Paris, pour n'avoir, ni prévenu, ni arrêté les désordres de cette journée. Le Roi , le 11 du même mois , approuve cette destitution ; l'assemblée législative la révoque deux jours après.

Le 7 juillet, une femme, nommée Olympe de Gouges, fait paraître une affiche écrite d'un style médiocre, où elle s'efforce d'opérer, dans l'assemblée législative, un rapprochement et une réconciliation entre les deux partis. L'évêque constitutionnel de Lyon, Lamourette , tient à l'assemblée un discours, dans lequel il seconde à merveille l'effet de l'affiche de madame de Gouges. Ces deux moyens obtiennent, , pour le moment, tout le succès désirable. Les deux côtés, dans un transport subit, franchissent la barrière qui les sépare , s'embrassent et se donnent de mutuels témoignages d'estime. Ce mouvement généreux ne pouvait durer. Le Roi , que l'on court avertir de ce qui se passe, a à peine le tems d'arriver, avant que ce beau prestige ait cesse. Il parle ; il est attendri; on l'écoute avec quelque intérêt. Dès le soir même, il fait ouvrir les portes du jardin des Tuileries , qui avaient été tenues fermées depuis le 20 juin. Le lendemain, les deux partis paraissent avoir oublié complètement l'heureux rapprochement qui s'était fait entre eux la veille.

Les nouveaux ministres, que Louis XVI s'était choisis, et qui, même après la journée du 20 juin , n'avaient point désespéré de servir leur Roi , étaient chaque jour en butte à de nouvelles dénonciations ; ce qui leur présageait sûrement le décret d'accusation. Cette situation les effraye; ils donnent leur démission tous à la fois, le 10 juillet. Le Roi , abandonné au milieu des plus grands périls , a toutes les peines du monde à se recomposer un ministère ; il n'y parvient qu'à force de sollicitations.

Les ennemis de la cour n'ont pas renoncé au projet de renverser la royauté. Les girondins et les jacobins, pour y parvenir, emploient différents moyens. Les uns recourent aux lois, les autres aux mouvements populaires. C'est dans ces circonstances que , le 11 juillet, l'assemblée législative rend un décret par lequel la patrie est déclarée en danger. Ces mots terribles retentissent avec fracas dans tous les coins de la France, et introduisent l'anarchie dans des lieux où elle n'avait pu encore s'établir.

Tous les moyens tentés jusqu'alors pour réveiller l'ardeur et l'enthousiasme du peuple, avaient été presque sans

[ocr errors]

succès : en voici un nouveau que l'on imagina, et qui produisit beaucoup d'agitation. On célebre , par une troisième fédération, l'anniversaire du 14 juillet. Le maire de Paris, dont on sait que, la veille , l'assemblée législative, avait révoqué la destitution, paraît à cette fête, et s'y voit l'objet d'un enthousiasme extraordinaire ; à peine s'est-il montré, que de tous côtés retentissent ces cris : Vive Pethion ! Péthion ou la mort ! Le maire de Paris semble prendre beaucoup de plaisir à ces acclamations, et en jouir avec un naïf orgueil. Le Roi, dans cette même fte, ne paraît que comme un vaincu à la suite de son vainqueur. Lorsqu'arrivé vers l'autel de la patrie, il se dispose à prononcer une nouvelle fois son serment de fidélité, mille voix s'élèvent pour dénoncer en lui un parjure. Il faut toute la fierté, tout le dévoûment des gardes suisses et de quelques compagnies de la garde nationale qui l'entourent, pour imposer à la foule qui se presse autour d'eux , et l'empêcher de se porter à quelques excès contre la personne du Roi.

Peu de jours après la fête du 14 juillet, arrive à Paris la légion marseillaise, formée de cinq cents hommes, mais connue dans le midi

par

les excès révolutionaires qu'elle y a commis; elle ajoute encore à la terreur qu'avaient inspirée les fédérés, venus à Paris de tous les points du

royaume. Les grenadiers de la garde nationale parisienne, voulant montrer qu'ils ne sont point épouvantés à l'aspect de pareils adversaires, se réunissent dans un repas aux Champs-Elysées. Les Marseillais se rassemblent dans le même lieu, pour y faire aussi un repas. Les grenadiers constitutionnels font entendre leurs cris ordinaires : vive la Nation! vive le Roi! Les Marseillais s'en irritent; ils se jettent sur eux,

le sabre à la main, et les dispersent. Ils atteignent et tuent un de leurs officiers, nommé Duhamel, au moment où il se réfugiait dans une maison particulière. Les Marseillais, après cet exploit révolutionnaire , se retirent dans leur caserne, en répétant des chants de victoire. La terreur se répand alors dans Paris ; tout le monde s'empresse de quitter cette ville, comme si elle allait être bientôt assiégée. Rouen sert de retraite à toutes les familles fugitives.

