  de  l'Eglise  on  n'y 
rencontre  que  saint  Grégoire  et  saint  Augustin.  Saint  Jérôme  y  est 
mentionné ,  mais  seulement  pour  sa  traduction  du  psautier.  Au 
reste ,  voici  rénumération  exacte  de  ces  livres. 

Une  très-belle  bible,  en  français  (n°  54)  (2).  —  Autre,  donnée 
au  duc  de  Berri  par  Raoulet  d'Octonville,  l'un  des  assassins  du  duc 
d'Orléans  (n°  37).  —  Autre,  en  un  volume  (art.  lxxvii  du  ms.). — 
Autre,  en  latin,  aux  armes  du  pape  Clément  V  (art.  cix).  —  La 
bible  de  Robert,  roi  de  Sicile  (art.  cxvi).  —  Autre,  en  deux  petits 
volumes,  donnée  par  le  vidame  de  Laonnois  (3)  (art.  cxvn). — 
Autre,  en  français  (n°  5).  —Petite  bible,  en  latin,  donnée  par  le 
premier  président  du  parlement  (art.  clxxii).  —  Autre,  en  français, 
en  deux  volumes,  donnée  par  le  roi  Charles  V  (n°  7).  —  La  bible 
abrégée  (n°  79). 

Les  épîtres  et  évangiles ,  en  français  (n°  57).  —  Les  évangiles, 
avec  glose  (art.  clxxiv). 

Le  livre  des  rois  (art.  xx). 

Le  livre  de  la  Passion  de  Notre-Seigneur  (art.  clxiii). 

Le  psautier  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry  (4)  (n°  7).  —  Un 

(1)  Voir  plus  haut ,  p-  144. 

(2)  Les  chiffres  arabes  renvoient  aux  numéros  de  nos  citations ,  et  les  chiffres 
romains,  aux  articles  du  manuscrit  des  archives. 

(3)  Jean  de  Montagu  ,  qui  fut  l'un  des  favoris  du  duc  de  Berri. 

(4)  On  sait  avec  quelle  aideur  fut  épousée  en  France  la  querelle  du  fameux  con- 
tradicteur du  monarque  anglais  Henri  II.  L'église  de  Saint-Thomas  du  Louvre,  à 
Paris,  rendait  un  culte  particulier  au  célèbre  archevêque  de  Cantorbéry. 


lUlU.ioi  ni  «h  i     Dfl    il-: AN,   DL(     DE    BEAU.  ISfi 

peetatittfi  tu  latin  et  en  frangait*  priât  par  André  Beannepveu 

(n°  3).  —  Autre  pseauticr,  do  la  traduction  d<>  saint  Jérôme,  avec  les 
sept  pseaomes  de  la  pénitence ,  compilés  par  Pétrarque  (art.  cxxv). 
—  Le  pseantiei  de  feu  ]ean  de  Montaga  (art.  cxxvi).  —  Les  sept 
pseauines  de  la  pénitence  avec  paraphrase,  donné  en  étreimei  an 
dm  de  Berri,  par  Christine  de  Pisan  (art.  <:xxvm).  —  Autre  ptéail- 
lier,  donné  en  étrennes  par  Simon  Alligret  (art.  clxxiii). — Autre, 
donné  par  Arnoul  Belin ,  trésorier  de  la  Sainte-Chapelle  de  Bourges 
vn"  19). 

Les  heures  de  pucelle  (art.  i).  —  Très-riches  heures  (n°  2).  — 
Heures  de  Notre-Dame  (n°  54).  — Autres  (art.  cxi).  —  Heures, 
pointes  par  Jacquemart  de  Hodin  (n°  56).  —  Les  heures  du  roi  Jean 
(n°  20).  —  Heures  de  Notre-Dame  (art.  cxlviii). —  Autres  (n08 11, 
12  et  13). 

Un  bréviaire  en  deux  volumes,  à  miniatures  en  noir,  aux  armes 
d'Orléans  (art.  lviii).  —  Autre,  appelé  les  brévières  de  Belleville , 
à  l'usage  des  jacobins  (art.  cxiv).  —  Bréviaire  à  l'usage  de  Paris , 
ayant  appartenu  au  roi  (l)  (art.  cxxn).  —  Autre,  en  deux  petits 
volumes ,  donné  par  le  duc  de  Guienne  (n°  65).  —  Autre ,  en  deux 
volumes,  à  l'usage  de  Paris,  donné  par  la  veuve  de  Pierre  de  Navarre 
(art  cxlix).  —  Autre  (n°  49).  —  Autre,  à  l'usage  de  Paris,  donné 
par  l'évoque  de  Gap  (art.  clxx).  —  Bréviaire  bien  portatif,  à  l'usage 
de  Paris,  donné  par  le  roi  (art.  clxxi). 

Missel ,  à  l'usage  de  Paris ,  donné  par  l'archevêque  de  Sens  (2) 
(n°  48).  —  Autre  missel ,  acheté  cent  écus  d'or  (art.  clii). 

Un  collectaire ,  donné  par  la  veuve  de  Pierre  de  Navarre  (art.  cl). 

Un  pontifical  (n°  14). 

Un  livre  du  sacre  (art.  xliii). 

Le  rational  (n°  24) ,  c'est  la  traduction  du  Rationale  divinorum 
officiorum  de  Guillaume  Durant,  évêque  deMende,  faite  par  Jean 
Goulain  ,  par  ordre  de  Charles  V  (3). 

La  légende  dorée  de  Jacques  de  Voragine.  —  «  Un  très  bel  livre 
de  la  légende  dorée....  à  deux  fermouers  d'argent  dorez,  esmaillez 
de  saint  Jehan  et  saint  Jacques.  »  (Art.  xxvii.) 

Le  livre  des  Miracles  de  Notre-Dame ,  donné  par  le  roi  (arti- 
cle lxxxxvii). 

(1)  Charle>\! 

(2)  On  sait  que  Paris  ne  devint  siège  métropolitain  qu'en  lAfS. 

«  >  manuscrit  se  trouve  actuellement  à  la  Bibliothèque  nationale  (Voy.  P.  Pa- 
ri», âimmscriU  français .  t.  Il,  p.  73). 

vu.  15 


2*26  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Un  livre  en  français  :  Des  louanges  de  saint  Jeari  l'Évangéliste, 
aux  armes  de  la  duchesse  de  Berri  (n°  15). 

Un  petit  livre  de  l'office  de  la  conversion  de  saint  Paul  (n°  40). 

La  vie  de  saint  Germain  d'Auxerre  (n°  30). 

La  vie  et  translation  de  saint  Gildas  (art.  lv). 

L'histoire  des  trois  Maries ,  de  Jean  de  Venette  (n°  38). 

Un  livre  de  la  canonisation  de  Charles  de  Blois  (n°  59). 

Un  petit  livre  bien  ancien,  de  la  vie  des  Pères,  en  français,  payé 
douze  écus  d'or  (art.  cxli). 

Les  Homélies  de  saint  Grégoire  (art.  xxxvi). — Le  livre  du 
Dialogue  de  saint  Grégoire  (art.  xxxvn). — Autre,  acheté  quinze  écus 
d'or  (art.  cxm).  —  Autre ,  acheté  dix  écus  d'or  (art.  eux). 

Le  livre  de  la  Cité  de  Dieu ,  translaté  en  françois  (n08  75  et  76)  : 
c'est  la  traduction  de  Raoul  de  Presles. — Autre  (art.  lxxviii).  — 
Autre,  en  deux  volumes,  historié;  donné  par  Jacques  Courau 
(art.  lxxxxiii).  —  Autre,  donné  par  le  secrétaire  du  roi,  Salemon 
(n°  4).  —  Autre ,  en  deux  volumes ,  donné  par  le  roi  (n°  50). 

Une  exposition  sur  l'Écriture  sainte,  désignée  par  ses  premiers 
mots ,  sous  le  titre  de  :  Cy  nous  dit  (n08  9  et  64). 

Un  petit  roman  de  Miserere  mei  Deus  (art.  xlviii). 

Un  petit  livre  en  français  du  pseaume  de  Eructavit  (art.  xlix). 

Autres  livres  de  dévotion  (n°  55  et  art.  clvii). 

Le  livre  de  l'Empereur  céleste  (n°  2). 

LIVRES  DE  MORALE  ET   DE  POÉSIE. 

Le  livre  des  Dits  des  philosophes  (art.  xix)  bizarrement  accouplé , 
dans  un  même  volume,  à  plusieurs  Vies  de  saints  et  au  Bestiaire 
d'amour. 

Le  livre  de  Pétrarque  :  des  Remèdes  de  l'une  et  l'autre  fortune, 
translaté  en  français  (n°  1),  traduction  de  Nicolas  Oresme,  ou  de  Jean 
d'Augin  (1). 

Boccace.  «Le  livre  des  Femmes  nobles  et  renommées,  que  list 
Jehan  Boccace,  escript  en  françois.  »  (Art.  lxxxxi).  C'est  la  tra- 
duction de  Laurent  de  Premier-fait.  Voy.  aussi  le  n°  21  de  nos 
citations. 

Le  livre  du  Pèlerin  (n°  70),  par  Guillaume  de  Guilleville. 

(1)  Voy.  la  BiblivUûque  protypographiyue. 


Hlhl  loi  lli.ni  |    1  > I-     1KAN,   DUC    1)1     BBR1I,  227 

Le  liuv  du  f  *  «  *  I  <•  1 1 1 1 .  i  i_z  «  -  de  la  Nie  humaine  (art.  ci.w  ,  par  le  môme; 

mis  en  prose  par  Gallopei ,  Hti  I  ino  (1). 
Le  Trésor  de  sapteocê  (art.  ai),  par  lëad  (i^rson. 

Ll  li\rc  de  la  Paix.  —  k  Ung  outre  livre  qui  est  intitulé  le  livre 
de  la  Paix,  escript  en  iraneoNs....  Lequel  livre  damoiselle  Crétine 
de  Piian  donna  à  Monditseigncur i t  (Art.  ci.xix.) 

La  IMiitation  de  fortune,  «  en  françoys  rimé,  compilé  par  une 
damoiselle  appellée  Cristine  de  Pizan....  Lequel  livre,  ladicte  damoi- 
selle donna  à  Monseigneur  (le  duc  de  Rerri),  ou  mois  de  mars,  l'an 
miLcccc  et  trois.  »  (Art.  cm)  (2). 

Le  Miroir  des  dames  (n°  6). 

Le  livre  des  Bonnes  Mœurs,  lequel  parle  du  remède  qui  est  contre 
les  sept  péchés  mortels,  et  des  trois  états  (art.  cxlti). 

De  l'Information  des  rois  et  des  princes ,  par  un  maître  en  théo- 
logie de  l'ordre  de  saint  Dominique  (art.  cxl)  (3). 

Du  Gouvernement  des  Rois ,  en  français  (art.  xxix)  ;  c'est  la 
traduction  faite  par  ordre  de  Philippe  le  Bel ,  par  Henry  Gauchy  ou 
Ganchy,  de  l'ouvrage  de  Giles  de  Rome,  intitulé  :  De  regimine  prin- 
cipum  (4).  — Autre  (art.  xliv.) —  Autre,  ayant  appartenu  au  comte 
d'Étampes  (art.  xlv).  —  Autre  (art.  cxxx)  (5). 

Boëce  :  De  Consolation  (art.  lxx),  où  il  est  mêlé  à  plusieurs  autres 
ouvrages.  C'est  la  traduction  de  Jean  de  Meun. 

Sydrac.  «Un  livre  de  Sydrac,  escripten  françoys.»(Art.  lxxxix)(6). 

«  Le  livre  de  Longue  Étude,  fait  et  compilé  par  une  femme  appellée 
Cristine.  »  (Art.  lxxxiii.)  C'est  Christine  de  Pisan. 

Le  roman  de  la  Rose.  — On  trouve  trois  exemplaires  de  ce  char- 
mant livre,  dans  notre  catalogue,  où  il  se  trouve  deux  fois,  entre- 
mêlé avec  d'autres  romans  en  vers  (voy.  les  nos  10  et  47  de  nos  cita- 
tions, et  l'art,  lxx  du  MS.  orig.)  (7). 

Le  romans  de  l'Humain,  voyage  de  vie  humaine,  qui  est  exposé 
sur  le  roman  de  la  Rose  (n°  48). 


(1)  Voy.  la  Bibliothèque  prolypographique. 

(2)  On  verra  plus  bas ,  deux  autres  ouvrages  de  Christine  de  Pisan. 

(3)  Cet  ouvrage  peut  être  le  même  que  le  suivant. 

(4)  Voy.  Bibl.  du  Louvre,  p.  21. 

(5)  Voy.  encore  le  n°  27  de  nos  citations. 

(6)  «  La  fontaine  de  toutes  sciences  du  philosophe  Sydrac,  passe  pour  avoir  été 
composée  par  un  anonyme  dans  le  XIII0  siècle.  Antoine  Véranl  l'a  fait  imprimer  en 
1486.  Ce  dernier  ouvrage  est  en  prose.  »  (Van  Prael ,  Bibl.  du  Louvre,  p.  72.) 

(7)  On  trouve  un  roman  de  la  Rose  en  prose  dans  le  catalogue  des  ducs  de  Bour 
bon  que  nous  avons  déjà  cité  (  Mélanges  de  la  Soc.  des  Bibliophiles,  p.  10 


228  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Les  roman  du  Renard,  ainsi  désigné  :  «  Un  livre  de  Regnart  et 
plusieurs  autres  livres  dedens  (art.  xxiv). 

Le  roman  du  Brut  (art.  clxi). 

Lancelot  du  Lac.  —  «Item,  un  grand  livre  appelle  le  livre  de 
Lancelotdu  Lac.  »  (Art.  lxxi). 

Le  roman  des  Quatre-Fils-Aymon.  «  Un  romans  qui  parle  des 
quatre  fils  Haymon,  de  Rollant  et  Ollivier,  »  acheté  par  le  duc  de 
Berri  à  son  secrétaire  Jean  Flamel  (art.  cv). 

Le  roman  de  Godefroi  de  Bouillon  (n°  64). 

Le  roman  de  la  Penthère  (n°  10). 

Le  roman  de  la  Violette  (n°  10). 

Le  livre  de  Machaut  (art.  xi). 

Lais  et  Ballades,  «  Item  ,  un  autre  livre,  escript  et  noté,  de  Lais 
anciens.  »  (N°  29.)  —  «  Item,  un  livre  compilé  de  pluseurs  Balades 
et  Dictiez,  faict  et  composé  par  damoiselle  Cristine  de  Pizan.... 
lequel  livre,  monseigneur  a  acheté  de  ladicte  damoiselle  ncescus.  » 
(Art.  ex)  (1). 

Nous  placerons  encore  ici  ces  livres  qui  se  présentent  si  fréquem- 
ment dans  toute  bibliothèque  du  moyen  âge  sous  le  nom  d'histoires 
de  Thèbes  et  de  Troyes. —  «Un  livre  des  histoires  de  Troye, 
d'Alixandre  et  des  Romains,  ouquel  fault  le  commancement;  lequel 
lu  du  roy.  »  (Art.  lxi.)  —  «  Un  livre,  en  françoys,  qui  parle  que 
les  Grégoys  devindrent  et  où.  il  alèrent  après  la  grant  destruction  de 
Troye.  »  (Art.  lxxvi.)  Voyez  encore  les  nos  39  et  62  de  nos  cita- 
tions, et  les  articles  lxiii,  lxx  et  lxxxviii  du  manuscrit  original. 

LIVRES  DE  DROIT. 

Nous  n'en  trouvons  que  trois  dans  tout  notre  catalogue,  savoir  : 
Un  décret  (art.  v).  C'est  le  décret  de  Gratien ,  formant  la  pre- 
mière partie  du  droit  canon, 

Et  pour  le  droit  civil,  un  vieux  Digeste  et  un  Infortiat  (art.  cxlvi 
et  cxlvii).  On  se  rappelle  que,  postérieurement  à  Justinien,  le 
Digeste  fut  divisé,  d'une  manière  tout  à  fait  arbitraire,  en  Digeste 
ancien,  Digeste  infortiat  et  Digeste  nouveau.  Seulement  les  ju- 
risconsultes ont  donné  à  l'Infortiat  le  second  rang,  tandis  que  notre 
document  semble  le  mettre  au  troisième.  Car  on  y  lit  :  «Item,  le 
tiers  livre  de  loys,  en  françoys,  qui  est  appeliez  l'Enforciade.  » 

(1)  Ce  pauvre  livre  fut,  sans  doute,  vendu  bien  moins  cher  qu'il  ne  fut  acheté, 
car  il  n'est  prisé  que  50  iiv.  t.  dans  le  MS.  de  Sainte-Geneviève. 


BIBLIOTHEQUE    DR    JEAN,    DUC.    DE    BF.BHI  229 


UVitES   DE   s<  il  n<  i  . 

Astrologie.  —  «  Item ,  un  petit  livre  d'artrologie ,  en  latin ,  ouquel 
sont  les  quatre  élémens  el  leâ  \n  signes  figurez,  et  les  planètes,  » 
donné  au  duc  de  Berri  par  l'abbé  de  Bruges  (art.  lxxxvi).  — 
«  Item,  un  petit  livre  en  françoys,  appelé  le  livre  de  Divinacion, 
historié  au  commancement  d'un  duc  séant  en  une  chaière  et  d'un 
docteur  qui  lui  présente  un  livre....  »  (Art.  xxxi.) 

Mi  'lecine.  —  «  Item  ,  un  livre  de  médicine,  qui  traicte  de  la  vertu 
des  herbes  et  des  bestes,  escript  en  latin ,  de  lettre  de  fourme,  ou- 
quel sont  cesdictes  herbes  et  bestes ,  contrefaictes  de  painture.  » 
(Art.  cliv.)  —  «  Mathéole  et  autres  livres.  »  (Art.  lxx.)  Ce  sont 
des  commentaires  sur  Dioscoride. 

Le  livre  des  profits  ruraux  (n°  68).  C'est  la  traduction  de  l'ouvrage 
latin  de  Pierre  de  Crescens. 

Le  livre  des  propriétés  des  choses.  C'est  la  traduction  du  livre  de 
Barthélémy  de  Granville ,  De  proprietatibus  rerum ,  par  Jean  Cor- 
bechon,  moine  augustin,  sur  l'ordre  de  Charles  V  (1).  Notre  cata- 
logue nous  offre  trois  exemplaires  de  cette  espèce  d'encyclopédie  du 
moyen  âge.  (Voy.  le  n°  35  de  nos  citations  et  les  art.  lxx  etCLxiv 
du  manuscrit  orig.) 

Le  viendier  Taillevent  (art.  lxx).  C'est  un  traité  de  cuisine  com- 
posé par  Guillaume  Tirel,  dit  Taillevent,  queux  de  Charles  V  (2). 

«  Un  grant  livre  des  vu  ars,  en  latin...  et  commance  au  livre  de 
Priscian  :  De  l'art  de  Grammaire.  »  (Art.  cvin.)  C'est  ici  cette  es- 
pèce de  cours  d'études  du  moyen  âge,  qui  comprenait  le  Trivium  et 
le  Quadrivium. 

LIVRES  DE  GÉOGRAPHIE,   VOYAGES,  etc. 

Cosmographie.  —  «  Un  livre  en  françoys ,  appelle  le  livre  de 
Spera.  »  (Art.  xlii.)  —  «  Un  petit  livre  de  l'Espère  du  ciel  et  du 
monde,  escript  en  françoys.  »  (Art.  lxxiii.) —  «Un  livre  en 
françoys,  de  l'Espère  du  ciel  et  du  monde.  »  (Art.  lxxiv.) 

Voyages.  —  «  Ung  autre  petit  livre  appelle  Marc  Pol  :  du  Devi- 

(1)  Voy.  Bibl.  du  Louvre  sous  Charles  V,  p.  113. 

(2)  On  trouvera  des  détails  sur  ce  Taillevent  dans  un  curieuï  traité  d'économie 
domestique  du  XIV*  siècle  ,  publié  en  1847  par  M.  Pichon,  soin  le  titre  de  I 
gier  de  Pari». 


230  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

sèment  du  monde,  escript  en  françoys.  »  (Art.  cxxxm.) —  «  Un 
livre  de  Marc  Paule  :  des  merveilles  d'Asie  la  grant  et  d'Inde  la 
majour  et  la  mineur,  et  des  diverses  régions  du  monde ,  escript  en 
françois.  »  (Art.  clvi.) 

«  Un  livre  en  françoys ,  appelle  le  Livre  des  merveilles  du  monde, 
de  la  Terre-Sainte,  du  grant  Raam  d'Inde  et  de  Tartarie.  » 
(Art.  eu.) 

«  Un  livre  en  françoys,  de  l'Ymaige  du  monde,  que  fist  maistre 
Gossevin.  (Art.  ux.  )  (l)  Un  petit  livre  des  Ymaiges  du  ciel  et  du 
monde,  escript  en  françoys.  »  (Art.  cxxxv.) 

A  quoi  il  faut  ajouter  les  trois  mappemondes  dont  il  a  été  question 
plus  haut. 

LIVRES  D'HISTOIRE. 

Chroniques  de  France,  trois  manuscrits.  —  «Un  livre  escript 
en  françois ,  des  croniques  de  France ,  »  aux  armes  d'Aimery  de 
Rochechouart  (art.  xiv).  —  Autres,  données  par  Jean  de  La 
Barre  (2)  (art.  cxxi).  —  Croniques  de  France,  en  latin,  «  Lequel 
livre  monseigneur  a  eu  de  l'abbaye  de  Saint-Denis.  »  (Art.  clxxxvi)  (3). 

On  a  vu  un  Froissart  dans  nos  citations  (4)  (n°  41).  Chroniques 
d'Angleterre  (n°  28). 

Chroniques  de  Burgues.  «  Un  grant  livre  appelle  les  Croniques 

(1)  Le  manuscrit  de  Sainte-Geneviève  porte  Gosseran,  et  Barrois,  Gosserin. 

(2)  Jean  de  La  Barre  était  le  receveur  général  des  finances  du  duc  de  Berri, 
dans  eon  gouvernement  de  Languedoc  et  de  Guienne,  et  l'histoire  nous  le  peint 
comme  ayant  été  l'oppresseur  de  ces  contrées. 

(3)  A  ce  détail  déjà  curieux ,  le  texte  donné  dans  la  Bibliothèque  prolypogra- 
phique ,  ajoute  :  «  Lequel  livre  mondilseigneur  de  Berry  fit  prendre  en  l'église  de 
Saint-Denis,  pour  monstrer  à  l'Empereur,  et  aussi  pour  le  faire  copier,  et  voultà 
ses  derrains  jours,  si  comme  il  est  relaté  par  Bobinet,  et  aussi  par  le  confesseur  dudit 
seigneur,  qui  dit  que  monseigneur  lui  dit  qu'il  fu  restitué  a  ladite  église.  »  Bibl. 
prolypograph.,  n°  537. 

Au  reste  cette  vénérable  abbaye  de  Saint-Denis  n'était  rien  moins  que  les  archives, 
pour  ainsi  dire  officielles,  de  la  France.  On  se  rappelle  ce  fait  curieux,  dans  le  procès 
de  Bobert  d'Artois ,  de  La  Divion  ,  qui  pour  mieux  fabriquer  son  faux ,  envoie  tout 
exprès  à  l'abbaye  de  Saint-Denis ,  prendre  les  noms  des  pairs  de  France  qui 
avaient  assisté  au  sacre  de  Philippe  le  Bel. 

(4)  C'est  le  seul  qui  se  trouve  dans  notre  document ,  et  il  n'est  pas  hors  de  propos 
de  remarquer  ici  que  c'est  dans  la  partie  qui  est  de  l'année  i  4 12.  Les  manuscrits  de 
Froissart  devaient  être  encore  peu  communs.  On  n'en  trouve  pas  dans  le  catalogue 
de  Charles  V,  qui  à  la  vérité  est  de  l'an  1373.  Par  contre,  on  en  trouve  jusqu'à 
douze  dans  les  différentes  bibliothèques  des  ducs  de  Bourgogne  dont  les  catalogues 
se  trouvent  dans  l'ouvrage  de  M.  Barrois,  intitulé  :  Bibliothèque  protypogr.,  etc. 


BIBLIOTHÈQUE   DE  JEAN,   DUC  DE    BERRI.  M 

de  Burges,  oscript  en  françoys.  »  Payé  200  écus  d'or  (nrt.  lxiv).  — 
Le  même  ouvrage,  payé  160  écus  (art.  cvi)(1). 

I  <  s  Chroniques  martiniennes  (art.  clxvi).  Cette  petite  chronique 
rimée  a  été  publiée  par  l'abbé  Le  Beuf.  Elle  tire  son  nom  de  ce 
qu'elle  se  trouvait  dans  la  bibliothèque  du  prieuré  de  Saint-Mnrtin- 
des-Champs. 

Le  Miroir  historial  de  Vincent  de  Beauvais,  traduit  par  Jean  de 
Vigny.  Il  y  a  trois  manuscrits  dans  notre  catalogue.  —  «  Le  tiers 
volume  du  Miroir  historial  de  Vincent,  escript  en  françoys.  » 
(N°  26.) —  «  Trois  volumes  du  Mirouer  historial,  en  françoys.  » 
(Art.  lxxxxv.)  —  «  Le  Mirouer  historial  de  Vincent,  en  trois  vo- 
lumes, escripz  en  françoys.  »  (Art.  cxxm)  (2). 

Les  Lamentations  sur  la  mort  de  Charlemagne  (n°  46). 

L'Histoire  de  la  captivité  et  de  la  mort  de  Richard  II,  roi  d'An- 
gleterre. —  «  Le  livre  de  la  prinse  et  mort  de  Richart  d'Angleterre, 
escript  en  françoys  rimé.  »  (N°  44.) 

L'Histoire  de  Charles  V,  par  Christine  de  Pisan.  —  «  Un  livre 
en  françoys  des  fais  et  bonnes  mœurs  du  saige  roy  Charles,  Ve  roy 
d'icelluy  nom....  lequel  livre  damoiselle  Cristine  de  Pisan  donna 
à  monditseigneur  à  estraines,  le  premier  jour  de  janvier,  Tan 
mil  cccc  et  lin.  »  (Art.  lxxxxiv.) 

La  fleur  des  histoires  de  la  terre  d'Orient  (n°  33)  (3). 

LIVRES  DE  L'ANTIQUITÉ  CLASSIQUE. 

Dans  la  bibliothèque  du  duc  cfe  Berri,  la  littérature  grecque 
n'avait  qu'un  seul  représentant.  Il  est  vrai  que  c'est  Aristote. 

(I)  On  trouve  dans  le  catalogue  de  Charles  V,  un  article  qui  pourrait  bien  se 
rapporter  au  même  livre.  «  Les  Croniques  d'Espagne,  que  fist  l'évesque  de  Burs, 
translatées  en  françois  par  frère  Jehan  Goulain,  etc.  »  (Van  Praët,  Bibliolh.  du 
Louvre,  n°  1807.)  M.  Van  Praët  pense  que  ectévêque  de  Burs  peut  être  l'o\êque 
de  Burgos.  Je  crois  que  c'est  le  même  dont  il  est  question  au  n°  227  du  même  ou- 
vrage ,  et  que  là  l'éditeur  s'est  trompé. 

on  voit  qu'il  ne  faut  pas  ici  prendre  à  la  lettre  l'expression  de  miroir  histo- 
rial comme  s'appliquant  uniquement  à  la  dernière  des  quatre  grandes  divisions  du 
Spéculum  quadruplex,  nalurale,  doctrinale,  morale  el  hisloriale,  de  Vincent  de 
Beauvais.  Évidemment  il  s'agit  ici  ,  ou  de  tout  l'ouvrage,  ou  du  moins  de  sa  plus 
grande  partie.  Tout  ce  qui  dans  cette  volumineuse  compilation  ,  a  trait  à  l'histoire 
naturelle  et  à  la  technique,  est  copié  d'Isidore  de  Séville,  qui  lui-même  copie  Pline. 

(3)  Ce  livre  se  trouve  aussi  dan6  le  Catalogue  de  (0 Bibliothèque  du  /ouvre, 
avec  la  note  suivante  de  M.  Van  Praët  :  «  Cet  ouvrage  a  été  plusieurs  fois  imprimé 
sous  le  titre  des  Fleurs  des  histoires  de  la  terre  d'Orient,  par  frère  Hayton  .  sei- 
gneur de  Cort.  Paris  ,  Janot,  rue  Neuve-Notre-Dame  ,  versl.V20,  petit  in- \°.  » 


232  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

((  Un  livre,  en  françois,  de  l'Aristote,  appelle  du  Ciel  et  du 
Monde.  »  (Art.  xxvm.)  —  «  Le  livre  des  problèmes  d'Aristotej, 
translaté  ou  exposé  de  latin  en  françois ,  par  maistre  Evrart  de 
Coucy,  jadiz  phizicien  du  roi  Charles  le  Quint.  »  (N°  36.)  — 
«  Un  livre  d'Ethiques,  escript  en  françoys....  lequel  livre,  Bureau 
de  Dammartin ,  bourgois  et  marchant  de  Paris ,  a  fait  faire  par  le 
commandement  de  monseigneur.  »  (Art.  civ.)  —  «Un  livre 
d'Ethiques  et  de  Polithiques,  en  deux  volumes,  escript  en  fran- 
çoys, etc.;  y>  donné  par  le  duc  d'Orléans  (art.  lxxxxviii). 

Quant  aux  auteurs  latins,  nous  sommes  un  peu  plus  riches.  Mais 
ce  ne  sont  encore  que  des  traductions ,  à  l'exception  d'un  texte  de 
Valère  Maxime.  On  trouve  donc  : 

Deux  Térence.  L'un  donné  par  l'évêque  de  Chartres ,  et  l'autre 
par  l'évêque  de  Châlons  (nos  \  8  et  23). 

Trois  traductions  françaises  des  Métamorphoses  d'Ovide ,  dont 
l'une  en  vers  (voy.  les  n08  25  et  59  et  l'art,  xxiv). 

Quatre  Tite-Live.  C'est  la  traduction  de  Pierre  Berceure  (nos  34 
et  42).  —  «  Le  livre  de  Titus  Livius,  en  trois  volumes,  escript  en 
françoys.  »  (Art.  lxxv.)  —  «  Les  Décades  de  Titus  Livius ,  en  trois 
grans  volumes,  escriptes  en  françoys,  etc.,  »  acheté  à  Jean  de  la 
Cloche,  trésorier  de  France  (art.  clx). 

Deux  Valère  Maxime,  l'un  en  latin.  —  «  Un  grant  livre  de 
Valerius  Maximus,  historié  et  escript  de  lettre  de  court,  et  au  com- 
mancementdu  second  fueillet  a  escript  :  Urbis  Rome.  »  (Art.  xn.) 
L'autre  en  français,  de  la  traduction  de  Simon  de  Hesdin  et  de 
Nicolas  de  Gonesse.  —  ce  Un  livre  de  Valerius  Maximus,  translaté 
en  françois.  (Art.  lxvi.) 

Un  Suétone,  mêlé  à  d'autres  auteurs,  dans  un  même  volume,  — 
«  Un  livre  de  Suétoyne,  autrement  nommé  Lucan,  escript  en  fran- 
çoys, commançant  au  livre  de  Genesis  et  fenissant  au  livre  de  Lucan 
et  à  la  mort  de  Julius  César.  »  (Art.  xn.) 

Le  Lucain  se  retrouve  dans  un  autre  volume  mêlé  (art.  lxx). 

On  a  vu,  plus  haut,  un  Végèce  (n°  72).  C'est  la  traduction  de 
Jean  deMeun. 

Enfin ,  il  faut  encore  signaler,  dans  notre  catalogue,  un  Priscian 
et  un  Orose  (art.  cvm  et  lxx). 

Un  certain  nombre  de  ces  manuscrits  du  duc  de  Berri  se  trouvent 
aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  nationale.  Nous  signalerons  ici  ceux 
sur  lesquels  nous  avons  trouvé  des  notices  dans  l'intéressant  ouvrage 
de  M.  Paulin  Paris.  Ce  sont  :  Lancelot  du  Lac,  t.  I,  p.  154  ;  — 


BIBLIOTHÈQUE    DE    JEAN,    DUC   DE    BERRI. 

Bocace,  ibid.,  p.  238; —  In  Bible  historiale,  t.  II,  p  11  ;  —  le 
Batiooal,  ibid.,  p.  7:J;  —  la  Destruction  de  iïoye,  ibid.,  p.  279. 
—  Iït&-Lt?6}  ibid*,  p.  i287; —  Vnlère  Maxime,  ibid.,  p.  301 
et  307;  —  le  Roman  de  la  Rose,  t.  III,  p.  174;  —  Ovide,  ibid., 
p.  177;  —  le  Ci-nous-dit,  t.  IV,  p.  77;  —  Le  livre  de  la  Sphère; 
Ifl  livre  du  Ciel  et  du  Monde,  p.  348;  —  le  Trésor  de  Brunetto 
Latioi,  ibid.,  p.  399;  — l'Image  du  monde,  t.  V,  p.  31  ; — Bocace, 
des  Cas  des  nobles  hommes,  ibid.,  p.  120  ;  —  la  Cité  des  dames, 
ibid.,  p.  183. 

Il  nous  reste  à  nous  excuser  auprès  du  lecteur  de  l'avoir  si  lon- 
guement promené  dans  cette  bibliothèque  du  duc  de  Berri.  Passe 
eucore  si  nous  pouvions  maintenant  lui  dire  au  moins  quelque  chose 
de  l'usage  que  le  possesseur  de  ces  richesses  savait  en  faire,  et  quels 
étaient ,  à  cet  égard ,  ses  choix  et  ses  prédilections.  Mais  nous  ne 
saurions.  Tout  ce  que  nous  pouvons  conjecturer,  c'est  qu'à  l'exemple 
de  beaucoup  d'autres  propriétaires  du  môme  genre  et  du  même 
temps,  il  devait  faire  dans  son  esprit  deux  parts  bien  tranchées  et 
assez  légitimes  d'ailleurs,  de  ses  livres  ;  ceux  qui  l'amusaient  et  ceux 
qui  ne  l'amusaient  pas.  Et  quant  aux  premiers,  peut-être  en- 
core était-ce  par  leurs  côtés  extérieurs  et,  si  l'on  peut  ainsi  parler, 
pour  la  richesse  de  leur  habit,  qu'il  les  appréciait  le  plus.  C'est  aussi, 
mais  dans  un  autre  but,  ce  que  nous  avons  fait  nous-même. 


L    Douët-d  Arcq. 


DE  L'ICONOGRAPHIE  SACRÉE  M  RUSSIE  (1) 

PREMIÈRE  LETTRE  DE  M.  SNÉGUIREFF 

A  M.  LE  COMTE  ALEXIS  OUVAROFF. 


Monsieur  le  comte, 

Dans  une  de  vos  intéressantes  soirées,  la  conversation  a  été 
amenée  sur  l'iconographie  sacrée  de  la  Russie,  question  qui  ne 
peut  être  traitée  que  sous  les  rapports  historiques  et  artistiques,  car 
nul  chrétien  ne  saurait  mettre  en  doute  l'idée  profondément  reli- 
gieuse représentée  par  les  saintes  images.  Elles  forment  un  corps 
essentiel,  inséparable  de  1  église  orthodoxe,  ainsi  que  de  son  culte 
extérieur  ;  elles  coopèrent  vigoureusement  à  la  propagation  de  la  foi 
et  de  la  piété.  Ce  sujet,  dont  vous  êtes  à  même  d'apprécier  l'impor- 
tance, attira  tellement  votre  attention,  qu'en  nous  séparant,  vous 
parûtes  désirer  connaître  mon  opinion  à  cet  égard ,  et  vous  m'enga- 
geâtes à  esquisser  un  aperçu  général  de  l'iconographie  en  Russie. 
Je  me  suis  efforcé,  dans  ces  deux  lettres,  de  répondre  à  votre  attente, 
et  je  vais  d'abord  m'occuper  du  sens  historique  des  images  saintes, 
après  quoi  je  traiterai  de  leur  valeur  sous  le  rapport  de  l'art. 

Tous  les  savants  sont  d'accord  sur  le  sens  historique  des  fresques 
récemment  découvertes  parmi  les  débris  de  Ninive,  de  celles  des 
pyramides  d'Egypte,  dePompéi,  d'Herculanum,  des  catacombes 
de  Rome,  et  enfin  sur  la  valeur  des  tableaux  capponiens  et  bollan- 
diens,  objets  de  l'admiration  des  artistes  et  des  recherches  des 
hommes  les  plus  savants  de  l'Europe,  tels  que  Capponi,  Assemanni, 
Falconi ,  Fiorillo ,  Ruhle ,  etc.  Toutefois ,  aucun  de  ces  archéologues 
n'a  encore  eu  l'idée  de  se  vouer  à  l'étude  particulière  de  nos  images 
saintes,  étude  qui  aurait  mené  à  bien  des  découvertes  et  éclairci 
bien  des  doutes.  En  effet,  les  hommes  que  je  viens  de  nommer 
n'auraient  certes  pas  daté  l'origine  des  tableaux  capponiens  et  bol- 
landiens ,  tantôt  du  Xe,  tantôt  du  XIIIe  siècle  ;  ils  ne  les  auraient 

(1)  Toutes  les  notes  de  cet  article  extrait  des  mémoires  de  la  Société  d'archéologie 
de  Saint-Pétersbourg,  ont  été  ajoutées  par  M.  Sabatier,  pour  l'éclaircissement  du 
texte  de  M.  Snéguireff. 


ICONOGRAPHIE   SACREE   EN  RUSSIE.  235 

pas  non  plus  attribués,  l'un  à  des  artistes  grecs,  l'autre  à  des  arti>t<  « 
bulgares  ou  serbes,  s'ils  avaient  su  qu'on  rencontre  les  noms  des 
peintres  do  ces  images  parmi  les  toographei  russes  qui  ont  travaillé 
au  service  du  tsar  à  Moscou,  dans  le  courant  du  XVIIe  siècle  l 

Le  but  principal  de  toute  recberebe  sur  les  monuments  de  l'art 
antique  est  de  fixer  l'époque  et  le  pays  qui  les  ont  vus  naître,  d'éta- 
blir les  rapports  dans  lesquels  ils  se  trouvent  avec  la  religion, 
avec  l'histoire ,  avec  l'archéologie,  et  en  général  avec  la  vie  inté- 
rieure d'un  peuple.  Notre  vieille  peinture  d'images  saintes  est  digne 
assurément  d'attirer  nos  recherches,  car  elle  a  sa  place  incontes- 
table dans  le  domaine  de  l'archéologie.  Voilà  pourquoi  ses  produc- 
tions recueillies  dans  les  musées  du  Vatican,  dans  ceux  d'Angleterre, 
de  Goettingue,  de  Munich,  de  Dresde  et  de  quelques  autres  villes, 
excitent  la  curiosité  des  savants  européens.  J'ajouterai  môme  que  si 
l'objet  de  la  peinture  d'images  n'occupait  pas  une  place  si  importante 
dans  la  doctrine  de  la  foi ,  de  la  piété,  et  dans  l'Église  en  général, 
s'il  n'était  pas  dans  une  connexion  si  intime  avec  l'histoire  des  arts 
et  le  caractère  du  peuple,  on  serait  en  droit  de  regarder  toute  disser- 
tation sur  l'iconographie  sacrée  en  Russie,  comme  une  supertétation 
scientifique.  Je  ne  chercherai  pas,  à  l'appui  de  mon  opinion,  des 
exemples  isolés  qui  presque  toujours  ne  prouvent  rien  ;  je  prendrai 
plutôt  dans  les  monuments  mômes  de  la  vieille  peinture  des  images 
saintes  les  preuves  de  leur  importance  scientifique. 

Vous  savez  que  l'histoire  de  notre  peinture  d'images  se  trouve 
étroitement  liée  avec  l'histoire  de  notre  culte  ;  son  origine  date  de 
Byzance,  d'où  elle  a  passé  en  Russie,  sur  les  traces  de  la  croix  et 
de  l'Evangile;  elle  a  servi  de  guide  à  la  foi  et  à  la  piété,  car  elle 
représentait  les  principaux  dogmes,  les  saintes  traditions  de  l'Église, 
les  symboles  sacrés,  les  signes  du  rite,  les  miracles  sous  une  forme 
extérieure  et  par  là  plus  intelligible  ;  elle  s'est  répandue  à  mesure 
que  la  propagation  de  la  doctrine  évangélique  et  la  construction  des 
églises  gagnaient  du  terrain. 

Mais  par  malheur  les  égarements  se  rattachent  quelquefois  à  des 
principes  vrais  :  des  schismatiques  ont  aussi  cherché  à  se  faire  une 
arme  de  l'iconographie,  afin  de  soutenir  Ips  faux  dogmes  et  les 
ies  qu'ils  élevèrent  au  sein  de  la  jeune  Église  orthodoxe,  fondée 
sur  les  cendres  de  l'idolâtrie  slavo-russe.  Sous  ce  rapport,  les  images 
saintes  peuvent  être  regardées  comme  la  représentation  d'opinions 
religieuses,  à  diverses  époques  et  dans  différentes  contrées  de  la 
Russie,  de  sorte  que  l'archéologie,  appelant  à  son  aide  les  écrits 


236  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

théologiques  et  l'histoire  ecclésiastique ,  doit  plus  que  toute  autre 
science  être  en  état  de  distinguer  la  vérité  de  l'erreur,  l'orthodoxie 
de  l'hérésie. 

On  m'objectera  peut-être  que  toutes  les  vieilles  images  saintes  ne 
sont  pas  d'une  valeur  égale,  pour  l'art  et  pour  l'histoire.  Mais  quel 
homme  instruit  et  de  bonne  foi  ne  reconnaîtra  l'importance  des 
images  qui  se  distinguent  par  un  style  noble  et  original,  par  leur 
antiquité  et  par  les  souvenirs  qui  s'y  rattachent  (l)  ?  De  tels  ouvrages 
nous  montrent  le  style ,  le  caractère  et  le  développement  graduel 
de  l'art,  et  j'entends  parler  ici  plus  spécialement  des  styles  de 
Byzance ,  de  Korsoun  (Kerson),  de  Novogorod ,  de  Moscou ,  du  style 
appelé  Friajsky  (2),  ainsi  que  celui  qu'on  désigne  sous  le  nom 
Strogonofsky.  C'est  par  ces  monuments  que  nous  apprenons  à  con- 
naître les  différentes  nuances  de  cet  art,  d'après  le  lieu  et  le  temps, 
d'après  le  dessin ,  le  coloris  et  l'invention  ;  ils  nous  montrent  la 
direction  du  goût,  l'union  intime  de  l'art  avec  l'esprit  du  siècle  et 
de  la  foi.  La  personnalité  même  des  artistes  du  vieux  temps  nous 
intéresse,  car  en  contemplant  les  ouvrages  de  Saint-Olimpe,  d'André 
Rubleff,  de  Denis  le  Zoographe,  de  Michel  Médovarzeff,  de  Simon 
Ouschakoff  et  de  quelques  autres ,  cités  dans  nos  annales  et  dans 
les  édits  de  nos  souverains,  qui  ne  sentira  l'importance  de  savoir 
pourquoi  les  contemporains  attribuaient  à  leurs  images  des  qualités 

(1)  Ainsi  l'image  célèbre  de  la  Vierge  de  Wladimir  rappelle  l'invasion  de  1395 
en  Russie ,  entreprise  par  Tamerlan  ,  invasion  dont  la  nouvelle  remplit  de  terreur 
tous  les  habitants.  D'après  les  chroniques,  les  églises  de  Moscou  restèrent  jour  et 
nuit  ouvertes  aux  fidèles.  Le  peuple  en  larmes,  prosterné  au  pied  des  autels,  cher- 
chait à  fléchir  le  courroux  du  ciel  par  le  jeûne  et  la  prière.  Afin  de  tranquilliser  les 
esprits,  le  grand  prince  de  Moscou ,  Vassili  Dmitriévitch,  écrivit  de  Kolomna  au 
métropolitain  pour  le  prier  d'envoyer  chercher  à  Wladimir  l'image  de  la  Vierge 
Marie,  qu'André  Bogoloubsky  y  avait  apportée  de  Vouïchigorod.  Pendant  cette 
translation  ,  une  foule  innombrable  d'hommes  de  toute»  conditions  bordaient  age- 
nouillés les  deux  côtés  du  chemin  et  s'écriaient  avec  l'accent  de  la  foi  :  Mère  de 
Dieu,  sauvez  la  Russie!  Heureusement,  au  lieu  de  pousser  sur  Moscou,  Tamerlan 
renonçant  tout  à  coup  à  une  conquête  dont  il  entrevoyait  les  difficultés,  descendit 
le  Don  jusqu'à  son  embouchure  et  se  dirigea  vers  la  mer  d'Azoff.  Cette  nouvelle 
porta  la  joie  dans  le  cœur  des  Russes  et  personne  ne  songea  à  poursuivre  un  ennemi 
qui  semblait  fuir  de  lui-même ,  sans  oser  risquer  de  combat.  En  mémoire  de  cet 
heureux  événement,  Vassili  Dmitriévitch  fonda  à  Moscou  une  église  en  pierre, 
sous  l'invocation  de  la  sainte  Vierge  et  un  monastère  dans  l'ancien  champ  de 
Kouichkoff.  On  y  célébra,  tous  les  ans,  le  26  août,  la  fête  de  la  mère  de  Dieu,  pour 
rappeler  qu'à  pareil  jour  et  dans  cet  endroit,  l'image  de  la  Vierge  était  arrivée 
juste  au  moment  où  Tamerlan  opérait  sa  retraite. 

(2)  L'adjectif  russe  friajsky,  s'applique  à  un  genre  de  peinture  exécutée  par  des 
artistes  italiens,  venus  en  Russie  sous  Ivan  III,  ou  un  peu  plus  tard. 


