« Le Livre de Yaak », de Rick Bass

Par Frédéric Vitoux
Chaque année, à la rentrée d’automne, c’est la même litanie. Les mêmes jérémiades. Le même affolement plus ou moins joué des libraires, des critiques et parfois, ce qui est plus incompréhensible encore, des lecteurs. Mon dieu, quelle inflation ! Près de 500 nouveaux titres français ! Et combien de romans étrangers ? Plusieurs centaines aussi pour faire bonne mesure. On a battu les records de l’année dernière. Trop, c’est trop, la coupe est pleine. N’en jetez plus !Eh bien non, je trouve que la coupe n’est jamais assez pleine. Et si l’on traduisait davantage de romans étrangers, ce serait encore mieux. Et si l’on avait la chance de découvrir encore plus de romans français, bravo, j’applaudirais à deux mains.

Reste à trouver de bons livres. C’est une autre histoire. La seule qui nous intéresse. Que le vivier où puiser soit plus vaste, qui s’en plaindrait encore une fois ? Tenez ! S’il ne s’était pas trouvé un jeune homme comme Olivier Gallmeister pour apparaître il y a peu sur la scène éditoriale, publier à son tour des livres et se passionner pour ce que les Américains appellent le « nature writing », qui donc aurait découvert un auteur comme John D. Voelker pour qui l’art de la pêche à la mouche s’apparente à une philosophie, une sagesse tempérée d’humour et d’amour fou de la nature, et dont l’art de traquer les truites arc-en-ciel a tout à voir avec un art de vivre – et d’écrire ? Et qui donc, aujourd’hui, s’enchanterait encore du « Livre de Yak » où Rick Bass, qui est un excellent écrivain, nous parle de sa vallée du nord-ouest du Montana, que menacent les grandes compagnies forestières qui déboisent sans scrupules et détruisent un écosystème à nul autre pareil ?

Souvent, la plus belle littérature se trouve là où on ne la cherche pas. Quand Rick Bass par exemple, sans se payer de mots ou de belles phrases, nous parle de sa cabane dans les bois, des coyotes qui rôdent tout autour, ou des quelques grizzlys et des caribous solitaires qui subsistent dans sa vallée – mais pour combien de temps ? Il faut le lire. Se griser aux paysages du Montana et à la prose sans apprêt de l’auteur. Se laisser émouvoir par lui. L’automne est souvent maussade. Il retrouve grâce à lui des couleurs somptueuses.

Frédéric VITOUX

« Le Livre de Yaak – Chronique du Montana » par Rick Bass, traduit de l’américain par Camille Fort-Catoni, Gallmeister, 180 pages, 20,90 euros.
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