Dans le même tems , l'assemblée législative apprend que, dans le midi, les massacres ont recommencé. Les villes d'Arles, de Toulon, ont été ensanglantées par la vengeance du parti populaire, qui avait été comprimé quelque tems;

d'un autre côté, il s'est formé dans le département de l'Ardêche, un rassemblement contre-révolutionnaire, qui peut aisément se grossir dans un pays trop disposé par sa situation au fléau des guerres civiles. Les insurgés ont à leur tête un ancien gentilhomme, nommé du Saillant. Comme il n'a point su méditer son entreprise, ni s'entourer des nombreux mécontents qui existaient dans cette contrée , il se laisse envelopper par les jacobins et les constitutionnels. L'assemblée apprend, le 18 juillet , qu'il a été arrêté et livré à la mort, avec ses principaux affidés (1).

On sait que le Roi avait fait fermer au public le jardin des Tuileries. L'assemblée législative, par un décret du 26 juillet, lui enlève cette faible barrière, et déclare que la terrase des feuillants, qui conduit au lieu de ses séances, fera partie de l'enceinté de l'assemblée. Les jacobins et tout le peuple qui marche ordinairement à leur suite, s'emparent de ce terrain ; mais ils affectent de s'interdire à eux-mêmes le reste du jardin. Ils étendent le long de la terrasse un ruban tricolore, pour servir de limite; ils y attachent plusieurs écriteaux injurieux, tels que ceux-ci : n'allez pas dans la forêt noire. L'insurrection s'annonce si hautement sur cetle terrasse que la cour peut aisément apprendre de ses ennemis, quel jour, par quelle force, et par quels moyens elle sera attaquée (2).

Le 8 août, l'assemblée législative consacre sa séance à une discussion sur le décret d'accusation contre La Fayette. Les partisans de la royauté constitutionnelle, et les giron

(1) Dans le même tems aussi , le roi de Sardaigne se déclare ouvertement l'ennemi de la France, et refuse d'en recevoir l'ambassadeur.

(2) Le 3 août, Péthiòn, à la tête d'une députation de la commune de Paris, paraît à la barre de l'assemblée, et demande la déchéance de Louis XVI. L'intention de ce maire audacieux, et des hommes de son partir, était seulement alors de faire passer sa couronne au dauphin, sous le nom duquel ils auraient régné par le moyen d'un conseil de régence de leur composition.

Cette conduite de Péthion affecte vivement la sensibilité du Roi. «Si ma personne leur déplaît, dit-il alors, je suis prêt à aidiquer » Le Roi avait, dès le jer, juillet, écrit à Monsieur : « sans les consolations de la reli-» gion, il y a déjà long-tems que j'aurais renoncé au pouvoir suprême. » S'il n'eût consulté que son inclination, il aurait consommé sans regret ce' sacrifice. Mais il craignait, en abdiquant, de compromettre les droits du dauphin, et d'attirer, sur sa famille et sur son royaume, des maux encore plus grands, (Mémoires historiques sur Louis XVI, par M. Eckard, page 63.)

dins qui jusques là ont dominé la chambre, entreprennent de défendre ce général ; ils s'exposent par là aux insultes et aux violences des hommes armés, et des femmes furieuses qui peuplent les tribunes et les groupes. Le député Brissot est le dernier de ceux qui parlent contre La Fayette: la discussion se ferme après lui. On procède à l'appel nominal ; il donne un résultat qui étonne également le parti vainqueur et le parti vaincu; 406 voix prononcent, contre 224, qu'il n'y a pas lieu à accusation. Quand les députés qui ont défendu La Fayette sortent de l'assemblée, ils sont insultés et frappés par la multitude ; ils doivent leur salut au zèle et à la bravoure de plusieurs gardes nationales, accourus à leur secours. Les jacobins et les cordeliers passent la nuit entière

préparer l'attaque qu'ils doivent diriger bientôt contre le château des Tuileries.