1COMH.K  AIMIII      SWKII       l.\     KISSIK.  2,'J7 

nurtcaleoses  ?  D'ailleurs  chacun  désire  connaître  en  quoi  comiaU 
la  différence  on  la  ressemblance  essentielle  du  caractère  de  ces  artistt 

lui  outre,  les  vieilles  images  saintes  sont  ornées  quelquefois 
d'inscriptions  grecques,  slaves  ou  latines,  de  monogrammes,  de 
passages  tirés  de  la  Bible  <>u  dv>  Pères  de  l'Eglise  et  parfois  même 
de  courtes  chroniques.  Ce  sont  autant  de  riches  matériaux  pour  la 
paléographie,  pour  Fépigrapbie  et  pour  l'histoire  en  général. 

De  môme  qu'on  retrouve,  sur  les  monnaies  et  sur  les  médailles , 
des  fragments  de  l'histoire  des  empereurs  et  des  villes,  les  images 
saintes  nous  fournissent  une  chronique  historique  non  interrompue 
de  la  foi,  de  la  piété  et  de  l'art  russe.  Comparées  aux  médailles  et 
aux  monnaies  byzantines  et  russes,  aux  sceaux  et  aux  cachets  trouvés 
sur  de  vieux  écrits,  ces  peintures  deviennent  un  champ  fertile,  même 
pour  la  numismatique.  En  effet,  nous  rencontrons  souvent,  sur  des 
images ,  les  portraits  des  mêmes  saints ,  dans  leurs  costumes  carac- 
téristiques, avec  leurs  symboles  et  accompagnés  de  monogrammes, 
de  sorte  que  les  images  saintes  et  les  monnaies  peuvent  s'expliquer 
fréquemment  les  unes  par  les  autres.  Il  n'était  pas  rare  non  plus  de 
voir  les  encadrements  de  métal  des  anciennes  images  ornés  de  pen- 
deloques consistant  en  monnaies,  en  médailles,  en  grivnas  (1),  en 
tsats  (2),  en  drobnitsas  (3),  en  manteaux,  en  boucles  d'oreilles,  en 
costumes  ou  ornements  sacerdotaux,  en  croix,  en  panagias  (4), 
tous  objets  remarquables  à  cause  de  leur  antiquité,  de  leur  travail, 
de  leur  signi6cation,  et  rentrant  dans  le  domaine  de  l'archéologie. 
D'après  une  description  de  la  cathédrale  de  l'Assomption  à  Moscou, 
de  l'année  1625,  l'image  de  la  sainte  Vierge,  dite  de  Wladimir  (5) , 

(1)  Grivna,  image  de  forme  ronde,  à  l'effigie  d'un  saint.  On  en  connaît  de  trois 
espèces  :  la  grivna  de  Tchernigoff ,  celle  de  Kieff,  et  celle  de  Riazan.  A  l'époque 
de  leur  découverte  ces  images  reçurent  mal  à  propos  l'appellation  de  grivna,  ex- 
pression qui  ne  devait  être  appliquée  qu'à  la  monnaie  de  ce  nom. 

,2)  T&at,  plaque  d'or  ou  d'argent,  qu'on  trouve  suspendue  au  cou  des  images  , 
selon  l'usage  qui  commença  à  s'introduire  à  l'avènement  de  Mikhaïl  Féodorovitch. 

(3)  Drobnilsa  (littéralement,  en  russe,  poire  à  plomb).  C'était  une  espèce  d'or- 
nement en  relief  qu'on  appliquait  sur  des  vêtements  et  auquel ,  d'après  sa  forme  et 
sa  contexture ,  on  pourrait  donner  le  nom  de  grènetis.  Par  leur  nature,  ces  orne- 
ments aident  souvent  à  faire  connaître  approximativement  l'époque  et  la  date  des 
images  qui  en  sont  décorées. 

(4)  La  Panagia,  image  de  forme  ronde,  représentant  le  plus  souvent  le  Christ 
ou  la  Vierge,  était  portée  au  cou  par  les  prélats  russes,  et  servait  à  indiquer  leur 
rang  hiérarchique.  Quelquefois  ils  la  suspendaient  aussi ,  comme  ex-voto ,  au  cou 
de  certaines  images  auxquelles  ils  vouaient  une  dévotion  particulière.  Panagia, 
en  grec  ,  la  loute  sainte,  était  encore  un  surnom  donné  à  la  Vierge. 

(5)  L'image  de  Wladimir  a  été  ainsi  appelée  parce  qu'elle  indiqua  ,  par  son  ap 
parition  ,  la  place  où  devait  être  batic  la  ville  de  Wlndimir-Zalesky. 


238  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

possédait,  outre  plusieurs  encadrements  précieux,  cent  cinquante- 
deux  pendeloques  ougoriennes  et  moscovites  en  or,  quatre  ougo- 
riennes  doubles,  du  même  métal,  une  pendeloque  de  Novogorod  en 
or  et  une  autre,  de  la  même  ville,  en  argent  doré.  Malheureusement 
pour  la  science,  un  oukase  de  Pierre  Ier,  daté  du  24  avril  1722,  fit 
enlever  les  monnaies  et  les  pendeloques  de  métal  de  toutes  les  images 
saintes,  afin,  dit  l'oukase,  de  pouvoir  constater  lesquels  de  ces  divers 
objets  étaient  antiques  et  curieux  (sic).  Le  résultat  de  cette  enquête 
est  resté  ignoré  ;  quant  aux  pendeloques,  elles  ont  disparu  au  grand 
regret  des  archéologues.  Qui  ne  regretterait  pas  aussi  la  perte  du 
cachet  d'or  (1  )  attaché  par  Bâti  à  l'image  de  saint  Jean  leThéologien  (2) 
dans  le  monastère  de  ce  saint,  à  Riazan  ?  C'est  avec  l'or  de  ce  cachet 
qu'au  XVIIe  siècle  on  dora  le  vase  qui  sert  à  conserver  l'eau  dans  ce 
même  monastère,  et  enfin  nous  devons  aussi  déplorer  la  perte  de  la 
grivna  en  or  qui  orna  jusqu'en  1812  limage  de  saint  Nicolas  surnom- 
mé leGostounien,  à  Moscou. 

L'histoire  trouve  dans  les  images  saintes  des  éclaircissements  non- 
seulement  sur  des  faits  et  sur  des  personnes,  mais  aussi  sur  l'aspect 
primitif  de  beaucoup  de  villes,  de  cloîtres  et  d'anciens  édifices  dont 
les  plans  sont  représentés  sur  quelques  images  saintes,  comme  par 
exemple  le  plan  le  plus  ancien  de  Novogorod,  sur  l'image  de  la 
sainte  Vierge  dans  cette  ville.  Quelquefois  les  notices  que  nous 
trouvons  sur  certaines  images  saintes  nous  apprennent  quelles  per- 
sonnes illustres  ont  servi  de  modèles  aux  peintres.  C'est  ainsi  que 
nous  savons  que  les  images  de  la  sainte  Vierge  de  Jérusalem,  de 
saint  Jean-Baptiste,  de  sainte  Marie  d'Egypte  et  de  Dmitri,  surnom- 


Ci)  On  lit  dans  Karamsin  ,  au  sujet  de  ce  cachet  (Hist.  de  Russie,  t.  III,  p.  400), 
«  Il  y  a  à  trente-six  verstes  de  la  ville  de  Riazan  ,  un  ancien  couvent ,  appelé  le  mo- 
nastère de  Saint-Jean  l'Évangéliste.  On  y  conservait  un  ancien  cachet  en  or  de  Bâti, 
que  l'archevêque  Misaël ,  vers  l'année  1653,  déposa  dans  l'église  métropolitaine  ,  de 
peur  que  les  brigands  Mordviens  ne  s'emparassent  de  cet  objet  précieux  qui,  au  bout 
de  quelques  années,  servit  à  la  dorure  d'un  bassin  pour  l'eau  bénite  et  d'autres  orne- 
ments de  l'église.  »  Le  tableau  de  saint  Jean  l'Évangéliste  de  cette  môme  église  , 
d'après  une  tradition  populaire  ,  a  été  peint  par  un  Russe  ,  que  l'apôtre  lui-même 
avait  instruit  dans  la  peinture  ;  c'est  un  don  envoyé,  de  Jérusalem  ou  de  Constan- 
tinople,  au  prince  de  Riazan  ,  par  le  patriarche. 

(2)  Saint  Jean  l'Évangéliste  est  surnommé  le  Théologien  par  les  Grecs,  parce 
qu'il  a  parlé  de  Dieu  et  de  la  divinité  du  Verbe  ,  mieux  ou  avec  plus  de  complai- 
sance que  les  autres  évangélistes.  Il  est  à  remarquer  que  chez  les  Grecs,  saint  Jean 
le  Théologien  est  ordinairement  représenté  comme  âgé ,  tandis  que  dans  les  pein- 
tures religieuses  du  catholicisme  ,  il  est  presque  toujours  jeune  et  imberbe  tel  qu'il 
était  lors  de  sa  vocation  r  ou  à  l'époque  de  la  Cène  de  J.  C. 


ICONOGim-lUi:   SACRKK  EU   russu:. 

mé  leSélounien,  représentent  toute  la  famille,  du  tsar  Iwan  Vassile'- 
ritch,  avec  sa  dernière  épouse  el  BOfl  iils  cadet,  comme  les^  ire 

nt  Michel  Malein  et  d'Alexis ,  dit  l'homme  de  Dieu,  entonna 
de  plusieurs  autres  saintes,  sont  les  portraits  des  tsars  Michel 
l;éodoro\itch  et  Alexis  Mikhaïlovitch,  avec  leurs  familles.  Dans  la 
chapelle  de  lé- lise  de  la  Résurrection,  à  Moscou,  où  reposent  les 
restes  de  la  famille  des  Skavronsky,  on  voit  l'image  de  sainte  Cathe- 
rine, martyre,  prosternée  devant  le  suaire  sur  lequel  est  imprimé 
le  >isage  du  Sauveur.  Ce  portrait  de  J.  C.  rappelle  l'image  sainte 
devant  laquelle  Catherine  Ir%  épouse  de  Pierre  le  Grand,  a  prié 
sur  les  bords  du  Pruth ,  en  1711,  au  moment  où  la  détresse  de 
l'armée  russe  avait  atteint  le  plus  haut  degré,  image  que  le  grand 
tsar  a  conservée  précieusement  toute  sa  vie  et  qu'après  sa  mort  on  a 
déposée  dans  sa  maisonnette,  au  bord  de  la  Neva.  Enfin  l'existence 
d'un  grand  nombre  d'images  saintes  est  si  intimement  liée  avec  le 
destin  de  l'empire  russe,  des  villes,  des  monuments  religieux  et  des 
familles  les  plus  illustres  ;  elles  réveillent  les  souvenirs  de  tant 
d'événements  glorieux  et  d'occasions  où  la  providence  divine  s'en  est 
servie  comme  dune  arme  protectrice  pour  la  Russie,  qu'elles  méritent 
à  juste  titre  la  première  place  dans  les  monuments  de  notre  histoire. 
Telles  sont  surtout  les  images  miraculeuses  de  la  sainte  Vierge  de 
Wladimir,  de  sainte  Sophie  de  Novogorod,  de  la  sainte  Trinité  de 
Pskofî,  de  sainte  Odiguitrie  de  Smolensk  et  de  bien  d'autres,  dont 
le  peuple  invoquait  la  protection  et  auxquelles  il  adressait  ses  vœux 
et  ses  prières.  Le  soldat  russe  sacrifierait  encore  aujourd'hui  sa  vie 
pour  défendre  l'asile  de  la  sainte  Vierge,  à  l'exemple  des  habitants 
de  Novogorod  et  de  ceux  de  Pskoff,  qui  moururent  pour  sainte  Sophie 
et  pour  la  sainte  Trinité.  «  Nous  n'avons  pas  de  princes,  disaient  les 
Novogorodiens  au  XIIIe  siècle,  sinon  Dieu,  la  vérité  et  sainte  Sophie.» 
En  161 7,  les  Russes  n'avaient  rien  de  plus  sacré  à  offrir  aux  Suédois, 
comme  garantie  de  la  paix  de  Stolbow,  que  l'image  de  la  sainte 
Vierge  de  Tikhwine ,  qu'on  voit  encore  aujourd'hui  dans  la  cathé- 
drale de  l'Assomption ,  à  Moscou. 

L'influence  des  images  saintes  en  Russie  ne  s'étend  pas  seulement 
sur  la  vie  religieuse  du  peuple  ;  elle  se  fait  sentir  dans  toutes  les 
périodes  de  son  existence,  au  sein  de  la  famille  comme  dans  la  vie 
publique.  Confidents  de  leurs  plus  intimes  pensées  et  refuges  conso- 
lateurs en  toutes  circonstances,  ce  sont  les  témoins  devant  lesquels 
se  passe  le  drame  entier  de  la  vie  des  Russes ,  depuis  le  berceau 
jusqu'à  la  mort.  Vous  trouverez ,  dans  l'église  de  l'Archange  et  dans 


240  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

le  couvent  de  l'Ascension ,  à  Moscou ,  au-dessous  des  tombeaux  où 
reposent  les  tsars,  des  images  saintes  représentant,  en  grandeur 
naturelle,  les  enfants  nouveau-nés  des  tsars.  Ces  images  étaient 
faites  d'après  une  vieille  coutume,  le  lendemain  de  la  naissance  des 
enfants ,  et  dédiées  aux  saints  dont  ces  derniers  portaient  les  noms. 
C'est  ainsi  qu'en  1671,  le  peintre  d'images  Simon  Ouschakoff,  en 
exécuta  une  qui  représente  le  tsarévitch  nouveau-né ,  Pierre  Ale- 
xievitch.  Quant  aux  images  saintes  qui  se  trouvent  dans  les  appar- 
tements des  empereurs  et  des  impératrices,  on  les  plaçait  à  leur 
mort  au-dessus  de  leurs  cercueils;  et  les  héritiers,  en  signe  de 
souvenir  et  de  respect  pour  le  défunt,  étaient  tenus  de  faire  brûler 
des  lampes  éternelles  devant  ces  images  ;  enGn  il  existe  quelques 
peintures  avec  des  notices  qui  nous  apprennent  que  tel  prélat  ou  tel 
prince  a  prié  devant  elles. 

Après  ces  réflexions,  on  ne  saurait  contester  l'importance  des 
images  saintes.  Nous  ajoutons  un  grand  prix  à  celles  que  nous  tenons 
d'un  personnage  saint  et  illustre,  ou  du  souverain  même  ;  elles  nous 
accompagnent  dans  les  orages  de  la  vie  et  sont  transmises  d'une 
génération  à  l'autre,  comme  il  en  est  de  la  bénédiction  paternelle. 
Parmi  les  anciennes  familles,  beaucoup  avaient  choisi  pour  protec- 
teur et  patron  un  saint  dont  l'image  devenait  un  objet  de  vénération 
pour  leurs  descendants,  et  en  l'honneur  duquel  s'élevaient  la  plupart 
du  temps  des  églises  ou  des  chapelles.  C'est  ainsi,  Monsieur  le 
comte,  que  vos  ancêtres,  les  comtes  Schérémétieff  etRazoumofsky, 
ont  possédé  de  semblables  images. 

Je  suis  assuré  qu'une  étude  plus  approfondie  des  monuments  de 
l'iconographie ,  en  Russie ,  démontrerait  plus  clairement  encore 
l'importance  des  images  saintes,  sous  le  rapport  de  l'art,  de  l'histoire 
et  de  l'archéologie. 


(  La  suite  au  prochain  numéro.) 


NOTICE 


SUR    LKS 


M<  (UYERTES  ARCHÉOLOGIQUES  FAITES  A  CHAMPLIEU , 

CANTON    DE   CRÉPY    (OISE). 


Le  plateau  de  Champlieu,  situé  sur  la  lisière  de  la  forêt  de  Com- 
piègne,  à  l'endroit  où  la  voie  romaine,  connue  dans  le  pays  sous  le 
nom  de  chaussée  de  Branehaut,  pénètre  dans  cette  forêt,  est  depuis 
longtemps  connu  comme  ayant  été  le  siège  d'un  établissement  romain 
d'une  certaine  importance.  Suivant  l'auteur  de  [Histoire  du  duché  de 
Valois,  l'abbé  Carlier,  cet  établissement  était  un  camp  permanent 
(castra  statwa) ,  construit  par  l'empereur  Valentinien  III,  pour 
maintenir  la  tranquillité  dans  le  pays  des  Lètes  Sylvanectes  ;  l'empla- 
cement de  ce  camp  formait  un  parallélogramme  de  six  cents  toises 
de  longueur  sur  cent  quatre-vingt-dix  de  largeur,  et,  de  son  temps, 
on  y  voyait  encore  un  vaste  fer  à  cheval,  espèce  de  demi-lune  de 
vingt-deux  pieds  d'élévation,  formée  de  terres  rapportées,  soutenues 
intérieurement  et  extérieurement  par  deux  murs  parallèles.  Cet  ou- 
vrage avait  seize  toises  de  profondeur  et  vingt-quatre  d'ouverture.  La 
terrasse  pouvait  avoir  de  dix  à  douze  pieds  d'épaisseur,  et  elle  se 
terminait  en  talus.  Du  côté  de  la  campagne,  elle  présentait  deux 
issues,  en  forme  d'escaliers  de  pierre,  parallèles  et  voûtées  en  par- 
paings de  quatre  pouces  d'épaisseur.  En  dessous,  se  trouvait  un  sou- 
terrain, qui  s'étendait  d'une  extrémité  à  l'autre. 

A  trente-six  toises  vers  le  nord-ouest,  en  face  de  l'ouverture  du 
fer  à  cheval,  on  voyait  un  amas  de  débris,  seuls  vestiges,  dit  l'histo- 
rien que  nous  venons  de  citer,  de  cinq  tournelles  qui  s'y  élevaient  au- 
trefois, et  qui  avaient  fait  donner  à  cet  amas  le  nom  de  Butte  des 
Tournelles.  C'est  dans  la  Butte  des  Tournelles  qu'ont  été  faites  les 
découvertes  dont  nous  allons  entretenir  nos  lecteurs. 

Au  mois  d'avril  dernier,  M.  Edmond  de  Séroux,  maire  de  la  com- 
VII.  16 


242  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

mune  de  Béthisy-Saint-Martin ,  propriétaire  du  terrain  sur  lequel 
cette  butte  est  située ,  voulut  la  faire  déblayer  pour  combler  une 
excavation  qui  existe  dans  sa  propriété;  mais,  au  lieu  de  la  terre 
qu'il  croyait  y  trouver,  il  rencontra  des  pierres,  des  pierres  de  taille, 
dont  quelques-unes,  de  grande  dimension,  étaient  ornées  de  sculp- 
tures. Sur  le  bord  de  la  route  qui  passe  entre  le  fer  à  cheval  et  la 
butte  (l),  les  ouvriers  découvrirent  une  lame  d'épée,  cinq  fers  de 
lance,  et,  près  de  ces  armes,  qui  étaient  très-oxydées,  un  squelette 
d'homme. 

Un  ami  de  M.  de  Séroux,  M.  Raymond  deBreda,  membre  de  la 
Société  française  pour  la  conservation  des  monuments,  fit  connaître 
au  public  ces  découvertes,  par  la  voie  du  Journal  de  l'Oise,  et,  en 
même  temps,  il  écrivit  à  M.  de  Caumont,  pour  l'engager  à  venir 
visiter  les  lieux.  M.  de  Caumont,  ne  pouvant  se  rendre  à  cette  invi- 
tation, en  chargea  un  de  ses  confrères,  M.  Thiollet,  dessinateur  au 
dépôt  central  de  l'artillerie,  auquel  il  fit  allouer  quelques  fonds  pour 
continuer  les  fouilles.  M.  Thiollet  fit  aussitôt  le  voyage  de  Champlieu; 
pendant  plus  d'un  mois,  il  s'y  rendit  régulièrement  toutes  les  se- 
maines, pour  faire  faire  et  surveiller  les  fouilles,  et  c'est  à  la  direc- 
tion intelligente  qu'il  a  su  leur  donner,  c'est  à  son  zèle  aussi  infati- 
gable que  désintéressé,  que  l'on  doit  les  résultats  importants  qu'elles 
ont  produits. 

L'un  des  angles  de  la  butte  a  été  entièrement  déblayé,  et  l'un  de 
ses  côtés  a  été  fouillé  dans  la  plus  grande  partie  de  son  étendue. 
Cette  opération  a  eu  pour  premier  effet  de  faire  reconnaître  la  com- 
position générale  de  la  masse.  Au-dessous  du  gazon  qui  la  recouvre, 
on  remarque  une  épaisse  couche  de  pierres,  évidemment  rapportées 
des  champs  voisins,  et  dont  l'accumulation,  plus  grande  mais  tout  à 
fait  fortuite,  sur  les  quatre  angles,  avait  fait  croire  à  l'existence  de 
tourelles  dont  on  n'a  retrouvé  aucune  trace,  et  qui,  c'est  un  fait 
aujourd'hui  démontré,  n'ont  jamais  existé.  Au-dessous  règne,  dans 
tonte  l'étendue  de  la  butte,  une  seconde  couche,  d'un  mètre  d'épais- 
seur, formée  de  débris  de  taille  de  pierres;  enfin,  sous  cette  couche, 
et  sur  le  sol  antique,  une  masse  composée  de  fragments  et  de  débris 
de  toute  espèce,  de  pierres,  de  tuiles  à  rebord,  de  tuiles  faîtières,  etc., 
le  tout  entremêlé  de  cendres  et  de  charbons ,  traces  évidentes  de 
l'incendie  qui  a  dû  détruire  l'édifice.  C'est  au  milieu  de  cette  masse 


(i)  Cette  route  n'est  pas,  comme  on  l'a  prétendu,  la  voie  romaine;  M.  Thiollet 
a  découvert  celle  ci  au  sud-est  du  fer  à  cheval. 


Di  <  oi  \  i  m  I  i  -     \    I  il  UËPLIBU.  243 

Îu'oni  été  trouvées  fa  sculptures  déni  nous  parlerons  t<>ui  à  l'heure. 
Indemment  le  monument  de  CLIiamplitMi  .-i  smi  de  Carrière  pour  l;i 
construction  d'un  autre  édifice,  probablement  pour  celle  de  l'église 
qui  se  \oit  à  sept  ou  huit  cents  moires  de  la,  et  c'est  a  l'épaisse 
coin  lie  de  debns,  résultant  de  la  taille  des  pierres  qui  en  ont  été 
tirées,  quoi  due  U  conservation  de  ces  sculptures. 

Ce  monument  devait  être  de  forme  carrée  ou  rectangulaire;  un 
mur,  qu'à  son  peu  d'épaisseur  on  peut  prendre  pour  un  mur  d'appui 
ou  un  mur  de  clôture,  l'entourait  en  laissant  entre  lui  et  la  mu- 
raille de  ledilice  un  espace  d'environ  deux  mètres.  Cet  espace  est 
rempli  par  une  couche  de  soixante  à  quatre-vingts  centimètres 
d'argile  bien  damée,  mais  dans  laquelle  on  rencontre  des  débris  de 
matériaux,  ce  qui  prouve  qu'elle  a  été  rapportée.  Ce  rapport,  joint 
à  l'épaisseur  du  pavé  ou  dallage,  élevait  de  près  d'un  mètre  au- 
dessus  du  sol  extérieur  celui  de  ledilice.  Les  murailles  n'avaient 
point  de  fondations;  leur  base  reposait  immédiatement  sur  le  sol 
vierge,  composé  de  terre  rougeàtre,  sablonneuse,  mais  bien  com- 
pacte. 

A  huit  mètres  d'un  côté,  à  sept  mètres  de  l'autre,  du  mur  inté- 
rieur, on  remarque  un  caniveau  de  grande  dimension  :  les  pierres 
dont  il  est  formé  ont  quatre-vingt-dix  centimètres  de  largeur  sur 
soixante-dix  de  hauteur;  le  diamètre  de  la  rigole  est  de  soixante 
centimètres.  Ce  caniveau  formait,  dans  l'éditice,  un  carré  intérieur 
dont  un  des  côtés,  entièrement  déblayé,  a  trente-six  mètres  cinquante 
centimètres  de  longueur.  On  n'a  déblayé  que  quinze  mètres  d'un 
second  côté,  et  deux  mètres  seulement  d'un  troisième.  L'aire  de  ce 
carré  intérieur  est  recouverte  d'une  maçonnerie  solide,  qui  a  dû 
supporter  un  dallage  ou  un  pavage,  dont  on  rencontre,  parmi  les 
décombres  qui  la  couvrent,  de  nombreux  débris. 

Ces  décombres,  nous  l'avons  déjà  dit,  contiennent  des  pierres  de 
taille  ornées  de  sculptures  ;  parmi  ces  pierres  on  remarque  des  bases, 
des  tambours  et  des  chapiteaux  de  colonnes,  des  fragments  de  cor- 
niches et  d'architraves  richement  ornées;  mais  surtout  de  nom- 
breuses assises  de  piliers  présentant  d'un  côté  une  surface  plane 
décorée  de  bas-reliefs,  de  l'autre  une  colonne  engagée.  Ces  assises 
ont  toutes  soixante  centimètres  de  hauteur;  plusieurs  ont  pu  être 
réunies,  de  manière  à  compléter  les  sujets  représentés  sur  la  face 
principale  des  piliers  qu'elles  composaient.  Parmi  ces  sujets,  on 
remarque  Thétis  trempant  Achille  enfant  dans  les  eaux  du  Styx  , 
Jupiter  et  Léda,  Apollon,  Mercure  et  ,  sur  la  môme  pierre,  un 


244  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

fragment  de  figure  ayant  les  bras  attachés  derrière  le  dos,  un 
fragment  de  femme,  qui  a  dû  faire  partie  d'un  sacrifice,  un  autre 
fragment  de  femme  qui  a  fait  partie  d'un  enlèvement,  un  jeune 
homme  tenant  un  arc,  un  autre  jeune  homme  coiffé  d'un  casque, 
une  bacchante  vue  par  derrière,  deux  figures  d'hommes  supportant 
des  corniches  en  saillie,  etc.,  etc.  ;  enfin  de  très-nombreux  fragments 
de  frise,  représentant  des  dieux  marins,  des  néréides,  des  dauphins, 
des  monstres  à  queue  de  poisson  et  à  tête  d'homme,  de  bélier,  de 
chien ,  d'aigle,  etc. 

Ces  sculptures  sont  en  général  bien  conservées;  l'exécution  en 
est  soignée,  et  leur  style  annonce  une  époque  que  l'on  ne  peut  faire 
descendre  au-dessous  de  celle  des  Antonins. 

Une  particularité  qu'on  ne  doit  pas  oublier  de  noter,  c'est  que 
tous  les  ornements  d'architecture  sont  peints  d'un  encaustique,  qui 
résiste  au  frottement  et  au  lavage;  les  fonds  sont  d'un  jaune  plus 
ou  moins  foncé  ;  les  surfaces  saillantes  sont  blanches;  les  arêtes  et 
les  contours  des  ornements  sont  relevés  par  un  filet  rouge.  Il  y  a 
aussi  des  ornements  sur  des  fonds  rouges,  avec  filets  blancs.  Une 
figure  de  chimère  a  les  ailes  lisses;  les  plumes  sont  figurées  par  un 
trait  jaune. 

On  n'a  découvert  jusqu'ici  aucun  fragment  d'inscription. 

Faisons  des  vœux  pour  que  les  fouilles,  aujourd'hui  suspendues 
faute  de  fonds,  soient  continuées  et  achèvent  de  nous  faire  connaître 
ce  curieux  monument;  faisons-en  surtout  pour  que  ces  sculptures, 
dont  nous  n'avons  pu  donner  ici  qu'une  bien  faible  idée,  ne  restent 
pas  trop  longtemps  exposées  aux  injures  de  l'air  et  des  passants,  et 
que  des  mesures  soient  prises  pour  assurer  leur  conservation. 

L.  R. 


DÉCOUVERTES   ET  NOUVELLES 


—  M.  Lottin  de  Laval ,  chargé  par  le  gouvernement  d'une  nou- 
velle mission  scientifique  en  Egypte  et  en  Arabie,  vient  d'arriver  à 
Paris.  Parti  du  Caire  le  16  février  avec  trois  Bédouins  de  la  tribu 
des  Zoualkha,  l'infatigable  voyageur  remonta  toute  la  côte  du  golfe 
Héropolite  en  visitant  les  fontaines  de  Moïse,  Hammam-Faraoun,  le 
désert  de  Sin,  Tor  et  Rraz-Mohammed;  puis,  se  dirigeant  au  nord, 
il  vint  à  la  recherche  de  Wadi-Hébron  en  sondant  toute  la  chaîne 
du  Faratul.  Pénétrant  dans  la  célèbre  vallée  décrite  par  l'Écriture 
sainte,  il  en  releva  toutes  les  inscriptions,  ainsi  que  celles  qui  se 
trouvent  disséminées  dans  la  contrée  appelée  par  les  Arabes  Diar- 
Frangoui.  De  là  il  est  venu  explorer  tout  le  cours  de  la  péninsule 
arabique  du  Sinaï,  estampant,  relevant  ou  moulant,  par  son  ingé- 
nieux procédé,  les  bas-reliefs,  inscriptions  et  stèles  qu'il  a  trouvés 
dans  cette  curieuse  exploration.  A  ces  travaux  il  a  joint  une  rectifi- 
cation géographique  et  les  dessins  de  tous  les  razz  (promontoires), 
des  vallées  où  il  a  découvert  des  inscriptions.  En  quittant  le  couvent 
du  mont  Sinaï,  M.  Lottin  de  Laval  s'est  dirigé  vers  le  sud  par  la 
grande  Wadi-Zahara,  où  il  a  pu  relever  de  nombreuses  inscriptions, 
puis,  tournant  à  l'ouest,  il  est  venu  déboucher  dans  le  golfe  Élani- 
tique,  en  vue  de  l'archipel  des  Pirates.  Reprenant  alors  la  direction 
nord,  il  a  suivi  pendant  cinq  jours  ces  plages  abandonnées  en  pas- 
sant par  les  oasis  de  Daab  et  de  Nouëba.  N'ayant  pas  d'instructions 
pour  aller  au  delà  d'Akabak,  il  est  revenu  par  les  monts  Hélat, 
chaîne  magnifique,  profonde,  très-peu  sure  et  à  peine  connue,  où 
il  a  découvert  plus  de  deux  cents  inscriptions,  puis  il  est  venu  mouler 
tous  les  monuments  du  la  curieuse  nécropolis  égyptienne  qui  se 
trouve  sur  le  pic  élevé  de  Serbout-el-Kadem. 

Là  se  terminait  la  mission  que  le  gouvernement  avait  confiée  à 
M.  Lottin  de  Laval;  mais  il  a  pensé  que  sa  présence  en  Egypte 
pourrait  encore  être  utile  à  la  science  :  de  retour  au  Caire,  il  s'est 
mis  à  explorer  les  carrières  profondes  de  la  chaîne  qui  serre  le  Nil  à 
l'est  et  le  désert  jusque  vers  le  Fayoum  ;  sa  mission  a  été  prodigieuse 
et  les  résultats  en  seront  d'une  haute  importance  pour  la  géographie, 
l'histoire,  la  philologie  et  les  beaux-arts.  Pour  en  donner  une  faible 
idée,  M.  Lottin  de  Laval  rapporte  plus  de  neuf  cents  inscriptions, 
la  plupart  inédites  et  é4rit68  dans  une  langue  <jue  l'on  croit  être  celle 


246  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

des  Nabathéens ,  peuple  jadis  florissant  et  sur  lequel  M.  Etienne 
Quatremère  a  longuement  écrit;  des  hypogées  qu'il  pourra  recon- 
struire en  entier  avec  les  sculptures  et  leurs  hiéroglyphes  ornés  de 
couleurs  variées  ;  la  tête  colossale  de  Rhamsès  le  Grand,  la  plus 
magnifique  sculpture  de  l'art  égyptien,  et  des  morceaux  innombra- 
bles de  l'art  des  khalifes,  pris  dans  les  tombeaux,  les  piscines,  les 
medressehs  et  les  mosquées  de  l'Egypte. 

—  Les  démolitions  exécutées  pour  le  nouvel  alignement  de  la  rue 
des  Mathurins  Saint-Jacques ,  font  disparaître  en  ce  moment  l'une 
des  plus  vieilles  maisons  de  Paris.  Nous  voulons  parler  de  celle  qui 
se  trouvait  à  l'encoignure  de  la  rue  du  Cloître  Saint-Benoît  et  qui 
s'ouvrait  sur  cette  rue  par  une  grande  porte  gothique  dont  les  vous- 
sures annoncent  une  construction  de  la  fin  du  xive  siècle.  Elle  avait 
été  construite  sur  le  fonds  d'un  riche  bourgeois  de  Paris  nommé 
Machel ,  qui  y  demeura  au  milieu  du  xme  siècle  et  donna  quelque 
temps  son  nom  à  la  rue  du  Cloître  Saint-Benoît,  comme  l'atteste 
une  transaction  du  mois  de  novembre  1 243.  Elle  fut  habitée  ensuite 
par  Pierre  de  l'Encloistre,  imposé  de  dix  livres  sur  le  rôle  de  la  taille 
de  1292,  et  par  Hugues  Pariset,  qui  voulut  se  soustraire,  comme 
noble,  à  la  taille  de  1313,  mais  qui,  ayant  été  trouvé  marchand  par 
enquête,  fut  coté  à  quinze  livres. 

—  Les  journaux  anglais  nous  donnent  des  détails  sur  les  fouilles 
qui  viennent  d'être  entreprises  à  Studfall  ou  Lymne-Castle ,  près 
Hythe,  sur  l'emplacement  de  l'ancien  Portas  Lemanis,  par  les  soins  de 
MM.  J.  Elliot  et  Roach-Smith.  On  a  déjà  découvert  une  partie  de 
l'enceinte  de  l'ancien  caslrum  romain,  à  laquelle  se  rattachaient  neuf 
tours  rondes  et  deux  portes  dont  les  restes  ont  été  également  décou- 
verts. Ceux  qui  ontfait  connaître  cette  importante  découverte  archéo- 
logique s'accordent  h  déplorer  l'indifférence  avec  laquelle  une  grande 
partie  de  la  population  a  accueilli  ces  recherches  dont  les  résultats 
importent  tant  cependant  à  l'histoire  de  la  Grande-Bretagne,  et  à  se 
plaindre  du  défaut  d'assistance  que  MM.  J.  Elliot  et  R.  Smith  ont  ren- 
contré delà  part  du  gouvernement  britannique,  qui  est  bien  loin  en 
cela  d'imiter  la  libéralité  des  autres  gouvernements  européens  et  celui 
de  la  France  en  particulier,  lesquels  ont  toujours  témoigné  de  tant  de 
zèle  pour  tout  ce  qui  touche  aux  encouragements  des  travaux  histo- 
riques. Les  ressources  des  sociétés  privées  qui  s'occupent  d'archéo- 
logie ne  sauraient  faire  face  aux  dépenses  considérables  qu'entraînent 
des  fouilles  telles  que  celles  de  Lymne-Castle;  et  il  n'y  a  véritable- 


DÉCOUVERTES  ET  NOUVELLES.  247 

ment  qoe  les  bits  qui  paissent  tenir  en  nid*»  ani  effort!  si  lonaMes 

u\  (jui  entreprennent,  dam  l'intérêt  de  la  science,  de  si  dispen- 
dieuses recherches.  M.  Cli.  Konch-Smith  a  présenté  aux  commis- 
nires  de  la  trésorerie  une  demande  tendante  à  obtenir  une  subven- 
tion pour  la  continuation  de  ses  fouilles;  espérons  ojne  cette  demande 

lera  prise  en  considération. 

—  Depuis  l'ouverture  du  Musée  américain  au  Louvre,  des  dons 
plus  ou  moins  importants  sont  \cnus  augmenter  cette  collection. 
MM.  Massieu  de  Clerval,  Schœlcher,  Audiffret,  Ravaisson  ont  fait 
présent  de  petits  monuments  très-curieux,  recueillis  au  Mexique, 
au  Pérou  et  à  Haïti.  M.  Àngrand,  consul  général  de  France,  a  enri- 
chi la  collection  américaine  d'une  très-nombreuse  série  de  vases, 
d étoffés,  d'armes  découverts  par  lui  dans  les  sépultures  antiques  du 
Pérou.  Nous  rendrons  compte  prochainement  de  la  Notice  dans  la- 
quelle le  conservateur  des  antiques,  M.  de  Longpérier,  a  décrit  tous 
ces  objets,  qu'il  a  classés  d'une  manière  méthodique  en  indiquant  les 
rapports  de  forme  et  d'ornementation  qui  existent  entre  les  vases  et 
autres  objets  américains  et  les  monuments  analogues  de  l'ancien 
hémisphère. 

—  Pendant  quatre  ans  la  Revue  a,  comme  on  s'en  souvient,  vive- 
ment pressé  l'ancienne  administration  du  Louvre  de  placer  d'une 
manière  convenable  les  bas-reliefs  de  Magnésie  si  longtemps  aban- 
donnés en  plein  air.  M.  Jeanron  avait  enfin  fait  droit  au  désir  de 
l'universalité  des  archéologues  dont  la  Revue  exprimait  l'opinion. 
Nous  apprenons  que,  par  une  décision  nouvelle,  ces  bas-reliefs  sont 
enlevés  de  la  salle  où  le  conservateur  des  antiques  les  avait  réunis 
aux  inscriptions  de  l'Asie  Mineure  rapportées  par  notre  collabora- 
teur, M.  Ph.  Le  Bas.  On  dit  que  cette  mesure  a  pour  but  de  faire 
place  à  de  nombreuses  statues  modernes  dont  on  dépouille  le  Musée 
de  Versailles.  Nous  voulons  croire  encore  que  le  fait  n'est  pas  exact. 
La  place  de  la  sculpture  moderne  doit  toujours  être  fort  restreinte 
au  Louvre.  Llle  a  dix  établissements  publics  pour  s'abriter;  tandis 
que  la  sculpture  antique  ne  peut  être  logée  qu'au  Louvre  où  déjà  la 
place  manque.  Cette  nomelle  détermination  de  la  direction  des 
musée?  t'est  pas  faite  pour  encourager  les  voyageurs  qui  seraient  ten- 
tés d'accroître  la  collection  des  marbres  antiques  de  Paris.  Ils  auront 
la  crainte  que  leurs  soins  ne  soient  inutiles  et  que  les  monuments 
qu'ils  rapporteraient  ne  restent  plongés  dans  une  cave  avec  les  bas- 
reliefs  de  Magnésie 


BIBLIOGRAPHIE. 


Histoire  de  la  Cathédrale  de  Poitiers ,  par  M.  l'abbé  Auber  ,  historio- 
graphe du  diocèse,  président  de  la  Société  des  Antiquaires  de 
l'Ouest,  correspondant  du  ministre  de  l'instruction  publique  pour 
les  travaux  historiques,  etc.  —  2  forts  volumes  in-8  accompagnés 
d'un  grand  nombre  de  planches.  — Paris,  1849,  Derache. 

Parmi  les  sociétés  des  départements  qui  concourent  aux  progrès 
de  la  science,  une  des  plus  actives  et  des  plus  méritantes,  sans 
contredit,  est  la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest.  Chaque  année 
le  recueil  de  ses  mémoires  s'enrichit  de  travaux  remarquables  et 
quelqu'un  de  ses  membres  obtient  les  suffrages  de  l'Institut.  Nulle 
société  n'est  plus  zélée  pour  l'étude  et  la  conservation  des  monu- 
ments de  sa  juridiction,  et  dernièrement  encore  sa  persévérance  a 
triomphé  des  abus  d'une  centralisation  impitoyable  ;  la  collection 
historique  de  Versailles  a  rendu  à  l'église  de  Fontevrault  les  statues 
tumulaires  des  Plantagenets  que  la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest 
réclamait  inutilement  depuis  cinq  ans. 

Toutes  les  branches  de  l'archéologie  trouvent  dans  la  Société  des 
Antiquaires  de  l'Ouest  les  plus  honorables  représentants.  Notre  archi- 
tecture nationale  n'a  pas  de  défenseur  plus  heureux  et  d'interprète 
plus  fidèle  que  M.  de  Chergé.  L'orfèvrerie  et  la  peinture  sur  verre 
du  moyen  âge  possèdent  dans  M.  l'abbé  Texier  un  excellent  histo- 
rien. Les  belles  études  de  M.  Matty  de  La  Tour  rectifient  nos  erreurs 
sur  la  géographie  ancienne.  L'érudition  variée  de  M.  Anatole  Barthé- 
lémy montre  combien  dans  la  science  toutes  les  parties  s'éclairent 
l'une  par  l'autre.  Enfin  les  mémoires  numismatiques  du  savant 
M.  Lecointre-Dupont  seront  toujours  cités  comme  des  modèles  de 
travaux  consciencieux  et  complets. 

M.  l'abbé  Auber,  en  publiant  Y  Histoire  de  la  Cathédrale  de  Poi- 
tiers, vient  de  justifier  l'honneur  qu'il  a  de  présider  ses  collègues. 
Chargé  d'écrire  l'histoire  de  son  diocèse,  M.  l'abbé  Auber  devait 
commencer  par  celle  du  monument  qui  en  fut  le  berceau  et  il  l'a  fait 
dans  les  meilleures  conditions  de  science  et  de  succès.  Sa  position 
officielle  lui  livrait  tous  les  matériaux  qui  lui  étaient  nécessaires  et 


BIBLIOGRAPHIE  24<> 

il  les  ;i  exploita  avec  une  ardeur  infatigable.  Son  livre  a  eu  le 
[>réeieu\  avantage  de  passer  au  contrôle  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  rOnesl  ,  et  cha(|ne  page  a  jui  èlre  disculée  sur  les  lieux  mêmes 
par  des  ju-es  compétents  «jiii  se  livraient  depuis  longtemps  aux 
mômes  travaux. 

L'auteur  a  heureusement  rattaché  au  monument  qu'il  dé»  rivait 
toutes  les  questions  générales  de  l'art  et  toutes  les  doctrines  archéo- 
logiques si  péniblement  formulées  pendant  ces  dernières  années* 
Aussi  son  œuvre  est-elle  à  la  fois  un  livre  élémentaire  où  les  per- 
sonnes étrangères  à  la  science  peuvent  en  commencer  l'étude,  et  une 
monographie  complète  où  les  plus  savants  trouveront,  dans  des  faits 
nouuMux,  la  confirmation  de  ce  qu'ils  ont  antérieurement  appris. 
Le  style ,  enfin ,  en  est  généralement  remarquable  ;  on  aime  à  y 
sentir  l'entraînement  d'une  imagination  poétique  et  surtout  la  sève 
d'une  foi  sincère. 

Les  deux  volumes  de  M.  l'abbé  Auber  se  divisent  en  quatre 
parties.  La  première  est  consacrée  aux  origines  de  la  cathédrale  ; 
la  deuxième  et  la  troisième  donnent  la  description  du  monument  ;  la 
quatrième,  qui  comprend  tout  le  second  volume,  contient  la  suite 
des  événements  qui  s'y  sont  passés  depuis  le  XIIe  siècle  jusqu'à  nos 
jours.  Celte  division  nous  semble  la  plus  rationnelle  qu'on  puisse 
adopter  dans  de  semblables  travaux.  Il  est  naturel  en  effet  d'étudier 
la  préparation  historique  du  monument,  d'en  discuter  les  origines 
et  de  raconter  les  légendes  qui  forment  l'époque  héroïque  de  sa 
fondation.  Il  est  utile  de  rechercher  l'emplacement  de  l'église  qui  a 
précédé  afin  de  reconnaître  les  influences  d'un  plan  antérieur  comme 
M.  l'abbé  Auber  a  pu  le  constater  pour  la  cathédrale  de  Poitiers  ; 
puis  lorsque  la  date  de  la  fondation  est  fixée ,  viennent  la  description 
de  l'édifice,  l'exposé  de  la  pensée  artistique,  les  phases  de  sa  réalisa- 
tion, les  modifications  que  des  générations  nouvelles  y  ont  appor- 
tées, les  changements  qui  en  ont  altéré  l'unité,  et  quand  la  scène 
est  bien  connue,  on  peut  raconter  les  événements  qui  s'y  sont 
passés ,  montrer  les  traces  que  les  hommes  et  les  choses  y  ont 
laissées,  les  souvenirs  que  la  piété  des  fidèles  y  a  déposés  ou  les 
ruines  que  les  révolutions  du  temps  ou  des  peuples  y  ont  faites. 
Dans  ces  tableaux  successifs  se  dessinent  tous  ces  usages  et  toutes 
ces  fêtes  qui  mêlaient  à  la  vie  de  nos  ancêtres  une  poésie  bien  préfé- 
rable au  confortable  de  notre  civilisation  industrielle. 

Nom  louerons  donc  M.  l'abbé  Auber  d'avoir  suivi  cet  ordre  dans 
M>n  OBYimge,  m-iis  nous  aurions  désiré  lui  \oir  adopter  dans  sa  partie 


250  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

descriptive  une  marche  plus  simple  et  plus  méthodique.  Il  a ,  selon 
nous,  trop  examiné  son  monument  par  partie  ;  il  eut  mieux  valu  en 
suivre  le  développement  naturel  et  observer  la  hiérarchie  des  diffé- 
rentes branches  de  l'art.  L'architecture  accomplit  d'abord  son  œuvre, 
la  sculpture  et  la  peinture  viennent  ensuite  la  compléter.  En  sépa- 
rant l'édifice  de  son  ornementation,  l'auteur  en  aurait  rendu  l'intelli- 
gence plus  facile  et  aurait  aussi  mis  plus  d'ensemble  dans  ses 
savantes  explications  iconographiques.  Un  livre  n'est  pas  une  visite 
rapide  dans  laquelle  il  faut  examiner  les  détaiis  de  chaque  partie 
qu'on  ne  doit  plus  revoir,  c'est  une  exposition  scientifique  qui  pro- 
cède par  la  synthèse.  L'archéologue  qui  fait  résider  la  science  dans 
les  détails  se  trompe.  les  détails  ne  sont  que  des  matériaux  et  c'est 
l'ordre  qu'on  y  met  qui  constitue  la  science. 

