Giorgio Strehler, Claude Régy : paroles de metteurs en scène

Par Odile Quirot

Chef d’orchestre : c’est le métier qu’aurait aimé faire Giorgio Strehler s’il n’était tombé amoureux du théâtre (un jour où il avait trop chaud et où il fut « attiré par une pancarte qui disait ''salle réfrigérée'' ») ! Mais c’est bien en « chef d’orchestre » qu’il exerça sa fonction de metteur en scène. On a beaucoup écrit sur Strehler, y compris lui-même, et pourtant les entretiens réunis par Myriam Tanant, qui fut une de ses proches collaboratrices, sont pour la plupart une découverte, et tous, un enchantement. La parole de cet infatigable chercheur ressemble à son théâtre : vive, limpide, lumineuse, et d’une immense culture, jamais sèche, car nourrie d’émotion et de souci politique. Strehler, disparu il y a dix ans, évoque ici Goldoni, Shakespeare, Fellini, Brecht ou Jouvet, ou Mozart, qu’il aimait tant, sa passion des textes et des acteurs, sa querelle avec Karajan. Et c’est magnifique.

Bien moins volubile, mais toujours bien vivant est Claude Régy, grand découvreur d’auteurs depuis les années 60. Régy fuit les images, voire le théâtre tel qu’on l’entend d’ordinaire. Il écrit par aphorismes ou réflexions brèves, sur le temps, la mort, la lumière, le réel, l’espace, convoque dans sa constellation Edgar Morin, des scientifiques, ou les auteurs qu’il a monté, ainsi Marguerite Duras, Jon Fosse, Sarah Kane, les Psaumes de David.

Ces deux livres sur, avec, et par-delà le théâtre, surviennent à point nommé, alors qu’ici et là on se plaît à conspuer la fonction même de metteur en scène au nom de certains abus : depuis quand jette-t-on le bébé avec l’eau du bain ?

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