Le lendemain, 9 août, un calme sombre règne dans la capitale. Les députés, insultés la veille, viennent demander vengeance à l'assemblée; mais leur démarche est inutile. Ils voient leurs adversaires sourire au récit des périls qu'ils ont courus. La majorité, qui venait de leur donner un triomphe si éphémère, garde le silence; elle court les mêmes dangers qu'eux. Les jacobins ont déjà fait afficher l'appel nominal. Cependant Roederer, procureur-syndic du département, vient dévoiler à l'assemblée la conspiration qui se prépare; il lui apprend que les fédérés et les Marseillais doivent marcher à la tête des insurgés ; que le faubourg Saint-Antoine est dans la plus affreuse agitation ; qu'à minuit on entendra sonner le tocsin et battre la générale. Puis il conjure l'assemblée de prendre des mesures. Vaublanc demande qu'on renvoye à l'instant, de Paris, les fédérés et les Marseillais : Guadet s'emporle à cette proposition, et prétend que ce sont là les vrais défenseurs de la patrie. L'agitation est à son comble dans l'assemblée; la fureur est telle entre les deux partis, que chaque instant fait craindre de voir le sang couler au milieu de l'assemblée. On ne rend aucun décret : aucune mesure n'est prise; on n'adopte point la proposition qu'a faite Vaublane ; l'assemblée se sépare à sept heures du soir ; elle se convoque pour la nuit même.

Vers la fin de la journée du 9 août, les factieux les plus redoutables, joints aux Marseillais, se rassemblent aux cordeliers. Ils attendent impatiemment le signal, pour marcher, pour commencer l'insurrection. Danton se trouve au milieu d'eux; il cherche à les animer encore par un discours furieux,

où il leur retrace avec véhémence les crimes de la cour. It fait entendre ensuite le terrible cri : aux armes! Soudain it est répété par plusieurs milliers de voix. La fureur augmente; la foule s'ébranle, elle sort; elle traîne déjà des canons ; l'insurrection est commencée. Chabot et Camille-Desrnoulins vont dans toutes les sections faire sonner le tocsin.

La cour, informée depuis long-temps qu'une insurrection se prépare contre elle, avait fait des préparatifs de défense. Trois ou quatre cents Suisses avaient la garde des différents postes du château des Tuileries : quelques compagnies de grenadiers de la garde nationale étaient venues se joindre à eux. L'intérieur du palais était rempli par sept à huit cents royalistes, tous armés et habillés diversement. C'étaient tous des gentilshommes, dont la plupart avaient été militaires. Le vieux maréchal de Mailly vient aussi au château; on lui donne le commandement de la troupe des gentilshommes. A chaque instant, des membres du département et de la municipalité de Paris, viennent donner à la cour des nouvelles de ce qui se passe. On cherche néanmoins à rassurer le Roi; on veut lui persuader qu'il n'a rien à redouter, et qu'il sera vainqueur. On ne peut parvenir à le tranquilliser ; son âme est remplie d'inquiétude et de douleur; la Reine montre du courage et de la tranquillité. Madame Elisabeth tremble

pour les jours de son auguste frère et de la famille royale. Le maire de Paris, Péthion, vient aux Tuileries. Un cri d'horreur et de joie s'élève à sa vue. On s'empare de sa personne; on pense qu'un homme, si cher au peuple, pourra servir d'otage pour les jours du Roi. On lui ordonne de signer un ordre aux troupes de repousser la force par la force; il résiste faiblement, et finit par faire ce qu'on exige de lui. Le parti vainqueur ne lui pardonna jamais cet acte de condescendance , qu'il taxait de perfidie et de lâcheté.

L'assemblée législative s'était rendue dans le lieu de ses séances au milieu de la nuit, et avait repris le cours de ses délibérations, malgré le bruit continuel des tocsins, qui ne cessaient de se répondre. Elle apprend que Péthion est retenu prisonnier au château des Tuileries. Aussitôt elle rend un décret par lequel elle ordonne que le maire de Paris vienne sans délai rendre compte à l'assernblée de la situation de la capitale. Ce décret est porté au château. Le Roi, craignant d'indisposer contre lui l'assemblée législative fait mettre Péthion en liberté.

Cependant la nuit du 9 au 10 août-s'est écoulée. Tous

« PrécédentContinuer »