En  discutant  les  origines  de  l'église  de  Saint-Pierre,  M.  l'abbé 
Auber  tranche  une  question  sur  laquelle  un  concile  du  XIe  siècle 
n'avait  pas  voulu  se  prononcer  ;  il  rejette  la  légende  qui  fait  de  saint 
Martial  un  contemporain  des  apôtres  et  il  explique  comment  le 
vocable  donné  à  la  cathédrale  de  Poitiers  a  pu  motiver  cette  croyance. 
Beaucoup  d'églises  des  Gaules  ne  se  contentaient  pas  de  tenir  à 
Rome  par  l'orthodoxie,  elles  cherchaient  encore  à  faire  remonter 
leur  fondation  aux  premiers  jours  du  christianisme  comme  ces 
familles  patriciennes  qui  faisaient  commencer  aux  demi-dieux  la 
liste  de  leurs  ancêtres.  Il  y  aurait  un  grand  travail  à  faire  sur  l'éta- 
blissement des  premières  églises  dans  les  Gaules,  sur  l'apostolat  de 
saint  Lazare,  de  sainte  Marie-Madeleine,  de  saint  Denis.  Il  existe 
sur  ces  sujets  un  ensemble  de  témoignages  qui  peut  faire  croire  que 
la  critique  a  été  trop  loin  dans  ses  négations. 

Toute  la  partie  descriptive  de  la  monographie  de  la  cathédrale  de 
Poitiers  est  savamment  traitée.  Les  dates ,  les  matériaux,  les  détails 
y  sont  scrupuleusement  analysés  ;  des  planches  complètent  ou  plutôt 
justifient  les  descriptions  Elles  n'ont  ni  la  précision  d'une  épure 
d'architecte  ni  le  pittoresque  d'un  habile  crayon,  mais  elles  offrent 
une  naïveté  qui  n'est  pas  sans  mérite  ;  les  dessins  des  figures  laissent 
plus  à  désirer,  ils  sont  d'une  petite  dimension  et  ne  représentent 
pas  ce  que  M.  l'abbé  Auber  a  vu  dans  les  originaux.  Nous  citerons 
comme  modèle  à  suivre  la  manière  dont  sont  décrits  les  vitraux.  Des 
lithographies  en  indiquent,  par  les  armatures,  les  grandes  divisions; 
un  échantillon  de  bordure  donne  l'encadrement  des  panneaux  ; 
chaque  sujet  est  décrit  brièvement  et  avec  ordre  dans  son  médaillon  ; 
ce  moyen  facilite  beaucoup   l'étude  des  légendes  et  permet  des 


BlBMOGlUPiin  .  <2M 

rappro. henients   avec   les  reitièftl   dai   autres   église*.    A   Poil 

tous  1,'s  sujets  <e  développent  invariablement  de  haut  en  b 

le   swnhnlisme  e*t   la    partie   de   l'archéologie   chrétienne   que 
M.  l'abbé  Auber  |  étudiée  ;iut  le  plus  de  passion  :  il  0H  Ml  devenu 

l'intrépide  défenseur  data  ses  otatrea  et  dam  tes  réunions  des 

ÇODgrès |  et  il  est  arrivée  des  conclusions  que  beaucoup  ,  il  faut 
l'avouer,  trouvent  exagérées.  Plein  d'une  foi  robuste  dnns  la  science 
iconographique  du  moyen  Age*  il  veut  y  rattacher  tout  ce  (|ui  sortit 
alors  du  ciseau  ou  du  pinceau  des  artistes.  Dans  ses  explications,  il 
refusa  de  faire  la  moindre  part  aux  caprices  individuels,  et  si  les 
textes  de  In  Concordance  ou  les  efforts  de  son  imagination  ne  par- 
viennent pas  à  lui  donner  le  mot  de  l'énigme,  il  en  appelle,  pour 
ne  pas  renoncer  à  sa  thèse  absolue,  aux  études  pftM  heureuses  de  la 
postérité.  Ce  système  est  sans  danger  pour  la  science  ,  le  princii, 
vrai,  ses  applications  seules  sont  discutables  II  ne  peut  y  avoir  une 
grande  époque  d'art  sans  une  base  iconographique ,  sans  une  langue 
commune;  nous  travaillons  maintenant  à  reconstituer  celle  de  l'art 
chrétien,  ne  craignons  pas  les  h.inliesses  et  remercions  l'auteur  qui 
nous  apporte  un  fait  nouveau  ,  fut-il  môle  à  beaucoup  d'erreurs. 

Les  explications  que  M.  l'abbé  Auber  donne  des  modillons  de  la 
cathédrale  de  Poitiers,  appartiennent  souvent  plutôt  à  la  morale 
qu'à  l'archéologie  ;  plusieurs  cependant  sont  heureuses  et  resteront 
à  la  science.  M.  l'abbé  Auber  nous  promet  un  travail  spécial  sur  le 
svmbolisme  ;  nous  l'attendons  avec  impatience ,  parce  que  nous 
connaissons  le  zèle  et  le  talent  de  l'auteur  :  nous  désirons  lui  voir 
surtout  développer  ses  explications  avec  les  textes  des  Pères  de 
l'Église  et  des  glossateurs.  Il  y  a  une  harmonie  incontestable  entre 
les  œuvres  des  artistes  et  des  écrivains  du  moyen  âge.  Les  ligures 
peintes  et  sculptées  de  nos  monuments  n'étaient  que  la  floraison  des 
enseignements  de  l'École,  et  madame  Félicie  d'Ayzac  a  montré 
dernièrement  quels  magnifiques  résultats  on  peut  obtenir  en  s  ap- 
puyant sur  ces  autorités  incontestables  (1).  Toute  l'explication  du 
moyen  âge  est  dans  ses  manuscrits;  c'est  en  les  étudiant  que  nous 
sortirons  des  hypothèses  et  que  nous  rattacherons  enlin  l'art  à  cette 
tradition  sainte  qui  seule  peut  lui  rendre  sa  moralité  et  sa  grandeur. 

La  partie  historique  de  l'ouvrage  de  M.  l'abbé  Auber  nous  a  paru 
aussi  complète  que  possible.  Il  l'a  mêlée  de  détails  pleins  d'intérêt 

(1)  Voy.  Statues  du  portail  d,>  Chartres,  ln-8ft.  Parla,  1849,  et  Revue  archéo- 
logique .    t.  VI ,   p.  497. 


252  REVUE    ARCHEOLOGIQUE. 

sur  les  usages,  les  cérémonies,  les  dignitaires  et  les  trésors  de  la 
cathédrale;  en  rattachant  son  histoire  particulière  à  l'histoire  géné- 
rale du  pays,  il  a  stigmatisé  avec  vigueur  les  protestants  de  1562  et 
les  révolutionnaires  de  1793.  Il  se  montre  presque  aussi  sévère  pour 
les  dégâts  des  restaurateurs  modernes.  Nous  avouons  que  nous 
sommes  peu  partisans  de  cette  verve  satirique  que  le  journalisme  a 
mise  trop  en  honneur  ;  cette  vivacité  d'attaque  était  excusable  dans 
l'entraînement  des  premières  escarmouches,  mais  la  souveraineté  de 
notre  art  national  n'est  plus  maintenant  en  question  et  nous  devons 
nous  montrer  calmes  dans  la  victoire. 

Nous  regrettons  que  les  limites  de  cet  article  ne  nous  permettent 
pas  de  nous  étendre  davantage  sur  l'ouvrage  de  M.  l'abbé  Auber  et 
de  signaler  les  faits  nombreux  et  nouveaux  dont  il  enrichit  la 
science.  Ce  livre  est  un  événement  en  archéologie,  et  nous  devons 
réparer  ce  que  nos  éloges  ont  d'incomplet  en  en  recommandant 
vivement  l'étude.  Puissent  tous  les  diocèses  de  France  avoir  des 
historiens  aussi  zélés  ,  aussi  savants  que  M.  l'abbé  Auber  ! 
Sa  monographie  de  la  cathédrale  de  Poitiers  peut  servir  de  modèle 
à  tous  les  travaux  de  ce  genre.  E.  Cartier. 

Die  Antiken  Cameen  des  K.K.  Mtinz  und  Antiken  Cabinettes  in  Wien. 
Beschreiben  von  Joseph  Arneth.  — Vienne,  i  849,  f°.  25  planches. 

Tel  est  le  titre  de  ce  magnifique  ouvrage  que  le  savant  directeur 
du  cabinet  des  médailles  et  antiques  de  Vienne  vient  de  publier  tout 
récemment  avec  une  richesse  d'exécution  typographique  et  artistique 
qui  n'est  égalée  que  par  le  mérite  même  de  l'ouvrage.  Les  camées 
antiques  du  musée  de  Vienne  forment  le  premier  chapitre  de  la  des- 
cription de  tous  les  objets  d'antiquité  qui  composent  ce  vaste  dépôt, 
dont  l'auteur  se  propose  de  publier  la  totalité  des  monuments  sous 
cette  rubrique  :  Monumente  des  K.  K.  Mtinz  und  antiken  Cabinettes 
in  Wien.  Cette  grande  description  dont  le  savant  auteur  a  donné 
succinctement  les  titres  en  tête  des  premières  pages  de  son  livre  serait 
ainsi  divisée:  1°  Pierres  gravées,  camées  et  intailles  antiques  et 
modernes.  2°  Vases,  bijoux  en  or  antiques  et  de  l'époque  de  Ben- 
venuto  Cellini.  3°  Vases  et  bijoux  d'argent.  4°  Statues,  figurines  , 
animaux,  vases  et  instruments  de  bronze.  5°  Vases  grecs  et  romains 
en  terre  cuite.  6°  Ouvrage  en  terre  cuite,  en  ivoire  ,  en  verre  et  en 
plâtre,  etc.  7°  Sarcophages  antiques,  statues  et  bustes  en  marbre. 
8°  Inscriptions  antiques.   9°  Collection  égyptienne.   10°  Médailles 


Biiti.hH.K  aphii 

grecques  11°  Médailles  romaines*  ri"  Monnaies  da  moyen  Age. 
13€  Monnaies  romaines,  i  r  Monnaies  orientales.  La  première  par- 
tic  de  cette  remarquable  description  eal  spécialement  consacrée  aux 
pierres  gravées  en  général  et  se  snhdiiife  en  trois  daines1  i  h  pre- 
mière classe  (a)  comprend  les  camées  antique»;  la  deuxième  (b)  est 
consacrée  aux  intailles  anciennes.  Enfin  dans  la  troisième  classe  (c) 
l'auteur  s'est  occupe  îles  camées  et  des  intailles  du  moyen  âge  et 
modernes. 

Il  serait  très-difficile  de  suivre  l'auteur  dans  les  savantes  digressions 
qu'il  a  fait  entrer  dans  son  livre;  nous  dirons  seulement  en  peu  de 
mots  quelles  sont  les  données  générales,  l'introduction  que  le  savant 
M.  Arneth  a  placées  en  tête  de  sa  description.  L'auteur  après  avoir 
passé  en  revue  les  différentes  phases  de  l'art  grec ,  dit  que  les  pierres 
gravées  ne  servaient  pas  seulement  d'ornements  au  luxe  des  anciens, 
mais  qu'elles  étaient  aussi  offertes  aux  dieux  et  déposées  dans  les 
temples,   ainsi  qu'une  inscription  grecque,  publiée  par  Chandler, 
inscription  qui  est  l'inventaire  public  du  trésor  déposé  dans  l'Opistho- 
dome  du  Parthénon  à  Athènes ,  le  prouve  clairement  en  disant  que 
des  pierres  gravées  en  faisaient  partie.  Sous  les  empereurs,  de  pa- 
reils dons  étaient  faits  à  la  divinité;  Auguste  offrit  au  temple  de  la 
Concorde  à  Rome  une  corne  d'abondance  en  or,  ornée  de  pierres 
gravées;  et  Cicéron  (contre  Verres)  nous  apprend  que  le  roi  Antio- 
chus  avait  destiné  un  candélabre  orné  de  pierres  gravées  et  d'in- 
tailles  au  temple  de  Jupiter  Capitolin.  Au  dire  de  Pline  et  deSuétone, 
J.  César  et  Marcellus  firent  don  aux  temples  de  Vénus  et  d'Apollon 
de  plusieurs  séries  de  pierres  gravées.  Les  particuliers  de  distinction 
avaient  aussi  à  Rome  de  riches  collections  de  camées  ;  il  suffit  de 
citer  celles  de  Scaurus,  de  Pompée,  voire  même  de  Sylla. 

Les  intailles  étaient  plus  particulièrement  consacrées  à  un  autre 
usage  qui  remonte  à  l'antiquité  la  plus  reculée  ;  elles  servaient  aux 
rois  et  aux  princes  comme  insignes  de  leur  puissance  et  souvent 
même  aussi  comme  sceau  de  l'Etat  ;  les  diplômes  de  Pépin  et  de 
Charlemagne  portent  les  uns  l'empreinte  d'une  figure  de  Bacchus  et 
la  tète  de  Sérapis  ;  de  plus  les  particuliers  se  servaient 
aussi  d'intailles  pour  donner  de  l'authenticité  à  leurs  actes  privés  et 
publics.  Les  cachets  des  vaincus  avaient  une  grande  importance  aux 

i\  des  vainqueurs  ;  ainsi  Alexandre  vainqueur  de  Darius  se  servait 
«lu  cachet  du  roi  des  rois  pour  des  lettres  relatives  à  l'Asie;  Sylla 
avait  pour  cachet  une  intaille  représentant  Jogortha  vaincu;  et  Ci- 


254  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

céron  déclare  qu'il  a  reconnu  une  statue  de  Scipion  l'Africain  à  l'an- 
neau portant  le  signe  de  la  famille  Cornelia. 

L'auteur  passe  ensuite  en  revue  les  artistes  de  l'antiquité  dont  les 
noms  sont  gravés  sur  les  pierres,  après  avoir  consacré  toutefois  à 
la  matière  des  pierres  en  elles-mêmes  quelques  lignes  d'un  intérêt 
réel.  Enfin  M.  Arneth  arrive  à  la  description  des  principales  pierres 
gravées  et  intailles  du  cabinet  d'Autriche.  En  premier  lieu  l'auteur 
cite  le  camée  d'Auguste  représentant  l'empereur  triomphant  des 
Pannoniens.  Il  est  moins  grand  que  celui  de  Paris,  car  deux  scènes 
seulement  y  sont  figurées  ;  il  est  d'un  travail  plus  fini  et  n'est  point 
fragmenté.  11  a  passé  de  l'abbaye  de  Poissy  en  Allemagne.  Sur  le 
premier  plan  ,  il  représente  Auguste,  sa  femme  Livie  et  toute  sa 
famille  ;  derrière  le  prince  sont  Neptune  et  Gybèle  (pi.  I).  Parmi  les 
autres  camées  du  musée  de  Vienne  il  faut  citer  Rome  et  Auguste 
(pi.  IV);  une  aigle  impériale  (pi.  III)  ;  l'onyx  représentant  Ptolé- 
mée,  Philadelphe  et  Arsinoé  (pi.  V);  la  calcédoine  ornée  du  buste 
de  Tibère  (  pi.  VI)  ;  Claude  et  sa  famille ,  onyx  (  pi.  VII)  ;  le  buste 
de  Tibère,  onyx  (pi.  V1I1)  ;  Livie  portée  par  Cybèle,  onyx  (pi.  IX)  ; 
Jupiter,  vainqueur  des  géants  (pi.  X);  onyx  admirable  qui  fut  gravé 
sans  doute  par  l'inspiration  de  ces  vers  d'Horace  (Carm.  III,  i,  6-8): 

Reges  in  ipsos  imperium  est  Jovis 
Clari  giganteo  triumpho, 
Cuncta  supercilio  moventis, 

Le  char  de  Neptune,  onyx  (pi.  XI);  Diane  et  Endymion  ou  Vénus 
et  Adonis,  onyx  (pi.  XII);  enfin  une  foule  de  petits  camées  et  de 
pierres  gravées  portant  les  bustes  d'Hercule,  de  Mercure,  etc., 
d'Agrippa,  de  Claude,  de  Vespasien,  de  Pertinax,  etc.,  et  de  ces 
allégories  dont  les  Romains  avaient  presque  fait  des  divinités,  telles 
que  la  Piété,  la  Libéralité  (pi.  XX,  n°  20),  etc. 

Enfin  il  faut  voir  l'admirable  ouvrage  de  M.  Arneth  pour  se  con- 
vaincre tout  d'abord  de  son  importance  et  de  son  mérite;  les  sources 
où  l'auteur  a  puisé,  attachent  considérablement  de  prix  à  son  livre; 
il  suffit  de  dire  enfin  que  c'est  dans  l'étude  des  classiques,  que  c'est 
à  l'aide  des  écrits  de  Montfaucon,  de  Winckelmann ,  de  Visconti,  de 
Letronne,  d'Eckhel,  de  MM.  Lenormant,  Panofka  et  Gerhard,  etc., 
que  l'ouvrage  de  M.  Arneth  a  été  entrepris  ;  il  ne  pouvait  sortir  de 
sa  plume  qu'une  grande  œuvre,  puisqu'elle  était  inspirée  par  des 
noms  aussi  illustres. 

V.  Langlois. 


iuhmocraimiik. 

HONOMBNT    i»k  NlNlVK,   découvert   cl    décrit    par  MM.    15,, n 
Flandin.  —  Paris,  Imprim.   ti.it - ,  f%    1850.  Gidk  et  Baudky, 
éditeurs. 

C'est  sur  Ninive  et  son  antique  splendeur  que  se  dirige  maintenant 
toute  I  attention  des  savants,  c'est  sur  les  monuments  gigantesques 
de  Khorsabad  que  nos  artistes  \iennent  étudier  l'art  assyrien,  c'est 
sur  le  problème  difficile  des  caractères  cunéiformes  que  va  se  heurter 
pour  le  résoudre,  le  génie  de  nos  érudits.  Déjà  sur  cette  épineuse 
question  des  hommes  d'un  talent  supérieur  ont  abordé  les  difficultés 
premières  de  la  science ,  et  de  remarquables  écrits  sont  sortis  de 
leur  plume  ;  il  suffit  de  citer  les  noms  de  MM.  Burnouf ,  de  Saulcv, 
Ldwenstern,  de  Longpérier,  Botta,  Rawlinson  pour  voir  dans  quelles 
mains  a  été  confiée  la  science  des  écritures  assyriennes.  Mais  le  peu 
de  monuments  que  l'on  connaissait  jusqu'alors  était  insuffisant  pour 
étudier  complètement  la  matière  et  on  attendait  impatiemment  un 
livre  où  seraient  groupés  les  monuments,  les  inscriptions  que  l'on 
découvrait  en  abondance  sur  le  territoire  de  l'antique  Ninive.  Telle 
était  l'attente  universelle  des  archéologues  !  Aussi  devons-nous  nous 
glorifier  de  voir  qu'un  Français,  un  savant,  a  le  premier  doté  son 
pays  d'un  de  ces  monuments  impérissables ,  qui  fait  la  gloire  des  na- 
tions et  qui  relève  l'intelligence  en  faisant  passer  sous  nos  yeux  le 
grandiose  des  civilisations  éteintes  de  l'Asie. 

M.  le  consul  Botta  partit  de  France  avec  l'intention  de  retrouver 
l'antique  Ninive  ;  les  données  qu'il  avait  déjà,  les  instructions  qu'il 
avait  reçues  du  gouvernement  et  de  l'Institut,  le  mirent  sur  la  voie  et 
après  quelques  recherches,  notre  savant  compatriote  révélait  aux 
archéologues  une  mine  nouvelle ,  et  offrait  une  moisson  fertile  pour 
la  science.  A  quelques  lieues  de  Mossul,  le  consul  de  France  exhu- 
mait des  palais  entiers ,  des  inscriptions,  des  bas-reliefs  du  plus  beau 
style  et  de  la  plus  belle  époque  de  la  civilisation  de  l'Asie.  Ninive 
existait  donc,  ses  palais  encore  debout  que  le  temps  nous  a  conservés 
avec  toute  leur  pureté  artistique  sont  maintenant  la  conquête  du 
monde  savant.  Les  découvertes  de  M.  Botta  sont  loin  d'être  arrivées 
à  leur  terme;  malheureusement  d'autres  se  sont  chargés  de  recueillir 
son  héritage,  et  l'Angleterre,  à  notre  grand  regret,  continue  l'œuvre 
de  notre  savant  consul.  Les  voyageurs  anglais  découvrent  continuel- 
lement des  monuments  nouveaux  et  les  musées  de  Londres  rh.ilisent 
maintenant  en  richesse  avec  nos  collections  assyriennes  du  Louvre. 

Le  livre  de  M.  Botta  se  compose  de  onze  chapitres  :  dans  le  pre- 


• 


256  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

raier,  Fauteur  raconte  la  découverte  du  monument  sur  le  mamelon 
deRhorsabad,  les  travaux  qu'il  a  fallu  exécuter  pour  transporter  les 
colosses,  des  portes  du  palais,  jusqu'à  la  mer;  les  difficultés  maté- 
rielles une  fois  surmontées ,  il  a  fallu  vaincre  la  résistance  obstinée 
de  Méhémet-Pacha ,  gouverneur  pour  les  Turks  de  la  province  de 
Mossul ,  qui,  sous  de  futiles  prétextes ,  s'opposait  à  l'enlèvement  des 
pierres.  Inutile  dédire  qu'après  des  peines  et  des  fatigues  inouïes, 
M.  Botta  a  triomphé  de  toutes  les  difficultés ,  et  la  science  lui  saura 
gré  de  l'immense  service  qu'il  lui  a  rendu.  Le  deuxième  chapitre  de 
l'ouvrage  est  consacré  à  la  position  topographique  de  Khorsabad  et 
des  environs,  la  place  du  monument,  et  des  constructions  secon- 
daires. Du  troisième  au  sixième  chapitre  inclusivement,  l'auteur  a 
donné  la  description  des  monuments ,  des  bas-reliefs ,  des  inscrip- 
tions qu'il  a  découverts.  Enfin  du  septième  au  onzième  chapitre 
M.  Botta  expose  le  système  des  écritures  cunéiformes ,  les  distinc- 
tions qui  existent  entre  l'écriture  de  Ninive  et  l'écriture  de  Persépolis, 
de  Van  et  de  Babylone. 

L'ouvrage  est  accompagné  de  plus  de  quatre  cents  planches ,  dues 
au  crayon  de  M.  Flandin  et  gravées  par  nos  meilleurs  artistes.    V.  L. 

Lettres  du  baron  Marchant  sur  la  numismatique  et  l'histoire.  Nouvelle 
édition,  augmentée  de  fragments  inédits  de  l'auteur  et  annotée  par 
plusieurs  numismatistes.  —  Mise  en  vente  des  cinq   premières 
livraisons.  — Paris,  in-8°,  1850,  Leleux. 
Nous  avons  déjà  indiqué  sommairement  dans  notre  dernier  volume, 
p.  742,  les  matières  contenues  dans  les  deux  premières  livraisons  de 
cette  importante  publication  ;  nous  allons  compléter  aujourd'hui  ce 
court  aperçu,  en  donnant  les  titres  des  lettres  vie  à  x%  qui  compo- 
sent les  trois  dernières  livraisons  parues. 

La  lettre  vie  adressée  à  M.  Durand,  et  qui  a  rapport  à  une  médaille 
d'EudoxieDalassène  et  de  Constantin  Ducas,  a  été  annotée  par  M.  de 
Saulcy.  La  vne  qui  contient  un  essai  sur  la  numismatique  des  Croi- 
sades est  accompagnée  des  notes  de  M.  Victor  Langlois.  La  vine  an- 
notée par  le  même  auteur,  a  trait  aux  monnaies  de  l'empereur  Ro- 
main II  et  du  roi  de  Sicile  Roger  II.  Les  médailles  au  nom  de  Michel 
qui  forment  la  ixe  lettre ,  sont  suivies  des  observations  savantes  de 
M.  de  Saulcy.  La  xe  lettre ,  enfin ,  qui  termine  la  cinquième  livraison 
et  qui  offre  le  plus  d'intérêt,  est  consacrée  à  la  description  d'une  mé- 
daille d'Andronie  II ,  et  à  la  rectification  d'une  monnaie  byzantine 
anonyme  ;  elle  est  annotée  par  M.  Adrien  de  Longpérier. 


NOUVELLES  REMARQUES 

SUR 

LE  TEMPLE  APPELÉ  SOSTHENIUM  , 

CONSACRÉ   A   ST.    MICHEL   PAR   L'EMPEREUR   CONSTANTIN. 
(Voy.  Revue  archéologique ,  vi*  année,  p.  144  eUuiv.) 

Les  lecteurs  de  la  Revue  se  rappellent  sans  doute  la  dissertation 
que  j'ai  publiée,  il  y  a  un  an,  et  dans  laquelle  j'essayais  d'établir  que 
l'église  appelée  Soslhcnium,  qui  fut  consacrée  par  l'empereur  Cons- 
tantin à  l'archange  Michel ,  avait  été  auparavant  un  temple  païen 
élevé  à  une  divinité  médicale.  C'était  là  le  but  principal  de  mon 
travail ,  but  que  je  crois  avoir  atteint;  quant  à  l'objet  secondaire,  la 
détermination  du  véritable  emplacement  de  cette  église ,  en  pré- 
sence des  témoignages  contradictoires  qui  nous  sont  fournis  à  ce 
sujet  par  les  Byzantins,  je  m'étais  senti  incertain,  et  n'ayant  pu  lever 
tous  les  doutes,  toutes  les  difficultés  auxquelles  la  question  donne 
lieu  ,  j'avais  été  forcé  de  m'arrêter  à  une  hypothèse  dont  je  sentais 
mieux  qu'un  autre  toute  l'insuffisance.  J'avais  supposé  que  le  temple 
élevé  par  les  Argonautes,  temple  que  j'identifiais  au  Sosthenium, 
était  placé  sur  la  rive  gauche ,  c'est-à-dire  en  Europe,  au  voisinage 
de  Hestiae,  quoique  G.  Codinus  distingue  formellement  le  Sosthe- 
nium de  l'église  que  Constantin  dédia  à  saint  Michel  à  Anaplous , 
près  de  Hestiae  (1).  Un  passage  de  Polybe,  qui  m'avait  échappé,  lors 
de  la  rédaction  de  mon  mémoire ,  est  venu  depuis  modifier  mon 
opinion  sur  ce  sujet,  en  môme  temps  qu'il  a  apporté  un  témoignage 
imposant  en  faveur  de  l'hypothèse  principale  qui  fait  le  fond  de  ma 
dissertation.  Voilà  pourquoi  je  crois  aujourd'hui  nécessaire  de  join- 
dre au  mémoire  que  j'ai  publié  les  remarques  que  m'ont  suggérées 
le  passage  de  l'historien  grec. 

Polybe  nous  dit  à  propos  du  Bosphore  :  a  La  bouche  du  Pont  est 
appelée  Bosphore  de  Thrace  et  a  cent  vingt  stades  de  longueur.  Sa 
largeur  n'est  pas  partout  la  môme.  La  bouche,  par  où  l'on  sort  de  la 
Propontide ,  commence  au  détroit  qui  s'étend  entre  Chalcédoine  et 
Byzance,  et  dont  l'ouverture  est  de  quatorze  stades.  Celle  par  où 

(1)  Voy.  la  note  5  de  l'article  cité. 

VII.  17 


258  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

l'on  sort  du  Pont,  s'appelle  Hieron.  C'est  là  qu'on  dit  que  Jason,  re- 
venant de  la  Colchide ,  sacrifia  la  première  fois  aux  douze  dieux. 
Cet  endroit ,  quoique  situé  dans  l'Asie,  n'est  distant  de  l'Europe 
que  de  douze  stades,  au  bout  desquelles  vis-à-vis  on  trouve  le 
temple  de  Sera  pis  dans  la  Thrace  (1). 

On  le  voit,  d'après  Polybe,  le  temple  élevé  par  les  Argonautes 
était  en  Asie,  sur  la  rive  droite  du  Bosphore.  Si  donc,  ainsi  que 
l'avancent  G.  Cedrenus,  J.  Malalas  et  Nicéphore  Calliste,  le  Soslhe- 
nium  que  Constantin  consacra  à  saint  Michel  était  le  même  que  ce 
temple ,  il  faut  le  placer  sur  la  rive  droite  ;  et  cependant  Sozo- 
mène  (2),  qui  décrit  les  lieux  en  détail  et  comme  les  ayant  visités, 
dit  au  contraire  que  cette  église  était  sur  la  rive  gauche,  au  voisi- 
nage de  Hesliœ.  On  pourrait  lever  la  difficulté  en  supposant  une 
mauvaise  leçon  dans  les  manuscrits  de  l'historien  ecclésiastique  et 
lisant  :  Eiç  7iovtov  ex  xwvGTavTivouTroXstoç ,  au  lieu  de  :  sx  7rovrou  sic 
xwvffTavrtvouTOXtv.  Mais  nous  ferons  voir  plus  bas  que  d'autres  faits 
tendent  à  confirmer  le  dire  de  Sozomène ,  et  qu'il  n'est  pas  aisé  de 
trancher  la  difficulté.  Remarquons  que  cet  écrivain  ne  dit  pas  que  le 
Sosthenium  soit  le  même  que  le  temple  des  Argonautes  ;  il  ne  fait 
aucune  mention  de  ces  personnages,  dont  il  n'est  parlé  que  dans  les 
Byzantins.  Ceux-ci  vivant  dans  un  temps  plus  éloigné  du  fait  rap- 
porté, il  est  plus  naturel  de  supposer  que  l'erreur  vient  de  leur  part 
que  du  côté  de  Sozomène.  Et  puisque  Polybe,  historien  beaucoup 
plus  ancien,  nous  dit  que  le  temple  des  Argonautes  était  en  Asie,  il 
faut  croire  que  le  Sosthenium  en  était  distinct,  puisqu'il  était  sur  la 
côte  d'Europe.  C'est  avec  l'église  Saint-Michel ,  placée  à  Brochas ,  et 
aussi  consacrée  par  Constantin ,  que  le  temple  des  Argonautes  paraît 
devoir  être  identifié,  car  cette  église  était  placée  en  Asie  (3),  et 
de  plus  elle  était  voisine  d'une  église  consacrée  à  la  Vierge  (4) ,  dans 
laquelle  il  semblequ'il  faille  reconnaître  l'église  dont  parle  Cedrenus, 
et  qui  occupait  l'emplacement  de  l'oracle  consulté  par  les  Argo- 
nautes. Procope  nous  dit  que  le  Saint-Michel  d'Asie,  que  Justi- 
nien  avait  aussi  fait  réédifier,  était  sur  un  terre-plein  entouré  d'un 
mur,  juste  en  face  de  l'autre  St.  Michel  (5).  Rien  d'étonnant  que  dans 
les  derniers  temps  on  ait  confondu  deux  églises  portant  le  même 

(1)  Polyb.  Histor.,  ïib.  IV,  39,  p.  98-99,  éd.  Schweighaeuser. 

(2)  Lib.  II,  c.  m. 

(3)  G.Codin.  de  JEdific.  Constant.,  p.  115,  éd.  Bekker. 

(4)  Procop.  de  JEdific.,  I,  8,  éd.  Dindorf,  t.  III ,  p.  199. 

(5)  Ibid.,  I,  8,  t.  III,  p.  199,  éd.  Dindorf. 


REMARQUES   SUR    LE   TEMPLE   SOSTHENIUM. 

nom  et  qni  étaient  si  voisines,  et  qu'on  ait  rapporté  a  celle  de  la 
ri?c  gauche,  le  Sosthenium ,  une  tradition  mythologique  qui  s'atta- 
chait à  colle  de  la  rive  droite.  Mais  un  fait  nouveau  expliqua  mieux 
encore  cette  confusion  ;  c'est  que  ,  suivant  le  passage  cité  de 
Polybe,  un  temple  de  Serapis  existait  sur  la  rive  de  Tbrace  op- 
posée à  la  côte  d'Asie,  ce  qui  nous  ramène  précisément  à  l'empla- 
cement de  Sosthenium.  Les  faits  que  j'ai  cités  dans  ma  dissertation, 
ont  suffisamment  montré  que  l'usage  de  l'incubation  était  général 
dans  le  culte  de  ce  dieu  médical,  et  nous  avons  là  une  preuve  que 
l'incubation  pratiquée  en  l'honneur  de  l'archange,  n'était  que  la 
continuation  de  celle  qui  se  pratiquait  pour  le  dieu  égyptien. 

Le  culte  de  Serapis  sur  le  Bosphore  ne  peut  remonter  bien  haut , 
puisque  ce  n'est  qu'à  partir  de  l'époque  des  Ptolémées  que  ce  culte 
se  répandit  dans  la  Grèce ,  à  Athènes ,  à  Hermione ,  à  Corinthe,  à 
Patras,  à  Sparte  (1).  Le  témoignage  du  scholiaste  d'Apollonius  de 
Rhodes  ,  que  nous  avons  invoqué  dans  notre  article,  n'en  subsiste 
pas  moins ,  et  il  est  à  croire  qu'on  adorait  sur  la  rive  droite  du  Bos- 
phore, à  Brochae,  une  divinité  médicale,  Apollon  Jasonins  ou  Cv- 
zicius,  confondu  avec  le  Jason  des  Argonautes.  Le  culte  d'une  autre 
divinité  médicale,  Serapis,  sur  la  rive  opposée,  explique  facile- 
ment qu'on  ait  pu  confondre  les  deux  temples,  et  rapporter  à  celui- 
ci,  baptisé  plus  tard  du  nom  de  Sosthenium,  après  que  Constantin 
l'eut  consacré  à  saint  Michel ,  la  tradition  qui  se  rapportait  originai- 
rement à  celui  de  Brochae. 

Un  fait  important  à  noter  pour  la  confirmation  de  nos  conclu- 
sions, c'est  l'existence,  sur  l'emplacement  du  Sosthenium,  précisé- 
ment du  temple  d'une  divinité  à  l'égard  de  laquelle  se  pratiquait  le 
genre  de  consultation  médicale  que  nous  voyons  mis  en  pratique,  de- 
depuis  Constantin,  pour  saint  Michel.  Au  reste,  cette  conclusion 
n'empocherait  pas  d'admettre  que  l'Apollon  Jasonius ,  qui  avait  un 
temple  sur  l'autre  rive  du  Bosphore,  ne  fût  aussi  une  divinité  médi- 
cale dont  des  sources  thermales  avaient  fait  naître  le  culte.  Cet 
Apollon  pouvait  être  d'autant  plus  un  dieu  qui  apparaissait  aux  ma- 
lades, qu'Artémidore  nous  apprend  qu'Apollon  Paeon  se  montrait 
souvent  en  songe  aux  malades  pour  leur  annoncer  le  retour  à  la 
santé  (2).  Alfred  Macry. 

(l)  Voy.  U  diwert.  de  M.  Gmgniauit  surSérap  is,  dans  le  t.  V  de  la  trad.  de  Ta- 
citc  <lc  M.  Burnouf. 

(2;  ToU  Si  %oq  voaoûit.  wurr.pixv  npox'jûpsvti ,  ntûu*  yà/a  o  Otoi  Aéyewttt  OneiTOCT., 
lit>.  il,  p.  JM.éd.Reiïï. 


LETTRE  A  L'ÉDITEUR  DE  LA  REVUE  ARCHEOLOGIQUE. 

SUR  UNE  MOSAÏQUE  TROUVÉE  A  CARTHAGE. 

Monsieur, 

Il  se  rattache  un  si  grand  intérêt  à  toutes  les  découvertes  archéo- 
logiques faites  sur  l'antique  sol  de  Carthage ,  que  je  crois  remplir 
un  devoir  utile  en  vous  faisant  connaître  celle  qui  eut  lieu  dans  le 
courant  de  l'année  1844. 

A  cette  époque ,  les  fouilles  que  le  gouvernement  tunisien  fit 
faire  sur  remplacement  qu'occupait  Carthage  pour  en  extraire  de 
grandes  pierres  de  taille  destinées  à  être  employées  dans  les  tra- 
vaux du  canal  de  la  Goulette,  mirent  à  jour  une  grande  mosaïque, 
extrêmement  curieuse  et  d'une  conservation  assez  parfaite.  Elle 
avait  huit  mètres  de  long  sur  cinq  de  large.  Le  bey  l'offrit  à  M.  de 
Lagau,  alors  consul  général  de  France  à  Tunis,  qui  prit  aussitôt 
des  mesures  pour  assurer  la  conservation  de  cette  intéressante  dé- 
couverte. Cette  mosaïque  fut,  plus  tard,  transportée  par  blocs 
séparés  en  France ,  et  quelques-uns  de  ces  derniers  sont  restés  à 
Carthage  et  font  partie  du  petit  musée  de  la  chapelle  Saint-Louis. 

Le  point  où  cette  mosaïque  a  été  découverte  se  trouve  à  environ 
700  mètres  du  port  Cothon,  et  sur  le  versant  sud  du  mont  Byrsa,  au 
haut  duquel  s'élève  aujourd'hui  la  croix  de  bronze  de  la  chapelle  de 
Saint-Louis.  Ce  point  est  indiqué  par  M.  Falbe ,  dans  son  plan  de 
Carthage ,  sous  le  n°  LIV,  comme  étant  un  reste  de  temple ,  et  il 
pense  que  ce  fut  celui  d'Apollon,  pillé  par  les  troupes  de  Scipion  le 
lendemain  du  jour  où  le  Cothon  et  le  Forum  tombèrent  au  pouvoir 
du  consul  romain.  M.  Dureau  de  la  Malle,  dans  sa  Topographie  de 
Carthage ,  place  au  contraire  ce  temple  au  point  indiqué  sur  la 
carte  de  M.  Falbe,  au  n°  LV,  où  effectivement  se  trouvent  des 
substructions  très-considérables ,  et  il  assigne  au  point  où  a  été 
découverte  la  mosaïque  en  question  ,  cest-à-dire  au  n°  LIV  de  la 
carte  de  M.  Falbe,  l'emplacement  des  anciens  bains  ou  thermes  de 
Gargilius. 

J'ai  découvert  moi-même,  sous  une  partie  de  la  mosaïque,  dans 
un  terrain  formé  de  débris  d'anciennes  constructions ,  une  tète  de 
femme  en  marbre,  que  je  suppose  être  celle  de  Junon.  Cette  tête, 
d'un  travail  assez  ordinaire  d'ailleurs,  paraît  avoir  appartenu  à  une 
statue  de  grandeur  naturelle ,  et  elle  est  mutilée  à  deux  endroits 


MOSAÏQUE   trouvée    A   C.ARTHAGE.  261 

différents.  .1  <ii  remarqué  ensuite  un  bloc  entier  de  mosaïque  gros- 
sière qui  leroNe  avoir  appartenu  à  la  Carthagc  punique,  et  qui  I 
été  employé  dans  la  bâtisse  de  l'un  des  piliers  qui  subsistent  encore 
sur  remplacement  de  l'édifice,  et  qui  paraissent  avoir  fait  partie  de 
la  façade  en  avant  de  laquelle  devait  se  trouver  une  rangée  de  co- 
lonnes en  demi-cercle. 

Ces  deux  circonstances,  jointes  à  quelques  autres  considérations 
résultant  de  la  topographie  locale  ,  me  font  penser  que  la  mosaïque 
qui  m'occupe  appartenait  à  un  édifice  byzantin,  ou  plutôt  de  la 
dernière  époque  carthaginoise,  lequel  édifice  aurait  été  élevé  sur 
l'emplacement  d'une  construction  imposante  et  d'une  date  bien  an- 
térieure. 

D'après  ce  qui  précède,  je  crois  que  M.  Falbe  est  dans  l'erreur 
quand  il  assigne  à  ce  point  l'emplacement  du  temple  d'Apollon 
pillé  par  les  troupes  de  Scipion.  L'opinion  de  M.  Dureau  de  la 
Malle,  qui  avance  que  sur  ce  point  s'élevaient  les  thermes  de  Gar- 
gilius,  me  semble  préférable.  Peut-être  que  le  temple  d'Apollon  et 
les  thermes  de  Gargilius  ne  sont  que  l'appellation  d'un  seul  et  même 
édifice,  et  que  les  thermes,  dans  l'une  des  salles  desquels  fut  te- 
nue, en  411,  la  grande  assemblée  qui  jugea  définitivement  la  fa- 
meuse querelle  des  Donatistes,  peut-être,  dis-je,  que  les  thermes 
furent  construits  sur  l'emplacement  même  qu'occupait  le  temple 
d'Apollon  au  temps  où  Scipion  réduisit  la  fière  rivale  de  Rome. 

Les  noms  de  ciprianvs,  de  cvimacvs,  etc.,  etc.,  qui  se  trou- 
vent dans  le  travail  même  de  la  mosaïque  et  dans  les  médaillons  re- 
présentant des  guerriers  montés  sur  des  chars  traînés  par  quatre 
chevaux,  viendront  peut-être  jeter  un  nouveau  jour  sur  l'époque  de 
cette  mosaïque,  la  plus  grande  et  la  plus  curieuse  qui  ait  été  trou- 
vée jusqu'à  ce  jour  à  Carthage. 

Je  m'étais  empressé  de  faire  de  cette  mosaïque,  sur  les  lieux 
même  ,  un  dessin  dont  je  puis  garantir  l'exactitude.  J'ai  l'honneur 
de  vous  en  envoyer  ci-joint  le  calque  (1).  Je  m'étais  borné,  pour 
rendre  mon  travail  plus  facile,  à  ne  simuler  la  mosaïque  que  dans 
un  seul  médaillon ,  afin  d'avoir  une  idée  du  travail  et  des  couleurs 
de  tout  le  reste. 

Agréez ,  etc. 

10  juillet  1830.  A.    ROUSSEAU  , 

Premier  interprète  de  la  légation  et  consulat  général 
de  France  à  Tunis. 

(1)  Voy.  la  pi.  143  qui  accompagne  ce  cahier. 


LETTRE  A  M.   CH.  LENORMANT, 

MEMBRE  DE  L'iNSTITOT, 

SUR  LES  MONNAIES  DES  ROIS  ARMÉNIENS  DE  LA  DYNASTIE 
DE  ROUPËNE. 

Monsieur  , 

Le  premier  auteur  qui  ait  signalé  à  l'attention  du  monde  savant 
les  monnaies  roupéniennes  est  le  marquis  de  Savorgnan,  qui  publia 
plusieurs  monnaies  de  Léon  II  (1).  Le  livre  de  ce  savant  italien  ne 
se  rencontre  point  en  France,  où  on  le  chercherait  vainement.  La 
seconde  mention  d'une  médaille  arménienne  se  trouve  dans  Tris- 
tan (2) ,  qui  publia  la  monnaie  bilingue  d'Héthum  I  et  du  sultan 
Kaikosrou,  monnaie  reproduite  ensuite  par  Du  Cange  (3)  et  par 
Adier  (i).  Une  foule  d'autres  mentions  se  rencontrent  dans  G.  Ce- 
per  (5),  La  Croze  (6),  Th.  Pembrock  et  le  comte  de  Montgom- 
mery  (7) ,  les  auteurs  du  catalogue  du  Musée  impérial  de  Saint- 
Pétersbourg  (8)  et  Pellerin  (9) ,  qui  ont  donné  chacun  dans  leurs 
différents  ouvrages  l'explication  rarement  exacte  de  différentes  mon- 
naies roupéniennes. 

Toutefois,  aucune  monographie  n'avait  été  tentée  jusqu'alors 
sur  ce  sujet,  et  pour  la  première  fois  l'abbé  Sestini  entreprit  un 
essai  de  classification  qu'il  intercalla  dans  ses  dissertations  sur  les 

(1)  Sestini  le  cite  t.  II ,  lettre  IX  de  ses  Dissert.  num.  sur  les  méd.  du  mus. 
Ainslie. 

(2)  Comment,  historiq.,  t.  III,  p.  588  (Paris,  1664). 

(3)  Bist.  de  St.  Louis,  par  le  sire  de  Joinville,  Diss.  XVI,  p.  238  (Paris, 
1668,  f  ). 

(4)  Mus.  cuf.  Borgia,  p.  61-62 ,  pU  XII,  C.  (Rome,  1182). 

(5)  In  Lactantium  de  Mortïb.  persecutorum,  notœ,  p.  135  (Traj.  ad  Rhenum  , 
1693). 

(6)  Histoire  du  Christianisme  d'Ethiopie  et  d'Arménie,  p.  340  (La  Haye, 
1793). 

(7)  IVum.  ant.  in  1res  partes  divisa ,  t.  IV,  p.  40  (Londres,  1746). 

(8)  Mus.imp.  Petrop.,  t.  II,  3e  partie,  p.  452  (  Saint-Pétersbourg,  1745). 

(9)  Lettres  de  Vauteur  du  Recueil  des  médailles  des  peuples ,  etc.,  p.  112,  147, 
pi.  I,  n°*  6,  7  et  8  (Francfort,  1770). 


MONNAIES   DBS  ROIS    ARMÉNIENS.  Mi 

médailles  du  Musée  Ainslie  1  .  Ll  monographie  du  savant  mimis- 
matiste,  malgré  toute  l'érudition  qui  s'}  remarque,  esl  loin  d'avoir 
tout  le  mérite  qu'on  lui  suppose;  une  foule  d'inexactitudes,  sans 
compter  les  fausses  attributions  que  je  signalerai  tout  à  l'heure, 
jettent  un  peu  de  défaveur  sur  cette  dissertation.  Ce  n'est  pas  que  je 
veuille  rien  oter  du  mérite  et  du  savoir  de  Sestini  ,  loin  de  là  :  seu- 
lement j'ai  acquis  la  certitude,  par  l'examen  attentif  de  monnaies 
semblables  à  celles  qui  avaient  servi  au  savant  abbé  pour  son  tra- 
vail „  que  la  majeure  partie  d'entre  elles  avaient  été  détournées  de 
leur  sens.  Je  citerai  seulement  quelques  exemples  :  Sestini  (2)  donne 
au  roi  Simbat  une  médaille  dont  aucun  des  éléments  épigraphiques 
ne  peut  constituer  le  nom  de  ce  roi  ;  il  attribue  ensuite  à  Constantin 
une  pièce  sur  laquelle  on  lit  le  nomd'Ochin;  enfin,  il  donne  au  se- 
cond règne  d'Héthum  une  pièce  d'Etienne  III  Urosch  II,  roi  de 
Servie  ,  publiée  par  M.  de  Reichel ,  dans  une  notice  sur  les  monnaies 
de  Servie  (3).  Mais  il  est  juste  ,  maintenant  que  j'ai  fait  voir  les  er- 
reurs de  Sestini ,  de  faire  ressortir  le  mérite  de  son  travail.  Sestini  a 
attribué  à  Thoros  une  médaille  sur  laquelle  se  lit  le  nom  de  ce  roi  ; 
les  numismatistes  modernes  en  ont  attaqué  l'authenticité  :  l'un 
d'eux,  M.  Brosset  (4),  suppose  que  la  pièce  est  de  l'invention  de 
Sestini  ,  attendu  qu'elle  ne  présente  aucune  des  lettres  du  nom  de 
Thoros;  l'autre,  M.  A.  Krafft  (5),  a  tourné  la  difficulté  en  passant 
cette  monnaie  sous  silence.  Pour  ce  qui  est  de  M.  Brosset,  je  trouve 
que  ce  savant  a  été  trop  loin  en  suspectant  la  bonne  foi  de  Sestini , 
d'autant  plus  que  sur  une  pièce  presque  semblable  du  cabinet  de 
M.  de  Cadalvène  ,  publiée  par  M.  de  Saulcy  (6) ,  on  lit  parfaitement 
les  trois  premières  lettres  du  nom  de  Thoros.  M.  de  Saulcy,  à  qui 
j'ai  soumis  cette  opinion,  l'a  adoptée  sans  réserve. 

Après  l'Essai  de  Sestini,  il  s'écoula  quarante  ans  avant  qu'au- 
cun travail  ne  fût  tenté  sur  les  monnaies  roupéniennes.  M.  Brosset, 
l'un  des  continuateurs  de  l'histoire  du  Bas-Empire  de  Lebeau , 
donna ,  dans  les   notes   qu'il    fit  sur  cet  ouvrage ,   la  description 


(1)  Ouv.  cité,  lett.  IX,  Sopra  le  medngl.  dei  principi  Jiupinensi,  t.  II ,  p.  22  ; 
t.  IV,  p.  84. 
P.  43. 

(3)  Mém.  de  la  Société  d'archéologie  et  de  numism.  de  Saint-Pétersbourg ,  1848, 
t.  II,  p.  242,  pi.  XIII,  n°  9. 

(4)  Bulletin  de  VAcad.  des  Sciences  de  St.  Pétersb.,  t.  VI,  n°*  3  et  4. 

(5)  Armenitchc  Miinzen ,  etc.  (Vienne,  1843,  2  pi.) 

Yum.  des  Croisades,  pi.  XIX,  n°  76.  (Paris  ,  1847). 


264  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

des  monnaies  arméniennes  connues  de  son  temps  (1).  Cet  essai 
fournit  à  celui-ci  les  éléments  d'une  Monographie  des  monnaies  rou- 
péniennes  (2) ,  que  ce  savant  imprima  à  Saint-Pétersbourg  en  1840. 
Dans  ce  travail  de  quelques  pages  seulement ,  l'auteur  repousse  toute 
distinction  à  établir  dans  le  classement  des  pièces  des  rois  homo- 
nymes ;  il  attribue  à  un  roi  incertain  du  nom  de  Léon  toutes  les 
médailles  portant  ce  nom ,  et  à  un  Héthum  incertain  les  pièces  si 
nombreuses  et  si  différentes  de  types  où  se  lit  le  nom  Héthum.  Les 
raisons  alléguées  par  M.  Brosset  sont  celles-ci  :  «  Qu'il  est  impos- 
«  sible  de  distinguer  par  les  médailles  l'un  ou  l'autre  des  princes  du 
«  nom  de  Léon  ou  d'Héthum ,  attendu  qu'aucune  ne  porte  de  dates  ; 
«  que  les  noms  des  rois  homonymes  n'ont  rien  qui  les  distinguent  ; 
«  et  qu'enfin  les  médailles  se  ressemblent  toutes  pour  le  type.  » 
Comme  on  voit,  le  système  proposé  par  M.  Brosset  est  loin  de  sa- 
tisfaire pleinement  les  exigences  de  la  science ,  et  je  crois  qu'à  l'aide 
de  l'histoire  et  par  l'examen  des  types  des  monnaies  on  peut  arriver 
à  lever  presque  toutes  les  difficultés  réputées  insurmontables  par 
M.  Brosset.  Malgré  ce  défaut  capital  que  je  prends  la  liberté  de  si- 
gnaler dans  le  travail  du  savant  académicien ,  je  dois  dire  que  la 
Monographie  de  M.  Brosset  contient  de  très-remarquables  attribu- 
tions, et  je  m'empresse  de  signaler  l'une  des  principales.  Les 
monnaies  roupéniennes,  comme  on  aurait  pu  le  penser,  ne  sont  pas 
les  seules  où  se  rencontrent  des  caractères  arméniens;  car  M.  Brosset 
en  signale  un  exemple  tiré  d'une  médaille  inédite  du  musée  asiatique 
de  Saint-Pétersbourg  (3).  Cette  curieuse  pièce  porte  au  droit  le 
buste  de  J.-C.  nimbé  tenant  le  livre  des  Évangiles,  avec  cette  in- 
scription monogrammatique  :  ($\) — V(MJ  (Gs  —  CHs),  où  l'on  a 
reconnu  déjà  le  nom  de  Jésus-Christ.  Au  revers,  une  inscription 
quadrilinéaire  occupe  le  champ  de  la  pièce  : 

~f"  Sf1   lYY*  +  Dr  och-  Dieu  assis- 

\A?  li  HP  Mi       ne  8ori8-         te  Goric 

h  llfïlHV              igora....               Gora.... 
Il a a 

Disons  en  passant  que  cette  légende  a  une  grande  ressemblance  avec 

(1)  T.  XVI,  p.  2G;  XVII,  p.  43,  324;  XX  ,  p.  510. 

(2)  Bulletin  de  VAcad.  des  Se.  de  St.  Peler sbourg ,  t.  VI,  n°s  3  et  4. 

(3)  Ouv.  cilé,  p.  52,  pi.  I,  n°  1. 


MON  IN  Ail  ROIS    AHMI.NIKNS. 

l'inst riplion  invocative  des  monnairs  frappées  à  Antioche  au  temps 
du  eroiUdeS  par  les  princes  chrétien!  :  Kupie  porjOei  T(.)  cov/fo  <7ov... 

M.  Brosset  fait  remarquer  qu'aucun  prince  de  la  dynastie  de 
EkmpèM  n'a  porté  le  nom  de  Goric  ;  mais  il  nous  apprend  que  ce 
nom  se  trouve  dans  une  branche  collatérale  de  la  dynastie  Bagradite  : 
«  Si  m  bat  II,  dit  l'auteur  de  l'attribution,  septième  prince  qui  avait 
«  le  titre  de  roi  de  la  descendance  d'Archod  ,  ayant  affermi  son  au- 
«  torité,  abandonna  en  1082  à  son  fils  Goric  ou  Gourgen  une  par- 
ce tie  considérable  de  ce  pays  qui  forme  maintenant  le  Somkhetk.  Ce 
«  prince  s'y  établit  et  prit  le  titre  de  roi  d'Albanie.  Quoiqu'il  y  ait 
u  d'autres  princes  du  nom  de  Goric,  celui  dont  il  s'agit  ici  est  le  seul 
«auquel  puisse  être  attribuée  la  monnaie  du  musée  asiatique,  car 
<(  Simbat  ayant  donné  à  son  frère  une  partie  de  ses  États  avec  le  titre 
«de  gouverneur,  et  ce  titre  se'  retrouve  dans  les  lettres  gora...a 
«  dans  lesquelles  on  reconnaît  le  titre  de  Curopalate.  De  plus,  les 
«  autres  successeurs  de  Goric  qui  portaient  le  môme  nom  que  lui, 
«  avaient  tous  le  titre  de  roi.  » 

Mais  si  quelques  monnaies  portant  des  caractères  arméniens  ont 
été  trouvées  parmi  les  suites  numismatiques  ciliciennes,  je  dois  dire 
que  certains  auteurs  se  sont  trompés  en  revendiquant  pour  l'Armé- 
nie des  pièces  qui  lui  sont  tout  à  fait  étrangères.  Ainsi ,  le  père 
Indjidji ,  dans  ses  Antiquités  de  l'Arménie  (1),  assure  avoir  vu  dans 
la  collection  de  lord  Ainsley,  à  Constantinople ,  des  monnaies  por- 
tant d'un  côté  un  autel  placé  entre  deux  personnages  et  de  l'autre 
une  tète  de  roi  coiffé  à  la  manière  orientale  avec  des  légendes  armé- 
niennes. Ces  pièces  sont  tout  simplement  des  médailles  sassanides 
mal  lues  par  le  P.  Indjidji ,  et  en  tout  semblables  à  celles  dont  M.  de 
Longpérier  a  fait  la  monographie  (2);  ou  bien  des  dirhems  arabes, 
imités  du  type  sassanide,  car  on  sait,  d'après  le  témoignage  de 
Makrizi  et  de  ses  commentateurs  (3),  «qu'Omar  fit  frapper  des 
«  dirhems  avec  l'empreinte  de  Cosroès  et  du  môme  module  (4);  » 
ou  bien  encore  des  monnaies  imitées  de  ce  môme  type  sassanide  dont 
je  viens  de  parler  et  portant  des  inscriptions  géorgiennes  (5). 

(1)  T.  II ,  p.  75,  note  (1835,  3  vol.  in-8°). 

(2)  Essai  sur  les  médailles  des  rois  perses  de  la  dynastie  Sassanide  (Paris , 
1810,  in-4°). 

(3)  Histoire  de  la  monnaie  arabe.  —  Tyschen,  Comm.  I  de  nummis  vet.pers., 
p.  24  ;  et  Comm.  III ,  p.  25.  —  S.  de  Sacy,  trad.  de  Makrizi. 

(4)  Lettres  du  baron  Marchant  sur  la  Numismatique  (Lettre  I ,  p  9,  annot.  par 
M.  de  Longpérier  (Paris,  Lekux,  edit.,  1850,  in-8°). 

(5)  Fraëhn,  Novœ  symbol.  ad  rem  num.  Mohammed.  (Pétersb.,  1819,  in-4°), 
p.  40,  pi.  II,  n°  15. 


366  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

La  Monographie  de  M.  Brosset  fut  bientôt  suivie  d'un  travail 
très- remarquable  dû  à  la  plume  d'un  savant  allemand,  M.  Albreck 
Krafît  (l).  L'auteur  a  établi  parmi  les  médailles  des  rois  homonymes 
des  distinctions  qui  n'existent  pas,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  dans 
le  travail  de  M.  Brosset  ;  de  plus,  M.  Krafft  a  publié  quelques  mon- 
naies nouvelles  tirées  des  collections  du  musée  de  Vienne,  de  M.  Ti- 
moni  et  du  cabinet  des  médailles  des  RR.  PP.  Méchitaristes  de  Ve- 
nise, monnaies  qui  n'ont  pas  peu  contribué  à  fixer  définitivement 
aux  rois  homonymes  les  pièces  restées  douteuses  dans  la  Monogra- 
phie de  M.  Brosset. 

Un  travail  spécial ,  touchant  les  monnaies  d'Héthum,  adressé  ré- 
cemment par  le  consul  anglais  deSmyrne,  M.  Borell,  au  supérieur 
chi  couvent  arménien  de  Venise  (2),  a  pour  but  de  faire  connaître 
des  pièces  d'Héthum  et  d'Isabelle  que  Sestini  avait  attribuées  par  er- 
reur à  Héthum  H  et  à  Léon  III  (3).  Si  MM.  Brosset  et  Krafft 
n'eussent  devancé  M.  Borell  de  plusieurs  années,  et  à  son  insu,  dans 
cette  appréciation,  la  notice  de  ce  dernier  eût  été  irréprochable. 

Je  dois  parler  maintenant  de  deux  pièces  roupéniennes  que  M.  de 
Saulcy,  dans  sa  Numismatique  des  Croisades  (4),  a  attribuées  aux 
rois  de  Chypre.  La  seconde  de  ces  pièces,  dont  j'ai  déjà  parlé,  est 
du  règne  de  Thoros  ;  la  première  en  billon  et  du  module  des  deniers 
doit  être  reportée  au  règne  de  Léon  VI  de  la  famille  des  Lusignan. 

Je  passe  sous  silence  les  monnaies  déjà  citées  par  Sestini,  que 
Tchamistch  (5)  et  Capellati  (6)  ont  rappelées  dans  leurs  ouvrages. 

Enfin,  et  pour  finir  cette  nomenclature  des  auteurs  où  se  trouve 
une  mention  des  monnaies  arméniennes,  je  vais  parler  de  deux 
pièces  dont  les  auteurs  de  Y  Art  de  vérifier  les  dates  ont  donné  la  des- 
cription  (7).  Ces  deux  médailles,  que  les  Bénédictins  disent  avoir 
fait  partie  du  cabinet  du  roi ,  n'y  étaient  plus  au  temps  de  Pellerin , 
qui  s'en  est  occupé  dans  ses  lettres  (8)  ;  la  première  portait,  sur  l'un 
de  ses  côtés,  une  sainte  à  mi-corps  avec  l'auréole  et  cette  inscription  : 
draco  rex  armen.  L'autre  côté  de  la  pièce  était  parti  de  manière 
qu'au  premier  était  un  dauphin  en  pal  et  au  second  une  femme  à 

(1)  Arm.  Mûnzen  der  Rupinische  dynast.,%  pi.  (Vienne,  1848,  8°.) 

(2)  Revue  Numismatique  de  MM.  Cartier  et  La  Saussaye,  1845,  p.  451  et  1  pi . 

(3)  T.  IV  de  I'ouy.  cité;  cf.  la  lettre  au  père  Indjidji. 

(4)  PI.  XIX,  n°*  5  et  7. 
(5.)  T.  II ,  liv.  V,  p.  365. 

(6)  VArmenia ,  t.  I,  art.  iv,  p.  178-181. 

(7)  Cf.  rois  d'Arménie ,  Draco. 

(8)  P.  146-147. 


MOWUI-    1)1  S    IOIS     ACMI   MKNS.  >t\7 

►rp»,  avec  ces  mots  [mur  devise:  momta    wACiî  ctifttt.   La 

deuxième  pièce  représentait  d'un  coté  on  bmfc  d'homme  i  m  herbe, 
tenant  un  globe  dune  main  avec  cette  légende  :  nu.vco  rfx  armi  \ 
AGAPi.  Le  mM  .-(  srmblnble  à  celui  de  la  première  pièce.  Inutile 
de  dire  que  ces  deux  médailles,  si  toutefois  elles  ont  êfcftfê,  fontM 
jetons,  car  aucun  roi  roupénien  n'a  porté  le  nom  de  Draco. 

Tels  sont  les  travaux  qui  ont  été  entrepris  sor  cette  matière  et  que 
j'ai  cru  utile  de  rappeler  avant  de  commencer  la  description  des 
monnaies  roupéniennes. 


Les  monnaies  arméniennes  des  trots  métaux  nous  sont  parvenues. 
Les  médailles  d'or  sont  extrêmement  rares;  M.  Brosset  en  signale 
une  seule,  mais  on  en  connaît  cependant  une  deuxième  qui  fait 
partie  du  cabinet  des  RR.  PP.  Mécbitaristes  de  Venise;  cette  mon- 
naie s'appelait  Byzant  (1)  et  aussi  Tcnar  (fttiftUpt)*  elle  équivalait 
au  Dinar  jU>*  des  Arabes.  Les  monnaies  d'argent  sont  assez  nom- 
breuses; elles  s'appelaient  Tahégan  (  ^m^qu/ù  )  ,  ou  Tram 
OY"/'/'),  ou  (SpiuiT) ,  et  répondait  au  Dirhem,  arabe  £>*. 
Les  monnaies  de  cuivre,  les  plus  nombreuses  de  toutes  les  médailles 
arméniennes  qui  sont  arrivées  jusqu'à  nous,  étaient  le  Pogh  (<|>"i_) 
en  turc  J^j  ,  le  Tank  C^xu/bli),  en  arabe  £3Î:>.  Enfin  il  faut  aussi 
mentionner  une  autre  pièce  de  monnaie  d'une  valeur  moindre  que 
le  Dirhem,  comme  on  en  trouve  la  preuve  dans  l'ordonnance  de 
Léon  III  en  faveur  des  Génois,  monnaie  qui  pourrait  bien  être  le 
denier  de  billon  dont  on  connaît  un  seul  exemple  (2),  et  qui  est  ap- 
pelée Khori  (*(V$yi£)  (*)• 

L'atelier  monétaire  des  rois  arméniens  de  la  dynastie  de  Roupène 
était  établi  dans  la  ville  de  Sis,  place  forte  que  Léon  II  avait  recon- 
struite et  embellie,  et  dont  il  fit  la  capitale  de  son  royaume  en  1186. 
Les  pièces  roupéniennes  ne  portent  en  effet  que  le  nom  de  la  ville 
de  Sis,  quand  la  légende  de  l'atelier  y  est  toutefois  exprimée. 

Le  travail  des  médailles  est  grossier,  les  représentations  des  per- 
sonnages et  des  animaux  sont  fort  mal  exécutées;  les  lettres  des  in- 

(1)  Ce  mot  se  rencontre  dans  le  décret  de  Léon  III  en  faveur  des  Génois,  décret 
dâléde  1288,  et  publié  par  St.  Martin  dans  les  Extraits  des  manuscrits,  t.  XI, 
p.  91. 

(2)  Saalcy,  Num.  des  Croisades,  pi.  XIX,  n°  5. 

Décret  de  Léon  III  (  Extr.  des  manuscrits ,  t.  XI ,  p.  97). 


268  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

scriptions  sont  en  onciale ,  et  quoique  lisibles  elles  sont  mal  for- 
mées; souvent  la  plupart  des  mots  sont  incomplets,  soit  par  le 
manque  d'espace,  soit  par  la  négligence  d'un  graveur  inhabile;  les 
inscriptions  sont  en  outre  surchargées  de  fautes  d'orthographe  qu'au- 
torisait l'ignorance  des  monétaires  à  l'époque  de  décadence  dans  la- 
quelle le  royaume  chrétien  d'Arménie  était  plongé  dans  ces  temps 
de  désastres  et  de  barbarie  (1). 


La  partie  de  l'Asie  qui  formait  au  moyen  âge  le  royaume  des  Rou- 
péniens,  portait  le  nom  de  Petite  Arménie.  Ce  pays  était  borné  au 
nord  par  la  mer  Noire  et  la  Géorgie ,  à  l'est  par  l'Euphrate  et  les 
montagnes  qui  allaient  rejoindre  l'Agri-Dagli  (Mont-Ararat),  au 
sud-est  par  les  principautés  latines  d'Edesse  et  d'Antioche,  au  sud 
par  la  Méditerranée,  et  enOn  à  l'ouest  par  l'empire  grec  de  Trébi- 
zonde  et  le  pays  de  Roum. 

Toutefois,  il  est  bon  de  dire  que  l'on  ne  peut  assigner  de  limites 
fixes  et  précises  au  royaume  roupénien  de  la  petite  Arménie,  car  les 
Turcs  Sedjoukides  et  les  Sarrazins  d'Egypte,  par  leurs  empiétements 
successifs  sur  les  possessions  de  l'Arménie  réduisirent  plusieurs  fois 
ce  malheureux  royaume  à  l'enceinte  étroite  des  murailles  de  Sis, 
jusqu'au  moment  où  la  résistance,  devenue  impossible,  força  Léon  VI 
de  Lusignan  à  déposer  sa  couronne  pour  chercher  un  asile  en  Oc- 
cident. 


(1)  Il  serait  difûcile  de  classer  par  ordre  d'importance  les  différents  cabinets  où 
sont  renfermées  des  monnaies  roupéniennes.  En  France  il  faut  citer  le  cabinet  des 
médailles  de  la  Bibliothèque  nationale,  la  riche  collection  de  M.  le  marquis  de  La- 
goy  à  Aix,  que  j'ai  consultée,  grâce  à  l'obligeance  bien  connue  de  son  possesseur, 
toujours  avide  de  faire  profiter  la  science  numismatique ,  à  laquelle  il  a  travaillé 
toute  sa  vie.  Enfin  la  collection  du  duc  de  Blacas,  que  M.  Brosset  avait  consultée 
par  l'intermédiaire  de  M.  Reinaud,  de  l'institut.  M.  le  baron  Chaudruc  de  Cra- 
zannes,  à  Gaslel  Sarrazin,  possédait  une  série  assez  importante,  puisque  Sylvestre 
de  Sacy  devait  lui  consacrer  quelques  pages.  A  Venise  ,  les  révérends  pères  Méchi- 
taristes  conservent  dans  leur  couvent  de  fort  belles  médailles,  dont  une  en  or,  de 
Constantin;  ces  pièces  m'ont  été  signalées  par  le  révérend  père  Gabriel  Ai  vazovski, 
du  collège  Arménien  de  S.  Moorat  à  Paris,  et  par  M.  Levaillant  de  Florival, 
professeur  à  l'école  des  langues.  Le  musée  de  l'Hermitage,  l'Institut  asiatique, 
le  ministère  des  affaires  étrangères,  la  collection  de  M.  de  Reichel  à  Saint  Péters- 
bourg,  sont  extrêmement  riches  en  monuments  monétaires  roupéniens.  Les  musées 
de  Vienne,  de  Berlin,  le  Brilish-Museum  ,  lord  Ainsley  à  Constantinople  ,  M.  Bo- 
rell  à  Smyrne,  possèdent  également  de  fort  belles  collections  que  MM.  Brosset  et 
Krafft  ont  citées  dans  leurs  écrits. 


MONNAIES    DES    ROIS    ARMENIENS.  269 

PRINCES    DE    LA    DYNASTIE    DB   ROCPÈNB. 

Roupène  7(1080-1095).  Après  la  mort  de  Kakig  II,  le  dernier 
roi  de  la  dynastie  des  Pacradouni ,  l'Arménie  retomba  sous  un  joug 
oppresseur,  lorsque  Roupène,  descendant  de  la  race  d'Archod,  résolut 
de  venger  et  sa  race  et  sa  patrie.  Plein  de  courage  et  d'exécution, 
Roupène  sut  ranimer  l'ardeur  des  Arméniens  et  profitant  adroite- 
ment des  troubles  de  l'empire  grec,  releva  dans  la  Cilicie  une  prin- 
cipauté arménienne  qu'il  maintint  forte  et  indépendante  pendant 
l'espace  de  quinze  ans  (1). 

Constantin  I  (1095-1099) ,  son  fils  marcha  sur  ses  traces,  s'em- 
para de  Vahka  ,  dont  il  fit  sa  résidence,  étendit  au  loin  ses  conquêtes 
et  reçut  des  princes  latins  venus  en  Orient  lors  de  la  première  croi- 
sade le  titre  de  marquis  (2). 

Thoros  I  (1099-1123?)  fils  de  Constantin  I,  régna  vingt-trois 
ans  avec  courage  et  prudence  ,  il  acheva  la  conquête  de  la  Cilicie  et 
laissa  le  trône  à  son  fils  Léon  I  (3). 

Léon  I  (1123?  -1 141).  Soumit  la  Cilicie  depuis  Mamestria  jus- 
qu'à Tarse  ,  puis ,  livré  par  trahison  entre  les  mains  de  l'empereur 
grec  Jean  II  Comnène,  il  mourut  dans  les  fers.  II  avait  pris  le  titre 
de  roi  d'Arménie  sans  avoir  reçu  l'onction  royale  (4). 

Interrègne  (1141-1144).  L'Arménie  reste  pendant  trois  afls  sous 
la  domination  des  empereurs  de  Constantinople. 

Thoros  H  (1144-1167),  fils  de  Léon,  parvint,  à  l'aide  de  Mlek, 
son  frère ,  à  s'échapper  de  prison  ,  il  reconquit  la  Cilicie  sur  l'empe- 
reur Manuel  Comnène,  de  qui  il  reçut  le  titre  de  pansebastos,  et 
mourut  en  1167(5). 

Thomas  (1167-1169).  Thoros  était  mort  en  1167  ne  laissant 
qu'un  fils  en  bas  âge  à  la  garde  de  son  beau-père  Thomas,  baïle  d'An- 
tioche.  Thomas  régna  au  nom  de  son  petit-fils.  Mais  Mlek,  frère 
du  dernier  roi ,  voulait  succéder  à  sa  dignité  :  aidé  du  secours  de 
Nour-Eddin,  il  combattit  d'abord  sans  succès  contre  Thomas,  mais 
bientôt  de  nouveaux  renforts  le  mirent  en  état  de  se  présenter  de- 

i  le  Beau  ,  Hist.  du  Bas-Empire ,  éd.  St.  Martin,  t.  XV,  p.  75.  —  Levaillant 
de  Florival,  Coup  d'œil  sur  V Arménie,  p.  15. 

(2)  Ibid.,  XV,  347  et  381. 

(3)  Ibid.,  XVI,  25. 

(4)  Ibid.,  XVI,  33. 

(5)  Ibid.,  XVI,  83,  144,  168,  170,  266,  305. 


270  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

vant  lui  et  de  forcer  son  rival  à  se  retirer.  Son  jeune  neveu  mourut 
peu  après  et  Mlek  fut  soupçonné  d'avoir  avancé  ses  jours  (l). 

Mlek  (1169-1174)  régna  cinq  ans,  protégé  par  la  puissance  de 
Nour-Eddin,  et  fut  tué  par  les  Arméniens  (2). 

Roupène  II  (1174-1181),  frère  de  Thoros  II ,  succéda  à  Mlek  et 
mourut  dans  un  monastère  (3). 


On  ne  connaît  point  de  monnaies  roupéniennes  des  princes  pré- 
décesseurs de  Léon  II  ;  M.  Brosset  a  signalé  une  monnaie  arabe 
bilingue  de  la  collection  du  duc  de  Blacas  ,  et  qu'il  croit  avoir  été 
frappée  pendant  le  règne  de  Mlek  par  Nour-Eddin.  Ce  prince  avait 
une  telle  amitié  pour  Mlek,  dit  Guillaume  de  Tyr,  qu'ils  se  donnaient 
réciproquement  le  titre  de  frère.  Guillaume  de  Tyr  (4)  appelle  le 
prince  arménien  Mélier  ou  Milo.  Leur  alliance  est  mentionnée  aussi 
dans  les  auteurs  arabes,  qui  en  parlent  comme  d'un  trait  de  la  plus 
fine  politique  de  Nour-Eddin  (5),  c'est  ce  qui  a  fait  pensera  M.  Bros- 
set qu'une  médaille  arabe  imitée  des  pièces  de  Constantin  XIII , 
Ducas  et  d'Eudoxie  Dalassène,  représentait  cette  alliance  (6).  On 
voit  sur  le  droit  de  cette  pièce  le  Christ  avec  cette  légende  : 
z>yg- jjy»^î  AS\\  ,  le  roi  des  émirs ,  Mahmoud,  avec  ce  mono- 
gramme ïc  xc  ;  et  au  revers  deux  figures  debout  soutenant  un  la- 
barum*  au-dessus  duquel  est  une  croix  avec  cette  légende  arabe, 
^«xJî  jy  JàUJî  dUiî ,  roijaste,  Nour-Eddin.  Cette  pièce,  il  est 
vrai,  prêtait  à  l'équivoque,  puisque  Nour-Eddin  avait  nom  Mahmoud, 
et  son  titre  d'honneur  était  Malek-Adel  (7)  ;  mais  cette  monnaie  n'ap- 
partient point  au  règne  de  Nour-Eddin  ,  et  je  n'ai  cité  cette  méprise 
que  pour  appuyer  l'opinion  de  M.  de  Saule  y  (8),  qui  a  restitué  la 
monnaie  en  question  à  un  prince  arabe  de  la  Syrie. 

(1)  Le  Beau,  HisL  duBas-Emp.,  éd.  St.  Martin,  XVI,  175.  —  Levaillant  de 
Florival ,  Coup  dœil  sur  V Arménie  ,  p.  15. 

(2)  Ibid.,  XVI,  266. 

(3)  Ibid.,  XVI,  350-436. 

(4)  XX,  28. 

(5)  Reinaud ,  Extraits  des  auteurs  arabes  ,p.  162. 

(6)  Le  Beau ,  HisL  du  Bas-  Empire ,  XVI,  p.  305,  note. 

(7)  Reinaud,  liv.  cité,  p.  121,  145- 

(8)  Journal  asiat.  Lettres  à  M.  Reinaud. 


MoNJTAtttS    ni-    ROI8    ARMÉNIENS.  271 

ROTS  tk  \.\  hYNASIII     M.  1101  PI  M 

Léon  II  (1181-1219). 

Après  la  mort  de  Iloupène  II ,  Léon  II  prit  en  main  le  gouverne- 
»eiU  de  l'Arménie  comme  tuteur  de  ses  deux  filles  (l)  et  s'appro- 
pria la  principauté  presque  sans  contestation.  Son  avènement  *u 
pouvoir  fut  signalé  par  un  différent  assez  grave  qui  s'éleva  entre  lui 
et  Raimond  d'Antioche  au  sujet  des  limites  de  leurs  états.  A  la  suite 
4e  cette  querelle  pendant  laquelle  Boëmond  fut  fait  prisonnier,  Léon 
fit  demander  à  l'empereur  d'Allemagne  Frédéric  (2)  la  permission 
de  prendre  le  titre  de  roi,  attendu  qu'il  avait  assez  de  terres  pour 
former  un  royaume;  il  écrivit  même  au  pape  CélestinlII,  qui  con- 
sentit à  sa  demande  après  avoir  vu  la  profession  de  foi  de  Léon  (3). 
Conrad  de  Wittelspach,  archevêque  de  Mayence ,  qui  se  trouvait 
alors  en  Syrie,  lui  posa  la  couronne  sur  la  tète  en  1198  (4);  cela 
n'empêcha  pas  Léon  d'être  excommunié  en  1210  par  le  pape  Inno- 
cent III  pour  l'avoir  trompé  en  renvoyant  de  ses  États  le  jeune 
Rupin  qu'il  avait  adopté.  Léon  mourut  en  1219  laissant  le  trône  à 


(1)  Presqae  toas  les  auteurs  donnent  Léon  pour  frère  de  ce  dernier  et  lui-même 
parlant  du  jeune  Rupin  ,  fils  de  Raymond  d'Antioche,  l'appelle  toujours  son  neveu. 
Mais  une  lettre  du  pape  Innocent  III  (Recueil  des  llist.  de  France ,  t.  XIX,  1.  Il) 
qualifie  Milon  (Mlek)  oncle  maternel  de  Léon,  et  lui-même,  dans  une  charte  du 
mois  d'août  1210,  dont  l'original  souscrit  avec  le  cinabre  et  scellé  d'un  sceau  d'or 
était  congervé  dans  la  commanderie  de  Manosque,  en  Provence,  se  dit  fils  d'Etienne 
en  ces  termes  :  Lco  filius  dmi  Stcpham  bonœ  memoriœ,  dei  et  romani  imperii 

gratia  rex Ce  qui  justifie  qu'il  était  neveu  de  Mlek  et  de  Thoros  (Art  de 

vérifier  les  dates,  Cf.  Rois  d'Arménie ,  Léon  II). 

(2)  Le  Beau,  Hist.  du  Bas-Empire ,  t.  XVII ,  p.  41  et  seq.,  et  p.  323  et  seq. 
(Ed.  St.  Martin 

(3)  Quelques  critiques  et  Du  Cange  entre  autres,  ont  douté,  contrairement  à  l'as- 
sertion de  Baronius,  que  le  pape  eût  été  consulté  sur  cette  affaire,  attendu  que  Léon 
dans  ses  litres  ne  fait  point  mention  du  saint-siége,  et  se  qualifie  :  Léo  per  Dei  et 
Romani  imperii  gratiam  rex  Armeniarum.  Mais  Raynald  (t.  XIII,  p.  44) 
produit  une  lettre  écrite  par  Georges,  catholique  de  l'Arménie ,  à  Innocent  III, 
et  Urée  do  registre  de  ce  pape  {Recueil  des  Hist.  de  France,  t.  XIX)  dont  voici 
4fc«  termes  *.  IVoveritis  domine  quod  ad  nos  venit  nobilis ,  sapiens  ,  et  sublimis 
archiepiscopus  Mogunlinus  qui  nobis  allulit  ex  parte  Dei  et  ex  parle  sublimi- 
tatis  ecclesiœ  romanœ  et  ex  parle  magni  imper  aloris  Romanorum  sublimem  co- 
ronam,  et  coronavil  noslrum  regem  Leoncm.  Vincent  de  Bcauvais  dit  que  Léon 
envoya  depuis  au  pape  et  a  l'empereur  une  demande  pour  leur  faire  hommage  de 
ses  États.  (Art  de  vérifier  les  dates  ,  cf.  Arménie,  Léon  II). 

(4)  L'Art  de  vérifier  les  data  donne  la  date  1197. 


272  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

sa  611e  Isabelle,  sous  la  régence  de  son  frère  Constant,  connétable 

d'Arménie.  En  1196,  Léon  avait  bâti  la  ville  de  Sis  dont  il  avait 
fait  sa  capitale. 


On  ne  connaît  pas  de  monnaies  de  Léon  II  frappées  avant  son 
couronnement,  mais  en  revanche  les  médailles  d'argent  et  de  cuivre 
où  ce  prince  est  représenté  avec  le  titre  de  roi  sont  fort  nombreuses; 
en  voici  la  description  : 

n°i.  +  1>M1Ï,  IWHÏNM»  AUGH8-  -  «- 

von  Thachavor  (1)  Hajotz.  —Léon  roi  des  Arméniens.  Le  roi  age- 
nouillé, la  couronne  sur  la  tête,  et  recevant  des  mains  du  Christ 
une  grande  croix. 

V-  +  llUfMlU^bCm'l,  llu&V  -  Glmrolatjamp 
asdu[zo].  —  Par  la  grâce  de  Dieu.  —  Deux  lions  debout  et  adossés, 
entre  eux  une  croix  double.  Argent,  pi.  144,  n°  1. 

Cab.  de  France  ,  de  Lagoy,  de  Vienne. 

Krafft,  Armen.  Mtinz.,  p.  9,  pi.  I,  n°  8. 

roi  des  Arméniens.  —  Le  roi  agenouillé,  la  couronne  sur  la  tête, 
et  recevant  des  mains  du  Christ  une  longue  croix. 

*■  +  lllTfl'UlMlW^l,  UlJSl-  -  P«  '*  F**  de 

Dieu.  —  Léon  couronné  marchant  à  droite,  derrière  lui  une  double 
croix.  Argent,  pi.  144,  n°  2. 

Cabinet  de  Vienne. 

Krafft,  p.  10,  pi.  I,  n°  9. 

J'ai  placé  ces  deux  médailles  en  tête  des  monnaies  émises  par 
Léon  II,  parce  qu'elles  me  paraissent  conformes  aux  données  de  l'his- 
toire. En  effet  Léon  tenant  la  couronne  du  pape  avait  fait  représenter 
sur  la  monnaie  J.  C.  pour  indiquer  qu'il  tenait  de  son  vicaire  la  cou- 
ronne royale.  Ces  deux  pièces  ont  dû  être  frappées  aussitôt  après  le 
couronnement  de  Léon,  alors  qu'il  était  encore  plein  de  la  reconnais- 
sance qu'il  devait  à  Célestin  III. 

(1)  C'est  de  ce  mot  que  les  Arabes  ont  fait  jy&i. 


'         .MONNAIES    DU    tOU    AKMIMI  27a 

roi  des  Arméniens.  —  Le  roi  assis  sur  nu  tronc  supporté  pur  déni 

lions ,  tient  une  croix  et  une  (leur  de  lys  héraldique  (1). 

*  +  iimi'uibf<wvi,  r.iKsrih  >wkj— f*h 

grâce  de  Dieu.  —  Deux  lions  adossés,  entre  eux  une  croix  ornée,  et 
cantonnée  de  quatre  points.  Argent,  pi.  144,  n°  73. 

Musée  asiatique  de  Saint-Pétersbourg. 

Brosset,  pi.  I,  n°  3. 

n°*  +i>wn,  f.MVbr.wH'  Miami •-"»« 

roi  des  Arméniens.  — Le  roi  assis  sur  un  trône,  soutenu  par  deux 
lions  et  tenant  un  sceptre  et  un  symbole  ressemblant  à  une  fleur 
de  lys. 

*  +  iiurn'uiM<w^i,  VM(ih  >wio  -p<»ia 

grâce  de  Dieu.  —  Deux  lions  debout  et  adossés,  entre  eux  une  double 
croix  (2).  Argent,  sept  variétés.  PI.  144,  n°4. 

Cab.  de  France,  de  Blacas,  des  R.  P.  Méchit.  de  Venise,  du 
musée  Asiat.  de  S.  Pélersbourg,  Timoni  et  ma  collection. 

Sestini,  p.  20,  pi.  II,  n°  1.  —  Tchamitch,  p.  365,  t.  III. — 
Brosset,  Monogr.  des  monn.  armén.,  p.  59,  pi.  I,  n°  3.  — Krafft , 
p.  8  et  9,  pi.  I,  n°  7. 

II  n'y  a  pas  de  doute  dans  l'attribution  à  Léon  II  de  cette  mé- 
daille et  des  ses  variétés ,  car  Atto  Placentius,  notaire  du  sacré  palais, 
donne  la  description  du  sceau  de  Léon  II  qui  a  beaucoup  de  rapport 
avec  les  monnaies  que  je  viens  de  décrire  :  «  Ejus  (Léon  II)  sigilli 
aurei  impressione  munilis,  in  quo  erat  ab  una  parle  ymago  régis  sculta 

(t)  Alto  Placentius,  notaire  du  Sacré  Palais,  avait  déjà  signalé  sur  un  sceau (K 
Léon  II  cette  ressemblance  du  symbole  dont  nous  parlons  avec  une  fleur  de  lys  : 
In  leva  vero  lenens  (Léon  II)  formam  quasi  /loris  lilii.  (  JYolices  et  extraits  des 
manuscrits,  t.  XI,  p.  19-21.) 

(2)  Je  ne  puis  m'empêcher  de  remarquer  que  le  symbole  si  fréquent  de  deux 
lions  adossés  qui  se  rencontre  sur  plusieurs  monnaies  d'argent  arméniennes  de 
l'époque  de  Léon  II  est  en  tout  semblable  à  une  ciselure  exécutée  sur  des  miroirs 
arabes.  Dans  la  description  des  monuments  arabes ,  persans,  et  turcs  de  la  collec- 
tion du  duc  de  Blacas  (  t.  II,  pi.  VIII  )  M.  Rcinaud  signale  un  miroir  représentant 
deux  lions  gynocéphales  adossés  et  entourés  d'une  inscription  arabe  à  la  louange  du 
propriétaire.  Ce  miroir  n'est  pas  le  seul,  au  reste,  qui  présente  ce  symbole,  car 
M.  O.  Castigiuni  en  a  publié  un  semblable  dans  la  description  du  musée  de  Milan 
(1819,,  et  M.  Fraëhu  en  a  aussi  donné  un  autre  dans  ses  Monuments  variés  de 
l'antiquité  mahomélane.  Part.  II  ^St.  Pélersbourg,  1822). 

vu.  18 


274  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

corona  in  capite,  tenens  in  dextra  crucem,  in  leva  vero  tenens  formam 
quasi  floris  îilii  et  erant  ibi  littere  ut  credito  armenicœ  circumscripte 
quas  ignoro  ;  ab  alia  vero  parte  erat  quœdam  forma  leonis  coronati 
tenentis  crucem  in  pede ,  cujus  circumscriptio  lilteris  armenicis  prœno- 
talis  trancripsi  (1). 

roi  des  Arméniens.  —  Le  roi  à  cheval  marchant  à  droite  et  tenant  un 
sceptre  d'une  forme  particulière. 

*•+ CJ*'l,bUl  J*  SOTIJWU  h  DM)  -Sci- 

néal  i  Khaghakn  i  Sis,  —  Frappé  dans  la  ville  de  Sis.  —  Lion  mar- 
chant à  droite,  derrière  lui  une  double  croix.  Argent,  deux  va- 
riétés, pi.  144,  n°  5  et  6. 

Cabinet  de  France,  de  Vienne,  de  Lagoy,  de  Reichel,  ma  suite. 

Brosset,  p.  59,  pi.  I,n°5.  —  Rrafft,  p.  10,  11,  pi.  I,  n°  4. 

n-«  ïij^wri,  f<MVH>np  Ar.ona-Léon, 

roi  des  Arméniens.  —  Tête  de  lion  ornée  du  diadème. 

«•  +  C$>W%  b  WUVIVi,  h  UMJ-  - 

Frappé  dans  la  ville  du  Sis.  —  Double  croix  cantonnée  aux  deux 
cantons  inférieurs  de  deux  étoiles. 

Cuivre  grand  module,  cinq  variétés. 

Cabinet  de  France,  de  Vienne, du  mus.  asiatiq.  de  St.  Pétersb., 
de  Lagoy,  de  Blacas,  Strogonoff  et  Timoni. 

Pembrock  et  le  comte  de  Montgommery,  t.  IV,  pi.  XL.  — 
Tschamitsch,  t.  III,  p.  565.  —  Pellerin ,  lettre  II,  pi.  I,  p.  246, 
n°  6  et  7.  —  Marquis  de  Savorgnan  cité  par  Sestini.  —  Sestini , 
t.  Il,  lettre  IX,  et  t.  IV,  lettre  VIII,  p.  84.  —  Brosset,  p.  58. 

n°  7.  +  ijbwrt,  f(MVM>]nr  hrs  umj-- 

Léon,  roi  des  Arméniens,  Sis.  —  Lion  marchant  à  gauche. 

*  +  OV3V11J*  W.lllVIV!,.  -  Frappé  dans  la 

ville.  —  Croix  cantonnée  de  quatre  étoiles. 
Cuivre  petit  module. 

{1}  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XI,  p.  19,  21.  Voy.  le  privilège  ac- 
cordé par  Léon  II  aux  Génois  en  la  personne  de  Beaudoin  de  Rogerio ,  ambassa- 
deur de  la  République  de  Gènes. 


monnui  ois    m;mimkns.  275 

lini   i  pi.    ll,n°3),    pense  qui*   relie   pièce  qu'il    attribue    à 

LéOD  III  peut  bien   aussi  appartenir  à  Léon  IV;  si  j'ai  dftSfé  <elte 

monnaie  à  Léon   II,  e'e>t  a  cause  du  type  si  en  rapport  avec  les 

pièces  île  cuivre  frappées  par  ee  prince. 


Isabelle  et  Philippe.  (1219-1223). 

Isabelle  (Zabel)  succéda  à  Léon  II  son  père  sous  la  tutelle  de  son 
on.  le  Constant.  Raimond  Rupin,  qui  avait  des  droits  à  la  couronne, 
lui  disputa  sa  succession  et  finit  par  se  faire  reconnaître  roi  d'Ar- 
ménie à  Tarse.  Mais  peu  de  temps  après  il  fut  pris  par  Constant 
qui  le  jeta  en  prison  où  il  mourut  (1)  selon  les  uns  ;  d'autres  (2)  au 
contraire  le  font  tuer  à  Tarse  par  les  Arméniens. 

En  1*221 ,  Constant  fit  épouser  à  sa  pupille,  Philippe,  troisième 
fils  de  Bohémond  IV,  prince  d'Antioche  (3).  Philippe  s'attira  par  sa 
conduite  la  haine  de  ses  peuples ,  fut  jeté  en  prison  et  mis  à  mort 
avec  soixante-six  barons  (4)  qui  lui  étaient  dévoués  et  dont  Con- 
stant pouvait  redouter  la  colère.  Le  régent  donna  alors  pour  époux 
à  Isabelle,  son  fils  Hethum,  malgré  le  vif  désir  qu'avait  cette  prin- 
cesse de  se  retirer  dans  un  cloître  (5). 

Victor  Langlois. 


(1)  Sanud.liv.  II,  part.  III,  ch.  x. 

I  ignage  d'outremer. 
(3)  Philippe  était  arménien  par  sa  mère. 

i)  Le  P.  Monnier  ( Lettre  sur  l'Arménie)  n'en  compte  que  vingt-six. 
•  5)  Levaillant  de  Florival ,  p.  16. 


(  La  suite  à  un  prochain  numéro. 


LES  ARTISTES  AU  MOYEN  AGE 


Dieu .  le .  pardont .  et .  a .  ceulx .  qui .  sy .  employent. 
{Extrait  de  l'inscription  placée  dans  le  clocher  neuf 
de  Notre-Dame  de  Chartres.) 

A  la  vue  de  ces  monuments  gigantesques  que  nous  devons  au 
moyen  âge,  de  cette  ornementation  capricieuse  dont  la  sculpture  a 
été  prodigue,  de  ces  verrières  éblouissantes  qui  ménagent  si  bien 
la  lumière  dans  nos  églises,  on  se  demande,  à  quels  hommes  de  génie 
sommes-nous  redevables  de  tant  de  merveilles?...  (1).  Leurs  noms! 
c'est  avec  peine  que  l'on  parvient  à  les  découvrir.  Leur  modestie  était 
égale  à  la  foi  qui  les  animait;  depuis  le  prélat  jusqu'au  plus  humble 
ouvrier,  tous  n'ont  eu  en  vue  qu'une  chose,  qu'un  but,  glorifier 
Dieu!.... 

Nous  vivons  dans  un  temps  de  découvertes,  la  science  et  les  arts 
progressent  chaque  jour;  sans  le  méconnaître,  il  nous  sera  permis 
dédire  que  les  XIIe  et  XIIIe  siècles  n'avaient  rien,  quant  à  l'art 
chrétien  ,  à  envier  au  XIXe  !.... 

Ces  considérations  devaient  naturellement  servir  de  préface  à 
notre  travail.  Nous  nous  proposons  de  rechercher  la  valeur  de  plu- 
sieurs noms  que  l'on  rencontre  en  étudiant  la  cathédrale  de  Chartres. 

1 .  Fulbert.  —  A  la  tête  de  ces  artistes  inimitables  qui  ont  élevé 
Notre-Dame  de  Chartres,  cet  évangile  de  pierres ,  nous  trouvons  un 
évèque  !  Un  évêque  !  c'est  à  lui  que  revient  cette  grande  inspiration, 
la  réédiûcation  de  l'église  après  le  terrible  incendie  de  1020...  Il  en 
dressa  des  plans;  il  en  fixa  les  proportions  vraiment  gigantesques; 
la  crypte  égala  en  profondeur  la  nef. 

A  cette  époque,  éminemment  religieuse,  les  architectes  étaient 
de  hauts  personnages  de  l'église  ;  on  comptait  également  parmi  eux 
des  médecins  ;  les  évoques  s'initiaient  aux  connaissances  qui  leur 
étaient  nécessaires  pour  diriger  de  si  vastes  entreprises.  Ils  fai- 

(1)  On  regrette  de  voir  dans  Fénelon  l'expression  d'un  sentiment  que  dans  une 
bouche  moins  pure  on  devrait  regarder  comme  un  blasphème...  en  archéologie. 
«  Les  ouvrages  les  plus  hardis  et  les  plus  façonnés  du  gothique  ,  »  a  dit  cet  illustre 
prélat,  «  ne  sont  pas  les  meilleurs.  »  {Discours  de  réception  à  l'Académie 
française  le  31  mars  1693.) 


LES    ARTISTES    AU    MOYEN    A(.l  277 

nient  II1W  Utoài  approfondir  de  !'arrhilr<  turc  ;  ils  s'honoraient  du 
tilTC  de  Maîtres  maçons  airriers  on  wu'lrrs  iê  pierre  vivel  (1).  ÀtlMÏ, 
Namaliis,  étéqoe  de  Clennorrt ,  Agricole,  <'^^<pie  de  Chalons-sur- 
Seone,  étaient  verset  dans  la  pratique  de  cet  art.  Saint  Perpet, 

éu-que  de  Tours,  dirigea  la  construction  de  l'église  de  Saint-Nriruc 
sur  le  tombeau  de  saint  Martin  ;  l'évoque  Léo  fut  un  habile  char- 
pentier; Grégoire  de  Tours  donna  des  plans  et  des  dessins  pour  la 
istraction  de  la  cathédrale  détruite  en  561  par  un  incendie. 
l.Ywque  Tbéotolon  lit  rebâtir  l'église  de  Saint-Julien.  Fulbert  fit 
plus  qu'eux  (2)  !...  Tout  entier  à  son  œuvre  vraiment  sainte,  il  s'ex- 
cuse auprès  de  Guillaume  d'Aquitaine  de  ne  pouvoir  se  rendre  au- 
près de  lui,  retenu  qu'il  était  par  les  soins  qu'il  donnait  à  son  église. 
11  venait  d'en  achever  la  crypte;  il  se  butait  de  la  couvrir  pour  la 
mettre  à  l'abri  des  rigueurs  de  l'hiver.  «  Nam  que  Dei  gratiû  cum 
«  adiutorio  veslro  cryptas  nostras  absoluimus,  eas  que  priùs  quàm 
«  hiemalis  inclementia  Lncdat  cooperire  satagimus  (3).  »  Surpris  par 
la  mort  le  4  des  ides  d'avril,  c'est-à-dire  le  10  de  ce  mois,  en 
l'année  1029  ,  il  aurait  presque  achevé  son  église...  «  Fundamenta 
«  ecclesiœ  jecit...  Miro  que  lapideo  fornice  et  tabulatu  ferè  per- 
te fecit  (4)  ».  La  crypte  de  Notre-Dame,  c'est  l'État-civil  de  notre 
église. 

Élève  de  Gerbert,  Fulbert  fut  l'un  des  plus  illustres  prélats  de 
son  temps,  quelle  que  fut  l'obscurité  de  sa  naissance,  «  Pauper  et 
«  de  sorde  levatus,  »  dit-il  lui-même...  Derrière  le  chœur  de  Notre- 
Dame  de  Chartres  on  remarque  un  évoque  tenant  un  plan  à  la 
main;  ne  serait-ce  pas  l'artiste  chrétien  de  1020?  (5) 


(1)  De  Villcneuve-Trans,  Hisl.  de  saint  Louis,  t.  III,  p.  154. 

(2)  Je  prétends  ,  a  dit  M.  de  Montalcmbert,  qu'il  n'existe  rien  de  plus  beau  dans 
l'univers  que  les  cathédrales  de  Keims,  d'Amiens,  de  Bourges,  de  Chartres  ,  de 
Paris  . . .  (Séance  du  26  juillet  1847,  de  la  Chambre  des  Pairs). 

(3)  Episl.  102. 

\\)  Gall.  Christ.,  t.  VIII,  col.  1115. 

(5)  Dans  le  Martyrologe  romain  la  fête  de  Fulbert  est  célébrée  le  10  avril... 
dans  son  ancien  diocèse,  dans  son  église,  on  l'oublie!  Dans  le  Dictionnaire  histo- 
rique des  saints  personnages ,  Fulbert  est  qualifié  saint  (V.  Fulbert  .  Paris,  1772. 
—  Le  Supplément  aux  vies  des  pères  martyrs  de  l'abbé  Godescard,  par  l'abbé  D., 
p.  33,  qualiûe  Fulbert  de  bienheureux.  «  Il  est,  dit-il  p.  36  ,  inscrit  dans  les  lita- 
nies de  l'église  de  Poitiers,  et  on  ne  lui  a  jamais  contesté  le  titre  de  bienheureux.  » 
C'est  le  premier  dos  honneurs  que  l'Église  fait  rendre  aui  saints  canonisés.  I.e  Mar- 
tyrologe universel  (p.  156),  cile  Fulbert  comme  «  l'un  des  pères  de  l'Église  de 
France.  »  On  faisait  à  Lagny  la  fète  de  la  translation  le  2  juillet. 

Un  nécrologc  nous  apprend  que  Fulbert  donna  aussi  des  ornements  précieux  à 
l'église  de  Saint-Père  :  •  Sto  Petro  ptiosa  tulit  ornaûila.  » 


278  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

Après  lui ,  nous  ne  pouvons  parler  que  de  ceux  qui  ont  mis  la 
main  à  son  œuvre. 

2.  Tende  ou  Teudon.  —  Teude  ou  Teudon  a-t-il  fait  en  or  la 
châsse  qui  renfermait  la  tunique  de  la  Vierge  ainsi  que  le  frontispice 
de  leglise?  A-t-il  contribué  à  la  reconstruction  de  l'église?  Un  né- 
crologe de  Saint-Père  porte  :  «  xvm  K*  ian.  obiit  Teudo  q.  aureii. 
«  scriniv.  côposuit.  inq.  est  tunica  Béate  Marie  et  frontê  hui  eclee 
«  fecit  et  ipsâ  ecliam  coôpuit,  et  fiscv.  de  clauso  uillari  frib.  dédit. 
«  et  Hersendis  uxor.  Gaufridi  pro  cujus  anima  ipse  Gaufrid.  abso- 
«  lute  concessit  elemosine  hui'  ecclie  furnû,  quem  Guillelm'  pposît' 
«  pus  edificauerat  et  donauerat.  » 

Il  ne  faudrait  pas  prendre  ce  mot  fecit  à  la  lettre.  Rien  ne  prouve 
que  Teude  ou  Teudon  ait  été  l'ouvrier,  que  ce  fut,  en  un  mot,  un 
orfèvre  architecte.  Aussi,  dans  l'inventaire  des  reliques  fait  en  1683, 
lisons-nous  :  «  Reste  à  remarquer  que  celui  qui  l'a  fait  revêtir  d'or 
(la  sainte  châsse)  se  nommait  Theudon,  homme  de  qualité  et  puis- 
sant, comme  il  se  voit  par  le  nécrologe  de  l'église  qui  porte,  qu'outre 
cette  libéralité,  il  fit  bâtir  le  frontispice  de  la  Porte  royale  qui  est 
entre  les  deux  clochers  et  qui  contribua  aussi  beaucoup  de  ses  moyens 
à  la  couverture  de  l'église... 

Teude  ou  Teudon  ne  serait  donc  que  l'un  des  bienfaiteurs  de 
l'église,  comme  le  fut  Jean  Cormier,  ditLesourd,  médecin  du  roi 
Henri  Ier,  auquel  on  doit  le  magnifique  portail  méridional  de 
1080. 

3.  Saint  Yves. — Yves  de  Chartres,  qui  occupa  le  siège  épiscopal 
en  1091,  ne  contribua  pas  peu  à  la  célébrité  des  écoles  chartraines; 
«  Son  église  cathédrale  n'était  pas  encore  terminée (l)  »,  il  chercha  à 
l'embellir.  Mathilde,  reine  d'Angleterre,  lui  envoya  des  cloches, 
elles  furent  les  premières  qui  sonnèrent  depuis  l'incendie  de  1020.  Il 
fit  construire  le  jubé  qui  séparait  la  nef  du  chœur  (2) ,  jubé  dans 
lequel  s'accomplit,  de  1407  à  1408,  la  réconciliation  des  enfants  du 
duc  d'Orléans  avec  le  duc  de  Bourgogne;  en  1594  le  sacre  de 
Henri  IV;  nous  ignorons  à  quelle  époque  positivement  ce  jubé 
cessa  d'exister;  mais ,  il  est  hors  de  doute  que  celui  qui  fut  détruit 
en  1763  n'appartenait  pas  au  temps  de  saint  Yves. 

4.  Jehan  de  Beauce.  —  L'église  reconstruite  après  l'incendie  de 


(1)  Biog.  univ.  de  Michaud  voy.  Yves,  p.  545. 

(2)  a  Decoraturaque  (templum)  ab  Ivone  qui  ambonem  construxit  ».    (  Gall. 
Christ.,  t.  VIII,  col.  1091). 


K4tl    WTMTEM   U    MOI  BU    IG1 

iOiO,  M  M  travailla  au\  tours,   aux   clochers  «jii'en   1145  (1).  !ls 
furent  placés  hors  uniuc;  plus  tard  on  les  relia  avec  !  n  pro- 

longeant la  nef.  Le  temps  où  s'accomplit  cette  incorporation  ne  nous 
est  pas  connu...  Bile  I  eu  pour  effet  de  donner  trop  de  loBtUCW  à 
In  nef  comparativement  à  celle  du  chœur.  Les  tours  ou  clochers 
n'étaient  pas  ce  qu'ils  sont  aujourd'hui.  La  clocher  \irux  fut  seul 
achevé  ;  quant  à  l'autre,  placé  au  septentrion,  il  fut  élevé  en  boi 
couvert  de  plomb  (2)  et  assis  sur  une  tour  carrée  toute  de  pierres. 
Au  dire  des  historiens,  ce  dernier  clocher  était  regardé  comme  une 
merveille  (3j.  «  Hoc  eodem  anno  (1145)  cœperunt  homines  priùs 
a  apud  Carnotum  carros  lapidibus  onustos  et  lignis,  annona  et  rébus 
«  aliis  suis  humeris  trahere.  Ad  opus  ecclesiai  cujus  turres  fiebant , 
«  quae  non  vidit  jam  similia  videbit  non  solùm  ibi ,  sed  in  tota  penè 
«  Francia  et  Normania  et  aliis  multis  locis  (4)  ». 

Le  26  (5)  juillet  1 506  ,  à  six  heures  du  soir  (6) ,  la  foudre  tomba 
«  sur  le  haut  et  pomme  du  clocher  neuf  (7).  »  Le  feu  estait  si 
violent  qu'il  consuma  et  calcina  une  partie  de  la  tour  de  la  platte  forme 
construite  de  pierres  et  aurait  brûlé  toute  l'église  entière  si  l'on  n'eut 
promptement  démoli  la  charpente  et  la  couverture  de  l'église  (8).  » 

Six  grosses  cloches  furent  fondues  «  avec  aucune  partie  de  la  cou- 
verture et  for  est  d'icelle  église  et  mêsmement  icelui  clocher  qui 
étoitde  bois  et  couvert  de  plomb  jusqu'à  la  première  voûte  estant  de 
pierre  d'icelui  clocher  (9).  »  L'autre  clocher  ne  fut  pas  atteint.  La 
tempête  dura  jusqu'à  quatre  heures  après  minuit.  Nos  vieux  regis- 
tres de  la  mairie  rapportent  :  «  Chacun  doutait  toute  la  dite  église 
ensemble  la  ville  ou  la  plus  grande  partie  or  icelle  être  et  cheoir 
totalement  en  grande  ruine,  calamité,  pauvreté  et  danger  d'être  brû- 
lée de  suite  et  exterminée  et  criait  chacun  pour  grande  douleur,  com- 
passion et  pleurs,  adieu  miséricorde.   Néanmoins,   moyennant  la 


(1)  Bouvet  Jourdan  ,  p.  ^14. 

(2)  On  troarc  sur  les  anciens  registres  de  la  mairie  de  Chartres  ,  à  la  date  du 
14  mai  1438  «  payé  pour  le  guet  fait  au  clocher  de  plomb  de  IN'.  D.  2  liv.  10  sols 
tournois  ».  (  Anciens  registres  ,  t.  I ,  p.  6i  ). 

Granl    haut    e.  beau,  de    somptueux,  ouvraige 

(4)  D.  Bouquet,  t.  KHI ,  p.  300.  Ghron.  de  Bobert  de  Monte. 

(5)  Cette  date  est  fixée  parles  notes  recueillies  dans  les  archives  municipales 

(6)  Entre  sept  et  huit  heures  du  soir,  selon  les  anciens  registres  delà  mairie, 
L  I,p.C2(itf  sup.). 

(7)  Anciens  registres  de  la  mairie ,  1. 1,  p.  G*. 

(8)  Pintarl,  p.  Zù%. 

(9)  Anciens  registres ,  ut  supra. 


280  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

grâce  de  Dieu,  de  la  benoiste  Vierge  Marie  en  l'honneur  de  laquelle 
est  la  primitive  on  exposa  la  châsse,  le  feu  et  pluie  cessèrent  (l)  ». 

Pour  aider  à  la  reconstruction  de  la  flèche,  le  roi  Louis  XII  donna 
deux  mille  livres  (2);  René  d'IIIiers,  évoque  de  Chartres,  dans  le 
but  d'exciter  la  piété  des  fidèles,  institua  des  confréries  de  Notre- 
Dame  dans  toutes  les  paroisses  de  son  diocèse  (3);  le  chapitre  Gt  des 
processions  dans  les  paroisses  ;  le  cardinal  d'Amboise  accorda  des  in- 
dulgences; les  offrandes  arrivèrent  en  abondance;  riches  et  pauvres 
donnaient,  ce  qui  fait  dire  à  Challine  (4)  :  «  Ainsi  que  le  rapportent 
de  vieux  papiers  de  l'œuvre  qui  en  font  mention  où  l'on  voit  aussi 
que  tout  le  monde  donnoit  à  l'enuy  tant  les  gens  de  la  campagne 
que  ceux  de  la  ville.  » 

Le  chapitre  chargea  de  la  reconstruction  de  la  flèche ,  Jehan  de 
Beausse  (5),  maçon  !  L'inscription  que  nous  rapporterons  plus  bas 
ne  lui  donne  pas  même  le  titre  qui  lui  appartenait  si  bien,  de  Maître. 
De  Beausse  éleva  cette  flèche ,  en  pierres  : 

A  .  grant .  voultes .  et .  pilliers  .  bien .  massifs  . 

De  Beausse  étala  tout  le  luxe  possible  dans  la  décoration  de  son 
ouvrage.  Les  cintres,  les  nervures,  les  ceps  de  vignes,  les  entrelacs, 
les  rinceaux  sont  du  meilleur  goût.  Il  gagnait  sept  sols  six  deniers 
par  jour  :  ses  compagnons,  parmi  lesquels  on  a  conservé  le  nom  de 
Bernier,  cinq  sols  (6);  d'après  Sablon  (7)  sept  sols  et  demi  six 
deniers  (8). 


(i)  Ibid. 

(2)  Par  lettres  patentes  données  à  Blois  en  1506.  Les  fonds  devaient  se  prendre 
sur  les  tailles  en  cinq  années,  à  raison  de  quatre  cents  livres  par  an. 

(3)  Il  publia  un  mandement  dans  le  synode  de  ses  curés  le  22  octobre  1506. 

(4)  P.  102. 

(5)  Ce  nom  est  écrit  de  plusieurs  manières...  Iehan  de  Beausse  (inscript,  orig). 
—  Johannis  de  Belsiâ  (inscription  gravée  sur  le  vase  de  bronze  servant  de  pomme 
à  la  croix  depuis  1692).  —  Jehan  de  Beauce  (inscription  sur  le  socle  de  la  statue 
au-dessus  du  parvis).  —Jehan  de  Beaulse  [Ann.  d'Eure-el-Loir,  1841,  p.  4i0). — 
Même  année,  1845,  p.  345.  —  Jean  de  Beauce—  Jehan  de  Beausse  (Maréchaux, 
p.  179  r°).  —  Jean  Texier,  dit  de  Bauce  (Lenoir,  Musée  des  Monuments  fran- 
çais, t.  II ,  p.  131  ).  —  La  principale  rue  conduisant  à  Chartres  à  l'embarcadère 
du  chemin  de  fer  de  l'Ouest  a  été  nommée  rue  Jean  de  Beausse. 

(6)  Challine  ,  Hist.  char tr aine ,  manuscrit. 

(7)  P.  62. 

(8)  Il  a  omis  deniers,  Monteil  {Hist.  des  Français,  t.  II,  p.  73)  dit  :  «  Le  pied 
carré  de  la  pierre  de  taille  vaut  un  sol  ;  la  toise  de  maçonnerie  vaut  huit  sols...  en 
été  on  a  un  maçon  à  trente  deniers  par  jour  et  en  hiver  à  dix-huit.  »  Malheus  de 
Layens,  maître  maçon,  a  construit  l'hôtel  de  ville  de  Louvain.  Il  recevait  4  sols  par 


LES    AHTIS11S    M     MOYEN    AGE.  281 

Ces  travaux,  commencés  le  M  BNli  1507  (l),  paraîtraient  s'ôtrc 
continués  jusqu'en  1513,  si  l'on  l'en  rapporte  à  l'inscription,  en 
caractères  gothiques,  qu'on  lit  sur  le  socle  qui  porte  une  grande 
statue  placée  au-dessus  du  parvis,  devant  la  chambre  des  guet- 
teurs (2). 

1513. 
3 r hait  îtc  Ofûuce  maçon  (3)  qui 
û  faïct  ce  €locl]rr  m'a  fait  faire. 

Toutefois  ,  cette  date  de  1513  pourrait  très-bien  ne  se  référer 
qu'à  l'achèvement  de  cette  statue.  Selon  Challine  (4)  «  deux  ans  fu- 
rent employés  à  faire  un  ouurage  si  beau  et  si  accomply.  »  On  peut 
induire  de  là  ce  qu'a  dû  coûter  de  temps  la  construction  môme  de 
l'église. 

La  hauteur  du  clocher  neuf  a  été  fixée  d'une  manière  différente 
par  nos  historiens  : 

ParPintart  (5)  à  59  toises  (11 4m, 993); 

Par  Bouvet  Jourdan  (6)  à  60  toises  (1 1 6m,942)  ; 

ParSouchet  (7),  Roulliard  (8),  Liron  (9),  Chevard(lO),  Gil- 
bert (11  ),  Jolimont  (12),  Ramée,  à  63  t.  (122m,789); 

Par  Challine  à  64  (12im,738); 

Par  Doyen  (13),  402  pieds  (I30m,586). 

jour  en  été,  un  peu  moins  de  3  sols  en  hiver.  Il  reçut  en  outre  5  florins  ou  5  peters 
10  sols  pour  la  confection  de  ce  bel  édifice. 

(1)  D.  Liron,  p.  132  et  133.  —  Challine  (p.  110)  dit  que  la  première  pierre  fut 
posée  le  8  mars  1507. 

(2)  V Annuaire  d'Eure-et-Loir  de  1845  prétend  (p.  395)  que  c'est  :  «  J.-C.  bé- 
nissant de  la  main  droite  et  portant  sur  le  bras  gauche  le  livre  fermé  de  l'Evangile 
et  le  gtobe  terrestre...  » 

(3)  Gilbert ,  p.  33 ,  de  la  description  de  l'église  de  Chartres ,  omet  le  mot  maçon. 

(4)  P.  101. 

(5)  Histoire  chronologique  de  la  ville  de  Chartres,  manuscrit. 

(6)  Recherches  sur  l'histoire  de  la  ville  de  Chartres  et  du  pays  chartrain , 
manuscrit. 

(7)  Histoire  de  la  ville  et  de  Vcglise  de  Chartres,  manuscrit. 

(8)  Parlhénie  ou  Histoire  de  l'église  de  Chartres. 

(9)  Bibliothèque  générale  des  auteurs  de  France,  liv.  I,  contenant  la  biblio- 
thèque chartraine. 

(10)  Hisl.  de  Chartres  et  de  l'ancien  pays  chartrain. 

vll)  Descript.  Mil.  de  l'église  cathédrale  de  N.  D.  de  Chartres. 

(12)  Vues  pittoresques  de  la  cathédrale  de  Chartres,  pur  Chapuy,  texte  par  de 
Solimont. 

(13)  T.  I,  p.  39  et  40  de  VHist.  de  la  ville  de  Chartres,  du  pays  chartrain  et 
de  la  Beauce. 


282  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

L'Annuaire  du  Bureau  des  longitudes  élève  sa  hauteur  à  11 3m,044c 
(58  toises),  mais  sans  dire  si  c'est  jusqu'à  la  croix. 

La  monographie  de  la  cathédrale  de  Chartres  (1  )  donne  1 1 3m,704m 
(58  toises  2  pieds) ,  depuis  le  parvis  du  cloître  jusqu'aux  bras  de 
la  croix. 

Dans  le  mur  occidental  de  la  chambre  de  la  sonnerie  se  trouve  in- 
crustée une  pierre  blanche  portant,  en  caractère  gothiques,  l'inscrip- 
tion qui  suit  : 

3e:  fu:  iaîrtô.fce.  plomb. et.  bow.  ronftrutt. 
<É>rant.  Ijault.et.  beau.  î>e.  fomptueu*.  ouoratjge. 
3ufques .  aï> ,  ce  .  que  t  tonnerre .  et  .  oraige , 
Ma  ♦  coniumé  i  frégate  i  et ,  Retirait. 

Ce.  tour.  £ainte \  2lnne.  t>erô.  fi*,  tjeura.  fre.  mnu. 
€n.  lanee.  mil.  cinq.  rens.  et .  (t& 
3e.  în.  brûle  .  îre .  molg .  et  *  xe e ugt  » 
€t.  aoer.  mog.  î>£  a,roffes.  rlorljcs  (2)  fi*. 

2lprè6.  Jttrffieurs.  en.  plain.  rljappttre.  affts. 
©nt  .  orîronne .  î>e  »  pierre ,  me .  reffaire . 
21.  jgrant.  uoultrs.  et.  ptlliers.  bien,  maffife  (3). 
J)ar  :  3el)tm  ;  De .  beauffe  ♦  maçon  ;  qui .  le .  fut .  faire. 

fan.  îreffus.  întt.  après,  pour,  leuore.  faire. 
"2lffouar .  firent .  le  vînt .  quatriefme.  tour . 
Bu.  mogs.  îre.  mars.  pour.  le.  premier,  affaire, 
première .  pierre .  et .  aultres .  tam .  ce .  tour. 

€t .  en .  aoril .  rjugtiefme .  tour .  exprès . 
Eené .  îr'Jllters .  eoefque .  îre .  Hea,uon . 
fJarîrift .  la .  oie .  an .  lien .  îm .  quel .  après . 
jFeuft .  erarîr .  mis .  par .  poftulaeion . 

(1)  Publiée  par  le  gouvernement. 

(2,)  Anne  de  Bretagne  ,  venue  à  Chartres  en  1510 ,  offrit  une  cloche  qui  fat  fon- 
due la  même  année  par  maître  Pierre  Noël ,  disent  les  actes  capitulaires. 

(3)  L'on  prétend  que  les  vastes  carrières  situées  à  Berchères  les  pierres  à  1  royr. 
de  Chartres  ont  servi  aux  matériaux  de  l'église  de  Chartres. 


LBfl    LtTISTBI    w     WOTtm    \(.i  '283 

(En .  ti  .  taupe .  la  .  que.  udovs .  nrrrffitc . 

riiunt .  Urs.  a,rns.  qui.  pour.  mou.  lors.  ucillounU. 

Du.  bon.  ta.  irur.  tVuCt .  yucr.  ou.  cite. 

Bien .  le .  parfont .  et ,  a  .  (1*1*  .  qui .  fg .  emploient  (*). 

1500. 

C'est  encore  à  Jehan  de  Beausse  que  Ion  doit  les  de>sins  de  la  clô- 
ture  <mi  pierre  blanchedu  chœur.  Il  y  travailla  jusqu'en  1529.  Il  fit  les 
sculptures,  les  bas-reliefs,  les  arabesques  du  tour  du  chœur,  à  l'excep- 
tion des  statues  qui  sont  dans  les  arcades  et  qui  n'ont  été  totalement 
achevées  que  de  1 700  à  1 706  (2).  Jehan  de  Beausse  décéda  en  1529. 
Lé  chapitre  le  lit  honorablement  enterrer  le  29  décembre  de  cette 
année  à  Saint- André,  église  collégiale  et  paroissiale  de  la  ville, 
honneur  dont  le  chapitre  était  avare  et  qu'il  refusa  môme  au  sieur 
de  Bourdeilles,  lors  du  siège  de  Chartres  en  1568  (3). 

Les  mêmes  ouvriers  qui  avaient  fait  les  statues  des  clochers  firent 
aussi  une  partie  des  figures  que  l'on  voit  dans  les  dernières  niches 
du  chœur  (4).  M.  Lenoir  (5)  s'est  trompé  en  prétendant  qu'il  fallait 
recourir  à  un  vieux  manuscrit  pour  découvrir  le  nom  de  notre  ar- 
tiste ,  puisque  son  nom  était  inscrit  sur  la  pierre. 

5.  Claude  Auge.  —  Au  commencement  du  mois  d'octobre  de 
l'année  1690  (6),  il  s'éleva  un  vent  mêlé  de  pluie  furieux,  dans  la 
Beauce.  Le  clocher  neuf  en  fut  tellement  ébranlé  «  qu'il  semblait 
prêt  à  tomber.  »  On  résolut  de  le  démolir.  «  On  trouva  dans  la  dé- 
molition de  la  pointe  de  ce  clocher  du  fer  qui  en  tenait  les  pierres 
jointes  et  autour  duquel  il  s'était  formé  une  espèce  de  rouille  épaisse 
ou  de  croûte  ferrugineuse  dont  une  partie  était  sans  doute  du  meil- 


(1)  Cette  inscription  a  été  rapportée  très-inexactement.  Challine  (p.  101)  dit  : 
«  car  pour  moy  travaillaient.  »  —  Maréchaux  (  p.  179  r°)  «  pour  luy  ».  —  Il  donne 
pour  millésime,  1508. 

I  enoir,  t.  II ,  p.  132  ,  du  Musée  des  Monuments  français. 

(3)  Doyen,  t.  II,  p.  73.  Le  chapitre  de  Rouen  fut  moins  dédaigneux  à  l'égard 
d'Alexandre  de  Berneval,  l'un  des  architectes  de  Saint-Ouen.  Dans  la  chapelle  de 
sainte  Cécile  de  cette  église  on  l'inhuma  en  1  i 4 0 ;  Sur  sa  tombe  on  le  nomme  : 
«  Maistre  des  œuures  de  màchonnerie  du  roy.  »  (Descripl.  de  Saint-Ouen,  p.  59, 
par  Gilbert.) 

(4)  Challine,  p.  102. 

(5)  Jd.,  p.  132  ut  supr. 

(6)  Le  12  ,  suivant  Challine ,  p.  100. 


284  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

leur  aimant  qu'on  /)w£  jamais  tirer  des  minières  de  la  terre  (1).  » 
M.  Cassegrain,  chirurgien  de  Chartres,  reconnut  que  certains  mor- 
ceaux de  cette  rouille  avaient  le  poids ,  la  couleur  et  la  vertu  de  l'ai- 
mant. M.  Pintart,  échevin  de  la  ville,  envoya  des  morceaux  à  Paris 
dès  le  19  juillet  1691  à  M.  Félibien  des  Avaux  qui  les  fit  voir  à 
messieurs  de  l'Académie  royale  des  Sciences.  M.  de  La  Hire  fit  un 
extrait  du  rapport  et  le  publia  dans  le  Journal  des  Savants  du  3  dé- 
cembre 1691. 

Le  chapitre  fit  élever  le  clocher  de  quatre  pieds  (lm,299)  plus  haut 
qu'il  n'était,  en  pierre  de  Vernon.  Les  travaux  durèrent  depuis  l'an- 
née 1691  au  8  avril  1692.  Quel  fut  l'ouvrier  qu'on  employa?  De 
Vallemont  écrit  (2)  :  «  M.  Cassegrain,  chirurgien  de  Chartres,  étant 

au  haut  du  chœur  avec  celui  qui  entreprenait  de  le  rétablir » 

Sur  le  vase  en  bronze  qui  sert  de  pomme  à  la  croix  depuis  1692 , 
on  grava  : 

Arte  Claudii  Auge  Lugdunensis . 

L'artiste  se  nommait  donc  Claude  Auge  de  Lyon. 
Sur  la  flèche  on  plaça  un  vase  de  bronze  servant  d'appui  à  la  croix. 
Ce  vase  portait  l'inscription  suivante  : 

«  Olim  lignea,  lecta  plumbo ,  cœlo  tacta ,  deflagrata,  anno  1506 
vigilantiâ  Vastini  des  Fugerete  succentoris ,  arte  Johannis  de  Belsiâ 
1507,  ad  sex  pedes  62  opère  lapideo  educta  stetit  ad  annum  1690, 
quô  curvata  ventorum  vi ,  acpenè  dejecta  ,  sedin  sequenti  anno  1691, 
pari  mense,  die  pr ope  pari  quatuor  pedibus  altior,  opère  munitiori,  re- 
fectajussu  capituli  D.  Henrico  Goault,  decano ,  cura  Roberti  D.  Sa- 
lornay,  canonici;  arte  Claudii  Auge  Lugdunensis  conferente  in  sumptus 
mille  libras,  Philippo  Goupil,  clerico  fabricœ.  Altum  nubïbus  infert 
culmen,  quodfaxit  Deus  esse  diuturnum  (3)  ». 

Au-dessus  de  la  première  porte  d'entrée  de  la  Chambre  des  guet- 
teurs on  lit  : 

Nisi  dominus  cuslodierit 

Cwilalem  frustra  mgilat 

Qui  custodit  eam. 

F.  Foucault. 


(1)  De  Vallemont ,  p.  9  de  la  «  Description  de  l'aimant  qui  s'est  formé  à  la  pointe 
du  clocher  neuf  de  N.-D.  de  Chartres ,  1692.  » 

(2)  Ut  supr.,  p.  5. 

(3)  Cette  inscription  a  été  plusieurs  fois  reproduite  mais  inexactement. 


IIS    ARTISTES    AU    MOYEN    AGE.  285 

Ce  dernier  nom  ne  saurait  en  rien  s'appliquer  à  l'ouvrier  à  qui  l'on 

doit  Cette  inscription. 

6.  Sanyel  (Pierre).  —  En  construisant  le  clocher  neuf,  Jean 
Texier  y  disposa  pour  les  guetteurs  une  chambre  à  cheminée;  au- 
dessus  était  la  lanterne  :  «  Ce  fut,  écrit  Pintart,  en  l'année  1520, 
le  27  septembre,  que  l'on  tira  du  polit  clocher  qui  est  sur  le  milieu 
de  la  croisée  de  l'église  et  que  l'on  refondit  le  timbre  de  la  grosse 
horloge  (1),  et  que  l'ayant  rendu  plus  fort  de  mil  livres  de  métail 
que  l'on  y  adjouta,  l'on  le  monta  au  plus  haut  étage  du  clocher  neuf  (2), 
à  l'endroit  percé  à  jour  en  forme  de  lanterne.  Le  mouvement  de 
l'horloge  fut  rapporté  au  pied  du  clocher,  dans  le  petit  bâtiment  fait 
exprès  pour  agir  plus  librement  sur  le  timbre.  »  Cette  nouvelle 
cloche  pesait,  disait-on,  cinq  mille  kilogrammes.  On  lit  sur  la  cloche 
cette  inscription  en  caractères  gothiques  et  en  relief. 

^ûcta  aï>  ôiguanïtos  folie  lune  que  laborcs 

€ucl)or  at>  tanti  culmina  cclfa  ùomus, 
limite  trot  €l)ciftt  tnillcfimus  aîtoe  priori, 

(Éntincjcntos  numéro  bis  quoque  junjc  forcent, 
31U  quippe  anno  quo  Stancm  commit  2lnfllum  (3) 

Perpétua  que  fimul  otfcubucre  fiï>e. 

Jpctrus  Sanget  me  fecit 

Vers  la  même  époque  (4),  on  fondit  le  gros  bourdon  appelé 
Marie  sur  lequel  était  l'inscription  suivante  : 

€n  c go  faut ,  pia  mi  igcnitrir  et  nata  f  onantts 

ïiomm  inextinctum  uirgo  iîlaria  îieïnt. 
€tl)rre  fublimi  oïiunaô  intono  laut>cs, 

(Et  faciles  fuperos  au  pia  nota  trat)o. 
^armonicis  hjlarata  fouis  plcbs  tota  rrûtltat , 

Surfit  et  aï>  facras  clerica  turba  prrees. 


(1)  Hérisson  'dans  V Histoire  de  la  cité  des  Carnules ,  par  Ozeray,  t.  II,  p.  462), 
dit  que  la  cloche  fut  cassée  et  fondue  le  23  décembre. 

(2)  L'horloge  était  auparavant  sur  la  croisée  de  l'église  (Hérisson,  ut  sup.) 

(3)  Hérisson  {ut  supr.)  écrit  angelum  ce  qui  est  un  non-sens. 

(4)  Annuaire  d'Eure-el-foir  pour  1841,  p.  412  (Notice  sur  les  Cloches,  par 
M.  Pie ,  aujourd'hui  évéque  de  Poiticn). 


286  REVUE    ARCHEOLOGIQUE. 

€t  que  nuper  étant  eafu  eonfraetu  tïniûro 

fyoc  fabrieè  impenfis  ûtm  reparata  moto». 
Mille  et  quinjgcntoô  bis  quinque  percerai  orbes 

Jtyebuô  ab  enis  saepè  refleetus  equte; 
Ee*  So^oicm  evat  ïmoïenw ,  ftrenuug  armte , 

Juftitia  firmus  ,  et  pietatc  fligene. 

Pierre  Sanyet  fondit  également  cette  cloche. 

7.  Jean  le  Mâchon.  —  Georges  d'Amboise  qui  fut  d'abord  évêque 
de  Montauban,  puis  archevêque  de  Narbonne,  et  enfin  cardinal- 
légat  de  France  et  premier  ministre  du  roi  Louis  XII  (l),  à  qui 
Ton  doit  les  belles  grilles  qui  fermaient  le  chœur  de  la  cathédrale 
de  Rouen,  avant  la  révolution  (2),  donna  quatre  mille  livres  pour  la 
cloche  qu'il  destinait  à  la  cathédrale  \  il  voulait  qu  elle  fût  la  plus 
belle  du  royaume  (3)  ;  le  fondeur  qu'il  chargea  de  ce  travail  était 
chartrain  et  contemporain  de  Jehan  de  Beausse.  On  voulut  d'abord 
une  cloche  du  poids  de  quarante-deux  mille  livres  ou  environ.  On  y 
renonça  pour  se  contenter  d'une  pesant  trente-deux  mille  livres.  La 
cloche  fut  fondue  le  2  août  1501  :  elle  pesait  trente-six  mille  livres 
selon  les  historiens  ;  trente-cinq  mille  livres  selon  Lalande;elle  avait, 
par  le  bas,  neuf  mètres  sept  cent  quarante-cinq  millimètres  de  tour. 
Sa  hauteur,  compris  les  anses,  était  de  trois  mètres  deux  cent  qua- 
rante-huit millimètres.  Sur  la  cloche  on  lisait  en  caractères  go- 
thiques (4). 

3e  fut  nomme  ©eurjes  ïr'îlmbmfe 
dtui  bien  36000  libres  poife 
€t  eil  qui  bien  me  portera 
(Quarante  mille  g  trouvera... 

(Au-dessous)  : 

3ean  le  JHaeljan  demeurant  à  €r)artm  m'a  faite. 


(1)  D.  Liron,  Bibl.  charl.  8°.  Georges  d'Amboise. 

(2)  Rouen,  par  Licquet ,  p.  39. 

(3)  Licquet  (  ut  sup.),  p.  58. 

(4)  De  la  Pommeraye,  Bût.  de  la  cathédrale  de  Rouen. 


i  i  9   ar  n-i  i  s    \i     MOYBJ    KOI  287 

L'artiMe  tondeur  mourut  !♦•  2  s  .ioùt  1510  (l)   a  de  joie  que  loi 

causa  la  réussite  de  la  fonte  de  la  cloche  (2)  »  et  fut  inhumé  au  bas 

de  la  uef  de  la  cathédrale  de  Rouen.  Sur  sa  tombe  se  trouvait  cette 

iii><  ription  : 

•  Cy  dcssoubz  gist  Jehan  le  MActaon 

miiiio  de  larhoii. 
Lequel  fondit  Georges  d'Amboisc 
Qui  trente  six  mil  livres  poile 
Mil  v    ung  un  jor  (•'•)  d'aoust  deuxiesme 
Ml   •>   mourut  le  vingt  huitiesme. 

iMontée  le  9  octobre  suivant,  Georges  d'Amboise  sonna  pour  la 
première  fois  le  16  février  1502. 

8.  Pinaigrier.  —  «Pour  les  vitres,  écrit  Sablon  (6),  elles  répon- 
dent aussi  à  la  beauté  et  à  la  magnificence  de  ce  grand  bâtiment 
qui'  en  est  éclairé  de  toutes  parts,  car  elles  sont  en  grand  nombre 
et  montrent  qu'elles  sont  peu  anciennes  par  leur  seul  verre  qui  est 
d'un  doigt  d'épaisseur;  elles  sont  diversifiées  tant  de  fleurages  que 
d'histoires  et  dejmîracles  (7)  qui  se  sont  fait  par  l'intercession  de  la 
Vierge.  » 

A  quels  peintres-verriers  devons-nous  ces  vitraux?  L'auteur  de  la 
bibliothèque  chartraine  (8)  rapporte  que  dans  plusieurs  églises  de 
Chartres  on  remarquait  des  vitres  peintes  depuis  l'an  1520  «qui 
étaient  d'un^assez  bon  goût  et  d'un  bel  aspect.»  Il  ajoute  que  «plu- 
sieurs furent  peintes  par  un  nommé  Pinaigrier,  qui  était  excellent 
vitrier,  et  dont  les  enfants  travaillaient  depuis  à  Tours  avec  estime.» 
Félibien  (9)  rapporte  les  mêmes  faits.  Mais  la  question  reste  telle 
que  nous  l'avons  posée;  ni  D.  Liron,  ni  Félibien  n'indiquent  que 
Pinaigrier  ait  travaillé  à  la  cathédrale  de  Chartres.  Lenoir  (10)  pré- 


(1)  Licquet(ut  sup.),  p.  69. 

(2)  Deville,  p.  198.   Ducarel  {Anliq.  norm.j,  traduites  par  Lechaudé  d'ÀoUjf 
rapporte  (p.  18)  que  Le  Màchon  mourut  10  jours  après  la  fonte  de  la  cloche. 

(3)  Licquet(u(  sup.)  dit  poise.  Deville,  p.  198  ,  poyze. 

(4)  Licquet  ut  sup.,  p.  59),  jour.  Deville,  p.  198,  jor. 

(5)  Langlois,  Tombeaux  de  la  cathédrale  de  Rouen,  p.  198,  ajoute  H. 

(6)  P.  21  de  Y  Mit.  de  l'auguste  et  vénérable  église  de  Chartres. 

(7)  La  description  la  plus  exacte  a  été  donnée  par  M.  de  Laslevrte- 

(8)  D.  Liron,  p.  136. 

I  nlretiens  sur  les  vies  et  ouvrages  des  peintres ,  t.  111 ,  p.  83,  éd.  1706, 

(10)  Deicripl.  Mst.  et  chronol.  des  monuments  de  sculptures  réunis  au  tnuset 
des  monuments  français,  p.  207 -263,  3'  partie;  Traité  de  la  peinture  sur  verre. 


288  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

tend  que  Pinaigrier  aurait  peint,  dans  la  cathédrale  de  Chartres 
plusieurs  vitraux  signés  de  1527  et  de  1530.  Nulle  part  nous  n'avons 
découvert  ce  chiffre  que  M.  de  Lasteyrie  n'a  pas  relevé  non  plus  (l). 
Le  Vieil  cite  Pinaigrier  comme  contemporain  de  Jean  Cousin;  il 
ne  parle  (2)  que  des  vitraux  qui  auraient  été  peints  à  Saint-Hilaire  de 
Chartres  (3)  en  1527  et  1530.  Il  est  à  présumer  que  Lenoir  aura 
pris  ces  chiffres  et  ces  dates  pour  les  appliquer  à  Notre-Dame  de 
Chartres.  Parmi  ces  vitraux  on  en  remarquait  un  qui  aurait  été  re- 
produit dans  différentes  églises  de  Paris. 

Sauvai  le  décrit  en  ces  termes  :  «  On  voit  (4)  dans  cette  vitre,  des 
papes,  des  empereurs ,  des  rois,  des  évoques ,  des  archevêques ,  des 
cardinaux,  tous  en  habits  de  cérémonie,  occupés  à  remplir  et  rouler 
des  tonneaux,  les  descendre  dans  la  cave,  les  uns  montés  sur  un 
poulain,  les  autres  tenant  le  traîneau  à  droite  et  à  gauche;  en  un 
mot,  on  leur  voit  faire  tout  ce  que  font  les  tonneliers.  Tous  ces 
personnages  du  reste  ne  sont  pas  des  portraits  de  caprice,  ce  sont 
ceux  de  Paul  III,  de  Charles-Quint,  empereur,  de  François  Ier,  roi 
de  France,  de  Henri  VIII,  roi  d'Angleterre,  du  cardinal  de  Châ- 
tillon  et  autres ,  presque  aussi  ressemblants  que  si  on  les  avait  peints 
d'après  eux;  le  tout  sur  ces  paroles  de  l'Écriture  :  te  recular  calcavi 
solas  quare  est  rubrum  vestimenlum  meum.  Les  muids  qu'ils  remuent 
sont  pleins  du  sang  de  Jésus-Christ  étendu  sur  un  pressoir  qui  ruis- 
selle de  ses  plaies  de  tous  côtés.  Ici,  des  patriarches  labourent  les 
vignes;  là,  les  prophètes  font  la  vendange;  les  apôtres  portent  le 
raisin  dans  la  cuve,  et  Pierre  le  foule;  les  évangélistes  dans  un 
lointain  figuré  par  un  aigle;  un  taureau  et  un  lion  le  traînent  dans 
des  tonneaux  sur  un  chariot  que  conduit  un  ange;  les  docteurs  de 
l'Église  le  reçoivent  au  sortir  du  corps  de  Notre-Seigneur  et  l'en- 
tonnent dans  l'éloignement  et  vers  le  haut  du  vitreau.  Sous  une 
espèce  de  charnier  ou  galerie,  on  distingue  des  prêtres  en  surplis 
et  en  étole  qui  administrent  aux  Gdèles  les  sacrements  de  pénitence 
et  d'eucharistie  (5).  » 

(1)  Histoire  de  la  Peinture  sur  verre. 

(2)  L'art  de  la  Peinture  sur  verre  et  de  la  vitrerie,  p.  42. 

(S)  Cette  église  a  cessé  d'appartenir  au  cuile  en  1791.  Elle  devint  en  1793  l'asile 
de  la  société  populaire.  Elle  a  été  détruite  en  1804. 

(4)  antiquités  de  Paris ,  p.  33  de  l'addition  au  tome  I ,  sous  le  titre  de  Vitres 
ridicules. 

(5)  Le  Vieil  remarque  que  Sauvai  ou  son  éditeur  a  fait  ici  un  lourd  anachronisme. 
Cette  vitre,  d'après  lui,  aurait  été  peinte  en  1530  et  Paul  III  n'aurait  succédé  dans 
le  saint-siége  à  Clément  VII  qu'en  1534. 


i\      MoVI-.N    AGE.  280 

Pinaigrier  avait  travaille''  à  réglise  Saint- Ticrvais  à  Paris.  Or»   cite 

«le  Im  de  belles  vitres  ;  dans  le  chœur,  l'histoire  du  paralytique  de  la 
Piscine,  colle  du  Lazare  et,  dans  la  nef,  les  vitres  de  la  chapelle 
de  Saint-Michel  représentant  la  course  de  jeune*  pèlerins  qui,  près 
d'atteindre  la  cime  du  rocher  escarpé  sur  lequel  est  située  l'abbaye 
dé  Saint-Michel ,  in  tomba,  s'exercent  à  des  danses  et  à  des  amuse- 
ments champêtres. 

Cicognara  (1)  rapporte  qu'un  abbé  fit  réparer  son  église,  en  1249, 
par  un  peintre  du  nom  de  Bailardus.  Sur  l'une  des  verrières  de 
Notre-Dame  de  Chartres  on  lit  Petrus  Bal  (2)...  Quelques  ar- 
chéologues en  avaient  conclu  que  c'était  la  représentation  du  cé- 
lèbre Abailard,  anachronisme  par  trop  frappant  pour  qu'on  s'y  arrête 
un  instant.  On  serait  plutôt  tenté  de  croire  que  si  ce  n'est  pas  le 
nom  du  donateur  Balard,  ce  pourrait  bien  être  celui  du  peintre  Bai- 
lardus... Tout  ceci  n'est  que  conjecture,  bien  entendu. 

Tout  nous  porte  à  croire  que  Pinaigrier  appartient  à  la  Touraine; 
Le  Vieil ,  malgré  ses  investigations ,  n'a  pu  découvrir  le  jour  ou  le 
lieu  de  sa  naissance  et  de  sa  mort.  Toutefois,  il  n'est  pas  impossible 
qu'il  ait  travaillé  aux  vitraux  de  Notre-Dame  de  Chartres  (3). 

i).  Clément.  —  Si  Pinaigrier  n'était  pas  originaire  de  Chartres, 
Chartres  peut  revendiquer,  à  bon  droit ,  un  peintre  verrier  qui  tra- 
vailla aux  vitraux  de  la  cathédrale  de  Rouen.  Le  savant  Langlois  a 
lu,  en  effet  (4) ,  sur  l'une  des  vitres  de  cette  église  : 

Clemens  vitrearius  carnotensis  M  (5). 

Langlois  assigne  à  ces  vitres  la  date  de  1226  à  1270. 

A  des  époques  qui  se  rapprochent  plus  de  nous ,  d'autres  noms 
se  rencontrent;  nous  ne  saurions  les  passer  sous  silence  en  faisant 
l'inventaire  des  ouvriers  de  notre  église  : 

10.  Toussaint  de  Saint-Jean.  —  Avant  la  révolution  de  1789,  les 
reliques  de  la  cathédrale  étaient  placées  en  trois  endroits  différents 
du  chœur,  savoir  :  aux  deux  côtés  et  derrière  le  grand  autel.  On 
appelait  trésors  les  lieux  dans  lesquels  on  les  conservait.  Dans  un 

(1)  Sloria  délia  scullura  dal  suo  risorgimento  in  llalia  sino  al  secolodi  Na- 
poleone,  por  servire  di  continuazione  aile  opère  di  IVinckelmann  et  did'Agin- 

i,  1813-18.  Venezia,  2«  éd.  1823,  p.  136. 

(2)  Lasteyrie,  ut  sup.,  p.  64. 

(3)  On  lui  attribue  quelques  vitraux  de  Saint-Aignan  à  Chartres. 

(4)  Essai  histor.  et  descriptif  sur  la  Peinture  sur  verre,  p.  26. 

(5)  L'M  commençait  ici  peut-être  le  mot  Magisler.  Langlois,  ut  sup. 
vil.  19 


290  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

catalogue  des  reliques  inédit  on  dit  (1)  :  Description  du  premier 
trésor.  —  Du  côté  de  l'évangile  et  entre  les  deux  premiers  piliers  du 
sanctuaire,  la  reine  Marie  de  Médicis ,  épouse  de  Henri  le  Grand,  y 
fait  élever  un  dôme  de  trente  à  quarante  pieds  de  haut,  d'ordre  co- 
rinthien. Le  13  septembre  1610,  monseigneur  l'évêque  de  Béziers, 
grand  aumônier  de  la  reine,  et  monseigneur  Hurault,  évoque  de 
Chartres,  firent  marché,  au  nom  de  la  reine,  de  la  charpente  et 
menuiserie  de  ce  trésor  à  Toussaint  de  Saint-Jean,  menuisier  de 
Paris,  pour  la  somme  de  douze  cents  francs. 

11.  Bridan.  —  Le  chapitre  avait  résolu  de  placer,  sur  le  maître- 
autel  du  chœur,  un  groupe  représentant  l'Assomption. 

Le  problème  que  se  proposa  de  résoudre  l'artiste  était  celui-ci  : 
convertir  un  bloc  de  marbre  de  deux  cent  trente-quatre  pieds  super- 
ficiels (76m,012)  et  de  seize  cent  quarante  pieds  cubes  (532m,737m) 
de  marbre  en  un  groupe  dont  le  sujet  était  indiqué.  Ce  problème, 
Bridan  le  résolut.  Né  à  Ruvière,  en  Bourgogne,  en  juillet  1730,  il 
avait  obtenu  le  grand  prix  de  sculpture  à  vingt-trois  ans  !  En  1764, 
il  présentait  à  l'Académie  de  peinture  son  groupe  du  martyr  de  saint 
Barthélémy;  il  était  reçu  au  nombre  des  agrégés.  Il  l'exécuta  en 
marbre  et  fut  reçu  académicien  en  1772.  Bridan  se  rendit  en  Italie, 
se  fixa  auprès  de  Carrare,  à  la  recherche  des  plus  beaux  blocs  de 
marbre;  il  les  épannela  sur  place,  les  fit  embarquer  par  Marseille; 
ils  remontèrent  la  Seine  à  Rouen  et  à  Marly.  Son  travail  l'occupa 
trois  années  (2).  Le  groupe,  formé  de  quatre  blocs,  a  dix-huit 
pieds  (5m,847m)  de  hauteur,  13  pieds  (4m,223)  de  large  ;  il  est  formé 
de  quatre  figures  unies  entre  elles  par  des  nuages;  les  figures 
se  composent  de  la  Vierge  et  de  trois  anges  de  neuf  pieds  (2m,924) 
de  proportion. 

Pour  éclairer  ce  groupe,  on  supprima  deux  croisées  au-dessus  des 
portes  latérales  du  chœur.  On  voit  à  la  date  du  21  avril  1773, 
M.  d'Archambault ,  l'un  des  commis  à  la  décoration,  demander  au 
chapitre  si ,  d'après  le  désir  manifesté  par  Bridan  :  «  Il  serait  fait  en 
verre  de  Bohème  deux  croisées  de  chaque  côté?...  pour  mieux  éclai- 
rer le  groupe...  »  Le  chapitre  décida  que  les  vitrages  seraient  faits. 
Il  paraît  que  cela  ne  suffit  pas.  Le  8  novembre  1788  le  chapitre  ar- 

(1)  Manuscrit  des  archives  d'Eure-et-Loir. 

(2)  Il  fut  terminé  en  1773.  Au  contraire  d'après  M.  de  Lasteyrie  (ut  sup.,  p.  62), 
il  aurait  été  placé  dés  1769.  Un  acte  capitulaire  du  21  avril  1773  donne  raison  à  la 
première  date. 


LBI     \HTISTES    AU    MOYI'.IN    A<  291 

rôta  que  l'on  l'omit  mettre  m  venvs  blanc -s  ci  les  fan  croisées  du 
chœur  <juî  étaient  au-dessus  des  deux  arcades  du  milieu,  i 

En  i7ss  el  en  1 789  Bridas  exécuta  encore  les  figures  de  la  l 
cente  de  croix.  Bridan  donna  également  le  modèle  du  beau  Christ  en 
bronze  doré  qui  servait  d'ornement  à  l'autel. 

Le  prouve  de  Hridan  offre  à  l'œil  un  ensemble  séduisant  ;  il  est  bien 
posé  et  produit  un  bon  effet  à  l'examiner  en  détail  ;  on  regrette  de  ne 
pas  retrouver  dans  les  traits  de  la  Vierge  et  des  anges  l'expression  dé- 
licate que  l'on  admire  dans  les  tètes  de  Raphaël,  de  Michel-Ange ,  du 
Poussin.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  chapitre,  reconnaissante  juste  titre  de 
ce  beau  travail,  accorda  à  Bridan  une  pension  de  mille  livres  dont  la 
moitié  était  réversible  sur  la  tête  de  sa  femme;  les  ouvriers  reçurent 
une  forte  gratification. 

Des  deux  côtés  de  l'intérieur  du  chœur  sont  huit  bas-reliefs  en 
marbre  blanc,  encadrés  de  marbre  blanc  turquin. 

Les  bas-reliefs  de  droite  représentent  : 

1 .  La  conception  de  la  Vierge  ; 

2.  L'adoration  des  Mages  ; 

3.  Une  Descente  de  croix  ; 

4.  Le  vœu  de  Louis  XIII. 

Ceux  de  gauche  : 

1 .  La  prédiction  d'Isaïe  à  Achaz ,  roi  de  Juda  (  qu'une  vierge  en- 
fanterait pour  le  salut  du  monde)  ; 

2.  L'adoration  des  Bergers  ; 

3.  La  présentation  de  Jésus-Christ  au  temple. 

4.  La  déposition  de  Nestorius  par  le  concile  d'Éphèse. 

Bridan,  après  avoir  professé  durant  trente  années ,  mourut  à  Paris 
le  28  avril  1805. 

12.  Harmandus.  —  A  la  plus  haute  lucarne  du  clocher  vieux ,  du 
côté  du  clocher  neuf,  on  avait  cru  lire  des  noms  et  des  dates  (1)  que 
l'empreinte  même  ,  relevée  plus  tard  (2) ,  a  dû  effacer.  La  date  fixée 
par  cette  empreinte  est  celle  de  1164  ,  le  nom,  Harmandus. 

On  attribue  le  pavage  et  la  décoration  du  sanctuaire  à  un  sculpteur 
stucateur  de  Paris  nommé  Hermand  (3).  Mais  il  n'y  a  nul  rapport 
entre  ces  deux  noms. 

(I)  Adrien,  1114-11G8. 

(Y)  Par  tes  .«oins  de  M.  Chastes  aîné  ,  correspondant  de  l'Académie  des  Sciences 

(1)  Sablon  a  donné  le  détail  de  cette  restauration  (p.  HG  et  111)  :  •  M.  l'évèque, 


292  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

13.  Montleveau.  —  «  Tout  le  pourtour  du  sanctuaire  en  marbre  , 
le  revètissement  du  groupe,  l'autel,  les  gradins,  les  grandes  bandes 
qui  encadrent  toutes  les  étoiles  qui  forment  un  cercle,  le  pavage  en 
forme  circulaire  et  en  compartiment  de  divers  marbres  précieux  en 
forme  de  jeu  d'oye ,  tout  a  été  travaillé  et  fait  par  le  sr  Montleveau  , 
maître  marbrier  de  Paris ,  qui  dans  l'exécution  de  cet  ouvrage  de 
marbrerie  a  donné  les  preuves  du  plus  grand  zèle,  de  la  probité  la 
plus  épurée,  et  de  T'intelligence  la  plus  grande  (l).  » 

14.  Michel  Boudin.  —  La  clôture  du  chœur  était  terminée  en 
1539  ,  à  l'exception  des  figures  du  pourtour  du  sanctuaire  ;  c'est  l'ou- 
vrage de  Michel  Boudin. 

15.  Jean  Bernardeau. — Jean  Bernardeau,  maître  maçon  d'Or- 
léans, fit  la  maçonnerie,  les  colonnes  et  les  corniches  du  grand  autel 
et  de  l'ancien  jubé  de  Saint-Père.  Bernardeau  reçut  cinq  cents  livres 
pour  cet  ouvrage. 

16.  François  Marchand.  — François  Marchand,  maître  imagier 
de  la  même  ville,  fit  différentes  pièces  de  relief  ou  basse-taille, 
dans  la  même  église.  On  lui  paya  douze  cent  vingt  livres  (2).  Le- 
noir  (3)  cite,  du  même  ouvrier,  «  un  bas-relief  en  pierre  de  liais, 
divisé  en  trois  sujets,  séparés  par  de  petits  pilastres  et  de  petites 
colonnes  arabesques  d'un  travail  très-fini.  Le  sujet  du  milieu  repré- 
sente l'adoration  des  Mages;  on  y  voit  le  chanoine  donataire  du 
monument  représenté  à  genoux  ;  les  autres  sujets  représentent  d'un 

dit-il ,  et  le  chapitre  ayant  entrepris  la  décoration  entière  du  sanctuaire,  ils  ont  cru 
devoir  adopter  un  genre  de  décoration  qui  sans  gâter  ou  changer  l'ordre  d'architec- 
ture de  la  première  bâtisse,  en  corrigeât  les  défauts.  Chaque  pilier  était  accompagné 
dans  la  partie  supérieure  de  petites  colonnes  qui  s'arrêtaient  aux  chapiteaux  des- 
dits piliers  et  formaient  par  conséquent  autant  de  porte  à  faux;  pour  rectifier  ce 
vice  de  la  première  bâlisse  ,  ces  colonnes  ont  été  prolongées  jusqu'au  bas  des  piliers. 
Tout  le  pourtour  du  sanctuaire  est  revêtu  de  marbre  blanc  veiné  à  quatre  pieds  et 
demi  de  hauteur  ;  ledit  marbre  prenant  la  forme  des  colonnes  et  piliers  et  le  sur- 
plus dudit  pourtour  a  été  fait  de  stuc  jusqu'au-dessus  des  arcades.  Les  piliers  sont 
en  stuc,  marbre  jaune  de  Sienne;  les  pilastres  et  autres  entre-colonnements  en 
blanc  veiné  sur  lesquels  sont  des  rideaux  en  stuc  marbré,  vert  porphyre  ,  le  ban- 
deau et  couronnement  de  piliers  partie  en  blanc  veiné,  partie  en  vert,  les  bases 
des  pilastres,  les  franges  des  rideaux,  leurs  clous  ou  agrafes,  les  chapiteaux  des 
pilastres  des  lis  au  dessus  des  arcades,  des  guirlandes,  placées  entre  l'architrave 
et  la  corniche  ;  les  rosaces  qui  garnissent  l'intérieur  des  arcades  sont  tous  ornements 
dorés  et  du  meilleur  goût. . .  M.  Hermand ,  sculpteur  stucateur  de  Paris  ,  paraît 
avoir  parfaitement  réussi  dans  cette  entreprise  qui  lui  a  été  confiée.  » 

(1)  Sablon,  utsup.,  p.  117. 

(2)  Carlulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Père,  publié  par  M.  Guérard,  t.  I,  p.  cclv. 

(3)  Musée  des  Monuments  français ,  t.  II,  p.  133. 


I  B8    ARTISTES   AU    MOYEN    AGE.  293 

côté  saint  Jean  dan*  le  désert  composant  l'Apocalypse,  et  de  l'autre 
nul  Jean-Baptiste.  Ce  morceau,  colorié  et  dore  selon  le  goût 
du  temps,  fan  dessin  rigoureux  et  d'une  exécution  soignée,  i  On 
attribue  également  à  François  Marchand  le  contre-table  de  l'autel 
représentant  les  my>t<Ves  de  la  passion,  divisé  en  trois  tableaux 
exécutés  en  albâtre  (1).  Enfin,  il  aurait  travaillé  au  jubé  de  Saint 
Père  en  1543. 

17.  Dieu  et  Le  Gros.  —  Dieu  et  Le  Gros,  sculpteurs  chartrain§, 
travaillaient  aux  figures  du  pourtour  de  Chartres  en  1681  ;  le  reste 
ne  fut  achevé  que  de  1700  à  1706. 

18.  Goulheinz. — Les  décorations  en  stuc  du  chœur  furent  exécu- 
tées, de  1786  à  1789,  par  un  nommé  Goutheinz. 

19.  Pérès,  Prieur,  Martin. — L'ancien  jubé  (qui  n'était  déjà  plus, 
comme  nous  l'avons  écrit,  le  jubé  de  Saint-Yves)  (2),  étant  à  l'entrée 
du  chœur  de  Notre-Dame ,  tombant  de  vétusté  ,  le  chapitre  le  fit 
abattre  dans  la  nuit  du  25  avril  1763,  sous  l'épiscopat  de  M.  de 
Fleury.  On  ferma  le  chœur  par  une  grille  qui  fut  faite  par  Pérès, 
maître  serrurier  de  Paris.  Les  ornements  sont  l'ouvrage  de  Prieur, 
sculpteur-modeleur  de  la  même  ville.  Les  ornements,  roses,  lis, 
lauriers,  étoiles,  cassolettes,  ont  été  dorés  par  Martin,  maître 
doreur  à  Paris. 

20.  Berruer.  — De  chaque  côté  de  la  grille  se  trouve  un  massif 
en  pierre  de  Tonnerre  sculpté.  Des  deux  côtés  des  bas-reliefs  (3), 
ouvrage  de  Berruer. 

Telle  est  la  nomenclature  des  principaux  artistes  qui  ont  apporté, 
chacun  d'eux ,  une  pierre  pour  la  construction  de  Notre-Dame  de 
Chartres. . . .  ouvriers  habiles  et  modestes  à  la  fois  qui  ont  élevé  si  haut 
Fart  chrétien.  Il  n'a  rien  moins  fallu  que  l'admiration  et  la  recon- 
naissance tardives  de  notre  siècle  pour  soustraire  leurs  noms  à  l'oubli 
auquel  ils  semblaient  s'être  condamnés,  pour  les  forcer,  en  un  mot, 
de  prendre  leur  part  d'une  célébrité  que  leur  foi  avait  dédaignée; 
elle  la  regardait ,  en  quelque  sorte ,  comme  importune  ! 

Doublet  de  Boisthibault. 


(1)  Lenoir,  ut  sup.,  p.  134. 

(2)  Voy.  Revue  Archéologique ,  vue  année,  p.  58 

(3)  Ibid. 


ESSAI 


SUR 


I/ICONOGRAPHIE    DES   APOTRES, 

LEURS  ATTRIBUTS,  LEURS  COSTUMES,  ETC. 


Les  mosaïques  des  basiliques  chrétiennes  sont  des  peintures  vrai- 
ment faites  pour  l'éternité,  disait  au  XVe  siècle  le  peintre  Ghirlan- 
dajo  (1).  C'est  donc  là  qu'il  faut  aller  chercher  les  types  primitifs  de 
toute  la  hiérarchie  sacrée,  et  c'est  là  en  effet  que  les  peintres  de  l'école 
mystique  ou  romano-chrétienne  semblent  s'être  inspirés  pour  com- 
poser leurs  admirables  peintures;  Raphaël  lui  doit  ses  plus  belles 
inspirations,  alors  qu'il  était  encore  pur  des  atteintes  du  sensualisme. 

C'est  donc  là  que  nous  irons  étudier  les  premiers  essais  de  la  pein- 
ture hiératique.  Pour  ce  qui  concerne  les  figures  des  apôtres,  il  faut 
d'abord  avant  d'aller  plus  loin  reconnaître  qu'il  n'y  existe  pas  de 
portraits  proprement  dits  des  apôtres;  ce  sont  des  types  consacrés  par 
des  traditions  plus  ou  moins  authentiques,  mais  cependant  toujours 
respectables  et  dont  il  faut  savoir  tenir  compte. 

Saint  Pierre.  La  peinture  la  plus  ancienne  que  l'on  puisse  citer 
comme  représentant  le  chef  des  apôtres ,  est  celle  de  l'oratoire  de 
Sainte-Félicité,  qui  paraîtrait  dater  du  VIP  siècle.  Saint  Pierre  y 
était  représenté  sans  aucun  attribut  (2). 

Quant  à  la  fameuse  statue  de  bronze  qui  représente  saint  Pierre 
assis,  tenant  en  mains  les  doubles  clés  (3)  du  pouvoir  spirituel,  pour 

(1)  Ce  peintre,  qui  était  de  l'école  de  Florence,  a  travaillé  aux  peintures  de  la 
chapelle  Sixtine  dont  la  direction  et  toutes  les  compositions  étaient  confiées  au 
Masaccio  par  Sixte  IV.  Voir  l'ouvrage  de  M.  Rio,  Forme  de  l'art  chrétien,  t.  I, 

p.  128. 

(2)  Raoul  Rochette,  Types  primitifs  de  l'art  chrétien,  etc.,  p.  44. 

(3)  Les  représentations  de  saint  Pierre  ayec  ses  deux  clés  ne  sont  pas  antérieures 
à  la  moitié  du  XIe  siècle.  L'exemple  qu'en  donne  Bosio,  d'après  les  sculptures  des 
Catacombes,  est  contesté.  {Iconographie  chrétienne)  de  Didron,  in-4°,  p.  301. 


k  oMH.n  M'ini  Dis  \; 
ouvrir  ou  fermer,  retenir  ou  absoudre,  on  sait  depuis  longtemps  que. 
Cfetti  >tiitueevt  un  ouxrnge  du  moyen  âge  el  non  du  V'  siècle,  romme 
on  a  voulu  le  faire  croire  pendant  longtemps.  Il  en  est  iUU-\  d'une 
ligure  du  même  apôtre  trouvée  peinte  sur  un  bas-relief  égyptien,  co- 
piée  par  M.  (iau  et  publiée  planche  xlv  de  son  Voyage  en  Nubir,  et 
dans  le  Musée  des  tmtiqaUéé  r^ijp(iemics  de  M.  Charles  Lenormant, 
planche  iv,  n"  ï.  Cette  ligure  qui  tient  une  clé  est,  à  ce  que  Ion  croit, 
1  ouwage  de  quelque  moine  cophte  du  moyen  Age  (1).  Les  bas-reliefs 
ueophages  tirés  des  catacombes,  nous  montrent  fréquemment 
les  apôtres  réunis  autour  de  Jésus-Christ;  ils  y  sont  assez  souvent  re- 
présentés tenant  des  rouleaux  dans  (2)  leurs  mains.  C'est  ainsi  qu'on 
les  voit  sur  les  sarcophages  des  Catacombes  publiés  par  Bosio  dans  sa 
RomaSotterrana,  reproduits  par  Aringhidans  sa  Roma  subterranea, 
ainsi  que  dans  les  ouvrages  de  Bottari  (3),  de  Buonarotti  (4),  de 
Ciampini  (5),  de  Boldetti  (6)  et  de  d'Agincourt  (7).  La  figure  de 
saint  Pierre  n'est  pas  toujours  facile  à  distinguer  des  autres  dans  les 
monuments  primitifs,  car  il  ne  tient  pas  toujours  ses  clés  à  la  main; 
et  en  effet  nous  le  trouvons  ainsi  représenté  sur  un  sarcophage  publié 
par  Aringhi ,  Roma  subterranea  (édition  de  Paris)  tome  I,  planche  de 
la  page  185,  et  là  il  porte  la  chevelure  longue  et  touffue  contre  l'u- 
reçu  de  temps  immémorial.  On  pourrait  encore  reconnaître 
saint  Pierre  même  en  l'absence  de  ses  clés,  s'il  était  toujours  placé 
à  la  même  place,  près  de  son  maître,  mais  cette  place  n'est  pas  inva- 
riable comme  nous  le  verrons  plus  tard. 

Un  autre  sarcophage  publié  dans  le  même  ouvrage,  page  193,  re- 
présente saint  Pierre  d'une  manière  facile  à  reconnaître  :  il  est  de- 
bout regardant  un  coq  placé  sur  une  colonne.  Et  là,  c'est  bien  le  vrai 


Kaoul  Rochette,  Discours  sur  les  types  prifnitifs  de  l'art  chrétien ,  in~8° , 
p.  46. 

(2)  On  sait  que  quelques  écrivains  ont  voulu  voir  dans  ces  rouleaux  un  symbole 
parlant  de  l'accomplissement  des  prophéties;  d'autres  une  distinction  entre  les 
apôtres  qui  ont  laissé  des  écrits  et  ceux  qui  n'ont  rien  écrit;  mais  ces  explications  qui 
peuvent  paraître  séduisantes  ou  ingénieuses  au  premier  coup  d'oeil,  sont  loin  d'être 
acceptées  de  tous  les  savants  et  surtout  des  archéologues  qui  font  autorité. 
Pillure  c  scullure  sagre,  etc. 
(4)  Osservazioni  sopra  alcuni  frammenti  di  vasi  anlichi,  etc.,  chef-d'œtrvre 
iV'rurlition  et  de  critique  et  un  des  plus  beaux  monuments  de  la  science  archéolo- 
gique chrétienne. 

r»)  VeU.ra  mnnumenta ,  savant  ouvrage  quant  au  texte,  mais  dont  malheureu- 
sement Ifs  planches  sont  généralement  mal  exécutées. 
(6)  Ottervaziotxi  sopra  i  cemeterj. 

'litloin  de  fart.  Voy.  les  sections  Peinture  et  Sculpture 


296  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

type  adopté  si  généralement  par  les  artistes  anciens.  Nous  y  voyons 
cette  tête  forte  et  carrée,  le  front  chauve,  la  barbe  courte  et  crépue,  la 
physionomie  simple  et  pleine  de  franchise,  mais  dont  les  traits  un  peu 
grossiers  annoncent  l'habitude  des  travaux  rudes  tels  que  ceux  de 
la  pêche. 

Sur  d'anciennes  peintures,  nous  trouvons  saint  Pierre  tenant  des 
clés  tantôt  doubles,  tantôt  triples,  comme  au  triclinium  de  Saint-Jean 
de  Latran,  exécutées  vers  le  VIIIe  siècle,  et  publiées  par  Ciampini 
dans  ses  Vetera  monumentaf  tome  II,  planche  xxxix  ou  page  128  du 
texte.  Ces  précieuses  peintures  si  maltraitées  par  le  graveur  de  Ciam- 
pini, sont  comme  on  sait,  reproduites  fort  bien  gravées  dans  l'ouvrage 
de  Nicolaus  Alemannus,  de  Parietinis  lateranensibus  restitutis,  1  vo- 
lume in- 4. 

Une  mosaïque  du  Ve  siècle  autrefois  à  l'église  Sainte-Agathe  (in 
suburaj  heureusement  dessinée  avant  sa  destruction  en  1592,  et  dont 
le  dessin  est  conservé  à  la  bibliothèque  du  Vatican,  représente  saint 
Pierre  tenant  une  seule  clé,  contre  l'usage  si  généralement  reçu. 
Voir  la  planche  lxxvii  de  l'ouvrage  de  Ciampini  cité  plus  haut, 
tome  I,  et  le  texte  page  271. 

On  trouve  encore  sur  quelques  sarcophages  chrétiens  des  cata- 
combes saint  Pierre  portant  une  longue  croix  gemmée,  qui  ne  peut 
être  celle  de  son  supplice,  mais  bien  un  simple  mémento  de  son  mar- 
tyre, peut-être  même  un  symbole  de  son  apostolat  ;  quelquefois  cette 
croix  est  à  double  traverse ,  comme  on  le  voit  sur  la  planche,  page  46 
de  l'ouvrage  de  Nicolaus  Alemannus  cité  ci-dessus;  croix  que  Ciampini 
donne  à  tort  comme  étant  à  simple  branche  dans  les  Vêlera  monumenta, 
tome  II,  planche  xxxix.  La  figure  du  chef  des  apôtres  offre  deux  ty- 
pes bien  différents  sur  la  mosaïque  dans  l'ouvrage  de  Nicolaus  Ale- 
mannus, planche  de  la  page  88,  où  saint  Pierre  a  une  figure  longue  et 
gracieuse,  les  cheveux  assez  longs,  tandis  que  sur  celle  des  pages  56 
et  86,  nous  trouvons  cette  tête  ronde  et  sévère,  à  cheveux  courts  et 
crépus,  qui  est  restée  comme  traditionnelle  (1)  et  que  nous  citons  plus 
haut. 


(1)  M.  Emeric  David ,  Discours  sur  la  Peinture,  in-8°,  p.  49,  cite  une  tradi- 
tion qui  veut  que  Constantin  ait  eu  une  vision  pendant  laquelle  saint  Pierre  et 
saint  Paul  lui  seraient  apparus,  et  que  le  pape  saint  Sylvestre  ayant  mis  sous 
les  yeux  de  Constantin  une  peinture  des  deux  portraits  des  deux  princes  des 
apôtres,  l'empereur  déclara  que  ces  portraits  étaient  les  mêmes  que  ceux  qu'il  avait 
vus  en  songe  et  restés  bien  présents  à  sa  mémoire ,  et  que  ces  images ,  précieuse- 
ment conservées  à  Piome,  furent  les  modèles  d'après  lesquels  les  artistes  devaient 


ICONOGKAI'lll!     DU    Al'uTRES.  297 

Quant  toi  cléa  on  lea  trouve  représentée  rai  dea  vitraux,  l'une 
couleur  d'or,  l'autre  couleur  d'argent;  la  première  désignerai!  le  pou- 
voir de  lier  ou  de  délier,  la  seconde  désignerait  le  pouvoir  d'» 
gner  (i), 

Molanus,  dans  sou  Historia  imaginum  sacrarum,  dit  que  les  deux 
couleurs  indiquent,  la  première  le  pouvoir  d'absoudre  (représenté  par 
l'or),  la  deuxième  lepouvoir  d'excommunier  (représenté  par  l'argent), 
comme  un  symbole  de  la  puissance  temporelle  qui,  suivant  quelques 
écrivains  téméraires,  donnerait  à  l'Église  le  pouvoir  de  conférer  ou 
d'enlever  les  empires  aux  princes  de  la  terre  (2).  Grande  question  au 
moyen  âge  et  dont  l'application  fut  quelquefois  salutaire  à  cette  épo- 
que (3),  mais  dont  on  a  abusé  longtemps  au  nom  du  christianisme, 
qui  l'a  depuis  longtemps  repoussée  comme  en  opposition  avec  sa 
doctrine  et  la  soumission  que  l'Évangile  commande  et  que  l'Église 
pratique  envers  les  puissances  de  la  terre  et  dont  elle  ne  se  fait  pas 
juge.  Quoique  saint  Pierre  ait  été  désigné  par  son  maître  comme 
chef  dusacré  collège  et  la  pierre  fondamentale  de  son  Église,  il  n'oc- 
cupa pas  cependant  toujours  la  place  d'honneur  (4). 

La  première  désignation  appartient  quelquefois  à  saint  Paul,  qui 
a  été  ravi  jusqu'au  IIIe  siècle,  tandis  que  la  deuxième  est  attribuée  à 

se  guider  pour  peindre  les  deux  apôtres.  On  dit  que  ces  deux  portraits  sont  conser- 
vés dans  la  basilique  de  Saint-Pierre  à  Rome;  ils  ont  été  souvent  reproduits.  On  en 
trouve  une  gravure  curieuse  dans  la  Description  de  la  confession  de  saint 
Pierre,  par  Etienne  Borgia,  1  vol.  in-4°,  ou  Descriptio  sanclœ  confessionis 
beati  Pelri,  opéra  card.  Stephani  Borgiae.  Voir  à  ce  sujet  la  note  2,  page  343  du 
Ier  volume  de  notre  Dictionnaire  iconographique  des  monuments ,  etc.  Paris, 
Leleux,  édit. 

(1)  M.  l'abbé  Grosnier  qui  cite  cette  opinion,  page  21  de  son  Iconographie  chré- 
tienne, ne  dit  pas  où  il  l'a  puisée,  ce  qui  est  important  pour  prouver  l'époque  plus 
ou  moins  ancienne  des  sources  citées.  Nous  la  trouvons  consignée,  du  reste,  dans 
Casalius,  de  Bilibus  Christianorum,  in-4°,  liber  I,  cap.  il,  p.  21.  Curaulem  Pe- 
ints cum  duabus  clavibus  regni  cœlorum  pingalur?  Quarum  altéra  aurea  est, 
altéra  argentea...  per  clavem  auream  inlelligi  potestatem  absolvendi...  per 
argenteam  excommunicalionis,  etc.  Peut-être  est-ce  là  que  ce  savant  abbé  aura 
puisé  son  autorité. 

(2)  Casalius,  de  Ritibus  Christianorum,  édit.  in-4"  p.  22. 

Malgré  toutes  les  préventions  des  hommes  les  plus  hostiles,  si  quelques  pape» 
ont  abusé  du  terrible  moyen  de  l'excommunication  dans  les  âges  de  foi,  on  ne  niera 
pas  qu'il  ait  servi  plus  d'une  fois  à  protéger  la  faiblesse  contre  la  force  brutale  et 
à  défendre  les  peuples  contre  l'arbitraire  des  puissants  de  la  terre. 

(4)  Voir  tout  ce  que  nous  indiquons  de  monuments  à  l'appui  dans  notre  Diction- 
naire iconographique  des  monuments  de  l'antiquité   chrétienne,   etc.,  t.   II, 
On  |  trouve  citée  surtout  une  curieuse  lettre  de  l'abbé  Powyard 
à  Millin,  laquelle  nous  semble  avoir  épuisé  la  question  en  l'appuyant  de  nom- 
breuses autorités. 


298  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

saint  Pierre  comme  marque  de  l'humilité  qui  doit  caractériser  le 
chef  visible  de  l'Église,  qui  prend  en  effet  le  titre  de  servas  servorum 
dans  les  suscriptions  de  ses  actes  apostoliques.  Casaîius,  qui  traite 
aussi  cette  question,  y  ajoute  deux  autres  considérations  plus  mys- 
tiques que  réelles  et  qui  pourraient  être  contestées  (1). 

Au  risque  de  nous  tromper  nous  émettrons  ici  une  idée,  à  laquelle 
du  reste  nous  tenons  peu.  Ne  se  pourrait-il  pas  que  le  premier  écri- 
vain qui  a  fait  cette  remarque  touchant  la  place  d'honneur,  n'eût 
basé  son  opinion  que  sur  de  simples  gravures  de  monuments  lors  de 
l'exécution  desquelles  l'artiste  dessinateur  ou  graveur  n'aura  pas 
tenu  compte  de  l'effet  produit  à  l'impression,  qui  met  à  gauche  ce  qui 
était  à  droite  sur  la  planche  gravée  et  vice  versa?  l'antiquaire  ou 
le  savant  n'ayant  pus  le  monument  même  sous  les  yeux,  a  pu  croire 
qu'il  était  tel  que  le  graveur  le  lui  représentait  sur  le  papier.  Que 
de  savantes  dissertations  qui  n'ont  eu  souvent  pour  base  qu'une  sim- 
ple méprise  d'artiste  !  Outre  les  deux  attributs  ordinaires  et  primi- 
tifs donnés  à  saint  Pierre ,  on  peut  encore  le  représenter  pleurant 
son  péché,  marchant  sur  les  eaux,  prêchant,  guérissant  des  malades, 
terminant  sa  vie  apostolique  par  le  martyre,  crucifié  suivant  sa  de- 
mande, la  tête  en  bas,  par  humilité,  etc. 

Quelques  peintres  le  représentaient  aussi  introduisant  les  justes 
dans  le  royaume  de  Dieu,  dont  il  tient  alors  les  clés  (2). 

Dans  notre  Dictionnaire  iconographique  des  monuments,  ainsi  que 
dans  notre  Dictionnaire  des  attributs  des  saints,  nous  indiquons  plus 
de  quatre-vingt-dix  Figures  de  saint  Pierre ,  d'après  les  artistes  les 
plus  distingués  des  diverses  écoles  (3). 

Plusieurs  sont  d'une  grande  beauté  comme  on  peut  facilement 
s'en  convaincre  par  nos  citations.  Mais  une  des  plus  remarquables 
est  sans  doute  celle  que  l'on  trouve  gravée  dans  l'ouvrage  de  N.  Aie- 
mannus  de  parielinis  lateranensibus  restituas  (  voir  la  planche  de  la 
p.  88)  :  il  est  debout  tenant  trois  clés  enfilées  dans  un  grand  anneau. 

Il  serait  impardonnable  de  ne  pas  citer  aussi  celle  du  même 
apôtre,  tel  que  le  représente  Léonard  de  Vinci,  dans  son  tableau  de 
la  Cène  (4),  où  il  occupe  la  troisième  place.  Ici  saint  Pierre  tient  un 

(t)  De  Rilibus  Ecclesiœ ,  p.  22  et  suiv. 

(2)  Une  charmante  composition  du  célèbre  Callot  intitulée:  Porta  cœli,  repré- 
sente saint  Pierre  à  la  porte  du  ciel.  Voy.  son  œuvre. 

(3)  Ce  dernier  dictionnaire,  imprimé  et  publié  par  l'abbé  Migne,  forme  un  fort 
volume  grand  in-8°. 

(4)  Son  front  ouvert  et  plein  de  dignité  annonce  la  franchise  de  son  dévouement, 


IConoi.k  M'iiii.   dis   Ai><Vn:iï8.  Pi 

couteau,  <{iii  n'esl  autre  chose, ce  nous  semble,  que  celui  de  t .  i  h  !  •     1 

Saint  Jean,  dit  l'Évangéliste,  prend  ordinairement  le  rang* 
saint  Pierre  à  la  Cône;  il  ai  toujours  représenté  à  oôté  de  JésUsQkrttt. 

Ilot  mhiwmU  ligure  comme  un  jeune  homme  sans  barbe  et  dune 
physionomie  mélancolique,  les  dbêftUÎ  longs,  comme  les  Nazaréens 
quoiqu'il  futnéàBelhsaide.I.es  (iivcslerepré>enlen(  comme  les  autres 
apôtres,  c'est-à-dire  barbu  et  dans  la  plénitude  de  la  vie,  sans  doute 
p.m  e  qu'il  est  mort  fort  âgé,  ou  comme  évoque  de  l'église  d'Êphèse. 
it  en  n  main  un  calice  (2)  d'où  sort  un  petit  démon  sous  la 
l'orme  d'un  serpent  ailé  ou  d'un  dragon  (3). 

Saint  Jean  est  aussi  représenté  tenant  le  livre  de  son  Évangile  ou 
de  son  Apocalypse,  ayant  près  de  lui  l'aigle  (4),  attribut  soit  de  l'élé- 
vation de  son  stylectde  la  grandeur  de  ses  révélations,  soit  de  la  gran- 
deur du  sujet  qu'il  traite.  D'autres  le  représentent  endurant  le  sup- 
plice de  l'huile  bouillante.  Il  est  alors  désigné  sous  le  nom  de  saint 

en  même  temps  qu'il  indique  par  l'élévation  de  ses  sourcils,  sa  trop  grande  con- 
fiance dans  ses  propres  forces.  M.  l'abbé  Guillon,  page  82  de  son  livre  sur  le 
Cénacle  de  Léonard  de  Vinci,  pense  que  cette  tète  de  saint  Pierre  doit  être  con- 
forme à  celle  qu'Eusèbe  dit  avoir  vue  à  Césarée  et  dont  une  copie  aurait  bien  pu 
exister  au  temps  de  Léonard  de  Vinci. 

i  M  Guillon  veut  y  voir  une  espèce  de  couteau  de  chasse,  dont  saint  Pierre  se 
servait  dans  l'exercice  de  son  métier  de  pêcheur  et  qu'il  devait  avoir  au  jardin  des 
Olives,  lorsqu'il  coupa  l'oreille  de  Malchus.  La  forme  semble  repousser  cette 
interprétation.  Saint  Pierre  n'aurait  pas  tenu  un  couteau  de  chasse  étant  à  table, 
teut  s'oppose  à  le  croire.  L'Évangile  d'ailleurs  parle  de  deux  épées  et  non  de  cou- 
teau de  chasse  qui  était  en  dehors  des  habitudes  de  saint  Pierre. 

(2)  Molanus  en  donne  plusieurs  raisons,  Hislor.  imagin.  sacr.,  in-4°,  p.  399.  La 
plus  remarquable  serait  que  saint  Jean  préchant  l'Évangile  à  Éphèse,  et  ayant  fait 
écrouler  par  ses  prières  le  temple  des  faux  dieux  (sans  doute  celui  de  Diane),  il 
n'échappa  à  la  mort  qu'en  offrant  de  boire  du  poison  pour  prouver  sa  mission  di- 
vine ,  ce  qui  fut  accepté  et  entraîna  la  conversion  d'un  gTand  nombre  D'autres 
écrivains  prétendent  qu'un  paysan  entendant  prêcher  saint  Jean  lui  promit  que 
s'il  buvait  un  vase  de  poison  et  survivait,  il  se  convertirait;  l'apôtre  confiant  dans 
la  parole  de  son  maître ,  accepta  la  proposition  et  but,  sans  en  éprouver  aucun 
mal,  un  vase  de  poison  dont  la  liqueur  mortelle  avait  été  éprouvée  avant  sur  deux 
'•rimineJs:  le  paysan  fut  sans  doute  converti. 

uur  cette  forme  de  dragon,  animal  fantastique  si  en  vogue  au  moyen  âge, 
et  dont  les  artistes  de  toutes  les  époques,  cl  surtout  jusqu'au  XVIf  siècle,  ont  tiré  un 
si  riche  parti,  voyez  le  texte  du  R.  P.  C.  Cahier,  Vitraux  de  Bourges,  in-folio, 
page  77.  Vllagiologium  Lugdunen.se,  de  Théoph.  Raynaud,  in-f%  p.  853. 

(4)  Cet  aigle  n'a  pas  toujours  appartenu  à  saint  Jean  seul,  comme  attribut. 

-not.  dans  un  Mémoire  sur  les  quatre  animaux  symboliques  des  Evangè- 

listes.  in-4»,  p.  H,  nous  apprend  que  l'aigle,  d'après  saint  Irénéc,  a  été  autrefois 

l'attribut  de  saint  Marc  et  saint  Irénée.  Ce  n'est  que  depuis  saint  Jérôme  qne  cet 

attribut,  ainsi  que  les  trois  autres,  sont  restés  fixés  comme  nous  les  coitnaissoig. 

L'aigle,  d'après  saint  Ambroise,  fut  aussi  pris  pour  un  des  attributs  de  Jésus- 
Christ,  dont  il  figurait  la  résurrection.  Ijoco  cUcUo,  p.  1*. 


300  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Jean  Porte-Latine,  du  lieu  où  il  souffrit  le  martyre  dont  il  sortit  plus 
fort  qu'il  n'y  était  entré.  On  connaît  de  Raphaël  une  belle  composi- 
tion de  ce  sujet  :  d'autres  le  représentent  debout  au  pied  de  la  croix 
faisant  pendant  à  la  sainte  Vierge ,  ou  portant  le  rameau  d'or  aux 
funérailles  de  Marie,  suivant  la  légende  du  faux  Méliton. 

Saint  André  n'a  pas  d'expression  de  figure  distincte  des  autres. 
Ce  qui  le  caractérise,  c'est  sa  croix  en  sautoir,  mais  cette  forme  qui 
a  prévalu  depuis  le  XIVe  siècle  environ,  n'est  pas  primitive.  Cette 
croix  sur  les  vitraux  est  souvent  représentée  droite  ou  couchée  hori- 
zontalement, telle  qu'on  la  trouve  sur  un  des  vitraux  de  Bourges, 
qui  datent  du  XIIIe  siècle.  On  peut  voir  cette  figure  dans  le  grand 
ouvrage  de  MM.  Charles  Cahier  et  Arthur  Martin ,  Description  des 
vitraux  de  la  cathédrale  de  Bourges,  1  vol.  in-f°,  planches  xxv  et 
xxvi.  On  représente  aussi  cet  apôtre  tenant  quelquefois  un  poisson, 
pour  rappeler  qu'il  fut  le  premier  qui  parla  à  Jésus-Christ  pour  le 
peuple  affamé  dans  le  désert,  et  qui  fit  mention  des  poissons  que 
portait  un  jeune  enfant  (Mathieu,  vi,  38). 

Saint  Jacques  le  Majeur,  fils  d'Alphée,  ayant  été  décapité,  on 
lui  donne  un  glaive  à  la  main,  comme  à  saint  Paul.  Les  sculptures 
du  portail  d'Amiens  nous  l'offrent  ainsi  ;  sur  les  vitraux  de  la  cathé- 
drale de  Bourges,  il  n'a  pour  attribut  qu'un  long  bâton  de  pèlerin. 
Plusieurs  vieux  maîtres  d'accord  avec  la  légende  lui  donnent  la 
panetière  et  un  chapeau  à  larges  bords,  garni  de  coquilles,  en  mé- 
moire du  fameux  pèlerinage  de  Compostelle. 

Saint  Jacques  le  Majeur  est  souvent  confondu  par  les  artistes  avec 
son  frère  Jacques  le  Mineur,  comme  le  prétend  M.  l'abbé  Guillon, 
dans  son  ouvrage  sur  la  Cène  (l),  et  que  nous  avons  cité  plus  haut.  Il 
faut  alors  que  la  critique  vienne  en  aide  pour  se  fixer  dans  cette 
incertitude. 

Quant  à  cette  qualification  de  Majeur  donnée  au  premier  des  deux 
frères  du  nom  de  Jacques,  on  sait  qu'elle  n'a  aucun  rapport  à  leur 
âge,  puisque  celui-ci  était  plus  jeune  que  celui  surnommé  le  Mineur, 
mais  qu'elle  sert  à  désigner  que  celui  à  qui  elle  est  donnée  était  plus 
ancien  dans  l'apostolat. 

Saint  Philippe  est  ordinairement  représenté  sur  les  anciennes 
gravures,  tenant  une  grande  croix  (2),  parce  qu'il  est  assez  généra- 

(1)  Voir  les  raisons,  suivant  nous,  fort  peu  concluantes,  données  page  104  et 
suivantes.  Ceux  qui  veulent  y  voir  saint  Jacques  le  Majeur  nous  semblent  mieux 
fondés. 

(2)  Il  nous  semble  que  M.  l'abbé  Crosnier  a  fait  erreur  en  désignant  cette  croix 


ICONOGRAPHIE    DES   APÔTRES.  301 

lemeDl  reconnu   qu'il    fut   cruciin*   à    Ili<  rnpolis.   On  peut  ItUÉi  le 

représenter  faisant  périr  un  énorme  dragon,  sans  doute  symbole  «1»; 

l'idolâtrie  ruinée  par  l'Evangile;  nous  l'avons  vu  ainsi  quelque  part 
dans  une  collection  d'estampes  de  vieux  maîtres.  Cette  planche  mal- 
heureuM'mrnt  ne  portait  pas  de  signature  d'artiste.  Du  reste,  nous 
la  (itons  dans  notre  Dictionnaire  iconographique  des  saints  et  de  leurs 
attributs  (1). 

Saint  B aiutiki.em y  est  représenté  tantôt  comme  cruciGé,  et  tenant 
alors  une  longue  croix  qui  est  cependant  plutôt  processionnelle  qu'un 
instrument  de  supplice  ;  tantôt  comme  ayant  été  écorché ,  et  alors 
il  tient  un  large  coutelas  pour  rappeler  ce  genre  de  supplice.  Un 
vitrail  de  la  cathédrale  d'Auch,  cité  par  M.  l'abbé  Crosnier,  dans 
son  Iconographie  chrétienne,  page  218,  le  représente  sur  un  chevalet 
livré  à  la  rage  des  bourreaux. 

On  ne  comprend  pas  comment  Michel-Ange,  avec  tout  son  génie, 
a  pu  pousser  le  mauvais  goût  jusqu'à  représenter  saint  Barthélémy 
dans  le  ciel  tenant  sa  peau  entre  ses  mains,  et  offrant  l'image  d'un 
homme  écorché  ;  lui  faire  tenir  l'instrument  de  son  supplice  devait 
suffire. 

Saint  Mathieu,  à  la  fois  évangéliste  et  apôtre,  est  représenté 
sous  ces  deux  points  de  vue.  Comme  apôtre,  on  le  trouve  tenant 
une  pique,  quelquefois  portant  une  hache,  comme  deux  attributs  de 
son  genre  de  mort.  On  croit  qu'il  souffrit  le  martyre  en  Ethiopie. 
Quelques  peintres  le  représentent  assis  à  son  bureau  de  recette, 
comme  percepteur  des  impôts  publics,  et  dans  le  mouvement  de  tout 
quitter  pour  suivre  Jésus-Christ  qui  l'appelle  à  sa  suite.  Des  peintres 
ont  eu  l'idée  de  lui  mettre  des  lunettes,  ce  qui  est  un  anachronisme 
et  de  plus  une  chose  de  mauvais  goût.  Comme  évangéliste,  on  le  re- 
présente assis,  le  plus  ordinairement  écrivant  son  évangile,  et  ayant 
pour  attribut  un  ange  près  de  lui  (2)  ;  quelquefois  debout,  montrant 
son  manuscrit. 

comme  triomphale,  à  la  page  218  dé  son  Iconographie  chrétienne.  La  véritable 
croix  triomphale  est  celle  que  l'on  donne  à  J  C.  descendant  aux  limbes  ou  sortant 
du  tombeau,  comme  on  le  voit  sur  une  mosaïque  chrétienne  publiée  par  Ciampini , 
fêlera  monumenta ,  t.  II,  pi.  XXII.  M.  l'abbé  Crosnier  en  a  aussi  publié  une 
qu'il  nomme  croix  de  résurrection,  planche  de  la  page  94  de  son  Iconographie 
chrétienne.  Cette  dernière  est  très-curieuse;  nous  regrettons  qu'il  n'en  indique  pas 
la  provenance.  Raphaël  donne  ce  genre  de  croix  à  Jésus-Christ  placé  en  tète  de  la 
belle  suite  des  XII  apôtres,  gravée  par  Marc-Antoine.  "Voy.  ses  OEuvres  ou  celles 
de  ses  graveurs. 

(1)  1  fort  volume  in-8°  publié  par  M.  l'abbé  Migne,  1850. 

(2)  Sur  le  motif  de  cette  figure  symbolique,  voy.  Molanus,  Hisloria  imaginum 


302  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

On  croit  reconnaître  saint  Mathieu  dans  le  quatrième  personnage 
placé  à  la  gauche  du  Sauveur,  dans  le  tableau  de  la  Cène,  de  Léo- 
nard de  Vinci.  On  le  reconnaît,  dit  M.  l'abbé  Guillon  (1),  à  son  re- 
gard préoccupé  et  scrutateu  r  qu'il  avait  contracté  dans  l'habitude 
de  ses  anciennes  fonctions  financières;  l'esprit  d'ordre  et  de  détails 
se  retrouve  dans  toute  sa  personne  comme  dans  la  rédaction  de  son 
évangile.  Il  devait  avoir  alors  de  vingt-huit  à  trente  ans;  il  porte  la 
chevelure  courte  comme  un  publicain;  lui  seul  relève  son  manteau 
à  la  manière  des  Romains ,  pour  rappeler  les  maîtres  qu'il  fréquentait 
et  de  qui  il  tenait  sa  charge  . 

Saint  Simon,  qui  d'après  les  martyrologes  fut  scié  en  deux  ,  est 
ordinairement  représenté  debout,  appuyé  sur  l'instrument  de  cet 
horrible  supplice;  c'est  ainsi  que  Raphaël,  Rubens,  le  Titien  et 
quelques  autres  grands  maîtres  nous  en  offrent  la  figure.  A  ceux  qui 
seraient  curieux  de  voir  le  spectacle  du  supplice  même,  nous  indi- 
querons l'énergique  mais  repoussante  composition  du  célèbre  Lucas 
Cranach,  de  Jacques  de  Ghein,  et  même  celle  de  Callot(2),  qui  du 
moins  sauve  le  hideux  du  spectacle  par  la  petitesse  des  figures. 
Léonard  de  Vinci,  dans  son  tableau  de  la  Cène,  lui  donne  une  figure 
de  douceur  et  de  bonté  affectueuse  qui  rappellent  la  charité  de  son 
apostolat;  il  le  place  à  côté  de  Jude  dit  Thadée.  On  peut  voir  dans 
le  travail  de  l'abbé  Guillon,  sur  le  Cénacle  de  Léonard  de  Vinci, 
page  99,  les  détails  du  costum  e  de  cet  apôtre. 

Saint  Jude  dit  Thadée,  dont  on  ignore,  à  ce  qu'il  paraît,  le 
genre  de  mort,  est  représenté,  tantôt  tenant  une  longue  croix,  quel- 
quefois une  massue  ou  un  bâton  noueux.  Sur  d'anciens  diptyques, 


sacrarum,  in-4°,  édition,  Pacquot,  page  280.  Cet  attribut  ne  fut  pas  toujours  le 
même,  car  au  siècle  de  saint  Augustin  (vers  l'an  430),  on  donnait  le  lion  comme  at- 
tribut à  saint  Mathieu;  mais  l'ange  est  revenu  à  son  poste,  depuis  saint  Jérôme, 
pour  ne  plus  changer.  Voy.  Peignot,  Notice  sur  les  quatre  animaax  symboliques 
des  Évangélistes ,  in-4°,  p.  15.  On  sait  que  cet  ange  ou  cette  figure  d'homme 
représente  la  nature  humaine  de  Jésus-Christ,  ou  même  la  généalogie  du  Sauveur. 
Saint  Ambroiser  in  Homelia  ;  et  p.  102  du  Mémoire  de  madame  Félicie  d'Ayzae, 
sur  les  Statues  de  Chartres,  in-8°.  Paris,  1850.  Chez  Leleux,  libraire-éditeur. 

(1)  Voir  page  101  de  son  livre  sur  le  Cénacle,  qui  renferme  bien  d'autres  dé- 
tails curieux  pour  les  peintres.  Cette  manière  d'analyser  une  figure  et  d'en  faire 
ua  portrait  presque  ad  vivum  est  très-remarquable  dans  tout  le  livre  de  l'abbé 
Guillon  ;  on  peut  seulement  regretter  qu«  ces  brillantes  conjectures  ne  soient  pas 
des  révélations  du  peintre  même. 

(2)  Le  cabinet  des  Estampes  de  Paris  possède  un  bel  œuvre  de  Callot  qui  monte 
environ  à  1,500  pièces..  L'œuvre  de  Cranach  et  de  J.  Ghein  sont  également  au 
cabinet  des  Estampes  de  Paris. 


ICOaOQMPBl  M'«»TRBS.  303 

on  le  > «>t t  tenant  une  palme  et  le  litre  <!<•  la  doctrine  ouvert  (1). 
Hnitriîil  lui  donne  pour  attribut  une  hallebarde  ou  une  pique  Ma- 
theus  (iruter,  peintre  et  graveur  de  mérite,  <pii  travaillait,!  la  (in  du 
\\  1  siècle  lui  donne  une  équerre,  dont  l'attribution  appartient 
plus  ordinairement  à  saint  Thomas,  denrée  la  légende  dont  nous 
parlerons  à  son  nom.  Le  célèbre  et  fougueux  Lucas  Cranach  le  re- 
présente décapité  au  moyen  d'une  guillotine  (2). 

S  vint  JACQUES  LB  Mineur,  surnommé  le  frère  de  Jésus-Christ  (3), 
fut  précipité  du  haut  du  temple  par  les  Juifs  en  haine  de  la  doctrine 
qu'il  leur  prêchait;  en  tombant  à  terre  il  se  rompit  les  deux  jambes 
et  fut  assommé  avec  la  masse  d'un  foulon.  II  est  donc  représenté 
tenant  cette  masse  à  la  main.  Une  des  plus  anciennes  peintures  qui 
représente  le  martyre  de  cet  apôtre  est  une  fresque  ou  mosaïque  qui 
existe  dans  l'une  des  coupoles  de  l'église  Saint-Marc  de  Venise;  seu- 
lementau  lieu  d'être  assommé  d'une  masse  de  foulon,  c'est  uue  espèce 
de  pique  qui  semble  lui  traverser  le  corps.  La  plupart  des  peintres  qui 
ont  représenté  ce  saint  personnage  lui  donnent  à  la  main  un  levier 
ou  massue.  Raphaël,  Rubens,  Lucas  de  Leyde,  Albert  Durer,  sont  à 
peu  de  chose  près  uniformes  sur  cette  manière  de  représenter  l'apô- 
tre (4).  Voir  aussi  tout  ce  que  nous  citons  des  figures  de  saint  Jacques 
dans  notre  Dictionnaire  iconographique  des  figures  des  saints  et  de 
son  annotateur,  page  545  de  YHistoria  imaginum  sacrarum,  in-4°, 
édition  Pacquot.  Quant  à  la  dénomination  de  Mineur,  voir  plus 
haut  ce  que  nous  disons  à  ce  sujet,  page  300. 

Une  vieille  gravure  en  bois,  folio  civ  verso  de  la  Chronique  de 
Nuremberg  (1493),  représente  saint  Jacques  le  Mineur  assommé  avec 
une  espèce  de  grosse  clef,  qui  n'est  sans  doute  autre  chose  que  l'instru- 
ment ou  masse  de  foulon,  dont  parle  l'Évangile,  lequel  a  été  dénaturé 
par  les  artistes.  Du  retse,  nous  trouvons  cet  instrument  de  foulon  fait 
en  forme  d'archet  colossal  sur  des  gravures  dont  quelques-unes  sont 
du  XVIe  etdu  XVIIe  siècle.  Sur  ces  diverses  représentations,  voir  ce  que 


(1)  Icanographie  chilienne  de  M.  l'abbé  Crosnier,  in-8°,  p.  218. 

toi  la  véritable  origine  irlandaise  de  cet  instrument  de  mort,  voy.  la  note 
<to  M.  Leber,  n°  4<J  du  I"  volume  du  Catalogue  de  .sa  riche  bibliothèque. 

(3)  Sor  la  manière  dont  on  doit  entendre  cette  expression  ,  voy  les  observations 
d*  MoUnus  et  de  son  annotateur,  p.  &ft|  de  YHïsloria  ima§inum  sacrarum, 
in-4°,  édition  Pacquot. 

^ur  la  place  et  la  physionomie  que  lui  donne  Léonard  de  Vinci  è  la  Cène, 
\oy»  le  travail  de  l'abbé  Guillon,  loco  cilato ,  p.  10<  et  suiv.  L'idée  d'y  voir  saint 
Jacques  le  Majeur  nous  semble  mieux  fondée. 


304  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

nous  en  indiquons  de  variétés  dans  notre  Dictionnaire  iconographique 
des  saints,  au  nom  de  l'apôtre  (l).  Nous  possédons  deux  figures  de 
saint  Jacques  le  Mineur,  dont  une  par  Henry  Goltzius,  qui  toutes 
deux  tiennent  cet  instrument  de  foulon  en  forme  d'archet,  dont  jus- 
qu'à présent  personne  n'avait  parlé  avant  nous,  du  moins  à  notre 
connaissance.  Ces  figures  curieuses  font  partie  de  notre  collection  de 
figures  de  saints  intitulée  :  Iconographia  sancta  (2). 

Saint  Thomas,  dont  l'incrédulité  est  si  célèbre  et  qui  la  répara  si 
franchement  par  ces  deux  mots  magnifiques  dans  leur  simplicité, 
mon  seigneur  et  mon  maître  !  saint  Thomas  est  assez  généralement  en 
possession  de  l'équerre  qui  lui  est  donnée  comme  attribut  depuis  le 
XIVe  siècle  environ. 

Il  serait  trop  long  de  donner  ici  sa  curieuse  légende,  en  vertu  de 
laquelle  il  pourrait  être  regardé  comme  le  patron  des  architectes  ou  du 
moins  des  tailleurs  de  pierres,  qui  lui  dédièrent  au  XIIIe  siècle  une 
des  grandes  verrières  de  la  cathédrale  de  Bourges,  comme  le  prouve 
la  signature  apposée  au  bas.  Aussi  renverrons-nous  aux  détails  pleins 
d'érudition  donnés  à  ce  sujet  par  l'abbé  C.  Cahier,  dans  son  savant 
texte  des  Vitraux  de  Bourges,  in-f°,  page  132  (3).  Saint  Thomas  est 
quelquefois  confondu  avec  saint  Jude,  parce  que  quelques  écrivains 
lui  donnent  le  surnom  d'Alphée  (4),  comme  à  cet  autre  apôtre,  mais 
avec  quelque  attention  on  peut  éviter  de  tomber  dans  cette  méprise. 

Saint  Thomas  est  encore  représenté  tenant  une  lance,  instrument 
de  son  supplice ,  souvent  même  tenant  des  pierres  dans  le  pan  de  son 
manteau,  ou  posées  à  terre,  pour  exprimer  qu'il  fut  lapidé  avant 
d'être  percé  d'un  coup  de  lance. 

Cet  apôtre  occupe  la  première  place  à  main  gauche  de  son  maître, 
dans  le  tableau  de  la  Cène,  de  Léonard  de  Vinci  ;  ses  bras  étendus  avec 
énergie,  son  œil  fortement  ouvert,  semble  défier  les  soupçons  les  plus 

(1)  Voy.  aussi  notre  Dictionnaire  iconographique  des  monuments  de  l'anti- 
quité chrétienne  et  du  moyen  âge,  publié  par  M.  Leleux,  en  1843.  Ces  deux  ou- 
vrages sont  entièrement  distincts  et  se  complètent  l'un  par  l'autre. 

(2)  Cette  collection  qui  renferme  dans  ce  moment  plus  de  trois  mille  figures  de 
saints ,  presque  tous  d'ancienne  facture,  et  classées  par  ordre  alphabétique  des 
noms,  doit  passer  à  la  Bibliothèque  Mazarine  à  la  mort  du  donateur. 

(3)  Nous  ne  devons  pas  non  plus  passer  sous  silence  ceux  que  présente  le  cu- 
rieux bas-relief  de  l'église  de  Semur,  où  se  voit  sculptée  la  même  légende  em- 
brassant toute  la  Yie  de  saint  Thomas,  qui  paraît  calquée  en  entier  sur  la  Légen- 
de dorée,  cette  mine  inépuisable  des  œuvres  du  moyen  âge. 

(4)  Ce  nom,  qui  correspond  au  mot  latin  cor  eus,  ou  zélé,  n'a  pas  été  oublié  par 
Léonard  de  Vinci  dans  son  tableau  de  la  Cène.  Voy.  l'abbé  Guillon,  le  Cénacle, 
p.  92  à  95. 


[<  iimh.i;  M'iui     ni  -    \i'<Vi 

obstinés,  r<'\|»ivssi.)n  de  cette  figure  remarquable  ainsi  que  son  cos- 
tume sont  l'objet  de  remarques  ingénieuses,  si  toutefois  elles  ne  sont 
pas  complètement  prouvées,  dans  le  beau  kratiilde  l'abbé  Guilloi, 
cité  plus  haut. 

Nous  indiquons  plusieurs  belles  figures  de  saitlt  Thomas  dans  notre 
Dictionnaire  iconographique  des  monuments  de  Ycmtiqnité  chrétienne. 
On  peut  0Ù  voir  le  détail,  p.  861  du  2e  volume. 

S  mm  Mathias,  choisi  par  les  onze  apôtres  pour  remplacer  Judas 
t  représenté  sur  d'anciennes  gravures  du  \v  siècle 
tenant  tantôt  une  pique,  tantôt  une  hache  de  charpentier;  cette 
hache  est  quelquefois  remplacée  plus  tard,  par  un  glaive.  Le  célè- 
bre Callot,  qui  passe  pour  un  des  plus  conformes  à  la  légende,  dans 
figures  de  saints,  le  représente  percé  d'une  longue  pique. 
Raphaël  lui  donne  cette  arme  pour  attribut.  Sébastien  Leclerc,  cé- 
lèbre dessinateur-graveur  du  siècle  de  Louis  XIV,  a  représenté 
l'instant  où  saint  Mathias  mis  en  parallèle  avec  Joseph  ou  Barsabas 
dit  le  Juste,  est  indiqué  par  le  Saint-Esprit  même,  pour  apôtre  (1), 
par  le  rayon  de  lumière  qui  tombe  sur  celui  qui  est  élu.  Notre  Dic- 
tionnaire iconographique  des  saints  signale  plusieurs  figures  intéres- 
santes de  saint  Mathias. 

Nous  avons  essayé  de  donner  la  physionomie  iconographique  de 
chaque  apôtre  isolément,  d'après  les  meilleures  sources  connues;  il 
ne  sera  pas  sans  intérêt  de  les  étudier  réunies  et  formant  pour  ainsi 
dire  comme  le  sacré  collège  apostolique,  sur  la  terre  et  dans  le  ciel, 
où  ils  doivent  juger  les  tribus  d'Israël,  suivant  la  promesse  positive 
de  leur  maître  (2). 

Un  des  plus  gracieux  symboles  des  apôtres  réunis  se  trouve  re- 
produit sur  une  croix  processionnelle  dont  malheureusement  nous 
ignorons  la  date;  on  y  voit  les  douze  apôtres  représentés  sous  la 
forme  de  onze  colombes,  qui  figurent  bien  des  messagers  de  paix  et 


(!)  Cependant,  les  Actes  des  apôtres  disent  formellement  que  les  onze  ayant  priés, 
le  sort  fut  jeté  sur  les  deux  candidats  [Ad-  apost.,  2Gi ,  et  qu'il  tomba  sur  saint 
Mathias;  mais,  observe  le  savant  père  DeLigny,  si  cette  circonstance  prouve  que 
l'usage  du  sort  peut  être  admis  dans  des  cas  extraordinaires,  il  ne  peut  plus  l'in- 
employé depuis  longtemps  pour  le  choix  des  ministres  et  des  pasteurs  de  l'Église.  Il 
est  même  défendu  par  les  canons,  par  divers  motifs  inutiles  à  détailler  ici. 

(2  Luc.  Evangel.,  cap.  xxn  ,  vers.  30.  Sans  doute  que  ces  douze  tribus,  dans  la 
pensée  de  Jésus-Christ ,  représentent  le  monde  entier  dont  elles  étaient  la  figure 
eipres»i\e. 

vu.  20 


306  REVUE   ARCHEOLOGIQUE. 

de  miséricorde  (1).  Cette  croix  est  gravée  sur  la  planche  n°  v  de  la 
page  7  à  9  de  l'ouvrage  de  Casalius  deritibus  Chrislianorum ;  in-4°. 
Francfort,  1681.  Cette  môme  croix,  gravée  dans  les  acta  sanctorum 
des  Bollandistes,  mois  de  juin,  tome  VII,  page  141,  offre  la  représen- 
tation de  douze  colombes;  c'est  qu'alors  on  y  fait  entrer  saint  Paul, 
l'apôtre  des  nations  (2).  Sur  quelques  monuments  des  Catacombes  les 
apôtres  sont  aussi  figurés  par  plusieurs  agneaux  ou  brebis  placés 
près  de  Jésus-Christ  (3).  Assez  souvent  on  en  voit  cinq  ou  sept.  Sur 
une  mosaïque  publiée  par  Ciampini,  on  voit  les  douze,  dont  six  sor- 
tent de  Bethléem  et  six  de  Jérusalem.  Vetera  monumenta,  tome  II, 
planche  xxxvii,  et  le  texte,  même  tome,  page  1 22.  On  voit  aussi  ces 
douze  brebis  au-dessous  des  pieds  des  douze  apôtres,  sur  un  sarco- 
phage chrétien.  Aringhi,  tome  Ier,  planche  de  la  page  181  (4). 

La  célèbre  composition  de  Raphaël,  nommée  la  Dispute  du  Saint- 
Sacrement,  offre  une  magnifique  disposition  (5)  des  douze  apôtres 
rangés  de  chaque  côté  de  Jésus-Christ. 

La  mission  des  apôtres  par  Jésus-Christ  est  encore  un  beau  sujet 
admirablement  composé  par  Raphaël  (voir  son  œuvre). 

La  Cène  est  surtout  favorable  pour  présenter  la  réunion  des  apô- 
tres. Parmi  toutes  celles  qui  existent,  le  célèbre  tableau  de  Léonard 
de  Vinci  est  un  chef-d'œuvre  dans  ce  genre  de  composition. 

Plusieurs  savants  (6)  ont  tenté  de  donner  un  nom  à  chacune  des 
figures  qui  représentent  les  apôtres  à  la  Cène.  Mais  plus  on  lit 
ces  explications  et  ces  commentaires,  et  plus  on  reste  convaincu, 
qu'excepté  la  figure  de  saint  Jean  et  celle  de  Judas,  et  peut-être  en- 


(1)  Comme  le  témoigne  le  texte  évangélique:  Estote  prudentes  sicut  serpentes, 
et  ce  que  saint  Paulin  de  Noie  rend  si  poétiquement  dans  ce  distique  : 

«  Crucem  corona  lucido  cingit  Globo, 

«  Cui  coronae,  sunl  corona  Apostoli 

«  Quorum  figura  est  in  colombarum  choro.  » 

(2)  Ou  peut  être  saint  Mathias ,  le  remplaçant  du  traître  Judas. 

(3)  Guill.  Durand,  Rationale ,  etc.,  lib.  I,  cap.  m,  éd.  de  1572  (à  Venise). 

(4)  Cette  explication  pourrait  bien  n'être  pas  acceptée  de  tout  le  monde ,  mais 
on  trouve  dans  bien  des  livres  que  ces  brebis  représentent  aussi  les  fidèles,  les  justes 
ou  les  chrétiens.  Voir  Casalius ,  Aringhi  et  d'autres. 

(5)  Cette  imposante  réunion  rappelle  tout  naturellement  à  l'esprit  ces  vers 
d'une  des  plus  belles  hymnes  de  l'Eglise,  Principes  sacri  senatus,  orbis  almiju- 
dices ,  sedibus  celsis  sublimes ,  facta  pendunt  omnium. 

(6)  A  savoir:  Amoretti,  Osservazioni  sopra  Vitaedesiqni  di  Lionardo.  — 
S.  P.  Lomazzo.  Armenini.  Vasari.  —  P.  Casati  cité  par  l'abbé  Guillon,  p.  83, 
84,92,  95,  96,  etc.  —  Dominique  Pino,  dans  Relazione  çenuina  del  Cenacolo 
délie  grazie. 


icon<h;k  vpmr.   M  307 

celle  de  saint  Pierre  ,  tel  autres  sont,  impossibles  à  reconnaître 

(Tune  manière  infaillible,  et  que  toutes  les  MtMthefl  aavanUM  faites 

■  rajel  restent  (tant  le  domaine  des  suppositions  et  que  personne 

ne  peut  m'  vanter  d'avoir  mieux  ju^é  que  ses  devanciers. 

Il  existe  une  tradition  (l)  qui,  si  elle  n'a  pas  toutes  les  conditions 
de  l'authenticité,  n'a  du  moins  rien  de  contraire  à  la  vérité,  d'après 
laquelle  les  apôtres  avant  de  se  séparer  pour  aller  à  leur  mission,  au- 
raient composé  le  Credo,  nommé  aussi  le  symbole  des  apôtres. 

Trie  vieille  gravure  en  bois,  de  la  grande  Chronique  de  Nuremberg (2) 
publiée  comme  on  sait  en  1493,  représente  d'une  manière  un  peu 
monotone,  mais  qui  cependant  ne  manque  pas  d'une  certaine  gravité, 
cet  intéressant  sujet  dont  un  peintre  babile  pourrait  tirer  un  magni- 
fique parti.  Jésus-Christ  semble  présider  la  réunion,  et  les  apôtres 
rangés  autour  de  lui  tiennent  chacun  un  phylactère  sur  lequel  on  lit 
un  des  versets  du  symbole  ;  cette  gravure  de  la  Chronique  doit  avoir 
faite  sur  quelques  miniatures  ou  peintures  beaucoup  plus  ancien- 
nes qu'il  serait  curieux  de  retrouver.  Voici  la  disposition  dans  la- 
quelle se  présente  l'attribution  des  versets  à  chaque  apôtre,  d'après 
la  gravure  de  la  Chronique.  F0  ci  v°. 

Saint  Pierre,  Credo  in  unum  Deum,  etc. 

Saint  André,  et  in  Jesum  Christum  Filium  (3),  etc. 

Saint  Jean,  qui  conceplus  est  de  Spiritu  sancto. 

Saint  Jacques  le  Majeur,  Passus  sub  Ponlio  Pilato. 

Saint  Thomas,  descendit  ad  inferos,  etc. 

Saint  Jacques  le  Mineur,  ascendit  ad  cœlos,  etc. 

Saint  Philippe,  indeventurus  estjudicare,  etc. 

Saint  Barthélémy,  credo  in  Spiritum  Sanctum,  etc. 

Saint  Mathieu,  et  sanctam  Ecclesiam,  etc. 

Saint  Simon,  remissionem  peccatorum,  etc. 

(1)  Saint  Augustin  en  parle  ainsi  que  le  pape  saint  Léon  ,  Fortunat  et  quelques 
autres.  RuGn  la  cite  comme  admise  dès  le  IVe  siècle.  Voir  aussi  Molanus,  Historia 
imaqinum  sacrarum,  p.  532. 

(2)  On  sait  que  le  vrai  titre  de  ce  livre  est  celui-ci,  Chronicarum  liber,  par 
Hartmann  Schedel ,  etc.,  1493  ,  impressum ,  etc.  On  en  trouve  des  éditions  latines 
et  allemandes,  les  dernières  sont  plus  récentes;  beaucoup  de  planches  sont  cu- 
rieuses, surtout  celles  de  la  Création,  du  Jugement  dernier,  du  Credo,  etc.  La  bi- 
bliothèque du  Louvre  en  possède  un  exemplaire  assez  beau  ,  mais  sous  l'indication 
ridicule  :  De  la  création  du  monde.  N°  1168  du  catalogue.  E.  2. 

(3)  Ce  texte  *e  trouve  reproduit  sur  une  mosaïque  du  IXe  siècle,  dont  nous  avons 
vu  l'indication  dans  Ciampini,  mais  dont  nous  n'avons  pu  retrouver  la  trace.  Cette 
indication  était  d'autant  plus  intéressante  que  la  figure  de  saint  André  se  voit  près 
de  ce  texte. 


308  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

Saint  Jude,  carnis  resurrectionem,  etc. 
Saint  Mathias,  et  vitam  œternam. 

Sauf  quelques  légères  variantes  de  peu  d'importance,  la  nomen- 
clature ci -dessus  est  reproduite  par  Durand,  évêque  de  Mende  (dans 
Deritibus  Ecclesiœ,  lib.  II,  cap.  xxiv,  n°  7)  (1);  mais  celle  donnée 
parM.  l'abbé  Crosnier  dans  son  Iconographie  chrétienne,  in-8°,  p.  220, 
diffère  beaucoup  de  l'ordre  dans  lequel  les  apôtres  sont  placés  par 
Durand  et  quelques  autres. 

Il  existe  au  cabinet  des  estampes  de  Paris,  dans  un  volume  in-f°, 
sous  le  n°  7644  (dans  les  ouvrages  réservés),  une  collection  de  vieilles 
gravures  allemandes  sur  bois  et  à  moitié  coloriées,  parmi  lesquelles 
nous  avons  trouvé  une  suite  très-curieuse  des  douze  apôtres,  tenant 
chacun  les  attributs  qu'on  leur  donne  depuis  le  XIIIe  ou  XIVe  siècle, 
et  ayant  chacun  sous  leurs  pieds  le  verset  du  Credo.  Cette  suite  qui 
ne  porte  pas  de  date,  mais  qui  paraît  appartenir  à  l'origine  de  la  gra- 
vure sur  bois,  est  citée  comme  remarquable  et  même  comme  capitale, 
à  la  note  de  la  page  324  du  Voyage  d'un  iconophile,  1  vol.  in-8°. 
Paris,  1821,  par  M.  Duchesne  aîné,  conservateur  en  chef  du  cabinet 
des  estampes  de  Paris. 

On  trouve  aussi  dans  l'œuvre  du  célèbre  Henry  Gollzius  une  autre 
suite  des  apôtres  en  bustes;  au  bas  de  chacune  de  ces  figures  est 
gravé  un  verset  du  Credo.  On  peut  voir  cette  suite  au  cabinet  des 
estampes  de  Paris,  OEuvres  de  Goltzius,  tome  I,  folios  20  à  23,  et 
encore  aux  noms  de  chacun  des  apôtres  dans  la  grande  collection  des 
saints  en  vingt-neuf  volumes  in-f°,  au  même  cabinet.  Nous  citerons 
aussi  deux  autres  suites,  l'une  dans  l'œuvre  de  Jodocus  de  Winghe, 
l'autre  dans  celles  de  Crispin  de  Pas,  reproduites  au  nom  de  chacun 
des  apôtres  dans  la  grande  collection  des  saints  citée  ci-dessus  (Ca- 
binet des  estampes,  etc). 

On  sera  peut-être  étonné  de  ne  pas  voir  figurer  saint  Paul  parmi 
toutes  ces  figures  d'apôtres  dont  nous  venons  de  donner  la  description. 
D'abord  saint  Paul  n'est  compté  au  rang  des  douze  que  par  exten- 
sion (2).  Son  véritable  titre  est,  comme  on  sait,  l'apôtre  des  nations; 


(1)  Dans  l'ouvrage  du  théologien  on  trouve  quelques  variantes  concernant  l'ordre 
dans  lequel  est  donnée  la  suite  des  douze  et  le  verset  qui  leur  est  attribué. 

(2)  En  nous  servant  de  cette  expression  ,  qui  peut-être  n'est  pas  exacte  au  point 
de  vue  liturgique,  nous  n'entendons  parler  que  d'une  manière  conforme  à  notre 
plan,  spécialement  iconographique;  désavouant  du  reste  cette  expression,  si  elle  se 
trouve  tant  soit  peu  répréhensible. 


H.OVM.i;  MMIII.     Dl. S     Vl'Ml  309 

ensuite,  D'ayant  en  en  vue  que  les  onie,  tels  qu'ils  furent  enoisis 
nie-Christ,  qui  vécurent  avec  loi  et  figurent  à  la  Cène  et  dans 

icle  au  jour  de  la  Pentecôte,  nous  ne  pouvions  y  comprendre 
saint  Paul  qui  n'y  ligure  |)as,  comme  on  lésait,  ni  interromprez  l'ordre 
et  la  composition  du  sacré  collège  à  une  époque  déterminée. 

Du  reste,  pour  ne  pas  laisser  subsister  une  espèce  de  lacune  à  ce  su- 
jet el  pour  nous  conformer  à  l'usage,  nous  renverrons  à  ce  que  nous 
indiquons  de  figures  de  saint  Paul  dans  notre  Dictionnaire  iconogra- 
phique des  monuments  de  l'antiquité  chrétienne,  et  surtout  au  texte  de 
H.  EmericDavid  (p.  49)  de  son  Discours  sur  la  peinture;  à  celui  de 
M.ItaoulRochette,  page  40  de  son  Discours  sur  les  types  primitifs  de 
ï art  chrétien,  etc.,  qui  nous  semblent  avoir  épuisé  la  matière  ;  résumé 
par  l'abbé  Crosnier  dans  son  Iconographie  chrétienne  (v.  p.  216); 
ce  à  quoi  nous  ne  pouvons  rien  ajouter,  la  ligure  de  saint  Paul  étant 
d'ailleurs  une  des  plus  connues.  Quant  à  l'ordre  dans  lequel  on  doit 
placer  les  apôtres,  après  saint  Pierre  et  saint  Paul,  ce  qui  du  reste 
est  extrêmement  arbitraire,  MM.  les  abbés  Duval  et  Jourdain  d'A- 
miens, dans  leur  publication  sur  l'iconographie  des  apôtres,  donnent 
un  tableau  curieux  de  l'ordre  dans  lequel  ils  sont  nommés  dans  les 
évangélistes,  le  canon  de  la  messe  et  les  litanies  des  saints. 

Ces  deux  savants  font  encore  diverses  observations  curieuses  sur 
les  figures  d'apôtres  représentés  pied  nus.  Cette  tradition,  quelque 
respectable  qu'elle  soit,  n'est  pas  tellement  acceptée  qu'elle  soit  réel- 
lement invariable.  Les  belles  statues  d'apôtres  qui  se  voient  au  porche 
de  la  cathédrale  d'Amiens  ont  les  pieds  chaussés.  Quant  à  la  barbe 
et  aux  cheveux  plus  ou  moins  touffus  que  quelques  traditions  don- 
nent aux  apôtres,  ils  traitent  tous  ces  détails  appuyés  de  citations 
puisées  dans  les  liturgistes  qui  ne  sont  pas  toujours  d'accord  sur  ce 
point,  mais  dont  cependant  les  artistes  doivent  tenir  compte.  Ainsi 
l'usage  de  représenter  saint  Pierre  la  tête  presque  rase,  aurait  pour 
origine,  suivant  plusieurs  auteurs  anciens,  l'introduction  de  la  ton- 
sure ecclésiastique  par  cet  apôtre. 

Enfin  nous  terminerons  cette  notice  en  signalant  une  dernière  par- 
ticularité assez  curieuse  et  peu  connue.  Nous  voulons  parler  de  sculp- 
tures et  peintures  où  l'on  voit  les  apôtres  montés  sur  le  dos  des  pro- 
phètes. C'est  ainsi  qu'on  les  trouve  représentés  à  la  cathédrale  de 
Chartres  et  sur  des  vitraux  dont  on  trouve  un  spécimen  dans 
Y  Histoire  de  la  peinture  sur  verre  en  France ,  par  M.  Ferdinand  de 
Lasteyrie,  voir  plauche  xi  et  le  texte,  page  67. 


310  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

L'Église  de  Marsbourg  dans  l'ancienne  Saxe  possède  des  statues 
qui  représentent  la  même  particularité.  Ces  statues,  qui  sont  estimées 
du  XIe  ou  XIIe  siècle,  sont  reproduites  dans  l'ouvrage  de  MM.  Putrich 
et  Zieger,  Denkmale  der  Baukunst  der  mitlelalters  in  Sachsen,  etc., 
in-4.  Leipsick,  1836;  planche  iv.  Au  premier  coup  d'oeil  ces  figures 
ne  semblent  que  bizarres;  mais  quand  on  en  connaît  le  motif,  on 
trouve  que  le  symbolisme  qui  en  a  déterminé  l'exécution  renferme 
réellement  une  pensée  profonde  et  de  la  plus  haute  portée;  on  y  voit 
l'enseignement  de  cette  vérité  toute  catholique  que  l'Évangile  n'est 
que  l'entière  et  complète  réalisation  des  prophéties. 


L.  J.  GfJENEBAULT. 


LETTRE  A  M.  LEDIT.  DE  LA  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE, 


AU   .SUJET 


DUNE  INSCRIPTION  TROUVÉE  DANS  LA  PROVINCE  DE  CONSTANTINE. 


Je  vous  adresse  le  fac-similé  d'une  inscription  que  j'ai  découverte 
et  déchiffrée  le  23  juin  au  camp  d'Aïn-Rona,  à  six  ou  sept  lieues 
nord-ouest  de  Sétif,  sur  la  pente  septentrionale  du  Djebel  Anini, 
montagne  qui  a  conservé  son  nom  depuis  l'époque  romaine,  comme 
on  va  le  voir. 

IMP.    CAES.    FLAVI 

O.  CONSTANT1NO 

MAXIMO.    PIO.    FELIC1.    IN 

VICTO.    AVG.    PONT.    MAX.    GER. 

MAXIMO.    III.    SARM.    MAX. 

BRIT.    MAX.    CAPP.    MAX.    ARAB. 

MAX.    MED.    MAX.    ARMEN 

MAX.    COTH.    MAX.    TRIB.    PO 

TEST.   X1I1I.    IMP.    XIII.    CON 

SVL.    IIII.    PATRI.    PATRICE 

PROCONSVLI 

FLAVIVS.    TERENTIA 

NVS.  VP.  PRAESES 

PROVINCIAE.    MAV. 

RETANIAE.    SITIF. 

NVMINI   MAIES 

TATI.    QVE.    EIVS.    SEM 

PER.    D1CATISSI 

MVS 

Au-dessous  de  la  belle  fontaine  d'Aïn-Rona,  qui  sourd  du  milieu 
des  rochers  situés  au  pied  du  Djebel  Anini  sont  des  ruines  consi- 
dérables. Ce  n'est  plus  ici  un  de  ces  postes  militaires  que  l'on  ren- 
contre si  fréquemment  en  Algérie  :  c'était  un  centre  de  population 
civile. 

Toutefois,  bien  que  nombreux ,  les  débris  n'attestent  pas  l'exis- 
tence d'une  de  ces  municipalités  où  la  richesse  aimait  à  se  traduire 


312  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

par  des  objets  d'art.  Ce  sont  des  groupes  de  pierres  presque  unifor- 
mément taillées  en  prismes  quadrangulaires.  C'est  à  peine  si  l'on  ren- 
contre cinq  ou  six  chapiteaux  d'un  style  très-simple.  Quelques  pierres 
creusées  eu  gouttières  se  continuent  juxtaposées,  de  manière  à  for- 
mer un  canal  ininterrompu  de  dix  mètres  environ.  Peut-être  quel- 
que chose  de  mieux  est-il  enfoui.  La  pierre  inscrite  a  été  déterrée 
par  les  soldats  du  génie,  en  quête  d'exhumer  une  belle  pierre  desti- 
née à  recevoir  une  inscription  commémorative  de  l'établissement  de 
la  route  muletière  que  nous  venons  de  tracer  de  Sétif  à  Bougie.  Le 
terrain  présente  plusieurs  gradins  superposés  :  il  peut  se  faire  que 
des  éboulements  ou  des  chutes  aient  enterré  quelque  chose  de  plus 
riche  que  ce  qui  émerge  du  sol. 

Shaw,  déjà,  plaçait  sur  les  pentes  du  Djebel  Anini  l'Horrea  de 
l'itinéraire,  premier  poste  à  partir  de  Sitifis,  sur  la  route  qui  condui- 
sait à  Saldae  (Bougie).  Avant  la  découverte  de  ces  ruines  j'inclinais 
aussi  pour  l'opinion  de  Shaw. 

L'inscription  que  vous  avez  bien  voulu  insérer  dernièrement  dans 
votre  Revue  n'infirmerait  pas  cette  hypothèse.  L'Horrea  de  cette 
inscription  serait  autre  que  celui  d'Aïn-Rona  ;  car  il  existait  deux 
Horrea,  et,  je  le  crois,  dans  la  Mauritanie  sitifienne.  L'Horrea  cité 
dans  l'inscription  d'Aïn-Zada  me  paraît  être  celui  que  l'on  trouve 
dans  saint  Augustin  :  De  Baptismo  contra  Donatislas,  lia.  VI,  où 
l'on  voit  l'évêque  Tenax  ab  Horreis  Cœliœ. 

L'Horrea  d'Aïn-Rona  correspondrait  au  siège  épiscopal  consigné 
par  Shaw  dans  sa  liste  des  évêchés  de  la  Mauritanie  sitifienne,  ab 
Horrea  Aninicensi. 

Il  me  paraît  donc  que  les  ruines  d'Aïn-Rona  sont  celles  de  l'Hor- 
rea que  l'itinéraire  nous  donne  comme  le  premier  poste  de  la  route 
de  Sitifis  à  Saldae,  passant  par  Tabusuptus  (Tiglat),  à  la  distance  de 
dix-huit  milles. 

Je  profite  de  l'occasion  pour  vous  faire  observer  que  j'ai  oublié  une 
ligne  dans  l'inscription  d'Aïn-Zada,  publiée  dans  ce  volume,  p.  124  : 
après  kalefacelenses  il  faut  ajouter  pardalarienses. 
J'ai  l'honneur ,  etc. 

L.  Leclerc, 

Chirurgien  aide -major  aux  zouaves. 


DÉCOUVERTES  ET  NOUVELLES 


—  On  lit  dans  la  Revue  des  Beaux-Arts  du  15  juillet  la  lettre 
suivante  adressée  au  directeur  de  ce  recueil  et  qui  est,  comme  on 
va  le  voir,  relative  a  une  question  traitée  dans  notre  Revue, 

<(  J'apprends  ,  monsieur,  en  lisant  le  dernier  numéro  de  la  Revue 
dus  Beaux  Arts,  qu'un  des  membres  du  congrès  scientifique  d'Auxerre, 
dont  vous  analysez  le  discours,  m'attribue  une  opinion  à  la  fois  ab- 
surde et  révoltante.  J'aurais,  suivant  l'orateur,  prétendu  que  les  pre- 
miers chrétiens  faisaient  des  sacrifices  humains ,  et  cela  parce  que  j'ai 
trouvé  des  vases  gaulois  que  je  prends  pour  des  bénitiers.  Ces  détails 
sont  complètement  faux  et  je  laisse  tout  le  mérite  d'une  pareille  in- 
vention à  l'orateur  du  congrès.  En  18i5,  j'ai  publié  dans  la  Revue 
Archéologique  (t.  II,  p.  301),  la  figure  de  quelques  vases  de  pierre 
trouvée  dans  la  Puisaye.  Je  me  suis  borné  à  dire  que  ces  vases,  gau- 
lois ou  gallo  romains  (p.  306),  ayant  tous  la  môme  forme ,  avaient  dâ 
servir  au  même  usage  sacré  ou  profane  (p.  305).  Il  n'est  question 
dans  ce  très-court  travail  ni  de  chrétiens,  ni  de  bénitiers,  ni  de  sacri- 
fices humains,  ainsi  qu'on  peut  facilement  s'en  assurer. 

En  1 845 ,  j'ignorais  l'usage  de  ces  vases  et  je  me  gardais  bien  d'en 
parler  ;  aujourd'hui  je  suis  porté  à  croire  qu'ils  ont  eu  une  destina- 
tion funéraire.  On  en  a  trouvé  en  Angleterre  de  tout  semblables  qui 
contenaient  des  ossements  et  des  cendres  (Voy.  Archeologia,  t.  X, 
p.  345  et  The  Archeological  journal ,  t.  I ,  p.  148,  250  et  t.  II, 
p.  272)  ;  l'un  d'eux  était  dans  un  dolmen.  A  Paris,  lorsqu'on  a  creusé 
le  sol  de  la  Cité  pour  construire  la  nouvelle  rue  de  Constantine,  on  a 
découvert  à  une  grande  profondeur  un  vase  semblable  à  ceux  de 
Bourgogne  et  d'Angleterre  ;  il  est  conservé  par  le  propriétaire  de  la 
maison  n°  1 1 ,  rue  Chanoinesse.  » 

Agréez ,  etc.  Ad.  de  Longpérier. 

—  M.  l'abbé  Cochet,  inspecteur  des  monuments  historiques  du 
département  de  la  Seine-Inférieure,  vient  de  reconnaître  l'existence 
d'un  ancien  cimetière  mérovingien  à  Envermeu,  sur  la  traverse  de 
la  nouvelle  route  départementale  établie  entre  Blangy  et  Bolbec. 
C'est  le  troisième  cimetière  de  cette  époque  qu'on  découvre  depuis 
douze  ans  dans  la  vallée  de  l'Aulne.  Déjà  M.  l'abbé  Cochet  a  examiné 


314  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

près  de  cinq  cents  squelettes  de  tout  âge  et  de  tout  sexe.  Ceux  des 
femmes  se  reconnaissent  facilement  aux  colliers,  bracelets,  boucles 
d'oreilles  et  autres  objets  de  toilette  qui  les  accompagnent.  Ceux  des 
hommes  se  distinguent  par  des  sabres  à  un  seul  tranchant,  des  fers 
de  lances  et  de  haches,  des  styles  à  écrire,  des  pinces  à  épiler.  L'objet 
le  plus  curieux  de  cette  découverte  est  un  casque  franc  dont  il  ne 
reste  que  la  calotte  supérieure,  qui  est  conique  comme  les  heaumes 
du  xie  siècle,  et  les  ferrures  des  jugulaires.  La  plupart  des  sque- 
lettes avaient  à  leurs  pieds ,  selon  l'usage,  des  vases  en  terre  de  di- 
verses formes. 

Il  est  remarquable  que  le  champ  qui  renfermait  ces  sépulcres  n'a 
jamais  cessé  de  s'appeler  la  tombe ,  dans  les  titres  comme  dans  la 
tradition  populaire. 

—  Nous  apprenons  qu'il  est  question  de  faire  une  nouvelle  classi- 
fication des  collections  du  cabinet  des  estampes  de  la  Bibliothèque 
nationale.  Nous  ne  pouvons  croire  pour  notre  part  à  l'exécution  d'un 
pareil  travail.  Les  classifications  telles  qu'elles  existent  aujourd'hui, 
celles  surtout  qui  servent  aux  études  archéologiques  sont  adoptées 
par  la  science  et  il  est  impossible  de  les  changer  sans  jeter  une  grande 
perturbation  dans  ces  études.  Les  publications  artistiques  et  histori- 
ques qui  traitent  de  la  science  archéologique  sont  remplies  de  cita- 
tions et  de  renvois  à  ces  collections  ;  or,  les  classer  d'une  autre 
manière,  serait  d'un  seul  coup  annuler  toutes  ces  citations  et  ren- 
seignements précieux.  Nous  espérons  qu'il  suffira  d'appeler  sur  ce 
fait  l'attention  de  la  Commission  chargée  d'examiner  les  catalogues 
de  la  Bibliothèque  nationale  (1),  pour  éviter  cet  inconvénient  si 
réellement  ce  projet  devait  être  mis  à  exécution.  Nous  sommes 
certains  que  si  notre  observation  ne  suffisait  pas,  nous  pourrions 
rassembler  un  grand  nombre  de  protestations  contre  ce  trouble  ap- 
porté à  la  science. 

—  Notre  collaborateur  M.  A.  J.  H.  Vincent,  membre  de  l'In- 
stitut de  France,  vient  d'être  nommé  membre  de  la  Société  archéo- 
logique d'Athènes. 

(1)  Cette  Commission ,  présidée  par  M.  Passy,  est  composée  de  MM.  Beugnot,  4e 
Rémusat,  Berryer,  Vilet,  Lherbette  ,  de  Luynes,  Jules  de  Lasteyrie,  Tascberea», 
Giraud ,  Dunoyer,  Monmerqué  ,  Brunet,  F.  Ravaisson. 


BIBLIOGRAPHIE. 


IS'oticc  des  monuments  exposes  dans  la  salle  des  antiquités  améri- 
caines ^Mexique  et  Pérou),  au  Musée  du  Louvre ,  par  Adrien  de 
Lois t» péri er  ,  conservateur  des  antiques.  Paris,  1850,  gr.  in-8°. 
—  2fr.  50  c. 

L'archéologie,  à  proprement  parler,  c'est  le  tableau  complet  de 
l'humanité  considérée  dans  ses  œuvres  comme  l'histoire  naturelle  est 
l'analyse  de  l'état  du  monde  examiné  dans  toutes  ses  productions. 
On  n'a  véritablement  pas  le  droit  de  rejeter  l'étude  des  ouvrages  de 
telle  ou  telle  époque,  de  tel  ou  tel  peuple,  sous  prétexte  que  cette 
époque  et  ce  peuple  n'ont  pas  atteint  aux  sublimes  résultats  qui  ont 
été  obtenus  par  les  Grecs,  cette  nation  exceptionnelle,  et  on  peut  le 
dire,  supérieure  à  toutes  les  autres.  Déjà  cette  considération  a  guidé 
ceux  qui  ont  accordé  quelque  attention  aux  monuments  celtiques, 
britanniques,  germaniques,  étrusques  ;  à  ceux  des  premiers  temps 
de  notre  histoire  jusqu'au  XIIe  siècle. 

D'ailleurs,  lorsqu'au  mépris  irréfléchi,  on  fait  succéder  une  étude 
approfondie,  intelligente,  on  ne  tarde  pas  à  découvrir  certains  mé- 
rites, certaines  beautés,  relatives  si  l'on  veut,  mais  néanmoins  im- 
portantes. C'est  toujours  autant  de  conquis  sur  le  néant  au  profit 
et  pour  l'honneur  de  l'esprit  humain.  Ces  réflexions  nous  sont  natu- 
rellement inspirées  par  la  nouvelle  exposition  des  antiquités  améri- 
caines dans  une  salle  du  Louvre.  En  visitant  ces  collections,  nous 
avons  entendu  dire  autour  de  nous  :  quoi  1  ce  n'est  que  cela  !  ces 
figures  sont  bien  petites;  elles  ne  ressemblent  pas  aux  statues  grec- 
ques! — En  effet,  elles  ressemblent  surtout  à  des  figures  américaines. 
Mais  si  la  nature  particulière  de  la  race  transatlantique  est  bien 
exprimée,  si  les  détails  de  costumes,  d'ornements,  comparés  à  ceux 
que  l'on  connaît  dans  les  manuscrits  des  mêmes  peuples,  comparés  à 
ce  qui  se  retrouve  parmi  les  débris  encore  existants  des  tribus  indien- 
nes, nous  fournissent  une  idée  exacte  de  l'état  de  ces  nations  im- 
menses que  l'invasion  européenne  a  détruites  ;  le  but  que  l'on  pouvait 
désirer  d'atteindre,  n'est-il  pas  rencontré?  Il  y  a  plus;  la  similitude 
extraordinaire  qui  existe  entre  certains  vases,  certaines  figures  de 


316  REVUE    ARCHÉOLOGIQUE. 

l'Amérique  et  les  ouvrages  de  même  nature  découverts  dans  la  Grèce, 
dans  l'Étrurie,  rapports  que  l'auteur  de  la  Notice  a  eu  soin  d'indiquer, 
ne  permettent  pas  de  dédaigner  ces  monuments  de  l'Amérique  sans 
faire  du  même  coup  le  procès  à  tous  leurs  analogues  européens  ou 
asiatiques. 

La  Notice  comprend  la  description  de  neuf  cent  soixante-six  objets, 
qui  se  divisent  ainsi  : 

Mexique.  Sculptures, — figurines  de  matières  dures, — figures 
de  métal, — figures  d'animaux,  —  morceaux  d'architecture,  —  vases, 

—  figurines  mythologiques  (terre  cuite),  —  figurines  indéterminées, 

—  têtes  de  terre  cuite,  —  armes,  —  instruments  de  musique, — 
objets  de  parure,  —  ustensiles  divers,  —  sceaux,  —  poids. 

Pérou.  Figurines,  —  vases  trouvés  à  Cuzco,  —  id.  à  Lambayé- 
qué,  —  id.  à  Truxillo, — id.  à  Quilca, — id.  à  Bodegon,  —  id.  à 
Arica, —  vases  de  bois,  — id.  de  métal,  — id.  de  provenance  incer- 
taine,—  armes, — objets  divers  trouvés  à  Truxillo. — id.  trouvés 
à  Arica. 

Chili.  Vases. 

Un  supplément  composé  d'objets  donnés  pendant  l'impression  de 
l'ouvrage  par  MM.  Audiffred,  V.  Schœlcher,  Angrand,  consul 
général  de  France,  H.  Massieu  de  Clerval,  et  Félix  Ravaisson,  est 
venu  accroître  la  Notice  et  a  permis  à  l'auteur  de  faire  de  nouvelles 
observations  qui  sont  rattachées  au  premier  travail  par  des  renvois. 
Cette  seconde  partie  de  la  collection  est  nombreuse  et  contient  quel- 
ques figurines,  des  armes  et  surtout  beaucoup  de  vases  et  de  frag- 
ments d'étoffes  brochées  ou  tissées  de  diverses  couleurs  et  trouvées 
sur  des  momies  du  Pérou. 

Sous  le  n°  738  nous  voyons  la  description  d'un  vase  en  forme  de 
double  tête  humaine  qui  avait  été  acheté  par  l'administration  du  Lou- 
vre il  y  a  trente  ans,  mêlé  aux  monuments  étrusques  de  la  collection 
Durand  ;  or,  ce  vase  est  tout  à  fait  semblable  pour  le  style  à  un 
autre  qui  a  été  trouvé  par  M.  Angrand  dans  les  guacas  de  Cuzco 
(n°  666).  M.  Durand,  si  habile  connaisseur  pourtant,  a  pu  s'y  trom- 
per; il  en  est  de  même  pour  une  belle  hache  d'armes  de  bronze 
(n°  920)  que  M.  Durand  avait  prise  pour  une  arme  romaine  et  qu'il 
avait  vendue  comme  telle  au  Musée  ;  cependant  en  présence  d'armes 
^exactement  semblables  recueillies  par  M.  Angrand  dans  les  tombeaux 
péruviens,  à  Ica,  à  Tunumarca,  à  Vilcas-Huaman,  M.  de  Longpé- 
rier  a  dû  restituer  à  l'Amérique,  ainsi  qu'il  le  déclare  dans  une  note, 
la  hache  d'armes  du  fonds  Durand.  Ce  vase ,  ce  bronze  fort  appréciés 


I1BM0GRAPWB.  .'W~ 

lorsqu'ils  passaient    pour  appartenir  à   rEorépe,   n  nur.iirnt- ils  plus 

de  mérita  parce  qu'il  est  reconnu  que  leur  origine  est  sméricaiinei 
Telle  est  la  question  que  noua  adreiserôia  à  ceux  qui  refusent  <f ad- 
mettre les  antiquités  américaines  dans  le  domaine  de  l'archéologie. 

Les  historiens  classiques,  dit-on,  n'ont  pas  parlé  de  ce  monde  déoou- 
vert  par  Colomb.  Mais  si  l'on  se  donne  la  peine  d'étudier  les  ma- 
nuscrits mexicains,  on  trouvera  toute  une  chronique,  très-positive, 
très-nette,  procédant  par  ordre  de  dates.  C'est  là  qu'il  faut  étudier 
l'histoire  mexicaine,  de  même  qu'il  faut  chercher  l'histoire  de  l'Egypte 
dans  les  monuments  nationaux  de  cette  contrée.  Bientôt  le  déchiffre- 
ment complet  des  écritures  cunéiformes  assyriennes  fournira  une 
histoire  de  l'Asie  occidentale  qui  sera  constituée  tout  à  fait  en  de- 
hors des  écrits  classiques. 

C'est  ici  le  lieu  de  mentionner  la  tentative  toute  nouvelle  faite 
par  M.  de  Longpérier,  pour  appliquer  aux  figurines  mythologiques 
de  l'Anahuac,  les  notions  que  fournissent  les  textes  mexicains.  Lord 
Kingshorough  a  fait  copier  en  fac-similé  tous  les  manuscrits  mexi- 
cains qu'il  a  pu  découvrir  dans  les  bibliothèques  de  Rome,  de  Bo- 
logne, d'Oxford,  de  Dresde,  de  Paris,  de  Berlin,  de  Pesth,  et  ces 
fac-similé  fort  bien  exécutés  permettent  à  l'antiquaire  de  com- 
parer en  un  instant  plusieurs  passages  relatifs  au  même  sujet.  Quel- 
ques-uns des  manuscrits  sont  consacrés  à  la  nomenclature  des  fêtes 
religieuses:  chaque  divinité  y  est  représentée  avec  ses  attributs.  Des 
notes  ajoutées  par  des  Italiens  et  des  Espagnols  à  l'époque  de  la  con- 
quête, donnent  la  clef  d'un  certain  nombre  de  figures ,  et  l'étude  de 
la  langue  mexicaine  procure  le  moyen  de  comprendre  la  valeur  des 
symboles  qui  sont  hiéroglyphiques,  c'est-à-dire  qui  expriment,  au 
moyen  de  leur  nom,  certaines  idées. 

Cependant  pour  tirer  des  manuscrits  le  parti  qui  vient  d'être  in- 
diqué, la  philologie  seule  serait  insuffisante.  «  La  pratique  de  l'ar- 
chéologie, »  dit  M.  de  Longpérier  dans  son  avant-propos,  «  apprend 
à  apprécier  dans  ses  justes  limites  la  différence  qui  doit  toujours 
exister  chez  un  même  peuple,  entre  les  œuvres  de  la  peinture  et 
celles  de  la  sculpture.  Les  conditions  matérielles  qu'impose  la  pra- 
tique de  ces  arts,  modifie  nécessairement  l'attitude  et  le  mouvement 
des  figures,  le  nombre  et  le  développement  des  attributs.  Que  l'on 
compare  les  dieux  de  l'Egypte  représentés  par  la  peinture  avec  les 
statuettes  modelées  en  terre  vernissée  ;  les  scènes  de  la  mythologie 
grecque  conservées  par  la  céramographie  avec  les  figures  de  ronde- 
bosse  qui  ont  rapport  aux  mêmes  faits  ;  les  fresques  de  Pompeï  avec 


318  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

les  statues  de  Rome  ;  les  divinités  de  l'Inde  et  de  la  Chine  tracées 
par  le  pinceau  avec  leurs  images  de  marbre  ou  de  porcelaine,  et  l'on 
se  formera  alors  une  exacte  idée  de  tout  ce  que  la  sculpture  est  forcée 
d'abstraire  en  fait  de  détail  et  d'action.  Lorsque  dans  le  courant 
de  cette  notice  on  rencontrera  quelques  attributions  basées  sur  l'exa- 
men des  manuscrits,  il  faudra  tenir  compte  des  considérations  qui 
viennent  d'être  succinctement  exposées.  » 

En  effet,  l'auteur  décrit  les  figurines  de  vingt  divinités  dont  les 
attributs  ou  la  forme  caractéristique  étaient  de  nature  à  établir  bien 
clairement  l'identité  de  chaque  personnage  (nos  1 07  à  1 82).  De  courtes 
notes  mettent  le  lecteur  au  courant  et  des  fonctions  attribuées  aux 
dieux  par  la  religion  des  Mexicains  et  des  sources  auxquelles  il  faut 
puiser  pour  en  trouver  la  représentation.  Il  y  a  trente  ans,  la  con- 
naissance du  Panthéon  égyptien  était  encore  dans  les  ténèbres,  les 
textes  grecs  n'avaient  pu  donner  qu'une  idée  très-imparfaite  de  la 
religion  pharaonique,  par  suite  de  l'habitude  qu'avaient  les  écrivains 
helléniques  de  tout  rapporter  à  leurs  croyances,  de  donner  des  noms 
grecs  à  toutes  les  divinités  étrangères.  De  même  lors  de  la  conquête 
de  l'Amérique,  les  Espagnols  prétendirent  que  le  dieu  de  l'air  Quet- 
zalcohuatl  (le  serpent  à  plumes),  était  l'apôtre  saint  Thomas.  On 
trouve  dans  la  collection  du  Louvre  (n°  59)  un  grand  serpent  de 
granit  que  le  sculpteur  a  revêtu  de  plumes,  et  M.  de  Longpérierle 
considère  comme  une  image  symbolique  du  dieu  de  l'air.  C'est  là  un 
exemple,  entre  cent,  de  ce  que  l'étude  des  langues  mexicaine  et 
péruvienne  permettra  de  faire  pour  l'archéologie,  de  même  que  la 
traduction  des  hiéroglyphes  a  fourni  le  moyen  de  reconstruire  le 
tableau  de  la  mythologie  égyptienne. 

Il  est  intéressant  d'observer  certaines  analogies  entre  les  cultes  de 
l'Amérique  et  de  l'Ancien  Monde.  Ainsi,  la  déesse  Tétéoïnan  (la 
mère  des  dieux),  est  représentée  portant  sur  ses  bras  deux  jumeaux 
de  sexe  différent  dont  elle  est  mère,  quoique  vierge  (n°  153).  Ce  type 
rappelle  les  matres,  dont  les  figures  sont  si  répandues  dans  la  Gaule, 
et  l'auteur  fait  remarquer  que  c'est  ainsi  que  les  vases  peints  de  la 
Grèce  nous  montrent  Latone.  Une  autre  figurine,  celle  de  Patécatli, 
le  dieu  du  vin,  tient  un  jaguar  (n°  172);  il  est  suivant  les  Mexicains 
père  du  tigre,  allusion  symbolique  à  la  fureur  qu'engendre  l'ivresse. 
Il  est  curieux  de  retrouver  ce  pendant  au  mythe  de  Bacchus,  que  les 
anciens  font  accompagner  par  une  panthère  ou  traîner  par  des  tigres. 
Les  habitants  de  l'Anahuac  avaient  aussi  leur  Vénus-Cloacine, 
Yxcuina;  qui  présidait  à  la  dépravation  et  aux  immondices,  on  la 


niHMor.RAPHiE.  SI9 

180)  tenant  un  enfant  qui  porte  un  phallus  >u>pcndu 

,111  l  ou. 

I  i  vases  péruviens  n  <><;'(  à  7'*t,  et  soppl.  860  à  862,  866 
,i  909  sont  très-variés  de  forme  et  de  couleur  ;  beaucoup  d'entre  eux 
représentent  des  hommes,  des  animaux,  des  fruits.  L'auteur  de  la 
notice,  après  avoir  recherché  et  constaté  leur  provenance,  a  établi  des 
distinctions  do  fabrique.  Suivant  ce  système,  «  les  \ascs  décrits  sous 
866  à  887  ont  un  aspect  plus  ancien,  un  style  plus  pur,  une 
ptus  grande  analogie  avec  les  monuments  céramiques  de  l'Ancien 
Monde,  que  les  vases  découverts  près  des  villes  de  la  côte,  depuis 
Truxillo  jusqua  Quilca  ;  ils  doivent  être  plus  anciens  et  paraissent 
avoir  été  fabriqués  à  l'époque  où  llorissait  la  race  Aymara.  »  C'est 
parmi  ces  vases  que  se  rencontrent  ceux  qui,  suivant  M.  de  Longpé- 
rier  :  «  pourraient  être  facilement  confondus  avec  ceux  que  l'on 
découvre  à  Cornéto  et  dans  quelques  autres  localités  au  nord  de 
Rome.  » 

Quant  à  la  seconde  classe  de  vases,  elle  proviendrait  des  Quitchuas, 
qui  ont  été  civilisés  par  les  Aymaras,  à  une  époque  qu'il  est  très- 
difficile  de  déterminer. 

Nous  trouvons  fréquemment  dans  cette  notice  les  noms  mexicains 
et  péruviens  des  objets  décrits.  Il  serait  à  désirer  que  l'auteur  donnât 
plus  d'extension  à  cette  partie  de  son  travail.  Cela  demande  de  lon- 
gues recherches,  car  les  vocabulaires  américains  sont  rares,  très- 
incomplets,  et  rédigés  le  plus  souvent  dans  l'unique  but  de  faciliter 
la  prédication  des  missionnaires.  On  n'y  trouve  presque  toujours  que 
des  phrases  toutes  construites  et  rangées  sans  beaucoup  d'ordre. 
Cependaut  nous  insistons  sur  cette  idée,  que  l'auteur  devra,  dans  les 
éditions  successives  de  sa  notice,  accroître  les  indications  linguistiques. 
C'est  le  moyen  d'obtenir  des  voyageurs  et  des  philologues  de  nou- 
veaux renseignements.  La  galerie  américaine  du  Louvre  prendrait 
un  intérêt  tout  nouveau  si  elle  constituait,  pour  ainsi  dire,  à  l'aide  de 
la  notice  descriptive,  un  dictionnaire  en  relief  des  langues  de  l'Amé- 
rique. Le  public  se  familiariserait  par  une  fréquentation  journalière 
avec  des  mots  singuliers  qui  sont,  à  bien  dire,  le  principal  obstacle 
qui  éloigne  de  l'étude  des  langues  américaines.  Constatons  dès  à 
préseot  tout  le  profit  que  la  science  doit  tirer  de  la  nouvelle  salle 
du  Musée  et  tout  l'avantage  qui  résulte  de  la  description  archéolo- 
gique de  monuments  qui,  jusqu'à  présent,  n'avaient  été  étudiés  que 
par  des  vo\ai:eurs  ou  des  écrivains  étrangers  aux  travaux  de  l'anti- 
quaire. 


320  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

La  Cathédrale  de  Bourges,  description  historique  et  archéologique, 
notes  et  pièces  justificatives,  par  A.  De  Girardot,  secrétaire 
général  de  la  préfecture  du  Cher,  et  Hippolyte  Durand,  architecte 
des  édifices  religieux  de  plusieurs  diocèses.  Un  volume  in-12  de 
238  pages  et  un  plan.  Moulins,  1849,  Desrosiers,  imprimeur- 
libraire,  Paris,  Victor  Didron. 

On  ne  saurait  trop  encourager  la  publication  de  descriptions  de 
monuments  surtout  lorsqu'elles  sont  le  produit  d'historiens  zélés  et 
habiles  résidant  dans  la  localité,  et  pouvant  puiser  aux  sources  les 
plus  authentiques  les  détails  historiques  et  artistiques  concernant 
ces  monuments.  Le  livre  de  MM.  De  Girardot  et  Durand  peut  être 
cité  parmi  les  publications  de  ce  genre  dont  la  science  archéologique 
s'enrichit  depuis  quelques  années;  il  est  divisé  en  dix  chapitres  dans 
lesquels  les  auteurs  ont  suivi  la  méthode  la  plus  rationnelle  et  la 
plus  convenable  pour  un  ouvrage  de  ce  genre.  Le  premier  chapitre 
est  un  coup  d'œil  général  sur  l'origine  et  l'ensemble  du  monument; 
les  chapitres  suivants  sont  consacrés  à  la  description  historique  et 
artistique  de  toutes  les  parties  de  l'édifice,  aux  changements  que  les 
révolutions  du  temps  ou  des  peuples  y  ont  faits,  aux  événements  qui 
s'y  sont  passés.  Ce  petit  livre,  si  rempli  de  détails  intéressants,  est  un 
extrait  de  la  Monographie  générale  de  la  Cathédrale  de  Bourges,  par 
les  mêmes  auteurs. 


NOUVELLES  PUBLICATIONS  ARCHEOLOGIQUES. 

Élite  des  Monuments  céramographiques ,  matériaux  pour  servir  à 
l'histoire  des  religions  et  des  mœurs  de  l'antiquité ,  expliqués  et 
commentés  par  MM.  Ch.  Lenormant  et  de  Witte.  Mise  en 
vente  des  livraisons  98  et  99. 

Lettres  du  baron  Marchant  sur  la  numismatique  et  Vhistoire ,  in- 8°, 
7e  et  8e  livraisons.  Paris ,  Leleux. 

Le  géant  Valens ,  par  J.  de  Witte  ,  in-8°.  Paris ,  Leleux. 

Von  den  Namen  der  Vasenbildner  in  Beziehung  zu  ihren  bildlichen 
Darstellungen ,  von  Dr  Th.  Panofka,  in-4°,  pi.  Berlin,  1849  et 
Paris,  Leleux. 


2>ZI 


DE  L'ICOMGHiPHIE  SACRÉE  EN  RUSSIE  ' . 

SECONDE  LETTRE  DE  M.  SNÉGUIREFF 

A  M.  LE  COMTE  ALEXIS  OUVAROFF. 


Après  avoir  signalé  l'importance  de  l'iconographie  russe  ,  je  passe 
aux  différentes  parties  de  cet  art,  qui  ne  saurait  être  séparé  de  la 
doctrine  de  la  foi ,  de  la  piété  non  plus  que  du  développement  des 
sentiments  religieux  et  de  la  civilisation. 

L'histoire  de  l'art  se  divise  en  deux  parties  :  la  partie  générale  ou 
philosophique ,  et  la  partie  spéciale  ou  historique.  L'une  s'occupe  de 
l'art  en  général  ainsi  que  de  son  but,  tandis  que  l'autre  est  traitée 
dans  l'histoire  des  différentes  nations  ;  en  un  mot,  l'art ,  c'est  le  monde 
extérieur;  In  religion,  le  monde  intérieur;  les  productions  de  l'artiste 
forment  la  réunion  des  deux.  Ceci  s'applique  tout  aussi  bien  à  l'ico- 
nographie qu'à  l'art  en  général.  Ce  n'est  pas  seulement  dès  les  pre- 
miers temps  du  christianisme ,  que  l'iconographie  puisa  ses  sujets 
dans  la  religion  ,  car  elle  est  d'origine  divine  et  les  premières  images 
saintes  datent  en  partie  de  J.  C,  qui  imprima  sa  figure  sacrée  sur  un 
suaire ,  et  de  l'évangéliste  saint  Luc ,  qui  a  peint  l'image  de  la  sainte 
Vierge  (2).  Ces  peintures  divines  existent,  d'après  le  témoignage  de 
l'histoire  ecclésiastique,  sans  qu'on  ait  jamais  su  d'où  elles  sont 
venues;  la  tradition  rapporte  môme  que  Jean  le  Théologien  en 
personne  a  enseigné  l'art  de  peindre  les  images  à  un  certain  Roussar 
ou  Goussar.  Enfin  l'école  byzantine,  qui  a  vigoureusement  coopéré  à 
la  propagation  du  christianisme  et  au  progrès  de  l'art,  est  sortie  du 
sein  de  l'église  orthodoxe.  C'est  à  cette  école  que  nous  devons  toutes 
les  traditions  sur  l'époque  où  la  lumière  des  siècles  ne  s'était  pas 
encore  répandue  en  Europe. 

(l)  Voy.  plus  haut,  p.  174  et  1*4, 

;5)  Les  images  prétendues  d'origine  divine  ont  reçu  des  Grecs  le  nom  d'à*"/*» 
•toi/jTai  {tine  manu  faclœ). 

vu.  21 


322  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

L'iconographie  dont  l'origine  se  retrouve  à  Byzance,  est  entrée  en 
Russie  avec  la  doctrine  de  la  foi  et  avec  l'art  d'écrire,  entraînant  à  sa 
suite  les  dogmes,  les  symboles  de  l'Eglise  et  les  principes  chrétiens , 
indépendants  des  exigences  capricieuses  de  la  nature  humaine. 

Dans  les  différentes  langues  qu'ils  servent  à  représenter,  les  ca- 
ractères affectent  des  formes  diverses  :  de  même  l'art,  quant  au 
style ,  est  soumis  à  l'influence  de  la  nationalité.  Les  qualités  du  style 
byzantin  consistent  en  ce  que ,  par  la  force  des  contours  et  des  cou- 
leurs, il  réunit  l'élément  historique  avec  l'élément  symbolique  et 
nous  met  en  état  de  reconnaître  ,  d'après  la  tradition ,  les  figures  du 
Sauveur,  de  la  sainte  Vierge,  et  de  saint  Jean-Baptiste  et  des  apô- 
tres, quoique  ces  images  ne  soient  rien  moins  que  parfaites  sous  les 
rapports  de  l'art.  Telles  sont,  à  mon  avis,  l'originalité,  la  solidité 
et  la  force  des  contours  qui  distinguent  les  productions  du  style  by- 
zantin. Quant  aux  images  des  patriarches,  des  apôtres  et  des  saints, 
l'iconographe  a  adopté  pour  chacune  d'elles  des  formes  constantes  et 
immuables ,  qu'on  reconnaît  même  dans  les  moindres  détails  du  cos- 
tume d'origine  grecque ,  depuis  la  coupe  et  les  couleurs  ,  jusqu'aux 
plis  et  aux  draperies  des  vêtements.  Ces  images  se  distinguent  toutes 
par  une  décence  absolue  ,  par  une  position  convenante  des  figures , 
par  le  calme  de  la  composition  qui ,  en  représentant  les  personnages 
comme  placés  au-dessus  de  toutes  atteintes  des  passions  ,  rendent  si 
bien  l'esprit  de  l'Ancien  Testament,  la   grandeur  patriarcale,  la 
simplicité  évangélique  ,  et  correspondent  parfaitement  à  la  tradition 
et  aux  descriptions  de  la  Bible.  On  peut  induire  de  toutes  ces  rai- 
sons que  ,  dans  l'iconographie  byzantine,  l'art  ne  sert  point  de  but, 
mais  de  moyen  ;  il  est  soumis  à  la  vérité  et  à  la  tradition,  de  même 
que  l'idée  artistique  est  subordonnée  à  l'idée  religieuse,  de  sorte  que 
c'est  seulement  la  grandeur  intérieure ,  spirituelle ,  et  non  point  la 
beauté  et  les  formes  nues  du  corps,  qui  prédominent  dans  les  images 
saintes.  «  L'art  byzantin ,  dit  Victor  Hugo,  est  si  profond,  si  mer- 
veilleux, si  admirable,  qu'il  est  digne  de  toute  l'attention  des  archéo- 
logues et  des  penseurs;  il  est  pour  les  uns  un  digne  sujet  d'étude, 
pour  les  autres,  un  sujet  de  méditation  et  de  contemplation.  »  En 
effet,  si  nous  n'avions  point  les  images  d'origine  divine  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut ,  comment  pourrions-nous  trouver  dans  la  rue 
et  sur  les  places  publiques  des  figures  dignes  de  servir  de  modèle, 
lorsque  nous  avons  à  peindre  les  héros  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
Testament,  ainsi  que  les  martyrs  de  la  foi  chrétienne? 

A  diverses  reprises  on  a  rassemblé  le*  traditions  sur  le  type  et 


M  ():>(•(.  It  A  IMII1-:    H  \<  H  II      I.N    RliiSi  !   .  m 

Mir  l.i  < HMctcrislKjiic  des  images  saintes:  on  en  |  formé  un  corps 
«luis  des  écrits  qui  donnaient  en  môme  temps  une  description  du 
de  tel  ou  tel  saint  ,  et  des  indices  sur  le  mélange  et  l.i  prépa- 
rition  des  < ouleurs  destinées  a  l'exécution  de  ces  peintures.  Telle 
e>t  la  base  et  l'origine  du  Manuel  de  la  peinture  byzantine. 

On  fit  depuis  une  description  de  toutes  ces  images  saintes,  em- 
pruntées aux  Grecs  par  les  Russes,  et  augmentées  peu  à  peu  des 
saints  de  la  Russie.  Quelques  copies  manuscrites  de  cette  description, 
que  les  Russes  désignent  sous  le  nom  de  Podlinnik,  sont  exécutées 
beaucoup  d'art  et  ornées  d'esquisses  calquées,  selon  toutes  pro- 
babilités ,  sur  les  parebemins  des  artistes  byzantins  qui ,  suivant  une 
épître  de  saint  Polycarpe,  du  XIIe  siècle,  étaient  conservés  comme 
souvenir,  dans  le  principal  monastère  de  Kieff.  Dans  un  manuscrit 
d'Oustioug  (Oustiojskii  Spisokk)  de  l'an  1658,  faisant  aujourd'bui 
partie  de  la  bibliothèque  de  M.  J.  N.  Tsarsky,  il  est  dit  qu'à  Kieff  et 
à  Novogorod,  d'anciens  peintres  ont  fait  des  descriptions  sur  des 
parchemins.  Votre  Excellence  est  en  possession  d'un  de  ces  manuels 
qui ,  sous  le  rapport  des  traditions  artistiques ,  sert  de  guide  aux 
peintres  d'images  et  contient  des  matériaux  précieux  pour  l'icono- 
graphie sacrée  de  la  Russie.  A  ce  propos ,  je  ferai  observer  que , 
parmi  les  exemplaires  de  ce  manuel  ou  guide  de  la  peinture  qui  nous 
sont  parvenus ,  plusieurs  diffèrent  entre  eux  mais  légèrement ,  soit  à 
cause  de  la  localité  ou  de  l'époque ,  soit  aussi  par  suite  des  hérésies 
et  des  schismes.  Il  est  à  regretter  que  ce  monument  de  l'iconographie 
soit  si  peu  connu  chez  nous  tandis  que  les  savants  européens  ont 
voué  une  étude  particulière  à  l'original  grec,  source  de  l'ouvrage 
russe. 

Le  Manuel  de  la  peinture  byzantine  renferme  1°  une  espèce  d'in- 
troduction préliminaire  ;  2°  trois  parties ,  formant  le  corps  prin- 
cipal du  livre;  et  3°  un  appendice.  L'introduction  est  formée 
d'une  invocation  à  la  vierge  Marie,  d'un  avis  aux  peintres,  des 
exercices  préliminaires,  d'une  invitation  et  conclusion.  La  pre- 
mière partie,  embrassant  le  côté  technique  de  là  peinture,  en- 
seigne à  préparer  les  enduits ,  les  plâtres ,  les  couleurs  et  les  pin- 
ceaux ;  elle  dit  comment  on  doit  peindre  à  fresque,  flxer  toute>  1rs 
couleurs  et  surtout  l'or.  La  seconde  partie  énumère  avec  exactitude 
et  jusque  dans  les  plus  petits  détails  ,  les  objets  de  la  symbolique  et 
de  l'histoire,  dont  la  peinture  peut  faire  usage.  La  troisième  partie, 
a>ant  pour  titre  :  Comment  il  faut  distribuer  les  peintures  dans  (g 


324  REVUE   ARCHÉOLOGIQUE. 

églises,  détermine  la  place  exclusive  où  le  peintre  doit  représenter 
tel  sujet  ou  tel  personnage ,  dans  l'église,  dans  le  porche ,  ou  au  ré- 
fectoire. L'appendice  donne  la  description  de  la  personne  et  du  carac- 
tère de  Jésus-Christ  ainsi  que  de  la  sainte  Vierge ,  avec  quelques 
inscriptions  qu'on  rencontre  fréquemment  dans  l'iconographie  byzan- 
tine. Les  sujets  sont  puisés  dans  l'Ancien  et  dans  le  Nouveau  Tes- 
tament ,  ou  empruntés  au  martyrologe  et  aux  traditions.  L'auteur 
de  ce  manuel,  Denys,  moine  de  Fourna  d'Agrapha  ,  nous  apprend 
lui-même ,  dans  son  avis  à  tous  les  peintres  qui  étudieront  son  livre, 
qu'il  a  pris  pour  guide  le  célèbre  et  illustre  maître  Manuel  Pansé- 
linos  de  Thessalonique.  Ce  peintre  contemporain  de  l'empereur  An- 
dronic  Ier  est  le  Giotto  de  l'école  byzantine  ;  c'est  lui  qui  a  peint  les 
fresques  dont  on  voit  encore  les  restes  dans  la  principale  église 
de  Karès ,  au  mont  Athos. 

Telles  sont  la  source  et  l'origine  des  manuscrits  byzantins ,  ras- 
semblés plus  tard  dans  le  monastère  de  Kieff-Petschersky  et  qui  doi- 
vent avoir  servi  nécessairement  de  modèle  aux  ouvrages  russes. 
Cette  observation  a  de  l'importance  pour  la  théorie  et  l'histoire  de 
l'iconographie  russe  ,  et  je  ferai  même  observer  à  ce  sujet  que  l'église 
russe  ne  doit  pas  seulement  à  l'église  byzantine  les  règles  de  l'icono- 
graphie; elle  lui  a  emprunté  aussi  un  grand  nombre  d'images  ori- 
ginales qui  ont  servi  de  modèles  aux  artistes  russes  et  qui  sont  de- 
venues l'objet  de  la  vénération  générale  des  chrétiens  orthodoxes. 
Te|les  sont ,  par  exemple ,  les  images  de  la  sainte  Vierge  de  Jérusa- 
lem et  de  Wladimir,  dans  l'église  de  l'Assomption,  à  Moscou;  celle 
de  la  sainte  Vierge,  dite  Korsounienne  (de  Kherson  ,  d'après  l'in- 
scription grecque  et  la  date  de  993),  dans  le  monastère  de  l'Assomp- 
tion à  Nijni-Novogorod  ;  celle  d'Oguitrie,  à  Smolensk,  portant  la  date 
de  l'année  1025  ,  et  celle  qu'on  voit  à  Tschernigoff,  avec  la  date 
de  1060.  Dans  le  nombre  des  images  saintes  qui  décorent  le  monas- 
tère de  Kieff-Petschersky,  les  plus  vieilles  sont  celles  de  l'Assomp- 
tion de  la  sainte  Vierge,  dite  des  Catacombes,  devant  laquelle  le 
grand-duc  Igor,  fils  d'Oleg ,  fit  sa  dernière  prière  le  1 9  septembre 
1 1 48,  jour  de  sa  mort,  et  ensuite  l'image  de  saint  Nicolas,  surnommé 
le  Mouillé.  Qui  n'a  entendu  parler  de  l'image  du  Saint-Sauveur  de 
Novogorod ,  dans  l'église  de  l'Assomption  à  Moscou ,  et  qu'on  dit 
avoir  été  peinte  par  l'empereur  Manuel?  Qui  ne  sait  aussi  que  le 
Déissus  est  un  ouvrage  précieux  pour  l'étude  de  l'art  et  de  l'antiquité? 
Cette  image,  appartenant  au  monastère  de  Kistotzky,  à  Serpoukhoff, 
se  compose  de  sept  images  à  mi-corps,  style  de  l'école  de  Constanti- 


ICONOGRAPHIE   SACRÉK    EN    RUSSIE.  325 

nople.  Il  en  est  de  môme  de  fhmgfl  di  saint  Jean  le  Théotagiii  , 

nmsenée  dans  le  monastère  de  Bogosloff,  a  Kiazan,  et  chef-d'œuvre 
de  Koussar  ou  (ioussar,  dont  la  perfection  frappa  Bâti  lui-même, 
ain>i  qu'il  est  rapporté  dans  un  acte  ofliciel  du  patriarche  Adrien,  de 
l'an  1699, 

En  songeant  à  la  perfection  et  à  l'influence  puissante  du  style  by- 
zantin ,  on  ne  saurait  s'étonner  que,  dans  les  premiers  temps,  où 
l'iconographie  n'était  encore  qu'un  art  étranger,  les  peintres  d'images 
russes  se  bornassent  à  imiter  les  modèles  byzantins,  et  sous  ce  rap- 
port, leur  timidité  allait  si  loin  qu'ils  donnaient  eux-mêmes  à  leurs 
propres  productions  le  nom  de  grecques,  de  byzantines  ,  et  aussi  de 
peintures  de  Constantinople ,  suivant  le  style  des  modèles  qu'ils 
avaient  pris  pour  guide.  Ils  n'osaient  point  encore  faire  entrer  dans 
leur  art  les  éléments  nationaux  ,  qu'on  ne  commence  à  trouver  que 
dans  des  images  de  temps  plus  rapprochés. 

Il  est  surtout  un  point  remarquable  dans  la  vieille  iconographie 
rqpfte  :  c'est  la  partie  technique,  la  plus  essentielle  aux  yeux  des  ar- 
tistes ,  et  celle  à  laquelle  ils  vouaient  le  plus  de  travail.  Les  images 
étaient  peintes  sur  une  couche  de  leucas  (1)  avec  des  couleurs  mêlées 
de  jaune  d'œuf  (2)  et  puis  on  les  polissait.  En  général ,  quant  à  l'exé- 
cution ,  limage  peut  être  divisée  en  deux  parties  :  la  figure  et  les 
draperies.  Pour  la  première,  les  peintres  employaient  surtout  l'ocre, 
le  blanc  de  plomb,  et  la  terre  d'ombre;  pour  la  seconde,  l'ocre,  le 
cinabre  et  une  couleur  verdâtre ,  tirant  sur  le  bleu.  Assez  générale- 
ment aussi ,  ces  peintures  avaient  une  teinte  foncée,  à  cause  de  la 
prédominance  de  l'ocre,  et  de  la  couleur,  dite  de  Jérusalem,  à  laquelle 
on  mêlait  de  la  terre  d'ombre,  du  blanc  de  plomb  ou  du  cinabre,  selon 
qu'il  s'agissait  d'indiquer  des  ombres,  de  la  lumière,  ou  s'il  fallait 
augmenter  la  vivacité  des  couleurs.  Le  clair  s'obtenait  avec  du  san- 
kyr  (3),  avec  de  la  couleur  verdâtre  et  avec  de  l'or  en  feuilles.  Sur  un 
fond  de  sankyr  on  peignait  les  auréoles,  d'un  côté  en  vert,  et  de 

(1)  Leucas  (en  russe  Levkass)  du  mol  grec  Aîuxo'î  (blanc) s'entend  d'une  couche 
de  fond ,  faite  au  moyen  de  craie  délayée  à  la  colle,  qu'on  appliquait  sur  la  planche 
avant  de  peindre. 

(2)  On  employait  du  jaune  d'oeuf  au  lieu  d'huile  qui  était  considérée  comme  une 
production  sortant  de  la  main  de  l'homme  et  indigne  par  conséquent  de  concourir 
à  représenter  la  Divinité.  C'est  pour  cette  raison  que  les  anciennes  images,  exé- 
cutées avec  du  jaune  d'œuf,  ont  encore  de  nos  jours  une  si  grande  valeur  pour  les 
vieux  croyants. 

(3)  On  croit  que  par  le  mot  de  sankyr,  les  anciens  peintres  russes  désignaient 
le  carmin. 


326  REVUE  ARCHÉOLOGIQUE. 

l'autre  en  ocre  brûlée  ou  en  pourpre.  Quant  aux  inscriptions,  elles 
étaient  en  couleur  rouge  sur  un  fond  d'or,  exécutées  avec  du  cinabre; 
sur  un  fond  de  toute  autre  couleur,  elles  se  faisaient  avec  de  l'or  fin 
en  feuilles  qu'on  appliquait  sur  du  ciaste  (1).  Quelquefois  on  ornait 
les  cadres  des  images,  de  lignes  et  d'arabesques  en  cinabre.  Une  fois 
terminées,  ces  peintures  étaient  couverte* d'une  couche  d'huile  grasse 
qui  contribuait  à  leur  donner  en  peu  de  temps  une  teinte  noire,  et 
c'est  à  ce  procédé  certainement  qu'il  faut  attribuer  le  ton  foncé  de 
presque  toutes  les  images  saintes,  car  il  n'est  pas  à  croire  que  dès 
l'origine  elles  aient  été  peintes  ainsi.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  couleurs 
étaient  d'une  telle  dureté  et  d'une  telle  épaisseur  qu'elles  ne  résis- 
taient pas  seulement  à  l'influence  de  plusieurs  siècles ,  mais  qu'elles 
se  conservent  même  intactes,  après  être  restées  longtemps  couvertes 
de  plusieurs  couches  d'autres  couleurs.  Voilà  sans  doute  une  des 
causes  de  l'envie  avec  laquelle  les  artistes  italiens  parlent  du  missel 
exécuté  par  Capponi. 

Dans  l'origine,  les  peintres  représentaient  les  saints  soit  de  face, 
ou  de  trois  quarts  et  très-rarement  de  profil,  la  figure  était  sans  cou- 
leur et  osseuse  ;  les  joues  creuses,  les  yeux  sans  prunelles  ni  coins, 
le  nez  arqué ,  les  lèvres  minces;  ils  donnèrent  une  longueur  de  neuf 
têtes  ou  même  un  peu  plus  au  corps,  qu'ils  représentaient  ordinaire- 
ment amaigri  comme  une  ombre*  L'iconographie  se  proposait  par 
là  de  nous  montrer  dans  ses  dessins  les  images  des  bienheureux  ap- 
partenant encore  à  la  terre  par  leur  corps  et  déjà  dans  les  cieux  par 
l'esprit  :  la  peinture  s'efforçait  de  donner  surtout  aux  figures  un 
caractère  de  spiritualité  et  d'humilité.  On  remarque  généralement 
une  absence  de  perspective  et  de  ton  dans  les  images  du  style  by- 
zantin ,  qui  manquaient  aussi  de  division ,  de  plan ,  et  qui  ont  donné 
naissance  au  style  de  Kherson.  C'est  en  Crimée  peut-être  qu'était 
l'atelier  de  Kherson ,  et  peut-être  bien  aussi  à  Korsoun ,  colonie 
grecque  du  gouvernement  de  KietT.  Les  artistes  qui  peignaient 
d'après  ce  style  ne  formaient  pas  au  reste  une  école  spéciale,  comme 
celle  de  Kieff  et  de  Novogorod,  mais  ils  se  distinguaient  néanmoins 
des  artistes  byzantins  par  leur  manière,  par  le  fondu  des  figures  et 
par  le  coloris.  On  donnait  l'épithète  de  korsounien  (kerson nique), 
non-seulement  aux  peintres,  mais  aussi  à  certaines  sculptures  et  à 
des  ouvrages  de  métal ,  provenant  de  Kerson.  Plus  tard  et  dans  une 

(1)  On  appelait  ciaste,  une  couche  de  blanc  ou  d'or  commun  ,  destinée  à  être 
ensuite  recouverte  d'une  couche  d'or  fin. 


ICONOGRAPHIE   8ACRI.I     l'.N    RIJSSIK. 

t  ion  plus  large  l'adjectif  korsounien  servait  à  désigner  tout  ou- 
t ranger  et  rare  (1).  On  compte  parmi  les  œuvres  de  ce  II 
les  ilMget  saintei  dfl  l'r^lisc  de  Sainte-Sophie,  à  Kieff  et  à  Novo- 
SOrod,  colles  de  l'Assomption  à  Moscou,  delà  cathédrale  de  Sarai-k, 
du  monastère  d'Abraham  à  Rostock  ,  de  celui  de  l'Annonciation  à 
Nijni-Novogorod,  ainsi  que  celles  de  plusieurs  autres  édifices  re- 
ligieux de  la  Russie,  On  conserve  à  Munich ,  dans  le  château  de 
Schleishem,  une  image  de  la  sainte  Vierge,  tenant  l'enfant  Jésus 
sur  les  bras,  devant  laquelle  prient  Léonce,  Ignace  et  Isaïe,  tous 
trois  prélats  de  Rostock;  cette  peinture  est  datée  du  XIe  siècle  et 
i  onsidérée  comme  une  œuvre  de  style  korsounien. 

Les  premiers  zoographes  de  la  Russie  étaient  d'origine  grecque,  ils 
formèrent  bientôt  des  élèves  russes  parmi  lesquels  le  plus  connu  fut 
d'abord  saint  Olympe,  qui  vécut  au  XIe  siècle,  et  à  qui  nous  devons 
l'image  de  la  sainte  Vierge  qu'on  voit  encore  de  nos  jours  dans  la 
cathédrale  de  Rostoff.  Lorsque  plus  tard,  en  se  dirigeant  du  sud  au 
n